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Full text of "La révolution du 31 Mai et le fédéralisme en 1793; ou, La France vaincue par la Commune de Paris"

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LA  RÉVOLUTION  DU  51    MAI 


LE  FEDERALISME 

EN     1793 


OUVRAGES  DU  MKMR  AUTEUR 


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I2"0rt.   —  Iinpi'inKrie  A.  Lahure.  rue  de  Fieiirus,  9,  à  l'aris. 


MF 


H.    WALLON 


NKMDRK    riR    I.  INSTITUT 


LA  RÉVOLUTION  DU  31  MAI 


>•  j' 


LE    FEDERALISME 

EN    1793 

ou 

LA  FRANCE  VAINCUE 

PAR  LA  COMMUNE  DE  PARIS 


TOME    SECOND 


PARIS 

LIBRAIRIE    HACHETTE    ET   C' 

711,    liOULEVAIiU    SAI^T-GKRMAl^,  7.1 

1886 

i>roil«  <ie  propriété  e*  d*  ir«'iuctioii  ré&ervA* 


-^K 


LA 

RÉVOLUTION  DU  31  MAI 

ET  LE  FÉDÉRALISME  EN  1795 


DEUXIEME   PARTIE 

(SUITE) 

LE   FÉDÉRALISME   EN    1795 


CHAPITRE  VI 

L\   VENDÉE    ET  LE    BASSIX    INFÉRIEUR    DE    LA.   LOIRE 

I 

Vendée  et  Deux-Sèvres. 

Entre  le  groupe  de  la  Normandie  et  de  la  Bretagne  et 
le  groupe  non  moins  importantde  Bordeaux,  il  y  avait  la 
Vendée  et  les  départements  du  voisinage. 

Le  Bas-Poitou,  comprenant  les  deux  départements  des 
Deux-Sèvres  et  de  la  Vendée,  s'élait,  comme  la  Breta- 
gne, senti  blessé  par  la  persécution  religieuse  et  n'avait 
pas  vu  plus  volontiers  la  révolution  du  10  août.  Toute- 
lois,  comme  en  Bretagne,  les  administrations  des  dépar- 

liKVlJI.      Ht    jl    JIM.  Il  —     1 


2  PART.  IF,  CHAP.   Vf.  BASSIN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE. 

lemenls,  des  districts  et  des  principales  villes  élaient 
devenues  républicaines,  sans  en  être  pour  cela  moins 
hostiles  aux  factieux.  La  ville  des  Sables-d'Olonne, 
écrivant  à  la  Convention  dans  les  premiers  jours  de 
janvier,  ne  trouvait  pas  de  formule  de  malédiction  trop 
énergique  contre  celui  qui  était  réputé  le  coryphée  de 
l'anarchie  : 

Périsse  le  monstre  qui,  dans  le  sanctuaire  des  lois,  a  dit  à 
la  tribune  que  Duniouriez  n'avait  donné  la  bataille  de  Jeni- 
mapcs  que  pour  faire  massacrer  le  bataillon  de  Paris.  Jusques 
à  quand,  Marat,  profaneras-tu  ainsi  le  teuqjle  de  la  liberté,  et 
jusques  à  quand,  nouveau  Catilina,  abuseras-tu  impunément 
de  notre  patience? 

Nous  nous  résumons,  législateurs,  en  vous  demandant  que 
le  décret  d'accusation  soit  lancé  contre  Maral  et  ses  adhé- 
rents'. 

Vers  la  même  date  (16  janvier)  le  directoire  du  dé- 
partement des  Deux-Sèvres  écrivait  : 

Le  peuple  français  est  resté  longtemps  spectateur  de  la 
lutte  indécente  qui  s'est  établie  entre  une  poignée  d'anar- 
chistes et  les  délégués  du  souverain. 

Sa  volonté  est  de  maintenir  la  paix  à  l'intérieur,  d'éviter 
k  guerre  civile  que  les  Marat,  les  Robespierre  et  tous  ceux  de 
leur  culte  appellent  sur  nous. 

Sa  volonté  est  de  jouir  de  la  Révolution,  de  l'achever  pour 
lui,  pour  l'univers,  pour  la  postérité. 

1.  9  janvier  179").  Aicliives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  23,  dossier  Vendée 
Et  le  15  avril  :  «  La  tête  du  traitrc  Capet  est  tombée  sous  le  glaive  de  la  loi. 
Ce  colosse  liideux  du  despotisme,  etc.  Nous  vous  eu  remercions.  » 

«  C'est  environnés  des  brig.inds  dont  les  beuglements  horribles  font  entendre 
jusqu'à  nous  les  cris  de  Vive  Louis  XVII  que  la  Société  des  Amis  de  la  liberlé 
et  de  l'égalité  des  Sables  vous  lait  le  serment  de  combattre  jusqu'à  la  mort  les 
scélérats  qui  veulent  un  niaitre.  »  —  Adresse  analogue  de  la  Société  des  Amis 
de  la  liberté  de  Frontenai  (ô  lévrier)  :  «  Vous  venez  de  venger  la  patrie;  hydre 
écrasée  et  maintenant  sainte  union  !  »  (Ibid.) 


I.  VENDEE  ET  DEUX-SEVRES.  5 

Et,  peu  de  jours  après,  le  conseil  général  envoyait  à 
tous  les  départements  cette  adresse  : 

Le  trône  a  été  renversé Le  tyran  lui-même,  ce  scélérat 

couronné  qui  le  10  août  comptait  froidement  ses  victimes,... 
le  tyran  n'est  plus. 

Cependant  le  despotisme  et  la  tyrannie,  loin  de  s'être  noyés 
dans  ce  sang  impur,  agitent  plus  fortement  leurs  chaînes.  Une 
faction  impie  déchire  le  sein  de  la  Répuhlique 

Citoyens,  il  faut  vous  le  dire,  une  foule  d'étrangers  soudoyés, 
les  hommes  du  2  septembre  se  sont  emparés  des  sections  de 
Paris;  à  l'aspect  du  sang  dont  ils  dégouttent  encore,  les  bons 
citoyens  ont  reculé  d'effroi  et  leur  ont  abandonné  les 
affaires  communes.  Ces  brigands  insatiables  de  carnaffe 
remplissent  les  places  et  les  lieux  publics,  et,  après  y  avoir 
prêché  la  désobéissance  aux  lois  et  l'insurrection  et  appelé 
la  mort  sur  les  plus  éclairés  et  les  plus  patriotes  de  nos 
représentants,  ils  assiègent  les  tribunes  de  la  Convention,  et 
là  ils  ont  l'audace  d'interrompre,  d'injurier,  de  menacer  ceux 

qui  ont  le  courage  de  résister  à  leurs  volontés Paris  est  le 

foyer  de  toutes  les  intrigues  et  le  séjour  du  crime,  et  cette 
vdle,  le  berceau  de  la  liberté,  est  sur  le  point  d'en  devenir  le 
tombeau.  Paris  enfin  est  un  volcan  prêt  à  engloutir  nos 
représentants. 

Citoyens,  aprè^  tant  de  sacrifices  faits  à  la  Révolution,  à 
la  veille  de  jouir  de  ses  bienfaits,  sera-t-il  dit  que  nous  nous 
en  laisserions  frustrer  par  cette  faction  désorganisatrice?... 
Venez,  enfants  de  la  patrie;  réunissez-vous  à  vos  frères  de 
Paris  et  des  départements  qui  vous  attendent  ;  allez  arracher 
vos  représentants  au  fer  des  assassins;  sauvez-les,  sauvez  la 
liberté,  ou  périssez  tous  ensemble  — 

Si  vous  succombiez,...  un  devoir  sacré  nous  serait  imposé, 
celui  de  vous  venger.  Nous  vous  jurons  de  le  remplir  ; 
levez-vous  donc  et  marchez. 

Signé  :  Poupard,  président,  etc. 

Cotte  adresse  était  suivie  d'un  arrêté  qui  établissait 


4         PART.  II,  CHAP.  VI.  BASSIN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE. 
une  force  départementale,  avec  des  considérants  qui  en 
marquaient  la  raison  et  l'objet  : 

Le  conseil  du  département  des  Deux-Sèvres  : 

1°  Considérant  que  la  ville  de  Paris  contient  des  monuments 
et  des  dépôts  publics  dont  la  conservation  intéresse  toute  la 
République,  à  qui  ils  appartiennent; 

'2°  Considérant  que  l'objet  le  plus  sacré,  le  dépôt  le  plus 
précieux  pour  la  République  est  la  Convention  nationale; 

5"  Considérant  que  ses  membres  sont  sans  cesse  outragés, 
menacés  de  perdre  la  vie;  qu'ils  ne  sont  pas  libres  dans  leurs 
délibérations  ;... 

8°  Considérant  que  plusieurs  départements  ont  déjà  exécuté 
les  mesures  projetées  par  celui  des  Deux-Sèvres,  en  envoyant 
à  Paris  une  partie  de  leur  force  publique  pour  fraterniser  avec 
les  citoyens  de  cette  ville,  les  aider  à  contenir  les  anarchistes 
et  à  assurer  la  liberté  des  opinions  de  nos  représentants  ; 

9°  Considérant  enfin  que  cette  mesure  salutaire  est  auto- 
risée par  un  décret  de  la  Convention,  a  arrêté,  etc.*. 

La  mort  du  roi,  qui  trouva,  môme  en  Vendée,  des 
Jacobins  pour  la  demander,  pour  y  applaudir',  mit  le 
comble  à  l'irritation  dans  les  campagnes,  et  quand  on 
voulut  opérer,  là  comme  ailleurs,  la  levée  des 
500  000  hommes,  la  guerre  civile  éclata.  Nous  ne  la  si- 
gnalons ici  que  pour  dire  combien  ces  départements 
demeurèrent  étrangers,  dès  lors,  à  cette  lutte  des  Giron- 
dins et  des  Montagnards  qui  aboutit  à  la  révolution  du 
51  mai.  On  voit  pourtant,  après  le  51  mai,  le  conseil 
général  du  département  des  Deux-Sèvres  recevoir  une 
députation  de  Bordeaux  (14  juin),  prendre  connaissance 

1.  Extrait  des  registres  des  délibérations  du  conseil  général  du  département 
des  I)eux-Sèvres,  en  permanence  (placard).  Je  l'ai  leirouvé  aux  Aicliivcs  des 
dùparlemenls  de  l'Eure  et  de  Seine-el-Oise.  Cf.  lUcliard,  Histoire  dis  Deiix- 
Sriics  sous  la  Coiistituanle,  etc.,  t.  I,  p.  165  et  suiv. 

2.  Voyez  la  note  I  aux  Appendices. 


I.  VENDEE  ET  DEUX-SEVIŒS.  5 

(îo  l'arrêté  de  la  commission  populaire  de  salut  public 
de  la  Gironde  et  rédiger  une  adresse  dans  le  même  sens  : 

La  mesure  est  comblée,  etc.  '. 

Mais  la  vraie  lutte  n'était  pas  sur  ce  terrain.  Ce  n'était 
pas  contre  le  fédéralisme  qu'il  fallait  envoyer  les  armées 
dans  les  Deux-Sèvres  ou  dans  la  Vendée.  Ce  ne  fut  pas 
non  plus  seulement  par  la  force  que  l'on  essaya  de  les 
reconquérir,  et  nous  trouvons  ici  un  trait  qui  caracté- 
rise bien  Garât. 

Avec  sa  foi  dans  la  philosophie  et  dans  la  vertu  de 
l'instruction  publique,  il  avait  envoyé  partout  des  obser- 
vateurs pour  éclairer  le  peuple  en  même  temps  que  le 
renseigner  lui-même.  Il  en  avait  un  en  Vendée,  à  la  suite 
des  armées  :  les  armées  triompheraient  des  hommes  ; 
lui,  Garât,  des  préjugés,  et  le  triomphe  serait  durable. 
Celui  qui  fut  expédié  en  Vendée  était  bien  de  la  même 
pâte  que  son  ministre.  C'était  «  du  Garât  tout  pur  », 
comme  aurait  dit  l'agent  Dutard.  Ses  rapports  ont  un 
caractère  d'originalité  qui  justifiera  quelques  citations. 

Le  premier,  daté  de  Meung-siir-Loire,  oO  juin,  explique 
les  circonstances  qui  ont  retardé  son  voyage  en  Vendée  : 

Pour  mieux  juger  les  départements  livrés  aux  discussions 
qui  agitent  ma  triste  patrie,  j'ai  cru  nécessaire  de  com- 
mencer mes  observations  dans  les  lieux  voisins,  demeurés 
paisibles  observateurs  des  lois  dont  on  accuse  la  nouveauté 
comme  la  principale  source  de  la  guerre  civile. 

Ce  besoin  de  chercher  des  points  de  comparaison  m'a 
obligé  de  séjourner  assez  longtemps  dans  les  départements 
du  Loiret,  de  Cher-et-Loir,  d'Indre-et-Loire,  particulièrement 
dans  les  villages  et  les  maisons  d'éducation  où  je  connoissois 
des  hommes  dont  la  philosophie  pouvait  aider  la  mienne. 

i.  Archives  nationales,  AF  ii,  carton  45.  dossier  154,  n»'  74,  70  et  77. 


6  PART.  II,  CHAP.  VI.  BASSIN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE. 

Mon  voyage  ainsi  prolongé,  je  n'ai  pu  me  préparer  à  sortir 
de  Tours  qu'au  moment  où  cette  ville,  devenue  ville  de 
guerre,  m'a  bien  fait  sentir  que  ma  mission  purement  philo- 
sophique ne  pouYoit  atteindre  son  but. 

Il  paraît  qu'il  y  l'ut  bûtonné.  Il  dit  dans  une  note  : 

C'est  mon  air  étranger  à  la  guerre  et  non  pas  mon  air 
étranger  qui  a  réuni  autour  de  moi  la  foule  et  la  soldatesque 
tourangelle  qui  me  força,  avec  des  arguments  très  frappants , 
d'aller  me  faire  reconnaître  au  comité  de  surveillance — 
Je  jurai  de  n'arriver  à  la  Vendée  qu'avec  la  victoire! 

C'était  plus  sûr. 

Ces  faibles  observations,  continue-t-il,  citoyen  ministre,  en 
vous  donnant  une  idée  moins  haute  de  mon  courage  que  de 
ma  prudence,  vous  témoignent  assez  que  mon  retour  ici 
n'est  que  la  suite  nécessaire  des  circonstances  et  que  je  ne 
dois  repartir  pour  ma  destination  qu'après  avoir  attendu  vos 
ordres  ou  des  nouvelles  de  notre  supériorité  dans  la  Vendée. 

Je  suis  avec  l'estime  bien  sentie  et  l'amitié  la  plus  vive 
dans  sa  vieillesse, 

Citoyen  ministre, 

Pierre  Petiot'. 

Nous  l'avions  laissé  à  Meung.  Le  5  août,  il  est  à  la 
Rochelle  :  on  peut  être  certain  que,  pour  y  arriver,  il 
n'a  point  passé  par  le  pays  où  l'on  se  bat,  quoi  que  ce 
pays  soit  le  principal  objet  de  sa  mission  : 

Enfin,  dit-il,  me  voici  à  la  Rochelle  et  c'est  en  arrivant 
dans  une  ville  de  guerre  que  je  trouve  le  calme  nécessaire 
pour  bien  observer  et  la  sûreté  essentielle  à  la  communica- 
tion de  mes  pensées. 

«  Nous   sommes    ici   tranquilles,    disent  les   Rochellois, 

1.  Ailleurs  il  si^me  :  «  Je  suis  pour  la  vie,  Pierre  Petiot!  —  toujours  Petiot! 
Petiot  for  ever!  »  (Archives  nationales,  V  i'  551,  dossier  Petiot,) 


i.  VENDEE  ET  DEUX-SEVRES.  7 

parce  que  nos  fortifications  en  bon  état  nous  promettent  que 
nous  serons  les  derniers  attaqués  et  les  mieux  défendus.  » 
J'ai  trop  voyagé  loin  des  rebelles  et  des  ennemis  du  de- 
hors et  j'ai  trop  vu  de  départements  agités  pour  croire  que 
ce  repos  des  Rochellois  tienne  à  leurs  murs,  etc.*. 

Et  toute  la  correspondance  est  dans  ce  langage  de 
Joseph  Prud'homme. 

On  serait  tenté  de  croire  que  Garât  avait  envoyé  là 
son  vieil  ami  parce  qu'il  n'y  avait  rien  à  y  faire. 

Il  donne  cependant  sur  l'état  du  pays  et  sur  l'armée 
des  renseignements  qui  ne  sont  pas  sans  intérêt  pour 
l'histoire  de  cette  triste  guerre.  Il  ne  ménage  pas  beau- 
coup plus  les  volontaires  parisiens  en  exercice  que  ne  le 
faisait  à  Paris  son collègueDutard  qui  lesvoyait  s'enrôler*. 
Il  parle  d'un  bataillon  de  Paris  qui  a  brûlé  les  métairies 
et  tué  les  paysans,  à  la  grande  indignation  de  l'armée ^ 
Il  appelle  l'attention  du  ministre  sur  le  malheureux  état 
de  cette  région*.  Il  voit  poindre  l'idée  de  palatinatiser 
le  pays.  Il  compte,  pour  qu'on  ait  de  vrais  soldats,  sur 
l'arrivée  des  garnisons  de  Mayence  et  de  Valenciennes"  ; 
et  un  peu  plus  tard  il  s'inquiète  du  genre  de  troupes 
qu'on  a  laissé  aux  Sables-d'Olonne  (13  septembre)  : 

Enfin  le  tocsin  a  sonné  et  tout  le  monde  est  parti.  Il  ne 
reste  ici  que  quelques  vieux  matelots  pour  la  pêche  et  quelques 


1.  Il  dit  en  post-scriptum  :  «  Je  serai  aux  Sables-d'Olonne  cette  semaine  et 
les  trois  suivantes;  c'est  là  que  j'attendrai  vos  ordres  ministériels  et  vos  conseils 
particuliers  avec  les  secour>  du  fisqite.  Mes  voyages  ont  épuisé  mes  fonds»,  etc. 

2.  Voyez  la  Terreur,  t.  I,  p.  80  et  suiv. 

3    Lettre  du  25  août,  Arciiives  nntionales,  même  dossier. 

4.  29  août.  «  Je  ne  sais  pas  si  vous  serez  d'avis  que  ma  mission  me  soit  con- 
servée, mais  ce  que  je  sais  bien,  c'est  que  les  malheurs  de  ce  département  sont 
tels,  qu'ils  exigent  de  vous  une  attention  particulière,  par  exemple  l'attention 
d'un  observateur  qui  n'ait  pas  l'habitude  de  voir  comme  les  autres  et  qui  ait  le 
courage  de  vous  montrer  la  vérité.  »  (Archives  nationales,  ilnd.) 

5.  Même  lettre,  ihid. 


8         PART.  II,  CIIÂP.  VI.  BASSIN  INTÉRIEUR  DE  LA  LOIRE. 

vieux  citoyens  qui  accompagnent  tant  bien  que  mal  le 
bataillon  qui  forme  la  garnison,  bataillon  composé  des  héros 
de  cinq  cents  livres,  dit  des  cinq  sections  réunies. 

On  a  proposé  au  général  de  faire  partir  aussi  ce  bataillon  ; 
le  général  a  répondu  que  ce  bataillon,  déjà  renvoyé  de  l'armée 
où  il  mettoit  le  désordre,  ne  pouvoit  qu'y  nuire.  11  me  semble 
que  des  hommes  aussi  dangereux  ne  devroient  pas  être 
dépositaires  d'une  des  clefs  de  la  République  ^ 

Quant  à  l'objet  spécial  de  sa  mission,  il  désespère  de 
l'atteindre  (2  octobre)  : 

Il  y  a  longtemps  que  j'écris  que  les  besoins  de  la  guerre 
sont  tels  ici,  qu'il  est  impossible  de  s'y  occuper  d'autre  chose 
et  de  remplir  les  objets  particuliers  de  ma  mission,  qui 
demandent  la  paix  et  des  esprits  et  des  hommes  que  des 
circonstances  trop  fortes  n'éloignent  pas  de  tout  ce  qui  tient 
à  l'amélioralion  de  l'instruction. 

Cependant  j'ai  promis  de  rester  encore  le  temps  nécessaire 
pour  avoir  des  ordres,  parce  qu'enfin  j'ai  été  utile  et  que  mon 
courage  à  dire  ce  que  les  autres  taisent  peut  me  rendre 
encore  utile. 

Ne  lui  refusons  pas  ce  courage-là. 

Un  autre  remède  sur  lequel  comptait  Garât,  c'était  la 
Constitution  :  non  pas  celle  qu'il  avait  attendue  des  Gi- 
rondins, mais  celle  qu'il  avait  reçue  des  Montagnards; 
et  ses  agents  dans  les  départements  s'en  étaient  faits  les 
colporteurs.  Un  d'eux,  Bodson,  en  mission  dans  les 
départements  de  Maine-et-Loire  et  de  Loire-Inférieure, 
écrivait  d'Angers,  le  15  juillet,  qu'il  se  proposait  de 
l'envoyer  jusqu'au  milieu  de  l'armée  des  rebelles^ 

1.  Une  noie  du  21  septembre,  ajoutée  à  cette  lettre,  rappelle  qu'on  lui  a  notifié 
le  décret  du  23  août  qui  met  (in  aux  miî.sions  des  observateurs  :  —  décret  lap- 
porté,  il  est  vrai,  et  de  nouvelles  autorisations  sont  possibles;  mais  on  ne  lui 
renouvelle  pas  ses  pouvoirs.  (Ibid.) 

2.  .\rcluvps  nationales,  F  i»  .%0.  Le  27,  il  écrit  de  Saumur  que,  les  rebelles 


I.  VENDÉK  ET  DEUX-SÈYRES.  0 

Parlant,  lui  aussi,  de  la  guerre,  il  décharge  un  peu 
les  volontaires,  mais  pour  charger  terriblement  les 
généraux  : 

Si  l'on  considère  la  conduite  qu'ont  tenue  dans  différents 
événements  qui  se  sont  succédé  les  chefs  de  nos  armées,  on 
ne  peut  se  dissimuler  qu'ils  ont  un  intérêt  particulier  qui 
les  détermine  à  prolonger  cette  guerre  où  nous  aurions  pu 
(quoique  l'on  jette  toujours  les  fautes  sur  les  volontaires,  qui 
s  en  doute  n'en  sont  pas  exempts)  obtenir  des  succès,  s'il  y 
avait  eu  de  la  bonne  volonté  et  de  l'ensemble  dans  les  opéra- 
tions des  chefs  ;  l'envie  de  se  perpétuer  plus  longtemps  dans 
des  places  dont  les  émoluments  sont  lucratifs,  l'orgueil, 
r/iambition  qui  concourt  avec  peinwe  au  succès  des  autres, 
ont  été  aussi  les  principales  causes,  etc. 

Et  dans  son  rapport  do  14  août  : 

Qui  pourra  voir,  par  exemple,  sans  témoigner  son  mécon- 
tentement, des  généraux  et  autres  agents  qui  se  disent  sans- 
culottes  et  qui  rappellent  aux  yeux  de  tous  les  citoyens  les 
abus  de  l'ancien  régime,  traînant  après  eux,  jusqu'au  milieu 
des  armées,  une  suite  somptueuse  de  femmes,  des  enfants, 
des  valets.  J'ai  vu  un  général  sortir  de  Saumur  pour  rejoindre 
l'armée,  non  seulement  suivi  d'un  brillant  état-major  et 
d'une  cavalcade  nombreuse,  mais  d'une  voiture  à  six  chevaux 
pour  sa  femme,  accompagnée  d'une  forte  cavalerie.  C'est 
ainsi  qu'on  distrait  une  partie  de  nos  meilleures  troupes,  qui 
sont  nécessaires  aux  combats,  pour  des  gardes  individuelles, 
et,  quand  il  arrive  des  déroutes,  trop  fréquentes  dans  cette 
malheureuse  guerre,  les  chefs  sont  plus  occupés  de  sauver 
tout  cet  attirail  inutile  que  de  faire  une  retraite  avantageuse; 
les  chevaux  sont  souvent  employés  à  traîner  leurs  superfluités  ; 

n'ayant  tenté  aucune  nouvelle  attaque  depuis  notre  dernière  déroute,  le  bruit 
court  qu'ils  sont  retournés  chez  eux  pour  faire  la  moisson.  Il  est  donc  revenu 
à  Saumur  pour  répundre  sur  la  rive  gauche  de  la  Loire  l'acte  constitutionnel, 
«  qui  a  été,  ajoute-t-il,  accepte  par  toutes  les  communes,  excepté  par  celles  qui 
sont  insurgées  et  celles  que  les  rebelles  «Mcupent  de  trop  près  ». 


tO        PART.  II,  CHAP.  M.  BASSIN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE. 

les  baffasres  et  les  munitions  sont  abandonnés  à  l'ennemi. 
C'est  ainsi  que  les  réclamations  du  soldat  et  l'opinion  générale 
semblent  s'accorder  sur  ce  que,  dans  plusieurs  affaires,  on 
ne  vit  aucun  des  principaux  chefs.  C'est  ainsi  que,  lors  de  la 
dernière  déroute  du  pont  de  Ce,  le  26  juillet,  les  généraux 
furent  surpris  lorsqu'ils  étaient  à  table  avec  des  femmes  au 
château  Gonvilliers,  etc.'. 

Philippeaux  n'en  dit  pas  davantage  pour  s'attirer  la 
haine  des  hommes  qui  l'envoyèrent  avec  Danton  à  l'écha- 
faud. 

Et  cependant  on  ne  croyait  pas  tout  perdu,  mais  on  se 
contentait  de  peu  de  chose.  Gossuin,  dans  son  rapport 
sur  l'acceptation  de  la  Constitution  (9  août),  écrit  : 

Quant  au  département  de  la  Vendée,  il  n'est  pas  entière- 
ment gangrené;  les  patriotes  échappés  à  la  fureur  des  bri- 
gands se  sont  ralliés.  Votre  commission  a  connaissance  que 
vingt  et  une  assemblées  primaires  y  ont  eu  lieu  ;  elles  ont 
voté  à  l'unanimité  l'acceptation  de  la  Constitution  ^ 

Vingt  et  une  !  c'était  loin  d'être  la  Vendée. 

II 

Maine-et-Loire. 

L'agent  Bodson  opérait  sur  les  lisières  de  la  Vendée 
et  notamment  dans  le  département  de  Maine-et-Loire. 

Ce  département,  dans  son  administration  du  moins, 
n'était  pas  royaliste.  Son  directoire  écrivait  à  la  Con- 
vention, au  cours  du  procès  de  Louis  XVI  : 

Législateurs,  jugez  Louis  Capet.  Que  la  foudre  frappe  le 
tyran  qui  voulut  saper  les  fondements  de  l'État'"  ! 

1.  Note  II  aux  Appendices. 

2.  Moniteur  du  12  août  1795,  I.  XVII,  p.  563. 

5.  Séance  du  51  décembre,  Moniteur  Au  5  janvier  1795,  I.  W,  p.  21. 


II.  MÂINE-ET-LOlRE.  H 

Mais  il  n'était  pas  non  plus  jacobin.  Il  avait  offert  à 
la  Convention  son  concours  pour  réprimer  l'anarchie. 
11  lui  écrivait  le  9  janvier  : 

Le  peuple  franç-ais  vous  a  confié  le  soin  de  son  bonheur 
et  de  sa  gloire.  Pour  opérer  Tun,  pour  faire  respecter  l'autre, 
vous  êtes  armés  de  toute  la  force  du  peuple.  Il  en  est  temps 
enfin  :  faites-lui  justice  des  factieux  qui  vous  tourmentent. 

Ne  muselerez-vous  pas  ces  hommes  féroces  qui,  le  2  sep- 
tembre, mirent  la  patrie  en  sang  et  qui,  si  vous  n'imposez 
un  terme  à  leur  aveugle  rage,  finiront  par  vous  dévorer, 
vous  l'État,  et  par  s'entre-dévorer  eux-mêmes? 

Qu'attendez-vous?...  des  forces  pour  appuyer  vos  résolu- 
tions? Dites  un  mot,  nos  frères  sont  debout  et  leurs  bras 
sont  armés C'est  à  vous  d'écraser  tous  ces  reptiles'  — 

Ils  ne  s'en  tinrent  pas  à  cette  adresse.  Le  18  janvier, 
ils  adoptèrent  à  l'unanimité  la  proposition  d'envoyer  à 
Paris  une  force  départementale.  L'arrêté  la  composait 
de  quatre  cent  onze  gardes  nationaux,  en  tout  cinq 
compagnies,  dont  une  de  canonniers,  qui,  le  29,  de- 
vaient être  réunis  à  Angers ^  Le  19,  on  fit  la  réflexion 
que  les  canonniers  devaient  avoir  des  canons,  et  on  leur 
en  alloua  deux^  Ce  fut  la  ville  qui,  bien  qu'en  les 
regrettant,  en  fit  le  sacrifice  (29  janvier*).  Mais  elle 
n'eut  point  à  les  fournir.  Le  31,  le  conseil  du  départe- 
ment licencia  les  volontaires  qui  s'étaient  présentés, 
pour  ces  motifs,  au  moins  assez  étranges  : 

1.  Imprimé  et  conservé  clans  les  minutes  des  procès- verbaux  des  séances  du 
conseil  général  du  département  de  Miiine-et-Loire  (Archives  du  département 
de  Maine-et-Loire).  L'original  est  aux  Archives  nationales,  D  XL  §  4,  carton  21, 
dossier  Maine-et-Loire. 

2.  Voyez  la  note  III  aux  Appendices. 

5.  Archives  dép.irtementales  de  Maine-et-Loire.  Procès-verbaux  des  délibéra- 
lions  du  conseil  général  du  déparlement,  à  la  date. 

4.  Archives  municipales  d'Angers.  Registre  des  délibérations  du  conseil  général 
de  la  commune,  f"  113. 


12         PART.  II,  CHAI'.  VI.  BASSIN  LNFÉHIEUH  DE  LA  LOIRE 

Le  conseil  général,  considérant  que  depuis  la  mort  de 
Louis  Capet,  dernier  roi  des  Français,  le  calme  paraît  réta- 
bli, que  les  séances  de  la  Convention  ne  sont  plus  troublées, 
qu'il  y  a  lieu  de  croire  que  cet  état  de  choses  sera  durable  ; 

Considérant  que  les  mesures  que  la  Convention  nationale 
a  prises  pour  assurer  sa  tranquillité,  en  ordonnant  que  les 
scélérats  du  2  septembre  seraient  recherchés  et  punis,  présen- 
tent les  motifs  les  plus  consolants  pour  les  bons  citoyens, 
les  plus  propres  à  effrayer  les  factieux,  déjouer  leurs  trames 
et  déconcerter  leurs  projets  liberticides  : 

Le  conseil  général  invite  les  citoyens  qui  se  sont  rendus 
en  cette  ville  à  rentrer  dans  leurs  foyers  ^ 

Les  sympathies  du  département  n'en  restaient  pas 
moins  toutes  girondines;  il  le  prouva  parla  vivacité 
avec  laquelle  il  poursuivit  l'homme  qui,  au  ministère 
de  la  Guerre,  représentait,  au  grand  dommage  de  la 
France,  le  parti  montagnard.  Le  19  janvier,  entre  la 
condamnation  et  l'exécution  de  Louis  XVI,  il  écrivait  à 
la  Convention  : 

Le  glaive  de  la  loi,  longtemps  suspendu  sur  la  tète  du  plus 
lâche  et  du  plus  vil  des  conspirateurs  (Louis  XYI!),  va  l'at- 
teindre enfin.  Mais  les  scélérats  subalternes,  mais  les  désor- 
ganisateurs  resteront-ils  impunis?... 

C'est  Pache  qui  est  le  coryphée  de  ces  désorganisa- 
teurs,  de  ces  scélérats;  et  ce  réquisitoire,  long  et  acca- 
blant, se  continue  plusieurs  pages  avec  une  implacable 
furie'.  Par  contre,  lorsque  Pétion  donna  sa  démission, 

1.  Archives  du  dépirlemeiU  de  Maine-et-Loire.  Procès-verbaux  des  délibéra- 
tions du  conseil  du  département,  à  la  date. 

2.  On  y  revient  encore  dans  une  adresse  du  18  février  :  «  Et  Pache  dont 
l'insouciance  a  lait  périr  de  nii-ère  une  si  grande  quantité  de  nos  Irères  darnics, 
l'dche,  qui  a  désorganisé  nos  armées  »,  elc.  Et  la  ville  de  Paris  ajoutait  à  l'irrita- 
tion par  ses  privilèges  :  «  Pounjuoi  le  prix  du  pain  n'est-il  pas  le  même  à  Paris 
qu'ailleurs.'  l'ienez  garde  que  cette  ville,  qui  ne  paie  pas  ses  impositions,  en 


II.  MAINE-ET-LOIKE.  15 

ils  écrivent  à  la  Convention,  ils  lui  écrivent  à  lui- 
même,  pour  lui  donner  un  témoignage  éclatant  de  leur 
estime*. 

Le  conseil  départemental  de  Maine-et-Loire  ne  tarda 
pas  à  revenir  de  sa  confiance  dans  le  calme  qui,  à 
son  avis,  devait  suivre  la  mort  de  Louis  XVL  Mais  il 
fut  alors  dominé  par  d'autres  soucis  :  les  Vendéens,  qui 
ne  partageaient  pas  ses  sentiments  sur  le  jugement  du 
roi,  s'étaient  soulevés.  C'est  à  Cholet,  dans  le  départe- 
ment même,  qu'ils  avaient  débuté  par  un  coup  d'éclat 
(14  mars),  et,  depuis,  toutes  les  villes  avaient  à  craindre 
l'apparition  de  ces  troupes  improvisées  qu'on  voulait 
flétrir,  mais  dont  ne  diminuait  pas  la  terreur,  en  les 
appelant  brigands.  Les  procès- verbaux  des  séances  du 
département  en  mars,  avril  et  mai'  sont  remplis  d'appels 
aux  armes  émanant  du  conseil  et  des  représentants 
que  la  Convention  avait  délégués  en  toute  hâte.  Les 
représentants,  qui  formaient  un  comité  central,  sié- 
geaient ou  à  Tours  ou  à  Angers,  selon  les  circonstances, 
et  ce  n'était  pas  toujours  sans  froissement  avec  les  con- 
seils, dont  l'appui  leur  était  pourtant  si   nécessaire \ 


faveur  de  laquelle  vous  faites  journelleiuent  de  grands  sacrifices,  n'entraîne  la 
perle  de  la  République  »  (Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  21,  dossier 
Maine-et-Loire)  :  allusion  à  un  décret  du  7  février  qui  autorisait  la  ville  de 
Paris  à  prélever  4  millions  sur  les  impositions  publiques,  pour  abaisser  le  prix 
du  pain.  {Moniteur  du  10  lévrier,  t.  W,  p.  202-204,  cf.  27  février,  p.  500.) 

1.  Archives  nationales,  D  xl  ï;  4,  carton  21.  dossier  Maine-et-Loire. 

2.  Ces  procès-verbaux,  déposés  aux  Archives  du  déparlement,  sont  malheureu- 
sement incomplets;  une  partie  a  été  recopiée  en  cahiers,  dont  les  pages  ne  sont 
ni  cotées  ni  paraphées;  une  autre  est  resiée  en  minutes. 

3.  4  mai.  «  Un  membre  a  fait  lecture  d'un  imprimé  joint  au  n°  71  des  Affiches 
d'Angers,  ayant  pour  litre  :  Lettre  du  citoyen  Choudieu,  commissaire  de  la 
Convention  nationale,  en  réponse  à  l'adresse  présentée  à  la  Convention  par  un 
député  extraordinaire  de  Maine-et-Loire.  » 

Il  a  été  arrêté  qu'il  serait  inséré,  dans  le  n"  72  des  mêmes  Affiches,  quelques 
rcllexions  au  nom  des  trois  corps  administratifs. 

«  Les  membres  des  conseils  généraux  du  département  de  Maine-et-Loire  [etj 


I  i  PART.  II,  CIIAP.  VI.  BASSIN  INFERIEUR  DE  LA  LOIRE. 
Les  conseils  ne  se  trouvaient  pas  mienx  des  volontaires 
à  cinq  cents  livres,  et  à  trente  sous  par  jour,  qu'on  leur 
envoyait  de  Paris.  Les  représentants  ayant  pris  le  3  mai 
un  arrêté  pour  ramener  la  solde  à  des  conditions  plus 
raisonnables,  il  y  eut  un  véritable  soulèvement.  Ré- 
duire la  solde  à  vingt  sous  par  jour!  C'est  un  môme 
cri  dans  l'armée  de  Saumur  et  dans  celle  de  Doué. 
On  refuse  d'obéir  aux  chefs,  on  veut  mettre  bas  les 
armes  ;  on  le  dit  publiquement  et  on  l'exécute  sur 
place  :  et  il  faut  que  le  conseil,  proclamant  que  le  salul 
de  la  République  est  la  première  loi,  «  arrête  que  provisoi- 
rement... la  solde  sera  comme  par  le  passé  ».  (9  mai*.) 
Ni  les  représentants,  ni  les  soldats,  ni  les  généraux 
en  faveur,  comme  Santerre,  n'étaient  hommes  à  faire 
estimer  beaucoup  le  parti  qui  menaçait  de  s'imposer  à 
la  Convention.  Aussi,  même  au  milieu  de  ces  alarmes, 
les  habitants  d'Angers  tentèrent  un  dernier  effort  pour 
s'en  défendre.  Le  20  mai,  cent  cinquante  citoyens  deman- 
dèrent à  la  municipalité  la  permission  «  de  se  réunir 
dans  leurs  sections  pour  exprimer  à  la  Convention  na- 
tionale leur  vœu  fortement  prononcé  d'avoir  prompte- 
ment  une  constitution  républicaine  »  ;  et  le  29,  dans  une 
réunion  où  les  citoyens  des  trois  districts  occupés  alors 
par  les  Yendéens  avaient  été  admis,  on  arrêta  une 
adresse^  pour  demander,  en  même  temps,  à  TAssem- 

tlu  tlislricl  d'Angers,  loris  de  leur  conscience,  ...  ne  répondront  pas  à  la  letlre  du 
i"  mai,  jointe  au  n"  71. 

«  Ce  qui  est  énoncé  dans  l'adresse  présentée  à  la  Convention  nationale,  au  nom 
des  trois  corps  administratifs  réunis,  par  leur  commissaire,  consiste  en  laits  que 
leurs  concitoyens  connaissent;  ils  les  laissent  juges  de  leur  conduite.  »  (Archives 
de  Maine-et-Loire.  Procès-verbaux  des  séances  du  conseil  général  du  départe- 
ment, à  la  date  du  4  mai.) 

1.  Arcliives  de  Maine-et-Loire.  Procè.s-verbaux  des  séances  du  conseil  général 
du  <lépartemonl,  à  la  date. 

'2.  On  a  celte  adres.se,  im|)riniée  le  7)0  juin  à  Angers. 


II.  MAINE-ET-LOIRE.  15 

blée  souveraine  «  de  faire  cesser  les  dissensions  qui 
déshonorent  la  Convention  et  terrasser  l'hydre  de  l'a- 
narchie' »;  et  ils  nommèrent  deux  commissaires  pour 
la  porter  à  Paris.  C'est  l'adresse  qui  fut  lue  à  la  Conven- 
tion le  6  juin  et  qui  fut  accueillie  par  les  huées  des 
tribunes,  non  sans  péril  pour  les  délégués  à  la  sortie. 
Entre  le  vote  de  la  pétition  et  leur  arrivée,  la  révolution 
en  effet  s'était  accomplie,  et  avant  leur  retour  la  ville 
d'Angers  était  tombée  aux  mains  des  Vendéens. 

Cette  occupation,  qui  ne  pouvait  être  que  passagère, 
aida  à  faire  oublier  la  démarche  dans  laquelle  les  prin- 
cipaux citoyens  de  la  ville  s'étaient  compromis.  Ils 
s'étaient  retirés  devant  les  Vendéens,  preuve  qu'ils  ne 
pactisaient  point  avec  eux,  comme  on  le  disait  volontiers 
des  fédéralistes.  Les  Vendéens  partis,  et  bientôt  refoulés 
sur  la  rive  gauche  de  la  Loire  à  la  suite  de  leur  échec 
devant  Nantes  ('29  juin),  l'ancienne  administration  se 
réinstalla  et  se  hâta,  par  une  proclamation,  d'appeler  tous 
les  habitants  à  s'unir,  comme  les  derniers  événements  en 
avaient  fait  senlir  le  besoin\  On  annonçait  la  Constitu- 
tion; elle  arriva  le  16  juillet,  et  l'on  arrêta  qu'on  ferait 
le  lendemain  17  une  grande  fête  pour  la  proclamer; 
les  assemblées  primaires  étaient  convoquées  au  21  pour 
raccepter.  La  fêle  s'accomplit  avec  les  cérémonies  ordi- 
naires, discours,  processions,  chants  patriotiques,  il- 
luminations. Bien  difficiles  eussent  été  les  assemblées 
primaires  si,  après  tout  cela,  elles  avaient  répondu  par 
un  non  ! 


1.  C'est  ainsi  que  l'a  résumée  le  procès-verbal  du  conseil  général  (.le  la 
commune,  à  la  date  du  i'=''juin.  —  On  passe  ensuite  du  8  juin  au  4  juillet,  sans 
lacune  dans  les  pages  (i'"»  177-178);  c'est  le  temps  de  l'occupation  d'Angers  par 
les  Vendéens. 

2.  Voyez  la  note  lY  aux  Appendices. 


l(i         PART.  II,  CIIAP.  YI.  BASSIN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE. 

Le  récit  de  la  fêle  est  raconté  fort  laconiquement 
dans  le  registre  de  la  commune  d'Angers.  Un  acte 
officiel,  qui  avait  précédé  de  quelques  jours,  pouvait 
jeter  du  froid  dans  cette  publique  allégresse  :  je  veux 
parler  d'un  arrêté  des  représentants  du  peuple,  en  date 
du  10  juillet,  sous  la  rubrique  la  République  ou  la  mort, 
portant  institution  d'un  comité  de  surveillance  révo- 
lutionnaire, avec  cet  avis  significatif: 

Les  représentants  du  peuple  près  l'armée  des  côtes  de  la 
Rochelle,  réunis  en  commission  centrale  à  Angers, 

Informés  que  plusieurs  particuliers  de  la  ville  d'Angers 
ont  entretenu  et  entretiennent  encore  des  intelligences  avec 
les  rebelles 

C'était  la  mort  pour  ceux  qui  étaient  suspects  de  ne 
pas  aimer  la  République.  Ce  comité  devait  préparer  la 
besogne  aux  commissions  militaires  qui  allaient  ensan- 
glanter le  pays*. 

On  ne  se  trompe  donc  guère  en  disant  que  l'admi- 
nistration de  Maine-et-Loire  accepta  la  Constitution  sans 
enthousiasme.  L'agent  Bodson  apprécie  assez  bien  la 
situation  quand  il  écrit  (14  août  1795)  : 

La  Constitution  a  été  acceptée  dans  toutes  les  communes 
de  ce  département  qui  ne  sont  pas  occupées  par  les  rebelles 

Les  habitants  de  ces  départements  ne  paraissent  pourtant 
pas  trop  goûter  les  principes  sévères  du  républicanisme  ;  ils 
paraissent  fatigués  des  troubles  de  la  Vendée  et  ils  soupirent 
avidement  après  la  paix. 

11  ajoute,  reprenant  son  thème  sur  les  généraux  de 
l'espèce  des  Ronsin,  des  Sanlcire  et  des  Rossignol  : 


I.  Ariliivo>  iminiciiialcs  d'Aiijiers.   Hegislic  des  cléliljcralkuis  ilu  conseil  ^c- 
iiéial  de  la  i;oiiiii)uiie,  à  la  dalc  du  U)  juillel,  i'  !><!. 


III.  INDRE-ET-LOIRE.  17 

S'ils  ont  paru  pendant  quelque  temps  indisposés  contre  la 
Révolution  du  51  mai,  la  faute  en  est  à  certains  patriotes 
effervescents  qu'on  a  envoyés  dans  ces  contrées,  qui,  loin  de 
s'appliquer  à  ramener  le  peuple  par  des  voies  de  douceur, 
n'ont  fait  que  l'aigrir  par  un  excès  de  zèle*. 

En  somme,  le  déparlement  suivit  désormais  l'impul- 
sion de  Paris.  Quand  les  Vendéens  se  représentèrent, 
après  leur  tentative  manquée  contre  Granville,  Angers 
cette  fois  sut  défendre  ses  portes,  et  Julien  put,  dans 
son  rapport,  leur  promettre  l'amnistie  :  ce  La  nation 
vous  pardonne  un  moment  d'erreur'  ». 


III 

Iiidrc-ct-Loire. 

L'histoire  d'Angers  se  reproduit  à  Tours  et  dans  la 
Touraine.  Mais  le  conseil  général  d'Indre-et-Loire  est 
d'abord  tout  à  la  défense  de  la  Convention  contre  les 
factieux.  Il  vote  une  force  armée  qui  doit  se  mettre  à 
sa  disposition  à  son  premier  signal.  11  ouvre  des  regis- 
tres d'enrôlement  (10  janvier^).  Mais  la  Vendée  se  sou- 
lève :  il  faut  songer  au  plus  pressant  péril.  C'est  tou- 
jours sur  la  Convention  que  l'on  s'appuie;  et  on  lui 
renouvelle  les  protestations  d'une  confiance  absolue 
(6  avril,  24  avriP).  Même  le  représentant  Tallien,  délé- 

1.  Archives  nationales,  F  i'  550.  Il  ajoute  :  a  Le  luxe  et  l'attirail  de  nos  géné- 
raux de  11  Vendée  ne  peut  être  que  très  pernicieux  à  l'armée.  Dans  une  déroute, 
ils  clierclient  plutôt  à  sauver  leurs  bagages  que  leurs  munitions  »,  etc. 

2.  Rapport,  p.  160. 

3.  Voyez  sur  cet  arrêté  du  10  janvier  1793  la  note  V  aux  Appendices. 

4.  6  avril.  «Le  conseil  général,  considérant  que  la  défiance  est  la  première 
vertu  des  républicains,  que  cette  vertu  devient  un  besoin  au  moment  où  les 
trahisons  éclatent  de  toutes  parts,  où  la  liberté  naissante  est  menacée,  non  seiile- 

nÉVOL.  DU  51   MAI.  Il  —  2 


18         PART.  II,  CIIAP.  VI.  BASSIN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE, 
gué  pour  la  levée  des  300  000  hommes,  ayant  annoncé 
qu'il   était    rappelé,    le  conseil  demande  à    le  garder 
(5  mai).  Il  élait  du  pays  :   à  ce  titre  on  le  préférait 
peut-être  à  d'autres. 

Le  département  n'était  pouitant  pas  indifférent  à  ces 
agitations  de  l'Assemblée  qui  pouvaient  avoir  un  contre- 
coup funeste  dans  la  lutte  engagée  sur  la  Loire.  Les 
sociétés  populaires  s'occupaient  tout  particulièrement  de 
la  question  :  à  Cliâleau-Chinon,  par  exemple  (10  mai), 
à  Loches  (fin  de  mai);  plusieurs,  il  faut  le  dire,  dans 
un  sens  peu  favorable  à  la  Gironde.  La  société  des  Amis 
de  la  liberté  et  de  l'égalité  de  Tours  faisait,  le  9  avril, 
une  charge  à  fond  pour  la  cause  des  Montagnards  : 

Le  peuple  ne  voit  reposer  son  salut  que  sur  cette  sainte 
Montagne. 

Hàtez-vous  de  la  recompléter  cette  iMontagne  de  salut; 
hâtez-vous  de  rappeler  à  son  sommet  les  patriotes  qui  l'ont 
quittée  par  vos  ordres  (les  représentants  en  mission),  et  si 
vous  voulez  que  l'esprit  public  des  départements  ne  souffre 
pas  de  ce  rappel,  envoyez  à  vos  frères  de  toutes  ces  contrées 
de  la  République  des  sans-culottes  parisiens  ou  marseillais 
lies  Maîseillais  gardaient  encore  leur  réputation]  et  chargez- 
les  de  patriotiser  nos  villes  et  nos  cajnpagnes.  Chargez-les 
d'éclaircir  et  de  diriger,  par  les  maximes  du  républicanisiric, 
le  scrutin  populaire  auquel  il  est  urgent  que  vous  soumettiez 
tous  les  fonctionnaires  civils  et  militaires.  Enfin,  et  c'est 
de  là  surtout  que  dépend  aujourd'hui  la  sûreté  publique,  le 


ment  par  les  tyrans  coalisés  contre  elle,  mais  encore  par  ceux  qui,  sous  le  masque 
de  palriotisnie,  s'en  élaienl  montrés  les  plus  ardents  dél'enscurs  »...  — Deux  coin- 
niissaircs  sont  envoyés  à  la  Convention  et  au  Comité  de  i-ùrclé  générale,  pour 
leur  donner  et  en  recevoir  tous  rcnseipiicmcnls,  et  les  «  assurer  de  sa  Terme 
résolution  de  se  rallier  autour  d'elle  et  de  l'environner  d'une  conliaiice  sans 
bornes  dans  tous  les  dangers  de  la  p.itric  ».  (Ardiives  du  département  d'Indre-et- 
Loire.  Délibérations  du  conseil  général  du  dépailcment,  L,  0,  l"  77.)  —  Il  y  a 
une  lacune  dîuis  la  suite  des  séances,  du  5  décembre  1792  au  18  mars  1795. 


III.  INDRE-ET-LOIRE.  19 

salut  des  Français,  ne  souffrez  plus  que  dos  traîtres  pronon- 
cent parmi  vous  sur  les  destinées  de  la  France.  Il  est  temps 
que  les  protecteurs  deCapet,  que  ceux  qui  ont  voulu,  par  un 
appel  perfide,  troubler  la  nation  pour  sauver  le  tyran,  que 
les  complices  de  Dumouriez,  que  les  intrigants  Rollandistes, 
les  Brissot,  Guadet,  Buzot,  Vergniaud,  Barbaroux,  Louvet, 
Salles  et  tous  ceux  qui  leur  ressemblent...  soient  vomis  de 
votre  seinî 

La  société  des  Amis,  etc.,  d'Âmboise  (adresse  reçue  le 
21  mai)  regardait  comme  un  danger  pour  la  patrie 
l'annonce  que  la  Révolution  était  finie,  et  elle  résumait 
ses  desiderata  en  quatre  points  : 

Nous  demandons  :  1"  Que  vous  déclariez  par  une  loi  que  la 
Révolution  est  la  volonté  du  peuple  français  ; 

2"  Que  vous  hâtiez  l'établissement  d'une  éducation  publique 
qui  puisse  régénérer  les  mœurs  de  la  nation; 

5°  Que  vous  décrétiez  incessamment  un  code  pénal  révo- 
lutionnaire; 

4"  Que  le  plan  de  Constitution  soit  bientôt  arrêté  pour  être 
présenté  à  la  discussion  du  peuple  ^ 

C'est  dire  que,  lorsque  la  révolution  du  51  mai  éclata, 
elle  trouva  des  appuis  en  Touraine.  Le  district  d'Am- 
boise  se  prononça  immédiatement.  Il  envoya  sa  décla- 
ration à  Tours;  et  l'accueil  favorable  que  l'on  y  fit  au 
conseil  général  du  département  (5  juin)  pouvait  déjà 
faire  présumer  les  résultats  des  délibérations  de  ce 
conseil  ^ 

1.  Archives  nationales.  D  xl  §  4,  carton  20,  dossier /w//'e-e/-Z,o//Y'. 

2.  «  La  séance  a  clé  ouverte  jiar  la  lecture  li'nii  arrêté  du  district  d'Andjoise, 
relatif  à  l'insuireclion  qui  s'est  faite,  à  Paris,  les  ")1  mai  et  3  de  ce  mois,  ainsi 
que  d'une  adresse  à  la  Convention  pour  exprimer  l'adhésion  de  ce  district  aux 
grandes  mesures  qu'elle  vient  de  prendre  pour  l'anéanti-semcnt  de  la  l'action 
criminelle  qui  menaçait  la  liljcrté  et  l'indivisihilité  de  la  Répiihlique. 

«  Le  conseil  a  applaudi  aux  sentiments  exprimés  par  le  district  d'Amhoise,  et 
sur  la  motion  d'un  memhre  il  a  été  arrêté  que  toutes  les   autorités  constituées 


20        PART.  Il,  CIIAP.  YI    BASSIN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE. 

Ce  fut  dans  rintervalle  que  le  représentant  Carra, 
un  des  commissaires  près  l'armée  des  côtes  de  la  Ro- 
chelle, girondin  perdu  parmi  les  montagnards,  eut  la 
pensée  d'intervenir  en  faveur  des  proscrits  et  d'en- 
traîner le  département  dans  le  fédéralisme.  Voici  comme 
en  parle  le  procès-verbal  de  la  séance  (8  juin)  : 

Le  citoyen  Carra,  représentant  du  peuple,  envoyé  près 
l'armée  des  côtes  de  la  Rochelle,  est  entré  et  a  pris  place 
au  bureau. 

Il  a  pris  la  parole  et  a  dit  qu'il  croyait  convenable  que  le 
département  d'Indre-et-Loire  imitât  l'exemple  de  beaucoup 
d'autres  administrations  et  arrêtât  l'envoi  d'une  force  dépar- 
tementale; il  a  ajouté  qu'à  sou  passage  à  Blois  il  avait  con- 
seillé cette  mesure  sage  et  prudente  au  département  de  Loir- 
et-Cher,  qui  s'était  empressé  de  l'adopter,  et  qu'il  avait  lieu 
d'espérer  que  celui  d'Indre-et-Loire  prendrait  le  même  parti. 

Aucun  membre  n'a  appuyé  la  proposition  du  citoyen  Carra, 
l'ordre  du  jour  a  été  invoqué  et  arrêté  à  l'unanimité. 

Le  citoyen  Carra,  un  peu  désappointé,  aurait  voulu 
effacer  la  trace  de  cette  démarche  : 

Le  citoyen  Carra  a  dit  que  ce  n'était  qu'un  simple  avis 
qu'il  avait  cru  devoir  donner  au  conseil,  dans  le  sein  duquel 
il  savait  bien  qu'il  ne  pouvait  ni  ne  devait  faire  de  motions; 
il  a  demandé  en  conséquence  qu'il  n'en  fût  fait  aucune  men- 
tion sur  les  registres. 

Mais  son  espoir  fut  dégu  : 

Sur  celte  proposition  le  conseil  a  de  nouveau  passé  à 
l'ordre  du  jour,  motivé  sur  ce  que  tout  ce  qui  s'agite  dans 
ses  séances  doit  être  consigné  au  procès-verbal. 

seraient  convoquées  pour  demain  malin,  en  séance  extraordinaire,  afin  d'émettre 
un  vœu  sur  la  nouvelle  révolution  qui  vient  de  s'opérer.  »  (Archives  du 
département  d'Indre-et-Loirc.  Re{;istre  des  délibérations  du  conseil  général  du 
département,  à  la  date  du  5  juin.) 


llf.  INDRE-ET-LOIRE.  21 

A  la  suite  de  cet  incident  s'ouvrit  la  délibération  à 
laquelle  tous  les  corps  avaient  été  convoqués.  Il  s'agis- 
sait de  savoir  si  l'on  ferait  une  adresse  d'adhésion  à  la 
révolution  accomplie.  Le  compte  rendu  que  l'on  en 
trouve  aux  registres  des  séances  du  conseil  général  du 
département,  est  d'un  grand  intérêt.  Il  donne,  pour 
les  différents  corps  assemblés  (département,  district, 
municipalités,  tribunal  criminel,  tribunal  du  district 
de  Tours,  juges  de  paix,  tribunal  de  commerce),  l'avis 
individuel  de  chacun  des  membres  :  deux  seulement 
dans  le  département  se  réservent,  n'étant  pas  suffisam- 
ment instruits;  quelques-uns  de  plus  dans  le  district 
et  les  municipalités;  quelques-uns  aussi  dans  les  autres 
corps  ;  mais  la  plupart  adhèrent  et  plusieurs  par  des 
avis  motivés  des  plus  énergiques.  Trois  membres  furent 
désignés  pour  rédiger  l'adresse \ 

Cette  adresse  ne  se  trouve  pas  dans  la  suite  des 
procès-verbaux;  mais,  par  le  caractère  des  opinions 
exprimées  et  développées,  on  peut  deviner  ce  qu'elle  dut 
être.  Cela  ne  laissait  aucun  espoir  aux  départements 
qui,  à  la  suite  de  Carra,  tentèrent,  par  des  députations, 
d'entraîner  l'Indre-et-Loire  dans  la  coalition  fédéra- 
liste :  s'ils  l'avaient  espéré,  l'accueil  fait  au  délégué  de 
l'Orne  eût  suffi  pour  les  décourager-. 

Malgré  cette  attitude  prononcée,  le  département  ne  se 
trouva  pas  plus  à  l'aise  avec  les  représentants  et  avec 
les  forces  militaires  que  la  guerre  de  Vendée  y  attirait. 

Cette  commission  centrale,  que  les  représentants  for- 
maient à  trois  ou  quatre,  était  une  Convention  au  petit 


1.  Même  registre,  f"'  21-2i. 

2.  Voyez  sur  cette  réception  la  note  VI  aux  Appeinlicc 


22        PART.  II,  CHAP.  VI.  BASSIN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE. 

pied,  beaucoup  plus  incommode  que  l'autre.  On  ne 
pouvait  pas  leur  contredire  sans  qu'ils  s'écriassent  que 
la  Convention  nationale  était  avilie;  et  cependant  le 
conseil  le  fit  en  plusieurs  rencontres*. 

L'armée  aussi  était  souvent  plus  un  embarras  qu'une 
défense  :  c'étaient,  dans  les  premiers  temps  surtout,  des 
volontaires  parisiens  qui  prétendaient  n'en  faire  qu'à 
leur  tête.  Le  5  juin,  le  bataillon  du  Panthéon,  que  l'on 
voulait  conduire  à  l'ennemi,  refusa  de  partir  s'il  n'avait 
deux  pièces  de  canon.  Le  commandant  vint  l'annoncer 
au  conseil,  «  avec  douleur  »,  disant  «  que  sa  troupe 
préférait  retourner  à  Paris  que  de  marcher  sans  ca- 
nons à  la  Vendée  ».  Le  conseil  décida  que  le  bataillon 
serait  invité  «  à  sortir  de  la  ville,  soit  pour  retourner  à 
Paris,  soit  pour  aller  où  l'honneur  et  ses  engagements 
l'appelaient^  ».  On  prit  un  moyen  terme  :  un  canonnier 
et  un  volontaire  furent  envoyés  en  poste  à  Paris,  pour 
demander  des  canons. 

Mais  il  y  avait  là  un  général  de  Paris,  l'ancien  général 
de  la  garde  nationale  parisienne  :  que  faisait-il  en  face 
de  ces  actes  d'indiscipline?  Il  était  malade,...  et,  aux 
yeux  du  conseil  général,  fort  suspect.  Yoici  ce  qu'on  lit 
au  procès-verbal  du  8  juin  : 

Un  membre  a  dit  que  les  propos  désorganisatcurs  tenus 
publiquement  par  le  général  Santerre  et  son  absence  dans  ce 
moment  critique  devaient  faire  présumer  qu'il  entrait  pour 
beaucoup  dans  la  rébellion  que  montrait  ce  bataillon;  il  a 
demandé  que  le  généial  Santerre  fût  appelé  sur-le-champ 
pour  rendre  compte  de  sa  conduite. 

1.  Voyez  le  rcj^istre  des  délibérai ious  du  conseil  du  département,  aux  dates 
des  20,  26,  28  juin  et  3  juillet. 

2.  Re^-^istic  des  délibérations  du  conseil  général  d'Indre-et-Loire,  à  la  dnto 
du  5  juin,  f-  17-18. 


ni.  INDRE-ET-LOIRE.  23 

L'adjudant  général  Mou'in  est  entré  et  a  annonce  que  le 
général  Sanlerre,  se  trouvant  indisposé  et  obligé  de  garder 
le  lit,  ne  pouvait  se  rendre  à  l'invitation  du  conseil. 

Ce  n'était  pas  seulement  le  bataillon  du  Panthéon  : 

Le  général  Coustard,  sorti  pour  donner  des  ordres,  est  rentré 
et  a  dit  que  la  compagnie  des  canonniers  de  la  section  de 
la  fontaine  Grenelle,  de  passage  en  cette  ville,  refusait  égale- 
ment de  partir  sans  canons. 

—  Ceux-là  pouvaient  avoir  quelque  raison  :  ils  étaient 
canonniers.  Mais  pourquoi  étaient-ils  venus  sans  canons? 

L'inquiétude  fut  vive  à  Tours  lorsque  les  Vendéens, 
maîtres  de  Saumur,  passèrent  la  Loire  et  s'emparèrent 
d'Angers.  Iraient-ils  droit  par  la  Flèche  et  le  Mans  vers 
Paris?  et,  s'ils  restaient  sur  la  Loire,  descendraient-ils 
le  fleuve  ou  le  remonteraienl-ils?  Ils  le  descendirent  pour 
échouer  devant  Nantes.  Mais  à  Tours  on  ne  pouvait  p  us 
s'occuper  que  de  ce  péril.  Le  6  juillet  arriva  l'acte 
constitutionnel  avec  le  décret  de  la  Convention  pour  le 
h'we  proclamer  et  accepter.  Le  conseil,  par  un  arrêté, 
décida  qu'il  serait  proclamé  le  jour  même  dans  la  ville. 
Avec  quel  appareil?  Il  n'y  en  a  point  trace  au  procès- 
verbal  du  lendemain*. 

Julien,  dans  son  rapport,  reproche  bien  un  peu  aux 
Tourangeaux  leur  mollesse  proverbiale;  mais  en  somme 
il  en  est  assez  content  :  «  Le  département  d'Indre-et- 
Loire  pourrait  avoir  pris  des  mesures  un  peu  plus  vigou- 
reuses. Il  a  arrêté  de  n'envoyer  aucun  commissaire 
dans  les  autres  départements  et  de  n'en  pas  recevoir. 
On  lui  doit  encore  la  justice  d'avoir  résolu  de  refuser  le 
passage  de  toute  force  armée  qui  ne  marcherait  pas  par 

1.  Délibérations  du  conseil  général,  ù  la  date,  f"  77. 


24         PART.  II,  CHAP.  Vf.  BASSIN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE. 

les  ordres  de  la  Convention.  Aussi  la  Constitution  et  les 
décrets  y  ont  été  reçus  avec  enthousiasme'.  » 
C'est  lui  qui  le  dit. 


IV 

Loir-et-Cher. 

Tous  les  départements  de  la  Loire  parlent  d'abord  sur 
le  même  ton;  tous  arriveront  à  une  conclusion  que  ne 
laissaient  point  entrevoir  ces  prémisses.  Le  conseil 
général  de  Loir-et-Cher  avait  écrit  le  12  janvier  : 

Des  factieux  se  sont  introduits  dans  le  temple  sacré  de  la 
liberté. 

Bientôt,  si  vous  n'y  prenez  garde,  ils  établiront  leur  empire 
sur  vos  divisions. 

Bientôt  ils  représenteront  sous  vos  yeux  la  scène  horrible 
des  2  et  5  septembre. 

Quoi!...  vous  ne  pouvez  soumettre  une  poignée  de  fac- 
tieux ! . . . 

Mais  si  des  malheurs...  nous  trompaient  dans  nos  espé- 
rances, 

Si  nos  ennemis  intérieurs  assiégeaient  le  temple  de  nos 
libertés, 

Si  vos  délibérations  se  trouvaient  tellement  tumultueuses 
que  l'on  n'y  reconnût  plus  la  volonté  nationale, 

Parlez,  citoyens,  parlez  :  les  habitants  du  département 
dont  nous  sommes  les  organes  brûlent  de  combattre  pour  la 
liberté.  Ils  voleront  à  votre  secours  et  ils  sacrifieront  à  la 
patrie  les  enfants  dénaturés  qui  veulent  déchirer  le  sein  de 
leur  mèrc". 


1.  Rapport,  p.  141. 

2.  Archives  nationales,   D  xl  g  4,  carton  21.  dossier  Loir-el-Cher.  —  Cette 
adresse  ne  se  trouve  pas  flans  le  registre  des  délihcrations  du  conseil  général  du 


IV.  LOIR-LT-CHER.  25 

Mais  à  côté  des  conseils  administratifs  (département, 
district  et  commune  de  Blois),  qui  étaient  modérés,  il 
y  avait  la  société  populaire,  tout  inspirée  de  l'esprit 
jacobin.  Le  2  avril,  les  «  républicains  de  Blois  »  écri- 
vaient aux  «  mandataires  fidèles  de  la  Convention  »  : 

Montagnards,  le  peuple  veut  la  liberté  entière,  le  peuple 
ne  composera  jamais;  le  peuple  met  toutes  ses  espérances  en 
vous. 

Et  le  6  mai  : 

Établissez  dans  vos  séances  un  ordre  ponctuel.  Réprimez 
les  divagations,...  interdisez  absolument  les  inculpations  d'un 
membre  à  un  autre. 

Cela  était  fort  louable,  mais  par  quels  moyens  vou- 
laient-ils établir  la  paix  ? 

Un  de  nos  plus  grands  maux  est  la  circulation  des  opinions 
modérantistes.  Arrêtez-la,  en  établissant  pour  tout  le  temps 
du  danger  de  la  patrie  un  comité  censorial  composé  de  Mon- 
tagnards. 

La  Montagne,  c'est  en  effet  l'arbitre  suprême  : 

Nous  dirons  aux  représentants  qui  ont  des  intentions 
pures  :  Ralliez-vous  à  la  Montagne.  Nous  vous  disons  à  tous  : 
Nous  avons  fait  notre  épuration,  faites  la  vôtre  \ 

Tel  n'était  pas  pourtant  l'esprit  de  la  majorité  des 
babitants  de  Blois.  Une  adresse  signée  de  plusieurs 
d'entre  eux,  le  17  mai,  réclamait,  sans  plus,  la  Consti- 
tution ;  et  les  administrateurs  du  département,  le  25, 

déparlement  de  Loir-et-Cher,   et  en  voici  la  cause  :  il  y  a  une  lacune  dans  le 
registre,  du  28  novembre  au  23  mars.  Dans  cet  intervalle  de  près  de  quatre  mois, 
les  procès-verbaux  des  séances  n'ont  pns  été  transcrits;  les  l"'  45  à  66  sont  restés 
blancs.  (Archives  du  département  de  Loir-et-Cher,  L  42.) 
1.  .Archives  nationales,  même  dossier. 


2G        PART.  H,  CHAP.  VI.  BASSIN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE. 

firent  un  manifeste  plus  significatif  contre  les  factieux. 
Je  l'ai  cité.  Ajoutons-y  les  considérants,  qui  en  marquent 
bien  la  portée  : 

Le  conseil  général  du  déparlement,  considérant  que  l'état 
d'anarchie  où  se  trouve  la  République  est  un  des  plus  grands 
obstacles  au  triomphe  de  la  liberté  et  de  l'égalité;  considé- 
rant que  ce  n'est  que  par  l'établissement  d'une  Constitution. . . 
que  les  Français,  rendus  aux  droits  primitifs  de  la  nature, 
peuvent  espérer  de  recueillir  les  avantages  de  la  Révolution  ; 
considérant  que  le  plus  sûr  moyen  de  ramener  la  paix  dans 
l'intérieur...  est  de  forcer  la  Convention  nationale,  par  la  sa- 
gesse des  représentations  des  corps  administratifs,  de  recon- 
naître elle-même  l'abîme  dans  lequel  elle  plonge  la  France 
entière  par  la  futilité  de  ses  discussions  orageuses,  par  les 
factions  dangereuses  qui  entretiennent  l'anarchie  au  milieu 
d'elle  et  enfin  par  le  peu  d'intérêt  qu'elle  prend  au  bonheur 
commune...   , 

Cela  ne  prévint  pas  la  révolution.  Ce  fut  alors  la 
société  populaire  qui  fit  son  adresse.  C'est  un  chant 
de  triomphe  : 

Blois,  5  juin. 

Les  républicains  de  Blois  à  la  Convention  nationale. 

Le  vœu  des  vrais  républicains  vient  d'être  comblé.  En 
expulsant  de  votre  sein  les  complices  de  Dumouriez,  vous  avez 
sauvé  la  République. 

Une  Constitution  libre,  une  éducation  simple,  des  armes, 
et  les  despotes  sont  anéantis  et  tous  les  peuples  sont  libres ^ 

Ce  triomphe  allait  donner  une  force  singulière  au 
parti  qui,  dans  Blois,  maître  du  comité  de  surveillance 
vu  et  approuvé  par  Tallien,  tenait  en  échec  les  autorités 

1.  Archives  du  dôparlomont  île  Loir-et-Cher.  Registre  des  délibérations  du 
conseil  général  du  département,  n"  8,  1'°  5. 

2.  Archives  nat.,  D  xi,  §  4,  carton  21,  dossier  Loir-et-Cher.  Le  texte  donné 
par  le  Moniteur  du  11  juin,  comme  lu  à  la  séance  du  9,  est  un  peu  modifié 
dans  la  seconde  partie  (t.  XVI,  p.  m^]. 


IV.  LOIR-ET-CHER.  27 

constituées.  Ce  comité,  dans  lequel  il  y  avait  plusieurs 
administrateurs  aussi,  notamment  un  curé  nommé 
Fouchard,  ardent  comme  tout  révolutionnaire  de  son 
ordre,  se  signalait  déjà  par  toutes  sortes  d'excès  et 
notamment  par  les  arrestations  les  plus  arbitraires  : 
Suspects  pour  lui  disait  tout.  Le  conseil  général  voulut 
profiter  de  la  présence  à  Blois  d'un  représentant  du 
peuple  pour  secouer  ce  joug  :  c'était  Carra.  Carra  fut 
invité  à  venir  à  la  séance  du  conseil  le  7  juin.  Là  on  lui 
fit  le  tableau  du  trouble  qui  régnait  dans  la  ville,  et  cela 
par  l'action  despotique  du  comité  de  surveillance.  On 
convint  d'une  réunion  générale  pour  le  lendemain. 
Carra  y  retraça  à  grands  traits  les  devoirs  d'un  comité 
de  surveillance,  sévère  mais  juste.  Quand  le  curé 
Fouchard  et  le  citoyen  Heroine,  son  collègue  et  son 
compère  dans  le  comité,  affirmèrent  qu'il  n'avait 
poursuivi  que  des  aristocrates,  on  se  récria  vivement. 
On  ne  manquait  pas  d'exemples  pour  établir  que  les 
meilleurs  républicains  avaient  été  l'objet  de  ses  per- 
sécutions, et  l'on  réclama  du  représentant  du  peuple 
l'établissement  d'un  comité  de  salut  public  pour  rem- 
placer l'odieux  comité  de  surveillance.  Il  y  consentit  et 
prit  un  arrêté,  qui  fut  couvert  d'applaudissements.  Mais 
il  eut  moins  de  succès  à  la  société  populaire.  Là  le 
citoyen  Heroine  prit  facilement  sa  revanche;  il  accusa 
le  représentant  Carra  d'être  royaliste  (royaliste,  c'est 
douteux;  fédéraliste,  c'était  certain)  et  provoqua  un  tel 
mouvement  que  les  administrateurs  du  département, 
présents  à  la  séance,  se  retirèrent  navrés  ;  ils  en  firent  le 
récit  à  leur  conseil,  et  c'est  dans  les  procès-verbaux  de 
ce  conseil  que  la  scène  se  trouve  décrite'. 

1.  Archives  de  Loir-et-Cher,  même  registre,  9  juin. 


'28        PART.  II,  CHAP.  VI.  BASSIN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE. 

Les  choses  étant  ainsi,  le  conseil  jugea  utile  d'envoyer 
deux  commissaires  à  Paris  pour  faire  agréer  ses  arrêtés 
à  la  Convention.  Les  délégués,  voulant  être  présentés  au 
Comité  de  salut  public,  virent  les  députés  de  Loir-et-Cher; 
mais  ils  avaient  été  prévenus.  Arrivés  dans  la  salle  où 
se  réunissaient  les  pétitionnaires,  ils  apprirent  que  la 
Convention  avait  décrété  que  le  comité  destitué  repren- 
drait ses  fonctions  ;  que  Carra  n'avait  eu  aucun  pouvoir 
pour  former  un  autre  comité,  —  Carra  qui  allait  être 
compris,  à  la  demande  de  Gaston  (28  juillet)  et  sur  le 
rapport  de  Couthon  (2  août),  dans  le  décret  d'accusation 
rendu  contre  les  Girondins;  — et  le  conseil  général  qui 
avait  eu  la  bonhomie  de  s'appuyer  de  son  autorité,  six 
jours  après  la  révolution  qui  avait  renversé  la  Gironde! 
Les  commissaires  jugèrent  inutile  de  se  présenter 
devant  la  Convention  et  se  bornèrent  à  déposer  leurs 
pièces,  avec  un  mémoire  en  faveur  de  leur  récent  comité 
de  salut  public'. 

Le  conseil  du  département  n'essaya  pas  de  persévérer 
dans  cette  voie,  et  d'ailleurs  on  avait  d'autres  soucis.  La 
Vendée  sortait  de  chez  elle.  Saumur,  Chinon  étaient 
pris.  Tours  menacée.  Il  ne  s'agissait  plus  d'un  comité 
de  salut  public  à  maintenir,  maisd'un  comité  de  défense 
à  créer  (15  juin)-. 

Dans  ces  conditions,  les  administrateurs  de  Loir-et- 
Cher  estimèrent  qu'il  était  opportun  de  se  gagner  la 
Convention  et  de  prévenir  d'autres  représailles  par  une 
adhésion  sans  réserve  à  la  révolution,  et  ils  lui  envoyè- 
rent cette  adresse  (20  juin)  : 

1 .  Archives  de  Loir-et-Cher.  Registre  des  délibérations  du  conseil  du  déparle- 
ment, ["  59. 

2.  Ibid.,  C'ÔO, 


IV.  LOIR-ET-CHER.  29 

Malgré  les  divisions  qui  paraissent  agiter  la  République 
entière,  le  département  de  Loir-et-Cher,  ferme  dans  ses  prin- 
cipes, croit  devoir  vous  déclarer,  dans  ce  moment  de  crise, 
qu'il  ne  s'écartera  jamais  de  la  soumission  qu'il  doit  aux 
lois.  Persuadé  que  vous  prouverez  à  tous  les  incrédules  la 
sagesse  de  vos  décrets,  il  s'empresse  de  donner  son  adhésion 
à  ceux  relatifs  aux  événements  des  51  mai,  1*'  et  2  juin. 

Continuez  de  déjouer  par  une  marche  ferme  et  courageuse 
les  traîtres  qui  déchirent  le  sein  de  la  patrie.  C'est  par  vous 
que  la  République  entière  doit  connaître  ceux  qui  doivent 
porter  le  nom  de  ses  vrais  enfants.  Echauffez  les  modérés 
qui  tuent  l'énergie  républicaine  et  minent  peu  à  peu  la  chose 
publique  par  leur  dangereuse  faiblesse  ;  frappez  sur  tous 
les  coupables,  frappez  sur  les  complices  de  l'infâme  Dumou- 

riez Conservez  la  République  une  et  indivisible,  c'est  le 

vœu  bien  prononcé  du  peuple;  il  aura  son  effet,  malgré  les 
efforts  combinés  du  modérantisme,  de  l'aristocratie  et  de 
tous  les  malveillants'. 

Dix  jours  après,  le  50  juin,  on  recevait  la  Constitution  : 
c(  la  déclaration  des  droits  et  la  Charte  constitution- 
nelle »,  et,  selon  le  rite  prescrit,  sans  attendre  le  dé- 
nouement de  la  comédie,  je  veux  parler  des  assemblées 
primaires  appelées  à  l'accepter,  on  en  faisait  la  procla- 
mation en  grande  cérémonie  :  procession  générale; 
ce  les  bustes  de  Brutus  et  autres  grands  personnages 
décorés  du  bonnet  de  la  liberté  et  portés  en  triomphe  », 
les  corps  constitués  suivant,  affublés  eux-mêmes,  pour 
la  plus  grande  partie,  du  bonnet  rouge;  «  le   drapeau 

1.  Vrchivcs  de  Loir-et-Cher,  même  registre,  ("  46.  Celte  adresse  est  en  partie 
reproduite  dans  la  séance  du  24  juin,  où  on  en  fit  lecture.  [Monitein-  du  26, 
t.  XVI.  p.  750.)  Sur  le  registre,  elle  est  précédée  de  cet  avis:  «  L'administration 
a  cru  devoir  consigner  sur  ses  registres  et,  manifester  son  opinion  sur  les  troubles 
qui  agitent  une  partie  de  la  République,  et  considérant  que  dans  les  circonstances 
présentes  il  est  à  propos  de  faire  connaître  le  jugement  des  administrateurs  de  ce 
département  sur  les  journées  des  51  mai,  1'^'^  et  2  juin,  elle  a  proposé  au  conseil 
de  faire  lecture  de  l'adresse  suivante,  qui  a  été  adoptée  le  même  jour.  » 


30        PART.  II,  ClIAP.  VI.  BASSIN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE. 

rouge,  ce  signe  honteux  du  royalisme,  déjà  lacéré  par 
les  soins  de  la  municipalité,  livré  au  peuple  et  mis  en 
pièces  »;  station  au  ci-devant  château  de  Blois  où  s'é- 
levait l'arhre  de  la  liberté  :  discours,  Marseillaise  et 
chants  patriotiques;  renouvellement  du  serment,  aux 
salves  de  l'artillerie. 

La  société  populaire  ne  prétendit  pas  s'en  tenir  là. 
Elle  voulut  faire  connaître  les  mérites  de  la  Constitution 
aux  habitants  de  la  contrée  par  un  écrit  intitulé  : 

Les  amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  de  Blois  à  leurs 
frères  du  département  de  Loir-et-Cher.  Salut,  amitié, 
cordialité,  12  juillet  1793. 

La  Constitution  n'allait  pas  seulement  établir  la  paix 
publique,  elle  allait  supprimer  tous  les  procès  : 

Enfin  est  terrassée  l'hydre  de  la  chicane.  La  première 
Assemblée  nationale  avait  coupé  plusieurs  de  ses  tètes  qui 
s'étaient  aussitôt  reproduites.  La  Convention  a  exterminé  ce 
monstre. 

Et  le  conseil  mit  son  visa  à  ce  factum  et  il  décida 
qu'il  serait  imprimé  «  aux  frais  des  administrés*  w. 


Y 

Loiret. 


Le  Loiret,  comme  la  presque  unanimité  des  départe- 
menls,  était  sympathique  aux  Girondins.  Lorsque  Roland 

\.  «  Vu  liai-  le  conseil  général  ilu  département  de  Loir-ct-Clicr  l'adresse  en 
l'onne  d'instruction  des  Amis  de  l'égalité  et  de  la  liberté  de  Blois.  Imprimé  aux 
Irais  des  administrés.  »  (Bihiiotlièque  nationale,  Lb*°,  902.)  —  Julien  était  donc 
autorisé  à  les  proposer  désormais  pour  modèle,  étendant  l'éloge  au  départe- 
ment «  qui  a,  dit-il,  toujours  connu  la  ligue  de  démaicalion  qui  règle  ses  de- 
voirs et  fixe  ses  droits.  Il  ne  s'en  est  point  écarté.  »  (Rapport,  p.  148.) 


V.  LOIRET.  31 

annonça  l'intention  de  se  retirer,  le  conseil  général  du 
département  chercha  à  le  retenir  par  les  instances  les 
plus  pressantes  ;  il  lui  écrivait  le  26  janvier: 

Vous  êtes  bien  sûr  de  réunir  les  suffrages  de  tous  les 
hommes  qui  ont  quelque  morale,  de  tous  les  Français  qui 
abhorrent  la  licence  et  l'esclavage. 

Votre  retraite  est  prématurée  et  a  l'inconvénient  de 

priver  le  vaisseau  de  l'État  d'un  pilote  nécessaire.  On  ne 
croira  pas  que  Roland  ait  manqué  de  force  et  de  courage, 
mais  les  détracteurs  de  la  République  diront  qu'il  a  désespéré 
de  la  patrie'. 

Mais,  à  l'époque  où  la  querelle  entre  les  deux  partis 
devint  plus  aiguë,  le  département  se  trouvait  dans  une 
situation  particulière. 

Orléans  avait  été  compromis  par  une  échauffourée  où 
le  représentant  du  peuple  Léonard  Bourdon,  à  la  sortie 
d'un  banquet,  se  prenant  de  querelle,  lui  ou  ses  amis, 
avec  le  poste  de  l'hôtel  de  ville,  avait  été  blessé  dans  la 
bagarre^  Grand  émoi!  L'assassiné  avait  écrit  à  la  Con- 
vention : 

1.  Arcliives  du  département  du  Loiret.  Délibérations  du  conseil  général  du 
département,  registre  VI,  1"  1Ô7. 

'2.  Il  y  en  a  un  compte  rendu  olliciel  aux  Archives  de  la  municipalité  d'Orléans  ; 
mais  on  en  chcrclierait  vainement  la  trace  aux  Archives  du  départenieni,  dan> 
les  délibérations  du  conseil  départemental.  Tout  un  registre,  du  2  lévrier  au 
5  avril,  manque,  et  manque  depuis  longtemps.  La  tomaison,  qui  est  ancienne, 
n'olïre  pas  de  lacune.  Le  tome  VI  finit  au  2  lévrier,  et  le  tome  VII  commence 
au  3  avril.  Mais  on  a  dans  le  registre  du  directoire  une  mention  sommaire  qui, 
sur  ce  point  du  moins,  y  supplée  : 

«  Sur  les  dix  heures  du  soir  (IG  mars  1793),  on  est  venu  prévenir  les  admi- 
nistrateurs, de  la  part  de  la  municipalité,  que  le  citoyen  Léonard  Bourdon,  repré- 
sentant du  peuple,  a  été  blessé  dans  une  rixe.  » 

—  On  se  transporte  à  la  maison  commune,  on  s'assure  que  L.  Bourdon  est 
«  sans  danger  ».  On  a  vu  avec  saiislaction  que  les  municipaux  ne  lui  épar- 
gnaient aucun  soin.  On  arrête  qu'une  lettre  exposant  le  fait  sera  portée  à  la  Con- 
vention (Registre  du  directoire,  1"  199  V),  —  et  le  texte  en  est  reproduit  :  on  y 
raconte  l'accident  (à  Paris  on  disait  l'attentat),  et  l'on  l'ail  connaître  les  mesures 
prises  (16  mars). 

Le  19,  on  apprend  l'arrivée  des  trois  commissaires  de  lu  Convention  envoyés 


52         PART.  II,  CllAP.  VI.  BASSIN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE. 

De  nouveaux  Paris,  au  nombre  de  trente,  armés  de  baïon- 
nettes et  de  pistolets,  m'ont  frappé  sur  tout  le  corps  dans 
l'antichambre  de  la  maison  commune,  en  criant  :  «  Va 
rejoindre  Lepelleticr!  »  etc.*. 

Orléans  rechercha  les  coupables.  Mais  Orléans  n'élait- 
il  pas  complice?  La  municipalité,  sur  le  rapport  de 
Barère,  fut  suspendue,  et  la  ville  déclarée  en  état  de 
rébellion  jusqu'à  ce  que  les  assassins  fussent  livrés 
(18  mars).  Le  15  mai  le  département  était  encore  comme 
en  état  de  siège.  Plus  de  vingt  journaux  y  étaient  inter- 
dits par  un  arrêté  de  Bourbotte  et  de  Julien  de  Toulouse. 
Par  compensation  dix  autres  et  spécialement  VAmi  du 
peuple  y  étaient  recommandés  aux  bons  citoyens^. 

Ce  n'était  pas  dans  de  pareilles  conditions  que  le  Loi- 
ret pouvait  prendre,  de  près  ni  de  loin,  part  à  la  lutte 
engagée  au  sein  de  la  Convention  entre  les  Girondins  et 
les  Montagnards^  ;  mais  les  autres  villes  du  département 
étaient  en  mesure  de  parler  avec  plus  de  liberté.  La 
société  des  droits  de  l'homme  de  Bois-Communs  félici- 
tait la  Convention  de  la  répression  de  l'émeute  des  9  el 
10  mars\  Gien-sur-Loire,  le  '24  mai,  en  présence  des  at- 
taques du  dehors  et  de  la  rébellion  du  dedans,  pressait 
Tachèvement  de  la  Constitution". 

Cette  Constitution  à  peine  commencée  s'abîma  dans 
la  révolution  du  51  mai  qui  renversa  les  Girondins. 

La  ville  d'Orléans  ne  fut  pas  la  dernière  à  se  sou- 


pour  i;iire  enquête,  el  l'on  prend  des  dispositions  pour  les  recevoir  avec  tous  les 
honneurs  militaires  (!"  '210  v"). 

1.  Voyez  V  Histoire  du  tribunal  révolulumnairc  de  Paris,    t.   I,  p.   182 
et  suiv. 

2.  Moniteur  du  24  mai,  t.  XVI.  p.  450. 

3.  Voyez  la  note  VII  aux  Ap|)endices. 

4.  19  mars,  .\rcliives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  21,  dossier  46. 

5.  >'ote  VIII,  aux  Appendices. 


Y.  LOIRET.  33 

metlre.  Le  conseil  du  dépaiiemeiU  avciil  reçu  de  Bor- 
deaux et  transmis  au  déparlemenl  du  Cher  (8  juin) 
une  lettre  qui  provoquait  la  réunion  des  suppléants  à 
Bourges;  mais,  le  11  juin,  la  Convention  recevait  de  la 
commune  d'Orléans  une  adresse  qui  adhérait  à  tous  les 
événements  accomplis  depuis  le  51  mai.  C'est  Léonard 
Bourdon,  Vdssassiné,  qui  s'était  fait  son  intermédiaire'. 
Le  26,  nouvelles  félicitations  des  citoyens  d'Orléans  à 
leurs  frères  de  Paris  pour  leur  belle  conduite  dans  la 
journée  du  2  juin-.  Le  fédéralisme  n'avait  donc  rien  à 
attendre  d'eux,  et  il  était  à  la  veille  de  périr  le  jour  où, 
pour  conclusion  du  procès  des  Orléanais,  prétendus 
assassins  du  représentant,  la  hache  en  immola  neuf  sur 
l'échafaud  (12  juillet).  C'est  en  effet  le  lendemain  que 
Charlotte  Corday  tua  xMarat  et  que  l'insurrection  de  la 
Normandie  et  de  la  Bretagne  reçut  le  coup  mortel  près 
de  Vernon.  Un  instant  pourtant,  dit  Julien,  le  Loiret 
avait  donné  des  inquiétudes.  «  Un  achat  de  trois  cents 
fusils  était  dénoncé  comme  suspect»  ;  mais  on  s'expliqua 
et  le  dé[3artement  sortit  «  blanchi  de  ces  inculpations  S). 
Ainsi  la  révolution  du  51  mai  était  sans  conteste  ac- 
ceptée sur  la  Loire.  La  Convention  avait  là  une  ceinture 
de  départements  qui  séparait  le  royalisme  vendéen  du  fé- 
déralisme normand  et  breton.  Mais,  au  delà  de  la  Vendée, 
le  fédéralisme  avait  libre  essor  et  il  trouvait  dans  la  capi- 
tale même  de  la  Gironde  un  foyer  redoutable,  d'où  il 
pouvait  rayonner  dans  les  départements  d'alentour. 

1.  Moniteur  du  15,  t.  XVI,  p.  G18,  et  la  noie  IX  aux  Appendices. 

2.  Mojiiteur  du  '28  juin,  ibid.,  p.  751. 

3.  Julien,  Rapport,  p.  149,  150.  —  Orléans  célébra,  comme  les  autres  villes, 
par  une  fête  l'arrivée  de  l'acte  constilutionncl  dans  ses  murs  (Archives  du  Loi- 
ret, même  registre,  0  juillet).  —  l'itliiviers  (8  juillet)  exprimait  le  souhait  que 
l'acceptation  de  la  Constitution  amenât  l'union  des  cœurs!  (Archives  nationales, 
D  XL  §  4,  carton  21,  dossier  Loiret.) 

RKVOI..   DU  51    JI.*I.  Il  —  5 


CHAPITRE  VII 

LA    RÉGION    DE    LA    VIENNE,    DE    LA    CHARENTE 
ET    DE    LA    DORDOGNE 


Vienne. 


Le  fédéralisme  au  siul-ouest  de  la  France  avait  natu- 
rellement son  centre  à  Bordeaux;  mais  les  grandes  villes 
des  pays  arrosés  par  la  tienne,  la  Charente,  la  Dordogne 
étaient  elles-mêmes  ralliées  à  la  même  cause  ;  elles  for- 
maient un  groupe  destiné  à  servir  d'avant-garde  au  sou- 
lèvement des  villes  de  la  Garonne  contre  l'insurrection 
de  Paris. 

La  ville  de  Poitiers  avait  de  bonne  heure  appris  par 
expérience  ce  qu'étaient  les  Jacobins'.  La  mission  de 
Piorry  et  de  Lejeune,  à  l'occasion  de  la  levée  des 
500  000  hommes,  lui  avait  donné  un  avant-goût  de  la 
Terreur.  Le  départ  de  Piorry  avait  rendu  quelque  liberté 
au  département  de  la  Vienne.  La  révolution  du  31  mai 
lui  donna  l'occasion  de  manifester,  en  toute  vérité,  ses 
sentiments.  Le  6  juin,  à  la  réception  des  décrets  qui 
frappaient  d'arrestation  plusieurs  des  membres  de  la 
Convention  nationale,  le  conseil  général  du  département 
se  réunit  et  décida  : 

1.  KUc  avait  elle-mènic  provoqué  à  la  mort  ilu  roi  :  «  Frapper  le  li'aitrc  »i  etc. 
Archives  nationales,  |)  xl  §  4.  carton  2Ô,  dossier  Vienne.) 


I.  VIENNE.  35 

1"  (jii'il  serait  l'ait  une  adresse  aux  administrés  pour 
leur  faire  connaître  les  événements  et  les  exhorter  à 
l'union,  à  la  vigilance,  au  maintien  du  bon  ordre  et  à  la 
confiance  envers  leurs  administrateurs; 

2°  Que  toutes  les  autorités  constituées  et  sociétés  popu- 
laires du  département  auraient  à  désigner  chacune  un 
commissaire  pour  les  représenter  à  Poitiers  dans  une 
assemblée  générale  où  l'on  délibérerait  sur  les  mesures 
à  prendre  en  raison  des  circonstances  actuelles; 

5°  Que  les  autorités  constituées  de  la  ville  et  la  société 
populaire  nommeraient  des  commissaires  pour  se  join- 
dre au  conseil  du  département  le  lendemain  et  «  se 
concerter  sur  les  opérations  préparatoires  à  l'assem- 
blée générale  '  ». 

La  séance  indiquée  ])our  le  7  l'ut  ajouinée  au  8  au 
soir.  Le  matin  on  avait  échangé  les  protestations  les  plus 
patriotiques  avec  le  général  Biron  pour  la  répression  de 
la  Vendée;  le  soir  les  deux  représentants  que  la  Conven- 
tion avait  envoyés  dans  la  Vienne,  Creusé  et  Thibaudeau 
jeune,  députés  du  pays,  étaient  présents.  On  lut  l'adresse 
projetée,  qui  fut  adoptée''.  Deux  autres  représentants, 
Lecointe-Puyravcau  et  Goupillcau,  envoyés  par  la  Con- 
vention près  l'armée  de  la  Rochelle,  entrèrent  alors  et 
furent  invités  à  prendre  part  à  la  délibération;  mais  ils 
se  confondirent  en  remerciements,  disant  qu'ils  étaient 
chargés  par  la  commission  de  Saumur  de  communiquer 
à  leurs  collègues,  présents  à  la  séance,  le  plan  de  cam- 
pagne arrêté  contre  les  Vendéens;  et  ils  les  emmenèrent 
dans  une  salle  voisine,  se  dérobant  à  un  débat  qui  pou- 

1.  Note  X  aux  Appciuliccf. 

'2.  On  lit  sur  la  minute,  en  adililiun,  et  d'une  autre  enere  :  Thibaudeau, 
rcprc'senlant,  s'est  élevé  contre  avec  force.  (Archives  de  la  Vienne.  Délibéra- 
lions  du  conseil  général  du  département.) 


50         PART.  II,  ClIAP.  Vil.  LA  RÉGION  DE  LA  VIIÎN.NE,  ETC. 

vait  avoir  ses  dangers.  Le  conseil,  resté  seul,  reprit  sa 
délibération.  11  fut  décidé  que  l'adresse  serait  lue,  pu- 
bliée, affichée;  mais  qu'on  surseoirait  à  la  réunion  de 
l'assemblée  générale  prévue  dans  l'arrêté  de  l'avant- 
vcille.  Les  membres  du  conseil  et  les  délégués  dont  ils 
avaient  réclamé  le  concours  étaient  d'ailleurs  invités  à 
venir  chaque  jour  à  la  séance,  tant  que  durerait  le 
péril. 

Les  deux  commissaires  de  la  Convention,  Creusé  et 
Thibaudeau,  ne  laissaient  pas  que  d'être  troublés  par  ces 
manifestations.  On  le  peut  voir  dans  le  tableau  qu'ils  en 
faisaient  à  leurs  collègues.  Ils  écrivent  à  la  Convention, 
7  juin  : 

Nous  n^  pouvons  plus  vous  le  dissimuler,  les  derniers  évé- 
nements de  Paris  ont  porté  dans  tous  les  cœurs  l'abattement 
et  le  désespoir.  Les  ennemis  de  la  Révolution  en  profilent*. 

Et  le  9  : 

Les  administrateurs  et  le  peuple  ont  manifesté  leur  indigna- 
tion contre  les  atteintes  portées  à  la  liberté  de  la  Convention, 
et,  dans  les  motions  extrêmes  (ju'occasionne  un  sentiment 
profond  de  douleur,  on  accuse  le  peuple  de  Paris  de  tyrannie, 
et  la  Convention  nationale  de  faiblesse  :  nous  ne  pouvons 
pas  juger  de  la  vérité  des  faits  sur  des  écrits  dictés  peut-être 
par  l'esprit  de  parti,  et  tout  ce  que  nous  pouvons  faire  est  de 
modérer  l'effervescence.  Mais  cet  état  de  crise  ne  peut  durer. 

Ils  rappelaient  qu'il  y  avait  une  coalition  de  départe- 
ments dont  l'objet  semblait  être  de  faire  une  adresse  à 
la  Convention.  Ils  en  signalaient  le  péril  et  exprimaient 
leurs  craintes  de  l'impulsion  que  pouvait  donner  Bor- 
deaux^ 

i.  Arcliives  de  la  Vienne,  ibicL,  8  juin  1795,  et  la  délibération  du  9  juin  aux 
Ap])cndices,  note  XL 
'i.  Archives  nationales,  Al' u,  carton  40,  dossier  Haute-Vienne,  a"'  19  et  50. 


1.  VIENNE.  57 

Tous  les  départements  en  effet  se  montraient  émus 
de  la  révolution  et  se  communiquaient  leurs  arrêtés.  Le 
9  juin,  la  Haute-Vienne  adressait  à  la  Vienne  celui  de  la 
Côte-d'Or,  auquel  elle  venait  d'adhérer.  Le  conseil,  ne  se 
trouvant  pas  en  nombre,  malgré  l'invitation  de  la  veille, 
remit  au  lendemain;  et  le  lendemain  il  décida,  vu  l'im- 
portance de  la  matière,  qu'une  assemblée  générale  se 
tiendrait  le  iioù  les  conseils  de  district,  les  tribunaux 
de  district  et  les  sociétés  populaires  enverraient  des 
commissaires. 

Le  14,  l'assemblée  se  réunit  et  on  lui  posa  ces  ques- 
tions : 

Le  département  de  la  Vienne  correspondra-t-il,  de 
même  que  celui  de  la  Côte-d'Or,  avec  les  autres  dépar- 
tements? —  Oui. 

Cette  correspondance  se  fera-t-elle  par  commissaires? 
—  En  raison  de  la  gravité  du  débat,  la  résolution  fut 
ajournée  au  lendemain  et  l'on  passa  à  la  discussion  des 
bases  de  l'adresse  à  faire  : 

1°  Unité  et  indivisibilité  de  la  République; 

2°  Unité  et  indivisibilité  de  la  représentation  natio- 
nale. 

Ces  deux  points  furent  adoptés  par  acclamation; 

5°  Inviolabilité  des  représentants  ; 

4°  Entière  liberté  de  leurs  opinions. 

Les  deux  questions  furent  réunies  en  une,  sous  cette 
forme  : 

«  Inviolabilité  des  représentants  du  peuple,  hors  le 
cas  de  délit,  et  liberté  entière  de  leurs  opinions.  » 

Le  lendemain  15,  on  reprit  la  question  réservée  et, 
après  mûre  discussion  du  projet  de  la  Côte-d'Or,  on  ré- 
suma la  délibération  tout  entière  dans  un  arrêté  dont  les 


ÔS  PART.  Il,  CIIAP.  VU.  LA  RÉGION  DE  LA  VIENNE,  ETC. 

articles  principaux  claient  :  la  réunion  d'une  commis- 
sion centrale  à  Bourges;  l'établissement  à  cinquante 
lieues,  au  moins,  de  Paris  du  tribunal  qui  devait  juger 
les  représentants  arrêtés  et  tout  autre  prévenu  de  conspi- 
ration ;  la  suppression  des  commissaires  de  la  Conven- 
tion partout  ailleurs  qu'auprès  des  armées  ;  la  mise  à  la 
disposition  de  la  Convention  d'une  force  départementale 
destinée  à  la  défendre  ^ 

Mais  le  département  de  la  Côle-d'Or,  effrayé  de  voir 
avec  quel  empressement  les  départements  où  étaient 
parvenue  sa  circulaire  se  mettaient  en  mesure  de  prendre 
l'offensive,  avait  fait  une  autre  adresse  à  la  Convention 
qui  désavouait  cette  manière  de  l'entendre,  adresse  que 
la  Convention  fit  imprimer  et  répandre  partout.  Le  dé- 
partement de  la  Vienne  ne  voulut  pas  aller  plus  loin  que 
la  Côte-d'Or.  On  lit  dans  le  registre  de  ses  délibérations  : 

24jî<m.  D'après  la  lecture  du  Bulletin  de  la  Convention 
nationale,  séance  du  21  de  ce  mois,  dans  lequel  se  trouve 
une  adresse  du  département  de  la  Côte-d'Or  à  ses  concitoyens 
de  tous  les  départements  de  la  République,  portant  impro- 
balion  des  mesures  prises  dans  d'autres  départements  ten- 
dantes : 

1°  A  envoyer  les  suppléants  des  députés  h  la  Convention 
nationale  dans  la  ville  de  Bourges; 

2"  A  convoquer  les  assemblées  primaires  ; 

5"  A  arrêter  les  caisses  publiques  ; 

4"  A  lever  une  force  départementale  : 

Un  membre  a  demandé  que  le  conseil  général  adhérât  à 
cette  adresse  comme  contenant  l'expression  des  sentiments 
qu'il  a  toujours  manifestés. 

Sur  quoi,  le  procureur  général  syndic  entendu,  le  conseil 
générnl  du  département,  voulant  faire  connaître  à  ses  admi- 

1.  Voyoz  col  ni'rrté  aux  Appondicos.  noie  XIT. 


I.  VIENNE.  5i» 

nistrôs  et  à  la  République  entière  les  principes  d'unité  et  d'in- 
divisibilité qu'il  a  constamment  professés,  a  déclaré,  à  l'u- 
nanimité et  par  un  mouvement  spontané,  adhérer  à  l'adresse 
de  ses  frères  du  département  de  la  Côte-d'Or;  au  surplus 
arrête  que  la  présente  délibération  sera  envoyée  à  la  Conven- 
tion nationale  et  aux  six  districts  de  son  arrondissement  qui 
sont  chargés  de  la  transmettre  aux  municipalités  de  leur 
ressort  pour  y  être  lue,  pul)liée,  affichée,  en  la  manière 
accoutumée. 

Il  était  déjà  bien  tard  pour  reculer!  Le  jour  où  le  con- 
seil général  prenait  cette  résolution,  on  lisait  à  la  Con- 
vention nationale  une  «  adresse  de  la  société  des  Amis  de 
la  liberté  et  de  l'égalité  de  Poitiers,  portant  dénonciation 
contre  le  conseil  général  du  département  de  la  Vienne, 
pour  avoir,  par  ses  arrêtés  des  14  et  15  du  même  mois, 
adhéré  à  celui  du  département  de  la  Côte-d'Or  du 
30  mai  dernier*  ». 

On  le  sut  à  Poitiers  le  27  juin,  et  le  procès-verbal  de 
la  séance  ajoute  : 

Un  membre  a  dit  qu'outre  cette  première  dénonciation 
il  avait  appris  qu'il  en  existait  une  nouvelle,  plus  calom- 
nieuse que  la  première,  également  faite  contre  le  départe- 
ment en  général  et  nominativement  contre  les  citoyens 
Montant,   président,  Texier  et  Bntaud,   administrateurs. 

Il  a  demandé  premièrement  qu'il  fut  fait  une  adresse  à  la 
Convention  nationale  dans  laquelle:  1°  on  lui  exprimerait  les 
sentiments  qui  ont  toujours  dirigé  l'administration  et  qui 
ont  préparé  les  arrêtés  des  14  et  15  de  ce  mois;  2°  on  justi- 
fierait particulièrement  les  citoyens  Montant,  président, 
Butaud   et  Texier,    administrateurs ,  par    l'exposé   de   leur 


1.  Elle  est  insérée  textuellement  dans  le  compto  rendu  de  la  séance.  Moniteur 
du  26  juin,  t.  XYL  p.  750. 


40         PART.  II,  CIIAP.  VII.  LA  RÉGION  DE  LA  VIENNK,  ETC. 

conduite  administrative  et  des  principes  qu'ils  ont  [constam- 
ment et*]  courageusement  professés  ; 

Deuxièmement,  que  cette  adresse  fût  envoyée  au  Comité  de 
salut  public  de  la  Convention  nationale  avec  l'arrêté  du 
conseil  général  du  département  du  24  de  ce  mois,  portant 
adhésion  à  l'adresse  du  département  de  la  Cùte-d'Or  à  ses 
concitoyens  de  tous  les  départements  de  la  République. 

Ces  deux  propositions,  mises  aux  voix,  ont  été  adoptées  à 
l'unanimité  après  que  le  procureur  général  syndic  a  été  entendu. 

Les  citoyens  Joigneaux,  Dcsloges,  administrateurs  du  dépar- 
tement, et  Moreau,  procureur  syndic  du  district  de  Poitiers, 
ont  été  chargés  de  la  rédaction  de  cette  adresse  dans  laquelle 
ils  feront  mention  que  les  dénonciations  des  Amis  de  l'égalité 
et  de  la  liberté  n'ont  été  sollicitées  et  arrêtées  que  par  un 
très  petit  nombre  de  membres  de  cotte  société  ^ 

Heureusement  les  haines  n'étaient  pas  encore  bien 
vives  entre  républicains  à  Poitiers.  La  société  des  Amis 
delà  liberté  accepta  la  capitulation  que  faisait  le  conseil 
général  et  vint  elle-même,  le  7  juillet,  lui  en  donner 
l'assurance.  On  lit  dans  le  procès-verbal  de  la  séance  de 
ce  jour  : 

Les  députés  de  la  société  des  Amis  de  la  liberté  et  de 
l'égalité  sont  entrés.  Le  citoyen  Bobin  portant  la  parole,  ils  ont 
dit  qu'attendu  l'adhésion  faite  par  le  conseil  général  du  dépar- 
tement de  la  Vienne  à  l'adresse  de  nos  frères  du  département 
de  la  Côte-d'Or,  ils  venaient  offrir  au  département  l'olivier 
de  la  paix,  donner  aux  membres  de  l'administration  le  baiser 
fraternel,  conjurant  le  département  d'oublier  toutes  les  dis- 
sensions passées,  qui  étaient  le  fruit  de  l'erreur  et  d'un 
malentendu,  le  département  et  la  société  n'ayant  jamais 
cessé  d'être  les  vrais  soutiens  de  la  République  une  et  indi- 
visible et  les  ennemis  déclarés  du  fédéraHsme. 


1.  Au-dessus  (le  la  ligne. 

2.  Arcliivps  de  la  Vienne.  Délibériidons  du  conseil  du  dcparloment.  27  juin. 


1.  VIENNE.  41 

Le  conseil  général,  considérant  qu'à  l'instant  nù  la  Consti- 
tution est  parachevée,  il  ne  doit  plus  subsister  de  divisions 
dans  les  esprits,  déclare  voir,  avec  la  joie  la  plus  pure,  la 
réunion  de  la  société  des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité 
de  Poitiers  avec  le  département  ; 

Reçoit  avec  satisfaction  l'olivier  de  la  paix  et  le  baiser  fra- 
ternel présentés  parles  commissaires  de  cette  société  : 

Arrête,  de  concert  avec  lesdits  commissaires,  que  :  soit  les 
dénonciations  faites  du  département  et  en  particulier  des 
citoyens  Montant,  Butaud  et  Texier  à  la  Convention  natio- 
nale par  ladite  société,  soit  la  réponse  qui  y  a  été  donnée 
par  l'administration  du  département,  seront  retirées  du  Comité 
de  salut  public,  auquel  ces  pièces  ont  été  précédemment 
envoyées  ; 

Au  surplus  délibère  que  quatre  commissaires  du  départe- 
ment se  transporteront  ce  soir  à  la  séance  de  la  société  des 
Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  pour  lui  témoigner  la  satis- 
faction de  voir  l'harmonie  et  la  bonne  intelligence  rétablie 
entre  eux.  Les  citoyens  Texier,  Lavergne,  Butaud  et  Vauge- 
lade  ont  été  nommés  commissaires*. 

En  effet  le  conseil  reçut  «  l'olivier  de  la  paix  »  et, 
moins  figurémenl,  le  baiser  fraternel  de  Bobin,  qui  em- 
brassa, les  uns  après  les  autres,  tous  les  membres  du 
département,  le  procureur  général  syndic,  le  secrétaire 
général;  et  le  soir  le  département  à  son  tour  rendit  vi- 
site à  la  société.  L'accord  était  donc  établi,  et  ce  fut,  dès 
ce  jour,  aux  dépens  du  département,  qui  se  trouva  en 
la  puissance  du  club".  Mais  il  restait  bien  des  suspects 
dans  le  pays.   L'agent  Pannetier   écrit  de  Poitiers,  le 


1.  Archives  de  la  Vienne.  Délibérations  du  conseil  du  département,  7  juillet. 
Texier  tut  condamné  à  mort  par  le  Tribunal  révolutionnaire  de  Paris  le  6  mes- 
sidor an  II.  Histoire  du  Tribunal  révolutionnaire  de  Pans.  t.  IV.  p.  508. 

2.  Le  9  juillet,  les  trois  corps  administratifs  et  la  .société  populaire  de  Poitiers 
faisaient  une  adresse  à  leurs  concitoyens  et  à  toutes  les  sociétés  populaires  de  la 
République   contre  le  fédéralisme.  —  .Von  ai  retrouvé  un  exemplaire  à  ÉvTeux. 


42         PART.  II,  ClIAP.  VII.  LA  RÉGION  DE  LA  VIENNE,  ETC. 

19  juillet,  qu'il  était  arrivé  le  lundi  précédent;  la  Con- 
stitution y  avait  été  acceptée  la  veille  à  l'unanimité  des 
votants,  moins  un.  qui  avait  dû  se  sauver  : 

Les  propriétaires,  ajoute-t-il,  restent  chez  eux  ou  à  la  cam- 
pagne. Ils  paraissent  en  vouloir  tous  à  la  municipalité  de 
Paris  '. 

Ample  matière  pour  les  représentants  que  la  Conven- 
tion allait  envoyer  ta  Poitiers  ! 


II 

Haiito-Vienne-. 

La  Haute-Vienne  avait  partagé  tous  les  sentiments  de 
la  Vienne  contre  les  factieux,  et,  dès  le  1 7  janvier,  le 
conseil  général  du  département  avait  fait  son  manifeste  : 

Le  conseil  général  du  département,  considérant  qu'on  ne 
peut  plus  se  dissimuler  qu'une  faction  puissante  exerce  dans 
la  ville  où  siège  la  Convention  une  influence  attentatoire  à  la 
souveraineté  nationale,  à  la  liberté  des  députés  et  à  la  sûreté 
de  la  République  ;  considérant  que  le  grand  but  des  factieux 
paraît  être  de  dissoudre  la  Convention  nationale,  de  desorga- 
niser les  autorités  constituées  et  de  nous  ramener  au  despo- 
tisme à  travers  les  horreurs  de  l'anarchie;  que  le  plus  sûr 
moyen  de  prévenir  tant  de  calamités  est  d'environner  la 
représentation  nationale  d'une  force  imposante,  qui  protège 
la  liberté  de  ses  délibérations  et  la  garantisse  des  attentats  des 
ennemis  intérieurs  de  la  République..,. 

1.  Archives  nationales,  F  i»  551,  dossier  Pannetier. 

2.  Sur  ce  département,  il  faut  lire  dans  la  Revue  historique,  t.  VIII  (sep- 
temljro. octobre  1878),  un  article  très  substantiel  de  M.  Louis  Guibert,  intitulé  Ae 
parli  (jirondin  dans  la  Haute-Vienne. 


II.  IIAUTE-\IEN>K.  ^•■, 

L'article  1"  décidait  qu'on  ferait  une  adresse  à  la  Con- 
vention ;  l'article  2,  que  les  gardes  nationaux  seraient 
requis  de  se  tenir  prêts  à  se  transporter  soit  à  Paris, 
soit  partout  ailleurs. 

Art.  5.  Trois  jours  après  la  publication  du  présent  arrêté, 
toutes  les  gardes  nationales  se  réuniront  dans  le  chef-lieu  du 
canton  ;  tous  les  citoyens  en  état  de  service  s'y  formeront  en 
compagnie  de  cinquante  hommes;  chaque  compagnie  pro- 
cédera à  son  organisation. 

L'article  4  exigeait  qu'on  justiliiit  de  son  civisme; 
l'article  5  établissait  une  solde  de  50  sous  à  compter  du 
départ. 

Art.  C.  En  attendant  l'exécution  de  ces  mesures,  tous  les 
bons  citoyens  sont  invités  à  se  transporter  individuellement 
à  Paris  pour  concourir  à  la  'garde  de  la  Convention  et  pro- 
téger ses  travaux. 

Art.  7.  Le  présent  arrêté  sera  envoyé  à  la  Convention,  au 
conseil  exécutif  provisoire  et  à  tous  les  départements  de  la 
République,  imprime,  publié  et  affiché  dans  tous  les  districts 
et  toutes  les  municipalités  du  département'. 

Et  une  adresse  où  se  résume  en  traits  énergiques  la 
pensée  de  cet  arrêté  était  envoyée,  avec  l'arrêté  même, 
à  la  Convention  ^ 

Ces  sentiments  étaient  ceux  de  la  pluralité  des  repré- 
sentants de  la  Haute-Vienne  :  Lesterpt-Beauvais,  Bor- 
das, etc.  On  le  peut  voir  dans  plusieurs  lettres  qu'ils 
échangèrent  avec  les  administrateurs  du  départe- 
ment peu  de  jours  avant  la  révolution  des  51  mai  et 

1.  Archives  nationales,  D  xl  ï;  4,  carton  25,  Aii%ûtv  Eaule-Yienne.  Gnon  re- 
trouve en  effet  des  exemplaires  rlans  les  Arcliives  di^s  antres  départements, 
notamment  à  Évreux. 

2.  Voyez  la  note  XHI  aux  Appendices. 


4i    PART.  Il,  CHAP.  VII.  LA  RÉGION  DE  LA  VIENNE,  ETC. 

2  juin*.  Mais  au  nombre  clos  députés  était  un  monta- 
gnard, révoque  île  la  Haute-Vienne,  Gay-Yernon,  et  à 
côté  du  conseil  départemental  il  y  avait  à  Limoges  une 
société  populaire  toute  jacobine.  Dès  le  2  juin,  l'évêque 
annonce  le  succès  de  la  révolution  à  la  société,  qui  se 
hâte  de  le  complimenter,  lui,  Hébert  et  la  Commune  de 
Paris;  le  môme  jour,  Bordas,  converti  à  la  «  sainte 
Montagne  »  par  la  défaite  des  Girondins,  en  informait 
aussi  le  conseil  départemental  comme  d'une  victoire. 
Ce  fut  sur  un  autre  ton  que  lui  écrivaient  cinq  autres 
députés,  Rivaud,  Soulignac,  Faye,  Lesterpt-Beauvais  et 
Lacroix,  restés  fidèles  à  la  cause  des  vaincus.  Après 
une  courageuse  défense  des  proscrits  et  un  tableau 
animé  des  faits  qui  s'étaient  succédé  depuis  le  27  mai, 
ils  se  demandaient  si  le  2  juin  devait  être  le  terme  des 
violences  exercées  sur  la  Convention  nationale.  Ils  en 
doutaient,  mais  ce  qu'ils  savaient  bien  et  ce  qu'ils 
déclaraient,  c'est  que  les  décrets  de  cette  assemblée 
étaient  désormais  sans  valeur  : 

Il  ne  nous  appartient  pas,  ajoutaient-ils,  de  vous  indi- 
quer les  mesures  que  vous  devez  prendre  pour  rendre  à  vos 
députés  leur  liberté  :  votre  sagesse  et  le  sentiment  de  la 
dignité  d'un  peuple  libre  et  républicain  vous  les  auront  inspi- 
rées. Quant  à  nous  qui  ne  connaissons  de  lois  que  celles  qui 
émanent  de  la  volonté  du  peuple  Français,  un  et  indivisible 
comme  son  territoire,  ou  du  vœu  librement  émis  par  ses 
représentants,  nous  attendrons  à  notre  poste  les  instructions 
que  vous  jugerez  utile  de  nous  transmettre,  prêts  d'y  mourir 
si  notre  mort  peut  être  utile  à  notre  pays\ 

1.  Voyez  Louis  riuibort,  article  cité,  p.  55-41. 

2.  Cette  lettre  précieuse,  dont  M.  Morlimcr-Ternaux  n'avait  cité  qu'un  frag- 
ment, non  textuel,  pris  au  Journal  des  débals  rt  drcrets,  a  été  retrouvée  aux 
Archives  de  la  Ilaute-Vicnne  par  M.  Louis  Guibert;  il  lu  reproduite  intégralemen 
dans  son  article,  p.  45-47. 


11.  llAUTE-Vlli.N.NE.  45 

Quelle  résoliilioi)  allait  prendre  le  conseil?  Le  5,  avant 
d'avoir  pu  recevoir  la  lettre  de  ses  députés,  il  avait 
donné  audience  à  deux  délégués  de  la  Gôtc-d'Or  qui 
venaient  lui  communiquer  l'arrêté  pris  à  Dijon  le  50  mai  : 
il  s'agissait  du  projet  d'adresse  commune  dont  nous 
avons  pnrlé.  Le  conseil  fit  bon  accueil  aux  délégués, 
souscrivit  au  projet,  et  se  chargea  de  le  recommander  à 
la  Vienne  (nous  l'avons  indiqué  en  son  lieu)  et  à  la  Cor- 
rèze.  Mais  la  révolution  accomplie  demandait  d'autres 
mesures,  et  la  lettre  des  députés  y  provoquait.  Un  simple 
chef-lieu,  Saint-Yrieix,  n'avait  même  pas  attendu  ce 
signal.  Dès  le  7  juin,  les  autorités  constituées  de  la  ville 
prirent  un  arrêté  oij  elles  accusaient  la  Montagne  de  tous 
les  malheurs  de  la  France  et,  ne  voyant  plus  en  elle  que 
des  factieux,  des  anarchistes,  faux  patriotes  et  provoca- 
teurs au  pillage  et  au  meurtre,  demandaient  le  renouvel- 
lement de  la  Convention,  la  convocation  des  assem- 
blées primaires.  Elles  adressaient  leur  arrêté  aux  autres 
districts,  le  faisaient  imprimer  pour  tous  les  déparle- 
ments, et  envoyaient  trois  commissaires  à  Limoges  pour 
mettre  le  conseil  départemental  en  demeure  d'agir'. 

Cet  appel  ne  fit  qu'ajouter  à  l'embarras  du  conseil  : 
ses  lettres  soit  aux  cinq  députés  modérés,  soit  à  l'évêque 
montagnard,  qui  le  sollicitaient  en  deux  sens  opposés, 
montraient  qu'il  était  plutôt  enclin  à  ne  rien  faire.  Il 
était  dénoncé  par  la  société  populaire  pour  son  adhésion 
au  projet  de  la  Gôte-d'Or;  par  le  département  de  la 
Corrèzepour  la  démarche  qu'il  avait  faite  en  vue  de  l'y  as- 
socier; et  un  autre  incident  le  compromettait  encore 

i.  Rapport  de  Lanot  clans  la  séance  du  7  août,  Moniteur  du  iO,  t.  XVII, 
p.  54().  Il  ajoute  que,  le  lendemain,  le  représentant  Bordas,  qui  était  du  pays,  y 
fut  déclaré  traître,  et  l'arbre  de  la  liberté  que  les  patriotes  avaient  élevé  en  sou 
honneur  devant  sa  maison,  coupé. 


46         l'AUT.  Il,  CIIAl'.  VII.  LA  JIÉGIÛM  DE  LA  VIENNE,  ETC. 

davantage.  Le  10,  deux  étrangers  étaient  venus  à  Limo- 
ges..Arrêtés,  ils  ne  dissimulèrent  point  leur  caractère. 
Ils  étaient  délégués,  l'un  par  Lyon,  l'autre  par  le  Jura, 
pour  aller  à  Bordeaux  et  rallier  sur  la  route  les  autres 
départements  à  la  défense  de  la  Convention  nationale. 
Conduits  devant  le  conseil,  ils  exhibèrent  leurs  pouvoirs, 
antérieurs  au  51  mai  et  amplifiés  depuis.  Il  s'agissait  de 
maintenir,  avec  la  représentation  nationale,  l'unité  et 
l'indivisibilité  de  la  République,  en  établissant  des  points 
de  correspondance  dans  plusieurs  chefs-lieux,  et  un 
centre  commun  d'action  dans  le  Cher.  Grand  émoi 
parmi  les  Jacobins  !  Ces  étrangers  leur  étaient  désormais 
plus  que  suspects.  Ils  demandèrent  au  conseil  de  les 
maintenir  en  arrestation.  Mais  le  conseil,  affectant  de 
croire  que  leur  mission  élait  désormais  sans  objet, 
puisque  la  Convention  élait  debout,  qu'elle  était 
libre,  fut  d'avis  de  les  laisser  libres  aussi,  et  ils  par- 
tirent. 

Plus  le  conseil  montrait  de  faiblesse,  plus  la  société 
populaire  déployait  d'activité.  Le  14  juin  elle  avait  fait 
une  adresse  qui  avait  pour  objet  d'opposer  à  la  fédéra- 
tion des  départements  l'alliance  de  toutes  les  sociétés 
populaires  de  France.  C'est  la  digue  que  l'on  se  vantait 
d'avoir  opposée  à  l'ennemi  du  dehors  : 

Qu'il  était  sublime,  disaient  nos  Limousins,  qu'il  était 
iiuposant,  ce  spectacle  que  présentait  à  la  coalition  de  tous 
les  tyrans  de  l'Europe  l'affiliation  de  toutes  les  sociétés  po- 
pulaires de  la  France! 

Elles  se  sont  divisées  ! 

Est-ce  Pitt,  est-ce  Cobourg  qui  ont  remporté  sur  la  nation 
entière  cette  victoire  décisive  ? 


11.  IIAUTE-VIKNM'.  47 

La  l'aule,  comme  on  le  peut  croire,  en  éLail  aux 
Girondins  : 

Vos  dcpulés  vous  ont  écrit  qu'ils  n'étaient  pas  libres. 
Mais  la  liberté  consistc-t-ollc  donc  à  pouvoir  consommer  im- 
punément la  porte  de  vingt-quatre  millions  d'hommes? 

Mais  encore,  dites-vous,  nos  députés  sont  détenus.  Et  nous 
aussi,  frères  et  amis,  nous  avons  parmi  les  détenus  deux  dé- 
putés que  notre  ville  a  vus  naître,  Vergniaud  et  Gorsas;  mais 
nous  savons  qu'ils  appartiennent  à  la  République  entière  et 
qu'ils  sont  en  sûreté  sous  le  glaive  de  l'opinion,  comme  sous 
celui  de  la  loi. 

Frères  et  amis,  plusieurs  de  vous  ont  demandé  notre  pro- 
fession de  foi  :  la  voici. 

Nous  sommes  républicains. 

Nous  reconnaissons  en  ce  moment  l'intégrité,  la  liberté  et 
l'autorité  de  la  Convention. 

Nous  abhorrons  le  fédéralisme,  la  royauté,  autant  que  la 
loi  agraire. 

Nous  ne  reconnaissons  d'autre  souverain  pour  nous  donner 
des  lois  que  la  nation  entière. 

Nous  ne  voulons  d'autres  pilotes  pour  nous  conduire  que 
les  décrets  de  la  Convention. 

Nous  ne  désirons  d'autre  gouvernement  pour  nous  rendre 
heureux  qu'une  constitution  qui,  garantissant  les  personnes 
et  les  propriétés,  soit  posée  sur  ces  quatre  colonnes  :  la 
Liberté,  I'Egalité  de  tous  les  Français,  I'Unité,  I'Indivisibilité 
de  la  République  française. 

Tandis  que  la  société  jacobine  de  Limoges  répandait 
ce  message  dans  toute  la  France  (il  y  en  a  un  exemplaire 
aux  Archives  de  la  Meurthe),  elle  devait  surtout  s'appli- 
quer à  le  faire  triompher  dans  son  département.  Elle 
exigeait  deux  choses  du  conseil  :  qu'il  improuvât  l'ar- 
rêté de  Saint-Yrieix  et  qu'il  approuvât  son  adresse 
du  14.  Le  département  finit  par  céder;  il  fit  même  une 


48        l'Al'J.  il,  CIlAl'.   Vil.  LA  liÉGlUK  DE  LA  VIENNE,  ETC. 

proclamalion  à  son  tour  (4  juillet),  et  de  plus  il  écrivit 
à  la  Convention  (9  juillet)  une  lettre  qui  était  une  véri- 
taLle  amende  honorable.  La  Convention  avait  usé  de 
ménagements  jusqu'à  ce  jour  :  la  Vendée  inquiétait,  et 
Bordeaux  levait  des  troupes  qu'il  se  proposait  de  faire 
passer  par  Limoges,  projet  auquel  la  ville  se  refusa 
d'ailleurs,  engageant  même  la  Gironde  à  désarmer*. 
Mais  quand  les  Vendéens  furent  rejetés  du  haut  Poitou 
sur  la  Loire,  quand  on  n'eut  plus  à  craindre  l'attaque 
de  Bordeaux,  on  reprit  les  affaires  de  la  Haute-Vienne. 
Lanot  fit,  au  nom  du  Comité  de  sûreté  générale,  un 
rapport  détaillé  sur  la  manifestation  de  Saint-Yrieix  et 
sur  la  conduite  du  conseil  départemental  à  Limoges,  et 
ce  rapport  fut  suivi  d'un  décret  qui  chargea  Brival  de 
se  rendre  dans  les  deux  villes  avec  les  plus  amples 
pouvoirs  ^ 

Sa  mission  fut  facile.  Julien  lui-même,  qui  signale 
Saint-Yrieix  comme  dominé  par  le  «  démon  du  fédéra- 
lisme »,  dit  que  la  force  levée  dans  la  Haute-Vienne 
était  destinée  à  marcher  non  contre  Paris,  mais  contre 
les  rebelles'. 

Les  administrateurs  furent  suspendus  et  le  conseil 
du  département  renouvelé  par  Brival.  Quant  aux  dépu- 
tés dont  la  protestation  à  la  suite  du  2  juin  avait  pu 
être  regardée  comme  un  appel  à  la  révolte,  c'est  la 
Convention  qui  s'en  occupa.  Une  accusation  portée  par 
Chabot  contre  Lesterpt-Beauvais,  à  propos  de  sa  mission 
à  Saint-Étienne,  fit  monter  à  la  tribune  son  collègue, 
l'évêque  Gay-Vernon,  qui  donna  lecture  de  la  fameuse 

i.  Cette  adresse  fut  imprimée  et  envoyée  dans   les  départements.    Il  y  en  a 
un  exemplaire  dans  les  Archives  de  l'Eure. 

2.  Séance  du  7  août  1795,  Moniteur  du  10,  t.  XVIl.  p.  54G. 

3.  liapport,  p.  182. 


III.  CHARExNTE.  49 

lettre.  La  Convention  décréta  d'accusation  les  cinq  signa- 
taires*. Lesterpt-Beauvais  fui  pris  à  part  et  enveloppé 
dans  le  décret  qui  frappait  les  Girondins  :  il  périt  avec 
eux  (51  octobre  1795);  les  quatre  autres  restèrent  en 
arrestation  chez  eux  jusqu'après  le  9  thermidor'. 


III 

Cliarenle. 

Julien,  dans  son  rapport,  signale  le  conseil  général 
du  département  de  la  Charente  comme  ayant  suivi  une 
marche  tortueuse.  — Le  conseil,  en  se  déclarant  contre 
la  révolution  du  51  mai,  n'avait  fait  que  suivre  sa  ligne 
droite.  Les  villes  principales  du  département  n'avaient 
pas  cessé  de  se  déclarer  contre  les  factieux  de  Paris.  La 
société  des  Amis  de  l'égalité  et  de  la  liberté  d'Angoulème, 
une  société  qui,  par  son  titre,  devait  tenir  aux  Jacobins, 
écrivait  le  18  janvier  à  la  Convention  : 

Envoyés  pour  le  salut  de  la  chose  publique,  pouvez-vous 
l'opérer  en  vous  livrant  à  des  agitations  cruelles,  faites  pour 
déchirer  le  sein  de  la  patrie,  en  vous  livrant  à  la  fureur  des 
passions  particulières,  et  en  avilissant,  par  des  discussions 
indignes  des  organes  de  la  volonté  publique,  le  caractère 
auguste  des  représentants  d'une  nation  libre?  Que  prétend 
donc  cette  minorité  orgueilleuse?  Que  veulent  les  intrigants 
et  les  désorganisateurs? 

Les  départements  sont  là,    les  départements  connaissent 

i.  Séance  du  21  août  1793,  Moniteur  du  23,  l.  XVI,  p.  458. 

2.  Ils  recouvrèrent  leur  siège  par  le  décret  du  15  l'riuiaire  an  111  (3  décem- 
bre 1794).  —  Je  renvoie  de  nouveau  à  M.  Louis  Guiberl,  qui  a  donné  les  pièces 
tirées  des  Archives  de  la  Haute-Vienne,  et  ui'a  dispensé  de  les  citer  plus  au 
long. 

IIÉVOL.    DU    31    MAI.  H  —  4 


50         PART.  II,  CHAP.  VII.  LA  RÉGION  DE  LA  VIENNE,  ETC. 

leur  force;  ils  ont  le  sentiment  de  leur  énergie  et  de  leurs 
droits.  Vingt-quatre  millions  d'hommes  sont  prêts  à  s'élancer 
vers  vous  pour  écraser  les  conspirateurs  et  faire  respecter  la 
majesté  nationale,  etc.*. 

Les  citoyens  de  Cognac  disaient  vers  le  même  temps 
à  la  Convention  : 

Le  peuple  qui  vous  a  délégués  doit  vous  dire  la  vérité,  et 
vous  devez  l'écouter. 

Et  après  lui  avoir  demandé  de  hâter  le  jugement  de 
Louis  XVI  : 

D'autres  vérités  vont  se  faire  entendre. 

Comment  retenir  son  indignation,  lorsque  des  membres 
qui  avaient  donné  d'eux  la  plus  haute  opinion  s'abaissent  dans 
leurs  discours  à  répondre  aux  misérables  personnalités  de 
Robespierre  et  de  Marat? 

Toi,  Robespierre,  renonce  à  tes  projets  ambitieux. 

Toi,  Marat,  laisse  là  tes  vociférations.  Éteins  les  feux  dévo- 
rants de  ta  cervelle  volcanique  et  ta  soif  inextinguible  de 
sang.  Tu  te  dis  l'Ami  du  peuple.  Eh  bien,  écoute  ce  qu'il  va 
te  dire.  Crains  ton  expulsion  du  poste  que  tu  ne  méritas 
jamais,  et  la  guillotine. 

Les  tribunes,  les  sections  de  Paris,  n'étaient  pas  plus 
ménagées  : 

Le  peuple  de  Paris  voudrait-il  donc  s'arroger  le  droit  d'in- 
fluencer vos  opinions  par  ses  clameurs  ou  ses  applaudis- 
sements? Qu'il  sache  qu'il  n'est  que  la  quatre-vingt-qua- 
trième partie  de  la  République^. 

Ajoutons  l'adresse  de  la  société  des  Amis  de  l'égalité 
d'Angoulême,  dans  les  premiers  jours  de  mai  : 

Citoyens  représentants,  les  républicains  parlent  peu,  mais 

i.  Archives  nationales,  I)  xl  §  4,  carton  19,  dossier  Charente. 
2.  Archives,  ibid,^  une  demi-page  de  signatures. 


II[.  CHARENTE.  51 

agissent.  Les  membres  composant  la  société  des  Amis  do 
l'égalité  et  de  la  liberté  ne  connaissent  ni  montagne  ni  vallée, 
mais  la  République  une  et  indivisible,  et  la  représentation 
nationale.  Il  est  temps  que  vos  débats  finissent,  et  que  la  loi 
règne.  Occupez-vous  de  nous,  non  de  vous-mêmes,  etc. 

Ils  disent  ce  qu'ils  ont  fait  contre  la  Yendée  : 

Jugez,  représentants,  d'après  ce  tableau,  si  le  peuple  de 
notre  département  veut  être  le  jouet  des  partis;...  non,  guerre 
sanglante  aux  factieux,  de  quelque  côté  qu'ils  se  trouvent*.... 

Les  administrateurs  du  département  étaient  donc 
fidèles  à  son  esprit  quand  ils  travaillaient  à  prévenir  la 
révolution  du  51  mai,  et,  après  qu'elle  eut  triomphé, 
à  la  combattre.  Les  registres  des  délibérations  du  conseil 
ne  se  trouvent  plus  aux  Archives  du  département,  et 
dans  le  registre  du  directoire,  qui  subsiste,  on  passe 
(lacune  regrettable)  du  29  mai  au  15  juin.  Il  importe 
d'autant  plus  de  recueillir  trois  pièces  que  ces  adminis- 
trateurs avaient  fait  imprimer.  Elles  sont  faites  au  nom 
du  conseil  général  du  département,  des  autorités  con- 
stituées et  de  la  société  populaire  d'Angoulême,  et  elles 
ont  en  vue  la  conspiration  dont  la  commission  des  Douze 
rassemblait  les  preuves  avant  de  la  poursuivre.  La  pre- 
mière s'adresse  à  tous  les  départements  de  la  Répu- 
blique : 

Citoyens, 

Un  grand  crime  a  été  projeté;  la  perfide  anarchie  avait 
ourdi  ses  trames  dans  les  ténèbres,  ses  couteaux  étaient  prêts, 
une  partie  do  nos  représentants  devaient  être  égorgés,  la 
patrie  périssait,  un  deuil  universel  allait  couvrir  la  France, 
et  partout  l'arbre  de  la  liberté  se  changeait  en  cyprès. 

1.  Même  dossier. 


52        PART,  n,  CHAP.  VII.  LA  RÉGION  DE  LA  VIENNE,  ETC. 

Le  génie  de  la  liberté  et  la  courageuse  surveillance  de  la 
section  de  la  Fraternité  ont  sauvé  la  République.  Mais,  ne 
nous  y  trompons  pas,  citoyens;  Catilina  conspire  encore,  et  ses 
complices,  surpris  dans  leur  crime,  n'ont  pas  abandonné  leurs 
projets  liberticides. 

Souvenons-nous  qu'ils  n'affectent  la  haine  des  tyrans  que 
pour  nous  en  donner  un;  qu'ils  ont  voulu  flétrir,  aux  yeux 
des  nations,  la  gloire  de  notre  immortelle  Révolution  par  les 
horribles  journées  des  2  et  3  septembre. 

Il  est  temps  enfin  que  la  terre  de  la  liberté  ne  soit  plus 
souillée  par  de  pareils  excès. 

Jls  signalent  la  nécessité  d'une  force  départementale; 
deux  commissaires  sont  envoyés  à  la  Convention  pour  la 
requérir  de  décréter  que  cette  force  sera  organisée  sans 
délai  : 

Nous  vous  invitons,  citoyens,  à  adhérer  à  la  délibération  de 
notre  assemblée. 

Angouléme,  29  mai  1795,  l'an  II  de  la  République  française. 
Signé  :  Dumas-Champvallier,  président, 

Joseph  DucLUSEAU,  secrétaire  général*. 

La  seconde  lettre,  datée  du  même  jour,  est  adressée 
aux  quarante-huit  sections  de  Paris^;  la  dernière,  du  30 
mai,  à  la  Convention  nationale.  C'est  un  reproche  pour 
ce  qu'elle  a  laissé  faire,  et  une  sommation  trop  tardive 
de  prendre  enfin  la  seule  mesure  qui  aurait  pu  la  sauver: 

Législateurs, 

Quand  le  souverain  vous  délégua  ses  pouvoirs,  il  vous  dit  : 
J'ai  reconnu  mes  droits,  je  veux  être  libre.  Allez,  donnez  à  la 
France  des  lois  qui  puissent  assurer  son  bonheur. 

Le  trône  renversé,  la  France  république,  le  tyran  détruit, 

1.  Bibliothèque  nationale,  Lb*',  5025. 

2.  Voycz-ea  un  extrait  aux  A|)]ien(lices,  note  XIV. 


m.  ClIAREiNTK.  53 

quel  heureux  changement!  Cependant  votre  mission  n'était 
pas  remplie,  il  fallait  consommer  un  aussi  hel  ouvrage,  il 
fallait  une  Constitution. 

Qu'avez-vous  fait,  législateurs,  que  faites-vous  pour  rem- 
plir ce  dernier  devoir?  Le  dirons-nous?  Oui,  nous  le  dirons, 
puisque  c'est  la  vérité.  Des  agitateurs  perfides  vous  égarent; 
depuis  longtemps  leurs  séductions  coupables  ont  introduit  la 
haine,  les  dissensions  dans  votre  sein. 

Songez-y,  législateurs,  si  vous  ne  faites  bientôt  cesser  de 
pareils  désordres,  la  patrie  est  perdue.  Ecoutez  donc,  écoutez 
le  cri  général,  entendez  les  Charcutais  et  leur  intention  bien 
prononcée.  Ils  veulent  la  République  une  et  indivisible  ;  ils 
veulent,  ils  demandent  ce  que  vous  leur  avez  promis,  une 
Constitution  égale  comme  la  justice,  sage  comme  la  raison. 
Occupez-vous-en  sans  relâche;  c'est  autour  de  cette  arche 
sainte  que  nous  nous  rallierons  tous. 

Mais  si  des  factieux,  si  de  vils  anarchistes  s'opposent  à  la 
perfection  de  ce  précieux  édifice,  qu'ils  apprennent  que,  la  loi 
à  la  main,  nous  saurons  punir  tant  de  perfidies,  nous  saurons 
venger  la  majesté  du  souverain  qu'ils  outragent.  Législateurs, 
les  Charcutais  sont  debout;  leurs  frères  des  autres  départe- 
ments imiteront  cet  exemple  imposant.  Décrétez  qu'une  force 
départementale  se  rendra  auprès  de  vous.  Plutôt  mourir  par 
le  fer  des  assassins,  que  de  vivre  sous  le  joug  des  lois  qu'ils 
veulent  nous  imposer. 

Mêmes  signatures^. 

A  la  nouvelle  des  journées  fatales,  le  conseil  général 
de  la  Charente  s'était  mis  en  rapport  avec  Bordeaux,  et, 
entrant  dans  ses  vues,  il  avait  blâmé  le  décret  d'arresta- 
tion rendu  contre  les  Girondins,  décret  arraché  par  la 
violence,  et  souscrit  par  la  peur  : 

Quel  est,  disait-il,  le  motif  apparent  de  cette  arrestation? 
C'est   l'énergie  vraiment  républicaine  que  ces   mandataires 

1.  BiblioUiôque  nationalo,  Lb*',  30'27. 


54       PART.  II,  CHAP.  VIL  LA  RÉGION  DE  LA  VIENNE,  ETC. 

ont  déployée  contre  les  audacieux  désorganisateurs  de  la  Ré- 
publique, en  proie  aux  ravages  de  l'anarchie  qu'ils  y  ont  cri- 
minellement fomentée  et  propagée  ^ 

L'administration  se  mit  en  devoir  d'agir,  et  par  un 
arrêté  du  7  juin  elle  invita  les  districts  à  lui  envoyer 
des  délégués  pour  délibérer  en  commun  sur  les  mesures 
à  prendre.  Le  district  de  Cognac,  qui  s'était  signalé,  dès 
avant  le  jugement  du  roi,  par  une  adresse  contre  les 
factieux,  répondit  à  son  appel,  et  lui  députa  son  man- 
dataire- ;  mais  dans  le  reste  du  département  la  population 
ne  soutint  pas  ses  administrateurs.  La  société  populaire 
de  Ruffec  provoqua  une  manifestation  contraire;  et  les 
auteurs  de  la  déclaration  qui  flétrissait  le  51  mai  durent 
se  rétracter  et  accepter  la  Constitution. 

Les  agents  du  ministre  de  l'Intérieur  font  dès  lors  le 
tableau  le  plus  rassurant  des  dispositions  du  pays.  Ra- 
vault  écrit  d'Angoulôme,  le  15  juillet,  qu'on  n'y  a  pas 
besoin  de  lui;  que  la  Constitution  y  a  été  reçue  avec 
enthousiasme,  ainsi  que  dans  le  reste  du  département; 
et  il  fait  en  particulier  l'éloge  du  patriotisme  de  Ruffec, 
dont  tous  les  jeunes  gens  sont  partis,  sauf  deux,  qui  étaient 
boiteux ^  Pannetier,  écrivant  du  môme  lieu  à  son  mi- 
nistre, dit  qu'il  a  épuisé  tout  ce  qu'il  avait  d'exemplaires 
de  la  Constitution,  et  il  en  réclame;  il  ne  sait  trop  van- 
ter le  bien  qu'ils  font: 

Les  habitants  des  campagnes,  ajoute-t-il,  ne  les  lisent  pas, 
ils  les  dévorent;  il  suffit  que  vous  soyez  étranger  et  Parisien 
pour  qu'ils  vous  fassent  mille  questions;  ils  vous  écoutent 
comme  un  oracle. 

1.  Julion,  liopport,  p.  51,  52. 

2.  L(!  citovon  Ardouin.  Extrait  des  registres  du  district  de  Cognac,  séance  pu- 
blique du  15  juin  1793,  l'an  II  de  la  République  française. 

3.  Archives  uationales,  F  i%  551. 


m.  CHARENTE.  55 

Il  ne  manque  pas  de  pi'ofiter  de  cette  occasion  pour 
recommander  de  bien  choisir  ceux  qui  peuvent  exercer 
une  telle  influence  sur  les  esprits  : 

Le  choix  des  envoyés  du  Pouvoir  exécutif  doit  être  bien 
délicat.  Le  peuple  ne  semble  se  conduire  que  d'après  leur 
façon  de  parler. 

Et  il  indique  la  manière  de  les  employer  : 

Je  crois  qu'il  serait  on  ne  peut  plus  utile  que  les  villes, 
bourgs  et  villages  ne  restassent  pas  huit  jours  sans  qu'il  y 
passât  un  envoyé  comme  voyageur,  disant  qu'il  arrive  de 
Paris  à  l'instant  ;  qu'il  n'y  restât  pas  plus  que  trois  à  quatre 
jours,  car,  plus  de  temps,  il  serait  censé  ne  plus  savoir  les 
nouvelles  précises  et  être  venu  prophétiser*. 

Aveu  précieux!  11  était  dangereux  de  laisser  le  peuple 
à  lui-même;  il  fallait  le  tenir  toujours  sous  la  main  de 
Paris  :  c'était  la  seule  manière  do  le  garder  en  révolu- 
tion. 

Un  rapport  d'un  autre  agent,  Mouton  (juillet  1795), 
montre  combien  la  chose  était  nécessaire  : 

Dans  mon  voyage,  dit-il,  je  remarquai  avec  douleur  les 
funestes  influences  du  royalisme  et  de  l'arislocratie  —  (effet 
delà  cherté  des  vivres,  du  discrédit  des  assignats);  à  Barbe- 
zieux  et  à  Angoulême  l'esprit  public  est  tellement  corrompu, 
qu'on  n'y  attend  que  le  moment  favorable  pour  éclater.  Dans 
les  campagnes  le  découragement  est  à  son  comble.  On  ne 
doute  pas  que  les  malveillants  ne  profitent  de  ces  circonstances 
malheureuses.  Le  fédéralisme  a  des  partisans  nombreux  dans 
ces  cantons,  et  les  autorités  constituées  y  passent  pour  être 
plus  que  modérées. 

1.  Archives  nationales,  Fi%  550. 


56         PART.  II,  CHAP.  MI.  LA  RÉGION  DE  LA  VIENNE,  ETC. 

IV 

Charenle-Inférieure. 

La  Charente-Inférieure,  comme  la  Charente,  avait  de 
bonne  heure  protesté  contre  les  factieux.  La  Rochelle,  le 
28  décembre  1792,  Rochefort,  le  3  janvier  1795,  avaient 
envoyé  à  la  Convention  leurs  adresses  indignées'.  Le  14 
mars  la  société  populaire  de  Saintes  réclamait  encore 
contre  les  divisions  de  l'Assemblée.  La  Convention  avait 
promis  de  faire  le  bonheur  du  peuple  : 

Pourrons-nous  espérer  ce  bienfait  de  votre  pari,  tant  que 
des  divisions  intestines  déchireront  votre  assemblée  et  qu'elle 
sera  toujours  le  théâtre  de  personnalités  scandaleuses,  etc. 

Même  appel  à  l'union  pendant  tout  le  cours  d'avril 
et  de  mai,  tant  à  Saintes  qu'à  Rochefort  et  à  Marennes  : 

Que  la  Montagne  s'ébranle,  disaient  le  22  avril  les  Hommes 
libres  de  Rochefort,  et  s'écroule  du  côté  droit;  que  le  côté 
droit  se  confonde  au  sein  de  la  Montagne;  que  ces  dénomi- 
nations disparaissent;  que  la  Convention  ne  penche  plus 
d'aucun  côté,  mais  qu'elle  se  redresse  et  s'affermisse  dans 
tous  ses  points,  et  la  patrie  sera  sauvée^. 

La  révolution  du  51  mai  ne  pouvait  donc  être  que 
mal  accueillie  dans  ce  département.  La  ville  de  Maren- 
nes et  l'administration  départementale  en  connurent  les 
détails  par  un  mémoire  d'un  député  du  département, 


■1.  Archives  nationales,  Dxl.^4,  carton  19,  dossier  Charenle-lnféiienre. 

1.  Ibid.  J'ai  cilc  plus  liant  (t.  I,  p.  98)  les  adresses  énergiques  de  Saujoii  et 
de  Miré,  à  la  suite  du  ])illagc  provoque  par  Maral.  Voyez  encore  la  note  XV 
aux  Appendices. 


IV.  CHARENTE-INFÉRIEURE..  57 

Lozeau,  qui  raconte  les  événements  des  trois  journées  de 
point  en  point,  et  pour  ainsi  dire  d'heure  en  heure,  avec 
autant  d'impartialité  que  de  précision  et  de  justesse  ^ 
Après  avoir  lu  les  divers  documents  sur  ces  journées, 
on  serait  tenté  de  reprendre  ce  récit,  comme  la  page 
qu'en  doit  garder  l'histoire.  Quoique  ayant  voté  dans  le 
jugement  du  roi  contre  l'appel  au  peuple,  pour  la  mort 
et  contre  le  sursis,  et  appartenant  plus  à  la  gauche  qu'à 
la  droite,  Lozeau  signale  dans  celte  révolution  un  attentat 
à  la  souveraineté  du  peuple,  et  reconnaît  que  la  Conven- 
tion, en  votant  les  décrets,  avait  cédé  (il  le  confesse  ici 
lui-même)  à  la  faim  et  à  la  peur  : 

Cette  motion  (de  Couthon),  vivement  applaudie  par  les 
tribunes,  n'ayant  point  été  combattue  parce  que  les  besoins 
physiques  commençaient  à  se  faire  sentir  et  qu'une  impression 
de  terreur  était  répandue  sur  l'Assemblée,  le  président  la  mit 
aux  voix  ;  les  membres  de  la  Montagne  et  ceux  que  la  crainte 
avait  fait  réfugier  parmi  eux,  se  sont  levés.  Quelques  membres 
seulement  du  côté  droit  se  sont  levés  contre;  une  partie  de 
l'Assemblée  n'a  point  pris  part  à  la  délibération;  le  décret 
d'arrestation  a  été  prononcé  d'après  la  liste  lue  par  un  secré- 
taire, et  commandée  par  Couthon.  Bientôt  après,  la  séance  a 
été  levée^ 

Mais  la  Charente-Inférieure  eut  une  autre  raison  pour 
ne  pas  remuer  :  c'est  la  présence  des  conventionnels  en- 
voyés dans  les  départements  pour  combattre  la  Vendée 
par  le  Midi,  avec  l'armée  rassemblée  à  cet  effet  sous  leur 
direction,  l'armée  des  Côtes  de  la  Rochelle.  Les   senli- 

1.  M.  Mortimer-Tcrnaux,  qui  reprofluit  ce  récit  (t.  VII,  p.  563),  a  imprimé  à 
tort  Loiseau,  qui  est  le  nom  d'un  député  d'Eure-et-I.oir.  Le  signataire  est  évi- 
demment un  député  de  la  Cliarente-Inrérieure,  c'est-à-dire  Lozeau.  Ce  fut  lui 
qui,  le  l»  thermidor,  provoqua  le  décret  d'accusation  contre  Robespierre  {iloni- 
leur  du  11  thermidor,  ^O  juillet  1794,  t.  XXI,  p.  335). 

2.  Mortimer-Ternaux,  t.  VII,  p.  503-569. 


58        PART.  II,  CIIAP.  VII.  U  REGION  DE  LA  VIENNE,  ETC. 

ments  si  énergiquement  manifestés  par  la  Rochelle, 
Rochefort  et  autres  villes  contre  les  factieux  se  trouvèrent 
donc  étouffés.  Et  c'est  ainsi  que  Philippeaux  put  écrire 
à  la  Convention  :  «  L'esprit  des  corps  administratifs  de 
l'Ouest  est  bon,  la  Constitution  a  été  reçue  avec  enthou- 
siasme à  la  Rochelle  et  à  Niort*  ». 


Dordogne. 

La  Dordogne  avait,  comme  les  départements  du  voi- 
sinage, manifesté  son  indignation  contre  les  factieux 
pendant  la  lutte  des  Montagnards  et  des  Girondins. 
Dès  le  14  janvier,  le  conseil  général  du  département 
avait  envoyé  une  adresse  à  la  Convention  et  pris  un  ar- 
rêté pour  la  levée  d'une  force  départementale  :  on  n'at- 
tendait pour  la  faire  partir  que  le  signal  de  l'Assemblée". 
Au  lieu  de  cette  force  qui  eût  sauvé  la  Convention  na- 
tionale, on  n'eut  à  s'occuper  que  de  la  légion  destinée, 
selon  les  propositions  de  l'Hérault,  à  combattre  l'ennemi 
intérieur,  c'est-à-dire  les  royalistes  de  la  Lozère  et  de  la 
Vendée  \  Dans  le  mois  de  mai,  l'attention  était  cependant 
plus  vivement  ramenée  vers  Paris.  Le  montagnard  Lacoste, 
député  de  la  Dordogne,  essaya  bien  de  donner  le  change 
aux  administrateurs  de  son  département  en  leur  parlant 
des  projets  fédéralistes  des  Girondins  : 


1.  Séance  du  3  juillet  1793,  Moniteur  du  4,  t.  XVII,  p.  50. 

2.  Note  XVI  aux  Appendices. 

7).  Vovez  le  ref;istre  des  délibérations  du  conseil  général,  26  avril,  15  mai  et 
17  mai.  J'en  dois  la  communication  à  l'obligeance  de  M.  Villepelet,  archiviste  du 
déparlement  de  la  Dordogne.  —  On  trouve  aux  .\rcliives  nationales  des  adresses 


Y.  DORDOGNE.  59 

Pourrions-nous  nous  dissimuler,  écrivait-il,  qu'il  existe  un 
système  destructif  de  la  liberté?  N'est-il  pas  évident  que  le 
plan  des  républiques  fédératives  est  constamment  à  l'ordre  du 
jour  dans  les  conciliabules  des  hommes  qui  ont  voulu  sauver 
le  tyran  et  perpétuer  l'idolâtrie  de  la  royauté?  C'est  dans  l'unité 
d'administration,  l'unité  de  la  justice  et  des  lois  et  dans 
l'existence  d'un  centre  unique  que  réside  le  salut  de  la  liépU' 
blique,  etc. 

On  ne  contredisait  pas  à  ces  maximes,  on  insérait  la 
lettre  au  registre  des  délibérations  (26  mai)  ;  mais  on  y 
consignait  en  même  temps  l'ordre  d'imprimer  et  d'affi- 
cher la  correspondance  et  l'arrêté  par  lequel  les  commis- 
saires de  la  Charente,  de  la  Charente-Inférieure,  des 
Deux-Sèvres  et  de  la  Vendée  s'étaient  organisés  provisoi- 
rement en  commission  centrale  de  salut  public  à  Saint- 
Jean-d'Angely  ;  et  le  29  mai,  le  jour  où  la  Charente 
songeait  à  créer  une  force  départementale,  on  instituait 
un  comité  militaire  au  sein  du  conseil  d'administration 
du  département  de  la  Dordogne '. 

C'est  au  milieu  de  ces  préparatifs,  le  6  juin,  qu'arri- 
vèrent les  nouvelles  de  la  révolution  accomplie  et  la  pro- 
clamation de  la  Convention  au  peuple  français.  Il  y  eut 
un  sentiment  unanime  de  révolte.  La  société  républi- 
caine de  Périgneux  fit  une  adresse  à  la  Convention,  qu'elle 
apporta  au  conseil  général  et  qui  obtint  l'adhésion  du 
procureur  général  syndic  et  des  administrateurs(7juin). 
Le  9,  le  procureur  général  syndic  fit  un  long  réquisi- 
toire dans  le  même  sens.  Le  1 1 ,  deux  commissaires 
furent  nommés  pour  rédiger  une  adresse  sur  les  bases 

analogues,  de  Bergerac  et  de  Monpazier  (société  républicaine).  (D  xl  §  4,  car- 
ton 19,  do'ssier  Dordogne.) 

i.  Archives  de  la  Dordogne,  même  registre,  à  ces  dates,  et  l'adresse  de  la  so- 
ciété républicaine  de  Moniignac,  note  XVII  aux  Appendices. 


60        PART.  K,  CHAP.  VII.  LA  RÉGION  DE  LA  VIENNE,  ETC. 

établies  par  l'arrêté  du  conseil  général  de  la  Côte-d'Or  : 
assurer  contre  tout  péril  l'inviolabilité  de  la  représen- 
tation nationale.  Déjà  on  s'était  mis  en  rapport  avec 
Bordeaux.  Le  12,  le  citoyen  Dejean,  envoyé  près  du 
conseil  général  de  la  Gironde,  rendit  compte  de  sa 
mission  et  de  l'accueil  qu'elle  avait  reçu;  le  18,  on 
prit  un  arrêté  pour  l'organisation  d'une  force  départe- 
mentale. Il  ne  s'agissait  plus  que  de  mettre  en  mouve- 
ment ces  forces  que  l'on  songeait  partout  à  réunir  ;  et 
le  22  on  reçut  de  la  commission  populaire  de  Bordeaux 
un  message  «  relatif  aux  mesures  de  sûreté  publique  et 
au  peu  de  liberté  dont  jouit  la  Convention,  avec  invi- 
tation à  toutes  les  administrations  d'adhérer  à  cette  dé- 
claration ^  ». 

C'était  la  guerre.  On  remit  au  surlendemain  pour  en 
délibérer,  et  le  procureur  général  syndic  Pipaud  hésita 
lui-même  à  se  résoudre.  Le  24  juin,  son  parti  élait 
pris.  Il  parla  pour  faire  rejeter  les  propositions  de  Bor- 
deaux, et  ses  conclusions  furent  adoptées,  avec  cet 
amendement  : 

Que  l'arrêté,  déclaration  et  instruction  adressés  par  la 
commission  populaire  de  salut  public  du  département  de  la 
Gironde,  ensemble  les  conclusions  du  procureur  général 
syndic  et  le  présent  arrêté  seront  imprimes,  pour  le  tout  être 
renvoyé  et  distribue  dans  les  districts  et  communes  du  dépar- 
tement de  la  Dordogne. 

On  voulait  mettre  le  département  tout  entier  en  de- 
meure de  se  prononcer  sur  ces  résolutions;  mais,  ce 
jour-là  même,  le  district  de  Périgueux  en  avertissait  la 
Convention  nationale  :  dans  la  séance  du  27  au  soir  on 

1.  Archives  de  la  Dordogne,  même  registre,  à  ces  dates. 


V.  DORDOGNE.  61 

lut  une  lettre  par  laquelle  il  annonçait  son  refus  d'adhé- 
rer aux  propositions  de  la  Gironde*. 

Périgueux  offrait  désormais  une  base  sûre  d'opéra- 
tions aux  deux  représentants  Mathieu  et  Treilhard,  quand 
ils  durent,  comme  nous  le  verrons,  quitter  Bordeaux 
après  avoir  vainement  tenté  de  ramener  la  ville  à  d'au- 
tres sentiments.  Ils  y  arrivèrent  le  29;  et  le  50  le 
conseil  général  de  la  Dordogne  fit  un  pas  de  plus  dans 
la  voie  nouvelle  où  il  s'était  engagé.  Il  écrivit  aux  admi- 
nistrateurs de  la  Gironde  pour  les  détourner  d'envoyer 
vers  Paris  leur  bataillon,  qui  se  proposait  de  passer  par 
Périgueux  (50  juin").  De  leur  côté  Mathieu  et  Treilhard 
écrivaient  de  Périgueux  aux  administrateurs  de  la 
Haute-Vienne  de  ne  pas  le  recevoir,  s'il  se  dirigeait  vers 
Limoges  (2  juillet).  Le  même  jour,  ils  mandaient  au 
Comité  de  salut  public  combien  ils  étaient  contents  des 
dispositions  de  la  Dordogne^.  La  Convention  pouvait  en 
trouver  une  nouvelle  assurance  dans  l'adresse  que  le 
conseil  général  lui  fit  parvenir  le  5  juillet.  Elle  n'avait 
plus  à  s'inquiéter  de  cette  phrase  : 

Nous  restons  fermes  à  notre  poste,  opposant  les  lois  aux 
efforts  de  nos  ennemis,  et  ne  voulons  de  repos  qu'après  la 
destruction  des  despotes,  sous  quelque  forme  qu'ils  se  présen- 
tent*. 

La  Constitution  était  acceptée  ;  le  8  juillet,  le  procureur 

1.  Moniteur  du  50  juin,  t.  XVI,  p.  765. 

2.  Archives  de  la  Dordogne,  même  registre,  à  ces  dates. 

3.  Compte  rendu  de  la  mission  des  représentants  Treilliard  et  Mathieu 
dans  les  départements  de  la  Gironde,  Lot-et-Garonne  et  départements 
voisins,  pièces  annexées  n"'  7,  8,  9.  —  Ils  écrivaient  le  même  jour  au  Comilé 
de  salut  public,  en  l'assurant  des  excellentes  dispositions  de  la  Dordogne  : 
«  Nous  sommes  persuadés  qu'ils  ne  passeront  pas  ».  (Ibid.,  n"  io.)  Cf.  une  autre 
lettre  du  7  juillet  :  «  La  force  qui  devait  partir  de  Bordeaux  n'est  pas  partie  ». 
[Ibid.,  n'>14.) 

4.  Archives  de  la  Dordogne,  même  registre,  5  juillet  1795. 


62        PART.  II,  CHAP.  VII.  LA  RÉGION  DE  LA  VIENNE,  ETC. 

général  syndic  fit  un  discours  pour  en  signaler  les  mé- 
rites, et,  selon  ses  conclusions,  la  proclamation  en  fut 
faite  solennellement  le  10  juillet.  Mais,  chose  imprévue, 
dès  la  veille  un  décret  de  la  Convention  nationale  l'avait 
suspendu  lui-même  de  ses  fonctions,  mis  en  état  d'ar- 
restation et  cité  à  la  barre.  Il  avait  été  dénoncé  pour  son 
premier  discours,  et  l'on  n'avait  rien  su  peut-être  du 
nouveau  réquisitoire  à  la  suite  duquel  le  conseil  général, 
jusque-là  hostile  à  la  révolution  du  31  mai,  avait  rejeté 
les  propositions  de  Bordeaux.  Le  décret  du  9  juillet 
arriva  le  12,  apporté  par  un  courrier  extraordinaire \ 
Sur  de  nouvelles  informations  (et  les  lettres  de  Treil- 
hard  et  de  Mathieu  devaient  y  être  pour  quelque  chose), 
le  décret  d'arrestation  fut  levé,  mais  la  destitution  main- 
tenue^  Julien,  dans  son  rapport,  ne  rappelle  que  l'acte 
qui  l'avait  motivée  :  «  Vous  avez  destitué  de  ses  fonc- 
tions Pipaud,  procureur  général  syndic,  qui  avait,  dans 
un  réquisitoire  fameux,  consacré  toutes  les  maximes 
liherticides  insérées  dans  les  arrêtés  de  la  prétendue 
commission  populaire  de  la  Gironde^  ». 

Après  les  commissaires  de  la  Convention,  les  agents 
du  Conseil  exécutif  continuèrent  l'œuvre.  Aux  représen- 
tants Mathieu  et  Treilhard  avait  succédé  Ravault,  que 
nous  avons  vu  à  Angoulême.  Dans  ses  lettres  il  dit  bien 
que  la  Constitution  est  partout  acceptée  ;  que  le  peuple 
est  bon  ;  que  l'aristocratie  tremble  à  côté  du  républica- 
nisme; mais  on  ne  laissait  pas  de  parler  des  événe- 
ments de  Paris,  «  que  les  malveillants  s'étaient  plu  à 

i.  Le  capitaine  de  gendarmerie  qui  l'apporta  réclama  une  indemnité  de 
voyaffe  :  indemnité  pour  un  officier  et  deux  gendarmes.  On  accorda  3000  livres. 
(Archives  de  la  Dordogne,  même  registre,  12  juillet  1703.) 

2.  Enregistré  le  15  août,  même  registre. 

3.  Rapport,  p.  62. 


V.  DORDOGiNE.  63 

noircir  ».  Il  travaillait  à  les  blanchir,  c'était  son  rôle  ;  et 
ce  n'était  pas  sans  utilité  au  voisinage  de  Bordeaux,  qui 
était  loin  d'avoir  désarmé  : 

Depuis  mon  arrivée  à  Périgueux,  dit-il  dans  une  lettre  du 
17  juillet,  je  m'informe  non  seulement  de  l'esprit  de  ce  dépar- 
tement, mais  de  celui  de  la  Gironde.  Je  surveille  et  je  pense 
même  que  ma  présence  en  cet  endroit  ne  laisse  pas  d'en  im- 
poser aux  ennemis  du  bien  public.  Je  vais  au  département,  à 
la  société  populaire,  partout  enfin  oîi  je  peux  parler  devant 
beaucoup  de  monde.  Je  me  promène  et  tâche  de  confondre 
l'aristocratie. 

Dans  le  compte  rendu  de  sa  mission,  il  parle  plus  au 
long  de  la  façon  dont  il  opérait  à  Périgueux.  Il  est  allé 
d'abord  au  département  sous  la  conduite  de  l'évêque 
Poutard,  brave  républicain  ;  il  y  a  justifié  les  Parisiens, 
si  indignement  calomniés,  etc.  ;  puis,  à  la  société  popu- 
laire. Il  a  distribué  largement  les  exemplaires  de  la 
Constitution  ;  il  en  a  envoyé  aux  communes  : 

On  doit  compter  surtout,  ajoute-t-il,  sur  le  zèle  des  curés 
mariés,  qui  sont  ici  en  très  grand  nombre,  grâce  au  zèle  de 
Poutard,  destructeur  du  fanatisme. 

11  s'est  aperçu  pourtant  que  Périgueux,  tranquille  en 
apparence,  était  sourdement  travaillé  par  l'aristocratie 
et  le  fédéralisme  : 

J'appris  bientôt,  dit-il,  que  depuis  quelque  temps  il  s'insi- 
nuait à  Périgueux  un  grand  nombre  d'étrangers  pour  y  gâter 
l'esprit  du  peuple;  que  les  ci-devant  nobles,  les  ci-devant 
robins  et  les  prêtres  réfractaiies  qui,  à  raison  de  leur  âge, 
avaient  été  exceptes  de  l'exportation,  commençaient  à  lever  la 
tête. 

Il  se  défiait  en  particulier  des  forces  départementales, 


64        PART.  II,  CIIAP.  Vil.  LA  RÉGION  DE  LA  VIENNE,  ETC. 

levées  comme  une  réserve  dans  plusieurs  départements, 
et  l'on  ne  voyait  pas  toujours  trop  à  quelle  fin  : 

Les  forces  départementales,  dans  cette  partie  du  Midi,  ont 
toutes  le  même  esprit,  sont  composées  de  gens  suspects, 
mauvais  sujets,  frères  et  fds  d'émigrés,  de  ci-devant  nobles 
et  de  gens  à  huit,  neuf,  dix  mille  livres  de  rente,  qui  cepen- 
dant reçoivent  cinq  livres  de  la  nation  par  jour. 

Il  les  déclare  (non  sans  raison)  instituées  presque 
partout  pour  seconder  les  projets  des  fédéralistes  :  plu- 
sieurs ne  portent  point  de  cocardes.  11  faut  les  supprimer. 

Cet  agent  si  zélé  à  faire  accepter  la  Constitution 
trouve  pourtant  qu'à  Périgueux  on  y  a  mis  trop  de  zèle. 
Il  note  en  post-scriptum  : 

La  municipalité,  qui  laisse  librement  sortir  les  prêlres  de  la 
maison  de  réclusion,  leur  a  présenté  l'acte  constitutionnel, 
qu'ils  ont  accepté,  en  disant  que,  par  continuation  d'obéis- 
sance aux  lois,  ils  acceptaient  la  Constitution. 

Il  fait  remarquer  :  1°  que  celte  manière  de  s'exprimer 
est  dérisoire;  '2"  que  la  municipalité  ne  devait  pas  con- 
voquer, pour  émettre  ce  vœu,  des  êtres  qui  ne  doivent 
plus  avoir  d'existence  civile,  puisqu'ils  sont  condamnés 
à  la  réclusion,  d'après  leur  refus  d'obéir  à  la  loi  du  ser- 
ment ^ 

Au  total  Périgueux  restait  une  ville  suspecte,  et  ce  n'est 
pas  sans  raison  que  Julien,  dans  son  rapport,  disait  que, 
«  bien  que  l'administration  du  dé])artement  ne  parut  pas 
avoir  pris  de  mesures  pour  entrer  dans  la  rébellion,  elle 
contenait  des  hommes  faibles  et  devait  être  surveillée^  ». 

Elle  avait  besoin  de  l'être,  tant  que  le  foyer  de  l'in- 
surrection n'était  pas  éteint  dans  Bordeaux. 

1.  Aixliives  nationales,  V  i»,  551. 
'2.  Rapport,  p.  61. 


CHAPITRE  VÏII 

BORDEAUX 

I 

Bordeaux  avant  le  51  mai. 

Bordeaux  semblait  appelé  à  être  la  citadelle  et,  en  cas 
de  revers,  le  réduit  et  le  plus  sûr  refuge  dos  Girondins. 
Ce  n'est  pas  sans  raison  que  le  nom  de  la  Gironde 
avait  été  donné  au  parti  où  Vergniaud,  Guadet  et  Gen- 
sonné  se  rencontraient  avec  Brissot,  Buzot  et  Barbaroux. 
La  ville  était  animée  de  l'esprit  de  ses  plus  illustres 
députés,  esprit  hostile  à  l'ancien  ordre  de  choses,  même 
jusqu'à  la  persécution,  et  elle  en  avait  donné  la  preuve. 
Elle  avait  applaudi  à  la  chute  de  la  Boyauté,  applaudi  à 
la  mort  du  roi*;  elle  avait  envoyé  des  bataillons  com- 
battre les  Vendéens,  elle  avait  de  bonne  heure  arrêté 
chez  elle  les  suspects.  Les  prêtres  qui,  plutôt  que  de 
prêter  un  serment  réprouvé  par  leur  conscience,  accep- 
taient les  rigueurs  de  la  déportation,  et  qu'on  menait,  en 
attendant,  en  un  lieu  de  dépôt,  il  avait  fallu  quelquefois 
les  faire  entrer  de  nuit  dans  ses  murs  ou  leur  faire 
prendre  un  chemin  détourné  pour  les  soustraire  aux 
violences  de  sa  populace.  Mais,  quand  les  députés  Giron- 
dins se  séparèrent  enfin   des  Montagnards,  quand  ils 

1.   Adresses  semblables  de  Saiiite-Foy,  de  Saint-Macairo-sur-Garonue.  (Arcliivcs 
nationales,  D  xi.  ,!^  i.  carton  '20,  ilussier  Gironde] 

iitvoi..  nu  TA   MAI.  Il — 5 


66  PAKÏ.  Il,  CHAI*.  Mil.  BORDEAUX. 

lenlèienl  d'arrêter  le  mouvement  et  qu'ils  furent  mena- 
cés d'être  emportés  dans  la  tourmente,  Bordeaux  prit 
fait  et  cause  pour  eux.  J'ai  cité  l'adresse  lue  à  la  Con- 
vention le  4  janvier  *.  Au  mois  d'avril  1795,  le  départe- 
ment fit  un  acte  plus  significatif.  Les  Jacobins,  en 
minorité  dans  la  Convention,  cherchaient  à  soulever  les 
départements  par  leur  propagande,  les  appelant  à  Paris 
(ils  en  donnaient  les  premiers  l'exemple)  «  pour  épurer 
la  Convention  ».  L'administration  du  département,  ayant 
saisi  des  paquets  de  ces  écrits  incendiaires,  convoqua  le 
conseil  général,  qui  désigna  deux  de  ses  membres  pour 
aller  à  Paris  dénoncer  à  l'Assemblée  la  conjuration  dont 
elle  était  l'objet  ^  Les  sections  approuvèrent  cette  dé- 
marche, et  une  proclamation  du  département  (12  avril) 
associa  en  quelque  sorte  tout  le  peuple  de  Bordeaux 
à  la  déclaration  de  guerre  aux  anarchistes^. 

La  lutte  qui  se  continuait  entre  les  Girondins  et  les 
Montagnards  à  P.iris  existait  bien  aussi  entre  leurs 
adhérents  à  Bordeaux  :  les  Girondins  représentés  par 
la  société  des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité,  les 
Montagnards  par  le  Club  national  *.  Mais  à  Bordeaux 
ces  querelles  étaient  dominées  par  le  souci  commun  des 
subsistances,  dont  la  rareté  se  faisait  déjà  cruellement 
sentir,  et  les  Girondins  de  Paris  purent  croire  un  mo- 

\.  Voyez  ci-<lessus,  t.  I,  p.  04. 

2.  Voyez  t.  I.  |).  1.j4. 

7).  J'aurai  plus  d'une  l'ois  à  citer  l'excellent  ouvrage  de  M.  Vivie,  Histoire  de 
la  lerreiir  ù  Bordeaux,'!  vol.  in-8,  Bordeaux,  1877;  il  a  su  tout  à  la  fois  re- 
cueillir les  textes  et  les  mettre  en  œuvre.  Il  a  douné  cette  l'roclamation,  t.  I, 
\).  171-175.  et  il  a  raconté  la  déinan  lie  l'aile  par  le  maire  Saige,  au  norn  des  sec- 
lions,  auprès  du  couH-il  général  et  du  repri-senlant  Garrau  (ibid.,  p.  173177). 
—  Vovez  sur  les  villes  de  la  (jironde  la  note  XVIII  aux  Appemlices. 

4.  Déjà,  le  29  décembre  1792,  la  seciion  Brutus.  n"  7,  de  Bordeaux,  iniprou- 
vait  l'adresse  du  Club  national  pour  la  permanence  des  secliens,  y  voyant  une 
mesure  contraire  à  Tordre  et  au  respect  des  magistrats,  et  trop  favorable  aux 
ambitieux.  'Aichives  nationales,  D  xl  g  4,  carton  20,  dossier  Gironde.) 


I.  liORDEAUX  AVANT  LE  51   MAI.  67 

meiil  que  l'on  perdait  de  vue  leur  péril.  Yergniaud 
écrivait  à  la  société  des  Amis  une  lettre  ainsi  datée  : 

c(  Paris,  i  mai  1793,  sous  le  couteau  »  ; 

lettre  dans  laquelle  il  reprochait  à  ses  membres  leur 
abandon*;  il  est  vrai  que,  le  lendemain  5  mai,  il  leur 
en  adressait  une  autre  où  il  confessait  son  injustice:  car 
il  venait  de  recevoir  un  témoignage  de  leur  sollicitude; 
mais,  puisqu'ils  s'intéressaient  toujours  à  la  cause  de 
leurs  dtiputés,  il  les  avertissait  ([ue  l'heure  d'agir  était 
proche  : 

On  dit  quo  c'est  aujourd'hui  ou  demain  qu'ils  doivent 
venir  deuiander  de  s'abreuver  du  sang  de  la  représentation 
nationale.  Je  doute  qu'ils  l'osent,  quoique  la  terreur  ait  livré 
les  seclious  h  une  poignée  de  scélérats.  On  s'y  est  cependant 
battu  avant-hier,  et  on  ne  tentera  pas  une  démarche  dans 
laquelle  on  craindra  d'éprouver  de  la  résistance.  En  tout  cas, 
nous  comptons  sur  le  courage  de  FontVède,  qui  est  président, 
et  vous  pouvez  compter  sur  le  nôtre. 

Tenez-vous  prêts.  Si  l'on  m'y  force,  je  vous  appelle  de  la 
tribune  pour  venir  nous  défendre  s'il  en  est  temps,  et  venger 
la  liberté  en  exterminant  les  tyrans.  Si  nous  ne  sommes  plus, 
Bordeaux  peut  sauver  la  République 

Hommes  de  la  Gironde,  levez- vous  !  La  Convention  n'a  été 
faible  que  parce  qu'elle  a  été  abandonnée.  Soutenez-la  contre 
tous  les  furieux  qui  la  menacent.  Frappez  de  terreur  nos 
Marins  ;  et  je  vous  préviens  que  rien  n'égale  leur  lâcheté,  si 
ce  n'est  leur  scélératesse.  Alors  la  Convention  sera  vraiment 
digne  du  peuple  français.  Des  lois  sages  seront  substituées  à 
des  lois  de  sang  ;  et  les  douceurs  de  la  liberté  nous  console- 
ront des  calamités  de  l'anarchie  ". 

Les  deux  lettres,    sitôt    reçues,    furent   aflichées    et 

1.  Vivic,  l.  1,  |i.  -llo. 

2.  Ibid. 


08  PART.  Il,  CUAP.  VIII.  BORDEAUX. 

accueillies  avec  applaudissements.  Le  8  mai,  les  sections 
se  déclaraient  en  permanence,  et  elles  adoptèrent  une 
adresse  à  la  Convention  qui  reçut  l'adhésion  de  la  com- 
mune, du  district  et  du  département. 

C'était  une  protestation  énergique  contre  la  pétition 
du  15  avril.  Cette  adresse,  avec  les  adhésions  qu'elle 
avait  reçues,  fut  portée  par  deux  envoyés  spéciaux 
(Leyris  et  Duvigneau)  à  Paris  :  je  l'ai  citée  à  propos  du 
débat  violent  qu'elle  suscita  le  14  mai  dans  la  Conven- 
tion. Mais  le  débat  tourna  au  profit  de  la  Gironde. 
Guadet  l'emporta  sur  les  murmures  de  la  Montagne,  et 
il  fit  voter  que  la  pièce  serait  imprimée,  envoyée  aux 
départements  et  affichée  dans  Paris'. 

Ce  succès  ne  pouvait  pas  faire  illusion  sur  la  gravité 
du  péril;  et,  d'autre  part,  le  Conseil  exécutif  à  Paris 
avait  lieu  de  redouter  les  résolutions  de  Bordeaux.  Un 
des  commissaires  de  Garât,  nommé  Fourcade  %  lui  écri- 
vait de  Pau  à  la  date  du  26  mai  : 

J'ai  parcouru  douze  départements.  L'esprit  public  est  hou 
généralement.  On  veut  la  démocratie,  on  est  prêt  à  faire  de 
plus  grands  sacrifices  pour  la  Révolution,  mais  il  est  à 
craindre  que  l'apathie  et  le  découragement  ne  succèdent  à 
ces  bonnes  dispositions,  si  l'on  ne  s'empresse  d'étouffer  le 
germe  de  division  que  l'on  a  excité  entre  Paris  et  les  dépar- 
tements, si  l'on  ne  met  un  frein  aux  dilapidations  des  admi- 
nistrateurs, qui  font  regretter  la  plupart  les  vices  de  l'ancien 

1.  Moniteur  du  16,  t.  XVI,  p.  57.  Il  y  en  a  un  exemplaire  aux  Archives 
lie  Seine  et-Oise.  —  Un  peu  après  le  51  mai,  le  conseil  général  de  la  commune 
de  Bordeaux  adressait  au  président  de  la  Convention  le  i)rocès-verbal  d"une 
séance  du  IG,  où  il  adhérait  à  l'adresse  de  la  commune  de  iSantes  contre  les 
anarchistes.  (Archives  nationales,  D  xl  g  4,  carîon  20,  dossier  Gironde.) 

2.  Son  signalement  est  donné  dans  son  dossier  :  l'aschal-Thomas  Fourcade, 
chef  de  bureau  au  Comité  de  correspondance  de  la  Convention  nationale,  âgé  de 
25  ans  et  quelques  mois;  taille  5  pieds,  cheveux  châtains,  grand  nez,  bouche 
moyenne.  (Archives  nationales,  Y  i»  551). 


I.  BORDEAUX  AVANT  LE  31  MAI.  69 

régime,  si  l'on  ne  parvient  h  empêcher  un  certain  côlé  de 
r Assemblée  de  vicier  l'opinion  publique. 

Je  vous  le  dis  avec  la  franchise  d'un  homme  dégagé  de  tout 
parti,  on  a  gangrené  la  ville  de  Bordeaux. 

La  grande  majorité  des  habitants  veut  la  République, 
mais,  égarée  par  la  haine  qu'on  lui  a  inspirée  contre  Paris, 
elle  se  livre  aveuglément  aux  royalistes,  qui  profitent  de  ses 
préventions  pour  la  conduire  à  des  idées  de  fédéralisme.... 
Eh  bien!  nons  abandonnerons  Paris  à  lui-même,  tel  est  le 
propos  que  l'on  entend  partout 

Presque  tous  les  départements  usurpent  l'autorité  législa- 
tive; ils  lèvent  des  contributions,  interprètent  ou  n'exécutent 
pas  les  décrets,  se  permettent  des  actes  arbitraires  et  ne  font 
sentir  en  général  qu'aux  amis  de  la  Révolution  les  effets  de 
leur  despotisme*. 

Les  Bordelais  toutefois  avaient  beaucoup  plus  à  crain- 
dre le  triomphe  des  Montagnards  à  Paris  et  «  les  effets 
de  leur  despotisme  «;  la  lettre  môme  de  Fourcade  té- 
moigne que  c'était  bien  là  ce  qu'on  redoutait.  Les  amis 
des  Girondins  avaient  donc  de  fréquentes  réunions, 
délibérant  sur  les  mesures  à  prendre.  Sers,  ancien 
membre  de  l'Assemblée  législative,  président  du  con- 
seil général  de  la  Gironde,  et  Roullet,  procureur  gé- 
néral syndic  du  département,  y  avaient  les  princi- 
paux rôles.  On  entretenait  une  correspondance  active 
avec  les  députés  girondins,  et  Duvigneau,  à  son  retour 
de  Paris,  put  faire  connaître  h  quel  état  d'oppres- 
sion la  Convention  se  voyait  réduite.  Les  commissaires 
des  sections  furent  convoqués  en  assemblée  générale, 
et  déjà  on  se  disposait  à  faire  appel  aux  départements 
voisins  et  à  envoyer  des  volontaires  à  Paris  pour  défen- 

i.  Archives  nationales,  F  i»  .551,  dossier  Fourcoile,  et  la  noie  XIX  aux  Ap- 
pendices. 


70  PART,  ir,  CilAP.  VIII.  BORDEAUX. 

dre  la  Convention,  quand  on  recul  la  nouvelle  de  la  Ré- 
volution du  51  mai. 

II 

Bordeaux  après  le  51  mai.  Commission  populaire  de  salut  public 
de  la  Gironde. 

Ce  coup  terrible  porté  à  la  Gironde  souleva  toutes  les 
Ames  à  Boi'deaux.  Les  hommes  d'action  sentirent  qu'il 
n'y  avait  plus  im  moment  à  perdre.  On  dépêcha  des 
courriers  à  Lyon  et  dans  les  principales  villes,  et,  le 
7  juin,  le  conseil  général  du  département  invita  tous  les 
corps  constitués  à  se  joindre  à  lui  par  l'envoi  de  com- 
missaires, «  afin  de  former  un  centre  commun  autour 
duquel  les  citoyens  viendraient  se  réunir  pour  discuter 
avec  calme  les  grands  intérêts  du  moment  et  trouveraient 
dans  l'union  fraternelle  du  peuple  et  de  ses  magistrats 
la  force  et  l'énergie  que  la  liberté  opprimée  doit  opposer 
au  despotisme  et  à  l'anarchie'  ^k 

Les  nouvelles  qu'on  recevait  de  Paris  faisaient  con- 
naître la  situation.  Deux  députés  girondins,  Ducos  et 
Boyer-Fonfrède,  son  beau-frère,  amis  de  Vergniaud, 
étaient  restés  dans  l'Assemblée  (le  décret  de  proscrip- 
tion ne  devait  les  atteindre  que  plus  tard),  et  l'on 
recevait  aussi  une  lettre  d'un  des  proscrits,  Gensonné, 
écrite  à  l'heure  même  où  la  révolution  allait  se  con- 
sommer : 

Le  2  juin  1795,  l'an  11  de  la  Képubli(jue  française,  à 
trois  iieures  de  l'après-mdi,  moi  Armand  Gensonné,  repré- 
sentant du  peuple  français,  convaincu  que  nous  touchons  au 
moment  où  je  vais  être  victime  des  conspirations  qui  se  tra- 
ment contre  la  liberté  de  la  République   française    par  une 

-1.  Vivie.  t.  l.p.  229. 


II.  BORDEAUX  APRES  LE  31  MAI.  71 

faction  dont  jo n'ai  cessé  de  combattre  les  coupables  efforts;... 

Considérant  que  le  mouvement  prétendu  révolutionnaire 
que  cette  faction  prépare  et  exécute,  n'a  d'autre  objet  que  de 
dissoudre  la  Convention  nationale;... 

Considérant  que  les  conjurés,  après  avoir  séduit  ou  égaré 
une  faible  partie  des  citoyens  de  Paris,  ont  subjugué,  par  la 
crainte  des  proscriptions,  la  majorité  des  babilants  de  cette 
ville,  se  sont  investis  de  tous  les  pouvoirs  des  autorités 
constituées,  se  sont  emparés  de  la  direction  delà  force  armée 
et  des  comités  révolutionnaires  de  toutes  les  sections;... 

Considérant,  enfin,  qu'au  moment  même  où  je  trace  ces 
lignes,  j'ai  lieu  de  croire  que  la  Convention  nationale  va 
être  forcée  d'ordonner  mon  arrestation  ou  de  la  laisser  faire, 
et  que  je  m'attends  à  devenir  dans  peu  d'instants  la  victime 
d'un  mouvement  populaire  ou  d'un  assassinat  prétendu  juri- 
dique;... 

Je  déclare  aux  citoyens  de  mon  département  et  à  la  France 
entière  que  je  bénirai  le  sort  qui  m'est  réservé,  si  ma  mort 
peut  être  utile  à  l'établissement  de  la  République  et  préparer 
le  bonbeur  du  peuple  français 

Je  conjure  particulièrement  les  braves  Bordelais,  mes 
concitoyens,  et  les  républicains  de  la  France  entière,  d'exa- 
miner avec  soin  les  chefs  d'accusation  (s'il  en  est)  qui  me 
seront  imputés.  Je  reconmiande  à  mes  amis  surtout  le  soin 
de  ma  mémoire,  je  les  charge,  au  nom  des  sentiments  qu'ils 
m'ont  voués,  d'empêcher  qu'elle  ne  soit  flétrie;  cette  tâche 
ne  sera  pas  difficile 

Résigné  à  tout,  sûr  de  ma  conscience,  j'embrasse  dans 
ma  pensée  mes  chers  concitoyens,  tous  les  amis  de  la 
liberté  et  de  la  République  française;  et  en  la  scellant  de 
mon  sang,  sous  les  poignards  des  conspirateurs  et  sous  la 
hache  des  factieux,  mon  dernier  soupir  sera  pour  ma  patrie, 
et  rna  bouche  ne  se  fermera  qu'en  exprimant  le  plus  ardent 
de  mes  souhaits  :  Vive  la  République  ! 

Gensojnné,  député  de  la  Giroiide\ 

I.  Vivie.  t.  I.  ij.  25r). 


72  PART.  II,  CHAP.  VIII.  HORDEAUX. 

Celte  pièce,  qu'on  a  justement  appelée  le  testament  de 
Gcnsonnéj  reçue  le  8  juin  et  répandue  dans  le  public, 
ne  fit  que  fortifier  les  résolutions.  La  résistance  s'orga- 
nisa sur  le  plan  que  les  lettres  mômes  de  Yergniaud 
avaient  tracé.  Sers  en  fit  l'exposition,  ce  jour  même,  au 
conseil  général  dans  une  séance  à  laquelle  assistaient 
les  délégués  qu'il  avait  convoqués.  Le  procès-verbal,  fi- 
dèlement dressé,  en  reproduit  l'inspiration  généreuse. 
J'en  reprends  seulement  les  conclusions,  qui  devaient 
avoir  une  influence  capitale  sur  le  sort  de  la  ville  : 

L'assemblée,  considérant  que  l'objet  de  sa  réunion  a  été 
de  sauver  la  chose  publique  ;... 

Arrête  à  l'unanimité  qu'elle  se  constitue    en    Commission 

POPULAIRE  DU  SALliT  PUBLIC  DU  DÉPARTEMENT  DE  LA  GiRONDE,  qu'elle 

est  permanente  et  ne  cessera  ses  fonctions  qu'après  qu'elle 
aura,  de  concert  avec  les  agents  du  peuple  des  autres  dépar- 
tements, mis  la  liberté  hors  do  tout  péril,  en  la  rétablissant 
dans  le  sein  de  la  Convention  nationale; 

Que  sa  détermination  sera  sur-le-champ  rendue  publique 
et  envoyée  à  toutes  les  communes  du  département; 

Qu'enfin  elle  va  s'organiser  par  la  nomination  d'un  pré- 
sident, d'un  vice-président  et  de  quatre  secrétaires*. 

Le  président  fut  Sers;  le  vice-président,  Desmirail; 
les  secrétaires,  Bernada,  P. -F.  Lamarque,  Monbalon  et 
Duvigneau^ 

Les  deux  intrépides  Girondins  Ducos  et  Boyer-Fonfrède 
qui,  demeurés  à  Paris,  faisaient  connaître  à  Bordeaux 
l'état  de  la  Convention,  ne  craignaient  pas  de  se  faire 
en  quelque  sorte  les  organes  du  soulèvement  de  Bordeaux 


1.  Vivic,  1. 1,  p.  25")-254.  L'imprimé  (hi  proccs-vcibal  de  ceUe  séance  est  joint, 
comme  pièce  de  conviction,  au  dossier  de  Wormeselle  et  consorts  devant  le  tri- 
bunal révolutionnan-o  de  l';iris.   (Aicliives  nationales,  \V  20"),  dossier  208.) 

2.  ]bid.,  p.  254. 


III.  PRÉI'ARATIFS  DE  LUTTE.  73 

contre  la  révolulion  triomphante,  auprès  du  Comité  de 
salut  public  lui-même.  On  lit  dans  le  procès-verbal  dos 
séances  du  Comité  (10  juin)  : 

Boyer-Fonfrède  et  Ducos  observent  que  les  sections  de 
Bordeaux  se  sont  déclarées  en  insurrection,  qu'elles  se  sont 
ressaisies  d'une  partie  de  leur  souveraineté,  ont  établi  un 
comité  central  et  déclaré  qu'elles  resteraient  en  cet  état  jus- 
qu'à ce  qu'il  y  eût  un  rapport  d'après  lequel  les  députés 
détenus  lussent  décrétés  d'accusation  ou  rendus  à  leurs 
fonctions. 

Les  citoyens  Boyer  et  Ducos  observent  que  l'envoi  des 
commissaires  à  Bordeaux  n'offrirait  qu'une  mesure,  sinon 
dangereuse,  au  moins  inutile,  si  les  représentants  envoyés 
ne  portaient  l'assurance  précise  d'un  prochain  rapport,  fondée 
sur  un  décret  positif. 

III 

Préparatifs  de  liiUe. 

On  ne  se  constituait  ainsi  à  Bordeaux  que  dans  la 
pensée  d'agir;  et  le  peuple,  par  ses  manifestations,  pro- 
mettait son  concours.  Les  sections  de  Bordeaux,  qui 
étaient  en  permanence,  avaient  déclaré  qu'elles  ne 
reconnaissaient  plus  les  décrets  de  la  Convention 
mutilée.  On  s'occupa  donc  de  lever  la  force  départe- 
mentale; on  fit  appel  aux  offrandes  et  contributions 
volontaires;  on  fit  connaître  aux  départements  l'altitude 
qu'on  avait  prise.  C'était  ou  ce  fut  bientôt  celle  de  la 
plus  grande  partie  de  la  France  :  de  la  Bretagne,  de  la 
Normandie  nous  l'avons  vu;  de  Toulouse,  de  Nîmes,  de 
Marseille,  de  Lyon,  de  tout  le  Midi  et  de  l'Est  nous  le 
verrons  incessamment. 

1.  Archives  nationales.  AF  ii,  carton  4G,  dossier  158,  n"  19. 


74  PART.  IL  CUAP.  VIII.  BORDEAUX. 

Dès  le  11  juin,  la  Commission  populaire  signala  son 
existence  à  la  Convention  par  une  adresse  où  elle  expri- 
mait l'objet  de  cette  grande  insurrection  contre  l'émeute 
dont  la  Représentation  nationale  venait  d'être  victime  : 

Citoyens  représentants,  disait-elle,  la  mesure  est  comblée, 
le  voile  est  déchiré;  tous  les  départements  se  lèvent  à  la  fois 
et  d'un  commun  accord,  pour  défendre  la  représentation 
nationale,  pour  lui  rendre  sa  liberté  et  la  retirer  de  l'étal 
d'avilissement  où  elle  se  trouve  réduite  \ 

Elle  déclarait  que,  si  Paris  avait  subi  le  joug  de  quel- 
ques scélérats,  la  France  voulait  rester  fidèle  au  serment 
de  mourir  plutôt  que  de  laisser  s'élever  aucune  espèce 
de  tyrannie  sur  les  débris  du  trône;  et,  déchirant  le  voile 
dans  lequel  se  drapait  toujours  l'Assemblée  mutilée, 
asservie  : 

Ne  vous  y  trompez  pas,  disait-elle,  citoyens  législateurs,  la 
France  entière  ne  vous  voit  plus  que  tremblants  sur  vos  sièges, 
rendant,  comme  les  statues  des  faux  dieux,  les  oracles  qui 
vous  sont  dictés  par  des  prêtres  imposteurs.  Non,  dans  cet  état 
d'ahjection,  la  nation  ne  peut  plus  reconnaître  ceux  qu'elle 
avait  crus  doués  d'assez  d'énergie  pour  exprimer  librement 
sa  volonté. 

Elle  ajoutait  qu'elle  entendait  observer  les  lois, 
reconnaître  les  autorités  établies,  et,  allant  au-devant  do 
ces  imputations  calomnieuses  qui  ruinent  les  meilleures 
causes  dans  l'opinion  publique,  elle  se  défendait  par 
ses  actes  : 

Son  premier  acte  a  été  de  demander  à  chacun  de  ses 
membres  le  serment  solennel  de  faire  une  guerre  éternelle 
aux  tyrans,  aux  traîtres  et  aux  anarchistes,  de  maintenir  la 

1.  Vivie,  t.  I,  p.  237,  258. 


III.  PRÉPARATIFS  DE  LUTTE.  75 

liberté  et  l'égalité,  la  sûreté  des  personnes  et  des  propriétés, 
l'unité  et  l'indivisibilité  de  la  République,  et  de  n'user  dos 
pouvoirs  qui  lui  sont  confiés  par  le  peuple  que  pour  rétablir 
le  respect  dû  à  la  souveraineté  nationale. 

Le  môme  jour,  comme  pour  témoigner  que  la  ville  de 
Bordeaux,  conformément  à  la  déclaration  de  la  Com- 
mission populaire,  entendait  respecter  les  autorités  pu- 
bliques, le  procureur  général  syndic  Pioullet  faisait  au 
ministre  de  l'Intérieur  un  rapport  sur  les  événements 
qui  venaient  de  s'y  passer,  et  il  en  définissait  ainsi  la 
cause  et  le  caractère  : 

L'arrestation  de  plusieurs  membres  de  la  Convention  qui 
ont  le  plus  résisté  à  la  faction  anarcliique,  le  dessein  qui 
paraissait  formé  de  les  faire  périr,  sans  avoir  constaté,  pas 
même  articulé  contre  eux  aucun  crime,  et  les  derniers  mou- 
vements de  Paris,  en  ont  occasionné  un  dans  cette  ville  et 
dans  le  département,  qui  est  celui  d'une  véritable  insurrec- 
tion, celui  d'un  peuple  qui  se  met  tout  entier  et  en  masse  en 
état  de  résistance.  C'est  le  mouvement  de  1789  qui  s'est 
reproduit'. 

En  prenant  à  l'égard  de  la  révolution  du  51  mai  cette 
attitude,  la  Commission  populaire  n'oubliait  pas  les 
députés  qui,  frappés  par  décret  sous  la  pression  de 
l'émeute,  étaient  restés  aux  mains  de  leurs  ennemis.  La 
Convention,  qui  d'abord  s'était  contentée  de  les  faire 
garder  cbez  eux,  venait  de  décider  qu'ils  seraient  détenus 
non  pas  dans  une  prison  —  on  n'osait  pas  le  dire  encore, 
—  mais  dans  une  maison  nationale  :  c'était  sa  réponse 
au  soulèvement  provoqué  par  les  fugitifs.  La  Commis- 
sion populaire  demanda  que,  si  on  les  jugeait,  — et  elle 
réclamait  qu'on  les  jugeât  pour  faire  éclater  leur  inno- 

1.  Vivie,  t.  I,  p.  240. 


76  PART.  II,  CHAI'.  YllI.  BORDEAUX. 

cence  —  le  tribunal  fut  placé  au  moins  à  quarante 
lieues  de  Paris  et  composé  de  juges  et  de  jurés  élus  par 
les  déparlements  :  récusant  tout  autre  tribunal  comme 
asservi  à  la  faction,  rejetant  d'avance  son  jugement  et 
rendant  personnellement  responsables  les  juges  et  les 
jurés  qui  y  auraient  concouru^ 

En  môme  temps  on  songeait  à  l'action. 

Les  Jacobins  de  Lesparre  s'étaient  prononcés  en  faveur 
de  la  Révolution  ^  mais  la  plupart  des  villes  du  dépar- 
tement, Libourne,  la  Uéole,  etc.,  avaient  adhéré  à  la 
formation  de  la  Commission  populaire.  Les  comidérants 
de  la  décision  de  la  Réole  pour  la  désignation  de  ses 
délégués  montrent,  à  côté  de  la  question  générale  qui 
domine,  les  raisons  particulières  qui,  dans  ces  temps 
de  détresse,  excitaient  les  esprits  contre  Paris  : 

Considérant  que  l'arrestation  d'un  grand  nombre  de 
membres  de  la  Convention  laisse  plusieurs  départements  sans 
représentants  ;  que  les  factieux  qui  agitent  la  partie  abusée 
du  peuple  de  Paris  se  sont  saisis  de  tous  les  pouvoirs,... 
au  point  qu'ils  font  livrer  le  pain  au  peuple  de  Paris  à 
trois  sous  la  livre,  tandis  qu'ailleurs  on  le  mange  à  huit 
sous^.... 

Mais  ce  n'étaient  pas  seulement  les  villes  du  départe- 
ment, c'étaient  tous  les  départements  qui  devaient  con- 
courir à  l'action,  pour  qu'elle  fût  efficace;  et  comme  il 
leur  fallait  un  centre,  on  avait  choisi  Bourges.  Notons 
bien  à  quelle  fin  :  ce  n'était  pas  une  Convention  nou- 
velle qu'on  y  voulait  opposer  à  l'autre;  mais  une  com- 
mission centrale,  chargée  de  lui  faire  savoir  à  quelles 


1.  Vivie,  t.  I,  p.  241. 

2.  Note  XX  aux  Appendices. 

3.  Gaul)an.  Hixtoire  de  la  Réole,  p.  325. 


III.  PRÉPARATIFS  DE  LUTTE.  77 

conditions  on  continuerait  de  la  reconnaître  et  de  lui 
obéir.  Telles  étaient  au  moins  les  instructions  que 
Bordeaux  remettait  à  ses  commissaires  :  1"  mise  en 
liberté  des  députés  arrêtés  ;  2"  suppression  du  tribunal 
extraordinaire,  qui  serait  remplacé  par  un  tribunal  na- 
tional, siégeant  à  cinquante  lieues  de  Paris  avec  des  juges 
et  jurés  pris  dans  les  départements  et  nommés  par  les 
départements;  5°  envoi  aux  départements  du  rapport  de 
la  commission  des  Douze;  4"  revision  des  décrets  rendus 
depuis  le  27  mai  ;  5°  renouvellement  des  autorités 
administratives  et  municipales  de  Paris  ;  6°  arrestation 
et  jugement  des  auteurs  ou  complices  des  journées  de 
septembre,  du  10  mars,  du  51  mai  et  jours  suivants; 
7"  rechercbe  des  voleurs  du  Garde-Meuble  ;  8°  réorga- 
nisalion  de  la  garde  nationale  de  Paris.  Si  ces  condi- 
tions n'étaient  point  accueillies,  la  Commission  centrale 
devait  déclarer  que  la  Convention  n'était  plus  libre  et 
aviser  au  salut  public  ^ 

En  même  temps  qu'on  se  proposait  d'agir  ainsi  à 
l'intérieur,  une  proclamation  aux  armées  leur  faisait 
connaître  le  but  de  cette  manifestation,  les  exhortant  à 
continuer  de  défendre  la  frontière;  on  ne  réclamait  pas 
autrement  leur  concours.  Mais  il  fallait  une  force  à 
l'appui  de  cette  démonstration;  et  chaque  département 
devait  encore  y  contribuer.  On  a  vu  déjà  les  volontaires 
enrôlés  à  cette  fin  en  Bretagne  et  en  Normandie.  A  Bor- 
deaux comme  en  Normandie,  les  députés  réfugiés 
(c'étaient  Lidon  et  Chambon)  parcouraient  les  rangs  de 
la  garde  nationale,  pour  exciter  son  ardeur;  vains  efforts 


1.  Vivic,  t.  I,  p.  i48,  a"  23  de  rappeiulice.  Voyez  aux  Archives  nationales, 
dans  un  dossier  de  la  Commission  populaire  de  la  Gironde.  ]'arr<'té  du  1U  juin  et 
la  déclaration  du  '20  juin,  IJ  xlu,  carton  4,  dossier  50. 


78  PART.  II,  CHAF.  VIII.  BORDEAUX. 

et  sinistre  présage  :  le  contingent  de  la  Gironde,  fixé  à 
1200  hommes,  n'en  réunit  pas  plus  de  400. 

IV 

Mission  de  Mathieu  et  Treilharcl. 

Cependant  à  Paris  on  n'était  pas  demeuré  inaclif.  La 
Gironde  pouvait  prendre  un  rôle  prépondérant  dans  ce 
soulèvement  de  la  province,  car  elle  avait  dans  la  cause 
des  proscrits  un  intérêt  tout  spécial  :  il  y  allait  de  l'hon- 
neur de  son  nom.  Aussi,  dès  le  17,  la  Convention  en- 
voya-t-elle  deux  de  ses  membres  à  Bordeaux  «  à  l'effet  de 
s'entendre  avec  les  autorités  constituées  pour  réunir 
tous  les  esprits  dans  l'objet  important  de  la  défense 
commune  «.  C'étaient  Treilhard,  ancien  avocat  au  Parle- 
ment de  Paris,  homme  important  déjà  à  l'Assemblée 
constituante,  et  Mathieu,  avocat  aussi,  tous  deux  Mon- 
tagnards et  ayant  voté,  comme  la  plupart  des  Girondins, 
la  mort  du  roi.  Ils 'ont  laissé  de  leur  mission  un  récit 
qui  a  de  sa  véracité  deux  garanties  :  les  procès-verbaux 
de  la  Commission  populaire,  et  le  rapport  de  deux 
délégués  de  Toulouse  présents  alors  à  Bordeaux  pour 
une  tout  autre  fin'. 

Partis  de  Paris  le  20  juin,  ils  arrivèrent  à  Bordeaux 
le  24.  A  la  sortie  de  la  barque  qui  les  amenait  de  la 
Bastide,  on  leur  demanda  leurs  passeports  :  ils  exhi- 

i.  ftccil  exact  de  la  coiuliii/e  Icitiic  à  l'rf/arrl  des  ineiiibrcs  de  la  (loiivciitiou 
italionnlc  délégués  dans  le  dcparlrmcni  de  la  Gironde,  par  les  twmbres 
des  nulorités  constituées,  se  disant  réunis  en  Com/nission  populaire  de 
salut  public,  '29  juin  1790,  imprimé  |]ar  ordre  de  la  Convention  nationale 
(I5il)liotlièquc  nationale,  Le''^,  '22).  il  est  reproduit  comme  annexe  (pièce  n°  2) 
dans  le  compte  rendu  que  les  doux  conventionnels  ont  publié  de  leur  mission, 
20  juillet  1795  (Bibliothèque  nationale,  Le^",  29). 


IV.   MISSION  DE  MATHIEU  ET  TREILHARD.  7'J 

bèrent  le  décret  de  leur  délégation.  Ils  croyaient  que 
tous  allaient  s'incliner  :  on  les  mena  au  corps  de  garde, 
et,  quoiqu'ils  s'en  défendissent,  on  leur  donna  deux 
fusiliers  pour  les  conduire  à  leur  hôtel.  A  peine  y  étaient- 
ils  que  d'autres  gardes,  plus  qu'ils  n'en  eussent  voulu, 
lurent  placés  à  la  porte  «  pour  leur  sûreté  ». 

Cependant,  à  la  Commission  populaire  on  avait  déli- 
béré si  on  les  recevrait  :  quelques-uns  eussent  voulu 
qu'on  les  mît  dehors,  sans  plus  attendre;  d'autres, 
qu'on  les  gardât  comme  otages.  De  ces  deux  partis  on 
ne  prit  ni  l'un  ni  l'autre  ;  mais  on  paraissait  décidé  à 
ne  pas  les  recevoir  comme  représentants.  Roullet,  le  pro- 
cureur général  syndic,  invité  par  eux  à  les  venir  trou- 
ver à  leur  hôtel,  s'y  refusa,  «  attendu  qu'ils  prenaient 
le  titre  de  députés  de  la  Convention  nationale  dans  le 
département  de  la  Gironde  et  qu'il  ne  pouvait  ni  ne 
devait  les  reconnaître  en  cette  qualité*  ».  Ce  furent 
eux  que  la  Commission  pria  de  venir  au  lieu  de  ses 
réunions  en  leur  déléguant  quatre  de  ses  membres. 
Mais  ils  s'en  excusèrent  à  leur  tour,  alléguant  leur  fati- 
gue et  promettant  d'ailleurs  de  s'y  rendre  le  lende- 
main. Le  lendemain  matin,  quand  ils  voulurent  sortir, 
ils  trouvèrent  des  gardes  qui  d'abord  leur  barrèrent 
le  chemin,  et  qui,  finalement,  les  suivirent.  Treilhard 
se  plaignit  au  maire  et  au  président  de  la  Commis- 
sion populaire  ;  mais  on  lui  dit  que  c'était  en  vertu 
d'une  décision  de  la  Commission  elle-même  :  il  fallut 
bien  s'y  résigner*. 

Ce  fut  avec  cette  même  escorte  qu'ils  se  rendirent  le 
soir  à  la  Commission  populaire;  et  son  assistance  ne 
leur  fut  pas  inutile.  La  foule  encombrait  les  rues  et 

1.  Vivie,  t.  l.p.  247-251. 


80  PART.  II,  CIIAP.  VIII.  BORDEAUX. 

quelques  cris  d'insulte  partirent  du  milieu  d'elle  à  leur 

adresse;  mais  on  les  réprima  *. 

Quand  ils  furent  devant  l'assemblée,  Treilhard,  l'un 
des  deux,  exposa  que  la  Convention  les  avait  envoyés  à 
Bordeaux  pour  inviter  le  département  à  se  joindre  aux 
autres  dans  la  défense  de  la  République  contre  l'ennemi 
extérieur  et  contre  les  Vendéens.  Toutes  les  puissances 
sont  conjurées  contre  nous.  Le  fanatisme  et  l'aristo- 
cratie en  profitent  pour  déchirer  la  République.  La  Con- 
vention veut  en  maintenir  l'unité  et  l'indivisibilité;  elle 
veut  le  respect  des  personnes,  la  garantie  des  propriétés  : 
(c  Nous  sommes,  ajoutait-il,  les  ennemis  des  factieux  et 
des  désorganisa teurs  ». 

«  Ici,  disent  les  deux  envoyés  de  Toulouse,  l'agitation 
du  peuple  leur  donna  lieu  de  croire  qu'on  n'ajoutait 
pas  foi  à  leur  serment.  » 

Le  président  Sers  écarta  les  soupçons  dont  l'attitude 
du  département  était  l'objet'.  Il  dit  que  les  plus  grands 
ennemis  de  la  République  n'étaient  pas  en  Vendée;  qu'à 
Paris  se  trouvait  réellement  l'état-major  de  l'armée  des 
rebelles  ;  «  que  le  département  de  la  Gironde  ne  pou- 
vait plus  reconnaître  une  Convention  qui  avait  cessé 
d'exister  depuis  le  2  juin  ;  que  tous  les  actes  émanés 
d'elle  étaient  évidemment  nuls,  comme  l'effet  de  la 
violence  et  de  l'oppression  ;  qu'on  ne  pouvait  pas  nier 
qu'elle  eût  été  investie  de  force  armée  et  de  canons  les 
51  mai,  1  et  2  juin;  que  la  liberté  individuelle  des 
députés  et  celle  de  la  Convention  entière  avaient  été 
violées;  qu'il  n'y  avait  par  conséquent  plus  de  Conven- 

i.  Voyez  leur  rapport  et  la  lettre  fie  Riiffat  et  Fage,  ilolégués  de  Toulouse,  p.  5. 

2.  Voir  Vivie,  t.  I,  p.  2o2-2r)8,  d'après  le  registre  de  la  Commission  populaire. 
—  La  scène  est  décrite  avec  |>liis  cr(''lendne  dans  la  lettre  des  délégués  de  Tou- 
louse, p.  5-0. 


IV.  MISSION  DE  MATHIEU  ET  TREILIIARD.  81 

tion,  et  qu'il  n'y  avait  pas  plus  de  pouvoir  exécutif,  parce 
que  celui  qui  existait  était  le  complice  de  toutes  les 
trahisons;  que  le  vœu  du  département  de  la  Gironde, 
conforme  en  ce  point  à  celui  de  plusieurs  autres  dépar- 
tements, était  de  marcher  sur  Paris,  non  pour  détruire 
la  Convention,  mais  pour  lui  rendre  sa  liberté  et  faire 
punir  ceux  qui  y  avaient  porté  atteinte*  »  ;  et  il  renou- 
velait les  réclamations  inscrites  déjà  dans  les  adresses  : 
élargissement  des  trente-deux  députés,  punition  de  la 
Commune  de  Paris  et  des  scélérats  qui  maîtrisaient  la 
Convention. 

Mathieu  et  Treilhard  répliquèrent,  mais  ils  constatent 
(ce  que  d'ailleurs  on  pouvait  supposer)  que  les  paroles 
du  président  étaient  couvertes  d'applaudissements, 
tandis  que  les  leurs  étaient  accueillies  par  des  murmures 
xlans  les  tribunes. 

A  la  suite  de  cette  séance  «  pénible  et  humiliante  » 
pour  les  conventionnels,  comme  disent  les  délégués  de 
Toulouse,  Treilhard,  espérant  que  des  explications  par- 
ticulières avec  le  président  serviraient  mieux  à  dissiper 
les  malentendus,  le  vint  trouver.  Le  président  fit  rester 
les  deux  gardes  qui  servaient  d'escorte  au  représentant, 
ne  voulant  pas  lui  parler  sans  témoins;  et  en  leur  pré- 
sence il  déclara  que  le  vœu  unanime  du  département 
était  le  châtiment  de  ceux  qui  avaient  attenté  à  la  souve- 
raineté nationale". 

Les  deux  députés  pouvaient  dès  lors  se  convaincre 
que  le  nom  de  la  Convention  et  leurs  paroles  ne  suffi- 

1.  Rp'cit  exact  de  la  conduite  tenue  à  Vcgard  des  membres  de  la  Conven- 
tion nationale  délégués  dwis  le  de'partcment  de  la  Gironde,  par  les  membres 
des  autorités  constilue'cs,  se  di'^ant  réunis  en  Commission  populaire  de 
salut  public  à  Bordeaux,  p.  8.  Cf.  le  rnp](ort  de  Cliaudroii-Uousseau  au  Comilc 
de  salut  public,  2  juillet  1795.  (Bibliothèque    nationale,  Le-'^  25.) 

2.  Ibid.,  p.  11,  12. 

RÉVOL.    DU    51    MAI.  Il    —    6 


82  PART.  II,  CHAP.  VIII.  BORDEAUX. 

raient  point  ponr  désarmer  Bordeaux.  Leurs  lettres  au 
Comité  de  salut  public  étaient  arrêtées  à  la  poste.  Eux- 
mêmes  n'étaient  plus  sûrs  de  partir  comme  ils  le  vou- 
draient. Leur  garde  d'honneur  perpétuelle  ressemblait 
trop  à  tout  autre  chose'.  Ils  s'en  expliquèrent  avec  le 
président  quand  il  leur  rendit  leur  visite;  et  plusieurs 
sections  demandaient  en  effet  qu'ils  fussent  bien  et 
dûment  retenus  comme  otages.  Mais  la  Commission  se 
refusa  à  ces  instances  et  prit  un  arrêté  dont  le  langage 
et  les  conclusions  font  un  remarquable  contraste  avec 
les  arrêtés  ou  les  décrets  qui  se  publiaient  alors  à  Paris  : 

La  Commission  populaire,...  considérant  qu'aussi  long- 
temps que  nous  concevrons  l'espérance  de  voir  la  Convention 
nationale  reprendre  sa  liberté,...  nous  devrons  aussi  user, 
envers  ceux  qui  portent  le  caractère  sacré  de  député,  de  tous 
les  égards  et  de  tous  les  ménagements  qui  sont  compatibles 
avec  la  sûreté  générale  de  la  République  ; 

Considérant  qu'il  est  digne  des  citoyens  de  ce  département 
de  donner,  dans  celte  circonstance  délicate,  une  nouvelle 
preuve  de  leur  respect  pour  la  Représentation  nationale,  lors 
même  qu'elle  est  violée  ouvertement  à  Paris  et  que  des 
hommes,  pour  qui  rien  n'est  sacré,  persuadent  à  une  partie 
du  peuple,  égarée  ou  corrompue  par  les  maximes  les  plus 
destructives  de  tout  ordre  social,  qu'elle  peut  à  son  gré  arra- 
cher à  leurs  fonctions,  sous  les  plus  vains  prétextes,  des 
leprésentants  qui  n'appartiennent  qu'à  la  nation  entière  et 
qui  ne  sont  conqitables  qu'envers  elle;... 

Considérant  que  l'objet  unique  du  peuple  de  ce  départe- 
ment, en  se  mettant  en  insurrection  contre  l'anarchie,  a  été 
de  concourir,  avec  les  autres  départements,  à  rendre  à  la  Con- 

1.  Kxccpté  toulolois  pour  la  maiiic-rc  de  se  comluire  envers  eux  :  «  Xous  devons 
à  lous  les  liloycus  qui  ont  composé  notre  garde,  disent  les  deux  repri'seutanls, 
qu'ils  n"ont  jamais  manque  d'égards  pour  notre  personne,  et  qu'ils  ont  toujours 
elierelié  à  prévenir  nos  désirs,  sans  jamais  s'écarlcr  des  ordres  sévères  qu'ils 
avaient  reçus  »,  etc.  [Uécil  exncl,  p.  16.) 


IV.  MISSION  DE  MATHIEU  ET  TREILILVRD.  83 

vention  nationale  sa  liberté  et  sa  majesté,  et  que  la  mesure 
d'arrêter  des  membres  de  cette  assemblée  n'est  nullement 
propre  à  remplir  cet  objet... 

Considérant  qu'il  doit  suffire  en  ce  moment  au  peuple  de 
ce  département  d'avoir  manifesté  ses  opinions  et  ses  senti- 
ments aux  citoyens  Mathieu  et  Treilhard,  de  leur  avoir  dé- 
montré dans  une  séance  très  nombreuse...  que,  d'après 
une  multitude  de  faits  notoires,  contre  lesquels  il  leur  a  été 
impossible  de  s'élever,  il  est  dans  l'intime  conviction  que  la 
Convention  nationale  n'est  pas  libre. 

Suit  un  rapide  exposé  des  faits,  avec  une  appréciation 
énergique  de  l'insurrection  du  51  mai  et  du  despotisme 
qu'elle  avait  établi  à  Paris  : 

Que,  si  telle  est  une  faible  partie  du  peuple  de  Paris,  il  n'en 
est  pas  de  même  du  peuple  des  départements  ; 

Que  là  il  n'est  point  corrompu  par  un  salaire  journalier, 
destiné  à  celui  qui  fait  métier  de  provoquer  au  meurtre  et  au 
brigandage  ; 

Que  là  il  ne  se  borne  pas  à  jurer  la  République  une  et  indi- 
visible, la  liberté,  l'égalité,  la  sûreté  des  personnes,  mais 
qu'il  veut  toutes  ces  choses  du  fond  de  son  cœur; 

Que  là  il  ne  se  consume  pas  en  vaines  jactances  contre 
les  ennemis  du  dehors  et  du  dedans,  mais  qu'il  envoie  de 
braves  soldats  à  nos  armées,  en  même  temps  qu'il  fournit, 
à  force  de  sueur  et  de  travail,  les  objets  qui  leur  sont  néces- 
saires ; 

Considérant  que  ces  vérités  que  les  citoyens  Mathieu  et 
Treilhard  ont  entendues,  ils  ne  pourront  s'empêcher  sans 
doute  de  les  rendre  à  la  Convention  nationale,  et  que  peut- 
être  elles  concourront  à  ranimer  le  courage  et  les  espé- 
rances de  cette  majorité  de  laquelle  le  peuple  français  atten- 
dait son  salut  ; ... 

Par  toutes  ces  considérations,  la  Commission  populaire  de 
salut  public  arrête  : 

1°  Qu'il  n'y  a  lieu  à  délibérer  sur  la  demande  des  diverses 


84  PART.  II,  CUAP.  VIII.  BORDEAUX. 

sections  de  la  commune  de  Bordeaux  de  mettre  les  citoyens 
Mathieu  et  Treilliard  en  état  d'arrestation  et  de  les  garder 
comme  des  otages  pour  la  sûreté  des  citoyens  qui  ont  été 
envoyés,  au  nom  du  peuple  de  ce  département,  vers  les  autres 
départements  de  la  République; 

2"  Qu'en  conséquence  les  citoyens  Mathieu  et  Treilhard 
auront  toute  liberté  de  reprendre  la  roule  de  Paris,  ainsi  qu'ils 
ont  paru  le  désirer,  et  que  pour  le  leur  annoncer  il  leur  sera 
délivré  un  extrait  en  forme  du  présent  arrêté  (26  juin  1793)  ^ 

Les  délégués  de  Toulouse,  dans  leur  lettre  datée  de 
ce  même  jour,  ont  encore  la  pensée  qu'on  ne  les  lais- 
sera point  partir  : 

Les  Bordelais,  disent-ils,  ne  les  délivreront  que  quand  la 
Convention  libre  aura  élargi  leurs  représentants,  mis  en  état 
d'arrestation,  et  qu'on  sera  sûr  de  la  liberté  des  commissaires 
envoyés  dans  les  divers  départements. 

Mais  il  n'en  fut  pas  ainsi.  Les  deux  députés  se  reti- 
rèrent, comme  nous  l'avons  dit,  à  Périgueux,  qui  venait 
de  rompre  avec  Bordeaux^  Avant  d'y  arriver,  ils  adres- 
sèrent de  Mucidan,  le  29  juin,  à  la  Convention,  le  récit 
exact  de  leur  mission.  A  peine  arrivés,  ils  lancèrent 
de  tous  côtés  des  proclamations  pour  retenir  ou  rame- 
ner soit  les  villes  de  la  Gironde,  soit  les  départements 
avoisinants'". 

On  verra  plus  loin  les  résultats  de  leurs  efforts. 

1.  Il  y  en  a  un  exemplaire  aux  Archives  de  Seine-el-Oisc.  —  Voyez  le  texte 
complet  doimé  par  M.  Vivie,  t.  I,  p.  451,  Appendice  n"  25. 

2.  Coiiiplc  rendu,  etc..  n°  2,  et  Leltre  au  Comité  de  salut  public,  n°  5. 

7).  no  juui,  aux  administrateurs  du  déparlement,  du  district  et  au  conseil 
général  de  la  commune  de  Bordeaux  (n"  4)  ;  même  date,  aux  administrateurs 
des  districts  de  la  Gironile  en  leur  envoyant  copie  du  [\rcil  e.vacl  (n"  5);  7  juillet, 
proclamation  aux  citoyens  de  la  Giionde  (n"  C)  ;  ])roclamation  aux  départements 
de  la  Gironde,  Lot-et-Garonne  et  départements  voisins  (n"  7).  —  2  juillet,  aux 
administrateurs  de  la  llaule-Vienne,  relativement  au  bataillon  que  Bordeaux 
veut  envoyer  sur  Paris  par  Périgueux  et  Limoges  (n"  8);  14-17  juillet,  Lettres 
à  Cadillac,  ù  Sainle-Foy,  à  Budos  (n"'  9-12),  etc. 


CHAPITRE  IX 

BORDEAUX    APRÈS    LE    DÉPART    DE    MATHIEU 
ET    DE    TREILIIARD 

I 

Dissolution  de  la  Commission  populaire.  —  Décret  du  6  août. 

Pendant  que  les  deux  représentants  déployaient  tant 
de  zèle  à  Périgueux,  la  Commission  populaire  travaillait 
de  son  côté  à  contrebalancer  leur  influence.  Elle  se  te- 
nait toujours  en  relation  avec  la  Bretagne,  la  Norman- 
die, et  envoyait  ses  délégués  à  Toulouse  et  dans  tout  le 
Midi;  elle  les  mettait  sous  la  sauvegarde  de  tous  les 
Français  comme  agents  de  salut  public,  mais  elle  sentait 
l'ardeur  se  refroidir  aux  alentours';  il  semblait  qu'elle 
commençât  à  douter  d'elle-même.  Ayant  su  que  la 
Convention  venait  d'adresser  aux  municipalités  la  Con- 
stitution, constitution  qu'elle  avait  bâclée  en  huit  jours 
et  qu'elle  comptait  bien  faire  ratifier  en  moins  de 
temps  par  les  assemblées  primaires  de  la  France,  la 
Commission  n'osa  point  aller  à  l'encontre.  Elle  appela 
le  peuple  au  vote,  l'invitant  à  se  prononcer  en  même 
temps  sur  la  conduite  qu'elle  avait  tenue.  Sa  conduite 
fut  approuvée,  mais  la  Constitution  votée  de  la  même 

1.  Dès  le  16  juin,  la  sociélé  populaire  de  Siiinte-Fuy  envoyait  à  la  Convention 
son  adhésion  à  la  révolution  du  ôl  mai.  .Séance  du  26  juin,  Moniteur  du  28, 
t.  XVI,  p.  750. 


86  PART.  II,  ClIAP.  IX.  BORDEAUX  APRÈS  MATHIEU  ET  TREILHARD. 

sorte*;  et  dès  lors  comment  s'élever  contre  la  Conven- 
tion dont  elle  était  l'œuvre?  La  Commission  avait  sol- 
licité le  concours  moral  des  armées;  il  lui  faisait  dé- 
faut. Custine,  Houchard  dénoncèrent  à  la  Convention 
la  lettre  de  Grangeneuve  qui  leur  avait  été  envoyée  : 
—  témoignage  de  soumission  qui  ne  les  sauva  point 
de  l'échafaud.  Quant  à  la  force  départementale,  j'ai  dit 
que  le  bataillon  de  la  Gironde  contenait  quatre  cents 
hommes  :  Bordeaux  y  figurait  pour  vingt-cinq  cava- 
liers. On  le  fit  partir  et  il  alla  jusqu'à  Langon.  Mais  là 
on  apprit  l'affaire  de  Pacy- sur-Eure  (15  juillet).  L'ar- 
mée de  Bretagne  et  de  Normandie  (était-ce  une  armée?) 
allait  s'évanouir  après  une  rencontre  d'avant-garde  ^ 

Ce  fut,  même  pour  la  Gironde  et  pour  le  Midi,  un 
irréparable  coup. 

1^6  gouvernement  avait  à  Bordeaux  comme  en  plu- 
sieurs autres  villes  des  agents  qui  le  renseignaient  sur 
l'état  des  esprits  et  lui  dénonçaient  les  suspects.  Un 
d'eux,  nommé  Pannetier,  arrivé  le  29  juillet,  a  rédigé 
sur  les  sections  de  Bordeaux  et  sur  le  club  des  Amis 
de  la  liberté  et  de  l'égalité  une  note  qui  devait  avoir 
ses  conséquences";  mais,  déplus,  de  nouveaux  députés 
avaient  été  désignés  pour  reprendre  à  Bordeaux  et  pour 
venger  la  mission  avortée  de  Treilhard  et  de  Mathieu  : 
c'étaient  Chaudron-Rousseau,  Tallien,  Ysabeau  et  le 
bordelais-montagnard  Garrau.  La  Commission  n'essaya 
plus  de  lutter,  et,  prenant  pour  prétexte  que,  la  Con- 
stitution étant  votée,  une  nouvelle  législature  allait  être 
nommée,  véritable  représentation  du  peuple,  qui  rem- 


1.  Vivic,  t.  I,  p.  265. 

2.  Voyez  la  note  XXI  aux  Appendices. 

3.  Note  XXII  aux  Appendices. 


I.  DISSOLUTION  DE  LA  COMMISSION  POPULAIRE.  87 

placerait  la  Convention,  elle  rappela  sa  force  départe- 
mentale et  se  déclara  dissoute  (2  août)^ 

La  Convention  n'entendait  point  se  retirer,  et,  quant  à 
la  Commission  populaire  de  Bordeaux,  cette  dissolution 
volontaire  ne  devait  pas  la  sauver  elle-même  :  elle  était 
d'avance  condamnée.  Un  décret  du  6  août,  rendu  sur 
le  rapport  de  Barère,  mettait  hors  la  loi  ses  membres 
et  tous  ceux  qui  avaient  encouru  ou  adhéré  à  ses  actes  ^ 

Le  triomphe  de  la  Convention  n'était  pourtant  pas 
encore  assuré  dans  Bordeaux. 

Le  décret  de  proscription  y  était  arrivé  le  10  août, 
c'était  le  jour  où  l'on  y  célébrait  avec  l'anniversaire  de 
la  Révolution  la  iete  de  C unité  et  de  l'indivisibilité  de 
la  République,  et  le  président  du  conseil  général  du 
département,  Sers,  avait  inauguré  la  cérémonie  par  un 
discours  où  il  voulait  croire  que  cette  Constitution 
adoptée  en  ce  moment  par  la  France  entière  allait  lui 
ouvrir  une  ère  de  bonheur  : 

Puisse,  disait-il,  ce  moment  si  ardemment  désiré,  si 
impatiemment  attendu,  être  le  terme  des  maux  qui  déchirent 
la  patrie.  Puissent  la  pleine  jouissance  de  vos  droits  et  l'éta- 
blissement de  cette  douce  liberté  à  laquelle  vous  avez  fait 
tant  de  sacrifices,  vous  consoler  et  vous  dédommager  des 
malheurs  inséparables  d'une  grande  révolution  !  Puisse  l'union 
la  plus  touchante  succéder  aux  discordes  civiles  et  vous  pro- 
curer enfin  cette  paix  intérieure,  si  nécessaire  pour  résister 
aux  despotes  coalisés  contre  nous,  et  sans  laquelle  il  n'est 
point  de  bonheur  pour  les  hommes  réunis  en  société'! 

Et  le  décret,  par  l'étendue  indéfinie  de  ses  termes, 
mettait  hors  la  loi  presque  toute  la  ville  de  Bordeaux! 

1.  Airhives  nationales,  D  XLii,  carton  4,  dossier  46,  pièce  7. 

2.  Séance  du  6  août,  Moniteur  du  8,  t.  XYII,  p.  335. 

3.  Vivie,  t.  I,  p.  295. 


88  PART.  Il,  CUAP.  IX.  BOfiDEAUX  APRÈS  MATHIEU  ET  TREILIIARD. 

Il  jeta  la  coRslernation  dans  celle  vaste  cité,  mais  pres- 
que en  même  temps  il  y  provoqua  une  vive  réaction. 
Tandis  que  le  parti  montagnard  relevait  la  léte,  presque 
toute  la  jeunesse  bordelaise  se  réunissait  et  jurait  de 
défendre  les  membres  de  la  Commission  populaire,  qui 
étaient  les  premiers  menacés  '. 


II 

Mission  d'Ysabeau  et  de  Baudot. 

Celaient  les  représentants  Ysabeau  et  Baudot,  en  ce 
moment  délégués  à  Toulouse,  qui,  à  la  suite  du  décret 
du  G  août,  avaient  eu  la  mission  spéciale  de  se  rendre 
à  Bordeaux  pour  l'appliquer'.  Ils  passèrent  par  la  Béole. 
La  ville  avait  adhéré,  on  l'a  vu,  à  la  Commission  popu- 
aire  de  Bordeaux,  et,  le  25  juin,  le  directoire  du  district 
avait  décidé  que  nul  acte  de  la  Convention  ne  serait 
publié  avant  d'avoir  reçu  l'approbation  du  conseil 
général  du  département;  mais  le  conseil  général  de  la 
commune,  au  contraire,  suivait  le  parti  des  Monta- 
gnards. L'arrivée  des  commissaires  de  Paris  mit  tout  le 
monde  d'accord.  La  ville  se  soumit,  le  8  août,  au  Comité 
de  salut  public,  et,  le  12,  la  municipalité,  sur  la  de- 
mande d'une  députation  du  club  Jacobin,  qui  avait 
alors  toute-puissance,  déclara  traîtres  ceux  qui  avaient 
adhéré  aux  actes  de  la  Commission  populaire  de  Bor- 
deaux^. Quand  Baudot  et  Ysabeau  arrivèrent  à  la  Béole, 

1.  Vivic,  t.  I,  p.  555. 

2.  Rapjmrl  sur  ce  qui  s'est  passe  à  Bordecni.r  pendant  le  séjour  des 
repre'senlants  Baudot  et  Ysabeau,  rodi^é  par  Daudot.  (Bil)liotlièquc  nationale, 
I,li*'  787.) 

5.  (ùiuban.  Histoire  de  la  Ptéole,  à  la  date. 


]I.  MISSION  D'YSABEAU  ET  DE  DAUDOT.  89 

ils  trouvaient  donc  déjà  la  besogne  toute  faite.  Ils  s'y 
arrêtèrent  cependant,  voulant  savoir  quels  appuis  ils 
pourraient  trouver  dans  Bordeaux  pour  l'entreprise 
beaucoup  plus  difficile  qu'ils  y  allaient  tenter.  Après 
quelques  jours  de  réflexion,  ils  résolurent  d'y  venir  sans 
se  faire  autrement  annoncera  Mais  leur  arrivée  fut 
signalée.  Dès  qu'ils  parurent  aux  allées  de  Tourny 
(19  août  dans  la  soirée),  ils  furent,  au  rapport  de 
Baudot,  environnés  par  une  troupe  de  plus  de  huit  cents 
jeunes  gens  richement  et  élégamment  vêtus,  dans  cette 
forme  connue  à  Paris  sous  le  nom  d'habits  carrés, 
tous  armés  de  poignards  et  de  cannes  à  lance .  Ce  fut 
au  milieu  des  cris  et  des  menaces  qu'ils  gagnèrent  la 
place  de  la  Comédie  :  on  ne  les  déroba  à  la  mort,  conti- 
nue notre  député,  qu'en  les  jetant  séparément  dans 
une  voiture  et  en  les  menant  à  la  municipalité". 

Ici,  nouvelle  répétition  de  la  scène  où  avaient  figuré 
Mathieu  et  Treilhard;  mais  le  récit  qu'ont  fait  les  nou- 
veaux envoyés  est  sans  contrôle  et  fait  contraste,  par  le 
ton,  avec  le  récit  exact  et  vraiment  exact  des  premiers. 
Quand  on  leur  demanda  quel  était  l'objet  de  leur  mis- 
sion: «  Nul  citoyen,  dit  l'un  d'eux  (Baudot  sans  doute), 
n'a  le  droit  d'interpeller  un  représentant  du  peuple; 
mais,  en  méprisant  les  expressions  inconvenantes  des 
ennemis  de  la  Bépubliquc,  nous  communiquerons  aux 
bons  citoyens  nos  intentions  et  nos  démarches  avec 
l'aecent  de  la  fraternité  et  de  l'amitié  ». 

Ces  paroles,  à  leur  grand  étonnement,  furent  accueil- 
lies par  des  murmures.  Ils  continuèrent  toutefois  :  «  L'ob- 


1.  Ils  y  avaient  l'ait  connaître  leur  mission  par  une  lettre  datée  de  la  Réole, 
26  août.  (Archives  nationales,  D  xlii,  carton  4,  dossier  Bordeaux,  n°  47.) 

2.  Raudol,  Happort,  p.  5. 


90   PART.  II,  CIIAP.  IX.  BORDEAUX  APRES  MATHIEU  ET  TREILHARD. 

jet  de  notre  mission,  dirent-ils,  est  du  pain,  la  paix  et 
l'exécution  de  la  loi  ;  nos  fonctions  se  partagent  entre 
le  plaisir  de  répandre  la  consolation  dans  le  sein  de 
riiomme  de  bien  et  l'obligation  de  sévir  contre  les 
ennemis  de  la  patrie.  Ah  !  si  tous  les  hommes  voulaient 
connaître  le  prix  de  leurs  devoirs,  qu'il  serait  agréable 
pour  nous!...  )^ On  les  aurait  peut-être  laissés  continuer 
sur  ce  Ion,  s'ils  n'en  étaient  venus  à  dire  qu'ils  avaient 
voté  la  mort  du  roi.  Cette  déclaration  souleva  des  orages; 
le  calme  s'étant  rétabli,  on  leur  demanda  catégorique- 
ment s'ils  étaient  chargés  de  l'exécution  du  décret  con- 
tre la  Commission  populaire.  Quand  ils  eurent  répondu 
Oui,  la  fureur  de  l'assemblée  ne  leur  permit  pas  d'aller 
plus  loin.  Leur  personne  ne  fut  pourtant  pas  menacée; 
et  on  ne  voulait  pas  qu'elle  pût  l'être  au  dehors.  Les 
commissaires  des  sections  leur  dirent  qu'ils  auraient 
la  garde  d'honneur  accoutumée,  épigramme,  dit  Baudot, 
qui  fut  fort  applaudie.  11  fut  donc  déclaré,  malgré  leur 
refus,  que  la  milice  nationale  ferait  la  garde  à  leur  do- 
micile. On  en  mit  partout,  jusque  dans  leur  chambre 
à  coucher  et  au  delà  :  ils  obtinrent  toutefois  qu'on  les 
postât  au  dehors. 

Malgré  toutes  leurs  imprécations  contre  les  «  assassins 
de  l'avenue  de  Tourny  »,  ces  «  prétoriens  »,  ces  «  estaf- 
ficrs  »  et  «  ces  geôliers  »,  on  n'attenta  ni  à  leur  vie,  ni 
à  leur  liberté  même.  Ils  étaient  si  bien  libres  que, 
comme  les  sections  de  Bordeaux  les  pressaient  de  rester, 
ce  sont  eux  qui  résolurent  de  partir;  et  ils  partirent  en 
effet,  accompagnés  de  la  municipalité,  d'une  garde 
nombreuse  et  d'une  escorte  de  la  ce  cavalerie  royalisée  ». 
Les  gens  riches,  «  trop  lâches,  dit  Baudot,  pour  nous 

1.  Baudot,  Rapport,  p.  0-15. 


m.  LA  JEUNESSE  BORDELAISE.  91 

attaquer,  effacèrent  à  coups  de  sabre  le  bonnet  de  la 
liberté  peint  dans  les  panneaux  de  notre  voiture  »  ;  mais 
du  moins  la  voiture  les  ramena  sains  et  saufs  à  la  Uéole*. 
Cet  affront  devait  être  lavé  dans  le  sang,  et  il  n'est 
pas  sans  intérêt  de  voir  avec  quel  art  les  deux  représen- 
tants préparent  leur  vengeance. 

III 

Les  représentants  chassés.  —  La  jeunesse  bordelaise. 

Leur  premier  acte  fut  de  publier  le  récit  des  outrages 
qu'ils  venaient  d'éprouver,  dénonçant  leurs  adversaires 
comme  royalistes  et  provoquant  une  réaction  des  Jaco- 
bins. Ils  affectaient  de  croire  que  le  vrai  peuple  était  pour 
eux  : 

Nous  n'avons  jamais  douté,  citoyens,  écrivaient-ils,  que  la 
grande  majorité  des  citoyens  ne  fût  attachée  sincèrement 
aux  lois  de  la  République.  C'est  un  malheur  pour  nous 
d'être  tombés,  dès  notre  arrivée,  entre  des  mains  ennemies. 
Vous  avez  dans  votre  sein  des  chevaliers  du  poignard  et  des 
royalistes  outrés.  Il  vous  est  facile  de  les  connaître  et  de  les 
réduire  au  silence  et  à  l'obscurité  qui  leur  conviennent,  etc. 
(25  août  1795)'. 

Le  conseil  général  de  la  commune,  du  reste,  leur  avait 
envoyé  des  excuses  sur  les  insultes  de  la  rue,  insultes 
dont  il  redoutait  les  représailles  ;  mais  cela  ne  les 
désarmait  point,  et  ils  avaient  pour  réduire  la  ville  un 
auxiliaire  puissant  :  la  famine,  car  ils  pouvaient  inter- 
cepter les  vivres,  comme  ils  pouvaient  les  faire  arriver; 

1.  Baudot,  Rapport,  p.  21,  et  la  note  XXIII  aux  Appendices. 

2.  Vivic,  t.  I,  p.  309,  et  la  note  XXIV  aux  Appendices. 


92  PART.  II.  CUAP.  )X.  BORDEAUX  APRÈS  MATHIEU  ET  TREILIIARD. 

or  ils  donnaient  à  entendre  qu'il  n'y  en  aurait  que  pour 
leurs  partisans  et  par  leurs  partisans  ^  Entre  les  sec- 
tions de  la  ville,  il  y  en  avait  une,  un  quartier  po- 
pulaire, qui  était  ouvertement  pour  eux,  la  section 
Franklin  :  elle  ralliait  dans  les  autres  des  adhérents  et 
comptait  bien  tenir  tète  à  ses  adversaires  groupés  autour 
de  la  Société  de  la  jeunesse  bordelaise.  C'est  alors  qu'ar- 
rivèrent à  Bordeaux  (25  août)  les  députés  mis  hors  la  loi 
qui  du  Calvados  s'étaient  réfugiés  en  Bretagne,  cher- 
chant à  gagner  la  Gironde  :  Meillan,  Bergoeing,  Du- 
chastel,  Salles,  Cussy,  et  avec  eux  Girey-Dupré,  l'Espa- 
gnol Marchena  et  Biouffe^  :  Biouffe  qui,  survivant  à  la 
Terreur,  après  un  long  séjour  à  la  Conciergerie  oià  l'on 
ne  restait  guère,  a  pu  nous  conserver  des  documents 
si  curieux  dans  ses  Mémoires.  Ils  virent  bien  qu'il  n'y 
avait  plus  rien  à  attendre  de  Bordeaux.  La  famine  y 
faisait  son  œuvre.  Les  deux  conventionnels,  chassés 
naguère,  apparaissaient  dans  leur  éloignement  comme 
tenant  dans  leurs  mains  la  vie  de  la  cité.  Les  femmes 
qui  formaient  un  club,  les  Amies  de  la  liberté  et  de 
régalitéy  leur  adressaient  leurs  supplications^,  et  le 
tableau  qu'elles  retraçaient  de  la  misère  ne  faisait  que 
donner  aux  deux  commissaires  de  la  Convention  la 
certitude  d'un  prochain  triomphe.  Ils  étaient  loin  de 
rejeter  les  prières  des  femmes,  ils  partageaient,  di- 
saient-ils, leurs  sentiments,  ils  gémissaient  de  leurs 
maux;  et  ils  cherchaient  en  même  temps  à  exciter  leurs 
esprits  contre  ceux  qui  en  étaient  les  auteurs*  : 


1.  Voir  leur  lettre  en  réponse  au  conseil  de  la  commune  (Vivie.  t.  I,  p.  510- 
512). 

2.  Ihid.,  p.  515. 
5.  Ibid..  p.  514. 
4.  Ibid.,  p.  519. 


m.  LA  JEUNESSE  BORDELAISE.  93 

Rassurez-vous,  leur  disaient-ils,  amies  de  l'humanité  souf- 
frante; ce  n'est  point  parmi  les  objets  de  votre  affection,  ce 
n'est  point  parmi  les  indigents,  parmi  le  peuple,  que  se  sont 
trouvés  nos  persécuteurs,  nos  ennemis,  nos  assassins;  ils 
étaient  tous  couverts  de  la  livrée  de  l'opulence  (23  août 
1793)'. 

La  conclusion  était  facile  à  tirer.  Si  l'on  tenait  à  faire 
rentrer  les  représentants  dans  la  ville,  il  en  fallait 
chasser  les  assassins.  La  municipalité  elle-même  tenta 
de  les  adoucir  et  leur  envoya  trois  commissaires  :  les 
deux  conventionnels  mirent  pour  première  condition 
de  leur  rentrée  la  dissolution  de  la  Société  de  la  jeu- 
nesse bordelaise.  Ils  ne  cessaient  pas  d'ailleurs  d'entre- 
tenir des  relations  dans  la  ville,  écrivant  tantôt  à  une 
section,  tantôt  à  une  autre,  les  pressant  de  s'unir,  de 
relever  le  Club  national,  conformément  au  récent  décret 
de  la  Convention,  et  de  secouer  le  joug  des  aristocrates, 
gagnés  par  l'or  de  l'étranger". 

La  municipalité  ayant  fait  une  première  démarche  se 
montra  prête  à  y  donner  suite,  et  comme  ses  repré- 
sentants avaient  exigé  tout  d'abord  la  dissolution  de  la 
Société  de  la  jeunesse  bordelaise,  elle  invita  la  société  à 
se  dissoudre  (5  septembre)  ;  mais  elle  n'en  obtint  qu'un 
refus  : 

Ce  n'est  point,  dit  Ravez,  qui  la  présidait,  parce  que  les 
malveillants  nous  accusent  que  nous  suspendrons  nos 
séances.  Assemblés  par  la  loi,  il  n'y  a  que  la  force  des  baïon- 
nettes qui  puisse  nous  contraindre  à  nous  séparer^. 

Et  la  municipalité  n'essaya  pas  d'employer  devant  cet 

i.  Vivic,  t.  I,  p.  321. 

2.  Lollrc  ilu  4  scplembrc  1793  à  la  section  Guilhiiime  Tell.  [Ibid.,  p.  526-527.) 

5.  Ibid.,  p.  551. 


U  PART.  U,  CHAP.  IX.  BORDEAUX  APRÈS  MATHIEU  ET  TREILHARD. 

autre  Mirabeau  la  force  des  baïonnettes.  Une  telle  muni- 
cipalité ne  convenait  pas  aux  représentants,  et  ils  ne 
songèrent  plus  qu'à  user  de  leurs  intelligences  dans  la 
ville  pour  en  faire  créer  une  autre.  Ils  écrivirent  à  la 
section  Franklin  et  à  quelques  autres  sur  lesquelles  ils 
avaient  déjà  repris  de  l'empire,  montrant  surtout  ce 
qui  faisait  obstacle  à  leurs  efforts  pour  soulager  les 
souffrances  de  Bordeaux.  La  Convention  avait  voté  deux 
millions  à  cette  fin;  l'argent  était  à  leur  disposition  ; 
mais  ils  ne  pouvaient  répartir  les  secours  que  par  des 
mains  sûres.  Ils  les  invitaient  donc,  par  un  arrêté,  à 
nommer  des  commissaires  qui  en  prendraient  la  charge. 
C'était  frapper  de  déchéance  les  autorités  de  Bordeaux 
en  une  matière  qui  semblait  être  une  question  de  vie  ou 
de  mort  pour  la  ville;  et  d'autres  représentants'  de  qui 
pouvait  dépendre  l'arrivée  des  approvisionnements  (car 
ils  tenaient  les  départements  voisins),  faisaient  savoir 
nettement  à  la  population  bordelaise  quelles  allaient  être 
les  conséquences  de  sa  manière  d'agir  : 

Car  nous  vous  le  disons  avec  franchise,  ajoutaient-ils, 
partout  on  veut  bien  venir  au  secours  de  Bordeaux  soumis 
aux  lois,  à  l'unité  et  à  l'indivisibilité  de  la  Bépublique; 
mais  nulle  part  on  ne  veut  laisser  passer  une  mesure  de 
grains  pour  Bordeaux  rebelle  ou  fédéraliste  ^ 

Les  effets  de  ces  déclarations  ne  se  firent  pas  atten- 
dre. Le  Club  national  se  reforma,  signifiant,  sans  autre 
préambule,  à  la  municipalité  sa  réinstallation  ;  et  la 
section  Franklin  vint  sommer  les  mêmes  magistrats 
municipaux  d'exécuter  le  décret  du  0  août  :  la  pros- 


1.  J.  l'inct,  Paganel  cl  Tallioii,  alors  à  l'crigueux.  Voir  Vivic,  t.  1,  p.  335. 

2.  Vivic,  1. 1,  p.  557. 


III.  LA  JEUNESSE  BORDELAISE.  95 

criplion  des  Bordelais  réclamée  par  une  section  de 
Bordeaux  (9  septembre  1793)  M 

La  municipalité  éluda  la  demande,  mais  crut  pour- 
tant devoir  faire  quelque  chose.  Elle  reprit  la  question 
de  la  Société  de  la  jeunesse  bordelaise  ;  elle  lui  de- 
manda, elle  la  requit  au  besoin  de  se  dissoudre:  mais 
l'ordre  ne  fut  pas  mieux  accueilli  que  l'invitation  '\ 

Quand  l'autorité  municipale  de  Bordeaux  désavouait 
ainsi  la  seule  force  dont  elle  pût  s'appuyer,  c'est  qu'elle 
renonçait  à  la  lutte  et  se  déclarait  vaincue  par  avance\ 
Les  commissaires  envoyés  à  Paris  pour  obtenir  le  retrait 
du  décret  du  G  août  venaient  de  rentrer  à  Bordeaux 
(10  septembre)  et  faisaient  connaître  les  conditions  qu'y 
mettait  le  Comité  de  salut  public  :  apj)lication  du  décret 
à  Marandon,  rédacteur  du  courrier  de  la  Gironde,  à 
Duvigneau,  un  des  porteurs  de  l'adresse  du  8  mai  à  la 
Convention,  à  Lavaugayon,  délégué  de  Bordeaux  à  Mar- 
seille ;  satisfaction  à  Ysabeau  et  à  Baudot  pour  les  ou- 
trages qu'ils  avaient  essuyés;  envoi  de  la  cavalerie  bor- 
delaise aux  frontières,  et  de  deux  nouveaux  bataillons 
en  Vendée;  arrestation  de  Grangeneuve,  Guadet,  Leroy 
et  Buzot  que  l'on  croyait  être  à  Bordeaux,  et  réinstalla- 
tion sans  retard  du  Club  national*.  En  même  temps  les 

i.  Vivie,  t.  I,  p.  559. 

2.  Voyez  l'adresse  «le  la  Société  populaire  de  la  jeunesse  bordelaise  à  ses 
concitoyens,  3  septembre  1793,  signée  :  Broclion  jeune,  président  (Archives  natio- 
nales, AF  II,  dossier  160,  n"  209),  et  la  belle  protestation  de  la  même  société, 
du  9  septembre,  contre  l'atteinte  que  l'on  voulait  porter  au  droit  de  réunion 
dans  la  personne  de  ses  membres.  Celte  dernière  était  l'œuvre  de  Ravez.  (Vivie, 
t.  I,  p.  541.) 

5.  Une  de  ses  dernières  démarches  fut  une  lettre  à  la  Convention,  en  date 
du  9  septembre,  réclamant  la  suspension  du  décret  du  6  août.  (Archives 
nationales,  1)  xlii,  carton  i,  dossier  40,  n"  57.)  —  Les  actes  de  soumission  s'étaient 
rapidement  succédé  dans  les  communes  du  département,  à  partir  du  15  juillet 
et  surtout  dans  le  courant  du  mois  d'août.  11  y  en  a  plusieurs  dans  un  dossier  des 
Archives  nationales  consacré  à  la  Gironde   D  xlii,  carton  4,  dossier  40). 

4.  Vivie,  t.  I,  p.  345. 


96  PART.  II,  CIIAP.  IX.  BORDEAUX  APRÈS  MATHIEU  ET  TREILIIÂRD. 
deux  représentants  Baudot  et  Ysabeau  adressaient 
leurs  félicitations  au  Club  national,  et,  s'honorant  d'en 
être  membres,  ils  souhaitaient  de  leur  communiquer 
l'énergie  dont  leurs  âmes  étaient  dévorées  :  effroyable 
énergie,  s'il  est  vrai  qu'ils  lui  aient  écrit  :  «  Vous  êtes 
en  septembre;  devenez  autant  de  septembriseurs*  ». 
On  louchait  à  la  crise.  La  section  Franklin  se  fit 
remettre  des  canons  et  des  armes.  Pourquoi,  sinon 
pour  s'imposer  par  la  force?  En  effet,  le  18  septem- 
bre le  Club  national,  appuyé  par  elle,  demanda  que 
la  municipalité  fût  remplacée.  La  municipalité  céda; 
c'est  ce  qu'on  appelle  la  révolution  du  18  septembre  à 
Bordeaux ^ 


IV 

Nouvelle  municipalité  ;  la  jeunesse  bordelaise  dissoute.  —  Rentrée  triomphale 
des  représentants. 


La  nouvelle  municipalité  s'empressa  d'annoncer  son 
avènement  aux  deux  représentants  par  la  lettre  la  plus 
humble  \  Ils  avaient  tous  «juré  un  attachement  invio- 
lable à  la  Bépublique  une  et  indivisible,  un  respect  invio- 
lable pour  les  lois,  promis  de  veiller  à  la  sûreté  des 
personnes  et  des  propriétés  »,  et  c'était  tout.  Rien  des 
conditions  imposées  par  le  Comité  de  salut  public:  il 
semblait  que  l'existence  de  la  municij)alité  nouvelle  dût 
tenir  lieu  de  toute  satisfaction.  Les  représentants  n'en 

\.  Yivie,  t.  I,  p.  546.  Lettre  datée  de  la  Réole,  il  septembre  1795,  F.  de  La 
Bcnodière,  la  Justice  révolutionnaire  à  Bordeaux,  p.  17.  —  M.  Vivie  dit  qu'il 
n'en  a  pas  retrouve  la  trace,  t.  I,  p.  5i7. 

2.  Voyez  la  note  XXV  aux  Ap|)enili(es. 

5.  Autre  était  le  ton  par  lequel  le  conseil  provisoire  de  la  connnuue  de  iior- 
ileaux,  comme  il  .s'appelait,  s'annonça  à  ses  concitoyens.  19  septembre.  (Archi- 
ves nationales,  I)  xlii,  carton  4,  même  dossier.) 


IV.  RENTREE  TRIOMPHALE  DES  REPRESENTANTS.  97 

pensèrent  pas  ainsi,  et  répondirent  sur  un  ton  assez 
dur  : 

Citoyens,  il  est  bien  douloureux  pour  les  représentants  du 
])euplc  do  retrouver  dans  la  première  lettre  des  municipaux 
provisoires  de  la  cité  de  Bordeaux  les  mêmes  principes,  le 
même  style  et  la  même  marche  qu'ont  employés  jusqu'à  ce 
jo(U'  les  anciens  officiers  municipaux.  11  n'y  a  pas  dans  votre 
lettre  un  mot  pour  la  Convention;  il  n'y  a  pas  un  mot  sur  le 
décret  du  6  août  (19  septembre)'. 

En  efi'et  ils  se  bornaient  à  prier  les  représentants  de 
revenir  et,  en  attendant,  ce  qui  était  le  grand  point, 
d'envoyer  des  forines!  Mais  une  lettre  du  nouveau  maire 
Bertrand  dissipa  tout  malentendu:  «  Le  décret  du  6  août 
est  exécuté  »,  disail-il  ;  et,  pour  y  donner  au  moins  un 
commencement  d'exécution,  on  commença  les  arresta- 
tions :  on  ai'rêta  Dndon  père,  Ducourneau,  Wormeselle, 
Lacombe-Puyguercau,  etc.  —  Sers,  Roullet,  Bernada  et 
autres,  parmi  les  plus  marquants  de  la  Société  popu- 
laire, n'échappèrent  au  même  sort  que  par  la  fuite^ 

Cependant  la  Société  de  la  jeunesse  bordelaise  était 
encore  debout  (c'était  son  droit  !),  bien  déchue  il  est  vrai, 
car  les  plus  compromis  avaient  dû  fuir  ou  se  cacher.  Se 
réunir  plus  longtemps,  c'était  pour  les  autres  se  perdre 
à  leur  tour.  Ils  se  séparèrent.  Il  n'y  avait  donc  plus 
l'ombre  d'une  résistance  dans  Bordeaux,  plus  de  raison 
pour  les  représentants  d'ajourner  leur  rentrée.  La  sec- 
tion Franklin,  leur  vieille  alliée,  les  en  pressait;  mais 
ils  y  mettaient  de  nouvelles  conditions  sous  forme  de 
conseils  :  visites  domiciliaires  à  la  recherche  des  vivres 
cachés;  envoi  de  la  cavalerie  (suspecte  d'aristocratie)  à 

1.  Vivie,  t.  i,  p.  353. 

2.  Ibid.,  \^.  561. 

RÉVOL.    DU    ôl    M.vr.  Il  7 


98  PART.  II,  CHAP.  IX.  BORDEAUX  APRÈS  MATHIEU  ET  TREILIIARD. 

la  frontière  et  désarmement  delà  place,  sauf  le  Château- 
Trompette,  la  maison  commune  et  le  grand  séminaire, 
siège  de  la  section,  qui  devaient  être  remis  à  la  garde  des 
sans-culottes;  paye  de  deux  francs  par  jour  aux  sans- 
culottes  de  service;  arrestation  de  tous  les  membres  de 
la  municipalité,  des  conseils  généraux  du  département 
de  la  Gironde,  du  district  et  de  la  commune  de  Bor- 
deaux (21  septembre').  Et  ils  attendaient,  impassibles, 
que  leur  parole  fût  obéie. 

La  terreur  dominait  déjà  dans  Bordeaux  :  on  dénon- 
çait, on  arrêtait,  on  exigeait  des  cartes  de  sûreté, 
pour  passer  au  crible  la  cité  rebelle  et  rendre  les  arres- 
tations plus  faciles;  et  le  bruit  courait  que  les  repré- 
sentants ne  se  trouvaient  pas  encore  apaisés;  que  leur 
armée  (car  ils  en  avaient  une)  allait,  sous  la  conduite 
du  général  Brune,  bombarder  Bordeaux^  On  fit  donc  de 
nouvelles  instances  auprès  d'eux,  et  ils  réclamaient 
encore  d'autres  garanties  :  il  leur  iallait  un  comité  révo- 
lutionnaire de  surveillance,  dont  ils  nommèrent  eux- 
mêmes  les  membres  (5  octobre  1795). 

C'était  déjà  un  comité  d'action  révolutionnaire,  et  la 
nouvelle  municipalité  ne  lui  marchandait  pas  son  con- 
cours. Les  mesures  les  plus  rigoureuses  se  succédaient 
journellement:  on  conveitissait  les  maisons  nationales 
en  prisons;  les  cloches  en  canons;  les  chaînes  et  les 
grilles  en  boulets  et  en  piques  ;  on  formait  une  armée 
révolutionnaire  de  sans-culottes  à  quarante  sous  par 
jour',  etc.  On  transférai  ta  Paris  le  représentant  Duchastel, 
ainsi  que  Biouffe  et  Marchena,  qui  se  rattachaient  à  l'af- 
faire des  Girondins  (nuit  du  5  au  4  octobre)  ;  deux  jours 

1.  Vivic,  t.  I,  p.  565. 
'2.  Ibid.,  p.  508. 
5.  Ibid.,  p.  579-580. 


IV.  RENTRÉE  TRIOMPHALE  DES  REPRÉSENTANTS.  09 

après  (0  octobre),  à  la  requête  des  représentants,  les 
citoyens  Wormeselle,  Dueourneau  et  Theillard,  compro- 
mis dans  le  mouvement  particulier  de  Bordeaux,  étaient 
envoyés  au  tribunal  révolutionnaire  de  Paris,  et  huit 
autres  encore  le  10  octobre  (l)udon  père,  l'abbé  HoUier. 
Lacombe-Puyguereau,  Lemelle,  ctc.^). 

L'aspect  de  la  ville  était  tellement  changé  que  deux 
commissaires  de  la  Commune  de  Paris,  envoyés  pour  fra- 
terniser avec  Bordeaux,  s'y  trouvaient  comme  chez  eux; 
ils  en  fiiisaient  le  meilleur  rapport  à  leurs  commettants  : 
si  bien  que  les  représentants  Ysabeau  et  Tallien  avaient 
besoin  de  présenter  sous  un  jour  moins  flatteur  les 
résultats  de  leurs  propres  efforts,  pour  s'excuser  de 
n'avoir  pas  encore  pris  possession  d'une  ville  si  bien 
transformée-.  Enfin  on  annonça  l'arrivée  des  représen- 
tants''. 

Le  10  octobre,  jour  de  la  mort  de  Marie-Antoinette, 
ils  entrèrent  par  la  brèche,  comme  des  conquérants 
dans  une  ville  rendue  à  merci,  avec  une  armée  de 
5000  hommes,  sans-culottes  de  la  Béole  et  autres,  com- 
mandés par  le  général  Brune,  qui  venait  d'opérer  en 
Normandie.  Ils  furent  reçus  aux  crisdef/ue  laMoMagne, 
à  bas  les  Girondinsfhs  Girondins,  la  gloire  de  Bordeaux, 
qui  étaient  déjà  dans  les  mains  de  Fouquier-Tinville, 
sous  le  couteau  de  Sanson!  Avec  Baudot  et  Ysabeau  se 
trouvaient  Chaudron-Rousseau  et  Tallien.  Le  lendemain 
ils  firent  en  quelque  sorte  leurs  visites  officielles,  au 
Comité  de  surveillance,  au  Club  national,  au  théâtre  : 


1.  Vivic,  t.  I,  [j.  400. 

2.  Ibid.,  \).  50'2  et  597. 

5.  Ils  dem;!iulaient  qu'on  mit  à  leur  disposition  dos  lits  pour  les  2000  patriotes 
qui  i'aisaieut  leur  escorte:  on  en  fournit  plus  de  1500,  dont  on  n'entendit  plus 
jamais  parler 


100  l'ART.  II,  ClIAP.  IX.  BORDEAUX  APRÈS  MATHIEU  ET  TREILIIARD. 

aa  comité,  au  club,  force  discours*;  au  théâtre ,  la 
Marseillaise^  mais,  quand  on  en  vint  au  couplet  : 

Français,  en  guerriers  magnanimes, 
Portez  ou  retenez  vos  coups  ! 
Épargnez  ces  tristes  victimes, 
A  legret  s'arniaiit  contre  nous.,.. 

«Non,  non!  s'écria  un  des  capitaines  de  l'armée  révolu- 
tionnaire. Nous  ne  voulons  épargner  personne;  guerre  à 
mort  aux  despotes,  aux  aristocrates,  aux  fédéralistes  ; 
o^uerre  à  mort!  y 

C'était  le  mot  de  la  situation.  L'œuvre  de  sang  allait 
commencer. 


1.  Yivie,  t.  I.  p.  414.  —  Sur  l'entrée  des  quatre  représentants  à  Bordeaux, 
voyez  leur  lettre  à  la  Convention,  du  5  du  2'=  mois  de  l'an  II  (20  octobre  170j), 
citée  par  Dauban,    la  Démagoyie  en  1795  à  Paris,  p.  477. 


CHAPITRE    X 

LA.    RÉGION     DE     BORDEAUX 

I 

Landes;  Gers. 

La  résistance  à  la  révolution  du  51  mai,  qui  était  un 
effort  pour  délivrer  la  Convention  du  joug  de  la  Com- 
mune, était  signalée  par  les  Montagnards  triomphants 
comme  un  complot  pour  démembrer  la  France.  Dans 
celte  prétendue  division,  Bordeaux  avait  dû,  selon  eux, 
se  faire  sa  grande  part.  Six  départements  étaient  désignés 
comme  destinés  à  former  sous  sa  direction  la  Ré- 
publique du  sud-ouest.  C'étaient,  avec  la  Gironde,  les 
Landes,  les  Hautes  et  les  Basses-Pyrénées,  le  Gers  et 
le  Lot-et-Garonne \ 

Ces  départements,  comme  on  le  pense  bien,  n'avaient 
fait  que  s'associer  h  la  pensée  qui  dominait  alors  la 
France  presque  tout  entière. 

Dans  hslMudes  l'administration  départementale  avait 
même  été  hostile  au  mouvement  de  réaction;  mais  Dax 
et  Saint-Sever  s'étaient  prononcés  avec  force%  et  le  dé- 

1.  Julien,  Rapport,  p.  145. 

2.  Ibid.,  Cf.  une  adresse  de  la  Sociélc  républicaine  de  Dax,  '20  février, 
contre  les  ennemis  de  la  Convention  (Archives  nationales,  D  xi,  §  4,  carton  21, 
dossier  Landes),  l'adresse  du  28  mai,  citée  plus  haut,  t.  I,  p.  IfiO,  et  imc 
adicssc  de  Mont-dc-Marsan,  2G  mai,  même  dossier. 


102     PART.  II,  CHAP.  X.  LA  RÉGION  DE  BORDEAUX. 

parlement,  en  définitive,  avait  adhéré  à  l'adresse  du  con- 
seil général  de  la  Côte-d'Or  qui  faisait  appel  à  tous  pour 
garantir  l'inviolabilité  de  la  représentation  nationale. 

Cette  déclaration,  faite  à  la  veille  des  événements,  le 
50  mai,  avait  une  grande  portée  quand  elle  était  reprise 
et  adoptée  après  qu'ils  étaient  accomplis.  Or  elle  avait 
été  adoptée  par  le  département  de  Lot-et-Garonne,  trans- 
mise par  lui  au  département  des  Landes,  et  c'est  après  y 
avoir  adhéré  que  le  département  des  Landes  l'envoyait 
par  un  député  au  département  des  Basses-Pyrénées,  pour 
qu'il  s'y  ralliât  à  son  tour^ 

Cette  attitude  ne  se  soutint  guère.  Le  1"  juillet,  le  dis- 
trict de  Tartas  rétractait  son  arrêté  du  17  juin  favora- 
ble au  mouvement  et  ses  lettres  tant  à  Saint-Sever  qu'<à 
la  «  prétendue  Commission  de  salut  public  »  de  la 
Gironde^  Saint-Sever  en  faisaitautantle  5  juillet  ^  Enfin 
le  10  juillet  l'administration  des  Landes  elle-même 
envoyait  à  la  Convention  toutes  ces  rétractations,  dont 
elle  se  faisait  honneur,  répudiant  décidément  Bordeaux  : 

La  contagion  de  la  Gironde  a  frappé  par  son  contact  quel- 
ques parties  de  notre  département.  Mais  nos  exhortations 
fraternelles,  etc.*. 

Le  département  du  Gers  est  un  de  ceux  qui  avaient 


1.  Voyez  la  séance  du  15  juin  ilii  conseil  général  du  département  des  Basses- 
Pyrénées,    Archives  du    département. 

2.  Archives  nationales,  AF  n,  carton  45,  dossier  loi,  n"  100  et  107.  La 
Société  des  Amis,  etc.,  séante  à  Tartas,  avait  devancé  le  district.  Le  20  juin, 
elle  écrivait  à  la  Société  répuhiiciine  de  Dax  |)our  blâmer  son  adresse  qui 
menait  à  la  guerre  civile,  et  le  même  jour  à  la  Convention  :  «  Les  journées 
des  31  mai,  1"  et  2  juin  seront  à  jamais  célèbres.  La  Société  républicaine  de 
Tartas,  pleine  de  l'amour  sacré  de  la  liberté,  applaudit  aux  grandes  mesures 
que  vous  avez  prises  et  qui  ont  sauvé  l'unité  et  l'indivisibilité  do  la  Républi- 
que »,  etc.    [Ibicl.,  n«*  88  et  90.) 

3.  Archives  nationales,  ibid.,  n"'  105,  108  et  109. 

4.  Ibid..  n"  lOi. 


I.  LANDES;  GERS.  103 

fait  le  plus  de  manifestations  républicaines.  En  novem- 
bre et  décembre  1795,  c'est  Mauvezin,  c'est  Jegun, 
c'est  Fourcès,  c'est  Torrebren,  qui  applaudissent  à  la 
cbute  de  la  royauté*;  dans  les  premiers  mois  de  1795, 
c'est  Condom  (février),  c'est  Fleurance  (mars),  c'est 
Lecloure  (25  mai),  c'est  Aucli  (28  mai)  qui  s'élèvent 
contre  les  divisions  de  l'Assemblée  et  qui  réclament, 
avec  la  bonne  harmonie,  la  Constitution  si  vivement 
attendue  ^ 

Le  département  avait  à  la  Convention  un  député  qui, 
sans  figurer  parmi  les  proscrits  d'abord,  n'avait  pas 
craint  de  prendre  leur  cause  :  Laplaigne.  11  avait  signé 
avec  soixante-treize  autres  la  protestation  contre  les 
décrets  du  2  juin.  11  ne  s'était  pas  contenté  de  cette  pro- 
testation alors  secrète.  Ce  mêmejoiir,  à  l'appel  nominal, 
il  avait  déclaré,  au  milieu  des  huées  et  des  menaces, 
que,  s'il  était  présent,  c'était  «  pour  réclamer  préalable- 
ment, et  avant  lout  autre  acte,  la  liberté  de  l'Assemblée, 
son  intégralité  et  la  punition  exemplaire  des  hommes 
qui  avaient  attenté  à  l'une  et  à  l'autre  ».  il  avait  rédigé 
un  mémoire  sur  les  événements  qui  venaient  de  s'ac- 
complir, il  en  avait  secrètement  adressé  des  exemplaires 
au  dépaitement,  au  district,  à  la  municipalité  et  à  plu- 
sieurs de  ses  amis.  Ces  dépêches  avaient  été  interceptées 
par  une  saisie  pratiquée  sur  le  courrier  à  vingt  lieues 
de  Paris  :  car  «  la  violation  publique  et  sacrilège  du 
secret  des  lettres,  écrivait-il,  est  ici  à  l'ordre  constant 
de  tous  les  jours  »  ;  et,  les  paquets  ayant  été  rapportés  au 
Comité  de  salut  public,  il  se  trouvait  sous  la  menace 
d'un  décret  d'arrestation.  Quelque  exemplaire  du  mé- 

1 .  Archives  nationales,  D  xl  g  4,  carton  20,  dossier  Geis. 

2.  ]bid.,  voyez  la  note  XXVI  aux  Appendices. 


104  PART.  II,  ClIAP.  X.  LA  RÉGION  DE  BORDEAUX. 

moire  était-il  parvenu  dans  le  département?  On  ne  le 
peut  dire  ;  mais,  dès  le  10  juin,  la  nouvelle  des  évé- 
nements était  arrivée.  On  en  peut  voir  la  preuve  dansée 
fait  :  le  conseil  général  du  Gers  augmenta  de  six  cents 
hommes  sa  force  intérieure  et  publia  une  adresse  à  ses 
concitoyens  où  il  déclarait  qu'il  sauverait  la  chose 
publique.  Il  avait,  comme  les  Landes,  envoyé  un  dépulé  à 
Pau,  pour  faire  connaître  au  département  des  Basses- 
Pyrénées  les  mesures  qu'il  avait  prises  ;  il  lui  commu- 
niquait en  même  temps  la  résolution  par  laquelle  la 
Haute-Vienne  (5  juin)  adhérait  à  l'arrêté  de  la  Côte-d'Or 
qui  ralliait  la  plupart  des  départements*.  Le  Gers 
d'ailleurs  eut  aussi  son  adresse.  Le  17  juin,  il  faisait 
parvenir  à  la  Convention  sa  déclaration  contre  le 
51  mai,  déclaration  imprimée  et  envoyée  dans  une 
pensée  de  propagande  à  tous  les  départements.  (Plusieurs 
la  gardent  encore  dans  leurs  archives.)  Le  député  La- 
plaigne  en  eut  connaissance,  et  il  put  croire  que  son 
département  allait  aussi  en  venir  aux  actes,  d'où  ce  cri 
d'espoir  au  commencement  de  la  lettre  citée: 

Oui,  mon  cher  ami,  la  République,  conduite  à  deux  doigts 
de  sa  perte,  et,  suivant  voire  propre  expression,  par  quelques 
conjures  qui  ont  frappé  et  dispersé  la  représentation  natio- 
nale, sera  sauvée  par  le  peuple  entier,  qui  va  manifester  sa 
volonté  su|)réme,  non  par  d'inutiles  adresses,  mais  par  des 
actes  éclatants  de  souveraineté  et  de  toute-puissance^. 

Malheureusement  il  n'en  fut  pas  ainsi.  L'adresse  du 
17  juin  ne  fut  suivie  que  d'une  autre  adresse,  celle-ci 
du  28  juillet,  «  aux  citoyens  de  la  Gironde,  de  l'Hérault, 

1.  Arcliivos  des  Basscs-Pyrcnées.  Registre  du  conseil  f^éiiéral  du  déparlemenl, 
séance  du  ITi  juin. 

2.  Moitimei-Ternaux,  t.  VII,  p.  571. 


II.  LOT-ET-GARO.NNE.  105 

dePillône-et-Loirc,  des  Boiiches-du-Pihôiic,  et  déparle- 
ments insurgés,  pour  les  adjurer  de  se  soumettre  »  : 

Quel  délire  vous  égare?  etc. 

adresse  que  Je  conseil  fit  passer,  comme  l'autre,  aux 
différents  départements.  On  en  trouve,  de  chacune  des 
deux,  un  exemplaire  à  Evreux\ 

II 

Lot-et-Garonne. 

Le  département  de  Lot-et-Garonne  n'avait  pas  été 
moins  vif  contre  les  (roubles  de  la  Convention  avant  le 
51  mai,  ni  moins  explicite  quand  la  révolution  fut  con- 
sommée. L'administration  départementale  ici  marchait 
d'accord  avec  la  société  républicaine  d'Âgen.  On  ne 
parlait  que  d'un  renouvellement  total  de  la  Conven- 
tion '.  Le  département  convoqua  les  assemblées  pri- 
maires; la  société  républicaine  avait  mandé  près  d'elle 
les  délégués  des  sociétés  diverses  du  département,  et  les 
deux  groupes  réunis,  département  et  société,  nommè- 
rent un  comité  de  salut  public,  qui  décida  la  levée 
d'une  force  départementale  et  envoya  des  commissaires 
à  Bordeaux  et  à  Toulouse,  dans  les  Laudes  et  jusque 
dans  les  Deux-Sèvres  \ 

1.  Le  déparlement   resta  fort  partagé;  le  connmissaire  du  Conseil  exécutil". 
Mouton,  en  parle  ainsi  (juillet  l'iOÔ)  :  «  Je  Tiens  de  parcourir  les  districts  de 

Plaisance  ^^Ge;s)  et  de  Nogarct  où  l'aristocratie    a  établi  son    trône  impur 

A  Mirande,  à  l'Isle-Jourdain,  les  principes  du  républicanisme  paraissent  très 
bien  alïcrmis;  mais  malheureusement  les  accaparements,  riig:iotage  et  la  cherté 
des  denrées  qui  en  sont  la  suite  font  un  mal  incalculable »  (Archives  natio- 
nales, F  1",  550.) 

2.  Noie  XWII  aux  Appendices. 

5.  Ra|iport  de  Julien,  p.  151.  La  Société    républicaine  d'Agen  avait  envoyé 
au  <-/tnseil  ffénérnl  de  la  Haute-Garonne  une  députation,  pour  le  presser  de  se 


106  PART.  H,  ClIAP.  X.  LA  RÉGION  DE  BORDEAUX. 

Un  commissaire  du  Conseil  exécutif,  qui  parcourait 
les  départements  du  Sud-Ouest,  nous  dit  comment  il  fut 
reçu  dans  Agen  ;  rien  ne  peut  mieux  nous  peindre  la 
disposition  des  esprits  : 

Arrivé  aux  portes  d'Agen,  on  me  fit  conduire  par  quatre 
fusiliers  à  la  municipalité.  Ces  rigueurs  étaient  nécessaires, 
on  attendait  quelques  anarchistes  de  la  ville  de  Tonneins 
qu'on  voulait  faire  arrêter.  «  Oli  !  me  dirent  les  citoyens  fusi- 
liers, nous  voulons  la  paix  ici,  les  Agénois  sont  amis  de  l'ordre, 
nous  pensons  comme  les  Bordelais.  —  Vous  êtes  donc  répu- 
blicains? —  Ah!  ah!  républicains,  nous  pensons  comme  les 
Bordelais,  nous  voulons  la  Constitution.  —  Fort  bien;  vous 
désirez,  comme  tous  les  bons  Français,  que  la  Convention 
nationale  vous  donne  une  Constitution.  —  Ce  n'est  pas  tout 
à  fait  cela  ;  la  plupart  de  nos  concitoyens  ne  l'entendent  pas 
ainsi  ;  les  Bordelais  veulent  la  Constitution  et  nous  la  voulons 
aussi.  — Mais  vous  vous  trompez,  ce  n'est  pas  la  Constitution 
de  92,  mais  une  constitution  nouvelle,  une  constitution  répu- 
blicaine, une  constitution  démocratique,  sans  nobles  et  sans 
roi,  c'est,   dis-je,  une    telle  constitution  que   les  Bordelais 

demandent »  Je  ne  pus  jamais  leur  faire  entendre  raison. 

Prêtez-vous  donc   aux   arrangements   de  ces  messieurs  qui 
demandent  à  hauts  cris  les  assemblées  primaires'. 

Mais  le  département  était  bien  surveillé.  Il  y  avait  pour 
cela  quatre  représentants  en  vedette  :  Treilbard  et 
Mathieu,  revenus  de  Bordeaux  à  Périgueux  ;  Chaudron- 
Rousseau  et  Lcyris,  demeurés  à  Toulouse.  La  Constitution 
fut  unanimement  acceptée.  Treilbard  et  Mathieu,  par 


rallier  à  un  projet  qui  devail  déjouer  le  système  des  anarchistes.  (Conseil  géné- 
ral de  la  HauteGironue,  séance  du  I.'  juin.)  La  même  dépulation  se  présenta 
le  lendemain  à  la  Sociélé  des  Amis,  de  Toulouse,  puis  Jacobins,  ceux-là,  en  com- 
numauté  d'esprit  avec  les  Jacobins  de  Paris,  et  qui  l'accueillirent  assez  mal. 
(Hegislre  des  séances  de  la  Sociélé  des  Amis,  de  Toulouse,  à  la  date.) 
1.  Archives  nationales,  F  i».  t)^)l.  et  la  note  XXVJII  aux  Appendices. 


m.  BASSES-PYRÉNÉES.  107 

une  lettre  datée  d'Agen  même,  20  juillet,  en  donnèrent 
la  nouvelle  au  Comité  de  salut  public*. 

III 

Basses-Pyrénées. 

Le  département  des  Basses-Pyrénées  avait  une  certaine 
importance  dans  le  petit  groupe  dont  nous  nous  occu- 
pons. Déjà  après  le  21  janvier,  tout  en  approuvant  la 
Convention,  il  avait  mêlé  les  avertissements  à  ses  félici- 
tations, la  pressant  de  faire  une  Constitution  et  de  mettre 
fin  à  ses  querelles  : 

Vous  venez  de  donner  un  grand  exemple  aux  peuples  et  aux 
rois.  Donnez-nous  l'exemple  de  la  fraternité  ^ 

Après  le  51  mai,  cette  attitude  devait  tourner  vers 
lui  les  départements  du  voisinage.  J'ai  dit  cpie,  le 
15  juin,  il  avait  reçu  d'un  délégué  du  Gers  communica- 
tion des  délibérations  par  lesquelles  ce  département 
et  la  Haute-Vienne  souscrivaient  à  l'adresse  de  la  Côte- 
d'Or,et  il  y  avait  adhéré.  Le  15,  c'était  un  délégué  des 
Landes  qui  lui  apportait  les  adhésions  des  Landes  et  de 
Lot-et-Garonne  à  ce  même  arrêté,  mais  avec  des  addi- 
tions que  le  département  n'adopta  point,  persévérant 
dans  sa  première  résolution.  Le  18,  il  prenait  une  déci- 
sion plus  grave  :  «  Ouï  le  procureur  général  syndic  »,  il 
appelait,  pour  la  date  du  25,  au  conseil  du  départe- 
ment deux  députés  de  chacun  des  six  conseils  de  dis- 

\.  Compte  rendiu  pièce  n°  18. 

2.  Arcliives  des  Basses- Pyrénées.  Conseil  généial  dudcparlenicnt,  29  janvier. 
Archives  nationales,  D  xl  §4,  carton  22,  Aoss\er  Basses-Ptjrénc'es.Gi  la  note  XXIX 
aux  Appendices. 


108  PART.  II,  CIIÂP.  X.  LA  RÉGIO.X  DE  BORDEAUX. 

ti'ict,  un  du  Irihunal  criminel,  un  de  chaque  tribunal 
de  district,  un  de  chaque  tribunal  de  commerce,  un 
de  chacune  des  sociétés  populaires  affiliées  à  celle  de 
Paris,  afin  de  conférer  sur  les  mesures  à  prendre  dans  les 
circonstances  difficiles  où  se  trouvait  la  République*. 
Mais,  le  25,  on  ne  trouve  rien  au  registre,  ni  les  jours 
suivants.  Le  projet  avait  donc  avorté,  et  le  14  juillet 
on  célébrait  la  proclamation  de  l'acte  constitutionnel. 
On  s'était  rallié  sans  phrase  à  la  Convention'. 

Mais  l'enthousiasme  fut  médiocre.  Écoulons  le  récit 
de  l'agent  Fourcade  : 

Pau,  15  juillet. 

Hier  nos  modérés  firent  la  proclamation  de  l'acte  constitu- 
tionnel. Jamais  cérémonie  ne  fut  plus  lugubre,  plus  ennuyeuse. 
Je  pleurais  de  rage.  Les  ordonnateurs  avaient  bieu  senti  qu'ils 
faisaient  l'enterrement  de  la  monarchie.  Ils  imprimaient  à  la 
chose  la  douleur  et  les  regrets  dont  leur  âme  était  agitée. 
Vingt-doux  citoyens  armés,  quelques  satellites  de  la  munici- 
palité, connus  sous  le  nom  de  soldats  du  guet,  douze  à 
quatorze  gendarmes,  deux  douzaiues  de  sans-culottes  formaient 
tout  le  cortège.  La  ville  entière  était  plongée  dans  la  plus  pro- 
fonde stupeur. 

On  se  jiare  cependant  en  public  de  toutes  les  vertus  répu- 
blicaines. Les  vrais  patriotes  sont  regardés  comme  des  contre- 
révolutionnaires.  Les  ennemis  du  peuple  ont  profilé  de  sa 
haine  contre  les  aristocrates  pour  lui  faire  détester  les  répu- 

1.  Note  XXX  aux  Appendices. 

2.  «  L'adiuiiuslration  du  déparlemcnt,  dit  Julien,  ne  se  prononçait  point 
autrement  qu'elle  ne  l'avait  déjà  lait,  lorsque  les  sections  de  Pau  se  rassem- 
blèrent :  elles  dépulèreiil  au  département  pour  demander  qu'il  réunît  autour 
de  lui  toutes  les  aulorilés  constituées,  et  qu'il  se  constiluât  en  commission  popu- 
laire de  snlul  pul)lic,  pour  délivrer  la  Convention  nationale  de  l'oppression  sous 
laquelle  les  accable  une  faction  qu'ils  disent  aujintrd  Inti  bien  connue  par 
ses  e.rct-s  révidlanls  et  par  ses  prétentions  despotiques. 

«  Les  a^il;iteurs  n'eurent  ccpemiant  pas  assez  d'inlUiencc  pour  opérer  celle 
convocation  ;  elle  n'eut  pas  lieu,  et  la  Conslitulion  vint  bientôt  en  l'aire  perdre 
le  souvenir.  »  (Rappo7-t,  p.  165.) 


IV.  IIAUTES-rYRENEES.  lOÔ 

blicaiiis.  Ils  lui  persuadent  que  nous  voulons  des  rois  ou  des 
dictateurs*. 

IV 

Hautes-Pyrénées. 

Le  déparlement  des  Flautes-Pijrénées  avait  parconru 
les  mêmes  phases,  à  peu  près,  dans  la  même  période. 
Il  s'était  élevé  avec  force  contre  les  anarchistes,  il  avait 
protesté  contre  Marat  (28  avril)  ',  il  avait  ensuite,  dans 
une  adresse  du  50  mai,  dénoncé  les  dangers  de  despo- 
tisme que  pouvait  créer  l'institution  des  représentants 
en  mission  ;  et  toutefois,  par  une  autre  adresse  du  5  juin, 
il  tempérait  ce  que  cette  déclaration  pouvait  avoir  de 
tropabsolu  dans  les  circonstances  présentes".  Mais  les  14 
et  15,  à  la  nouvelle  des  événements  du  51  mai,  il  rédigea 
une  adresse  nouvelle,  qui  fut  inscrite,  par  décision  spé- 
ciale, sur  les  registres,  signée  individuellement  par  cha- 
cun de  ses  membres,  imprimée  et  envoyée  aux  districts, 
aux  tribunaux  et  aux  sociétés  populaires  du  département. 
Peu  d'autres  la  dépassent  en  énergie  : 

Législateurs, 
Votre  devoir  est  d'entendre  la  vérité  :  les  administrateurs 
du  département  des  Hautes-Pyrénées  vont  vous  la  dire.  — 
Libres  comme  l'air  qu'ils  respirent,  fermes  comme  les  monts 
qu'ils  habitent,  jamais  ils  ne  courberont  leurs  tètes  sous  le 
joug  d'aucun  despotisme.  Ils  ne  craignent  ni  le  poignard  des 

1.  Arcliives  nationales,  V  i%  551.  Dans  une  autre  lettre,  datée  de  Saint-Pé. 
25  juillet,  il  dit  que  tuute  l'armée  a  accepté  la  Constitution;  il  parle  de 
rattachement  des  Basques  pour  Garât,  leur  compatriote:  — ils  ont  été  touchés 
des  périls  qu'il  a  courus;  il  conseille  de  l'aire  une  proclamation  en  langue 
basque. 

2.  Voyez  ci-dessus,  t.  I,  p.  170. 
^.  Note  XXXI  aux  .\ppendices. 


110  PART.  Il,  CHAI'.  X.  LA  RÉGION'  DE  RORDEAUX. 

assassins,  ni  les  vengeances  des  anarchistes;  ils  savent 
mourir. 

Législateurs,  les  maux  de  la  patrie  sont  grands,  mais  ils  ne 
sont  pas  sans  remède.  La  République  sortira  triomphante  du 
sein  des  orages  révolutionnaires,  si  vous  consentez  à  réunir 
vos  efforts  pour  la  sauver,  si  vous  bannissez  loin  de  vous  les 
haines  personnelles,  l'audace  de  la  domination  et  les  complots 
de  l'ambition  effrénée. 

La  République  sera  sauvée,  législateurs,  si  vous  purgez 
vos  tribunes  de  ces  hommes  nourris  de  sang  et  de  pillage, 
qui,  trop  longtemps,  vous  ont  bravés  pour  vous  asservir,  et 
dont  l'insolence  a  souvent  fait  douter  lesquels  d'eux  ou  de 
vous  dictaient  ici  des  lois. 

Elle  sera  sauvée,  si  la  ville  aux  six  cent  mille  habitants 
ne  fait  usage  de  ses  forces  que  pour  défendre  la  représenta- 
tion nationale — 

Elle  sera  sauvée,  si  Paris  n'oublie  jamais  que  la  Convention 
nationale  appartient  à  la  République  entière  et  que  les  dépar- 
tements leur  ont  confié  ce  dépôt  auguste,  non  pour  l'assiéger 
dans  le  lieu  de  ses  séances,  mais  pour  l'entourer  de  son  res- 
pect et  de  sa  soumission. 

Elle  sera  sauvée,  si  cette  Commune  de  Paris,  trop  fameuse 
depuis  quelque  temps  dans  l'histoire  de  la  Révolution,  rentre 
dans  les  limites  de  ses  fonctions  et  reconnaît  enfin  que,  dans 
la  hiérarchie  des  pouvoirs,  elle  ne  diffère  pas  des  autres 
communes  de  la  République. 

Hommes  du  14  juillet  et  du  10  août,  il  faut  vous  le  dire, 
vous  n'étiez  plus  les  mômes  le  30  mai  ;  vous  n'étiez  plus  les 
mômes  pendant  les  trois  jours  qui  l'ont  suivi*.  Ces  armes  qui 
ont  renversé  la  Hastille,  ces  armes  qui  ont  vaincu  les  tyrans, 
vous  les  avez  déshonorées,  vous  les  avez  prostituées,  au 
moment  oii  elles  ont  pu  porter  atteinte  à  la  liberté  de  nos 
représentants.  Parisiens  nos  frères,  nos  amis,  quel  égarement 
est  le  vôtre?  Qu'esl-il  encore  besoin  de  révolutions?  Le  trône 
n'est-il  pas  renversé  ?  la  liberté,  l'égalité,  la  République  une 

Hélas!  si. 


IV.  HAUTES-PYRENEES.  Hl 

et  indivisible  ne  sont-elles  pas  décrétées?  Que  veulent  ces 
hommes  qui,  le  mot  Révolution  sans  cesse  à  la  bouche,  vous 
trompent,  vous  entraînent  au  crime,  amènent  la  désorgani- 
sation et  provoquent  la  dissolution  de  la  République?  Ce  qu'ils 
veulent.  Parisiens,  ils  veulent  votre  ruine  et  la  nôtre,  ils  veu- 
lent l'anéanlissement  de  la  liberté. 

Législateurs,  étes-vous  fermement  décidés  à  terminer  les 
discussions  qui  vous  déchirent?  Voulez-vous  écraser  d'un  seul 
coup  l'anarchie  qui  menace  de  dévorer  la  liberté?  Donnez  au 
peuple  français  cette  Constitution  républicaine  qu'il  réclame 
depuis  longtemps,  cette  Constitution  qui  était  le  principal 
objet  de  voire  mission  et  dont  vous  vous  êtes  à  peine  occu- 
pés. Menacé  par  le  fanatique  Espagnol,  le  département  des 
Hautes-Pyrénées  oublie  qu'il  est  sans  armes,  sans  munitions  ; 
il  ne  vous  demande  que  des  lois;  elles  décupleront  son  cou- 
rage, elles  ranimeront  sa  confiance,  et  la  République,  je  le 
jure  au  nom  de  mes  concitoyens,  sera  victorieuse  sur  nos 
frontières. 

Enfin,  législateurs  (et  je  suis  chargé  de  vous  en  faire  la 
déclaration  expresse),  nous  voulons  la  République  une  et  indi- 
visible ; 

Nous  voulons  que  la  représentation  nationale  soit  respectée; 

Nous  voulons  que  nos  représentants  soient  inviolables  et 
qu'ils  jouissent  de  la  plus  entière  liberté  de  leurs  opinions. 

Nous  vous  déclarons  que  jamais  nous  ne  reconnaîtrons 
aucune  autorité  despotique,  aucune  suprématie  de  commune 
ou  d'individu,  et  que  nous  mourrons  tous  plutôt  que  d'obéir 
à  la  tyrannie,  sous  quelque  nom  qu'elle  se  cache'. 

1.  «  Adresse  du  conseil  général  du  département  des  Hautes-Pyrénées  à  la 
Convention  nationale,  à  lafjuelle  ont  adhéré  les  administrations  et  tribunaux  des 
cinq  districts,  le  tribunal  criminel  du  département,  les  Sociétés  populaires  de 
Tarbes,  de  Bagnères,  de  Vie,  de  Lourdes  et  de  Labartbe.  » 

Le  conseil  du  département,  après  avoir  entendu  la  lecture  de  l'ridresse,  déli- 
bérée dans  la  séance  du   14  du  courant,  en  adopte  la  rédaction  : 

«  Ouï  le  procureur  général  syndic,  arrête  qu'elle  sera  transcrite  sur  les  regis- 
tres; qu'extrait,  signé  individuellement  par  les  administrateurs,  sera  rerais  au 
citoyen  Dccamps,  chargé  de  la  présenter  à  la  Convention  nationale; 

«  Arrête,  en  outre,  qu'elle  sera  imprimée,  et  que  des  exemplaires  en  seront 
adressés   par  les  ordonnances  aux  districts,   tribunaux  et   sociétés  populaires, 


H'i  FAUT.  II,  ClIAP.  X.  L,\  RÉGION  DE  BORDEAUX. 

Mais  après  quelques  essais  d'entente  avec  la  Gironde' 
ce  grand  zèle  tomba.  Entre  Bordeaux  qui  poussait  à 
l'insurrection  et  les  départements  qui  déjà  s'en  étaient 
retirés,  on  inclina  progressivement  vers  la  retraite,  et 
le  2  août  1795  on  lit  dans  les  délibérations  du  conseil 
général  : 

Le  conseil  général  des  Hautes-Pyrénées  a  reçu  deux  pa- 
quets :  l'un  contenant  une  adresse  du  conseil  général  du 
département  de  la  Corrèze  à  celui  du  département  de  la 
Gironde  ;  l'autre,  plusieurs  bulletins  de  la  prétendue  Com- 
mission populaire  de  salut  public  de  ce  dernier  dépar- 
tement. 

Lecture  faite  de  ces  différentes  pièces  : 

Considérant  que  les  citoyens  des  llaules-Pyrénées  n'ont 
éprouvé  les  agitations  de  liutiigue  et  les  malheurs  qui  accom- 
pagnent toujours  l'esprit  de  parti,  que  depuis  que  des  com- 

avoc  invilalion  d'y  dmiuer  leur  ailliésion,  s'ils  la  trouvent  conlormc  à  ]eur> 
principes.  »  (Archives  des  llautcs-Pyrénccs.  Registre  des  délibérations  du  con- 
seil général,  à  la  date.) 

1.  «  Les  événements  du  51  mai,  dit  Julien,  ne  servirent  qu'à  réchaulfer 
raliment  bilieux  de  la  discorde;  des  connnissaircs  lurent  envoyés  dans  les 
départements  envu-onnanis,  tels  que  le  Gers,  la  Gironde,  les  Basses-Pyrénées. 
Le  17  juin,  le  conseil  du  département  se  convoqua  eu  séance  extraordinaire,  où 
des  envoyés  de  Cordeaux  lurent  admis,  et  y  parurent  avec  l'audace  des  préten- 
tions de  cette  ville  rebelle;  dans  quelques  séances  subséquentes,  la  question  lut 
agitée  d'adopter  les  mesures  proposées  par  la  Gironde;  le  procureur  général 
syndic  des  Uautes-Pyrcnécs  les  condjatlit  avec  tout  l'ascendant  de  la  raison  sur 
la  mauvaise  loi  :  il  fit  voir  Bordeaux  voulant  rivaliser  avec  Paris,  et  l'une  cl 
l'autre,  peut-être,  aspirant  au  même  but,  celui  de  devenir  des  Rome  modernes. 
Le  procureur  général  syndic  voulait  laisser  détruire  celte  lutte  ridicule  entre 
les  corps  constitués,  le  peuple  et  la  Convention  nationale:  il  ne  voyait  dans  les 
premiers  que  la  téméraire  audace  d'un  exécuteur  d'ordres,  qui  s'empare  delà 
représentation. 

«  Les  propositions  de  la  Gironde  ne  lurent  point  adoptées  dans  (ont  leur  cou- 
lenu,  mais  sous  des  modilicatiuns  qu'on  voit  plutôt  être  l'elïet  des  circonstances 
du  moment  que  de  la  bonne  loi.  Ou  arrête  que  la  réintégration  des  députés 
détenus  sera  demandée;  que  la  Convention  sera  invitée  de  s'entourer  d'une 
lorce  départementale;  que  le  rapport  de  la  commission  des  Douze  sera  lait;.  ... 
qu'elle  sera  invitée  à  convoquer  les  assemblées  pruuaires;  el  le  déj)artement  des 
llaules-Pyrénées  renouvelle  les  protestations  d'union  et  de  l'ralernité  au  départe- 
ment de  la  Gironde,  en  ce  qui  concerne  l'unité  et  l'indivisibilité  de  la  Répu- 
blique.... »  {[{apport,  p.  107-1(58.) 


IV.  UAUTES-pyRÊ.\ÉES.  H5 

missairesdu  comité  de  la  Gironde  se  sont  introduits  dans  leur 
territoire  et,  sous  les  dehors  de  la  fraternité,  y  ont  dissé- 
miné des  écrits  incendiaires  et  des  maximes  anarchiques  et 
contre-révolutionnaires  ; 

Considérant  que  quoique,  par  la  sagesse  des  représentants 
du  peuple  près  l'armée  des  Pyrénées-Occidentales  et  par 
l'énergie  des  vrais  républicains,  le  calme  soit  parfaitement 
rétabli,  l'ordre  pourrait  êlre  troublé  de  nouveau  si  la 
correspondance  empoisonnée  du  comité  de  la  Gironde  trou- 
vait libre  accès  dans  ce  département  ; 

Aimant  à  se  persuader  que  les  administrateurs  de  la  Gironde 
et  les  citoyens  qu'ils  dirigent  ne  sont  point  arrivés  à  cet  excès 
d'égarement  et  de  corruption  que  la  voix  de  la  persuasion  et 
surtout  le  cri  de  la  patrie  en  danger  ne  puissent  les  ramener 
dans  la  voie  de  la  raison  et  du  salut  commun  ; 

Adoptant  la  résolution  sage  et  courageuse  que  les  adminis- 
trateurs du  département  de  la  Corrèze  ont  manifestée  dans  les 
adresses  du  \  7  juillet  ; 

Ouï  le  procureur  général  syndic — 

Le  déparlement  adhère  à  l'adresse  de  la  Corrèze 
et  décide  qu'elle  sera  imprimée.  (Elle  l'est  au  bas  de 
ce  placard.)  Il  arrête  en  outre  que  les  bulletins  de  la 
prétendue  Commission  populaire  de  salut  public  de 
Bordeaux  lui  seront  renvoyés,  avec  invitation  d'abjurer 
ses  erreurs,  lui  déclarant  que  dans  ce  cas  seulement  le 
département  des  Hautes-Pyrénées  fraternisera  avec  celui 
de  la  Gironde. 

Elle  4  il  faisait  à  son  tour  son  adresse  à  la  Convention 
nationale  *  : 

Enfin  les  bons  principes  triomphent,  etc. 

1.  L'imprimé  en  existe  dans  les  Archives  de  l'Eure.  Nous  pouvons  dire  à 
Tavance  que  le  17  fructidor  il  ne  félicita  pas  avec  moins  decliakiir  la  Conven- 
tion de  la  révolution  du  9  tiiermidor. 

RÉVOL.    DU    51    MAI.  11—8 


114  PART.  II,  CHAI'.  X.  LA  RÉGION  DE  BORDEAUX. 

Les  épurations  qu'on  ne  manqua  pas  de  faire  dans 
les  adminislralions  du  pays  donnaient  aux  bons  prin- 
cipes un  supplément  de  garanties.  Le  jeune  Fourcade, 
en  s'éloignant,  rassurait  son  ministre  : 

J'ai  laissé  les  Hautes  et  Basses-Pyrénées  dans  le  plus  grand 
calme.  Les  patriotes  y  triomphent,  mais  nous  avons  besoin  de 
soutenir  leur  courage*. 

Il  note  pourtant  le  discrédit  rapide  des  assignats.  On 
ne  veut  prendre  que  les  assignats  à  face  royale  : 

Une  chose  doit  rassurer  les  amis  de  la  République  :  le  Gers, 
les  Hautes  et  Basses-Pyrénées  ont  à  présent  des  administra- 
lions  vraiment  patriotes.  L'exil  et  l'incarcération  des  fonc- 
tionnaires fédéralistes  ont  produit  le  plus  grand  bien  et  évité 
la  jonction  du  Var,  du  Rhône,  de  la  Garonne  et  de  l'Adour. 
L'échec  que  les  envoyés  de  Barbaroux  ont  essuyé  du  côté 
d'Avignon  a  contribué  beaucoup  à  ranimer  le  courage  des 
sans-culottes  et  à  écraser  l'audace  de  leurs  ennemis.  Il  n'est 
pas  de  coup  plus  violent  que  nous  ayons  porté  aux  fauteurs 
de  l'anarchie  fédérale. 

Il  fait  toutefois  des  réserves  sur  Bagnères,  où,  sous 
prétexte  de  santé,  il  y  avait,  dit-il,  une  réunion  d'aris- 
tocrates. Un  autre  agent.  Mouton,  ne  tenait  pas  en  plus 
grande  estime  les  villes  d'eaux  : 

Bigorre,  département  des  Ilautes-Pyrénées,  est  empesté 
d'aristocratie.  On  y  conserve  encore  toutes  les  dénominations 
de  l'ancien  régime. 

Bafjnères  est  l'asile  impur  des  vices,  du  jeu  et  de  l'ivro- 
gnerie; un  grand  nombre  de  nobles,  d'une  aristocratie  déci- 
dée, y  sont  restés  sous  prétexte  de  maladie ^ 

1.  Toulouse,  51  juillrt.  fAicliives  iiatiouale.s,F  i\  551,  (\ossiev  Foinrade.) 

2.  L'agent  Mouton  (juillet  171)5).  —  H  paile  encore  des  cITorts  qu'il  faut  faire 
il  Tarljcs  jjour  éleclriser  la  jeunesse.  (Archives  nationales,  F  i",  550.) 


CHAPITRE  XI 

LA    RÉGION    DE    TOULOUSE 

I 

Haute-Garonne. 

Comme  Bordeaux  clans  la  Guyenne,  Toulouse  dans 
le  Languedoc  se  trouvait  naturellement  le  principal 
centre  de  la  résistance  des  provinces  aux  révolutions  de 
Paris.  Les  sentiments  de  la  Haute-Garonne  n'étaient 
pas  douteux  à  cet  égard  :  de  tous  les  points  du  dépar- 
tement des  adresses  avaient  témoigné  à  la  Convention 
nationale  combien  on  était  hostile  aux  factions  qui  la 
menaçaient \  Toulouse  s'y  était  associée,  et  l'on  se  tenait 
prêt  pour  l'action.  Vers  le  milieu  du  mois  de  mai,  les 
trois  corps  administratifs  résidant  en  cette  ville  (dépar- 
tement, district  et  commune)  avaient  arrêté  qu'ils  se 
réuniraient  trois  fois  par  semaine  au  Capitole,  avec 
les  autorités  constituées,  pour  y  traiter  de  concert  des 
intérêts  généraux,  et  ils  avaient  déclaré  les  sections  en 
permanence  (16  mai)^  Les  représentants  du  peuple  Cha- 
bot, Mailhc  et  Lombard-Lachanx  ayant  remontré  que 
celte  mesure,  loin  d'assurer  la  tranquillité  publique, 
pourrait  bien   la  troubler,   la  question  fut  ajournée; 

1.  Note  XXXII,  aux  Appendices. 

2.  Archives  de  la  Ilaule-Garonne,  n"  1509,  Registre  du  conseil  du  départe- 
ment, n°  b,  f°*  53-55. 


H6  PART.  II,  CIIAP.  XI.  LA  REGION  DE  TOULOUSE. 

mais,  dans  le  môme  temps,  la  société  jacobine  de  la 
ville  avait  tenté  de  faire  une  manifestation  contraire. 
Elle  avait  demandé  aux  représentants  qui  étaient  à 
Toulouse  de  convoquer  leurs  collègues  dispersés  dans 
les  départements  méridionaux,  et  de  former  avec  eux 
un  petit  concile  de  Jacobins,  en  y  appelant  un  délégué 
par  chaque  société  affiliée.  Déjà  ces  délégués  arrivaient 
au  chef-lieu,  quand,  par  deux  arrêtés  successifs  (25 
et  29  mai),  les  autorités  administratives  s'opposè- 
rent à  la  réunion,  puis  la  rompirent,  non  sans  péril, 
dit-on,  pour  les  délégués  réunis.  Dans  la  séance  où  la 
dernière  résolution  fut  prise,  les  autorités  accueillirent 
une  adresse  dirigée  contre  les  factieux,  les  agitateurs 
et  les  j\Jaratistes ,  qui  les  pressait  d'imiter  l'exemple 
de  Marseille  et  de  Bordeaux  et  de  convoquer  les  sections. 
«  Ce  coup  de  tocsin,  dit  un  rapport  fait  à  la  Conven- 
tion, fut  entendu  »,  et  le  2  juin  on  organisa  un  comité 
populaire  de  salut  public'. 

C'était  le  jour  où  le  parti  que  l'on  voulait  défendre 
succombait  à  Paris. 

On  s'attendait  de  part  et  d'autre  au  dénouement 
de  la  crise. 

L'administration,  inquiète  de  la  marche  des  événe- 
ments à  Paris,  y  avait  envoyé,  comme  député  extraor- 
dinaire, un  de  ses  membres,  Barras.  La  société  jacobine 
de  Toulouse  y  avait  un  agent  (Loubcrs),  chargé  de  sem- 


1.  Rapport  fait  par  Dabarran,  au  nom  fies  Comités  de  salut  |)ublic,  de  sûreté 
générale  et  des  décrets  réunis,  dans  la  séance  du  25  prairial  an  II.  Moniteur 
du  30,  t.  XX,  p.  744.  Ce  ra|)port  avait  pour  objet  et  eut  jjour  résultat  de  fermer  la 
Convention  à  Dario,  premier  suppléant  de  Toulouse,  compromis  dans  le  fédéra- 
lisme, —  et  de  le  faire  envoyer  au  tribunal  révolutionnaire,  où  il  fut  con- 
damné avec  d'autres  le  11  messidor.  (Voyez  ilisloiie  du  Tribunal  révolution- 
naire de  Paris,  t.  IV,  p.  518.^  —  Sur  les  séances  du  conseil  général  de  la 
Haute-Garonne,  voyez  la  note  XXXIII  aux  Appendices. 


1.  UAUTE-GARONNE.  117 

blable  mission  dans  un  esprit  tout  opposé.  La  révolu- 
tion faite,  le  département  et  la  société  jacobine  pou- 
vaient donc  être  promptement  avertis.  Il  semble  que  la 
société  en  fut  informée  la  première.  On  y  avait  appris 
avec  joie,  le  2  juin,  l'abolition  de  la  commission  des 
Douze  ;  le  6,  les  adresses  des  sections  de  Paris  à  la  Con- 
vention; le  7,  «  l'heureuse  insurrection  »  qui  s'était 
opérée  le  51  mai.  C'est  un  courrier  extraordinaire  qui 
en  avait  apporté  la  nouvelle  au  procureur  général  syn- 
dic, et  c'est  à  la  société  à  laquelle  il  était  affdié,  et 
dont  il  connaissait  les  sympathies,  qu'il  paraît  en  avoir 
réservé  la  primeur*. 

L'administration  de  la  Haute-Garonne  était  animée 
de  tout  autres  sentiments,  et  elle  le  manifesta  dans  une 
adresse  aux  habitants  des  départements,  adresse  qui  fut 
vivement  attaquée  aux  Jacobins  de  la  ville.  Clamer  l'in- 
surrection, c'était  dénier  aux  municipalités  le  droit  de 
secouer  le  joug,  c'était  s'élever  contre  la  Convention 
qui  avait  déclaré  que  la  Commune  de  Paris  avait  bien 
mérité  de  la  patrie.  Les  événements  furent  bientôt 
connus  avec  plus  de  détails,  aux  Jacobins  par  une  lettre 
deLoubers,et  au  département  par  le  rapport  de  Barras. 
Ce  rapport  faisait  connaître  au  vrai  et  l'audace  des 
insurgés  et  la  faiblesse  de  la  Convention  dans  ces  tristes 
journées^  Les  Jacobins  résolurent  de  faire  une  adresse 
à  la  Convention,  où  ils  lui  témoignaient  leur  satisfaction 

1.  Registre  des  délibérations  de  la  société  des  Amis  de  la  liberté  à  Tou- 
louse, 1°  15  :  a  On  a  lu  une  leltre  du  procureur  général  syndic  qui  annonce  une 
proclamation  de  la  Convention  nationale  à  tous  les  Français,  au  sujet  de  l'iieu- 
reuse  insurrection  qui  vient  de  s'opérer  dans  Paris.  H  a  dit  qu'elle  a  été  envoyée 
par  un  courrier  extraordinaire,  qu'il  s'empresse  de  la  faire  connaître  à  la  société, 
ce  qu'il  fera  toujours,  dit-il  dans  sa  lettre!  »  ;Artliives  de  la  Haute-Garonne.) 

2.  Les  fraj;nients  nous  en  sont  restés  dans  la  Lellre  fie  Cliauclron-Iiousseau, 
reprcsenlatil  du  peuple  prcs  de  l'armée  des  l'ijrénccs-Urieiifales,  au  Comité 
de  salut  public  (2  juillet  1795). —  Le  nom  s'écrit  quelquefois  Baras. 


■118  PART.  II,  CIIAP.  XI.  LA  RÉGION  DE  TOULOUSE. 

de  la  fermeté  qu'elle  avait  montrée  et  des  moyens  vigou- 
reux qu'elle  avait  adoptés  pour  sauver  la  République  ; 
ils  firent  aussi  une  adresse  de  félicitations  au  départe- 
ment de  Paris,  qui  avait  provoqué  la  révolution.  Un 
seul  incident  s'éleva  sur  cette  adresse  :  Paris  y  était 
appelé  capitale.  N'était-ce  pas  offenser  l'égalité  que  de 
lui  donner  ce  titre?  On  y  substitua,  après  débat,  le 
nom  de  centre  d\mité\  Quant  au  département,  il  jugea 
utile  de  resserrer  les  liens  qui  le  rattachaient  aux 
autres  corps  de  la  ville,  et  le  11  juin,  à  l'invitation  de 
la  commune,  il  confirma  son  arrêté  sur  la  réunion 
régulière  des  autorités  constituées'. 

Celte  attitude  était  une  menace  pour  les  hommes  du 
51  mai.  Deux  nouveaux  commissaires,  Chaudron-Rous- 
seau et  Baudot,  avaient  reçu  l'ordre  de  se  rendre  à  Tou- 
louse. Le  13,  après  avoir  fait  vérifier  leurs  pouvoirs,  ils 
élevèrent  à  leur  tour  des  objections  contre  ces  réu- 
nions périodiques  extraordinaires,  instituées  pnr  l'arrêté 
du  16  mai,  et  requirent  l'administration  de  ne  plus 
les  tenir  que  pour  cas  graves,  dûment  constatés.  On  se 
borna  à  consigner  au  registre  cette  remontrance,  et  l'on 
passa  outre  '\ 

Les  conseils  généraux,  ou  même  les  sociétés  popu- 
laires des  départements  voisins,  émus  par  les  mêmes 
événements,  députaient  à  Toulouse  pour  se  concerter 
avec  son  administration  supérieure.  C'est  ainsi  que,  le 
15,  la  société  des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité 


i.  Archives  de  la  Haute-Garonne,  registre  des  délibérations  de  la  société  des 
Amis  de  la  liberté  à  Toulouse.  Séance  du  8  juin,  f"  17,  cl  la  note  XXXIY  aux 
Appendices. 

2.  Registre  des  délibérations  du  conseil  général  de  la  llaute-Gaionne,  à  la 
date  du  11  juin. 

3.  Ibicl.,  à  la  date  des  13  et  15  juin. 


I.  ILVUTE-GARONNE.  H 9 

d'Agen,  hostile  au  51  mai,  malgré  son  apparence  jaco- 
bine, pressa  Toulouse  de  se  rallier  à  un  projet  contre 
le  système  des  anarchistes,  et  lui  fit  agréer  l'arrêté  de 
la  Côte-d'Or  (du  50  mai)  adopté  par  le  Lot  ;  le  17, 
c'étaient  deux  députés  de  l'Aude  qui  venaient  lui  com- 
muniquer l'arrêté  de  leur  département  ;  le  môme  jour, 
deux  députés  du  Tarn,  chargés  d'une  mission  analogue\ 

Dès  la  veille,  10  juin,  le  conseil  général  de  la  Haute- 
Garonne  avait  décidé  la  réunion  des  assemblées  pri- 
maires pour  le  25,  et  s'était  occupé  d'une  adresse 
destinée  à  leur  faire  connaître  les  événements  sur  les- 
quels ils  auraient  à  délibérer.  Le  18,  l'adresse  fut  adop- 
tée à  correction;  on  devait  l'arrêter  définitivement  dans 
la  séance  du  soir. 

Il  n'y  avait  pas  de  temps  à  perdre  pour  prévenir  les 
effets  de  ces  mesures.  Le  représentant  Baudot  partit 
immédiatement  pour  Paris,  et  à  Toulouse  la  société 
des  Amis  résolut  de  faire  une  grande  manifestation 
qui  pût  agir  sur  l'esprit  de  la  ville.  Ce  jour  même, 
18  juin,  elle  tint  une  réunion  extraordinaire.  Jamais, 
nous  dit  le  procès- verbal,  l'assemblée  n'avait  été  plus 
nombreuse  :  tous  les  membres  des  divers  corps  consti- 
tués s'y  étaient  rendus.  Loubers,  le  député  extraor- 
dinaire de  la  société  auprès  de  la  Convention  nationale, 
dont  les  lettres  avaient  annoncé  la  révolution  du  51  mai, 
était  là,  et  il  fit  le  récit  des  événements  qui  s'étaient 
passés  à  Paris  sous  ses  yeux,  récit  qui  fut  fort  goûté  et 
dont  on  décida  l'impression.  Après  le  serment  de  se 
réunir  pour  écraser  l'ennemi,  on  résolut  de  se  porter 
en  masse  à  la  maison  commune  pour  y  faire  cette  pro- 
fession de  foi  au  sein  des  corps  constitués.  Dès  que  le 

1.  Registre  des  délibérations  du  conseil  de  lu  Ihiutc-Garonne,  aux  date?. 


120      PART.  II,  CIIAP.XI.  LA  RÉGION  DE  TOULOUSE. 

cortège  se  fut  mis  en  route,  le  peuple,  averti,  l'acclama, 
jurant  comme  lui  «  d'anéantir  tous  les  ennemis,  de  ne 
vouloir  que  la  Ilépublique  une  et  indivisible,  de  ne 
connaître  d'autre  autorit(''  souveraine  que  la  Convention 
nationale  «. 

Le  récit  officiel  des  Jacobins  continue  : 

En  un  instant  les  citoyennes  couvrent  toutes  les  têtes  de 
lauriers,  et  la  société  s'achemine  ainsi  vers  la  maison  commune. 
Les  magistrats  étaient  à  leur  poste,  ils  attendaient  le  peuple  ; 
il  arrive,  et -bientôt  ce  peuple  de  sans-culottes  remplit  tous  les 
lieux.  Le  président,  à  la  tète  de  la  société,  annonce  l'objet  de 
sa  démarche;  on  l'écoute  en  silence.  Le  président  des  corps 
constitués  réunis  lui  donne  le  baiser  de  fraternité.  A  ce  spec- 
tacle le  jieuple,  qui  n'argumente  pas,  mais  qui  sent,  fait  éclater 
toute  la  joie  qui  l'anime;  le  peuple,  les  magistrats,  la  société 
répètent  le  serment  de  maintenir  la  liberté  et  l'égalité,  de  ne 
vouloir  que  la  République  une  et  indivisible,  de  ne  recon- 
naître d'autre  autorité  souveraine  que  la  Convention  nationale, 
de  ne  connaître,  de  ne  faire  exécuter  que  les  lois  qui  en  éma- 
neront, et  d'anéantir  l'aristocratie  et  l'anarchie. 

L'hymne  chéri  des  Marseillais  termine  cette  séance,  et 
les  magistrats,  au  milieu  de  ce  concert  patriotique,  revien- 
nent au  sein  de  la  société  pour  y  travailler,  dès  ce  moment, 
à  terrasser  ses  ennemis  ' . 

Cette  démonstration  eut  un  épilogue,  que  l'on  retrouve 
au  procès-verbal  : 

Les  corps  constitués  se  sont  rendus  à  la  séance,  portant  en 
main  des  branches  d'olivier  et  de  laurier,  accompagnés  d'un 
peuple  immense  qui  chantait  les  airs  Ça  ira,  la  Carmagnole, 
et  l'hymne  chéri  :  Aux  armes,  citoyens.  Les  présidents  des 
corps  constitués  ont  donné  le  baiser  de  fraternité  au  prési- 
dent de  la  société. 

1.  Archives  de  la  Ilaulc-Garonnc,  rogistre  des  délibérations  de  la  société  des 
Amis,  etc.,  à  la  date. 


I.  HAUTE-GARONNE.  V2\ 

C'est  cependant  ce  jour-là  (Dubarran,  dans  son  rap- 
port à  la  Convention,  s'en  indigne*)  que  le  conseil 
général  du  déparlement  adopta  définitivement  et  lança 
son  adresse  à  la  Convention  nationale  et  à  tous  les 
départements,  ainsi  que  sa  convocation  aux  assemblées 
primaires  : 

Le  conseil  général  du  département  de  la  Haute-Garonne,  à 
lui  réunis  les  commissaires  des  districts,  h  leurs  concitoyens'. 

Vingt-huit  de  vos  représentants,  ceux  qui  ont  le  plus  coura- 
geusement défendu  vos  droits  sur  les  bases  de  la  morale  et  de 
la  raison,  viennent  d'être  enlevés  aux  grandes  fonctions  que 
la  nation  leur  a  commises.  Le  décret  de  proscription  a  été 
scandaleusement  arraché  par  la  force  des  baïonnettes  à  la 
faiblesse  de  la  Convention  nationale.  Depuis  ce  moment,  une 
faction  trop  fameuse  par  ses  déportemenls  et  ses  prédications 
anarchiques  et  sanguinaires  tient  en  ses  mains  tyranniques  les 
destinées  de  la  République. 

Un  si  horrible  attentat  a  excité  l'indignation  du  peuple 
français  ;  il  s'est  levé  par  un  mouvement  simultané  pour  ven- 
ger avec  éclat  sa  souveraineté  violée. 

Déjà  le  peuple  de  Toulouse,  celui  de  Bordeaux,  de  Nantes, 
de  Marseille,  de  Montpellier,  d'Auch  et  de  presque  tous  les 
départements  ont  formellement  émis  leur  vœu  et  exprimé 
leurs  sentiments  sur  les  maux  qui  désolent  la  République. 

Il  faut  imiter  ces  exemples  : 

Nous  vous  invitons  à  vous  réunir  en  assemblées  primaires 
pour  émettre  votre  vœu,  qu'il  est  important  de  faire  connaître 
à  la  Convention  et  à  la  France  entière.  Ne  vous  le  dissimulez 
pas,  les  circonstances  sont  si  critiques  que  le  peuple  n'a  les 
moyens  de  son  salut  que  dans  ses  propres  ressources.  La 
Convention  nationale  ne  peut  les  lui    fournir,   car  elle  est 

1.  Moniteur  du  50  prairial  (18  juin  17Q4),  t.  XX,  p.  746. 

2.  On  lit  en  margn  :  «  Soie.  Cette  séance  est  imprimée  sous  la  date  du  18  juin.  » 
—  (C'est  le  18  que  l'adresse  a  été  rédigée.) 


122  PART.  Il,  CIIAP.  XI.  LA  RÉGION  DE  TOULOUSE. 

enchaînée  et  ce  n'est  pas  du  milieu  des  fers  que  l'on  peut 
sauver  la  liberté  d'un  peuple. 

Ils  veulent  le  bien  public;  mais  pour  le  faire  ils 
ont  besoin  de  leur  confiance  et  ils  appellent  des  com- 
missaires des  assemblées  primaires  à  la  réunion  qu'ils 
ont  formée.  —  Puis  viennent  les  considérants  : 

Considérant  les  grandes  mesures  qu'il  est  urgent  de  prendre 
dans  la  crise  alarmante  où  se  trouve  la  République  depuis 
que  la  Convention  nationale  a  été  forcée  d'attenter  à  l'unité  et 
à  l'indivisibilité  de  la  souveraineté  du  peuple,  en  mettant 
plusieurs  de  ses  membres  en  état  d'arrestation,  sans  les  avoir 
entendus,  et  en  devenant,  par  cet  attentat,  l'instrument  passif 
d'une  faction  sanguinaire  et  liberticide  qui  ne  se  propose  rien 
moins  que  de  faire  égorger  et  asservir  le  peuple  par  le  peuple  ; 

Considérant  qu'au  premier  récit  de  ces  événements  désas- 
treux, le  peuple  de  Toulouse,  comme  celui  des  autres  dépar- 
tements, saisi  par  un  mouvement  d'indignation,  s'est  levé  pour 
en  demander  vengeance; 

Considérant  qu'il  est  indispensable  que  tous  les  citoyens 
du  département  concourent  avec  ceux  de  Toulouse  aux 
grandes  mesures  qu'il  est  instant  de  prendre  pour  prévenir 
les  horribles  effets  des  conspirateurs  atroces  qui  menacent 
la  vie,  les  propriétés  et  la  liberté  : 
Arrête 

Suit  l'arrêté  pour  la  tenue  des  assemblées  pri- 
maires. 

L'adresse  à  la  Convention  nationale,  tout  en  expri- 
mant l'horreur  qu'avait  inspirée  la  violation  de  l'As- 
semblée, demandait  :  i°  que  le  décret  d'arrestation  des 
vingt-huit  députés  fût  mis  à  néant;  1°  que  tous  les 
décrets  rendus  depuis  le  ol  mai  fussent  revisés;  5"  que 
les  chefs  de  la  conspiration  contre  la  Convention  na- 
tionale fussent  arrêtés;   4°  qu'on  établît  à  50  lieues 


I.  HAUTE-GARONNE.  125 

au  moins  de  Paris  un  tribunal  formé  d'un  nombre 
déterminé  de  juges,  tirés  au  sort  parmi  les  présidents 
des  tribunaux  criminels,  et  de  jurés  envoyés  un  par 
chaque  département;  5°  que  ce  tribunal  fût  chargé 
de  punir  les  coupables.  Dans  un  sixième  article  on 
demandait  qu'un  rapport  fut  présenté  à  la  Convention 
sur  toutes  les  dénonciations  faites  contre  ses  membres 
et  sur  les  complots  dont  la  recherche  avait  été  confiée  à 
la  commission  des  Douze;  que  ce  rapport  fût  publié, 
et  que  les  prévenus,  s'il  y  en  avait,  fussent  renvoyés  au 
tribunal  dont  on  réclamait  l'établissement.  —  C'est  à 
peu  près  la  résolution  arrêtée  à  Bordeaux. 

Quand  les  deux  pièces  furent  apportées  à  la  société 
des  Amis  de  la  liberté,  le  20  juin,  elles  y  produisirent 
une  grande  agitation  : 

L'indignation  publique,  dit  le  procès-verbal  de  la  séance,  a 
fait  justice  des  calomnies  renfermées  dans  cette  déclaration, 
qui  n'est  pas  celle  du  vrai  peuple  de  Toulouse.  On  a  fait 
ensuite  lecture  de  l'adresse  des  corps  constitués  aux  citoyens. 
Les  faux  principes  de  ces  deux  ouvrages  n'ont  que  prouvé  de 
plus  fort  qu'il  existe  partout  des  hommes  qui,  se  disant  les 
amis  du  peuple,  ne  le  paraissent  pas  par  leurs  actions'. 

De  son  côté  le  procureur  général  syndic,  dont  on  a  vu 
les  affinités  jacobines,  n'ayant  pu  s'opposer  à  ces  mesu- 
res, consignait,  à  la  date  du  22,  la  protestation  suivante 
sur  son  registre  de  correspondance  "  : 

22  juin  1795.  —  Je  soussigné,  procureur  général  syndic 
du  département  de  la  Haute-Garonne,  dépose  sur  le  registre 
une  protestation  solennelle  contre  toutes  les  adresses,  actes, 
arrêtés  liberticides,  pris  tant  en  assemblée  du  département 
qu'en  celle  des  autorités  constituées   de  Toulouse  réunies, 

1.  Registre  des  délibérations  de  la  société  des  Amis,  etc.,  à  la  date. 

2.  Archives  de  la  Haute-Garonne. 


124  PART.  II,  ClIAP.  XI.  LA  RÉGION  DE  TOULOUSE. 

comme  attentatoires  aux  décrets  de  la  Convention  nationale, 
à  l'unité  et  à  l'indivisibilité  de  la  République  ;  déclarant  que 
je  n'ai  assisté  dans  lesdites  assemblées  que  pour  seconder 
les  vues  du  représentant  Chaudron-Rousseau,  et  lui  trans- 
mettre tous  les  actes  qui  s'y  font,  afin  de  le  mettre  à  portée 
de  les  faire  parvenir  au  Comité  de  salut  public,  ainsi  que 
pour  comprimer,  s'il  est  possible,  les  derniers  efforts  des 
ennemis  de  la  chose  publique,  et  les  empêcher  d'adopter  des 
mesures  dont  l'effet  serait  de  porter  obstacle  à  l'exécution  de 
celles  qui  ne  tarderont  pas  à  être  prescrites  par  la  Convention 
nationale. 

Fait  et  déposé  sur  ce  registre,  vu  l'impossibilité  de  consi- 
gner la  présente  sur  ceux  desdites  assemblées,  par  refus  de 
m'en  délivrer  acte.  Toulouse,  le  22  juin  1793,  an  II  de  la 
République. 

Signé  : 
Descomdels*. 

Cependant  les  denx  assemblées  rivales,  le  département 
et  le  club,  continuaient  de  recevoir  des  communications 
du  dehors.  Âii  club  arrivaient  les  meilleures  assurances: 
le  20,  de  Sedan  ;  le  2 1 ,  de  Limoges,  de  Béziers,  du  dépar- 
tement de  la  Corrèze;  le  24,  de  Sezanne;  le  25,  de  Lan- 
gres,  d'Arras  ;  le  26,  d'Aurillac  ;  et  il  faisait  lui-même  des 
adresses  :  aux  Jacobins  et  aux  sections  de  Paris  pour  les 
complimenter,  à  la  Convention  pour  renier  l'adresse 
des  corps  constitués,  comme  l'œuvre  de  Tinfàme  aristo- 
cratie (23  juin  ^).  Au  département,  le  23,  c'était  le  Lot- 
et-Garonne  qui  envoyait  les  pièces  imprimées  de  ses 
séances  des  17,  18  et  19,  et  la  Gironde  qui  soumettait 
son  plan  pour  une  action  commune.  On  délibéra  sur 

1.  Il  avait  été  nommé  prncurcur  sénéral  syndic  li>  16  mai,  par  Mailhe  et 
Lombaril-Lacbaux,  en  remplacement  de  Malpel,  suspendu. 

2.  On  a  aux  Archives  nationales  une  adresse  de  la  société,  en  date  du  20  juin, 
qui  est  une  approbation  eatliousiasle  de  la  révolution  accomplie.  (D  xl  §  4, 
carton  20,  dossier  Haute-Garonne.) 


I.  HAUTE-GARONNE.  -125 

ce  plan  le  24,  mais  on  résolut  d'attendre  la  réunion 
des  commissaires  des  assemblées  primaires  nommés 
la  veille,  et  le  "20  juin  on  reprit  la  discussion.  La  Gi- 
ronde proposait  de  réunir  à  Bourges,  le  16  juillet  sui 
vaut,  une  assemblée  composée  de  deux  commissaires  par 
cbaque  département  ;  chacune  des  commissions  départe- 
mentales devait  s'y  rendre  avec  une  escorte  de  cent  à 
deux  cents  hommes.  Disons-le  tout  de  suite  :  le  plan 
ne  fut  pas  agréé.  Le  conseil  du  département,  tout  en 
rendant  justice  aux  intentions  pures  qui  avaient  dirigé 
la  Commission  populaire  de  Bordeaux  dans  ses  détermi- 
nations, lui  fit  observer  que  la  réunion  proposée  allait 
contre  le  but  que  l'on  avait  en  vue,  puisqu'elle  menait 
à  la  guerre  civile  : 

Considérant  que  ces  motifs  sont  trop  pressants  pour  ne  pas 
retenir  le  conseil  du  département,  fortement  rallié  à  la  Con- 
vention, dans  le  temps  surtout  où  elle  s'occupe  sans  relâche 
de  décréter  la  Constitution,  qu'elle  est  sur  le  point  d'achever 
et  de  soumettre  à  la  sanction  du  peuple; 

Par  ces  considérations,  le  conseil  arrête  :  1"  qu'il  ne  peut 
ni  ne  doit  adhérer  à  la  réunion  projetée  par  ladite  commis- 
sion populaire;  2"  invite  ladite  commission  à  renoncer  à  ce 
projet,  qui  paraît  vraiment  désastreux,  et  à  demeurer  inébran- 
lablement  attachée  à  la  Convention  nationale,  comme  le  point 
central  de  tous  les  vrais  républicains,  qui  sont  profondément 
pénétrés  de  la  situation  actuelle  de  la  France  ; 

Que  le  présent  arrêté  sera  envoyé  à  la  Commission  popu- 
laire de  la  Gironde  par  le  procureur  général  syndic  provi- 
soire ' . 

C'était  un  premier  sujet  de  triomphe  pour  les  Jaco- 


1.  Registre  des  tlélibérations  ilii  conseil  gcnûral  de  la  Iluule-Garonne,  à  la  date, 
i'^  5. 


126  PART,  n,  CILVP.  XI.  LA  RÉGIO>'  DE  TOULOUSE. 

bins  (le  Toulouse.  Ils  ne  manquèrent  pas  d'en  prendre 
acte  dans  leurs  procès-verbaux  : 

Un  arrêté  du  département  de  cette  ville,  en  rétractation  des 
mesures  qu'il  avait  d'accord  concertées  avec  celui  de  la  Gi- 
ronde, et  portant  la  déclaration  qu'il  fait  de  ne  plus  adopter 
son  projet  de  réunion,  a  fait  faire  à  un  membre  l'observation 
judicieuse  :  combien  le  peuple,  qui  est  témoin  des  opérations 
de  la  société,  doit  aujourd'hui  se  convaincre  plus  que  jamais 
qu'elle  seule  n'a  jamais  dévié  des  vrais  principes  qui  doivent 
faire  le  bonheur  du  peuple  '. 

Puisqu'on  rejetait  le  plan  de  Bordeaux,  le  moment 
était  venu  d'en  arrêter  un.  Le  28  juin,  les  commissaires 
délégués  par  les  assemblées  primaires  étaient  arrivés. 
On  procéda  à  la  vérification  des  pouvoirs;  ils  prêtèrent 
serment  selon  la  formule  adoplée,  adhérèrent  aux 
déclarations  et  aux  mesures  des  autorités  constituées  de 
Toulouse.  Il  fut  décidé  qu'ils  délibéreraient  avec  le  con- 
seil général  du  département.  La  séance  devait  se  tenir 
dans  l'église  des  ci-devant  Pénitents  bleus^  Mais  un  coup 
de  tonnerre  éclata,  qui  présageait  une  catastrophe  pro- 
chaine. Le  20  juin,  comme  on  venait  de  se  réunir  aux 
Pénitents  bleus,  on  annonça  l'arrivée  de  deux  commis- 
saires de  la  Convention.  Le  conseil  du  département  se 
retira  dans  son  local  ordinaire  pour  les  recevoir,  et 
l'assemblée  générale  se  continua  sous  la  présidence  du 
citoyen  d'Ardignac. 

Diverses  propositions,  inspirées  par  une  pensée  de 
recul,  furent  encore  écartées  :  proposition  de  revenir  sur 
l'impression  ordonnée  de  la  séance  du  19  :  —  ordre 
du  jour  ;    de    ra])porter   l'arrêté   d'hier  pour  la  déli- 

I.  Ucf;isli-i!  di>s  (lélil)i'r;ilions  <lc  la  Sociélé  îles  Aiiiis;,  à  la  ilale  du  28  juin. 
1>.  Ibicl.,  1"  12. 


I.  IIAUTE-GAHONNE.  127 

bération  des  commissaires  des  communes  el  des  dé- 
partements :  —  ordre  du  jour;  de  nommer  un  com- 
missaire pour  examiner  les  procès-verbaux  des  séances 
des  corps  administratifs  et  autorités  constituées  réu- 
nis :   —  ordre  du  jour. 

Tandis  que  l'assemblée  générale  persévérait  avec  tant 
de  résolution  dans  son  œuvre,  le  conseil  recevait  les 
communications  de  Paris.  La  voix  de  Baudot  avait  été 
entendue.  Un  décret  rendu  le  24  destituait  le  président 
du  conseil  général  et  le  mandait  à  la  barre  de  la  Conven- 
tion, ainsi  que  plusieurs  autres  fonctionnaires  publics  S 
Les  deux  représentants,  porteurs  de  l'ordre,  venaient 
en  assurer  l'exécution. 

Le  conseil  n'entreprit  pas  de  résister,  et  il  consigna 
sa  propre  soumission  dans  un  arrêté  où  il  se  borne  à 
plaider  les  circonslances  atténuantes  en  faveur  de  son 
président  proscrit%  et  l'on  décida  qu'une  adresse  serait 
faite  à  la  Convention  dans  le  même  sens'. 

1.  Séance  du  24  juin.  Moniteur  du  27,  t.  XVI,  p.  757.  La  Convention  lit 
imprimer  à  l'appui  du  rapport  de  Baudot,  avec  son  décret  du  24  juin,  plusieurs 
pièces  relatives  aux  événements  qui  l'avaient  motivé.  (Ijibliothèque  nationale, 
Le  59  21.) 

2.  Voyez  la  note  XXXV  aux  Appendices. 

5.  Archives  de  la  Haute-Garonne,  registre  des  délibérations  du  conseil  du 
département,  là  la  date  du  29  juin.  On  trouve  en  outre  dans  le  registre  de 
coi-respondaucc  du  procureur  général  syndic  cette  lettre  aux  représentants  du 
peuple  à  Paris  : 

«  Ea  vous  adressant  un  arrêté  pris  en  exécution  de  votre  décret  du  24,  por- 
tant destitution  de  notre  président  et  sa  traduction  à  la  barre,  le  conseil  a  cru 
devoir  rendre  hommage  aux  vertus  morales  et  civiques  qui  distinguent  cet  excel- 
lent citoyen. 

«  Citoyens  représentants,  ce  vieillard  respectable  mérite  toute  votre  sensibi- 
lité, l'ère  d'un  seul  enfant,  il  l'a  consacré  au  service  de  la  patrie,  et  c'est  pour 
elle  aussi  qu'il  sacrifiera  les  derniers  instants  de  sa  vie.  Kous  sommes  animés 
des  mêmes  sentiments,  et,  forts  de  notre  conscience,  nous  mourrons  en  invoquant 
la  liberté,  l'unité  et  l'indivisibilité  de  la  République.  »  (F"  13  v°.) — Le  28  juin, 
avant  que  l'on  pût  connaître  les  effets  du  décret  du  24  à  Toulouse,  Couthon  avait 
demandé,  sur  les  instances  d'une  députation  de  la  Haute-Garonne,  alors  à  Paris, 
qu'on  en  suspendit  l'exécution;  mais  sa  motion  avait  été  rejetée,  après  quelques 
paroles  de  Hobespierre,  appuyées  par  Vadier.  (il/oH27e«?Hlu30juin,t.  XVI.p.  76G.) 


128  PART.  II,  CIIÂP.  XI.  L\  RÉGION  DE  TOULOUSE. 

Le  lendemain  50,  l'assemblée  générale  se  réunit 
encore  aux  Pénitents  bleus  :  mais  pour  quoi  faire?  Quel- 
ques commissaires,  alléguant  que  l'arrestation  de  la 
veille  était  un  événement  qui  n'avait  pu  être  prévu  par 
leurs  commettants,  demandaient  les  uns  de  se  retirer,  les 
autres  de  prendre  l'avis  des  commettants  sur  la  matière; 
mais  on  passa  encore  à  l'ordre  du  jour.  Ce  qu'il  y  avait 
de  certain  pourtant,  c'est  qu'on  ne  se  proposait  pas 
d'entrer  en  lutte.  Un  député  des  assemblées  primaires, 
pour  ne  laisser  aucun  doute  sur  l'unanimité  des  prin- 
cipes révolutionnaires  de  toute  l'assemblée,  proposa  une 
adresse  à  la  Convention  nationale,  et  l'on  renvoya  son 
projet  à  une  commission;  mais  déjà  les  défections  se 
multipliaient.  Le  citoyen  môme  qui  avait  été  chargé  de 
faire  l'adresse  s'excusa,  et  il  en  fallut  nommer  un  autre. 
Chose  inutile  !  La  pensée  de  la  retraite,  sous  prétexte  de 
reprendre  l'avis  des  commettants,  avait  prévalu';  seule- 
ment on  ne  voulait  point  partir  en  ayant  l'air  de  se 
reconnaître  coupable  de  desseins  qu'on  ne  pouvait 
avouer  ;  et  à  cet  effet  le  procureur  général  syndic  pro- 
posa deux  adresses,  l'une  en  faveur  des  citoyens  traduits 
à  la  barre,  et  l'autre  portant  : 

1°  Que  le  sentiment  unanime  du  département  est 
le  ralliement  à  la  Convention  ; 

2"  Que  le  prompt  jugement  des  députés  détenus  ait 
lieu  ; 

5°  Que  la  poursuite  soit  faite  des  auteurs  et  com- 
plices des  outrages  qu'a  reçus  la  représentation  natio- 
nale les  51  mai  et  2  juin  courant; 

4"  Que  la  Constitution  soit  incessamment  envoyée. 

On   décida  ensuite   qu'il  serait  fait    une   troisième 

1.  IS'jle  XXX.YI,aux  A])pendiccs. 


I.  UAUTE-GARONNE.  129 

adresse  aux  communes  du  ressort.  Dans  la  séance  qui 
eut  lieu  le  lendemain  aux  Pénitents  bleus,  les  adresses 
lurent  lues  et  adoptées,  et  l'on  décida  qu'elles  seraient 
imprimées  et  envoyées  à  la  Convention  nationale  et  dans 
tous  les  départements. 

En  outre,  «  comme  les  intentions  du  conseil  avaient 
été  calomniées  )?,  il  fut  arrêté  que  le  procureur  général 
syndic  serait  cliargé  d'informer  contre  les  auteurs  de  ces 
manœuvres.  Puis,  sur  la  motion  d'un  membre,  l'assem- 
blée prononça  que  par  ces  trois  adresses  son  œuvre 
était  accomplie  et  se  déclara  dissoute. 

Avec  l'adresse  du  conseil  général,  qui,  tout  en  se  reti- 
rant, ne  laissait  pas  que  de  faire  valoir  ses  griefs  et 
de  stipuler  en  faveur  des  proscrits',  la  Convention  allait 
recevoir  celle  où  les  Jacobins  victorieux  célébraient  ce 
qu'ils  appelaient  la  délivrance'.  Elle  recevait  aussi  le 
rapport  de  ses  représentants  sur  cette  facile  victoire. 
Voici  comment  Chaudron-Rousseau  racontait  à  Baudol, 
son  collègue,  l'accomplissement  de  la  mesure  que  ce 
dernier  avait  préparée  à  Paris  et  que  lui-même  était 
chargé  d'exécuter  : 

J'ai  reçu,  mon  cher  ami,  le  '29  juin  à  sept  heures  du  malio, 
le  décret  de  la  Convention  du  (24)  portant  l'arrestation  de 
plusieurs  agitateurs  de  cette  ville 

L'exécution  du  décret,  que  certains  regardaient  comme 
très  difficile,  ne  m'a  coûté  que  quelques  moments  de  réflexion. 


i.  Note  XXXVII,  aux  Appendices. 

2.  5  juillet  1793.  Elle  est  donnée  par  lîaudot  dans  son  rapport  fp.  18  ,  el  il 
pouvait  s'y  com|)laire.  On  y  lisait  : 

«  C'est  dans  ces  moments  d'une  véritable  douleur  que  Haudot  et  Chaudron- 
Rousseau  ont  paru  parmi  nous,  comme  députés  de  la  Divinité  pour  venir  calmer 
nos  maux.  Ils  ont  été  les  témoins  des  persécutions  tyranniques  que  les  corps 
constitues  ont  exercées  contre  nous.  Us  y  ont  vu  tous  les  mouvements  des  pas- 
sions et  des  intérêts  individuels  dirigés  contre  le  Iwiidirtn-  ili>  la  patrie,  etc.  /> 

RÉVOL.   DU    51    5IAI.  il  —  9 


150  PART.  II,  CIIAP.  Xf.  LA  RÉGION  ItE  TOULOUSE. 

Deux  commissaires,  l'un  militaire  et  l'autre  civil,  ont  été 
chez  les  citoyens  désignés  dans  le  décret,  pour  les  mettre  en 
arrestation  et  apposer  le  scellé  sur  leurs  papiers.  Loubet, 
Barras,  Derrey,  Dardignac  et  Artaud  ont  élé  arrêtés.... 

Ce  décret  semble  avoir  anéanti  le  désir  de  contre-révolution 
qui  transportait  beaucoup  les  tètes  dans  ces  contrées.  On  voit 
bien  que  les  grandes  mesures  sont  toujours  les  seules  qui 
conviennent  à  des  législateurs.  La  faiblesse  détruit  tous  les 

caractères,  et  la  sévérité  les  forme 

Le  département  avait  invité  les  districts  et  municipalités  à 
convoquer  les  assemblées  primaires,  et  cette  invitation  étail 
accompagnée  d'un  fagot  de  papiers  anti-civiques,  tels  que  le  rap- 
port mensonger  et  virulent  de  Barras,  l'adresse  contre-révolu- 
tionnaire de  Nantes,  celle  de  Marseille,  etc.,  etc.;  et  chaque 
assemblée  primaire  devait  donner  lecture  de  ces  diatribes  au 
bon  peuple,  afin  qu'il  y  délibérât.  C'est  un  piège  adroitement 
tendu  à  la  bonne  foi... 

Toutes  ces  machinations,  quoique  artificicusement  ourdies, 
ont  échoué;  les  commissaires,  quoique  influencés  par  ceux  qui 
avaient  intérêt  à  les  tromper,  ont  délibéré  de  se  retirer  après 
avoir  voté  des  adresses  à  la  Convention,  dont  une  est  enta- 
chée encore  du  péché  originel.  La  grande  majorité  des  sec- 
tions de  Toulouse  a  annulé  les  précédents  arrêtés,  déclaré 
obéissance  à  la  Convention  et  à  ses  décrets,  et  elles  se  sont 
séparées'. 

Mais  le  peuple?  11  n'était  pas  tant  pacilié,  si  l'on  en 
croit  une  lettre  des  représentants  Leyris  et  Chaudron- 
Rousseau  à  leurs  collègues  du  Comité  de  salut  public, 
on  date  du  25  août  : 

Des  mouvements  contre-révolutionnaires  se  sont  fait  sentir 
ici  ;  il  y  a  eu  des  menaces,  des  cris  de  Vive  le  roi  ;  la  malveil- 
lance s'agite,  et  voyait  partir  avec  joie  le  55^  régiment. 

1.  LcUre  publiée  avoc  sa  Ldtie  au  C.omilr  de  salul  /;h/;//c  (2  juillel  1705), 
p.  8-9. 


I.  JIAUTE-GARONNE.  151 

Ils  ont  besoin  d'une  force  armée  solide,  cl  ils  annon- 
cent qu'ils  ont  retenu  trois  compagnies'. 

La  levée  de  boucliers  des  administrateurs  devait  avoir 
pourtant  son  épilogue  :  1"  Renouvellement  de  l'admi- 
nistration. Baudot  et  Chaudron-Rousseau  s'en  chargè- 
rent :  par  un  arrêté  du  22  août,  ils  suspendirent  plu- 
sieurs de  ses  membres,  et  par  un  autre  du  2  septembre 
ils  réorganisèrent  le  directoire'  ;  2"  Châtiment  des  plus 
compromis  :  Julien  dans  son  rapport  complète  la  lettre 
de  Chaudron-Rousseau  à  Baudot,  en  ce  qui  touche 
ceux  qui  furent  envoyés  à  Paris.  Il  nous  dit  que  la 
plupart  des  hommes  mis  en  arrestation  sont  dans  les 
prisons  de  l'Abbaye^  Ce  n'était  pas  pour  y  rester.  Barras, 
l'énergique  envoyé  de  Toulouse  auprès  de  la  Conven- 
tion, le  maire  Derrey,  Douziech,  commandant  de  la  garde 
nationale,  Loubet,  président  de  section,  républicain 
zélé  qui  avait  passé  pour  ami  de  la  Montagne,  Dario, 
juge,  Sevenne,  négociant,  et  Ruffat,  l'un  des  deux 
membres  députés  à  Bordeaux,  figurent  sur  la  liste  fu- 
nèbre du  tribunal  révolutionnaire;  le  premier,  Barras, 
comme  ayant  voulu  «  dissoudre  la  représentation  na- 
tionale et  assassiner  ses  membres,  »  le  24  germinal 
(15  avril  1794)  avec  les  derniers  amis  d'Hébert  et  de 
Ronsin!  les  six  autres,  à  la  date  du  11  messidor 
(29  juin)  ^  ;  quant  aux  actes  de  la  justice  révolutionnaire 
dans  Toulouse  même,  nous  en  parlerons  ailleurs. 


1.  Archives  nationales,  D  xlii,  carton  4,  dossier  47,  pièces  2  et  4. 
"2.  Registre  du  conseil  général  de  la  Haute-Garonne,  f"  128  v". 
~>.  iUipport,  p.  107. 

4.  Vovez  Histoire  du  Tribunal  révolu lionnairc  de  Paris,    t.   III,  p.  198, 
et  t.  IV,  p.  519. 


152  PART.  II,  CIIAP.  XI.  LA  KKGION  DE  TOULOUSE. 

l[ 

Loi,  Tarn. 

A  côté  de  la  république  du  Sud-Ouest,  on  aurait  pu 
imaginer  à  Paris  une  république  du  Sud,  prenant  Tou- 
louse pour  capitale  et  ayant  pour  villes  principales 
Cahors  et  Montauban,  Albi,  Carcassonne  et  iXarbonne, 
Foix  et  Perpignan.  Des  adresses  se  signaient  partout 
dans  ces  villes  et  l'on  nommait  des  délégués  pour  les 
porter  à  Paris.  Le  département  du  Lot,  depuis  la  réunion 
de  la  Convention,  s'était  élevé  contre  les  divisions  de 
l'AssembléeS  et  aux  approches  du  51  mai  il  joignait 
aux  avertissements  la  menace  : 

Souvenez-vous,  disait  la  commune  de  Cahors,  que  vos  des- 
tinées sont  liées  aux  nôtres.  Si  nos  revers  sont  l'effet  de  vos 
dissentiments,  il  vous  sera  demandé  un  compte  sévère  des 
moyens  que  vous  aurez  employés  pour  les  prévenir,  et  la  na- 
tion indignée  immolera  à  sa  juste  vengeance  et  les  conspira- 
teurs et  les  hommes  qui,  par  leur  faiblesse,  ne  lui  auraient 
laissé  d'autre  ressource  qu'une  insurrection  générale  -. 

Après  le  oi  mai,  on  voulut  tenir  parole.  Le  Lot  adhéra 
aux  premières  résolutions  de  la  Côte-d'Or  et  communi- 
qua au  conseil  général  de  la  Haute-Garonne  l'adhésion 
qu'il  y  avait  donnée  (15  juin'').  Les  sections  de  Cahors 


i.  Note  XXXVIII,  aux  Appendices. 

2.  Arcliives  nationales,  U  xl  §  4,  carlon  21,  dossier  Lot.  La  lellre  il'cnvoi  csl 
(lu  14  mai  :  «  Ils  veulent  la  Pié])iiijlii]uc  une  et  indivisible;  mais  ils  veulent 
aussi  que  les  factieux  soient  réprimé'  ])ar  le  glaive  ».  Voyez  encore  l'extrait  du 
procès-verbal  des  séances  du  conseil  d'administration  du  département  du  Lot, 
13  mai  1795.  (Arcliives  nationales,  AF  n,  carton  45,  dossier  154,  n"  3.) 

5.  Registre  des  délibérations  du  conseil  général  de  la  Haute-Garonne,  à  la 
date. 


H.  LOT,  TARN.  133 

se  plaignaient  que  les  principes  de  la  liberté  fussent 
((  méconnus  et  foulés  aux  pieds  dans  le  temple  même 
de  la  représentation  nationale  «,  et  demandaient  le  rap- 
port des  décrets  rendus  contre  les  Girondins,  même  de 
tous  ceux  qui  avaient  suivi  leur  expulsion  \  Le  dépar- 
lement s'était  mis  aussi  en  rapport  avec  Bordeaux.  Lavau- 
gayon  écrivait  à  la  Commission  populaire  de  salut  public 
de  la  Gironde,  qui  l'avait  délégué  dans  les  départements 
voisins  : 

Le  Lot  vous  a  fait  connaître  ses  bonnes  intentions.  Les 
sections  de  Cahors  vous  ont  envoyé  des  députés,  la  garde  na- 
tionale s'est  prononcée  dans  vos  principes — Si  nous  eussions 
connu  la  nouvelle  détermination  de  la  marche  de  votre  force 
départementale,  nous  ne  doutons  pas  qu'elle  n'ait  été  grossie 
d'un  contingent  considérable.  Montauban  est  la  seule  ville  de 
ce  département  qui  ait  manifesté  des  principes  contraires. 

Montauban%  en  effet,  la  ville  protestante,  avait  pris 
une  altitude  tout  opposée.  La  société  populaire  de  cette 
ville  avait  été  jusqu'à  réputer  fauteurs  de  discorde 
ceux  qui,  en  février,  parlaient  encore  de  rechercher  les 
auteurs  des  massacres  de  septembre^  Les  sections, 
dès  les  premiers  jours,  acclamèrent  la  révolution  du 
51  mai  par  une  adresse  à  la  Convention  ;  elles  écri- 
virent à  la  commune  révolutionnaire  de  Paris  :  leur 
lettre,  lue  le  15  juin  au  conseil  général,  fut,  par  sa  déci- 
sion, insérée  dans  Y  Affiche  de  la  Commune'';  le  17,  la 

1.  Julien,  BfipporI,  p.  150. 

2.  Le  Tarii-et-Garonne,  dont  Montauban  est  tlevcnu  le  chel-licu,  n'a  clé  formé 
aux  dépens  des  départements  voisins  qu'en  1808. 

5.  «  Quel  est  le  génie  malfaisant  qui  appelle  dans  votre  sein  des  rcclierclics 
.~ur  les  malheureux  événements  des  2  et  5  septembre'?  Ce  génie  impur,  nous 

vous  le  dénonçons  :  c'est  celui  de  la  discorde La  Constitution  !»  —  20  février. 

!Arcliivcs  nationales,  D  xl  §  4,  carton  21,  dossier  Lot.) 

4.  Moniteur  du  16,  t.  XVI,  p.  C38. 


154  PART.  II,  CIIAP.  XI.  L\  RÉGION  DE  TOULOUSE. 

société  populaire  de  la  même  ville  se  mettait  en  rapport 
avec  les  Jacobins  de  Toulouse  et  y  faisait  applaudir  son 
adresse  à  la  Convention*.  Mais  le  département  lui-même 
n'avait  point  persévéré  dans  ses  idées  de  résistance.  Le 
25  juin,  un  délégué  de  l'administration  du  Lot,  admis 
à  la  barre,  présentait  au  nom  de  ses  collègues  une  adhé- 
sion complète  à  la  nouvelle  adresse  de  la  Côte-d'Or,  — 
celle  qui  acceptait  les  faits  accomplis  réprouvait  tout 
appel  à  la  force  et  s'inclinait  devant  la  Convention  : 

Le  pcuj)le  du  département  du  Lot,  ajoutait-il,  qui  a  tou- 
jours eu  dans  la  Convention  la  plus  entière,  la  plus  profonde 
confiance,  se  ralliera  autour  de  l'excellente  Constitution  qu'elle 
va  présenter  à  tous  les  départements  de  la  République,  et 
qu'il  s'empressera  d'accepter  comme  un  gage  immuable  de  la 
liberté  nationale  — 

11  ajoutait  (ce  qui  n'est  pas  conforme  au  rapport  de 
Lavaugayon  cité  plus  haut)  «  que  le  département  du  Lot, 
vivement  sollicité  par  l'administration  de  la  Gironde 
d'envoyer  à  Bordeaux  des  commissaires,  avait  constam- 
ment rejeté  cette  proposition'  ». 

Dans  la  môme  séance,  la  société  républicaine  de 
iSouillac  faisait  un  acte  d'adhésion  qui  était  vivement 
applaudi ^  Le  20,  c'était  la  commune  de  Figeac  qui 
disait  : 


1.  Registre  des  délibcralions  ilc  la  sociclé  «les  Amis,  etc.,  de  Toulouse,  à  la  date. 
—  Julien,  tout  en  vantant  l'énergie  de  la  société  populaire  de  Montauban, 
rcjjroclic  pourtiuit  à  l'administration  sa  connivence  avec  le  parti  contraire  : 
«  Elle  protégeait  surtout,  dit-il,  ces  dissémineurs  d'adresses  qui  y  arrivaient  de 
tous  les  coins  de  la  Répulili(|ue,  ces  coureurs  à  gages  des  administrations  départo- 
nienlaires  ;  et  comme  si  elle  eût  voulu  se  l'aire  des  partisans  parmi  les  gens 
suspects,-  elle  les  élargissait  dans  le  moment  même  où  une  crise  contre-révolu- 
tionnaire agilait  tous  les  esprits.  »  Il  ne  traite  pas  mieux  les  administrations  des  . 
districts  de  Moissac  et  de  Figeac.  [Rapport,  p.  151.) 

2.  Moniteur  du  20  juin,  t.  XVI,  |).  727. 
5.  Ihid. 


H.  LOT,  TARN.  13.:, 

Trente-deux  de  vos  collègues  ont  été  mis  en  état  d'arrcsta- 
lion;  la  seule  remarque  que  nous  avons  faite  sur  leur  compte, 
c'est  qu'ils  contrariaient  votre  marche,  qu'ils  renouvelaient 
trop  souvent  pour  des  cœurs  patriotes  les  scènes  affli- 
geantes.... 

Toujours  le  mônic  cri  contre  les  factieux,  mais  cetle 
fois  contre  les  Girondins;  toujours  la  même  offre  de 
concours,  mais  maintenant  à  l'appui  du  51  mai: 

Loin  de  nous  l'affligeante  pensée  que  les  Parisiens  puissent 
concevoir  quelque  complot  liberticide!  Si  vous  avez  besoin 
de  nous,  donnez  le  signal  :  dans  quelque  position  où  nous 
nous  trouvions,  comptez  que  nous  sommes  aussi  vigoureuse- 
ment prononcés  que  la  plus  haute  montagne  du  globe'. 

Le  '27,  on  lisait  à  la  Convention,  avec  l'adresse  du 
district  de  Périgueux,  celle  du  département  du  Lot,  qui 
rétractait  expressément  toute  adhésion  aux  arrêtés 
fédéralistes".  —  Dès  le  !21  les  deux  représentants  Treil- 
liard  et  Mathieu,  revenus  de  Bordeaux  à  Périgueux  et 
arrivés  de  Périgueux  à  Montauban,  dirigeaient  de 
cette  ville  la  résistance  à  l'insurrection  dont  Bordeaux 
continuait  encore  d'être  le  foyer''. 

Le  Tarn  avait  répondu  sans  hésiter  à  l'appel  de  la 
Loire-Inférieure  dont  l'adresse  lui  était  parvenue.  11 
avait  adopté  cette  formule  de  serment  :  Liberté,  égalité, 
souveraineté  : 

Le  conseil  du  département  du  Tarn,  considérant  que  dans 
le  moment  où  une  Constitution  entièrement  fondée  sur  les 
bases  immuables   de  la  liberté  et  de  l'égalité  va  détruire  le 

1.  Moniteur  du  28  juin,  t.  XVI,  p.  749. 
'2.  Moniteur  du  50  juin,  ibid.,  p.  765. 

o.  Voyez  leurs  lettres,  du  21  an  20  juillet,  parmi  les  pièces  annexes  de  leur 
Compte  rendu. 


156  l'ARï.  11,  CIIAP.  XI.  LA  RKGION  DE  TOULOUSE. 

dernier  espoir  des  sectateurs  du  royalisme,  il  est  nécessaire 
que  la  voix  des  représentants  du  peuple  ne  soit  pas  indé- 
cemment étouffée  par  les  cris  de  quelques  agitateurs  que  la 
malveillance  soudoie  et  que  l'impunité  enhardit; 

Que  l'envoi  d'une  force  départementale  à  Paris  peut  préve- 
nir ce  malheur  et  servir  utilement  la  chose  publique  ; 

Que  l'accueil  fait  par  la  Convention  nationale  aux  adresses 
des  diverses  administrations,  l'impression  et  l'envoi  aux 
quatre-vingt-quatre  départements  qu'elle  en  a  décrétés  sont 
une  invitation  formelle  ou  plutôt  un  ordre  d'adopter  les 
mêmes  mesures  ; 
Arrête  : 

Art.  1.  Il  sera  envoyé  à  Paris,  pour  y  être  à  la  disposition 
de  la  Convention  nationale,  un  coips  composé  de  citoyens 
gardes  nationaux  de  ce  département. 

Ce  corps  partagera  avec  ceux  que  les  autres  départements 
ont  déjà  envoyés  et  avec  la  garde  nationale  parisienne  le  ser- 
vice auprès  de  la  Convention,  suivant  le  mode  qu'elle  dé- 
crétera '  — 

Le  Tarn  avait,  comme  le  Lot,  député  plusieurs  de 
ses  membres,  pour  se  concerter  dans  une  pensée  fcdé- 
rative,  à  Perpignan,  à  Toulouse'"  :  «  Le  canon  d'alarme, 
qui  ne  les  avait  pas  affectés  lorsqu'il  servait  à  perdre  un 
tyran,  dit  Julien,  les  agita  lorsqu'il  fallut  en  perdre 
trente  :  l'administration  de  ce  département  convoqua 
aussi  les  assemblées  primaires  afin  de  délibérer  sur 
l'état  de  la  Convention;  mais  la  justice  qu'on  doit  lui 
accorder  est  qu'elle  ne  permit  à  aucun  de  ses  membres 
d'assister  à  ces  assemblées.  Elle  ne  voulut  pas  que  le 

1.  Les  articles  suivants  règlent  l'organisation  de  ce  corps,  solde,  inscription,  elc 
—  Un  exemplaire  s'en  trouve  aux  Archives  de  Seine-et-Oise  el  aux  Archives  de 
ri:;ure.  L'arrêté  du  10  mai,  pour  la  levée  d'une  force  armée  destinée  à  la  défense 
de  la  République,  répondait  à  l'invitation  contenue  dans  le  déciet  du  27  avril. 
l'Archives  nationales,  AF  n,  carton  45,  dossier  154,  n"  10.) 

2.  Registre  des  délibérations  du  conseil  général  de  la  llaulc- Garonne, 
l'-'juin;  des  Pyrénées-Oricnlules,  20  juin. 


II.  LOT,  TARN.  157 

vœu  du  peuple  pût  être  influencé  par  leur  présence;  elle 
lit  aussi  une  adresse  qui  devait  être  portée  à  la  Conven- 
tion nationale  par  deux  commissaires,  chargés  de  lui 
exprimer  les  grandes  sollicitudes  de  ce  département^  >^ 
Julien  reconnaît  qu'  «  après  ces  deux  premières  dé- 
marches elle  se  renferma  dans  les  bornes  de  ses  devoirs, 
et  attendit  du  temps  et  des  circonstances  le  jugement 
qui  devait  naître  de  ce  grand  conflit  de  prétentions  et 
de  pouvoirs  «.  — Elle  n'attendit  pas  longtemps.  La  Con- 
stitution lui  ayant  été  envoyée,  elle  en  recommanda 
l'acceptation  à  ses  administrés  ;  et,  se  retournant  contre 
les  sollicitations  qu'elle  avait  paru  d'abord  accueillir 
assez  volontiers,  elle  écrivit  au  département  desBouches- 
du-Iihône  ; 

Vous  voulez  terrasser  l'anarchie  ;  mais  est-ce  la  terrasser 
(jue  d'organiser  la  guerre  civile?  Vous  voulez  l'unité  et  l'in- 
divisibilité de  la  République;  mais  pouvez- vous  espérer  de  la 
consolider,  en  rompant  tout  centre  de  ralliement,  en  créant 
des  comités  épars  "  ? 

Le  district  d'Albi  avait  particulièrement  tenu  à  mon- 
trer que  ses  intentions  étaient  pures  lorsque,  le  12  juin, 
il  avait  donné  son  adhésion  à  certaines  mesures  prises 
les  iO  et  11  du  môme  mois  parles  autorités  constituées 
de  Castres;  et  le  11  juillet  ses  administrateurs  arrêtè- 
rent une  déclaration  de  principes  en  ces  termes  : 

Considérant  que,  quelques  inquiétudes  que  l'on  ait  eues 
dans  les  premiers  moments,  lorsqu'on  pouvait  craindre  la 
désorganisation  et  l'inaction  de  la  représentation  nationale, 

1.  Julien,  Rapport,  p.  170.  Julian  de  Carcntan,  dans  son  rapport  à  Garât,  du 
14  juin,  dit  que  l'on  tait  circuler  dans  les  sections  de  Paris  les  adresses  des 
départements  qui  se  préparent  à  s'insurger,  et  il  ajoute  :  «  Hier  l'on  a  lu  dans 
la  section  du  Panthéon  1  adresse  du  Tarn  ».  Schniiilt,  t.  Il,  p.  45. 

2.  IOtd.,f.  179. 


17)8  PART.  II,  CHAP.  \I.  LA  RÉGION  DE  TOULOUSE. 

ces  inquiétudes  doivent  cesser  aujourd'hui  par  Tachèvement 
de  la  Constitution  ; 

Fermement  persuadés  que  les  citoyens  du  département  du 
Tarn  n'ont  jamais  voulu  et  veulent  encore  moins  aujour- 
d'hui se  séparer  de  la  Convention  ; 

Déclarent  : 

1°  Qu'en  adhérant,  dans  sa  séance  puhliquc  du  12  juin,  h 
l'arrêté  des  corps  constitués  de  Castres  du  10  du  même 
mois  et  à  l'adresse  faite  le  lendemain  à  la  Convention  natio- 
nale, ils  n'ont  entendu  qu'exprimer  leurs  alarmes  et  leurs 
vœux,  et  non  pas  imposer  des  conditions  à  un  pouvoir  supé- 
rieur ;... 

2"  Que,  soit  par  cette  adhésion,  soit  d'aucune  autre  ma- 
nière, ils  n'ont  entendu  provoquer  ni  favoriser  aucune  déli- 
liération  subséquente  qui  peut  faire  méconnaître  l'existence 
de  la  Constitution,  intercepter  les  communications  avec  le 
gouvernement,  conduire  au  fédéralisme  ou  armer  les  citoyens 
les  uns  contre  les  autres  ; 

5°  Qu'ils  ont  été  constamment  fidèles  à  l'unité,  à  l'indivisi- 
bilité de  la  République,  et  qu'ils  regardent  la  Convention 
comme  le  centre  et  le  lien  nécessaire  de  cette  unité  \ 


III 

Aude. 


Le  déparlemenL  de  VAude  avait  pris  de  bonne  heure 
la  défense  de  la  représentation  nationale.  Dès  le  mois 
de  janvier,  ému  des  agitations  de  l'Assemblée,  il  avait 
mis  à  sa  disposition  une  force  armée  contre  les  factieux, 
avec  des  considérants  qui  repoussaient  d'avance  toul 
soupçon  de  fédéralisme  : 

Considérant  que,  la  République  étant  une  et  indivisible,  la 

1.  Ai'cliives  nationales,  AF  ii,  carlon  45,  dossier  154,  n"  i2. 


III.  AIDE.  139 

représentation  nationale  est  une  propriété  commune  ù  tous 
les  Français  ;... 

Considérant  que  la  réunion  d'une  force  départementale 
auprès  des  mandataires  du  peuple  est  la  réfutation  la  plus 
forte  du  système  absurde  du  fédéralisme  et  l'hommage  le  plus 
éclatant  rendu  à  l'unité  et  à  l'indivisibilité  delà  République: 

Considérant  que,  fortement  pénétrés  de  ces  principes,  plu- 
sieurs déparlements  ont  déjà  fourni  le  contingent  d'une 
force  armée  ;  que  la  Convention  a  solennellement  applaudi  à 
cette  mesiu'e  ;  qu'elle  a  voulu  la  rendre  pour  tous  les  autres 
un  objet  d'imitation,  en  décrétant  l'envoi  de  l'adresse  de  ces 
départements  dans  toute  la  République  ; 

Considérant  enfin  que  les  volontaires  des  départements  qui 
d'abord,  le  14  juillet  1790,  ont  juré  avec  les  citoyens  de 
Paris  de  vivre  libres  ou  de  mourir,  qui  depuis  ont  partagé 
avec  eux  tous  les  dangers  et  la  ^loire  du  10  août  1792, 
doivent  une  troisième  fois  se  réunir  pour  jurer  ensemble  de 
sauver  encore,  s'il  le  faut,  la  patrie  et  de  défendre  la  Con- 
vention de  toute  influence  dictatoriale  ou  anarchiste; 

Ouï  et  ce  requérant  le  suppléant  du  procureur  général 
syndic,  arrête.... 

Et  l'arrêté  réglait  tons  les  détails  de  cette  levée  qui 
devait  être  de  trois  cents  hommes'. 

En  même  temps  une  adresse  à  la  Convention  nationale 
exposait  la  raison  de  cet  armement  et  le  but  que  l'on 
voulait  atteindre  : 

Carcassonne,  '24  janvier  1793. 

Trois  cents  citoyens  soldats  vont  bientôt  quitter  ce  dépar- 
tement pour  vous  défendre  et  contenir  les  factieux  qui  siègent 
dans  la  Convention  ou  qui  l'entourent.  Arrivés  au  poste  où  le 

1.  1°  Envoi  d'une  force  armée  à  la  disposition  de  la  Convention  nationale: 
2°  elle  sera  de  500  hommes;  3°  registre  ouvert  dans  chaque  commune;  4°  fermé 
trois  jours  après  l'ouverture;  5°  les  volontaires  auront  de  18  à  50  ans;  0°  il  sera 
pourvu  à  riiabillcmeiit,  etc....;  15°  adresse  à  la  Convention;  14"  autre  adressi' 
aux  citoyens  de  Paris  pour  leur  faire  connaître  les  intentions  fraternelles  des 
volontaires.  (Arch.  de  l'Aude,  Délibér.  du  conseil  du  département,  18  janv.1795.) 


140  PART.  II,  CIIÂP.  XI.  LA  RÉGION  DE  TOULOUSE. 

salut  public  et  l'amour  de  l'ordre  les  appellent,  il  faut  que 
nos  représentants  soient  respectes,  que  l'anarchie  cesse,  que 
les  lois  reprennent  leur  empire,  ou  qu'ils  meurent. 

Et  ils  allaient  au-devant  de  l'objection  : 

Ces  hommes  qui  ont  besoin  de  troubles  pour  dominer 
redouteront  sans  doute  l'effet  de  cette  mesure  révolutionnaire  ; 
ils  nous  accuseront  de  méconnaître  la  souveraineté  nationale, 
d'usurper  le  pouvoir  législatif.  Ils  invoqueront  contre  nous 
la  censure  de  la  Convention.  Appuyés  sur  les  principes, 
forts  d'ailleurs  de  la  pureté  de  nos  consciences,  nous  vous 
dirons  comme  cet  Athénien  :  B'rappe,  mais  écoute. 

La  représentation  nationale  avilie,  la  souveraineté  du 
peuple  outragée,  la  liberté  menacée  jusque  dans  son  temple, 
la  marche  trop  souvent  rétrograde  de  vos  délibérations,  des 
débats  presque  toujours  perdus  pour  la  chose  publique,  des 
mouvements  convulsifs  qui  semblent  être  l'agonie  de  la 
liberté,  enfin  le  spectacle  douloureux  de  vos  divisions,  funeste 
présage  des  déchirements  que  peut  éprouver  la  patrie. 

Législateurs,  n'en  est-ce  point  assez  pour  autoriser  la 
délibération  que  nous  avons  prise?  etc.'. 

A  ce  manifeste  de  l'administration  se  joignait  une 
adresse  des  citoyens,  d'une  franchise  un  peu  rude  : 

Les  républicains  de  Narhonneà  la  Convention  nationale. 

Mandataires  du  souverain,  on  vous  a  demandé  si  vous 
étiez  libres  ;  pour  nous  qui  professons  la  plus  sévère  franchise, 
nous  vous  disons,  sans  hésiter,  que  vous  ne  l'êtes  pas.  Dis- 
pensez-nous de  vous  tracer  les  preuves  multipliées  d'une 
assertion  si  désolante.... 

Qu'il  nous  suffise  d'éveiller  votre  énergie,  de  provoquer 
l'activité  de  votre  zèle  pour  la  réhabilitation  de  l'honneur 
national  et  du  vôtre.  Eh  quoi!  vous  souffrez  qu'une  poignée 
d'agitateurs  et  de  scélérats  exerce  sur  vous  l'empire  oppressif 

1.  Arcliivos  natiiiiiales,  D  xl  s^  i,  carton  18,  dossier  Aude.  L'adresse  est 
.•ii-compaguée  de  l'extrait  du  procès-verbal  du  conseil  général  du  département 
de  l'Aude,  18  janvier  1793. 


III.  AUDE.  Hl 

de  sa  volonté,  que  des  tribunes  insolentes  troublent  et  entra- 
vent journellement  la  marche  de  vos  travaux  par  des  outrages 
humiliants!  A'ous  souffrez  qu'une  minorité  corrompue  et 
dévouée  à  l'exécrable  parti  qui  voudrait  le  triumvirat  ou  la 
dictature  se  montre,  avec  opiniâtreté,  indocile  et  rebelle  à  vos 
décrets?  Citoyens  législateurs,  est-ce  ainsi  que  vous  justifiez 
notre  confiance?  Devions-nous  nous  attendre  à  tant  de  faiblesse, 
il  tant  de  pusillanimité?  Vous  ne  sentez  donc  plus  qui  vous 
êtes  ?  A'ous  avez  donc  oublié  que  vous  représentez  la  première 
nation  de  la  terre?  Entendez  le  cri  unanime  qui  part  de  tous 
les  points  de  la  République  :  c'est  celui  de  la  douleur,  de 
l'indignation,  de  la  vengance.  Plus  jaloux  que  vous  de  main- 
tenir à  la  majesté  souveraine  le  respect  qui  lui  est  dû, 
chaque  département  vous  offre  ses  bras  et  son  courage. 
Dites  un  mot,  et  les  voilà  tous  sur  la  route  de  Paris.  Sans 
doute  cette  mesure,  tant  redoutée  des  factieux  qui  vous 
entourent,  redoublera  leurs  intrigues  criminelles,  mais  vous 
devez  les  mépriser.  L'amour  de  l'ordre  et  des  lois  n'a  point 
varié  dans  la  grande  majorité  des  Parisiens;  la  force  départe- 
mentale trouvera  dans  elle  un  puissant  appui;  bientôt  les 
factions  étouffées  rentreront  dans  le  néant.  Vous  élèverez 
avec  sécurité  le  grand  édifice  du  bonheur  de  la  France  et  nous 
vous  croirons  encore  dignes  de  nous,  et  vous  serez  à  votre 
tour  les  sauveurs  de  la  patrie. 

(Nombreuses  signatures  ^) 

Cette  adresse  imprimée  était  envoyée,  au  nombre  dv 
sept  cents  exemplaires,  au  président  de  la  Convention 
nationale  avec  prière  de  les  distribuer  aux  députés,  el 
c'était  l'occasion  d'une  nouvelle  lettre  plus  pressante 
encore  (25  janvier)  : 

Faites-nous  justice  de  ces  hommes  pervers  qui,  sous  le 
masque  d'un  patriotisme  exalté,  égarentl'opinion publique  — 

Donnez-vous  enfin,  citoyens,  la  contenance  qui  convient  à 
des  âmes  vraiment  républicaines. 

1.  Archives  nationales,  même  dossier. 


1  i2  PART.  11,  CHAI'.  XI.  LA  RÉGION  DE  TOULOUSE. 

Dénoncez  ces  représentants  infidèles  ;  dénoncez  à  la  nation 
entière  cette  minorité  coupable  qui  combat  la  force  de  la 
raison  par  les  grossièretés  de  l'injure  et  par  l'indécence  de 
ses  hurlements,  et  que  votre  Assemblée  n'offre  plus  à  l'Europe 
le  spectacle  affligeant  d'une  nation  qui  a  su  détruire  et  qui 
ne  sait  pas  édifier  '  — 

D'autres  adresses  analogues  se  rédigeaient  dans 
diverses  villes  du  département,  et  elles  se  succédaient  de 
plus  en  plus  vives  à  mesure  que  la  crise  devenait  plus 
aiguë.  Les  uns  (Limoux)  réclamaient  contre  la  supré- 
matie que  Paris  s'arrogeait  (février  1795);  d'autres 
{Quillan)  parlaient  pour  Roland  ;  d'autres  {Lézignan) 
contre  Marat,  le  chef  des  anarchistes  (18  mars)^  L'irri- 
lalion  contre  les  querelles  qui  divisaient  l'Assemblée 
était  d'ailleurs  sans  parti  pris.  Los  Amis  de  la  République 
de  Limoux  auraient,  au  besoin,  sacrifié  les  Vingt-deux, 
si  les  Vingt-deux  étaient  la  cause  du  scandale  et  si  cet 
ostracisme  devait  rendre  la  paix  : 

Que  nous  importent  les  hommes?  Nous  voulons  la  Répu- 
blique. Jamais  nous  ne  souffrirons  qu'il  y  en  ait  d'assez 
grands  pour  devenir  nécessaires,  etc.  (26  avril)"'. 

La  ville  de  Garcassonne  revient  plusieurs  fois  à  la 
chargeM  Elle  ne  faisait  nulle  concession  aux  factieux,  et 
c'en  était  une  que  de  souscrire,  même  éventuellement, 
à  la  pétition  contre  les  Vingt-deux.  En  fait  de  suppres- 
sion, elle  demandait  celle  des  partis  ;  plus  de  montagne 
ni  de  marais  ;  ni  dictature,  ni  brigandage  :  l'ordre  dans 
les  finances,  qui  est  le  signe  d'un  bon  gouvernement 
(17  mai)  ;  et  dans  une  lettre  du  5  juin  : 

1.  Arcliives  nationales,  même  dossier. 
1.  Note  XXXIX,  aux  Appeiulice*. 
n.  Voyez  la  note  XL,  aux  Appendices. 
4.  Voyez  la  note  XLI,  aux  Aj)pcndices. 


m.  AUDE.  145 

Dépositaires  de  ma  souveraineté,  vous  ne  remplissez  point 
le  mandat  auguste  que  je  vous  ai  donné,  vous  dégradez  le 
caractère  sacré  que  je  vous  ai  imprimé;  vous  avez  changé  le 
sanctuaire  des  lois  en  une  arène  de  gladiateurs  où  une 
majorité  pure,  mais  subjuguée  par  la  crainte,  reste  sans  force 
et  sans  énergie,  où  dos  spectateurs  soudoyés  troublent  vos 
délibérations,  où  des  pétitionnaires  insolents  vont  insulter  la 
représentation  nationale'. 

En  des  esprits  déjà  si  échauffés,  la  nouvelle  des 
événements  du  51  mai  devait  produire  une  explosion. 

Le  12  juin,  en  présence  du  représentant  Bonnet,  le 
procureur  général  syndic,  se  faisant  l'interprète  du 
sentiment  de  tous,  disait  : 

Un  crêpe  funèbre  couvre  la  liberté  expirante;  l'accent  de 
la  douleur,  le  cri  du  désespoir  se  font  entendre.  N'aurions 
[-nous]  donc  montré  à  l'univers  tant  de  vertus,  tant  de  courage 
que  pour  perpétuer  le  souvenir  de  nos  malheurs? 

Le  crime  triomphe —  C'est  peu  de  l'immoralité  la 

plus  profonde,  c'est  peu  de  ravihssement  de  la  dignité  na- 
tionale ;  il  faut  encore,  à  la  honte  des  mœurs  et  pour  comble 
de  perversité,  que  le  poignard  plane  sur  des  têtes  chères  à  la 
patrie. 

Les  assassins  osent  menacer  la  liberté  jusque  dans  son 
temple.  Jusqucs  à  quand  les  représentants  souffriront-ils  ces 
attentats  sacrilèges?... 

Il  ne  ménageait  point  Paris  : 

—  Nous  sommes  tous  debout.  Que  la  Convention  parle  et 
la  nation  est  sauvée  ;  qu'elle  parle  et  les  départements  se 
lèveront;  qu'elle  parle  et  cette  cité  rebelle,  cette  cité  domi- 
natrice qui  s'honore  insolemment  de  son  mépris  pour  la 
volonté  d'un  grand  peuple,  va  recevoir  le  prix  de  ses  forfaits. 

La  défense  de  nos  foyers  est  assurée,  la  frontière  est  cou- 

1.  Julien,  Rapport,  p.  25. 


\U  PART.  II,  CHAP.  XI.  LA  RÉGION  DE  TOULOUSE. 

verte  de  nos  frères,  de  nos  soldats;  plus  d'ennemis  à  craindre 
de  ce  côté.  Nos  véritables  ennemis  sont  ceux  de  la  Convention, 
les  anarchistes,  les  désorganisateurs,  les  royalistes,  les  dicta- 
teurs :  voilà  la  tourbe  scélérate  à  laquelle  nous  jurons  une 
guerre  à  mort^ 

A  la  suite  de  ce  discours,  qui  fat  vivement  applaudi, 
le  conseil  nomma  une  commission  pour  rédiger  la  série 
des  demandes  à  faire  au  représentant;  et  le  lendemain 
il  prit  un  arrêté  qui  convoquait  pour  le  jeudi  suivant, 
20  juin,  une  assemblée  composée  de  nombreux  repré- 
sentants^ et  ajoutait  : 

Il  sera  fait  de  suite  une  adresse  à  la  Convention  nationale 
pour  lui  annoncer  que  le  département  de  l'Aude,  impatient 
du  despotisme  et  de  l'anarchie,  est  debout  pour  résister  à 
toutes  les  oppressions  et  combattre  toutes  les  tyrannies  ''. 

Le  surlendemain,  deux  délégués  de  l'Hérault  vinrent 
faire  connaître  les  vues  de  leur  département.  On  était 
d'accord  sur  les  principes  :  unité  et  indivisibilité  do 
la  République,  respect  de  la  Convention  nationale;  on 
échangea  donc  l'assurance  que  l'on  ferait  cause  commune 
avec  tous  les  départements  de  la  République  pour  con- 
server la  liberté,  résister  à  l'oppression  et  combattre 
l'anarchie. 

Le  20,  les  députés  des  communes,  des  autorités 
constituées  et  des  sociétés  populaires  du  déparlement 
se  réunirent  au  conseil  général  dans  l'église  des  ci -devant 

1.  Archives  flcpailementalcs  de  l'Audo,  4L  5H,  f"'  1226-1229.  Le  15  juio,  la 
(ionvciition  reçut  eucorc  une  adresse  de  Castres  et  une  antre  de  Limoiix,  l'une 
et  l'autre  sur  l'insurrection  du  ôl  mai,  1",  2,  3  et  4  juin.  [Ihid.,  f"'  1236-1237.) 

2.  Un  par  conseil  de  district,  un  par  conseil  général  de  commune,  un  par 
société  populaire. 

3.  .Même  registre.  Le  14  juin  [IbiiL,  [°  1246).  le  citoyen  Joly  fui  nommé  |)ro- 
curcur  général  syndic  suppléant,  pour  soulager  le  titulaire  pendant  la  perma- 
nence du  conseiL  —  Sur  iSarbonne,  voyez  la  note  XLII  aux  Appendices. 


m.  AUDK.  lio 

Jacobins  deCarcassonne,  comme  ils  y  claiciit  convoques. 
Le  procureur  général  syndic  présenta  le  tableau  de  la 
situation,  et  sur  son  invitation  tous  firent  le  serment 
suivant  : 

Nous  jurons  guerre  éternelle  aux  tyrans  et  aux  anarchistes, 
de  maintenir  !a  liberté,  l'égalité,  la  République  une  et  indi- 
visible et  la  sûreté  des  personnes  et  des  propriétés.  Nous 
jurons  de  n'employer  les  pouvoirs  qui  nous  sont  confiés  par 
le  peuple  que  pour  faire  respecter  la  souveraineté  nationale. 

Une  commission  de  vingt-quatre  membres  fut  nommée 
pour  rédiger  un  projet,  qui  fut  arrêté  en  ces  termes  : 

Considérant  qu'en  décrétant  sans  examen  l'arrestation  de 
trente-deux  représentants  la  Convention  nationale  a  délibéré 
sous  la  puissance  des  baïonnettes; 

—  attentat  contre  la  souveraineté  nationale  :  —  que  l'alté- 
rer dans  son  intégralité,  c'est  la  détruire  ;  que  pour  asservir 
son  pays  Cromwell  commença  par  chasser  du  parlement  les 
membres  qui  lui  résistaient  ; 

Considérant  qu'une  faction  liberticide,  coalisée  avec  les 
autorités  constituées  de  Paris,  ne  dissimule  plus  ses  desseins 
et  nous  traîne  à  la  servitude  à  travers  le  sang  ; 

Que  le  crime,  même  dans  des  temps  de  révolution,  est 
toujours  crime; 

Que,  lorsque  le  peuple  est  entraîné  à  sa  ruine  par  ceux  qu'il 
avait  chargés  de  son  bonheur,  il  ne  doit  prendre  conseil  que 
de  lui-même  et  se  sauver  par  la  force  de  sa  volonté  ; 

Considérant  que,  pour  éviter  jusqu'à  l'ombre  du  fédéra- 
lisme et  pour  résister  à  tous  ses  ennemis,  le  peuple  français 
doit  agir  en  masse  et  déclarer  en  commun  sa  volonté; 

Qu'il  est  impossible  que  la  section  de  Paris  voulût  résister 
au  corps  de  la  République  ; 

Que,  du  reste,  l'assemblée  distingue  Paris  de  ses  tyrans  et 
de  la  horde  des  brigands  étrangers  qui  l'assiègent  : 

Déclare  que  les  citoyens  du  département  de  l'Aude,  ayant 

RÉ  VOL.    DU   51   BAI,  II    —   10 


UG  PART.  II,  CIIAP.  XI.  LA  RKGIO>  DE  TOULOUSE. 

juré  de  maintenir  l'unité  et  l'indivisibilité  de  la  République, 
le  respect  des  personnes  et  des  propriétés,  ne  souffriront 
jamais  qu'aucun  individu,  ni  aucune  section  du  peuple  usurpe 
l'autorité  suprême,  sous  quelque  forme  ou  dénomination 
que  ce  puisse  être,  ni  porte  atteinte  aux  bases  fondamentales 
du  contrat  social. 

Suivait  un  arrêté  qui  établissait  une  commission 
populaire  départementale  y)Our  veiller  à  la  sûreté  pu- 
blique, organiser,  avec  le  concours  du  conseil  général, 
une  force  armée  et  se  mettre  en  rapport  avec  les 
autres  départements,  notamment  avec  Marseille  et  Bor- 
deaux ("21  juin)*. 

Il  y  avait  en  ce  moment  à  Carcassonne,  comme  en 
plusieurs  autres  départements,  un  délégué  du  Pouvoir 
exécutif  (Cailliava),  chargé  de  prendre  des  renseigne- 
ments sur  l'agriculture,  le  commerce,  l'instruction  pu- 
blique et  bien  d'autres  choses  encore.  On  ne  se  méprit 
pas  sur  son  vrai  caractère,  et,  conformément  à  la  motion 
du  procureur  général  syndic,  on  le  mit  en  arrestation  jus- 
qu'à vérification  de  ses  pouvoirs  (22  juin)  ^  Pour  donner 
plus  d'autorité  aux  résolutions  à  prendre  et  y  engager 
plus  étroitement  le  pays  tout  entier,  l'assemblée  générale 
des  députés  de  communes,  autorités  constituées  et 
sociétés  populaires,  réunie  à  Carcassonne,  avait  arrêté 
(jue,  le  24,  tous  les  citoyens  seraient  convoqués  dans  les 
communes  et  invités  à  exprimer  leur  sentiment  sur  les 
mesures  adoptées  par  l'assemblée  générale  :  on  le  sait 
par  une  lettre  du  procureur  général  syndic  du  dépar- 
tement, qui  fut  lue  au  conseil  général  de  la  commune  de 
Narbonne  et  inscrite  dans  ses  registres"'.  —  La  convoca- 

1.  Archives  de  l'Aude,  Délibérations  du  couscii  du  déparlcmeul,  21  juiu. 

2.  Ibid.,  à  lu  date.  CI'.  Julien,  Uappuil,  |).  20. 
5.  Nulc  XLIII,  aux  Appcndiees. 


m.  AUDE.  147 

lion  était  faite  pour  ce  jour  môme,  cinq  lieuies  du  soir; 
mais  on  ne  trouve  pas  la  trace  de  la  réunion  indiquée 
au  registre.  On  passe  à  la  séance  du  27  et  des  jours 
suivants,  sans  que  rien  se  rapporte  à  la  question.  C'est 
que  d'autres  soucis  commençaient  à  prévaloir.  Les 
Espagnols  avaient  franchi  les  Pyrénées.  A  Carcassonne 
même,  le  28  juin,  il  n'est  plus  question  que  de  la  défense. 
Le  procureur  général  syndic,  si  vif  naguère  contre  les 
anarchistes,  ne  parle  plus  que  de  cet  autre  péril.  A  la 
vérité,  il  ne  ménage  pas  davantage  le  Comité  de  salut 
public,  ni  le  Pouvoir  exécutif,  qui,  de  leur  côté,  trop 
préoccupés  du  danger  intérieur,  semblaient  négliger 
cette  frontière  éloignée  : 

Citoyens  administrateurs,  le  cri  de  la  patrie  devient  de  jour 
en  jour  plus  alarmant,  les  armées  ennemies  sont  à  nos  portes, 
les  brigands  s'unissent  à  des  hordes  de  rebelles  dont  l'horreur 
et  le  carnage  accompagnent  les  pas. 

....  Le  Pouvoir  exécutif,  le  Comité  de  salut  public  de  la 
Convention  nationale  vous  trompent  depuis  longtemps,  vous 
endorment  dans  une  fatale  sécurité;  ils  vous  annoncent 
l'envoi  de  troupes,  ils  vous  envoient  Tordre  de  route  ;  mais 
cet  ordre  est  à  l'instant  révoqué;  ils  veulent  absolument 
laisser  à  l'ennemi  le  temps  de  vous  envahir  ;  ils  veulent,  et 
nous  devons  avoir  le  courage  de  le  dire,  ils  veulent  livrer 
les  départements  méridionaux  au  fer  des  tyrans  pour  leur 
ôter  les  moyens  de  combattre  leurs  complots  liberticides. 

Le  moment  est  venu  où  nous  devons  employer  tous  nos 
moyens,  où  nous  devons  dénoncer  à  nos  frères  et  amis  de 
l'Hérault,  du  Gard,  des  Bouches-du-I\hône  les  dangers  qui 
nous  menacent,  la  conduite  du  Comité  de  salut  public  de  la 
Convention  nationale  et  du  Pouvoir  exécutif....  Ils  voleront 
sur  nos  frontières,  et  ils  nous  sauveront. 

Et  le  conseil  général  arrêta  que  des  délégués  seraient 


148  1»AI\T.  II,  CIIAP.  XI.  LA  REGION  DE  TOULOUSE. 

envoyés  à  ces  déparlemenls  pour  leur   dépeindre    la 
situation  et  obtenir  leur  concours. 

Le  fort  de  Bellegarde  venait  de  tomber  au  pouvoir 
des  Espagnols.  Le  conseil  prit  à  la  liàte  des  mesures 
pour  la  défense  ;  il  se  concerta  avec  les  représentants  et 
le  général  en  chef  :  il  demandait  qu'on  fît  venir  aux 
Pyrénées  des  troupes  de  l'aimée  des  Alpes  : 

Considérant  que  les  dangers  sont  imminents;  que  le  Comité 
de  salut  public  de  la  Convention  nationale  et  le  Pouvoir 
executif  s'obstinent  à  refuser  les  moyens  qui  seuls  peuvent 
les  faire  cesser  ;  que,  pour  les  augmenter  encore,  ils  ont  voulu 
éloigner  de  notre  armée  les  généraux  qui  réunissent  notre 
confiance 

L'envoyé  de  Bordeaux,  Lavaugayon,  n'avait  eu  qu'à 
se  réjouir  d'abord  des  dispositions  du  département  : 

On  a  convoqué,  écrivait-il  à  la  Commission  populaire  de  la 
Gironde,  une  assemblée  générale.  On  y  a  reçu  et  lu  vos 
ouvrages,  adopté  vos  mesures  et  surtout  celle  du  comité  de 
Bourges  ;  nous  ignorons  si  les  députés  s'y  sont  rendus. 

Mais  il  avait  reconnu  qu'il  n'avait  pas  été  possible 
d'organiser  une  force  départementale,  parce  que  deux 
mille  hommes  avaient  été  requis  par  Begnier  pour  le 
général Grandpré,  «  qui  commande,  disait-il, à  Narbonne 
une  prétendue  armée,  composée  de  sept  tètes,  savoir  :  le 
général,  ses  deux  aides  de  camp  et  quatre  chevaux  »  : 

D'ailleurs  l'état  désespéré  où  se  trouve  Perpignan  est  pour 
le  département  de  l'Aude  le  signal  d'une  prochaine  invasion; 
il  garde  précieusement  ses  forces;  on  ne  peut  l'en  blâmer, 
car  c'est  aussi  servir  la  liberté  que  de  défendre  son  pays, 
ses  foyers,  contre  les  Espagnols. 

('.es  nécessités  de  la  défense,  le  besoin  de  s'entendre 
avec  les  représentants  du  i)euple  et  avec  le  général  on 


m.  AUDE.  140 

chef  de  l'armée  des  Pyrénées  amenèrent  donc  le  pays 
à  se  soumettre  aux  faits  accomplis,  sans  récriminer 
davantage.  L'adresse  à  la  Convention  nationale,  adoptée 
le  3  juillet  en  présence  du  citoyen  Leyris,  représentant, 
en  est  la  preuve  :  on  ne  voit  plus  dans  ses  actes  la  pro- 
scription, la  dictature  ;  on  est  tout  prêt  à  se  joindre  à 
elle  contre  les  tyrans*.  Après  cela  il  n'y  avait  plus  qu'une 
chose  à  faire  :  accepter  la  Constitution,  et,  quand  elle 
arriva,  le  procureur  général  syndic  l'acclama,  non  sans 
tonner  contre  ce  mouvement  fédératif  dont  il  avait  été 
l'organe  : 

Citoyens,  la  voilà  enfin  cette  Constitution  tant  désirée  ! 
Puisse-t-elle  faire  le  bonheur  des  Français  !...  Empressez-vous 
de  l'envoyer  à  l'acceptation  du  souverain  et  dites-lui  que 
rien  ne  doit  s'opposer  à  ce  qu'il  exprime  librement  son  vœu  ; 
qu'il  est  temps  de  voir  cesser  les  convulsions  fédéralistes, 
qui  ne  peuvent  être  prolongées  sans  crime  par  des  intrigants 
qui  cherchent  à  l'égarer  ;  annoncez-lui  que  la  Constitution 
doit  rapprocher  les  citoyens  et  les  réunir  vers  un  intérêt 
commun,  que  son  acceptation  déconcertera  les  projets  ambi- 
tieux des  puissances  coalisées,  détruira  les  intrigues  et  les 
erreurs  de  ceux  que  le  mécontentement  aveugla  trop  long- 
temps sur  leurs  propres  intérêts;  qu'il  est  temps  de  nous 
unir,  de  nous  serrer  les  uns  contre  les  autres,  de  devenir 
enfin  républicains  et  tranquilles  '. 

L'agent  du  ministère  de  l'Intérieur,  Gailhava,  rendu 
à  la  liberté,  allait  reprendre  ses  fonctions  de  mission- 
naire républicain.  Il  comptait  bien  le  faire  avec  éclat 
et  se  proposait  d'en  écrire  l'histoire.  Il  ne  réclamait 
pour  cela  que  l'arriéré  de  sa  solde  :  deux  cents  pistoles, 
à  raison  de  cinq  cents  francs  par  mois  '\ 

i.  Voyez  la  note  XLIV,  aux  Appoiulices. 

2.  Archives  de  rAudc,  ilnd.,  ï"  1484:i 

3.  Noie  XLV,  aux  Appendices. 


150  PART.  II,  ClIAP.  M.  LV  HÉGION  DE  TOULOUSE. 

IV 

Aiiègc. 

Les  (léparlemenls  du  Midi  se  trouvaient  dans  une 
situation  analogue  à  ceux  du  j\ord  :  départements  fron- 
tières, menacés  par  l'ennemi.  Seulement  l'ennemi 
c'étaient  les  Espagnols,  et  les  frontières  la  chaîne  des 
Pyrénées,  la  plus  belle  frontière  qui  soit  au  monde. 
Mais  il  y  avait  quelques  trouées  qui  pouvaient  donner 
passage  à  l'invasion.  Aussi  dans  ces  contrées  faisait-on 
des  vœux  pour  la  paix  intérieure.  Dans  VArièfje  la 
société  républicaine  de  Foix  écrivait  le  29  mai  : 

Nos  dangers  redoublent.  De  Bayonne  à  Perpignan  les 
hordes  espagnoles  se  pressent  sur  nos  frontières. 

Nous  nous  sommes  levés;  c'est  à  vous,  législateurs,  à 
seconder  de  toutes  vos  forces  nos  intentions.  Au  nom  de  la 

patrie,  oubliez  vos   baines Alors    disparaîtra   l'anarchie 

qui  nous  dévore;  ces  distinctions  scandaleuses  de  Montagne, 
de  Marais,  ces  noms  dangereux  de  Rolandins,  de  Girondins, 
de  Maratistes  n'existeront  plus;  nous  ne  connaîtrons  que  les 
amis  du  peuple 

Pour  nous,  placés  au  centre  des  montagnes,  nous  serons 
inébranlables  comme  elles  contre  les  efforts  de  nos  ennemis'. 

Ijt  le  5  juin  la  société  populaire  de  Aarilhas  : 

Fidèles  à  vos  serments,  vous  signaliez  vos  travaux  par 
l'abolition  de  la  royauté. 

—  Hautes  espérances  !  —  lorsque  tout  à  coup  des  divisions 
funestes,  des  dédances  récipro(pies,  éclatant  dans  votre  sein, 
consumèrent  en  débats  scandaleux  un  temps  précieux  pour  la 
patrie. 

1.  Ardiivcs  nalionalcs,  IJ  xl  §4,  cailon  18,  dossier  Ariègc. 


IV.  ARIÈGE.  —  V.  PYRÉNÉES-ORIENTALES.  151 

Rappelés  à  vos  devoirs  par  les  plaintes  énerf^iques  de  la 
partie  saine  de  la  nation,  ...  vons  posâtes  les  bases  fondamen- 
tales de  la  Constitution;  ...  mais,  nous  devons  le  dire,  légis- 
lateurs, avec  cette  franchise  et  cette  fermeté  qui  convient 
à  des  hommes  libres,  ce  n'est  pas  au  milieu  des  délibérations 
les  plus  tumultueuses,  interrompues  à  chaque  instant  par 
un  essaim  de  pétitionnaires  qui  osent  vous  parler  en  maîtres, 
et  trop  souvent  iniluencées  par  les  cris  séditieux  des  tribunes, 
que  vous  pourrez  faire  un  ouvrage  digne  de  vous,  digne 
de  la  nation,  etc. 

Ilàtez-vous  donc,  législateurs,  ...  faites  cesser  ces  agitations 
qui  vous  déshonorent....  Que  les  anarchistes  rentrent  dans 
le  néant  ou  qu'ils  tombent  sous  le  glaive  de  la  loi,  et  que 
rédifice,  etc. 

Eh  quoi  !  la  foudre  nationale  est  dans  vos  mains  et  vous 
n'osez  la  lancer  ;  vos  tètes  sont  ouvertement  menacées,  et  les 
conspirateurs  sont  impunis  M... 

Ils  le  furent  en  effet,  et  ce  n'est  pas  l'Ariège  qui, 
l'attentat  consommé,  en  réclama  le  châtiment. 


Pyréiiccs-Orienlale?. 

Si  le  département  de  l'Ariège  était  détourné  de  la 
question  intérieure  par  les  craintes  de  la  guerre,  com- 
bien plus  devaient  l'être  les  Pyrénées-Orientales,  qui  se 
voyaient  envahies.  Le  département  n'avait  pas  laissé 
que  de  se  prononcer  depuis  la  réunion  de  la  Convention 
dans  le  sens  le  plus  révolutionnaire.  Il  avait  approuvé  le 
jugement  du  roi  et  même  cette  déclaration  de  guerre  uni- 

1.  Archives  nation  ilos,  D  xL  §  4,  carton  |ï^,  dossier  Arièyc. 


152  PART.  U,  CIIÂP.  XI.  LA  RÉGION  DE  TOULOUSE. 

verselle  qui  devait  exposer  sa  frontière  à  tant  de  périls'. 
Mais,  d'autre  part,  il  avait  de  bonne  heure  aussi  témoi- 
gné son  antipathie  pour  les  factieux  :  les  citoyens  de 
Perpignan  écrivaient,  le  25  décembre  1792,  à  la  Con- 
vention : 

Législateurs, 

Une  minorité  orgueilleuse  veut  faire  la  loi  dans  votre  sein; 
elle  compte  sans  doute  apparemment  sur  un  appui  formidable. 
Si  elle  réussissait,  ce  serait  le  renversement  de  tous  les  prin- 
cipes. Nous  sommes  indignés  ^ Parlez  :  le  département  des 

Pyrénées-Orientales  va  se  lever  pour  vous  rendre  la  liberté. 
Parlez....  Parlez —  Nous  méprisons  les  factieux  plus  encore 
que  les  tyrans.  Ces  derniers  ne  sont  plus  ;  nous  aurons 
bientôt  anéanti  les  autres''. 

L'agitation  se  continuant,  il  avait  lancé  un  nouvel 
anathème  contre  les  tyrans,  les  dictateurs,  etc.  (24  fé- 
vrier 1795)*,  puis  institué  un  comité  de  salut  public 
pour  aviser  aux  périls  de  la  situation  (5  mai)';  et  les 
villes  du  département  étaient  animées  du  même  esprit. 
La  ville  de  Saint-Paul  (district  de  Perpignan),  s'inspi- 
rant  d'un  mot  de  son  patron  ^apôtre^  écrivait  (9  mai)  : 

Assez  et  trop  longtemps  vous  vous  êtes  occupés  des  per- 
sonnes et  vous  avez  négligé  les  choses.  Pour  moi,  je  suis  à 

1.  4  février  179Ô.  Deux  commissaires  sont  envoyés  à  Paris  pour  la  défense 
de  la  frontière  :  «  Les  commissaires  Fahre  et  l'radel  seront  cliargés,  en  se  pré- 
sentant à  la  barre  de  la  Convention,  de  témoigner  à  nos  représentants  la  satisfac- 
tion que  le  département  des  Pyrénées-Orientales  éprouve  de  la  fermeté  que  la 
Convention  a  montrée  soit  à  l'égard  du  jugement  qu'elle  a  porté  sur  Louis  Capel, 
soit  à  l'égard  de  la  guerre  universelle  qu'elle  vient  de  déclarer  aux  tyrans  coa- 
lisés. »  (Archives  du  déparlement  des  Pyrénées-Orientales,  registre  du  Conseil 
du  département,  1792, 1793  (2"  année  républicaine),  n"  2,  f"  195.) 

2.  Les  points  sont  dans  le  texte. 

5.  Archives  nationales,  I)  xr.  s?  i,  carton  22.  dossier  Pyrénées-Orientales . 

4.  Archives  de  l'Eure,  dossier  Fédéralisme. 

5.  Archives  des  Pvrénées-Orientale-;.  Registre  du  conseil  général,  n°  2,  f  261. 

6.  I  Cor.,  I.  12.' 


V.  PYRÉNÉES-ORIENTALES.  157. 

Marat,  disent  les  uns,  et  moi  à  Robespierre,  disent  les  autres  ; 
d'autres  disent  qu'ils  sont  à  Danton  et  les  autres  à  la  Répu- 
blique. Quoi  donc!  la  République  est-elle  divisée?  Est-ce 
Marat  qui  vous  a  députés  à  la  Convention,  ou  est-ce  au  nom 
de  Robespierre  que  vous  êtes  assemblés?  Nous  sommes  las 
d'entendre  des  discussions  qui  ne  mènent  qu'à  la  désorgani- 
sation et  à  l'anarchie.  Sauver  la  patrie,  faire  une  bonne 
Constitution  et  de  bonnes  lois,  voilà  votre  tâche'. 

La  société  des  Amis,  etc.,  de  Saint-Jean  de  Luz  met- 
tait sa  leçon  en  parabole  (2  juin)  : 

Un  propriétaire  avait  un  domaine  excellent,  mais  que  la 
vorace  insouciance  de  ses  fermiers  avait  laissé  couvrir  de 
ronces. 

Il  y  envoie  des  ouvriers,  qui  passent  leur  temps  à  se 
disputer. 

Législateurs,  voilà  votre  portrait,  etc. 

On  attente  à  votre  vie,  à  la  nôtre,  à  la  liberté  de  vingt-cinq 
millions  d'hommes,...  et,  sourds  à  de  si  grands  intérêts,  vous 
ajournez  toujours  vos  devoirs  et  nos  espérances.  Législateurs, 
donnez  l'exemple  de  l'harmonie...  Ayez  plus  de  respect  pour 
vous-mêmes  et  vous  en  inspirerez  plus  à  vos  tribunes  '\ 

A  la  nouvelle  de  la  révolution  du  51  mai,  Tadminis- 
tralion  des  Pyrénées-Orientales  la  combattit  par  une 
adresse  qu'elle  envoya  aux  divers  départements  ";  puis,  à  la 
réception  d'une  lettre  du  département  de  l'Aude,  datée 
du  15,  et  de  son  arrêté  du  13  sur  les  mesures  à  prendre 
pour  délivrer  la  République  des  maux  intérieurs  qui  la 
déchiraient,  elle  résolut,  le  17,  de  l'avis  du  procureur  gé- 
néral syndic,  de  convoquer  ce  jour  même,  à  quatre  heures 


1.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  22,  même  dossier. 

2.  Ibid. 

5.  On  la  retrouve,  avec  plusieurs  autres,  aux  Archives  de  l'Eure,  dossier  Fé- 
déralisme. 


154  PART.  II,  ClIAP.  XI.  LA  RÉGION  DE  TOULOUSE. 

(lu  soir,  une  assemblée  générale  composée  des  Irois  corps 
administratifs  et  de  deux  membres  de  la  société  popu- 
laire «pour  prendre  lesdites  mesures*  ».  L'assemblée  se 
réunit-elle?  Et  que  fit-elle?  Nulle  trace  au  registre  des 
délibérations.  On  voit  seulement  que  le  20  juin  deux 
administrateurs  du  ïarn  vinrent  dans  le  conseil  général 
exprimer,  au  nom  de  leur  département,  le  désir  d'en- 
tretenir avec  lui  une  correspondance  sur  ce  qui  pouvait 
intéresser  le  salut  de  la  République  ;  et  le  24  le  procu- 
reur général  syndic  y  fit  lecture  des  différentes  délibé- 
rations des  assemblées  primaires  tenues  la  veille  dans 
plusieurs  villes,  en  vertu  d'un  arrêté  pris,  le  17,  parle 
déparlement.  Le  25,  on  ne  songe  plus  qu'aux  préparatifs 
de  la  défense,  en  vue  d'un  siège  imminent^  :  c'est 
désormais  l'unique  souci  de  la  ville.  Le  député  de  la 
Commission  populaire  de  la  Gironde,  Lavaugayon, 
n'avait  pas  attendu  jusque-là  pour  voir  que,  malgré  les 
bonnes  dispositions  de  l'administration  départementale 
et  de  la  société  populaire  de  la  ville,  sinon  de  la  masse 
des  babitants,  on  ne  pouvait  rien  en  attendre  pour  la 
lutte oiî s'engageait  Bordeaux;  et  il  témoignait  lui-même 
des  alarmes  pour  le  salut  de  Perpignan,  jugeant  que 
l'intérêt  suprême  était  de  venir  à  son  aide  : 

Perpignan,  di>ait-il,  a  besoin  des  secours  de  la  France 
entière.  On  ne  peut  donc  pas  attendre  qu'elle  en  fournisse 
aux  autres.  Le  cnmp  qui  la  défend  est  serré  de  très  près  par 
55 000 Espagnols  et  n'est  défendu  que  par  15000  hommes, 
dont  la  très  grande  partie  est  mal  disciplinée,  mal  exercée. 
Si  Dubois-Crancé,  Chàteauneuf-Randon  et   la   commune   de 


1.  Cet  arrêté  lui  coiiiniuiiiqui;  au  conseil  général  de  la  Ilaute-fiaronne,  ce  môme 
jour.  (Délibérations  du  conseil  géuéral  de  la  llaute-Garonnc,  à  la  date.) 

2.  Registre  des  délibérations  du  conseil  général  du  d('parlement,  à  ces  dates. 


V.  PYRENEES-ORIENTALES.  155 

Toulon  continuent  à  retenir  les  troupes,  Perpignan  cessera 
bientôt  de  faire  partie  de  la  République  française. 

Julien,  dans  son  rapport,  rejette  toute  la  responsabilité 
de  la  résistance  au  51  mai  sur  le  procureur  général 
syndic,  Lucia,  dont  il  demande  l'arrestalion  et  le  ren- 
voi au  tribunal  révolutionnaire  de  Paris'. 

1.  Rapport.  |).  100  e(  '2j'2. 


CHAPITRE   XII 

MONTrELLIER     ET    KIMES. 

I 

Hérault. 

Dans  leur  rapport  à  la  Commission  populaire  de 
salut  public  de  la  Gironde,  les  deux  délégués  de  Bor- 
deaux, Lavaugayon  etMaugeret,  disaient: 

Nous  avions  été  chargés  par  vous  de  porter  le  vœu  de  nos 
concitoyens  aux  habitants  des  départements  de  Tllérault, 
Aude,  Pyrénées-Orientales,  Lozère,  Aveyron,  Canlal,  Lot  et 
Corrèze. 

Yos  instructions  nous  avaient  indiqué  la  ville  de  Montpel- 
lier pour  lieu  de  première  arrivée  — 

Et  ce  n'était  pas  sans  raison.  Bordeaux  devait  comp- 
ter sur  toutes  les  sympathies  de  Montpellier  dans  la  lutte 
qu'il  allait  entreprendre,  car  dès  les  premiers  jours  de 
la  République  le  département  de  l'Hérault  avait  donné 
des  preuves  de  son  aversion  pour  les  agitateurs  et  les 
factieux.  Son  conseil  général  écrivait  le  10  novem- 
bre 1792  à  la  Convention  : 

Tandis  que  cette  horde  d'esclaves  fuit  devant  les  soldats  de 
la  liberté,  tandis  que  la  République  triomphe  au  dehors,  de 
vils  agitateurs  pourront-ils  impunément  tramer  sa  perte?  Les 


I.  HÉRAULT.  137 

projets  insensés  et  féroces  d'un  Marat  seraient-ils  plus  diffi- 
ciles à  déjouer  que  ceux  de  Brunswick? 

Législateurs,  que  ce  nom  infâme  ne  souille  plus  le  sanc- 
tuaire des  lois  ;  arracliez-le  de  votre  sein  ;  proscrivez  sans 
pitié  ces  hommes  incendiaires 

Et  vous,  habitants  de  Paris,  vous  qui  les  premiers  avez 
découvert  et  propagé  le  feu  de  la  liberté,  ...  voudriez-vous 
partager  les  complots  des  monstres  qui  cherchent  à  l'é- 
teindre'? 

Le  (S  janvier,  autre  adresse  qui  n'était  pas  moins  forte 
contre  les  progrès  de  l'anarchie ^  En  avril,  nouvelle 
adresse.  Il  faut  hâter  le  travail  de  la  Constitution,  c'est 
là  le  grand  remède  : 

Nous  verrons  cesser  cet  esprit  révolutionnaire  qui,  utile 
jusqu'à  présent,  finirait  bientôt  par  corroder  et  anéantir 
la  patrie  et  la  liberté. 

Malheur  à  ceux  qui  retarderaient..."'! 

Puis  le  conseil  avait  pris,  pour  une  levée  extraordi- 
naire destinée  à  réprimer  l'insurrection  de  la  Vendée, 
cet  arrêté  fameux,  accueilli  avec  faveur  dans  tous  les 
départements  et  à  Paris  même,  sur  la  motion  de  Cambon, 
appuyée  par  Danton.  Nous  en  avons  parlé*. 

Dans  le  mois  de  mai,  quand  l'attitude  des  sections  de 
Paris  devint  plus  menaçante,  Montpellier  se  mit  en  rap- 
port avec  la  société  populaire  de  Nîmes,  qui  partageait 

1 .  Un  exemplaire  s'en  trouve  aux  Archives  de  Seine-et-Oise. 

•2.  Recherches  historiques  et  chronologiques  pour  servir  à  /'histoire  tic 
Montpellier,  \"  partie,  depuis  1788  jusqu'au  l^''  vendémiaire  an  IV  :  Loisirs 
de  V''  L'  S[oulier]  pendant  les  vacations  des  années  1814,  1815,  1816,  1817. 
(Manuscrit  de  la  llibliolhèque  de  Montpellier);  et  Duval-Jouve,  Montpellier  pen- 
dant la  Révolution,  II  (2"  période),  p.  26.  Il  a  donné  cette  adresse,  dont  un 
t.xcmplaire  se  trouve  aux  Archives  de  Seine-et-Oise. 

3.  4  aviil  179Ô.  Archives  nationales,  D  xl,  carton  20.  dossier  Hérault.  — 
Deux  pages  de  signatures. 

4.  .Séance  du  27  avril.  Moniteur  des  28  et  29,  t.  XVI,  p.  239  et  243. 


158  PART.  II,  CHAI'.  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

la  même  pensée  de  résistance,  et  le  conseil  du  départe- 
ment s'occupa  d'une  nouvelle  adresse  dont  les  termes 
furent  arrêtés  le  27  mai  et  qui  fut  envoyée  le  1"  juin  ^  — 
Du  31  mai  au  2  juin  la  révolution  s'était  accomplie. 

Dès  que  la  nouvelle  en  parvint  dans  l'Hérault,  la 
société  populaire  de  Montpellier  qui,  comme  celle  de 
Nîmes,  était  toute  girondine,  prit  l'initiative  de  mesures 
énergiques.  Elle  proposait  la  convocation  des  assem- 
blées primaires,  le  renouvellement  ou  l'épurement  de 
la  Convention  et  sa  translation  hors  de  Paris  ;  la  mise 
en  liberté  et  la  réintégration  des  membres  injustement 
arrêtés,  etc.^  De  son  côté  le  conseil  du  département  fit 
deux  adresses  :  l'une  à  la  Convention  pour  protester 
contre  la  violation  de  la  représentation  nationale  ;  l'autre 
à  ses  administrés  pour  leur  faire  connaître  l'état  des 
choses  ;  et  les  administrations  de  district  étaient  invi- 
tées à  nommer  chacune  un  délégué  qui  vînt  se  joindre 
à  l'administration  départementale  dans  ces  circons- 
tances graves  (12  juin)  "\  Les  assemblées  primaires  étaient 
convoquées;  c'était  un  mouvement  général,  un  entre- 
croisement d'adresses.  Les  assemblées  primaires  du 
canton  de  Montpellier  écrivaient  aux  citoyens  de  tous  les 
cantons  du  département  (15  juin)  : 

Frères  et  amis,  aux  assemblées  primaires  !  aux  assemblées 
primaires!  La  République  trahie,  la  Convention  opprimée,  le 
génie,  la  vertu  dans  les  fers  nous  y  appellent,  nous  y  entraî- 
nent. Sauvons  la  République,  sauvons  la  Convention,  sauvons 
la  vertu,  le  génie*,  etc. 

1.  Noie  XLVI,  aux  Appendices. 

2.  Voyez  la  note  XLYII,  aux  Appendices. 

3.  Archives  de  l'Hérault,  minutes  des  drlibérations  du  déparleuient,  à  la  date. 
Le  registre  fait  défaut  du  12  juin  au  7>  Juillet.  L'adresse  est  donnée  en  partie, 
ainsi  que  l'arrêté,  par  M.  Duval-Jouve,  H,  p.  02-04. 

4.  Soulier,  /.  /.,  f°  580,  et  Duval-Jouve,  11,  p.  6"». 


I.  HÉRAULT.  159 

Les  délégués  de  Bordeaux  qui  arrivèrent  à  Montpel- 
lier en  ce  temps-là  n'eurent  généralement  qu'à  se  louer 
des  dispasi tiens  qu'ils  y  trouvèrent  (16  juin).  Le  dépar- 
tement les  reçut  bien;  la  commune,  très  bien;  le  dis- 
trict, moins  bien  *  (il  se  plaignait  qu'on  l'accusât  de 
maratisme,  et,  disent  les  délégués,  ce  n'était  pas  sans 
raison).  Les  sections  étaient  en  permanence;  ils  les 
visitèrent  toutes  et  y  furent  accueillis  par  des  applau- 
dissements. Le  comité  central  leur  annonça  que  les 
assemblées  primaires  étaient  convoquées  pour  former 
un  comité  départemental  oîi  seraient  arrêtées  les  mesu- 
res de  salut  public'. 

Ce  fut  le  maire  de  Montpellier,  Durand"',  qui,  au  nom 
du  comité  central,  exposa,  dans  un  rapport  aux  assem- 
blées primaires,  l'ensemble  des  mesures  dont  le  comité 
départemental,  formé  des  délégués  de  ces  assemblées, 
aurait  à  s'occuper  (20  juin)  :  Délivrance  des  députés 
détenus,  punition  des  coupables,  rejet  du  tribunal  révo- 
lutionnaire de  Paris,  responsabilité  de  la  Convention  et 
dudit  tribunal,  formation  des  assemblées  primaires,  réu- 
nion de  leurs  députés  dans  le  centre  du  département  et 
députation  de  tous  les  députés  départementaux  dans  le 
centre  de  la  République,  scrutin  épuratoire  des  corps 
administratifs  et  judiciaires,  déclaration  individuelle  de 
ceux  qui  les  composaient,  renouvellement  et  épurement  de 
la  Convention,  envoi  d'une  force  départementale  à  Paris, 

1 .  Rappelons  que,  lorsqu'on  dit  le  département,  le  district,  c'est  le  conseil 
tUi  département,  le  conseil  du.  district  que  l'on  veut  dire. 

'2.  Rapport  de  Lavaugayon  à  la  Commission  populaire  de  Bordeaux.  —  .\|)rès 
les  députés  de  Bordeaux  (16  juin),  le  conseil  du  département  avait  reçu  ceux 
ilu  département  de  l'Aude,  de  Béziers,  de  Bédarieux.  (Archives  de  l'Hérault. 
Registre  du  Conseil  du  département,  18  et  19  juin.) 

5.  «  L'instigateur  et  le  moteur  principal  de  tontes  les  mesures  de  fédéralisme 
et  de  contre-révolution  et  président  du  comité  Cobleiicier  de  ce  département  ». 
dit  Julien,  llapport,  p.  150. 


160  PART.  II,  CHAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

enfin  rejet  ou  suspension  de  tous  les  décrets  depuis 
le  51  mai'.  Cependant  les  représentants  du  peuple  Chà- 
teauneuf-Randon  et  Mailhe  s'inquiétaient  de  ces  prépa- 
ratifs et,  par  un  arrêté,  ils  prescrivirent  qu'on  leur 
envoyât  un  commissaire  pris  dans  le  sein  de  l'adminis- 
tration. Était-ce  pour  s'assurer  un  gage  de  sa  fidélité? 
Les  assemblées  primaires  voulurent  avoir  communica- 
tion de  cet  arrêté,  et,  protestant  contre  les  soupçons 
dont  elles  étaient  l'objet,  demandèrent  qu'on  n'y  donnât 
pas  suite  (21  juin;  '. 

.  C'est  alors  que  les  députés  de  la  Gironde  firent  con- 
naître au  conseil  la  proposition  de  leur  département  :  il 
s'agissait  d'inviter  tous  les  autres  à  envoyer  un  ou  deux 
commissaires  dans  un  lieu  central  pour  former  un  comité 
de  correspondance  :  à  un  moment  donné,  ce  devait  être 
un  comité  d'action.  L'affaire  était  grave  et  la  délibération 
qu'elle  devait  provoquer  fut  ajournée.  On  ajourna  de 
même,  le  24,  la  délibération  sur  le  plan  proposé  par  le 
département  de  l'Eure.  Au  moment  de  s'engager  d'une 
manière  décisive,  on  hésitait.  Le  25  juin,  le  président 
fit  au  conseil  l'analyse  des  mesures  prises  par  les  divers 
départements.  Que  concluait-il?  L'analyse  fut  approuvée 
et  la  pièce  qui  l'approuve  a  disparue 

Dans  cette  situation,  si  l'on  ne  voulait  pas  aller  plus 
loin  (et  les  habitants  de  Montpellier  témoignaient  de  plus 
en  plus  qu'ils  ne  le  voulaient  pas'*),  il  n'y  avait  qu'une 
chose  qui  pût  les  tirer  d'affaire,  c'était  la  Constitution 
votée  le  24  juin  et  qui  allait  être  soumise  à  l'accepla- 

1.  Soulior,  /.  /.,  1"»  587-388;  Duval-Jouve,  II,  p.  06-70. 
)>.  Arcliivcs  de  l'Hérault.  Conseil  <1ii  (léparlcmcnl,  minutes, 
ô.  Archives  de  l'IIcrault,  ibid. 

4.  4  juillet.  Adresse  des  habitants  réunis  à  Sainl-Côme,  à  tous  les  Français  : 
0  Union,  pas  de  guerre  civile  ».  Voyez  aussi  Duval-Jouvc,  II,  p.  72. 


I.  HÉRAULT.  161 

lion  de  tous  les  eitovens.  Mais  la  Constitution  n'arrivait 
pas!  Que  signifiait  ce  retard?  La  Convention  gardait- 
elle  rancune  au  département?  ou  l'exemplaire  aurait-il 
été  retenu  par  malveillance,  et  le  silence  dans  lequel 
le  département  demenrait  forcément  ne  le  ferait-il  pas 
tenir  pour  ennemi?  Le  conseil  manifesta  ses  inquié- 
tudes à  ce  sujet  par  une  lettre  an  comité  central 
(9  juillet)  : 

Citoyens, 
Nous  ne  pouvons  vous  dissimuler  notre  surprise  et  nos 
inquiétudes  au  sujet  du  retard  que  met  la  Convention  natio- 
nale à  nous  envoyer  officiellement  la  Constitution  française 
qu'elle  vient  de  décréter.  Nous  lui  en  avons  témoigné  notre 
sollicitude  dans  une  lettre  que  nous  lui  avons  adressée  il  y  a 
quelques  jours,  et  malgré  celte  démarche  de  notre  part  nous 
n'ignorons  pas  que  des  malveillants  cherchent  à  exciter  d'in- 
justes soupçons  sur  notre  compte,  en  répandant  le  faux 
bruit  que  nous  avons  reçu  la  Constitution  officiellement  et 
que  nous  retardons  à  dessein  la  connaissance  que  nous  en 
devons  à  nos  administrés'. 

La  Convention  en  effet  s'était  occupée  de  Montpellier. 
Le9  juillet,  Jean-Bon  Saint-André,  ayant  à  faire,  au  nom 
du  Comité  de  salut  public,  un  rapport  général  sur  les 
mouvements  du  Midi,  en  avait  détaché  ce  qui  regardait 
particulièrement  cette  ville'.  Il  déchargeait  les  admi- 
nistrations du  département  en  général  : 

Mais,  ajoutait-il,  en  attendant,  votre  comité  n'a  pas  cru 
devoir  différer  de  vous  rendre  compte  de  ce  qui  se  passe  en 
ce  moment  d.uis  le  département  de  l'Hérault,  ou,  pour  mieux 
dire,  dans  la  ville  de  Montpellier;  car,  au  milieu  des  troubles 
(|ui  nous  agitent,  c'est  une  remarque  importante  à  faire,  que 

1.  Archives  de  l'Hérault,  registre  du  couseil  général  du  dé[i:irlenient,  n"  0, 1"  ~AK 

2.  Moniteur  du  11  juillet  1793,  t.  XVII,  p.  84. 

PÉVOL.   DU   51    MAI.  W  —  11 


102  PART.  II,  CllAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  ISIMES. 

l'esprit  de  contre-révolution  semble  s'être  réfugié  dans  quel- 
ques villes  opulentes,  où  un  petit  nombre  d'hommes,  fiers 
de  leur  fortune,  ont  osé  concevoir  le  projet  de  morceler  la 
France  pour  s'en  partager  les  lambeaux  — 

Le  mouvement  qui  a  éclaté  dans  les  départements  de  la  Gi- 
londe  et  des  Bouches-du-Rhône  s'est  communiqué  à  celui  de 
l'Hérault;  il  paraît  que  les  administrations  de  ce  département 
n'en  ont  point  été  ébranlées.  Votre  comité  ne  connaît  pas  du 
inoins  des  actes  qui  établissent  qu'elles  soient  entrées  dans  la 
ligue  des  fédéralistes  du  Midi.  Mais  quelques  hommes  ambi- 
tieux, profitant  d'une  réputation  de  popularité  peu  méritée, 
ont  convoqué  les  sections  de  Montpellier,  créé  dans  cette  ville 
un  corps  législatif  et  inquisitorial,  sous  le  nom  de  Comité  de 
salut  public,  et  pris  des  arrêtés  qui,  semblables  au  fond  à 
ceux  dont  vous  avez  déjà  connaissance,  présentent  dans  leurs 
dévelopjtements  un  caractère  d'absurdité  qui  ne  serait  que 
ridicule,  s'il  n'était  pas  dangereux  à  la  liberté  publique. 

En  disculpant  les  administrations,  il  faisait  donc 
des  réserves  et  il  incriminait  au  premier  chef  le  maire 
Durand  : 

Le  chef  de  cette  association  est  Durand,  maire  de  Montpel- 
lier, homme  dévoré  d'ambition  et  de  cupidité,  patriote  par 
le  désir  d'obtenir  des  places  :  celle  qu'il  occupe  ne  suffit 
point  à  sa  vanité,  et  il  aspire  à  la  gloire  de  jouer  un  rôle  dans 
la  Révolution. 

Avec  le  maire  Durand,  il  accusait  aussi  le  «  prétendu 
Comité  central  de  salut  public  »,  et  il  énumérait  ses 
attentats  : 

Le  placard  que  le  Comité  [de  Paris]  m'a  chargé  de  vous 
communiquer  est  le  véhicule  de  ce  poison  moral  destiné  à 
infecter  les  âmes,  et  à  leur  inoculer,  si  j'ose  ainsi  dire,  la 
peste  fédéraliste  et  contre-révolutionnaire.  Là,  sous  la  forme 
d'arrêtés,  on  renouvelle  les  calomnies  répandues  contre  Pa- 
ris, la  Convention  et  quelques-uns  de  ses  membres  ;  là  on 


I.  HERAULT.  165 

met  en  question  si  l'on  enverra  aux  assemblées  primaires 
la  Constitution  que  vous  avez  décrétée;  là,  tout  en  se  plai- 
gnant du  décret  d'arrestation  que  vous  avez  porté  contre 
trente-deux  de  vos  membres,  on  propose  de  mettre  en  état 
d'arrestation,  dans  le  chef-lieu  de  leurs  départements,  tous 
les  députés  actuels,  pour  les  faire  juger  par  un  jury  natio- 
nal, et  dont  le  rassemblement  se  fera  à  Clermont-Ferrand  : 
là  on  propose  d'entourer  d'une  force  armée  la  législature,  et 
de  lui  donner  la  haute  police  sur  la  ville  où  elle  tiendra  ses 
séances. 

11  signalait  dans  le  placard  cet  appel  à  l'insurrection  : 

Les  citoyens  de  Paris  attendent  impatiemment  ceux  des 
départements  pour  les  tirer  de  l'oppression.  Déjà  le  brave 
Wimpfen  marche  à  la  tête  des  troupes  du  Calvados,  et  Custine, 
pressé  par  le  Comité  de  salut  public  de  s'opposer  à  cette 
marche,  a  répondu  :  Je  ne  le  veux,  ni  ne  le  peux. 

11  signalait  encore  cette  révolte  contre  l'autorité  de  la 
Convention  dans  un  arrêté  du  môme  comité  (28  juin)  : 

11  est  défendu  aux  administrateurs  de  district  et  aux 
communes  de  donner  exécution  au  décret  de  la  Convention 
qui  enjoint  aux  corps  administratifs  de  faire  arrêter  les  com- 
missaires des  départements  prétendus  en  révolte,  ces  commis- 
saires n'ayant  pour  objet  que  de  faire  lever  en  masse  la  na- 
tion contre  l'anarchie. 

Une  intervention  timide  de  Cambacérès  en  faveur  de 
Durand  et  un  incident  violent  provoqué  par  les  applau- 
dissements que  plusieurs  membres  de  la  droite,  notam- 
ment Coucliey  des  Vosges,  osèrent  donner  à  certain 
passage  du  bulletin  du  comité  central  de  l'Hérault',  ne 

I.  Voici  ce  passage  :  «  Le  procureur  syudic  du  district  de  Montpellier  annonce 
<|u'il  va  faire  exécuter  les  dispositions  qui  sont  contenues  dans  ces  arrêtés,  et 
notamment  l'organisation  d'une  force  départementale. 

«  Deux  députes  sont  nommés;  la  discussion  s'ouvre  sur  les  instructions  à  leur 


IGt  PART.  II,  CIlAl».  Xll.  MOxNTPELLIER  ET  NIMES. 

firent  que  retarder  un  peu  le  vote  d'un  décret  d'arres- 
tation contre  le  maire  Durand,  président,  et  contre  les 
autres  membres  du  comité  central'.  Ce  décret  arrivait 
à  Montpellier  à  peu  près  en  même  temps  que  l'acte 
constitutionnel  (l'acte  le  15,  le  décret  le  14).  11  produi- 
sit tout  son  effet.  Le  comité  central  des  assemblées  pri- 
maires du  département  déclara  que  ses  principes  avaient 
toujours  été  :  point  de  guerre  civile,  acceptation  de  la 
Constitution,  point  de  force  contre  Paris,  etc-.  Le  conseil 
du  département,  qui  allait  faire  sa  paix  avec  la  Conven- 
tion de  la  même  sorte,  voulut  défendre  au  moins  ses 
principaux  membres,  frappés  pour  des  actes  dans  les- 
quels il  était  lui-même  bien  compromis;  et  il  prit  un 
arrêté  où, 

Considérant  que  toute  portion  du  peuple  a  le  droit  d'ex- 
primer sa  volonté  ;  que  les  officiers  choisis  par  le  peuple  pour 
manifester  cette  volonté  ne  peuvent  être  poursuivis  sans 
attenter  à  la  souveraineté  même  du  peuple: 

Considérant  que  la  Convention  a  été  évidemment  trompée 
et  que  son  décret  ne  peut  être  exécuté'" 

il  déclarait  qu'il  adhérait  à  l'arrêté  du  comité  cen- 
tral dont  il  vient  d'être  parlé!  Après  quoi,   il  procéda 


donner;  on  propose  (railojiler  colles  tlii  dé])artciuenl  de  la  (iironde,  savoir  : 
(le  consulter  le  peuple  sur  la  Constilution,  de  l'inviter  à  former  une  nouvelle 
législature,  et  d'ordonner  aux  députés  actuels  de  se  rendre  aux  cliel's-lieux  de 
leurs  départements,  pour  y  rester  en  iHat  d'arrestation  jusqu'à  leur  jugement  par 
un  grand  jury  national.»  (Séance  du  'J  juillet,  Moniteur  du  11,  t.  XVII,  p.  86.) 

1.  Il  est  dit  (jue  le  décret  est  rendu  contre  tous  les  membres  du  comité  cen- 
tral. (Séance  du  2i  août,  Mo>u7ei/r  du  20,  t.  XVH,  p.  483,  discours  de  Julien.] 
Le  décret  est  omis  au  Moniteur,  à  la  date  ;  mais  il  lut  certainement  rendu.  La- 
vaugayon  était  encore  à  Mont))ellier  quand  la  pièce  arriva,  et  il  parle  dans  son 
rapport  de  la  protestation  qu'elle  suscita,  protestation  que  l'on  trouve  eu  effet 
dans  les  actes  du  conseil  général. 

2.  Son  arrêté  se  trouve  dans  le  précieux  i\oss\en\a  Fédéra/ isvie,  auxArcliivcs 
de  l'Eure. 

5.  Voyez  dans  Duval-Jouve  le  texte  même  de  l'arrèlé. 


1.  HERAULT.  165 

à  la  publication  de  l'acte  constitutionnel.  Mais,  sur  la 
proposition  de  Lacroix,  la  Convention,  dans  la  séance 
du  20  juillet,  cassa  l'arrêté  et  se  borna  à  ordonner  de 
nouveau  l'exécution  de  son  décret*. 

Cependant  le  comité  de  Montpellier  s'était  mis  en 
mesure  de  soutenir  la  décision  qu'il  avait  prise;  et  il 
avait  des  appuis  autour  de  lui.  Annequin,  un  des  pros- 
crits, s'étant  rendu  dans  la  ville  pour  se  concerter  avec 
le  maire  Durand,  fut  protégé  par  200  hommes  de  la 
uarde  nationale  de  Pézenas  qui  lui  servirent  d'escorte, 
t't  à  Montpellier  un  poste  considérable  fut  établi  chez  le 
maire  pour  s'opposer  à  son  arrestation,  si  l'on  tentait  de 
l'opérer'.  Mais  ce  dernier  ne  cherchait  point  à  s'y  sous- 
traire. Malgré  les  démarches  du  comité,  malgré  les  mani- 
festations du  peuple  en  sa  faveur,  il  résolut  de  se  sou- 
mettre au  décret  de  la  Convention  et  décida  même 
Annequin  à  partir  pour  Paris  avec  lui.  C'est  devant  cette 
résolution  que  le  procureur  général  syndic  du  départe- 
ment prit  le  parti  d'exécuter  le  décret  et  transmit  au 
commandant  de  la  gendarmerie  les  ordres  du  ministre 
de  la  Justice  pour  l'arrestation  des  deux  accusés 
(28  juillet). 

Le  14  juillet,  en  même  temps  que  le  comité  défendait 
son  passé  dans  la  personne  de  ses  principaux  agents, 
il  avait  mis  un  terme  à  la  crise  par  l'acceptation  de 
la  Constitution,  et  les  délégués  de  l'Aveyron  prenaient 
congé  de  lui,  portant  à  leurs  mandataires  «  la  nouvelle 
bien  satisfaisante  de  sa  persévérance  à  maintenir  la  Ré- 

i.  Séance  du  20  juillet  1793,  Moniteur  du  22,  t.  XVII,  p.  187. 

2.  Soulier,  /.  /.,  l"'  595-596,  et  Lavaiigayon,  Rapport  à  la  Comiitission  popu- 
laire de  Bordeaux.  Cela  provoque  une  nouvelle  explosion  de  Julien  contre  ce 
maire,  nouveau  dictateur,  nouveau  César,  et  toujours  despote,  etc.  (Rapport, 
|).  134.) 


166  PART.  II,  CIIAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  NBIES. 

publique  une  et  indivisible'  ».  —  Les  délégués  de  la 
Gironde  partirent  aussi,  convaincus  qu'il  n'y  avait  plus 
rien  à  faire;  mais,  avant  de  partir,  ils  firent  au  comité 
central  une  déclaration  solennelle.  Ils  ne  voulaient  pas 
laisser  croire  qu'à  leurs  yeux  la  proclamation  de  la 
Constitution  mît  lin  à  tout,  et  qu'en  face  de  la  repré- 
sentation nationale  violée  le  principal  fût  d'éviter  la 
guerre  civile  ^ 

Montpellier  ne  songeait  plus  qu'à  rétablir  partout  la 
paix.  Le  20  juillet,  le  conseil  général  décide  qu'«une 
députation  de  quatre  membres  ira  vers  les  représen- 
tants près  l'armée  des  Alpes,  la  Convention  nationale 
et  le  département  des  Bouches-du-Rhône,  pour  deman- 
der qu'ils  fassent  une  suspension  d'armes  jusqu'au 
10  août  )).  La  démarche  fut  reçue  avec  faveur  dans  le 
Gard,  avec  défiance  et  sarcasme  à  Tarascon,  où  l'on  était 
encore  dans  le  feu  de  la  lutter  Mais  déjà  on  pouvait 
savoir  quel  résultat  cette  lutte  avait  eu  sur  d'autres 
points  :  en  Normandie,  par  exemple. 

Dès  le  25  juillet,  la  société  populaire,  voulant  effa- 
cer d'importuns  souvenirs,  avait  un  peu  changé  son  nom 
(Société  populaire  des  Amis  «  de  la  Constitution  ») 
et  décidé  qu'il  serait  fait  une  adresse  à  la  Convention 
nationale  pour  adhérer  aux  événements  des  oJ  mai  et 
2  juin*.  Le  20,  le  conseil  général  lui-môme  arrêta 
qu'une  déclaration  de  ce  genre  lui  serait  aussi  adressée, 
déclaration  où,  tout  en  intervenant  encore  pour  la  paix 
générale,  il  essayait  de  faire  croire  que  toute  sa  con- 

1.  Archives  de  l'IIéraull.  Itcgistrc  du  conseil  générai,  à  la  dalc  du  14  juillet,  f"  08. 
'2.  Celle  déclaration  n'ayant  p;is  été  insérée  au  liidlelin,  ils  la  firent  im|)rinier 
et  distribuer. 
T).  Registre  du  conseil  général,  à  la  dalc  du  'i<i  juillel,  1*  9(3. 
4.  Archives  de  l'Hérault,  L  iV,  à  la  date. 


1.  IIÉIIAULT.  i67 

duite,  dans  le  passé,  n'avait  jamais  eu  d'autre  biU'. 
Quant  à  l'arrêté  du  14,  relatif  au  décret  du  9  juillet, 
lorsqu'on  sut  comment  il  avait  été  accueilli  à  la  Conven- 
tion nationale,  on  se  garda  bien  de  mettre  de  l'insis- 
tance à  le  défendre.  On  le  révoqua,  au  contraire,  et  l'on 
décida  que  le  décret  qu'il  improuvait  serait  consigné 
aux  registres  (27  juillet^).  Puis,  par  la  lettre  la  plus 
soumise,  on  entreprit  d'expliquer  ce  malencontreux 
arrêté  du  14,  tout  en  insinuant  que  le  retrait  du  décrel 
du  9  serait  aussi  un  gage  pour  la  paix  publique  ^ 

Que  devinrent  les  bommes  pour  qui  le  conseil  géné- 
ral avait  intercédé?  Des  deux  principaux,  conduits  à 
Paris,  l'un,  Annequin,  pensa  qu'après  tout  il  était  plus 
sûr  de  n'y  point  aller,  et,  en  passant  à  Pézenas,  il 
s'écbappa;  la  ville,  qui  naguère  lui  avait  fourni  une 
escorte,  favorisa  sans  doute  sa  fuite;  l'autre,  Durand, 
avait  dit  :  «  Je  n'ai  rien  à  me  reprocber.  Si  j 'émigré, 
on  s'emparera  de  mes  biens  ».  (Il  avait  120  000  livres 
de  rente.)  —  Il  se  laissa  donc  conduire  h  Paris,  où  on  lui 
prit  ses  biens  avec  sa  tête  :  renvoyé  devant  le  tribunal 
révolutionnaire  par  décret  du  15  nivôse  (4  janvier  179i), 
il  fut  condamné  le  19  (8  janvier).  Un  troisième,  Fabre- 
guette,  qui  avait  été  secrétaire  du  comité,  s'était  trouvé 
compris  aussi  avec  eux  dans  le  mandat  d'arrestation, 
mais  il  avait  des  services  révolutionnaires.  Il  avait,  à 
la  tête  d'un  bataillon  du  district  de  Millau,  défait  l'ar- 
mée du  rebelle  Charrier,  et  la  Convention  avait  déclaré 
que  ce  bataillon  avait  bien  mérité  de  la  patrie.  Instruit 
du  coup  qui  le  frappait,  il  était  venu  se  présenter  de 
lui-même,  et  Julien   de  Toulouse,    plaidant   sa  cause 

1.  Note  XLVIII,  aux  Appendices. 

1.  Archives  de  l'Hérault.  Reg.  du  conseil  gi-inhal  du  di-part.,  à  la  date,  f"  154. 

5.  Note  XLIX,  aux  Appendices. 


J68  PART.  II,  CHAI'.  XII.  MO>'TI'ELLIER  ET  NIMES. 

dans  la  séance  du  2i  août,  l'avait  fait  rayer  du  décret'. 
D'autres  étaient  compromis  encore.  M.  Coste,  deBéziers, 
président  du  département,  fut  si  effrayé  qu'il  s'empoi- 
sonna. M.  Fargeon,  administrateur  du  district  de  Mont- 
pellier, tenta  de  se  couper  la  gorge.  11  n'y  eut  pourtant 
pas  d'autres  victimes.  On  a  soupçonné  que  Cambon, 
dont  le  père  avait  été  mêlé  aux  événements  et  dont  les 
lettres  auraient  pu  être  elles-mêmes  suspectées,  avait 
arrêté  les  poursuites  ". 

«  Le  comité  central,  dit  Julien,  suivait  la  marche  de 
la  Gironde  :  il  éparpillait  ses  commissaires;  il  levait 
une  force  armée  ;  il  voulait  établir  un  jury  national 
pour  juger  la  Convention;  il  envoyait  des  députés  à 
Bourges  :  Broussonnet,  ex-législateur,  et  Fargeon,  ad- 
ministrateur du  district  de  Montpellier,  obtinrent  les 
suffrages  ;  Durand  se  réservait  pour  la  nouvelle  Conven- 

1.  Séance  ilu  24  août  1793,  Moniteur  du  26,  l.  XVII,  p.  483. 

2.  C'est  l'opinion  de  M.  Soulier.  «  On  a  toujours  pensé,  dit-il,  que  les  fédérés 
de  l'Hérault  ne  turent  pas  poursuivis  parce  que  M.  Cambon  père,  que  l'on  sus- 
pectait ainsi  que  plusieurs  autres  pendant  les  assemblées  et  qui  craignait  d'être 
arrêté,  communiqua  à  la  section  de  Boutonnet  la  correspondance  de  son  lils,  de 
laquelle  il  résultait  qu'il  ne  fallait  prendre  encore  aucun  paru  et  qu'il  pensait 
que  la  Montagne,  parti  dominant  la  Convention  qui  avait  provoqué  l'cvénemenl, 
l)erdrait  la  République  ;  un  membre  de  cette  section  observa,  dans  l'intérêt  sup- 
posé de  M.  Cambon,  qu'il  devait  eu  faire  le  dépôt  à  M.  René,  président,  qui, 
a|)rès  l'avoir  paraphée,  en  enverrait  des  copies  certifiées  aux  autres  sections,  e( 
M.  Cambon  y  consentit. 

«  Cette  correspondance  fut  conservée  par  les  soins  du  frrre  de  M.  René....  Il 
est  de  l'ail  que,  dans  le  mois  de  messidor  an  II,  la  société  populaire  dépêcha  à 
l'aris  Espinas,  l'aveugle,  surnommé  depuis  Cracchus,  pour  demander  qu'il  fût 
l'tabli  à  Montpellier  un  tribun.il  po|)ulaire  à  l'effet  de  juger  les  fédérés  (M.  Durand 
ne  devait  pas  être  le  seul  puni);  que  M.  Cliaptal,  qui  en  fut  prévenu,  en  conféra 
avec  Cambon  fils,  et  qu'en  inristaut  sur  leurs  intérêts  respectifs  ils  parvinrent  à 
faire  répondre  à  Espinas  qu'il  devait  s'adresser  aux  représentants  en  mission 
dans  le  département  des  Pyrénées-Orientales,  dont  les  pouvoirs  s'étendaient  à 
celui  de  l'Hérault.  Robes|)icrre  fut  mis  à  mort  pendant  qu'Espinas  était  en  route 
jiour  s'en  retourner  à  Montpellier.  (F  '  401-402.) 

«  Julien  de  Toulouse  couvre  Cambon  père,  Rrunel  et  Dupin,  procureur  gé- 
néral syndic  :  il  incrimine  Castillion,  Mercier,  Eufier  et  Vignoles.  dans  l'admi- 
nistration départementale;  Brieugue,  dans  la  municipalité,  et  Albisson,  président 
du  tribunal  criminel.  »  [Happorl,  p.  13.').) 


II.  GARD.  169 

lion.  Il  y  avait  aussi  dans  Montpellier  un  club  républi- 
cain, et  l'on  sait  que  de  cette  source  impure  sont  sortis 
mille  maux  incalculables;  c'est  là  que  l'aristocratie 
dominante,  l'égoïsmc  réfugié,  l'agiotage  exerçant  ses 
ravages,  pliaient  de  nouveau  le  peuple  à  la  domination 
en  le  conduisant  à  l'esclavage  :  c'est  sous  ce  titre  impo- 
sant qu'une  troupe  d'hommes  pervers  travaillait  à  saper 
les  fondements  d'une  Constitution  dont  l'égalité  était  la 
principale  base'.  » 

[[ 

(lanl. 

L'ardente  population  de  Nîmes  mérite  une  place  hors 
ligne,  et  par  l'attitude  qu'elle  prit  en  face  de  la  révo- 
lution du  51  mai,  et  par  la  façon  cruelle  dont  elle 
l'expia. 

Comme  les  villes  de  Bretagne,  de  Normandie,  de 
Guyenne  et  beaucoup  d'autres,  elle  n'attendit  pas  ce 
jour  fatal  pour  s'effrayer  des  périls  de  la  Convention 
et  tenter  de  les  prévenir.  Le  10  janvier,  une  adresse 
couverte  de  signatures  portait  les  plaintes  des  citoyens 
de  Nîmes  à  la  Convention  et  leurs  récriminations  contre 
les  anarchistes. 

Ils  s'indignaient  depuis  longtemps,  disait  cette  adresse,  de 
voir  siéger  au  milieu  de  vous  un  homme  couvert  d'opprobre  ; 
...  ils  attendaient  du  patriotisme  des  Parisiens  que  ces  excès 
auraient  un  terme 

Trompés  dans  leur  attente,  ils  ne  diffèrent  plus  à  vous  dire 
la  vérité.  Le  despotisme  des  Parisiens  serait  aussi  intolérable 
pour  eux  que  le  despotisme  des  rois.  Ils  n'entendent  pas  que 
la  commune  de  Paris  rivalise  de  pouvoir  avec  vous;  ...  ils  ne 

1.  Rapport,  p.  152. 


170  PART.  II,  CHAP.  \II.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

veulent  pas  que  des  tribunes  violentes,  se  disant  le  peuple  de 
Paris,  vous  insultent  et  interrompent  vos  travaux  par  des 
murmures,  des  huées,  des  vociférations  et  des  menaces.  Ils 
improuvent  la  conduite  de  ces  députés  avilis  par  leurs  opi- 
nions maratistes,  qui  siègent  sur  la  montagne  d'où  partent 
les  orages. 

Représentants,  ne  vous  laissez  pas  influencer  par  les  cris  et 
les  insultes  de  cette  minorité  audacieuse,  qui  est  en  insurrec- 
tion contre  la  majorité.  Leurs  noms  sont  connus;  ...  mais, 
pour  rendre  à  la  représentation  nationale  toute  sa  majesté  et 
cette  dignité  imposante,  dont  elle  doit  toujours  s'environner, 
expulsez  de  votre  sein  cet  homme,  dont  le  nom  devient  une 
injure,  ainsi  que  ses  coupables  adhérents.  Surtout  hàtez-vous 
d'organiser  une  force  publique  départementale,  destinée  à 
affermir  votre  liberté  et  votre  sûreté.  Nous  allons  imiter 
l'exemple  de  nos  frères  du  Finistère,  des  Bouches-du-Rhône, 
de  la  Gironde,  du  Morbihan,  de  l'Hérault,  de  la  Haute-Loire. 
Nous  volons  auprès  de  vous.  Nous  vous  ferons  un  rempart  de 
nos  corps...  Les  hommes  qui  ont  rendu  la  liberté  à  la  Savoie, 
et  qui  ont  soumis  les  rebelles  de  Jalès,  sauront  soumettre  les 
hommes  du  2  septembre'. 

Mais  le  temps  avait  marché  et  la  situation  n'en 
était  pas  meilleure.  La  pétition  du  15  avril  était  la  dé- 
claration de  guerre  des  sections  de  Paris  à  la  majorité 
de  la  Convention.  Plusieurs  villes  du  Gard  qui  s'étaient 
plaintes  de  la  lutte  des  partis  incriminèrent  vivement  cet 
outrage  à  l'inviolabilité  de  la  représentation  nationale. 
Nîmes  ne  devait  pas  rester  en  arrière.  Le  16  mai,  les 
douze  sections  de   la  ville  nommèrent  quatre  députés 

J.  Arcliives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  '20,  dossier  (jard.  Siijnaions  plusieurs 
autres  adresses  du  Gard  pour  appuyer  la  Convention  et  l'encourager  dans  son 
œuvre  :  20  mars,  Société  des  Amis,  etc.,  de  lioaucaire  ;  Donner  une  Constitu- 
tion ;  29  mars,  Pont-Saint-Esprit  :  adiiêsion  à  tous  les  décrets;  Uzès,  9  avril, 
à  la  Convention,  et  J4  avril,  à  la  cdinnume  de  Paris,  au  sujet  de  Dumouriez 
(Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  20,  dossier  Gard),  et  la  note  L  aux 
Appendices. 


IL  GARD.  171 

extraordinaires  (Rabaiil  \c  Jciiiio,  J.  Soubeiran  le  jeune, 
Ant.  Lassalle  et  Castor  Belle)  pour  porter  une  nouvelle 
adresse  à  la  Convention.  Cette  adresse,  datée  du  20, 
reçut  l'adliésion  du  conseil  du  département  et  du  con- 
seil général  de  la  commune.  On  y  lisait  : 

Cobourg  est  à  nos  portes,  la  guerre  civile  est  au  milieu  de 
nous;  le  sanctuaire  de  la  liberté  est  environné  de  féroces 
assassins,  et  le  fer  des  bourreaux  du  2  septembre  levé  sur 
les  représentants  du  peuple. 

Mallieur  h  ceux  qui  attenteront  à  votre  liberté  et  à  vos 
vies  !  malheur  à  ceux  qui  tenteront  d'avilir  la  nation  dans  ses 
représentants!  Parlez  et  le  Midi  s'ébranle\ 

Mais  rien  n'égale  la  véhémence  de  la  société  popu- 
laire du  Yigan  (1"' juin  1795)  ;  c'es:  un  véritable  réqui- 
sitoire et  le  dernier  degré  de  l'hyperbole  : 

Qu'êtes-vous?  Nos  mandataires.  Que  devez-vous  être?  Fidèles 
à  votre  mandat.  Que  deviez-vous  faire?  Une  Constitution. 
Qu'avez-vous  fait?  Scandalisé  l'univers,  enhardi  nos  ennemis, 
lassé  le  peuple,  attiré  sur  nous  le  fléau  de  la  guerre,  en  un 
mot  trahi  notre  confiance,  et  presque  perdu  la  République. 

Infâmes  intrigants!  ignorez-vous  que  la  majesté  nationale 
entrait  dans  la  délégation  de  vos  pouvoirs?  Et  vous,  hommes 
timides,  vous  laissez  avilir  par  une  cinquantaine  de  scélérats 

1.  Pièces  qui  font  connaître  les  fédéralistes  du  Gard  et  qui  ont  servi 
de  base  à  l'épuration  des  autorités  constituées  :  déposées  au  Comité  de  salut 
public  par  Borie  (9  brumaire  au  III),  et  publiées  à  l'appui  de  son  rapport 
(Libliotbèque  nationale,  Le  ^'J,  88)  :  n°  xix,  Adresse  des  citoyens  des  douze 
sections  de  la  ville  de  Nimes  ;  —  n°  xx,  Adliésion  du  conseil  administratif  du 
Gard  ^24  mai),  et  n°  xxi,  du  conseil  général  de  la  commune  de  Nimes  (25  mai); 
—  n°  xxu,  Pouvoirs  donnés  par  les  douze  sections  à  leurs  dépiités  exlraord  i- 
naires  (16  mai). —  Cf.  Julien,  rapport  sur  les  administrations  rebelles,  p.  86  et 
suiv.,  et  la  note  LIaux  Appendices.  —  Borie  avait  été  chargé  d'uue  mission  dans 
le  Gard,  la  Lozère,  la  Ilaute-Loire  et  le  Cantal,  pour  épurer  les  autorités  con- 
stituées. Il  partit  de  Paris  le  2  pluviôse,  et  rentra  à  la  Convention  le  4  fructidor 
an  II.  Son  rapport  contient  le  récit  abréjié  de  sa  mission,  et  la  suite  de  son 
rapport  donne  la  série  de  ses  opérations  par  districts,  cantons  ol  municipalités 
(lirumaire  an  III).  (Bibliothèque  nationale,  Le  ^^,  86  et  87.) 


172  PART.  II,  CHAI».  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

le  caractère  éminent  dont  vous  êtes  revêtus.  Etcs-vous  répu- 
blicains? Non.  Si  vous  l'étiez,  vous  vous  occuperiez  invaria- 
blement des  intérêts  de  la  patrie  en  nous  donnant  une 
Constitution  républicaine.  Mais  pouvez-vous  nous  la  donner 
cette  Constitution  tant  que  vous  avez  la  maladie  de  la  domi- 
nation? Abjurez  donc  cette  erreur.  Les  mêmes  mains  qui  vous 
donnèrent  vos  pouvoirs  peuvent  les  révoquer,  et  vous  livrer 
à  toute  la  vengeance  des  lois,  si  la  fin  de  juillet  ne  voit  point 
la  Constitution  parfaite. 

Pour  y  parvenir,  allez  à  Bourges,  centre  de  la  République, 
environnez-vous  d'une  force  imposante  qui  écarte  tout  ce  qui 
ne  sera  pas  représentant  à  cinq  lieues  à  l'entour'.  Formez  un 
conclave  où  chacun  aura  sa  cellule,  où  les  aliments  vous 
seront  fournis  et  diminués  à  proportion  du  temps  que  vous 
mettrez  à  décréter  la  Constitution,  et  si  l'aniour  de  la  patrie 
ne  l'emporte  pas  sur  l'égoïsme,  que  la  crainte  du  jeûne  fasse 
trembler  les  partisans  du  trouble  et  du  désordre. 

Que  les  insolentes  tribunes,  les  flagorneurs,  les  faux  pa- 
triotes criaillent  et  hurlent,  peu  nous  importe  à  nous  habitants 
du  Midi.  La  même  énergie  que  nous  avons  montrée  contre  les 
rebelles  de  la  Lozère,  nous  saurons  la  faire  valoir  contre  les 
trois  ou  quatre  mille  brigands  qui  sont  pour  les  timides 
et  honnêtes  habitants  de  Paris  ce  que  fut  jadis  ce  prétendu 
roi  que  Jupiter  donna  aux  grenouilles. 

Nous  jurons  d'une  voix  unanime  de  maintenir  la  Répui)lique 
une  et  indivisible,  de  courir  sus  contre  tout  factieux  qui, 
lorsque  la  Constitution  sera  mise  en  discussion,  osera  parler 
de  tout  autre  objet.  Nous  voulons  une  Constitution,  nous  la 
voulons.  Si  vous  ne  pouvez  nous  la  donner,  allez  au  loin 
cacher  votre  turpitude,  fuyez  la  terre  de  la  liberté,  où  les 
anarchistes  n'existeront  pas  longtemps.  Nous  voulons  une 
Constitution  ou  la  tète  des  cinquante  factieux  qui  s'y  oppo- 
sent. Telle  est  notre  résolution;  tel  est  notre  serment.  Les 
républicains  du  Midi  ne  parlent  pas  en  vain.  Réfléchissez  et 
tremblez. 

1.  Et  les  habilanls? 


11.  (iARD.  175 

La  lettre  d'envoi  au  président  de  la  Convention, 
4  juin,  n'était  pas  moins  impérative. 

Citoyen  Président, 

Dans  l'adresse  ci-jointe  tu  trouveras  la  vérité.  Ose  donc 
la  dire  à  ces  tribunes  qui  entravent  le  zèle  des  bons  représen- 
tants, vrais  républicains.  Dis  à  la  France,  apprends  à  l'uni- 
vers que  les  citoyens  du  Vigan  savent  fort  bien  distinguer 
l'ivraie  d'avec  le  froment,  et  qu'ils  sauront,  s'il  le  faut,  mettre 
en  pratique  le  conseil  que  l'on  attribue  au  Fils  de  l'homme. 
Ce  conseil  est  trop  juste  pour  qu'il  ne  soit  pas  de  l'auteur  de 
la  justice  et  pour  que  des  hommes  justes  ne  doivent  le  suivre. 
Salut  et  fraternité*. 

La  révolution  accomplie,  le  Midi  tint  parole.  Le 
9  juin,  les  sections  de  la  ville  d'Alais  en  permanence 
déclaraient  que  la  Convention  nationale  n'était  pas 
libre'.  Le  12,  les  sections  de  Nîmes,  constituées  de 
même  et  réunies  en  assemblée  générale,  rompirent 
tout  lien  avec  Paris  jusqu'à  ce  que  réparation  fût  faite". 
Le  club  populaire,  qui  avait  applaudi  à  la  révolution 
du  51  mai,  fut  fermé,  et  ceux  qui  étaient  connus  par 
leurs  principes  désorganisateurs,  privés  de  leurs  armes  % 
en  même  temps  que  les  autres  allaient  requérir  des 


1.  Ardiives  nationales,  D  xi,  §  4,  carloii  20,  dossier  Gard. 

2.  Pièces  relatives  aux  fédéralistes  du  (lard,  n°  xxxiv. 

").  Ibid.,  n°  XXVII.  ...  Considéranl  que  les  citoyens  de  Paris,  en  secondant  ovi 
en  souCfrant  cette  violation  des  principes  les  plus  sacrés  et  des  lois  les  plu^ 
saintes,  se  sont  rendus  indignes  du  dépôt  qui  leur  était  confié... 

...  Déclarent  à  l'unanimité  qu'ils  abjurent  tous  les  sentiments  de  fraternité 
qui  les  liaient  aux  habitants  de  Paris  jusqu'à  ce  qu'ils  aient  réparé  l'outragr 
(ju'ils  ont  fait  ou  laissé  faire  à  la  majorité  du  peuple  dans  la  personne  de  quelques- 
uns  de  SCS  représentants... 

...  Déclarent  qu'elles  s'empresseront  d'entrer  dans  toute  coalition  qui  aura 
pour  but  la  résistance  à  l'oppression  et  le  maintien  de  la  République  une  et 
indivisible. 

4    Julien,  Rapport,  p.  88. 


174  PART.  II,  CHAP.  Xl[.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

fusils  de  l'adminislration  du  dislricl,  suspect  de  conni- 
vence avec  les  premiers'. 

Le  15,  le  conseil  général  du  Gard  faisait  une  adresse 
à  ses  administrés  : 

La  représentation  nationale  a  été  violée,  disait-il,  ses  droits 
les  plus  saints  méconnus.  Citoyens,  réunissez-vous,  faites 
connaître  votre  vœu^ 

Et  le  même  jour,  dans  une  lettre  à  la  Convention, 
il  la  prenait  à  témoin  de  la  violence  qu'elle  avait  su- 
bie sous  la  pression  des  baïonnettes  \  Le  14,  dans  une 
séance  publique  du  soir,  des  députations  des  douze 
sections  de  Nîmes  et  des  trois  sections  d'Alais  vinrent 
prier  le  conseil  de  convoquer  les  assemblées  primai- 
res ;  une  dépulation  de  la  société  républicaine  de 
Nîmes  s'associait  au  même  vœu;  et,  en  attendant,  on 
décidait  que  des  députés  seraient  nommés,  un  par  com- 
mune, pour  se  réunir  à  Nîmes  le  jeudi  suivant,  20  du 
mois*. 

Le  17,  le  conseil  tint  une  séance  plus  importante. 
Après  la  lecture  des  deux  adresses  du  13,  on  y  lit  le 
serment  de  maintenir  la  liberté,  l'égalité,  l'unité  et 
l'indivisibilité  de  la  République,  la  sûreté  des  per- 
sonnes et  des  propriétés  ;  et  les  commissaires  des  dis- 

1.  Dans  uue  pièce  datée  du  mardi  11  juin,  un  des  attroupés  dit  que  les 
armes  seraient  mieux  à  l'avenir  dans  leurs  mains  (pie  dans  celles  des  Maratistes. 
(Pièces  rclalivei  aux  fédéralisles  du  Gard,  n°  xliii,  p.  124.) 

2.  Ibid.,  n°  i. 

5.  Ibid.,  n°  xxxii  :  «  Cent  mille  bayonnetles  ont  assiégé  le  temple  des  lois, 
elles  vous  ont  arraché  des  oracles  formidables.  La  représentation  nationale  a  été 
outragée;  lesmandataires  du  souverain  gémissent  dans  les  chaînes  de  l'oppres- 
sion; les  rênes  du  gouvernement  semblent  lloller  au  gré  de  l'ambition  et  de  la 
cupidité.  Représentants  du  peuple,  enlendt'z  le  vu'U  du  souverain  et  méritez 
sa  reconnaissance.  » 

4.  Ibid.,  n"  ii,  p.  5;  cf.  n°  xxv,  la  convocation  pour  la  nomination  au  scrutin 
du  représentant  des  sections  à  l'assemblée  générale  des  communes  (17  juin).  C. 
Archives  nationales,  D  xlit,  carton  4,  dossier  34,  pièce  2. 


II.  GARD.  175 

Iricls  approuvèrent.  toiUês  les  mesures  prises,  associant 
ainsi  le  département  tout  entier  aux  résolutions  de  son 
eonseil*. 

Les  députés  envoyés  à  Paris  n'avaient  pas  montré 
moins  d'énergie  que  leurs  commettants  de  Nîmes. 
Arrivés  après  le  51  mai  et  ne  pouvant  plus  lire  leur 
adresse  à  la  Convention,  ils  tinrent  au  moins  à  la 
remettre  an  président  ;  et  quand  la  suite  des  événe- 
ments leur  eut  prouvé  que  l'asservissement  de  la  Con- 
vention était  désormais  sans  remède,  ils  ne  voulurent 
point  partir  sans  protester  contre  les  faits  accomplis 
par  une  lettre,  qu'il  faut  citer  tout  entière: 

Nous  venions  exprimer  à  la  Convention  nationale  les  alar- 
mes de  nos  concitoyens  sur  les  dangers  qui  environnent  les 
représentants  du  peuple;  nous  venions  lui  faire  connaître 
leur  indignation  profonde  des  excès  liberticides  de  la  faction 
maratisle,  et  lui  offrir  les  secours  des  hommes  du  Midi.  Mais 
à  notre  arrivée  le  crime  était  consommé,  la  liberté  et  la  vie 
de  nos  députés  avaient  été  attaquées,  les  armes  destinées  à  les 
protéger  avaient  été  tournées  contre  eux,  et  c'est  au  milieu 
des  injures  les  plus  atroces,  des  menaces  les  plus  violentes, 
des  excès  les  plus  criminels,  qu'une  petite  partie  de  la  Con- 
vention nationale  avait  prononcé  l'arrestation  de  trente-deux 
de  ses  membres. 

Peuple  français,  couvrez-vous  de  deuil,  voilez  d'un  crèj)e 


1.  l'irces  relalives,  etc.,  n"  m,  p.  8.  I,e  14  juin,  la  4"  seclion  avait  pris  cetlf 
résolution,  qu'elle  se  réservait  de  proposer  aux  autres  :  «  L'assemblée  a  arrêté  àl'u- 
nanin.iité  :  1°  Qu'elle  autorise  que  clans  la  commune  il  soit  levé  une  force  destinée 
à  se  joindre  à  tous  les  Français  qui  s'arment  pour  la  résistance  à  l'oppression,  le 
maintien  de  la  République  une  et  indivisible,  et  pour  faire  rendre  à  la  Conven- 
lion  sa  liberté  et  son  intégrité  ; 

«  2"  Qu'elle  cbarge  le  comité  central  des  sections  de  l'organisation  de  cette 
force  ; 

«  3°  Que  le  corps  qui  sera  ainsi  formé  ne  sera  dans  aucun  cas  à  la  disposition 
du  Conseil  exécutif.  »  (Greffe  de  la  cour  de  Nimes,  registre  des  délibérations  de 
la  4«  section.) 


176  PART.  If,  CIIAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

funèbre  la  statue  de  la  liberté.  Votre  souveraineté  a  été  mé- 
connue, outragée,  avilie.  Vos  délégués  sont  dispersés  ou 
asservis.  11  n'existe  plus  de  Convention  nationale.  Pour  nous, 
accablés  de  douleur,  pénétrés  d'indignation,  nous  fuirons  cette 
terre  jadis  hospitalière,  qui  fut  le  berceau  et  qui  est  devenue 
le  tombeau  de  la  liberté.  Nous  fuirons  une  ville  où  la  pensée 
est  captive,  le  secret  des  lettres  violé,  la  liberté  de  la  presse 
attaquée,  les  pétitionnaires  outragés,  l'espionnage  rétabli;  une 
ville  où  se  renouvellent  les  proscriptions  de  Marins  et  de 
Sylla,  où  l'Autriche  et  l'Angleterre  nous  préparent  des  fers 
que  nous  ne  porterons  jamais. 

Mais,  en  attendant  de  vous  serrer  dans  les  bras  et  de  vous 
donner  le  doux  nom  de  frères,  nous  allons  vous  parler  en 
vrais  amis  de  la  Piépubliquc  une  et  indivisible;  en  hommes 
libres,  nous  vous  dirons  la  vérité. 

Enfants  gâtés  de  la  patrie,  vous  à  qui  la  mère  commune  a 
prodigué  ses  trésors  et  ses  faveurs,  un  abîme  est  ouvert  sous 
vos  pas  ;  l'esclavage  et  l'infamie  vous  attendent.  Comme  les 
rois,  vous  vous  êtes  enivrés  d'orgueil  et  d'ambition;  la  soif  de 
l'autorité  vous  dévore.  Comme  les  rois,  vous  avez  vos  courti- 
sans, vos  flatteurs,  votre  cour  corrompue,  vos  esclaves  enchaî- 
nés. Commelesrois,  vous  prodiguez  des  trésors,  vous  distribuez 
des  places,  vous  créez  des  autorités,  vous  dictez  des  lois,  vous 
vous  arrogez  des  privilèges,  vous  faites  des  victimes,  vous 
vous  croyez  le  souverain.  Comme  les  rois,  vous  avez  des 
marquis,  des  comtes,  des  abbés,  des  chanoines,  des  histrions, 
des  intrigants,  des  étrangers,  tous  les  hommes  corrompus, 
qui,  déguisés  en  sans-culottes,  occupent  toutes  les  places, 
dominent  en  votre  nom,  se  gorgent  de  notre  substance  et 
vous  oppriment. 

Eh  bien,  le  prestige  va  se  dissiper;  le  règne  des  usurpateurs 
va  finir,  l'égalité  politique  va  être  rétablie,  le  vrai  souverain, 
le  peuple  des  départements,  va  se  montrer.  Jaloux  de  conserver 
ses  droits  reconquis,  il  viendra  dissiper  la  criminelle  faction 
qui  vous  opprime,  vous  remettre  à  la  place  que  vous  deviez 
occuper  dans  le  corps  social  et  délivrer  la  Convention  nationale. 


II.  GARD.  177 

Ce  n'est  pas  contre  vous,  c'est  vers  vo  s  et  pour  vous  qu'il 
marchera. 

Vos  frères  des  départements  n'ont  pas  oublié  ce  que  vous 
avez  fait  pour  la  Révolution,  et  les  services  signalés  que  vous 
avez  rendus  à  la  liberté.  Ils  en  portent  le  souvenir  gravé  dans 
leurs  cœurs  ;  ils  vous  aiment  encore  :  mais  ils  ne  veulent  pas 
que  votre  égarement,  votre  insouciance  ou  votre  pusillanimité 
perdent  la  chose  publique.  Ils  veulent  tout  à  la  fois  sauver  et 
la  patrie  et  vous-mêmes  :  mais  ils  veulent  que  vous  sachiez  que 
quand  vous  vous  levez,  ce  n'est  pas  le  souverain  qui  se  lève; 
que  vos  insurrections  partielles  ne  sont  que  des  révoltes  cri- 
minelles, et  que  l'attentat  commis  contre  les  représentants  du 
peuple  est  le  plus  grand  des  crimes  de  lèse-nation,  dont  toute 
la  responsabilité  pèse  sur  vous. 

Mais  non,  le  véritable  peuple  de  Paris  n'a  j-jmt  participé 
à  ces  scènes  d'horreur  qui  déshonorent  notre  révolution.  Il 
aime  encore  la  liberté.  Timide  ou  tremblant,  faible  ou  pusilla- 
nime, il  gémissait,  il  obéissait,  il  soupirait  après  sa  déli- 
vrance. 

Eh  bien,  peuple  parisien,  rassurez-vous,  reprenez  votre 
énergie  première,  allez  dans  vos  sections.  Le  Nord  et  le  Midi 
s'ébranlent  ;  vos  frères  accourent  ;  il  leur  tarde  de  vous  serrer 
dans  leurs  bras;  sans  doute  vous  mériterez  d'être  libres. 

Paris,  le  16  juin  1793,  l'an  2"  tic  la  République  française. 

Les  députés  extraordinaires,  etc.  : 
Rabaut  le  Jeune,  Soubeiran  le  Jeune,  Lasalle,  C.  Belle'. 

Cette  lettre,  quoique  datée  de  Paris  et  adressée  aux 
Parisiens,  visait  surtout  le  Gard  et  ne  fut  pas  sans 
action  sur  le  développement  du  fédéralisme  à  Nîmes  : 
car  elle  dut  être  répandue  dans  le  département,  comme 
le  fut  aussi,  par  délibération  du  conseil,  le  discours 

i.  Pièces  relatives,  etc.,  n»  xix,  p.  56.  Les  députés  extraordinaires  des  douze 
sections  de  la  ville  de  >'îmes,  en  permanence,  aux  Parisiens. 

BÉVOL.  DD  31   MAI,  II  —  12 


178  PART.  II,  CHAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMES, 

prononcé  par  Lanjuinais  à  la  Convention  le  2  juin,  avec 
le  récit  de  la  journée ^ 

Nîmes  ne  pouvait  manquer  d'être  en  relations  avec 
les  autres  villes  qui  s'étaient  également  prononcées. 
Elle  faisait  naturellement  le  trait  d'union  entre  Bor- 
deaux, Toulouse  et  Montpellier,  d'une  part,  et  d'autre 
part  Lyon,  Marseille  et  Toulon.  On  avait  reçu  le  procès- 
verbal  de  la  grande  assemblée  tenue  à  Bordeaux  le 
8  juin;  il  avait  été  transcrit  sur  les  registres  du  conseil 
du  Gard,  imprimé  et  envoyé,  par  décision  du  conseil, 
à  tous  les  districts  du  département  (15  juin)^  Le  19, 
on  lut  l'adresse  de  Marseille.  On  avait,  de  plus,  appris 
l'arrivée  de  deux  députés  envoyés  de  Bordeaux  aux 
divers  départements  pour  combiner  leurs  efforts.  Ce 
jour  même,  ils  étaient  reçus  dans  l'assemblée  générale 
des  douze  sections  de  Nîmes.  On  y  applaudit  ces  nobles 
paroles  qu'écrivait  de  Paris  un  des  représentants  arrê- 
tés :  «  Hâtez-vous  de  venir  à  Paris,  et  si  l'on  vous  dit 
de  ne  pas  avancer  ou  que  l'on  nous  égorge,  avancez 
toujours^!  »  Le  lendemain  les  sections  recevaient  les 
députés  de  Lyon,  de  Marseille  et  de  Cahors.  Les  Mar- 
seillais firent  un  discours;  les  Lyonnais  parlèrent  après 
eux  en  termes  simples  et  énergiques;  les  députés  du 
Lot  adhérèrent.  On  jura  l'union,  et  le  président  promit 
que  les  Nîmois  iraient  bientôt  avec  eux  la  cimenter  sur 
les  bords  de  la  Seine'*.  Une  consécration  plus  solen- 
nelle allait  être  donnée  à  ce  pacte. 

1.  Séance  du  18;  Pièces,  etc.,  n°  xxviii,  p.  75. 

2.  IbicL,  n"  xxx,  p.  84. 

3.  Ibid.,  n°  xxxiii,   p.  91.  Proccs-vcrbal   do  l'assemblée  générale  des  douze, 
secîions  de  Nimes,  19  juin  1795. 

4.  Ibid.,  n"  xxm,  p.  87. 


m.  L'ASSEMBLÉE  DES  COMMUNES  DU  GARD.  17;t 

III 

L'assemblée  des  communes  du  Gard. 

Le  21  juin  les  députés  des  communes  du  Gard,  nom- 
més conformément  à  l'arrêté  du  14,  se  réunirent  «  dans 
la  ci-devant  église  du  grand  couvent,  à  Nîmes  ». 

A  la  séance  du  soir,  les  pouvoirs  vérifiés  et  le 
bureau  élu',  on  prêta  ce  serment,  qui  était  toute  une 
profession  de  foi  : 

«  Nous  jurons  de  maintenir  la  liberté  et  l'égalité,  la 
«  sûreté  des  personnes  et  des  propriétés,  la  République 
ce  une  et  indivisible.  Nous  jurons  guerre  aux  tyrans, 
<■<  sous  quelque  forme  qu'ils  se  montrent,  guerre  aux 
ce  anarchistes,  et  de  ne  déposer  les  armes  que  lorsque 
ce  nous  les  aurons  anéantis.  » 

L'assemblée  alors  se  constitua  sous  ce  titre  :  Assem- 
blée représentative  des  communes  du  Gard^  et  fit  à  l'una- 
nimité cette  déclaration  : 

LE  PEDPLE  DU  GARD,  USAM  DE  SES  DROITS  IXALIÉNARLES,  EST  EN 
ÉTAT  DE  RÉSISTANCE  A  l'oPPRESSIO  ET  VA  JOINDRE  SES  ARMES  A 
CELLES  DE  TOUS  LES  VRAIS  AMIS  DE  LA  LIBERTÉ,  DE  l'ÉGALITÉ  ET  DE 
LA  RÉPUBLIQUE  UNE  ET  INDIVISIBLE. 

On  composa  un  comité  de  seize  membres,  où  l'on 
trouve  le  nom  de  Guizot-Gignoux,  et  il  fut  décidé  que 
l'assemblée  se  tiendrait  désormais  dans  la  nouvelle  salle 
de  spectacle,  où  les  orateurs  seraient  plus  facilement 
entendus  ^ 


1.  Ce  fut  Yigier-Sarrasin  qui  fut  élu  président. 

2.  Procès-verbal  de  l'assemblée  des  clcpulés  des  communes  du  Gard,  à  la  date. 
(Archives  du  Gard,  1  L  3,  12.) 


183  PART.  II,  CflAP.  Xll.  MONTPELUKR  ET  NIMES. 

Ce  môme  jour,  les  députés  de  la  Gironde,  de  Mar- 
seille et  de  Lyon  avaient  été  introduits  dans  l'assemblée. 

Sur  la  demande  des  délégués  de  la  Gironde,  on  décida 
qu'on  nommerait  deux  commissaires  pour  parcourir 
avec  eux  les  départements  et  y  provoquer  à  l'action  ^ 
Le  lendemain  Lavaugayon%  de  Bordeaux,  annonçant 
qu'il  allait  partir  avec  son  collègue  pour  continuer  la 
mission  dont  l'un  et  l'autre  étaient  chargés,  demanda 
que  l'assemblée  nommât,  comme  il  avait  été  décrété  la 
veille,  les  deux  députés  qui  devaient  parcourir  avec  eux 
les  Bouches-du-Rliône,  leYar,  les  Hautes  et  les  Basses- 
Alpes,  l'Ardèclie,  la  Drôme  et  la  Haute-Loire.  Le  prési- 
dent applaudit  à  ce  discours  et,  comme  manifestation 
des  sentiments  dont  les  envoyés  devaient  être  les 
interprètes,  on  lut  cette  déclaration  des  citoyens  du 
Gard  à  tous  les  amis  de  la  liberté  de  l'égalité,  de  la 
République  une  et  indivisible  : 

Une  faction  sanguinaire  règne  sur  les  débris  de  la  liberté 
naissante;  la  représentation  nationale,  ce  bien  commun,  cette 
propriété  inviolable  et  sacrée  de  vingt-cinq  millions  d'hommes, 
est  détruite  ;  trente  de  nos  députés  sont  dans  les  fers.  La 
majorité  de  la  Convention,  dispersée  et  tremblante,  n'existe 
plus;  la  minorité  ne  délibère  pas,  elle  tyrannise  ;  le  peuple  de 
Paris  ne  protège  pas  la  Convention,  des  factieux  la  comman- 
dent :  le  centre  de  la  République  est  devenu  le  repaire  des 
brigands,  etc. ^. 


i.  Proccs-verbal  de  l'assemblée  des  députés  des  communes  du  Gard  formée  à 
Nimes....  (Archives  du  Gard,  1  L  5,  12.)  Cf.  Hecueil  des  jntccs,  etc.,  n"  xli, 
p.  118-121,  et  Julien,  Rapport,  p.  90. 

2.  Il  est  appelé  dans  le  procès-verbal  :  Lavau^uyon. 

3.  Pièces,  etc.,  n°  m,  p.  11.  La  pièce  devrait  porter  le  n°  iv,  qui  est  placé 
à  tort  au  milieu  du  procès-verbal,  p.  16.  —  Cet'e  adresse  a  été  reproduite  en 
partie  dans  YAbrcgc  de  l'histoire  de  Nimes,  de  Menard,  publié  avec  continua- 
lion  par  P.-L.  Baragnon  père  (aïeul  de  M.  !N".  Daragnon,  sénateur),  t.  IV,  p.  9i. 


III.  L'ASSEMBLEE  DES  COMMUNES  DU  GARD.  181 

Celte  déclaration  fut  adoptée  à  l'unanimité.  On 
nomma  les  deux  députés,  et,  pour  prouver  que  l'on  ne 
s'en  tiendrait  pas  aux  paroles,  on  décréta  la  forma- 
lion  d'une  force  départementale  de  1200  hommes,  qui 
devaient  se  joindre  aux  troupes  levées  ailleurs.  En 
outre,  comme  l'assemblée  ne  pouvait  rester  en  perma- 
nence, et  qu'il  ne  fallait  point  laisser  de  lacune  dans 
la  direction,  on  nomma  un  comité  de  salut  public  :  on 
y  appela  les  membres  du  conseil  du  département,  qui 
avaient  montré  tant  d'activité  et  de  résolution  en  ces 
circonstances*. 

Montpellier,  qui  avait  pris  des  mesures  analogues  dans 
ce  même  temps,  avait  envoyé  des  députés  à  Marseille, 
et  ce  sont  ces  députés  qui,  à  leur  retour,  se  présentaient 
devant  l'assemblée  du  Gard  (23  juin). 

Ils  y  témoignèrent  du  bon  esprit  qui  régnait  au  chef- 
iieu  des  Bouches-du-Rhône,  annoncèrent  que  la  force 
armée  destinée  pour  Paris  était  partie  la  veille;  que 
ce  jour  même  elle  devait  couchera  Aix  et  se  recruter  de 
500  volontaires  de  cette  ville  :  nouvelle  qui  fut  accueil- 
lie avec  les  plus  vifs  applaudissements. 

On  ne  manqua  point  de  parler  de  tous  les  actes 
arbitraires  commis  par  les  délégués  de  la  Convention 
depuis  qu'ils  s'étaient  abattus  sur  les  déparlements.  La 
plus  vive  indignation  éclata  contre  la  tyrannie»  dé  ces 
proconsuls,  et  leurs  actes  furent  cassés  et  annulés  ^. 
Le  même  jour,  à  la  reprise  de  la  séance,  on  lut  une 
lettre  des   administrateurs   du   département  qui  don- 


1.  Pièces,  etc.,  n"  iv,  p.  18-22,  et  Registre  des  délibérations  de  rassemblée 
représentative  du  Gard,  f^  8.  Cf.  Julien,  Rapport,  p.  93. 

2.  Procès-verbal  de  l'assemblée  représentative  du  Gard,  à  la  date. 

3.  Pièces,  etc.,  n"  v,  p.  23-24.  Cf.  Julien,  Rapport,  p.  90. 


182  PART.  II,  CUAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

liaient  leur  adhésion  aux  résolutions  qu'on  avait  ar- 
rêtées, et  l'on  reçut  des  députés  du  Cantal,  de  la  Lozère 
et  de  la  Haute-Loire  (ceux  du  Lot  avaient  été  reçus  la 
veille).  Ils  venaient  complimenter  l'assemblée  et  mon- 
traient par  leur  présence  que  la  pensée  de  s'unir  pour 
rendre  à  la  représentation  nationale  sa  vérité  était 
commune  à  toute  cette  région  de  la  France  \ 

L'assemblée  de  Nîmes,  qui  recevait  de  telles  marques 
d'approbation  des  déparlements  d'alentour,  prit  des  ré- 
solutions qui  avaient  pour  objet  d'unir  dans  une  môme 
action  toute  la  France  : 


Art.  9.  —  Les  départements  de  la  République  seront  invités 
par  le  comité  de  salut  public  (du  Gard)  à  établir  dans  telle 
ville  qui  sera  choisie  un  comité  national,  auquel  ils  enverront 
un  ou  plusieurs  représentants  à  l'effet  de  recueillir  la  volonté 
du  souverain  et  de  la  manifester  à  la  Convention  nationale. 

Art.  10.  —  Le  comité  de  salut  public  nommera  provisoi- 
rement un  ou  plusieurs  de  ses  membres  pour  représenter  le 
département  du  Gard  auprès  dudit  comité'. 

Après  cela  elle  se  sépara,  mais  elle  laissait  le  comité 
de  salut  public  en  permanence  et  le  chargea  de  conti- 
nuer son  œuvre  ('24  juin)  ^ 


1.  Archives  du  Gard,  Registre  des  délibérations,  etc.,  f°  8,  et  Pièces,  etc., 
n°  vt,  p.  25.  Voyez  ce  qu'en  dit  fiorie  dans  sa  Mission  dans  les  départements 
du  Gard,  Lozère,  Ilaule-Loire  et  Cantal,  p.  4. 

2.  Ces  articles  sont  cités  dans  le  Bulletin  de  la  Co)n)nission  de  Salut  public 
du  département  du  Gard,  du  20  juin.  Pièces,  etc.,  n°  xxiii  bis,  p.  43. 

5.  Archives  du  Gard,  Registre  de  l'assemblée  représentative,  f"  8.  Cf.  Julien, 
Ptupport,  p.  90. 


.  IV.  COMITE  DE  SALUT  PUBLIC  DU  GARD.       185 

IV 

Comité  de  salut  public  du  Gard. 

Le  comité  prit  pour  président  Cardonnct,  qui  avait 
présidé  jusque-là  le  conseil  général  du  département 
(25  juin).  L'assemblée  représentative  du  Gard  l'avait 
voulu  nommer  procureur  général  syndic  :  ce  qui  lui 
mettait  plus  spécialement  dans  les  mains  toute  l'action; 
mais  il  avait  mieux  aimé  s'en  tenir  à  la  présidence^  Les 
autres  autorités  constituées  devaient  être  mises  en 
harmonie  avec  le  comité.  Le  conseil  administratif  du 
district  de  Nîmes  déclara  que  son  bureau,  composé  de 
Montagnards  tels  que  Rovère,  président,  Courbes,  pro- 
cureur syndic,  n'avait  jamais  eu  la  confiance  des  ad- 
ministrés, et  il  les  destitua ^  Le  comité,  resté  seul,  fit 
paraître  un  bulletin  qui  relatait  les  actes  accomplis  et 
devait  se  continuer  pour  tenir  le  pays  au  courant  des 
événements  et  exciter  son  zèle.  Il  organisa  la  force 
départementale  qui  devait  entrer  immédiatement  en 
action:  500  hommes  dont  250  de  Nîmes,  150  de  Beau- 
vais  et  lOOd'Alais  (25  juin).  Il  établit  une  police  sévère 
pour  déjouer  l'action  secrète  des  Montagnards'  et  pu- 

1.  Archives  du  Gard,  assemblée  représentative,  Registre  des  délibérations, 
f°  8,  et  Procès-verbal  du  comité  de  salut  public  du  Gard,  f"  1  et  suiv.,  et  Piè- 
ces, etc.,  n"  vu,  p.  51. 

2.  Pièces,  etc.,  n"  xxxvni,  p.  110. 

5.  Ibid.,  n"  xxvi  (26  juin)  :  «  Ouvrez  les  paquets  à  l'adresse  du  club  populaire 
et  appelez  devant  vous  les  citoyens  suspects  à  qui  les  autres  dépêches  sont 
adressées,  afin  que,  les  ouvrant  en  votre  présence,  vous  puissiez  vous  assurer  de 
leur  contenu  et  retenir  tout  ce  qu'elles  contiennent  de  dangereux  au  repos  pu- 
blic et  nous  en  instruire. 

«  Le  comité  de  salut  public  du  département  du  Gard. 

«  CARDo^■^ET,  président. 

«  RiGAL,  secrétaire.  » 


184  PART.  II,  CHAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  KIMES. 

blia  (le  plus  un  manifeste  qui  renouvelait  avec  une 
nouvelle  force  les  déclarations  déjà  faites.  Il  adhérait 
à  la  déclaration  de  la  Commission  populaire  de  salut 
public  de  la  Gironde,  tout  en  ajournant  la  question  des 
commissaires  à  envoyer  à  Bourges  ;  et,  réputant  que 
la  Convention  n'était  plus  libre,  il  refusait  de  recon- 
naître désormais  ses  décrets  (26  juin)  '. 

Il  y  avait  alors  à  Nîmes  un  de  ces  agents  du  pouvoir  exé- 
cutif que  Carat  avait  expédiés  dans  les  départements  à  des 
fins  tout  administratives  en  apparence.  Leur  commission 
énumérait  les  divers  objets  dont  ils  devaient  s'occuper  : 
manufactures,  arts,  commerce  ;  —  industrie,  mines  ;  — 
bois,  forêts  et  terrains  communaux;  —  chemins,  ca- 
naux, rivières  et  ports  :  chacune  de  ces  matières  faisait 
i'en-tête  d'une  feuille  qu'ils  avaient  à  remplir.  Le  comité 
de  salut  public  de  Nîmes  ne  se  laissa  pas  prendre  à  ces 
belles  apparences.  Dans  cet  agent,  nommé  Feydel,  il  vit 
tout  simplement  un  espion  et  le  fit  arrêter.  Un  autre 
qui  se  trouvait  passagèrement  à  Nîmes,  ayant  mission 
ailleurs,  en  fut  instruit.  C'était  un  Nîmois  d'origine, 
nommé  Sabonadière,  élevé  à  Genève,  ministre  protestant, 
qui,  après  avoir  été  en  Angleterre,  en  Amérique,  puis 
encore  en  Angleterre,  venait  d'en  être  expulsé  comme 
étranger.  Cette  expulsion  était  un  titre  qu'il  avait  fait 
valoir  pour  obtenir  une  mission.  On  l'avait  envoyé  dans 


1.  Archives  du  Gard,  Procès-verbal  du  coniito  de  Salut  public  du  Gard: 
«  La  représenlation  nationale  a  été  violée,  des  liommes  léroces  ont  osé  porter 
leurs  mains  sur  les  représentants  du  peuple,  et  la  Convention  dégradée  n'est  plus 
que  l'écho  tremblant  d'une  faction  usurpatrice  et  sanguinaire. 

«  Los  scélérats  !  ils  invoquent  la  liberté  et  ils  exercent  la  plus  odieuse  tyrannie  ! 

«  La  Commission  populaire  de  salut  public  de  la  Gironde  a  déjà  déclaré  à  la 
nation,  avec  une  (icrlé  et  une  loyauté  vraiment  républicaines,  qu'elle  regardait 
comme  non  avenus  tous  décrets  contre  les  adminislratcurs  qui  ont  formé  la  ré- 
solution exemplaire  de  résister  à  l'oppression.  »  — Il  y  adhère. 


lY.  COMITE  DE  SALUT  PUBLIC  DU  GARD.       185 

les  déparlements  du  Var,  des  Basses-Alpes  et  des  Alpes- 
Maritimes;  mais  il  avait  voulu  d'abord  conduire  son 
fils  chez  des  parents  :  c'est  ce  qui  l'avait  fait  venir  à 
Nîmes.  Apprenant  l'arrestation  de  son  collègue,  il  crai- 
gnit d'avoir  le  même  sort;  il  hâtait  donc  son  départ 
(28  juin),  quand  lui-même  il  reçut  l'injonction  de 
rester*.  Les  considérants  de  la  décision  prise  à  l'égard  de 
Feydel  montrent  que  le  comité  n'était  pas  dupe  des 
grandes  causes  alléguées  dans  les  papiers  des  commis- 


o 

saires 


Considérant  qu'il  n'est  pas  croyable  que  dans  les  circon- 
stances actuelles,  lorsque  les  dangers  dont  la  République  est 
menacée  font  négliger  partout  l'agriculture,  le  commerce,  les 
manufactures  et  les  arts,  le  Conseil  exécutif  envoie  des  com- 
missaires pour  remplir  la  mission  dont  les  citoyens  Feydel  et 
Sabonadière  se  disent  chargés  ; 

Considérant  que  cette  prétendue  mission  leur  a  été  donnée 
au  moment  où  se  tramait  le  complot  qui,  sans  la  résistance 
courageuse  des  citoyens,  aurait  entraîné  la  perle  de  la  Répu- 
blique.... 

EtFeydel,  qui  avait  une  mission  pour  Nîmes,  ne  s'était 
seulement  pas  présenté  aux  autorités  I 

On  eut  du  reste  à  son  égard  d'assez  grands  ménage- 
ments. A  peine  arrêté,  il  fut  relâché.  On  se  contenta  de 
le  consigner  chez  lui;  et  de  même  Sabonadière  n'était 
pas  si  rigoureusement  surveillé  qu'il  ne  pût  corres- 
pondre avec  son  ministre.  Dans  une  lettre  du  2  juillet, 
l'informant  des  entraves  apportées  à  la  mission  de 
Feydel  et  à  la  sienne,  il  ne  laisse  pas  de  justifier  la 
vraie  nature  de  son  office  par  quelques  traits  sur 
l'état  du  pays  : 

1.  Archives  nationales,  F  i%  551,  dossier  Sabonadure. 


■186  PART.  II,  CIIAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

L'esprit  du  département  ainsi  que  de  ceux  qui  l'environ- 
nent est  très  prononcé.  Le  contingent  de  leurs  forces  est  déjà 
en  mouvement  et  se  mettra  en  marche  dans  deux  ou  trois  jours 
au  plus  tard*. 

Le  comité  de  Nîmes  déployait  en  effet  la  plus  grande 
activité.  Il  entretenait  une  correspondance  suivie  avec 
les  départements  et  s'occupait  surtout  des  mesures 
nécessaires  pour  mettre  les  troupes  du  Gard  et  de 
l'Hérault  en  état  de  coopérer  avec  celles  des  Bouchcs- 
du-Rliône".  Mais  voici  qu'arrive  cette  Constitution,  jetée 
si  habilement  par  la  Convention  au  milieu  des  dépar- 
tements, comme  un  moyen  de  les  désarmer  en  leur 
offrant  la  perspective  d'un  dénouement  tout  pacifique. 
Le  comité  de  salut  public  du  Gard  ne  se  crut  pas  auto- 
risé à  trancher  la  question  et  convoqua  (8  juillet)  l'as- 
semblée représentative  pour  une  session  nouvelle  qui 
devait  se  tenir  le  1 1  à  trois  heures. 

L'assemblée  se  réunit  en  effet,  et  le  12  elle  approuva 
ce  qu'avait  fait  le  comité  de  salut  public  dans  l'inter- 
valle (les  mesures  militaires  l'avaient  occupé  de  plus  en 
plus).  Elle  entendit  Rabaut-Saint-Elienne,  un  des  pro- 
scrits du  51  mai,  et  le  soir,  examinant  le  projet  de  Con- 
stitution, elle  déclara  qu'il  n'avait  pas  été  délibéré  libre- 
ment et  n'était  pas  acceptable.  On  arrêta  une  adresse 
aux  représentants  Dubois-Crancé,  Albittc  et  Gauthier,  où 
on  leur  reprochait  de  détenir  sur  les  bords  du  Rhône 
des  forces  destinées  à  l'armée  des  Pyrénées".  Ils  avaient 
des  raisons  pour  les  retenir  sur  le  Rhône,  et  l'assemblée 

i.  Arcliivcs  nationales,  F  i%  551,  môme  dossier. 

2.  Voyez  la  noie  LU  aux  Appendiics. 

5.  Archives  du  Gard,  assemblée  représentative  (2°  session),  12  juillet.  La  pièce 
est  reproduite  dans  le  Recueil  de  Tissot,  à  Carpentras,  n"  xxxix,  f"  445.  Elle  est 
donnée  aussi  par  P.-L.  Baragnon,  Abrégé  de  l'histoire  de  Nîmes,  t.  IV,  p.  96. 


V.  DÉFAITE  ET  SOUMISSION.  187 

le  savait  bien  quand,  le  15  au  matin,  elle  décida  que 
les  députés  qui  la  composaient  iraient  dans  leurs  com- 
munes pour  engager  leurs  concitoyens  à  rejoindre  leurs 
frères  au  Pont-Saint-Esprit. 

Le  môme  jour  au  soir,  le  président  Vigier,  désigné 
par  le  comité  de  salut  puljlic  du  Gard,  pour  s'unir  aux 
commissaires  qui  s'y  trouvaient  déjà,  annonça  par  une 
lettre  qu'il  parlait,  engageant  l'assemblée  à  ne  point  se 
séparer  tant  que  le  département  serait  menacé  d'être 
asservi;  et  sa  lettre  fut  fort  applaudie.  On  fit  un  arrêté 
pour  le  départ  des  gardes  nationales  :  le  nombre  des 
volontaires,  il  faut  le  dire,  n'était  pas  très  considérable; 
et  celui  des  délégués  à  l'assemblée  était  loin  d'être  com- 
plet.  Le  14,  on  fit  le  relevé  des  communes  qui  n'en 
avaient  pas  envoyé,  et  l'on  nota  les  absents.  Mais  ce  jour 
môme  la  question  était  résolue  par  la  force*. 


Défaile  et  soumission. 

Le  Comité  de  salut  public  de  Paris  avait  mis  à 
profit  tout  ce  qu'il  y  avait  de  difficultés  à  improviser  ce 
concert  des  départements  et  des  communes.  Tandis  que 
les  troupes  de  Nimes,  au  Pont-Saint-Esprit,  attendaient 
celles  de  Marseille  pour  aller  se  joindre  aux  Lyonnais, 
les  représentants  près  de  l'armée  des  Alpes,  Dubois- 
Crancé,  Albittc  et  Gauthier,  qui  préparaient  déjà  tout  pour 
attaquer  Lyon,  s'étaient  mis  en  mesure  de  prévenir  cette 
jonction  de  leurs  forces.  Albitte,  laissant  Dubois-Crancé 

1.  Pièces,  etc.,  n"  xxxvii,  p.  107,  et  n°  xxxix,  p.  113. 


188  PART.  1[,  CIIÂP.  XII.  MONTPELLIER  ET  NOIES. 

el  Gauthier  à  Grenoble,  se  rendit  à  Valence,  dont  les  habi- 
tants avaient  été  ramenés  à  la  Convention  ;  et  Carteaux, 
à  la  tète  d'une  petite  armée  de  4000  hommes,  fut 
envoyé  vers  le  Pont-Saint-Esprit.  Le  14  juillet  il  cernait 
la  place,  et  le  même  jour  les  magistrats  de  la  ville  lui 
apportaient  les  clefs  de  leurs  portes.  Les  troupes  de 
Nîmes,  trop  inférieures,  se  retiraient  sans  combat  : 
l'union  du  Midi  était  rompue  ^ 

Restait  à  vaincre  les  départements  chez  eux,  et  la 
Convention  avait  des  auxiliaires  dans  le  Gard.  A  Nîmes 
un  mouvement  ne  se  produit  jamais  dans  un  sens 
qu'une  réaction  ne  soit  imminente  en  sens  contraire; 
or  il  y  avait  en  face  des  modérés  qui  étaient  au  pouvoir 
des  Montagnards  destitués,  des  patriotes  désarmés  par 
la  force,  gardant  leurs  ressentiments  et  leurs  espé- 
rances :  car  la  Convention  était  debout,  et  dans  le 
peuple  on  ne  savait  pas  bien  si  ce  qu'on  disait  de  son 
asservissement  était  vrai. 

L'affaire  du  Pont-Saint-Esprit  le  14  juillet  n'avait  pas 
été  plus  sanglante  que  celle  de  Vernon  le  15  et  ne  fut 
pas  moins  décisive.  Le  soir  même,  le  comité  de  salut 
public  du  Gard,  d'accord  avec  l'administration  du  dépar- 
tement,  prenait  l'arrêté  suivant,  qui  pouvait  servir 
d'excuse  à  leurs  membres  : 

Considérant  que,  dans  toutes  les  mesures  qu'ils  ont  prises 
relativement  aux  événements  des  31  mai,  l""et  2juiii,ils  n'ont 
fait  que  suivre  l'impulsion  que  les  citoyens  du  Gard  eux- 
mêmes  leur  ont  donnée,  et  exécuter  les  dispositions  que  l'as- 
semblée des  députes  des  communes  avait  arrêtées  et  qu'elle 
les  avait  chargés  de  suivre  ; 

1.  Voyez  les  IcUres  de  DuIiois-CranciS  cl  Nioclie,  Giciioble  (10  juillet),  cl 
d'Albille,  Poiit-Suial-Esjjiit  (17  juillet),  lues  à  la  Convention  dans  la  séance  du 
22  juillet.  Moniteur  des  25  et  24,  t.  XYII,  p.  192  et  205. 


V.  DÉFAITE  ET  SOUMISSION.  189 

Considérant  que  l'acte  constitutionnel  que  le  directoire  du 
département  a  reç  ;  hier,  et  dont  la  proclamation  et  l'envoi 
ont  été  ordonnés,  doit  faire  cesser  toutes  les  mesures  extra- 
ordinaires que  les  circonstances  avaient  inspirées,  et  que  son 
acceptation,  dont  le  peuple  a  manifesté  le  vœu,  réunira  tous 
les  Français; 

Déclarent,  conformément  à  l'article  l^""  du  décret  du  26  juin , 
que  toutes  les  mesures  prises  relativement  aux  événements 
des  51  mai,  1"  et  2  juin  cesseront,  dès  ce  moment,  d'avoir 
leur  effet,  et  qu'ils  les  rétractent. 

Arrêtent  en  outre  qu'extrait  du  présent  sera  notifié  dans  le 
lieu  de  leurs  séances  et  envoyé  au  Comité  de  salut  public  de  la 
Convention  nationale  par  le  procureur  général  syndic  pro- 
visoire ^ 

Et  le  lendemain,  15,  l'assemblée  elle-même  adoptait 
la  rétractation.  Elle  n'avait  plus  qu'à  se  dissoudre.  Elle 
le  fit  par  un  arrêté  qui  terminait  bien  tristement  cette 
campagne  commencée  avec  tant  d'enthousiasme  : 

L'assemblée  adopte  à  l'unanimité  l'arrêté  suivant  : 

L'assemblée  représentative  des  communes  du  Gard  prend 
connaissance  du  projet  de  l'acte  constitutionnel;  elle  y  recon- 
naît un  gouvernement  propre  à  maintenir  les  droits  du  peuple, 
la  propriété,  la  liberté  et  l'égalité,  la  République  une  et  indi- 
visible. 

Elle  déclare  aux  citoyens  du  Gard  qu'il  y  a  lieu  d'accepter 
la  Constitution. 

L'assemblée,  considérant  en  outre  que  toutes  les  délibéra- 
tions qu'elle  a  prises  dans  sa  session  actuelle  et  dans  la  précé- 
dente, renferment  des  principes  qui  ne  sont  pas  ceux  de  la 
majorité  des  Français,  se  rallie  à  la  Convention  nationale  et 
révoque  toutes  les  mesures  qu'elle  a  arrêtées  relativement  aux 
événements  des  51  mai,  l*""  et  2  juin  derniers; 

1.  Suivent  vingt-cinq  signatures  environ,  parmi  lesquelles  Vigier,  Guizot- 
Gignoux,  Gidi,  Sanguinède,  Vitalis,  Abauzit,  Ribes,  Bresson,  Guizot,  Boissières, 
Soulier;  les  dernières  avec  les  mots  :  J'adhère. 


'^7 


190  PART.  II,  CHAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  MMES. 

Arrête  qu'elle  reconnaît  la  Convention  nationale; 

Déclare  [déclaration  bien  inutile]  qu'elle  n'est  plus  en  état 
de  résistance  à  l'oppression  ; 

Rapporte  toutes  les  délibérations  qu'elle  a  prises  contraire- 
ment à  la  présente,  conformément  à  l'article  1"  du  décret  du 
26  juin  dernier; 

Arrête  que  la  présente  déclaration  sera  signée  individuelle- 
ment par  chacun  de  ses  membres,  qu'extrait  en  sera  notifié 
dans  le  lieu  de  sa  séance,  qu'elle  sera  publiée  et  affichée  dans 
la  ville  de  Nîmes,  imprimée  et  envoyée  aux  communes  et  à 
la  Convention  nationale  et  au  Comité  de  salut  public'. 

Le  registre  constate  que  l'arrêté  fut  pris  à  l'unanimité. 
Suivent  deux  pages  de  signatures.  Ils  se  rétractent,  donc 
ils  ont  adhéré  :  ample  matière  pour  les  proscriptions  qui 
vont  suivre. 

Les  deux  agents  du  Conseil  exécutif  qui  se  trou- 
vaient à  Nîmes  éprouvèrent  sans  retard  les  effets  du 
changement  accompli.  Dès  le  16  juillet,  ils  furent  décla- 
rés libres  et  invités  à  venir  reprendre  leur  commission 
officielle.  Sabonadière,  dans  une  lettre  du  18  à  son 
ministre,  lui  rend  compte  de  la  manière  gracieuse  dont 
il  a  été  reçu.  Deux  autres  lettres,  qu'ils  écrivirent  l'un 
et  l'autre  à  la  date  du  31  juillet,  jettent  quelque  lu- 
mière sur  le  passé  et  sur  le  présent.  Feydel  ne  dissi- 
mule pas  qu'on  ne  se  faisait  pas  grande  idée  à  Nîmes 
des  partisans  de  la  Convention  telle  qu'elle  était  : 

On  a  d'abord  été  surpris  qu'il  pût  exister  des  hommes  qui, 
respectant  la  représentation  nationale,  n'assassinassent  pas 
sur  les  grands  chemins  et  ne  missent  pas  seulement  la  main 
dans  les  poches! 

Quels  bandits  pouvaient  les  égaler?  Sabonadière  re- 

i.  Arcliives  du  Gard,  assemblée  représcutulivc,  15  juillcl. 


Y.  DÉFAITE  ET  SOUMISSION,  191 

vient  sur  l'état  des  esprits  dans  la  ville  de  Nîmes.  Quand 
il  y  est  arrivé,  il  les  a  trouvés  soulevés  par  les  événements 
de  Paris,  mais,  à  son  avis,  c'était  bien  aussi  par  l'influence 
des  prêtres  et  des  ex-jésuites  ;  et  les  riches  donc  ?  ils 
voyaient  dans  l'emprunt  forcé  comme  un  acheminement 
à  la  loi  agraire.  Notre  agent  s'est  appliqué  à  les  ras- 
surer; il  a  prêché  l'acceplation  de  la  Constitution,  et 
désormais  il  n'a  plus  de  crainte.  Il  montre  aussi  quelles 
garanties  on  trouve  dans  l'état  de  la  population.  On  peut 
compter  sur  les  protestants  ;  parmi  les  catholiques  on 
doit  regarder  comme  patriotes  ceux  qui  suivent  les 
prêtres  assermentés;  mais,  ajoute-t-il,  a  beaucoup  qui 
jadis  n'allaient  pas  à  la  messe  font  plusieurs  lieues  pour 
assister  clandestinement  à  la  messe  d'un  réfractaire*  ». 
Dans  une  letlre  du  16  août  il  reconnaît  pourtant 
qu'on  parle  ouvertement  de  contre-révolution  à  Nîmes 
et  qu'il  y  aurait  péril  si  l'armée  de  Carteaux  et  de  Dubois- 
Crancé  éprouvait  un  échec;  mais  cela  lui  paraît  peu 
probable.  Son  rapport  du  29  septembre  revient  avec 
plus  de  détail  sur  ce  qu'il  a  dit  de  ses  antécédents  et  de 
sa  mission,  il  parle  de  ses  prédications  dans  le  temple 
des  protestants  à  Nîmes  pour  les  amener  à  la  Consti- 
tution, et  de  celles  qu'il  a  faites  dans  les  campagnes. 
La  partie  occidentale  du  département  est  généralement 
protestante;  la  partie  orientale  catholique.  11  y  a  ren- 
contré «  l'esprit  de  la  Vendée  ».  11  donne  aussi  quel- 
ques renseignements  sur  ce  qui  faisait  oflîciellement 
l'objet  de  sa  mission.  Religion:  les  églises  peu  suivies; 

1.  Archives  nationales,  F  i",  551.  —  Il  note  que  les  ouvriers  tie  Nîmes,  tisse- 
rands et  ouvriers  en  soie,  souffrent  beaucoup  du  renchérissement  des  objets  de 
(iremière  nécessité  :  car  leur  salaire  ne  s'est  pas  élevé  à  proportion;  elïet  désas- 
treux de  la  loi  du  maxinnim.  —  H  y  a  d'autres  observations  de  cet  agent  qu'il 
ne  serait  pas  sans  intérêt  de  recueillir. 


192  PART.  II,  ClIAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

haine  pour  les  prêtres  constitutionnels  qui  les  desser- 
vent; un  seul  prêtre  marié.  Assignats  :  discrédités. 
Instruction:  en  souffrance;  faire  un  journal,  etc.  Le 
rapport  de  Feydel  (14  septembre)  signale  aussi  les  divi- 
sions religieuses  dominant  les  divisions  politiques  ;  les 
protestants  essentiellement  républicains  ;  les  catholi- 
ques qui  le  seraient  aussi  sans  l'action  des  prêtres,  et 
il  signale  en  particulier  un  ex-jésuite  nommé  Paulian. 
Il  finit  en  disant  : 

Je  m'aperçois  que  je  n'ai  pas  dit  un  mot  des  fédéralistes, 
c'est  qu'il  n'y  en  a  point  là.  Je  n'ai  vu  ni  fédéralistes  ni 
royalistes.  J'ai  vu  des  gens  qui  attendent  les  Espagnols  ;  d'au- 
tres qui  consentiront  à  demeurer  Français,  à  condition  qu'on 
leur  rendra  l'ancien  régime  dans  son  intégrité;  d'autres 
enfin  qui  veulent  une  théocratie  pure.  Pensez  à  Paulian. 

N.  B.  Au  total,  la  masse  est  bonne,  mais  c'est  une  cire  qui, 
pour  quelque  temps  du  moins,  ne  serait  pas  impétrissable  par 
les  tyrans  coalisés. 

Accusation  gratuite  contre  le  patriotisme  d'un  dépar- 
tement qui  ne  méritait  pas  cet  outrage. 

Julien,  dans  son  rapport  général  sur  les  administra- 
tions rebelles,  est  loin  de  méconnaître  la  gravité  du 
mouvement  fédéraliste  à  Nîmes,  et  il  reporte  toutes  ses 
colères  sur  ceux  qui  l'ont  dirigé  :  «  Le  peuple  désabusé, 
dit-il,  ne  vit  bientôt  dans  ces  administrateurs  intri- 
gants, dans  ces  comités  de  salut  public  vendus  à  une 
faction  impie,  que  de  vils  histrions,  dont  le  métier  est 
d'amuser  un  moment  et  d'ennuyer  un  instant  après;  la 
vérité,  qu'on  avait  cachée  à  ses  yeux,  était  connue,  et 
les  tables  de  la  loi  lui  avaient  été  présentées  du  haut 
d'une  montagne  d'oîi  partaient  la  foudre  et  les  éclairs  : 
ces  petits  despotes  ambulants  en  avaient  été  effrayés, 


VI.  LOZERE.  195 

et,  le  désespoir  dans  l'àme,  ils  furent  se  cacher  au  mi- 
lieu des  frôles  roseaux  d'un  marais  infect'  !  » 

Ils  ne  pouvaient  pas  s'y  cacher.  Julien  dans  son  rap- 
port en  signale  les  chefs;  et  la  justice  révolutionnaire 
saura  les  y  aller  prendre. 


VI 

Lozère. 


Ce  n'est  pas  du  département  de  la  Lozère  que  l'agent 
Feydel  aurait  pu  dire  :  «  Ni  fédéraliste,  ni  royaliste  ». 
L'administration  de  la  Lozère  avait  envoyé  son  adhésion 
au  mouvement  fédéraliste  dont  la  ville  de  Nîmes  s'était 
constituée  le  centre  dans  le  Midi  ^;  mais  l'esprit  du  dé- 
partement était  surtout  royaliste. 

Dès  le  temps  de  l'Assemblée  constituante,  un  rassem- 
blement, que  l'on  a  porté  à  30  000  hommes,  s'y  était 
formé  autour  du  château  de  Jalès  (le  camp  de  Jalès, 
comme  on  l'appela)  %  annonçant  l'intention  de  défendre 
la  religion  et  le  roi  menacés  (septembre  1700)  \  Ce  ras- 
semblement fut  dispersé  vers  la  fin  de  février  1791  ^ 


1.  Julien,  Rapport,  p.  93. 

2.  Et  auparavant  à  l'abolition  de  la  royauté,  20  janvier  1793.  Areliives 
nationales,  D  xl  §  4,  carton  21,  liossier  Loici'e.  —  Adresse  analogue  de  Marve- 
jolï,  reçue  le  29  mars  ;  même  dossier. 

3.  Voyez  le  livre  très  intéressant  de  M.  Ernest  Daudet,  Histoire  des  conspi- 
rations royalistes  du  Midi  sous  la  liévolution,  1790-1793  :  I,  le  camp  de 
Jalès;  II,  la  conspiration  de  Saillant;  III,  l'infâme  Charrier. — Je  lui  signale  pour 
une  prochaine  éJilioa  les  documents  complémentaires  qu'il  pourra  trouver  sur 
Charrier  dans  plusieurs  cartons  des  Archives  nationales,  D  §  1,  cartons  37, 
38  et  39  (Missions  de  Rouyer,  Brunel  et  Letourneur  dans  les  départements 
maritimes  méridionaux). 

4.  Voyez  le  Moniteur  des  5  et  8  septembre  et  des  10  et  30  octobre  1790, 
t.  V,  p.  558  et  5SG  ;  t.  VI,  p.  77,  134  et  258. 

5.  Moniteur  du  7  mars  1791,  t.  VII,  p.  556  et  557. 

niiVOL.  DU  31    MAI,  II  —  13 


194  PART.  H,  CILVP.  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

Mais  le  pays  était  resté  royaliste  et  le  chef-lieu,  Mende, 
manifestait  des  dispositions  fort  peu  sympathiques  aux 
institutions  nouvelles  que  l'Assemhlée  nationale  avait 
données  à  la  France.  Les  patriotes  étaient  mal  vus,  la 
garde  nationale  à  peine  organisée  ;  très  peu  portaient  la 
cocarde  nationale;  on  faisait  prendre  la  cocarde  blanche 
aux  enfants.  Le  directoire  du  département  crut  devoir 
recourir  à  la  force  armée  et  demander  l'envoi  de  quel- 
ques troupes  au  ministre  de  la  Guerre  :  c'était  entrer 
en  lutte  avec  la  municipalité,  qui  protesta  et  se  fit  ap- 
puyer par  les  communes  du  voisinage.  Le  ministre 
répondit  pourtant  à  l'appel  du  département  et  fit  passer 
à  Mende  trois  compagnies  du  21"  régiment,  ci-devant 
Lyonnais.  A  cette  nouvelle,  la  garde  nationale  s'orga- 
nisa comme  par  enchantement.  Toute  composée  d'aris- 
tocrates (on  sait  ce  que  cela  voulait  dire),  elle  prit  pour 
commandant  un  sieur  Borel,  capitaine  de  la  gendarme- 
rie nationale;  pour  officiers,  des  ex-nobles:  Bertrand, 
Chérit,  Retz,  Servière  :  on  les  pressait  depuis  si  long- 
temps de  s'armer  qu'on  ne  pouvait  pas  leur  refuser  des 
fusils.  Quand  les  trois  compagnies  approchèrent,  la 
garde  nationale  prit  les  armes  :  était-ce  pour  leur  faire 
honneur  ou  pour  les  combattre?  On  n'aurait  su  le  dire, 
mais,  quand  elles  entrèrent  dans  la  ville  au  cri  de  vive 
la  nation,  elles  furent  reçues  au  cri  de  vive  le  roi  : 
c'était,  la  royauté  étant  encore  debout,  presque  déjà  un 
cri  séditieux.  Du  moins  était-il  fort  significatif,  et  ce 
qui  le  fut  davantage,  ce  fut  l'attitude  de  la  population. 
Les  troupes  de  ligne  avaient  été  reléguées  dans  un  fau- 
bourg éloigné.  Quelques  soldats  étant  sortis,  chantant 
des  chansons  patriotiques,  ils  furent  insultés,  puis 
assaillis  par  un  groupe  de  gardes   nationaux;   quatre 


VI.  LOZÈRE.  195 

reçurent  des  coups  de  baïonnette,  et  même  un  d'eux  en 
mourut.  La  lutte  menaçait  de  devenir  générale  :  les 
troupes,  ralliées  dans  leur  casernement,  s'apprêtaient 
à  s'y  défendre.  Pour  éviter  l'effusion  du  sang,  le  procu- 
reur général  syndic  requit  le  maire  d'enjoindre  à  leur 
chef  de  les  consigner  dans  leurs  quartiers. 

Le  maire  voulut  donner  à  cette  injonction  un  carac- 
tère plus  solennel  :  ce  fut  la  municipalité  tout  entière, 
le  commandant  de  la  garde  nationale  et  le  procureur 
général  syndic  qui  vinrent  signifier  l'ordre  à  la  troupe  ; 
puis,  non  contents  de  cette  trêve  imposée  aux  soldats, 
les  officiers  de  la  garde  nationale  requirent  la  munici- 
palité de  les  faire  partir  le  lendemain  malin.  Le  com- 
mandant des  compagnies  finit  par  céder,  et  ce  triomphe 
fut  célébré  par  des  excès  contre  ceux  qui  étaient  connus 
pour  patriotes. 

Les  plaintes  adressées  à  l'Assemblée  législative  furent 
l'objet  d'un  rapport  où  ces  faits  se  trouvent  consignés  : 
il  concluait  à  l'arrestation  du  commandant  et  des  prin- 
cipaux officiers  de  la  garde  nationale,  ainsi  que  de  l'ex- 
comte  du  Saillant,  ancien  page  du  roi.  Le  maire  n'avait 
pas  été  compris  dans  ce  rapport,  mais  on  a  vu  quel  avait 
été  son  rôle;  et  l'ancien  évèque,  M.  de  Castellane,  retiré 
dans  le  château  de  Ghanac,  était  signalé  comme  ayant 
donné  des  armes  et  de  l'argent  aux  paysans  de  sa  rési- 
dence :  maire  et  évèque  furent  l'objet  d'un  second  décret. 
Enfin,  il  y  avait  un  homme  que  l'on  ne  suspectait  pas 
moins  :  c'était  l'ex-constituant  Charrier,  qui  avait  mon- 
tré tant  de  vigueur  dans  son  opposition  au  sein  de  l'as- 
semblée. On  disait  qu'il  était  dans  les  montagnes,  ral- 
liant les  paysans  et  les  formant  au  maniement  des  armes 
comme  en  vue  de  la  guerre  civile.  Mais  il  n'avait  point 


190  TART.  Il,  CIIAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

figuré  dans  cette  affaire.  On  se  contenta  pour  le  moment 
de  veiller  sur  lui\ 

Le  comte  du  Saillant,  décrété  d'accusation,  ne  se 
laissa  pas  prendre.  Un  rassemblement  armé  s'étant 
formé  à  Saint-Sauveur,  puis  à  Clusière,  il  se  mit  à  la 
tète  et  avec  2000  hommes  s'empara  des  châteaux  de 
Jalès  et  de  Banes  ^  Mais  il  fui  chassé  lui-même  des  posi- 
tions qu'il  avait  occupées  et  périt  dans  sa  fuite^ 

La  chute  de  la  royauté,  la  proclamation  de  la  Répu- 
blique, la  mort  du  roi  devaient  infailliblement  ranimer 
un  feu  que  l'on  n'avait  jamais  bien  éteint.  Charrier, 
alors,  entra  en  scène  avec  ses  paysans,  et  les  circon- 
stances paraissaient  favorables  au  milieu  des  résistances 
que  rencontrait  la  levée  des  500  000  hommes  au  mois 
de  mars,  et  des  querelles  qui  déchiraient  la  Convention 
pendant  les  mois  d'avril  et  de  mai.  Le  procureur  géné- 
ral syndic  du  Puy-de-Dôme,  dans  une  lettre  adressée  à 
Ghâteauneuf-Randon  et  lue  par  lui  à  la  Convention 
le  samedi  soir,  1"  juin,  —  au  milieu  de  la  révolution 
qui  s'accomplissait  — jetait  un  cri  d'alarme  : 

Deux  mots,  lui  disait-il  :  à  peine  ai-je  le  temps  de  vous  les 
écrire.  Deux  commissaires  du  Cantal  sont  venus  nous  an- 

1.  Séance  du  mercredi  28  mars  1792,  Moniteur  du  51,  t.  XI,  p.  7C3-765, 
cf.  p.  760  et  le  rapport  verbal  de  Coullion  dans  la  séance  du  20  mars,  ibid., 
p.  731. 

2.  En  1792  (20  mars),  il  avait  été  question  de  démolir  le  château  de  Jalès, 
mais  un  député  fit  observer  que  ce  n'était  qu'une  vieille  maison,  avec  des  fosses 
et  un  colombier  qui  avait  servi  de  citadelle.  [Moniteur  du  21  mars,  t.  XI,  p.  680.) 
Il  paraît  pourtant  qu'on  y  avait  remis  quelques  troupes,  puisque  le  comte  du 
Saillant  les  en  délogea.  [Moniteur  des  9,  li  et  10  juillet,  t.  XIII,  p.  78, 
125  et  145.) 

3.  Moniteur  du  18  juillet,  ibid-,  p.  165.  Les  papiers  saisis  sur  lui  donnèrent 
matière  à  de  nombreuses  arrestations  (Séance  du  18  juillet.  Moniteur  des  20 
et  21  juillet  1792,  ibid.,  p.  185  et  180).  Les  accusés,  cités  d'abord  devant  la 
haute  cour  à  Orléans,  furent,  à  ré|)oque  où  ou  la  supprima,  renvoyés  devant  le 
tribunal  criminel  de  l'Ardèche,  50  janvier  1795.  [Moniteur  du  51,  t.  XV,  p.  314.) 


VI.  LOZERE.  197 

noncer  qu'une  insurrection  terrible  venait  de  se  manifester 
dans  le  département  de  la  Lozère.  Les  brigands  ont  à  leur  tète 
l'ex-constituant  Charrier  et  cinquante  prêtres  réfractaires. 
Ils  se  sont  emparés  de  plusieurs  districts,  et  ont  massacré 
tous  les  fonctionnaires  publics.  Ils  font  des  tentatives  pour 
surprendre  la  principale  ville  du,  département  du  Cantal. 
Nous  avons  fait  des  réquisitions  dans  tous  les  districts*. 

Mais  dans  les  départements  voisins,  Aveyron,  Cantal, 
Haute-Loire,  Puy-de-Dôme,  on  s'armait  pour  étouffer  ce 
mouvement.  Les  insurgés  furent  forcés  dans  Marvejols 
le  29  mai,  et  refoulés  vers  Monde  où,  de  toute  part,  on 
accourait  pour  les  cerner.  Un  rapport  des  autorités  du 
Puy  en  donnait  la  nouvelle  à  la  Convention  (séance  du 
7  juin^),  et  le  lendemain  on  en  recevait  la  confirmation 
par  une  autre  lettre  des  corps  administratifs  de  Saint- 
Flou  r  : 

La  Lozère  est  sauve  ;  le  chef  des  brigands  fanatiques,  l'in- 
fâme Charrier,  et  Laporte,  son  aide  de  camp,  ont  été  pris 
avant-hier  par  le  détachement  de  l'Aveyron,  posté  à  Nasbi- 
nals.  Ces  scélérats  ont  été  conduits  à  Rodez  pour  y  expier 
leurs  horribles  forfaits.  Nous  nous  faisons  un  devoir  sacré 
d'annoncer  à  la  Convention  nationale  cette  heureuse  nouvelle 
par  un  courrier  extraordinaire.  Vive  la  République.  Vive  la 
Convention  nationale^! 

Le  7,  un  député  avait  communiqué  encore  à  la  Con- 
vention une  lettre  «  d'un  bon  républicain  »,  lettre  dont 
il  ne  garantissait  pas  «  l'authenticité  »  d'ailleurs,  an- 
nonçant que  Charrier,  chef  des  révoltés,  avait  été  pris 

1.  Monilew  du  4  juin  1795,  t.  XVI,  p.  545.  J'ai  dit  que  l'on  trouvait  des 
détails  sur  ce  mouvement  de  Charrier,  dans  plusieurs  pièces  des  Archives  natio- 
nales, D  XL  g  4,  caiton  37,  dossiers  11  cl  12,  cartons  58  et  59,  dossiers  13 
et  14. 

2.  Moniteur  des  8  et  9,  ibid.,  p.  580  et. 580. 
5.  Ibid.,  p.  587. 


198  PART.  11,  CIIAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

et  cent  quatre-vingt-quatre  rebelles  guillotinés  S  —  La 
nouvelle,  sur  le  second  point,  était  loin  d'être  authenti- 
que :  le  «  bon  républicain  »  s'était  trop  hâté  de  prendre 
ses  désirs  pour  des  réalités. 

Charrier  avait  été  pris,  en  effet,  et  on  le  conduisit  à 
Rodez  :  la  Lozère  ne  paraissait  point  un  pays  assez  sûr  ; 
mais  on  y  retint  le  gros  des  insurgés,  qu'on  estima  inutile 
de  faire  juger  ailleurs".  Quant  à  Charrier  lui-même, 
pris  le  51  mai,  il  était  resté  longtemps  sans  qu'on  le 
traduisît  devant  le  tribunal  de  Rodez.  Le  6  juillet, 
Louchet  s'en  plaignait  à  la  Convention,  et  un  autre 
membre  disait  avoir  reçu  une  lettre  où  on  lisait  que 
les  contre-révolutionnaires  de  la  Lozère,  enhardis  par 
cette  impunité,  se  préparaient  à  faire  de  nouveaux 
mouvements.  Un  troisième  donnait  une  raison  assez 
plausible  de  ces  relards,  c'est  qu'on  n'avait  pas  mis  la 
main  encore  sur  tous  les  complices  de  Charrier,  et  que 
l'on  craignait  qu'ils  n'échappassent,  si  l'on  divulguait 
trop  tôt  les  secrets  de  l'affaire.  La  lutte  contre  le  fédéra- 
lisme était  alors  au  moment  critique,  on  n'aurait  pas 
été  fâché  de  relier  à  une  insurrection  royaliste  la  résis- 
tance à  la  révolution  du  51  mai.  Levasseur  dit  que  le 
Comité  de  salut  public  voulait  faire  venir  Charrier  à 
Paris,  parce  qu'il  avait  promis  de  faire  connaître  une 
grande  conspiration  qui  s'étendait  depuis  Marseille  jus- 
qu'à Rordeaux  : 

Et  n'avez-vous  pas  remarqué,  ajouta-t-il,  que  c'est  depuis 
qu'on  a  su  que  Charrier  était  conduit  à  Paris  que  les  députés 
détenus  ont  pris  la  fuite  et  sont  allés  à  Caen? 

1.  Séance  du  7  juin,  Moniteur  du  8,  t.  XVI,  p.  579. 

2.  Voyez  sur  ce  soulèvement  et  sur  le  concours  des  départements  voisins 
pour  le  reprimer,  Mège,  Le  Ptiij-cle-Dôine  en  1793,  cli.  ni,  p.  4G  et  siiiv., 
et  les  Pièces,  etc.,  n"'  xiv-xx. 


YI.  LOZÈRE.  199 

De  violents  murmures  ayant  éclaté  à  la  droite  : 

Les  murmures  qui  viennent  de  s'élever,  continua-t-il, 
sont  une  preuve  de  ce  que  je  viens  de  dire.  {Mêmes  rumeurs.) 

Afin  de  ne  pas  laisser  croire  qu'on  voulût  ensevelir 
les  déclarations  de  Cbairier,  un  membre  demanda  que 
les  deux  commissaires  envoyés  dans  le  département  de 
la  Lozère,  Maillie  et  Châteauneuf-Randon,  s'adjoignissent 
deux  membres  du  département  et  deux  de  la  Société 
populaire  pour  recevoir  ses  déclarations  :  ce  qui  fut 
adopté.  Mais  Ducos,  ami  des  proscrits,  girondin  lui- 
même  et  libre  encore,  ne  voulant  pas  qu'on  pût  un  seul 
moment  soupçonner  de  royalisme  la  patrie  de  Barba- 
roux  non  plus  que  celle  de  Vergniaud,  —  la  sienne, 
—  dit  : 

Je  demande  que  les  interrogatoires  et  la  procédure  de 
Charrier  soient  imprimés  et  envoyés  à  la  Convention  natio- 
nale ;  il  faut  enfin  connaître  cette  grande  conspiration  qui 
s'étend  depuis  Marseille  jusqu'à  Bordeaux  ;  il  faut  enfin  que 
l'on  sache  s'il  est  vrai  qu'à  Bordeaux  les  assignats  sur  lesquels 
l'effigie  du  ci-devant  roi  n'est  point  empreinte,  ne  sont  point 
admis  dans  la  circulation,  ou  bien  si  ces  bruits  ne  sont 
répandus  que  pour  indisposer  le  peuple  français  contre  deux 
villes  qui  ont  bien  mérité  de  la  patrie.  Je  demande  l'impres- 
sion  de  la  procédure  de  Charrier. 

Duroy  reprit  : 

Je  demande  aussi  l'envoi  de  la  procédure  de  Charrier  à  la- 
Convention  nationale,  mais  je  m'oppose  à  son  impression  ; 
elle  ferait  connaître  les  complices  de  Charrier  et  leur  donne- 
rait le  moyen  de  se  soustraire  à  la  vengeance  des  lois. 

La  proposition  de  Duroy  fut  décrétée  ^ 

1.  Moniteur  du  8  juillet  1793,  t.  XVII,  p.  60. 


200  PART.  II,  ClIAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

Quelques  membres  de  la  droite,  appuyant  la  propo- 
sition de  Ducos,  demandèrent  l'impression  de  la  procé- 
dure, mais  Tordre  du  jour  écarta  cette  proposition. 

Charrier  fut  condamné  et  exécuté,  et  ses  déclarations 
envoyées  à  la  Convention  :  le  fait  est  consigné  au  Moni- 
teur, dans  la  séance  du  25  juillet \  Mais  la  preuve  que 
l'on  n'y  trouva  pas  cette  connexité  de  son  insurrection 
avec  celle  des  fédéralistes,  c'est  qu'on  n'en  parla  pas 
davantage. 

Autre  preuve  :  Ceux  qui  avaient  combattu  la  révolte 
étaient  ceux  qui  se  prononçaient  le  plus  fortement 
contre  l'insurrection  triomphante  à  Paris  ;  Lavau- 
gayon,  le  commissaire  de  Cordeaux,  en  rend  témoi- 
gnage. Ils  convoquèrent  les  assemblées  primaires,  et  les 
députés  nommés  par  les  communes  vinrent  se  réunir, 
le  50  juin,  aux  autorités  constituées.  On  adhéra,  dans 
cette  réunion,  aux  mesures  prises  à  Bordeaux.  Mais  on 
ne  leva  point  de  force  départementale  :  on  craignait  le 
retour  de  l'insurrection,  loin  de  s'en  appuyer.  Les  pro- 
consuls envoyés  dans  le  pays  ne  trouvèrent  devant  eux 
que  les  débris  de  la  troupe  de  Charrier  à  déiruire.  Elle 
ne  laissait  pas  que  d'inspirer  encore  quelques  in- 
quiétudes dans  sa  dispersion.  L'agent  Cart  écrivait  le 
14  octobre  à  son  ministre  qu'il  y  avait  trop  peu  de 
troupes  dans  le  département,  que  le  moindre  échec 
encouragerait  les  rebelles;  et  le  20,  que  les  forces 
étaient  enfin  réunies,  que  le  moment  de  la  vengeance 
nationale  arrivait.  Il  craignait  qu'elle  ne  manquât  sa 
proie  :  le  25  (4*  jour  du  deuxième  mois  de  l'an  II)  il 


1.  «  Chàteauneuf-Ramlon  adresse  à  la  Convenlion  les  déclaralions  que  Charticr 
a  faites  avant  de  mourir.  Elles  sont  renvoyées  au  Comité  de  salut  i)uhlic  sans 
être  lues.  »  [Monileiir  du  24  juillet  IT'JS,  t.  XVII,  p.  201-202.) 


YII.  AVEYRON.  '201 

disait  qu'il  fallait  profiter  du  beau  temps,  sans  quoi 
les  rebelles  trouveraient  un  refuge  dans  les  montagnes, 
et  il  proposait  de  détruire  les  maisons  qui  pouvaient 
leur  offrir  une  retraite';  le  29  (8''  du  deuxième  mois) 
il  insistait  sur  la  nécessité  de  laisser  dans  le  pays 
2000  hommes  jusqu'au  printemps ^  Un  autre  agent, 
Glandy,  réduit  singulièrement  les  proportions  de  la 
lutte.  Il  dit  que  le  nombre  des  rebelles,  qu'on  avait 
porté  à  G000% était  de  200  au  plus  et  qu'il  n'y  en  avait 
pas  20  ensemble.  «  Et  l'on  a  fait  venir  10  000  hommes 
dans  le  département  »,  dit-il.  Le  département  en  était 
écrasé  \ 

L'insurrection  royaliste  couvrit  tout.  «  Il  paraît,  dit 
Julien,  qu'il  s'était  élevé  des  soupçons  sur  l'adminis- 
tration de  la  Lozère;  il  n'est  cependant  rien  parvenu 
à  votre  Comité  de  sûreté  générale  qui  puisse  faire 
présumer  que  ces  administrateurs  soient  entrés  dans 
la  coalition  générale,  et  ils  [n']ont  [pas]  encore  eu  le 
temps  de  sortir  du  pénible  état  où  les  avait  réduits 
le  scélérat  Charrier \  » 

VII 

Aveyron. 

On  a  vu  que  l'insurrection  royaliste  de  la  Lozère  avait 
été  réprimée  par  le  concours  des  départements  du  voisi- 

1.  Cf.  la  lettre  du  rcprcsoiitant  Taillefer,  en  mission,  o'^  jour  du  deuxième 
mois  de  l'an  II  (26  octobre  1795),  qui  raconte  la  dispersion  des  rebelles,  grâce 
aux  mesures  qu'il  a  prises. 

2.  Archives  nationales,  F  i"  550,  dossier  Cart. 

3.  C'est  le  cbiflre  qu'avance  le  représentant  T;iillefcr  dans  la  lettre  citée. 

4.  Archives  nationales,  même  dossier. 

5.  Julien,  Rapport,  p.  1G5.  Le  sens  paraît  demander  la  correction  que  j'in- 
dique dans  le  texte. 


202  PART.  II,  CHAI'.  XII.  MONTPELLIER  ET  PsIMES. 

nage,  au  temps  même  où  s'accomplissait  à  Paris  la 
révolution  qui  proscrivit  les  Girondins.  Ces  départe- 
ments, en  servant  ainsi  la  cause  républicaine,  n'en 
étaient  pas  pour  cela  plus  amis  du  parti  qui  venait  de 
mutiler  la  Convention.  VÂvcyron,  qui  dès  le  'iG  sep- 
tembre avait  salué  la  République  \  n'avait  pas  cessé 
depuis  de  protester  contre  les  factieux.  Même  les  socié- 
tés affiliées  aux  Jacobins  de  Paris  réclamaient  et  contre 
les  Septembriseurs  et  contre  Marat,  et  contre  ceux  qui 
voulaient  détourner  la  Convention  de  l'accomplissement 
de  son  œuvre  ^ 

A  la  nouvelle  de  la  Révolution  du  51  mai,  le  dépar- 
tement manifesta  son  indignation.  Il  forma,  comme 
Montpellier,  une  assemblée  populaire.  Fort  de  la  part 
qu'il  venait  de  prendre  à  la  répression  de  l'insurrection 
de  Charrier,  il  s'éleva  contre  ceux  qui,  par  une  autre 
insurrection,  venaient  de  mutiler  la  représentation 
nationale,  et,  par  un  arrêté  du  15  juin,  il  décida  que 
la  Convention  n'avait  pas  été  libre,  qu'on  organiserait 
incessamment  une  force  armée  et  qu'on  ferait  une 
adresse  à  l'Assemblée  pour  l'inviter  à  se  rétablir  dans 
son  intégrité. 

A  la  suite  d'une  longue  censure  des  actes  de  la  Con- 
vention, on  y  disait  à  la  capitale  : 

Gardien  provisoire  de  ce  dépôt  cher  à  tous  les  Fiançais, 
Paris  ne  le  violerait  pas  impunément,  Paris  le  remettra  dans 
toute  son  intégrité  à  la  France,  ou  Paris  n'existera  plus"'. 

On  comprend  la  satisfaction  qu'éprouva  le  délégué  de 


1.  Arcliives  nationales,  D  xl  §  4,  carlon  18,  dossier  Aveyron. 

2.  Voyez  la  note  LUI  aux  Appendices. 

3.  Julien,  Rapport,  p.  27. 


VIII.  ARDÈCIIE.  205 

Bordeaux,  Lavaugayon,  quand  il  vint  à  RoJez  et  trouva 
le  département  dans  une  altitude  si  résolue  : 

L'Aveyron,  écrit-il,  a  été  dénoncé  par  Yintrépide  ex-capu- 
cin Chabot  comme  étant  en  insurrection  contre  la  Conven- 
tion. C'est  la  preuve  que  ce  département  adopte  vos  projets 
et  qu'il  veut  être  comme  vous  traître  h  la  patrie,  à  laquelle 
il  a  fourni  six  bataillons,  et  dans  ce  moment  encore  2000  hom- 
mes requis  pour  l'armée  de  Narbonne. 

Mais  l'Aveyron  ne  tint  pas  plus  que  l'Hérault  et  le 
Gard. Les  autorités  constituées  n'avaient  pas,  il  est  vrai, 
absolument  abdiqué  leurs  sentiments  :  l'agent  Glaudy, 
envoyé  à  Rodez  le  20  septembre  pour  éclairer  et  «  vivi- 
fier l'esprit  du  département  »,  déclara  qu'  «  elles  ne 
battaient  que  d'une  aile  »  ;  et  un  autre  agent,  Cart,  dit 
que  le  26  de  ce  mois  le  département  était  encore  dans 
les  plus  mauvais  principes  :  on  persécutait  les  patriotes. 
Bientôt,  changement  complet.  Le  représentant  Taillefer 
arrivait  à  son  tour,  chargé  de  réprimer  les  troubles  de 
la  Lozère.  Un  comité  révolutionnaire  fut  établi,  les 
fonctionnaires  «  prévaricateurs  »  remplacés  ;  et  les 
troupes  rassemblées  pour  traquer  les  rebelles  royalistes 
étaient  plus  que  suffisantes  pour  empêcher  le  fédéra- 
lisme de  remuer*. 

VIII 

Ardèclie. 

Le  département  de  l'Ardèche  avait  aussi  coopéré  à  la 
répression  du  soulèvement  royaliste  de  Charrier,  mais, 
comme  l'Aveyron,  il  n'en  était  pas  mieux  disposé  pour  les 

\.  Rapport  de  Cart.  5  frimaire  an  II  (25  novembre)  1795.  (.archives  nationales, 
Fi' 550,  dossier  Cari.) 


204  PART.  Il,  Cn\P.  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMLS. 

factieux   de  Paris.  La   société  républicaine  de  Viviers 
écrivait  à  la  Convention  le  28  mai  : 

Ce  sont  vos  divisions,  législateurs,  qui  ont  conduit  la  Ré- 
publique sur  le  penchant  de  la  ruine.  Votre  réunion  seule 
peut  la  sauver 

C'est  le  flambeau  de  la  discorde  qui  décliire  voire  sein, 
qui  a  allumé  dans  quelques  départements  le  feu  de  la  guerre 
civile.  Eteignez  ce  flambeau,  si  vous  voulez  arrêter  l'in- 
cendie. 

Nous  vous  conjurons  donc,...  faites  à  cette  patrie  en  danger 
le  généreux  sacrifice  de  vos  haines'.... 

Le  2  juin,  au  moment  oii  la  révolution  s'achevait  à 
Paris,  la  Société  des  amis  de  la  liberté  de  Tournon  écri- 
vait, à  son  tour,  à  la  Convention  : 

Législateurs,  entendez  la  vérité  ;  elle  est  le  fondement  le 
plus  sûr  de  la  liberté  des  nations  et  du  bonheur  des  peuples. 

...  Hàtez-vous  de  remplir  la  tâche  que  vous  vous  êtes 
imposée 

...  Reprenez  une  dignité  trop  longtemps  compromise. 
Rétablissez  dans  vos  séances  le  calme  qui  permet  la  discus- 
sion— 

Législateurs,  vous  n'êtes  plus  vous-mêmes,  vous  êtes  la 
République  française. 

Faites  donc  aimer  la  vertu —  Loin  de  vous  ces  projets 
sanguinaires,  ces  proscriptions  hideuses.  Ils  engendrent  la 
discorde,  mère  de  l'anarchie,  et  l'anarchie  vomit  le  despo- 
tisme. 

«  Cette  adresse,  dit  le  procès-verbal,  rédigée  séance 
tenante,  a  été  adoptée  à  l'unanimité,  et  il  a  été  arrêté, 
aussi  à  l'unanimité,  que  la  société  voue  à  l'exécration 
des  générations  présentes  et  futures  l'infâme  et  sangui- 

1.  Arcliives  nsUonales,  D  xl  §  4,  carton  18,  dossier  Ardèclie, 


VIII.  ÂRDÈCHE.  20d 

naire  Marat,  tous  ses  fauteurs  et  complices  et  tous  les 
partisans  de  l'anarchie*.» 

Et  les  habitants  de  la  ville  écrivaient,  de  leur  côté,  à 
la  Convention,  la  mettant  en  demeure  de  quitter  Paris 
si  les  factieux  en  rendaient  le  séjour  impossible  à  des 
législateurs  ^ 

C'est  dans  ces  dispositions  d'esprit  qu'on  reçut  la 
nouvelle  de  la  révolution.  Un  des  députés  de  l'Ardèche, 
Saint-Prix,  qui  avait  signé  la  protestation  des  soixante- 
quatorze  et  fut  pour  cela  détenu  quinze  mois  en 
prison  %  avait  écrit  le  7  juin  au  maire  de  Saint- 
Peray  : 

Vous  trouverez  ci-joint,  mon  cher  concitoyen,  un  imprimé 
dans  lequel  vous  verrez  une  partie  des  événements  qui  se 
sont  succédé  depuis  le  27  mai  et  que  la  tyrannie  s'efforce 
de  cacher  à  la  République  ;  mais  la  vérité,  malgré  les  en- 
traves de  toute  espèce,  percera  et  le  peuple  saura  tout.  Dans 
peu  vous  aurez  connaissance  d'une  lettre  que  la  députa tion 
adresse  à  ses  commettants  et  qui  est  l'exposé  fidèle  de  tous 
les  faits.  Nous  n'avons  pas  pu  la  faire  passer  plus  tôt,  vu  qu'on 
ouvre  tous  les  paquets  et  qu'on  ne  laisse  passer  que  ceux  qui 
flattent  les  oppresseurs  *. 

Le  conseil  général  de  l'Ardèche  se  déclara  en  perma- 
nence; il  convoqua  les  assemblées  primaires  et  fit  un 
manifeste  à  tous  les  habitants  du  département  (21  juin). 
En  même  temps  il  en  avertissait  la  Convention  par  une 


1.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  18,  dossier  Ardèche.  (Une  page  de 
signatures.) 

2.  Voyez  la  note  LIV  aux  Appendices. 

5.  Douze  mois  par  la  haine  de  la  faction,  trois  mois  par  l'oubli  des  thermi- 
doriens. 

4.  Mortimcr-Tcrnaux,  t.  VIT,  p.  569.  —  M.  Mortimer-Ternaux  pense  que  cet 
exposé  n'a  pas  été  fait.  Je  ne  l'ai  pas  trouvé  plus  que  lui  dans  les  cartons  des 
Archives  nationales. 


206  PART.  II,  CIIAP.  XII.  MONTPELLIER  ET  NIMES. 

autre  adresse,  qui  fut  imprimée  et  envoyée  dans  tous  ses 

chefs-lieux'.  On  y  lisait: 

Les  citoyens  de  ce  département  demandent  à  grands  cris 
de  connaître  les  faits.  Ils  attendent  encore  quelques  instants, 
mais  c'est  avec  le  calme  qui  précède  l'orage. 

Mais  l'orage  n'éclata  point.  Julien,  dans  son  rapport 
sur  les  administrations  rebelles,  rend  bon  témoignage  à 
l'administration,  qui  s'était  mise  en  parfait  accord  avec 
les  commissaires  de  la  Convention  ^ 

1.  On  en  trouve  un  exemplaire  clans  les  Archives  de  l'Eure. 

2.  Julien,  Rapport,  p.  '20. 


CHAPITRE   XIII 

MARSEILLE,    TOULON,    AVIGNON. 

I 

Marseille  au  51  mai. 

Ils  ne  sont  plus,  les  héros  de  la  Révolution,  s'écriait 
Julien  dans  son  rapport.  Marseille  est  devenue  le  centre  de  la 
rébellion  et  de  l'anarchie  :  la  représentation  nationale  y  est 
méconnue  et  avilie  ;  l'autorité  des  lois  suspendue  ;  le  trésor 
national  arrêté;  les  patriotes  sacrifiés;  les  secours  communs 
déniés  ;  les  conspirateurs  favorisés,  et  les  meurtriers  soute- 
nus. Un  tribunal,  proscrit  par  la  loi,  dicte  ses  arrêts  sangui- 
naires sur  les  vengeances  particulières;  et  les  sections  enfin, 
se  laissant  dominer  par  les  factieux,  secouent  la  torche  de  la 
guerre  civile  dans  toute  la  République  :  tout  le  Midi  coalisé 
suit  l'exemple  des  Marseillais,  et  c'est  dans  leur  ville  qu'est 
établi  le  dépôt  de  leurs  projets  fédéralistes. 

Qu'êtes-vous  devenus,  hommes  du  10  août'?... 

Les  hommes  du  10  août  auraient  pu  répondre  qu'ils 
n'avaient,  pour  la  plupart,  rien  de  commun  avec  Mar- 
seille; ou  plutôt  Marseille,  qu'elle  était  bien  générale- 
ment étrangère  aux  hommes  du   10  août\  Marseille, 

i.  Julien,  Rapport,  p.  29,  30. 

2.  C'est  un  fait  établi  par  M.  Moitimer-Ternaux,  Histoire  de  la  Terreur, 
t.  n,  p.  142. 


208      PART.  Il,  CIIAP.  XllI.   MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

notre  plus  grande  ville  de  commerce,  ne  pouvail  avoir 
aucune  sympathie  pour  les  excès  de  la  Révolution.  Les 
riches  négociants  qui  faisaient  la  force  de  sa  hourgeoisie, 
et  la  plus  grande  partie  du  peuple,  qui  vivait  de  ce  grand 
mouvement  d'affaires,  étaient  contraires  à  ce  régime 
anarcliique  qui  menaçait  de  l'arrêter  \  et  la  ville,  en 
effet,  n'avait  pas  lardé  à  en  ressentir  la  funeste  in- 
fluence. Dès  avant  le  10  août  1792,  on  criait  à  Mar- 
seille contre  les  infâmes  conspirateurs  (car  c'étaient  le 
roi  et  les  aristocrates  qui,  de  notoriété  jacobine,  conspi- 
raient à  la  veille  du  10  août!),  et  le  24  juillet,  dans  une 
sédition,  six  personnes  avaient  été  pendues,  sans  forme 
de  procès,  comme  contre-révolutionnaires.  Ce  fut  bien 
pis  après  cette  révolution,  dont  on  prétendait  faire  le 
principal  honneur  aux  Marseillais  :  de  nouvelles  vic- 
times succombèrent  dans  la  ville  et  aux  environs,  car 
cette  fureur  se  répandit  au  dehors.  La  ville  d'Arles,  qui 
avait  ses  révolutionnaires  (les  Monnoidiers  "),  vit  leur 
troupe  se  grossir  et  leurs  excès  s'accroître  par  l'arrivée 
des  bandes  de  Marseillais  '\ 

Cependant  la  bourgeoisie  de  Marseille  réagit  contre 
ces  violences  ;  et  elle  trouva  de  l'appui  dans  la  plus 
grande  partie  de  la  population.  Le  11  septembre  1792, 
le  conseil  général  de  la  commune  établit  un  double 
tribunal,  tribunal  d'accusation  et  tribunal  de  jugement. 
Les  vingt- quatre  sections  de  la  ville  furent  appelées  à 
nommer  quarante-huit  commissaires  qui   devaient  se 


1.  Julien,  Uapjwrl,  p.  32. 

2.  Ainsi  aiipclés,  dil-on,  |)arcc  que  leur  club  se  tenait  à  i'iiôlel  de  la  Mon- 
naie. (Voyez  M.  V.  de  Baumel'ort,  Tribunal  révolutloiinaii-e  d'Orange.) 

3.  Uisloirc  du  lerrorisme  dans  la  coinnmnc  d'Arles,  servant  de  suite  au 
Mémoire  publié  pour  cctle  commune  le  8  floréal  (an  II).  (Bibliotlièque  nationale, 
Lb"  1771.) 


I.  MARSEILLE  AU  31  MAI.  209 

partager  entre  ces  deux  tribunaux  ou,  pour  mieux  dire, 
ces  deux  sections  d'un  même  tribunal.  Pour  faire  une 
arrestation,  il  fallait  la  signature  de  trois  membres,  au 
moins,  du  tribunal  d'accusation  ;  pour  déclarer  l'accusa- 
tion, la  décision  des  trois  quarts  au  moins  de  ses  mem- 
bres ;  pour  condamner,  la  présence  des  trois  quarts  au 
tribunal  de  jugement  :  les  dénonciateurs,  les  témoins, 
le  prévenu  et  son  défenseur  entendus.  Les  délits  contre 
la  liberté  et  l'égalité,  les  complots  contre-révolution- 
naires étaient  seuls  de  la  compétence  du  tribunal, 
d'après  l'acte  de  son  institution;  mais,  dès  le  5  octobre, 
quatrième  jour  après  qu'il  avait  été  installé,  les  provo- 
cations au  meurtre,  à  l'incendie  et  au  pillage,  les 
destructions  de  clôture,  les  attentats  à  la  propriété  et  à 
la  sûreté  des  personnes  lui  furent  aussi  renvoyés  ^ 

Telle  fut  la  composition,  telles  étaient  les  formes  de 
ce  tribunal,  qui  s'appelait  cà  Marseille  tribunal  popu- 
laire, que  la  Convention  plus  tard  appela  «  un  tribunal 
de  sang,  dont  les  jugements  étaient  des  assassinats  ». 
En  fait,  il  ne  frappa  que  des  assassins  à  qui  toute 
impunité  était  laissée  par  le  tribunal  criminel  :  on 
s'explique  la  conduite  de  ces  derniers  juges  quand  on 
les  retrouve,  tout  autrement  actifs,  dans  le  tribunal 
révolutionnaire  dont  nous  parlerons  ailleurs. 

Cette  institution  et  les  démarches  soit  de  la  ville, 
soit  des  fédérés  de  Marseille  depuis  l'ouverture  de  la 
Convention,  avaient  excité,  non  sans  raison,  les  défiances 
du  parti  montagnard';  et  Marseille  ne  s'était  point 
bornée  à  l'établissement  de  son  tribunal  populaire.  Ses 
trente-deux  sections  (vingt-quatre  de  la  ville,   huit  di7 

1.  Ijerriat-Saiiit-Prix,  la  Justice  l'évohdioniiairc,  t.  I,  p.  580-382. 

2.  Voyez  la  note  LV  aux  Appendices. 

KKVOL.  Dn  51  MAI.  II —  14 


210      PART.  II,  CIIAP.  XIII.   MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

territoire)  avaient  formé  un  comité  central  ou  général, 
dont  l'action  s'étendait  au  dehors. 

Les  représentants  Boisset  et  Moyse  Bayle,  envoyés  dans 
la  Drôme  et  dans  les  Bouches-du-Rliône  à  l'occasion  de 
la  levée  des  500  000  hommes,  s'étaient  émus  de  ces 
mesures  extralégalcs;  mais  les  sections  n'avaient  pas 
été  intimidées  par  leur  présence.  Elles  les  avaient  traités 
en  vrais  suspects.  La  X''  section  avait  chargé  des  com- 
missaires de  visiter  leur  correspondance,  jusqu'à  con- 
traindre les  deux  représentants  à  briser  un  secrétaire 
dont  ils  n'avaient  pas  la  clef;  elle  avait  arrêté  qu'il  leur 
serait  signifié  de  sortir  de  la  ville  dans  les  vingt-quatre 
heures,  sous  peine  d'arrestation  ;  et  ils  n'avaient  pas 
attendu  l'effet  de  celte  menace.  Ils  partirent,  cassant 
tant  le  tribunal  populaire  que  le  comité  central  des 
sections  (2  mai)  ;  et  de  Montélimar,  où  ils  s'étaient  re- 
tirés, ils  envoyèrent  à  la  Convention  nationale  le  récit 
de  leur  mésaventure  et  l'arrêté  qui  en  était  la  conclu- 
sion (4  mai)  *. 

Marseille  n'avait  pas  attendu  l'accusation  pour  se 
défendre.  Le  l""  mai,  les  commissaires  des  sections  écri- 
vaient au  président  de  l'Assemblée  : 

Citoyen  président,  toutes  les  sections  de  Marseille,  ne  for- 
mant qu'un  peuple  de  frères,  s'occupent  en  ce  moment  de 
rédiger  une  adresse  à  la  Convention  nationale,  et  de  lui 
envoyer  des  commissaires  pour  la  présenter.  Ils  feront  à  la 
Convention  le  tableau  fidèle  de  la  situation  de  cette  grande 
cité  ;  elle  y  verra  quels  sont  ses  priucipes,  ses  sentiments, 
ses  vœux.  Jusqu'alors  la  Convention  trouvera  équitable,  sans 

1.  LeUre  lue  clans  la  séance  du  12  mai,  Mo)iileiir  du  14,  t.  XVI,  p.  571. 
Cf.  leur  compte  rendu  à  la  Couvcnlion  nalionalc,  imprimé  par  ordre  de  la  Con- 
vention, 20  juin  1793.  (Bibliothèque  nationale,  Le^'*  18.) 


I.  MARSEILLE  AU  51  MAL  211 

doute,  de  se  prémunir  contre  toutes  les  déclamations  que  la 
calomnie  pourrait  vomir  contre  nous  ;  nos  vertus  républi- 
caines sauront  la  confondre,  et  nos  détracteurs  n'obtiendront 
que  la  boute  qui  leur  est  si  bien  due. 

Tous  les  Marseillais  ont  juré  de  soutenir  la  République 
une  et  indivisible,  fondée  sur  la  liberté,  l'égalité  et  l'obser- 
vation rigoureuse  des  lois.  Ils  en  renouvellent  le  serment 
entre  les  mains  des  représentants  de  la  nation  K 

Ils  joignaient  à  leur  lettre  la  proclamation  de  la 
municipalité  et  sa  circulaire  aux  municipalités  de  la 
République,  pour  réfuter  le  bruit  répandu  que  Marseille 
était  en  contre-révolution.  La  proclamation  disait  pour- 
quoi les  sections  de  Marseille  étaient  en  permanence. 
La  circulaire  faisait  connaître  à  la  France  entière  l'esprit 
qui  les  animait  : 

Le  vœu  constant  et  bien  prononcé  des  Marseillais  est  de 
soutenir  la  liberté  et  l'égalité,  de  protéger  les  personnes  et 
les  propriétés,  de  soutenir  de  toutes  leurs  forces  l'unité  et 
l'indivisibilité  de  la  République  française. 

El,  sur  la  proposition  de  Lidon,  la  Convention  vota 
la  mention  honorable  de  leur  conduite  et  l'insertion  de 
leurs  dépêches  au  Rulletin  ".  C'est  le  6  mai  que  l'on 
prenait  cette  décision;  c'est  le  12  que  l'on  reçut  la 
lettre  des  deux  représentants  qui  montraient  la  con- 
duite et  les  actes  des  sections  marseillaises  sous  un 
tout  autre  jour.  Cette  lettre  souleva  un  vif  débat; 
mais  Barbaroux  était  là  pour  défendre  ses  concitoyens, 
et  les  Girondins  pour  l'appuyer.  Ils  récriminèrent 
contre  ces  commissaires  qui,  envoyés  pour  la  levée  des 
300  000   hommes,    se  permettaient   tout  et   restaient 

i.  Séance  du  G  mai  1793,  Moniteur  du  8,  l.  XYI,  p.  520. 
1.  Ibid.,      520,521. 


212      PART.  II,  CHAP.  XIII.   MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

malgré  des  ordres  de  rappel.  Qu'avaient  fait  les  Mar- 
seillais en  instituant  leur  comité  central  et  leur  tri- 
bunal populaire? 

Les  amis  de  la  liberté,  las  de  l'oppression,  ont  repris  leurs 
droits,  l'anarchie  a  été  terrassée  et  voilà  la  contre-révolution  ! 
Heureuse  contre-révolution  !  Ainsi  elle  s'opérera  dans  toute  la 
France....  Oui,  Marseille  a  fait  la  contre-révolution  comme  la 
philosophie  la  fit,  en  triomphant  du  fanatisme  et  de  la  su- 
perstition, etc. 

La  Convention  vota  la  suspension  de  l'arrêté  des  deux 
représentants  jusqu'à  leur  retour  ^  Ils  vinrent  s'expli- 
quer à  la  Convention  le  2  juin,  le  jour  où  la  révolu- 
tion du  51  mai  fut  consommée  ^ 

Leur  arrêté,  frappé  de  suspension  à  Paris  le  12  mai, 
n'avait  pas  été,  comme  on  le  suppose  bien,  observé  un 
seul  jour  à  Marseille.  Le  21  mai,  le  comité  général 
faisait  afficher  cet  avis  : 

Le  comité  général  des  trente-deux  sections  de  Marseille  à 
ses  commettants,  salut  : 

Yous  avez  chargé  le  comité  général  des  trente-deux  sections 
du  salut  de  la  cité.  Il  s'y  consacre  sans  ménagement".... 

Et  il  invitait  les  bons  citoyens  à  lui  apporter  les  ren- 
seignements qu'ils  pourraient  lui  fournir. 

Le  22  mai,  l'administration  des  Bouches-du-Rhône 
prenait  un  arrêté  pour  l'établissement  des  assemblées 
permanentes  de  sections  dans  toutes  les  communes  du 
ressorte  Le  27,  la  municipalité  de  Marseille  reprenait 


i.  Moniteur  du  14  mai  1793,  t.  XVI,  p.  371-373. 

2.  Mouilcur  du   5  juin  1793,  t.  XYI,  p.  552. 

5.  IJibliothèquc  de  Carpcntras,  eoUeclion  Tissot,  n"  59,  f°  378. 

4.  lOid.,  i"  370. 


I.  MARSEILLE  AU  51  MAL  215 

l'offensive.  Elle  répondait  à  la  demande  de  proscription 
des  vingt-deux  Girondins  par  une  demande  de  proscrip- 
tion contre  Marat,  devenu  plus  insolent  depuis  son 
triomphe  au  tribunal  révolutionnaire.  On  avait  fait 
tomber  la  tête  du  dernier  despote,  disait-elle,  mais 
l'anarchie  était  toujours  debout  : 

La  tête  de  ce  monstre  est  à  Paris  ;  elle  montre  audacieuse- 
ment  son  front  hideux  dans  votre  propre  sein.  C'est  du  milieu 
de  vous  qu'elle  exhale  les  poisons  mortels  qui  se  répandent 
avec  rapidité  dans  tous  les  départements.  Enlin  c'est  Marat, 
l'exécrable  Marat,  cet  être  impur,  vomi  par  les  enfers  pour 
ne  faire  de  la  France  qu'un  vaste  cimetière,  etc. 

Ses  crimes  ont  pour  témoins  tous  les  Français,  et  ce  scélérat 
respire,  et  ses  forfaits  demeurent  impunis 

Législateurs,  il  est  temps  de  sauver  la  France.  Il  est  temps 
de  déployer  l'énergie  qui  convient  aux  représentants  de  vingt- 
cinq  millions  d'hommes  libres.  Ne  souffrez  pas  davantage 
que  des  tribunes  insolentes  et  vendues  à  Pitt  vous  dictent  la 
loi.  Si  vous  ne  pouvez  dans  Paris  détruire  l'anarchie  en  fai- 
sant tomber  la  tète  de  Marat  et  de  ses  complices,  quittez  cette 
ville  aveugle,  qu'une  faction  puissante  domine  aujourd'hui 
par  la  stupeur  de  ses  nombreux  habitants;  placez- yous  dans 
quelque  autre  ville  de  la  République  où  vous  puissiez  ma- 
nifester librement  vos  opinions  et  vous  livrer  sans  obstacle 
au  grand  œuvre  d'une  constitution  fondée  sur  la  liberté  et 
l'égalité,  dont  Marat  et  consorts  redoutent  l'établissement, 
parce  qu'elle  doit  les  replonger  dans  le  néant  d'où  ils  ne  sont 
sortis  que  pour  le  malheur  du  genre  humain'. 

En  attendant,  Marseille  se  donnait  la  satisfaction  de 
supprimer  le  club  où  dominait  l'esprit  de  Marat.  Une 
correspondance,  en  date  du  5  juin,  porte  : 


i.  Archives  nationales,  D  lx  §  4,  carton  18,  dossier  Douches -du-Rhône.  (Une 
page  de  signatures.) 


21  i      PART.  II,  CHÂP.  XIII.    MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

Le  5  de  ce  mois,  à  sept  heures  du  soir,  le  club  a  été  fermé, 
les  clefs  en  ont  été  remises  au  comité  général  des  sections, 
avec  le  poignard  de  Brutus.  On  y  a  trouvé  quatre  canons  de 
quatre  livres  de  balles,  deux  tromblons,  beaucoup  de  piques 
et  quinze  fusils.  Les  effets,  bancs,  chaises,  tables  et  tribunes 
ont  formé  la  charge  de  trois  charrettes;  un  cortège  nom- 
breux, précédé  de  la  musique  militaire,  a  porté  au  comité 
général  des  sections  quinze  drapeaux  pris  sur  les  ennemis, 
que  les  corsaires  avaient  déposés  dans  ce  temple  de  la  liberté. 
Un  grand  nombre  de  membres  du  club  dé[)0sent  leurs  diplô- 
mes aux  sections,  et  plusieurs  de  ces  diplômes  sont  portés 
dans  la  ville  au  bout  des  piques;  enfin,  il  y  eut  hier  illumi- 
nation générale  à  l'occasion  de  cet  événement  bien  extraordi- 
naire,  attribué  en  général  à  l'elfcl  qu'a  produit  la  nouvelle  de 
la  catastrophe  de  Lyon,  du  29  mai'. 

La  petite  révolution  arrivée  le  29  mai  à  Lyon  avait 
pu  y  être,  en  effet,  pour  quelque  chose,  mais  celle  du 
51  mai  à  Paris  devait  faire  à  Marseille  une  bien  plus 
profonde  impression. 

Dès  qu'on  en  reçut  la  nouvelle,  l'assemblée  générale 
des  autoi'ités  de  Marseille  fit  un  manifeste  aux  «  répu- 
blicains français  »,  où  elle  déclarait  : 

1°  Qu'elle  était  dans  un  état  légal  de  résistance  à 
l'oppression  ; 

2°  Qu'elle  ne  pouvait  plus  reconnaître  dans  la  Con- 
vention la  véritable  représentation  nationale,  etc. 
(12  juin ^). 

i.  Moniteur  du  -JO  juin  179"»,  t.  XVI,  p.  058.  —  H  y  a  sur  ce  m('me  lait  une 
lettre  de  Marseille  datée  du  lendemain,  4  juin,  dans  le  dossier  de  Mme  Roland. 
(Archives  nationales,  W  294,  dossier  227.)  —  Le  maire  et  les  oliiciers  munici- 
paux d'Arles  jetaient  le  cri  d'alarme.  Ils  écrivaient  à  la  Convention  nationale, 
4  juin  1795  :  «  Une  révolution  s'opère  dans  le  département  des  Bouches-du- 
Rliùne  ».  Us  invoquaient  son  aide  pour  réprimer  les  contre-révolutionnaires. 
(Archives  nationales,  AF  ii,  45,  dossier  155,  n°  29,  dans  un  dossier  généralement 
relatif  au  Calvados). 

2.  Bibliothèque  de  Carpentras,  collection  Tissol,  n"  59,  f"  417. 


I.  MARSEILLE  AU  51  MAL  215 

Il  fut  décidé  que  ce  manifeste  serait  envoyé  aux 
communes  du  département,  pour  les  provoquer  à 
émettre  leur  opinion  sur  le  51  mai  ;  et  le  20  juin,  dans 
une  assemblée  générale  des  autorités  constituées,  on 
prêta  serment  de  ne  pas  recevoir  les  décrets  rendus  par 
la  Convention,  depuis  cette  époque  «jusqu'au  moment 
où  la  liberté  lui  serait  rétablie  dans  son  intégralité*  ». 

On  arrêta  encore  que  six  mille  bommes,  levés  dans 
le  département  pour  l'armée  d'Italie,  seraient  retenus; 
on  mit  la  main  sur  les  fonds  destinés  à  cette  armée. 
On  avait  décidé  que,  si  des  commissaires  de  la  Con- 
vention paraissaient  dans  le  département,  ils  seraient 
arrêtés,  et  ils  le  furent^  Enfin,  on  leva  des  troupes  pour 
marcber  sur  Paris,  comme  on  l'avait  résolu.  Un  officier 
de  mérite,  Villeneuve-Tourette,  fut  placé  à  leur  tête. 
On  s'était  mis  en  rapport  avec  les  villes  du  Midi  qui 
s'étaient  déjà  prononcées  :  Toulon,  Nîmes,  Montpellier, 
et  l'on  se  proposait  d'agir  de  concert  avec  elles.  On  agis- 
sait d'ailleurs,  sans  avoir  eu  besoin  de  se  concerter, 
d'accord  avec  les  populations  de  l'Est  et  de  l'Ouest 
soulevées  par  la  môme  pensée  de  résistance  à  l'oppres- 
sion. Barbaroux,  le  18  juin,  envoyait  de  Caen  à  ses 
concitoyens  une  adresse  cbaleureuse  : 

Marchez  à  Paris,  non  pour  dissoudre  la  Convention  natio- 
nale, mais  pour  la  réunir 

Marchez  à  Paris,  non  pour  soustraire  les  députés  proscrits 
au  glaive  de  la  loi,  mais  pour  exiger  au  contraire  qu'ils  soient 
jugés  par  un  tribunal  national,  mais  pour  faire  juger  aussi 
tous  les  représentants  du  peuple,  tous  les  ministres,  tous  les 
administrateurs  de  Paris.... 

1.  L'arrêté  se  trouve  à  Carpeutras  clans  la  collection  T/s50^  n"  39,  f"  420. — 
Voyez  Julien,  Rapport,  p.  56. 
'2.  Voyez  la  note  LVI  aux  Appendices 


216       PART.  II,  CIIAP.  XIII.   MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

On  m'accusera  de  vouloir  vous  soulever.  Oui,  je  vous  sou- 
lève, je  soulèverai  la  France  entière  contre  les  brigands' — 


II 

Toulon  au  31  mai. 

Toulon  avait  subi  d'abord  à  peu  près  les  mômes  vi- 
cissitudes que  Marseille  :  massacres  démagogiques  avant 
et  après  le  10  août,  condamnations  diverses  prononcées 
par  le  tribunal  extraordinaire,  dit  Cour  martiale,  puis, 
réaction  du  parti  de  l'ordre,  où  dominaient  les  royalistes  ; 
institution  d'un  tribunal  populaire,  appelé  aussi  mar- 
tial, où  plusieurs  des  assassins  furent  condamnés  \ 

Il  faut  reprendre  les  choses  de  plus  haut. 

Toulon,  avec  une  classe  riche  de  commerçants,  con- 
tenait une  nombreuse  population  ouvrière,  marins  et 
ouvriers  du  port.  La  démagogie  s'était  facilement  recru- 
tée parmi  eux  :  des  troubles  avaient  éclaté  dès  1789,  et 
deux  bataillons  de  Marseillais,  envoyés  à  l'armée  d'Italie, 
passant  par  Toulon,  avaient  prêté  appui  aux  clubs;  mais 
la  garde  nationale  avait  rétabli  l'ordre.  Toulon  offrait 
de  singuliers  contrastes.  Les  sections  de  la  ville,  comme 
la  garde  nationale,  appartenaient  au  parti  modéré,  le 
club  était  aux  Jacobins;  le  directoire  du  département 
travaillait  à  maintenir  l'ordre,  la  municipalité  était 
composée  de  violents.  Cette  municipalité  s'entendit  avec 
les  hommes  de   main  qui   aspiraient  à  s'emparer  du 

1.  Charles  Baibaroux,  de  Marseille,  député  du  département  des  Bouclies-du- 
Rliône  à  la  Convention  nationale,  aux  citoyens  de  Marseille.  (Archives  nationales, 
AF  u,  carton  45,  dossier  15G,  n"  11  [imprimé].)  —  Voyez  aussi  sa  lettre  du  21  juin 
aux  Appendices,  note  LVII. 

2.  Voyez  Berrial-Saint-Prix,  la  Justice  révolutionnaire,  t.  I,  p.  405-408. 


II.   TOULON  AU  51  MAI.  217 

pouvoir  pour  tendre  au  directoire  un  piège  infâme.  Le 
28  juillet  ITO^,  la  municipalité  invita  les  administra- 
teurs du  département  à  venir  fraterniser  avec  elle,  et 
sur  la  route  des  gens  apostés  les  assaillirent  et  les  mas- 
sacrèrent. Un  d'eux  qui  n'avait  échappé  qu'en  sautant 
du  haut  des  murs  dans  les  fossés,  où  il  se  cassa  la 
jambe,  fut  ramassé  sanglant,  ramené  sur  un  brancard 
et  pendu.  La  bande  des  égorgeurs  se  répandit  dans  les 
rues  et  hors  des  murs,  cherchant  du  butin  et  des  vic- 
times. Le  commandant  de  place  voulait  intervenir,  mais 
la  municipalité  refusa  de  réunir  les  troupes.  L'admi- 
nistrateur de  la  marine,  Possel,  avait  déjà  la  corde  au 
cou  lorsqu'il  fut  soustrait  à  ses  bourreaux;  un  adminis- 
trateur, tiré  de  sa  maison  de  campagne,  fut  pendu  ;  un 
capitaine  de  vaisseau,  un  curé,  égorgés;  M.  de  Flotte 
d'Argenson,  avant  de  périr,  sut,  au  moins,  défendre 
vigoureusement  sa  vie;  Rochemaure,  major  général  de 
la  marine,  tomba  aussi  sous  le  couteau  des  assassins'. 

La  nouvelle  du  10  août  fut  comme  un  stimulant 
nouveau  pour  ces  bandits.  Ils  avaient  des  auxiliaires 
naturels  dans  le  bagne  :  ils  rompirent  les  fers  de  dix- 
huit  cents  forçats.  Mais  ce  n'étaient  plus  seulement  tels 
ou  tels  dignitaires,  c'était  la  bourgeoisie  tout  entière  qui 
se  voyait  menacée  par  ce  débordement  de  la  chiourme. 
La  garde  nationale  survint  à  temps  pour  l'arrêter. 

La  municipalité,  complice  de  ces  attentats,  resta 
pourtant  en  fonctions,  et  les  grands  meneurs  des  mas- 


1.  Voyez  Tainc,  la  Révolulion,  t.  II,  p.  359-562.  Les  trails  principaux  de 
ces  massacres  sont  judiciairement  établis  dans  les  sentences  qui  Irappèrcnt  de 
mort  les  chefs  des  assassins:  Silvestre,  27  juillet  1793;  Lcniaille  dit  Beausoleil. 
50  juillet  ;  Jussaud,  2  aont  ;  Lambert,  19  août.  Ces  jugements  sont  donnes  en 
appendice  dans  le  livre  de  M.  Pons  :  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  de 
Toulon  en  1795.  (Bibliothèque  nationale,  Lb*',  941.) 


218       PART.  II,  CHAP.  XIII.    MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

sacres  continuèrent  de  terroriser  la  ville.  Néanmoins 
l'administration  départementale  renouvelée  resta  fidèle 
à  l'esprit  qui  animait,  en  général,  les  départements 
depuis  les  journées  de  septembre,  et  qui  se  traduisit 
par  la  majorité  girondine  au  sein  de  la  Convention.  Un 
arrêté  du  département  du  Var,  en  date  du  8  janvier, 
consacra  une  somme  de  150  000  livres  à  lever  un  ba- 
taillon de  500  hommes  qui  fut  offert  à  la  représentation 
nationale  pour  la  défendre,  arrêté  qui  fut  violemment 
attaqué  par  les  Montagnards  et  suscita,  nous  l'avons  vu, 
un  vif  débat  dans  la  séance  du  9  février*.  Au  cours  des 
mois  qui  suivirent,  des  adresses  se  signèrent  encore, 
soit  à  Toulon,  soit  en  d'autres  lieux  du  Var,  contre  les 
agitations  stériles  de  la  Convention  nationale.  Les  sans- 
culottes  républicains  de  Saint-Tropez  écrivaient  à  la 
Convention  (fin  décembre  1792)  : 

Vous  êtos  tous  gens  d'esprit.  Serait-ce  parce  que  vous  on 
avez  trop  que  vous  ne  pouvez  vous  accorder?  Faudra-t-il  que 
nous  regrettions  de  n'avoir  pas  confié  le  sort  de  la  Répu- 
blique au  simple  bon  sens  d'hommes  illettrés  comme  nous, 
qui  ne  savent  voir  qu'un  seul  moyen  de  salut,  l'union-  ! 

Il  est  vrai  que  ces  remontrances  pouvaient  indifférem- 
ment s'apj)]iquer  aux  deux  partis.  Le  4  mai,  la  Société 
républicaine  de  Toulon,  société  jacobine,  écrivait  : 

Représentants,  quand  penserez-vous  à  sauver  la  patrie? 
Attendez-vous  ime  insurrection  populaire  pour  rentrer  en 
vous-mêmes?  Si  vous  forcez  le  peuple  à  reprendre  la  souve- 
raineté, craignez  son  désespoir.  Les  lâches  qui  vicient  la  Con- 
vention par  l'intrigue  ou  qu'Us  (qui  l')  affaiblissent  par  la 
tiédeur  de  leurs  principes  en  seront  les  premières  victimes. 

1.  Voyez  ci-(lcs5us,  t.  I,  p.  93. 

2.  Aidiivcs  nationales,  D  xl  §  4,  carton  18,  dossier  Bouclics-dn-Rhônc. 


II.   TOULON  AU  51  MAI.  219 

Et  ce  même  texte  était  adopté  dans  les  adresses  des 
républicains  de  Saint-Nazaire  (canton  d'Oilioules, 
12  mai),  de  Bandols  (22  mai),  affiliés,  sans  doute,  à  la 
même  société'.  D'autres  adresses,  tendant  à  la  même 
fin,  quoique  dans  un  autre  esprit,  étaient  signées  à 
Saint-Tropez  (15  avril),  à  Bras  (1  "  mai),  à  la  Roque 
(22  mai),  à  Aups  (reçue  le  4  juin^). 

Mais  si  les  Monlagnards,  dans  ce  temps-là,  gagnaient 
du  terrain  à  Paris,  combien  le  champ  ne  leur  était-il 
pas  plus  ouvert  à  Toulon,  où  ils  jouissaient  de  l'impu- 
nité depuis  près  d'un  an  !  Dans  le  courant  de  mai,  les 
gens  du  club  firent  jeter  en  prison  soixante-douze  des 
plus  notables  de  la  ville.  Ici  encore  ils  avaient  dépassé 
la  mesure,  et  devant  l'émotion  populaire  ils  prirent  le 
parti  de  les  mettre  en  liberté,  tout  en  exigeant  des  cau- 
tions, trois  pour  un  :  et  des  gens  du  peuple,  de  simples 
journaliers,  se  firent  caution  de  ceux  qu'on  traitait 
d'aristocrates  ^  Les  encouragements  ne  manquaient 
pas  non  plus,  du  dehors,  au  parti  modéré.  Les  sections 
de  Marseille  écrivaient,  le  26  mai,  aux  citoyens  de 
Toulon  : 

Citoyens  de  Toulon,  nos  amis  et  nos  frères,  des  égoïstes 
vous  trompent,  des  scélérats  vous  égarent,  nous  venons 
vous  éclairer.  Marseille  est  heureuse,  toutes  les  classi)s  de 
citoyens  y  sont  unies 

Qui  nous  accuse?  Quelques  intrigants 

Le  premier  devoir  des  citoyens,  c'est  la  résistance  à  l'op- 
pression. Citoyens  de  Toulon,  ayez  le  sentiment  de  vos  forces. 
Un  moment  de  courage,  et  vous  êtes  sauvés 


1.  Texte  reproduit   même   avec  la   faute  :  «  qu'ils   [qui  1']    alïaiblissent  » 
Archives  nationales,  D  xl  t  4,  cartou  23,  dossier  Var. 

2.  Archives  nationales,  ibid. 

3.  Gauthier  de  Brécy,  la  Révolution  à  Tuutun  en  1795,  jj.  8 


220       PART.  II,  ClIAP.  XIII.   MARSEILLE,  TOULON,  ÂMGNON. 

On  a  répandu,  sous  le  nom  du  club  de  votre  cité,  un  écrit 
qu'on  prétend  signé  par  mille  deux  cent  trente-quatre  per- 
sonnes, dont  on  semble  nous  menacer.  Mais  vous  avez  une 
population  nombreuse —  Mille  deux  cent  trente-quatre  per- 
sonnes peuvent  bien  signer,  mais  elles  n'inspireront  jamais 
la  terreur  à  trente  mille  citoyens  armés  pour  la  cause  de  la 
liberté. 

Toulonnais,  vous  avez  juré  avec  nous  delà  défendre.  Notre 
serment  ne  sera  pas  vain,  et  nos  efforts  combinés  contre  tous 
ses  ennemis  cimenteront,  pour  le  bonheur  de  tous,  l'unité  et 
l'indivisibilité  de  la  République \ 

La  révolution  du  51  mai  était  le  triomphe  des  vio- 
lents :  les  clubistes  à  Toulon  devaient  donc  en  tirer 
des  forces  nouvelles;  et  pourtant  le  sentiment  d'indi- 
gnation qu'elle  provoqua  dans  tout  le  Midi  avait  si  bien 
gagné  la  ville  elle-même  que,  dans  une  adresse  à  la 
Convention  (24  juin),  ils  semblent  se  défendre  de  ne 
l'avoir  point  partagée  : 

Nous  sommes  calomniés,  disaient-ils,  parce  que  nous  ne 
voyons  point  dans  les  journées  du  31  mai  et  du  2  juin  la  ruine 
totale  de  la  République.  Nous  sommes  calomniés  enfin  parce 
que  nous  n'accusons  pas  les  Parisiens,  mais  la  Convention 
elle-même,  d'avoir,  par  ses  divisions  intestines,  été  l'unique 
cause  de  la  lassitude  du  peuple  et  de  l'attentat  exercé  envers 
la  représentation  nationale. 

Le  31  mai  et  le  2  juin  seront  des  jours  de  deuil  ou  de 
triomphe  pour  la  liberté,  mais  nous  laissons  au  temps  et  à 
la  postérité  à  juger  de  si  grands  événements^ 

Si  les  Jacobins,  à  Toulon,  en  étaient  là,  que  n'avait- 
on   pas  à  craindre   des    autres    habitants?  Les   deux 

1.  Les  32  sections  de  Mai'seille  aux  citoyens  de  Toulon  (ilarseille,  20  mai 
1793),  in-4°.  (Bibliothèque  nationale,  Lb  *',  3016.) 

2.  Arcliives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  23,  dossier  Var. 


II.  TOULON  AU  51  MAI.  221 

représentants,  Pierre  Bayle  et  Beau  vais,  s'y  rendirent 
pour  prévenir  la  réaction  qui  grondait  sourdement.  Ils 
tentèrent  de  l'intimider  par  des  mesures  draconiennes  : 
peine  de  mort  contre  ceux  qui  parleraient  d'ouvrir  les 
sections  :  car  c'était  là  que  la  masse  de  la  population 
se  défendait,  comme  presque  partout,  contre  les  agita- 
teurs des  clubs.  Mais  cela  ne  porta  point  bonheur  aux 
factieux.  On  répandit  le  bruit  que,  sous  la  protection 
des  représentants,  ils  voulaient  renouveler  les  mas- 
sacres du  28  juillet  1792;  qu'ils  n'en  attendaient 
que  l'anniversaire.  L'irritation  était  générale  parmi  le 
peuple,  qui  avait  trouvé  dans  sa  souveraineté  tant  de 
misères;  la  garde  nationale  se  réunit  au  couvent  des 
Minimes,  et  la  motion  de  Jean-Baptiste  Roux,  officier 
municipal,  simple  artisan,  donna  le  signal  (12  juillet 
4793):  on  sonna  le  tocsin,  les  sections  furent  rétablies; 
on  institua  de  plus  un  comité  général  et  la  garde  natio- 
nale fut  réorganisée  avec  un  nouveau  chef.  L'amiral  Tro- 
goff,  qui  commandait  la  flotte,  adhéra  au  mouvement. 
Les  représentants  Bayle  et  Beauvais  étaient  encore  à 
Toulon.  Voyant  leur  parti  débordé,  ils  prirent  un  ton 
plus  modeste;  il  ne  fut  plus  question  de  peine  de  mort 
contre  qui  rouvrirait  les  sections;  ils  allèrent  dans  les 
sections,  parlant  de  réconciliation  générale;  ils  annon- 
çaient que  la  Constitution  était  votée  :  mais  on  n'avait 
que  faire  d'une  Constitution  votée  à  la  bâte  par  une 
Assemblée  asservie.  Ils  furent  arrêtés,  conduits  au  fort 
Lamalgue  :  le  rétablissement  de  la  liberté  dans  Toulon 
n'avait  pas  coûté  une  goutte  de  sang'. 


1.  Cf.  le  Rapport  de  Jean-Bon  Saint-Antirc  à  la  Convention,  dans  la   séance 
du  9  septembre  1793.  [Moniteur  des  10  et  11,  t.  XVII,  \>.  610  et  615.) 


222       PART.  II,  CHAP.  XIII.   MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

Jean-Bon  Saint-André,  qui  a  raconté  cette  petite  ré- 
volution ou  restauration,  ajoute  que  la  réouverture  des 
sections  fut  célébrée,  non  pas  seulement  par  les  salves 
de  l'artillerie  de  la  flotte,  mais  par  des  fêtes  religieuses; 
qu'on  alla  prendre  chez  eux  les  deux  représentants 
Bayîe  et  Beauvais,  qu'on  les  conduisit  processionnel le- 
ment  et  un  cierge  à  la  main  dans  la  principale  église 
pour  y  assister  à  une  grand'messe  et  à  un  Te  Deunij  en 
signe  de  réjouissance,  et  qu'ensuite  on  les  promena  de 
section  en  section.  Quelle  amende  honorable  !  —  Il 
serait  curieux  qu'il  en  eût  été  ainsi. 

Ce  fut  alors  que,  pour  compléter  leur  réorganisation 
intérieure,  les  Toulonnais  établirent  un  tribunal  popu- 
laire, lui  recommandant  d'ailleurs  la  modération,  et 
qu'ils  se  créèrent  un  comité  de  surveillance.  Ils  imi- 
taient Marseille  et,  comme  cette  grande  cité,  s'attendant 
à  la  lutte,  ils  avaient  besoin  de  se  concerter  avec  elle. 
Le  16  juillet,  ils  lui  envoyèrent  des  députés  et  en  reçu- 
rent d'elle  presque  en  môme  temps*. 

III 

Alpes-Maritimes;  Avignon. 

Le  mouvement,  purement  antijacobin  d'abord,  qui 
s'était  produit  avec  tant  de  force  à  Marseille  et  à  Toulon, 

1.  Rapport  de  Jean-Bon  Saint-André  à  la  Convention,  Moniteur  du  11  sep- 
tembre 1795,  t.  XYII,  p.  G15-C16.  Les  représentants  Frérou  et  Rarras,  qui  se 
pro])osaient  de  les  rejoindre  à  Toulon,  faillirent  avoir  le  même  sort.  Avertis  à 
l'ignans  de  l'arrestation  de  leurs  collrgues,  ils  s'empressèrent  de  rétrograder 
sous  une  escorte  de  liuit  dragons  que  leur  avait  fournie  le  général  Lapoype.  Mais 
ils  furent  suivis,  et,  pour  écliappor  à  la  fuule  ameutée,  ils  durent  mettre  le 
sabre  à  la  main,  —  et  leurs  chevaux  au  galoj),  abanilonnant  leurs  éijuipagcs.  Ils 
l'écrivirent  au  général  Bruiict,  dans  une  bîttre  datée  de  >"ice,  18  juillet.  —  Voyez 
E.  Tisserand,  Histoire  de  la  Hévolution  dans  les  Alpes-Mrn-itimes,  \}.  il [. — 
Us  le  mandèrent  aussi  à  la  Convention,  dans  une  lettre  du  27  juillet.  (Archives 
uationjiles,  D  xi.,  carton  6,  n"  5,  pièce  17.) 


m.  ALPES-MARlTlMES;  AVIGNON.  223 

ne  pouvait  point  ne  pas  se  communiquer  aux  princi- 
pales villes  de  leur  ressort,  et  aux  départements  du 
voisinage  :  les  Alpes-Maritimes,  les  Basses-Alpes,  les 
lîaules-Alpes,  la  Drôme. 

Les  Alpes-Maritimes  applaudissaient  aux  actes  de  la 
Convention,  qui  venait  de  faire  un  département  (4  fé- 
vrier 1795)  de  leur  territoire,  enlevé  à  la  Sardaigne  \ 
Elles  applaudissaient  à  la  mort  du  roi,  à  la  poursuite 
des  traîtres;  mais  on  n'y  comptait  pas  encore  les  Giron- 
dins parmi  les  traîtres.  On  s'attaquait  aux  perturba- 
teurs'; on  réclamait  l'union  :  c'était  le  vœu  d'une  adresse 
écrite,  fin  de  mai  ou  commencement  de  juin,  quand  on 
ignorait  encore  la  révolution  accomplie  : 

Vous  dites  :  réunissez-vous 

Qu'arrive-t-il  au  milieu  de  ces  invitations  !  La  pomme  de  la 

discorde  est  dans  votre  enceinte 

La  Convention  est  indissoluble,  elle  doit  subsister.... 
Mais  hàtez-vous  de  nous  donner  cette  Constitution''. 

Le  département  de  Vaucluse  n'existait  pas  encore, 
Avignon  n'était  que  le  cbef-lieu  d'un  district  du  dépar- 
tement des  Bouches-du-Rhône.  Mais  l'ancienne  ville  des 
papes  gardait  toute  son  importance.  La  vieille  cité  qui 


1.  La  Savoie  avait  été  le  premier  département  ajouté,  sous  le  nom  de  Mont- 
Llanc,  aux  85  départements  primitifs.  Le  comté  de  Nice  vint  ensuite  et  fit  le 
85°  département,  sous  le  nom  d'Alpes-Maritimes.  (Séance  du  4  février  1795, 
Moniteur  du  6,  t.  XVII,  p.  5(31.)  On  y  envoya,  pour  l'organiser,  les  commis- 
saires délégués  déjà  pour  organiser  le  Mont-Blanc  (Grégoire  et  Jagot).  Des  admi- 
nistrations provisoires  y  furent  créées  par  un  arrête  du  2  mars  et  investies 
des  fonctions  administratives  comme  si  elles  étaient  élues.  Le  9,  on  convoqua, 
pour  le  17,  des  assemblées  primaires  en  vue  de  nommer  les  maires  et  officiers 
nuinicipaux.  [Moiiiieitr  du  51  mars,  t.  XV,  p.  854.) 

2.  Adresse  de  la  Société  populaire  du  15  mai  1795.  (Archives  nationales, 
D  XI.  §  4,  carton  18,  dossier  Alpes-Mariliiiics.) 

5.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  18,  dossier  Alpes-Marilimcs  (rei;ue 
le  18  juin). 


22^1      PART.  II,  CHAP.  XIII.   MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

avait  tant  souffert  de  l'invasion  des  Jacobins,  qui  se 
rappelait  les  massacres  de  la  Glacière*,  avait  bien  le 
droit  de  se  déclarer  contre  l'anarchie.  Dès  le  2  juin, 
elle  avait  accepté  les  principes  de  l'arrêté  de  Marseille 
contre  les  factieux  qui  menaçaient  l'indépendance  de  la 
Convention  nationale  à  Paris',  et  le  8  juin  on  nomma 
plusieurs  députés,  un  par  section,  pour  porter  ces  réso- 
lutions à  l'Assemblée ^  On  ne  connaissait  pas  encore 
la  révolution  qui  venait  de  s'accomplir.  On  la  connut 
bientôt,  et  de  nouvelles  résolutions  devaient  suivre.  Nous 
avons  vu  l'attitude  prise  par  Marseille  à  l'annonce  de 
ces  événements  et  l'appel  du  département  des  Bouches- 
du-Rhône  à  la  France,  comme  à  toutes  les  villes  de  son 
ressort.  Le  21  juin,  les  habitants  d'Avignon  se  réuni- 
rent pour  en  délibérer,  et  le  30  ils  firent  à  leur  tour 
leur  adresse  au  peuple  français  :  c'est  un  chant  de 
Félibres  : 

Frères  et  amis, 

La  liberté  est  en  péril,  ses  ministres  sont  persécutés,  ses 
autels  renversés  et  son  culte  aboli 

Faisons  retentir  toute  la  Republique  du  cri  suivant  : 
«  Aux  armes,  patriotes  républicains,  accourez,  serrons-nous, 
unissons-nous,...  formons  des  phalanges  inexpugnables,  éta- 
blissons des  centres  communs;  que  ces  centres,  formés  de 
parties  homogènes  extraites  des  sociétés  populaires,  soient 
comme  l'astre  du  jour  qui  meut  et  qui  guide  tous  les  corps 
qui  l'environnent;  que,  semblables  à  ses  rayons  ardents,  ils 
fassent  rentrer  dans  les  ténèbres  ces  reptiles  impurs  qu'un  jour 
nébuleux  a  fait  sortir  de  leur  marais;  que  ces  sociétés  cen- 


1.  Voyez  Tainc,  la  Révolution,  l.  H,  p.  1C8  et  suiv. 

2.  Note  LVIII,  aux  Appendices. 

5.  bibliothèque  de  Carpentras,  collection  Tissol. 


IV.   BASSES-ALPES,  HAUTES-ALPES  ET  DROME.  225 

traies  républicaines  effacent  par  leur  éclat  ces  insectes  phos- 
phoriques  dont  la  lueur  précaire  et  perfide  veut  guider  dans  la 
nuit,  à  travers  des  monceaux  de  ruines,  le  voyageur  égaré.  » 

Suivait  l'appel  aux  armes  '. 


I\ 

Basses-Alpes,  Ilautes-Alpes  et  Drôme. 

Les  Basses-Alpes,  durant  cette  période  de  la  Révolu- 
tion, avaient  fait  entendre  des  accents  assez  discordants. 
On  y  avait  été  pour  et  contre  la  mort  du  roi  *  (l'adresse 
contre  la  mort  du  roi  est  anonyme").  On  y  avait  péti- 
tionné contre  la  poursuite  des  auteurs  des  journées  de 
septembre\  approuvé  les  massacres,  mais  surtout  ré- 
clamé contre  l'anarchie,  contre  Marat  qui  la  person- 
nifiait: 

Marat  à  la  Convention  nationale!...  Marat  législateur!... 
0  opprobre  du  nom  français,  que  pensera  la  postérité?  Que 
dira  l'histoire?  Que  ce  nouveau  Dracon  a  écrit  nos  lois  avec 
le  sang  de  deux  cent  soixante  mille  de  ses  concitoyens. 

Nous  voulons  la  liberté,  nous  l'avons  juré  :  mais  nous  ne 
prétendons  pas  y  arriver  à  travers  une  mer  de  sang.  Périsse 


1.  Bibliothèque  de  Carpentras,  collection  Tissot,  n°  59,  ï°'  505  et  suiv. 

2.  Sisteron,  27  décembre  1792  :  «  Que  Louis  soit  jugé  »  ;  Forcalquier,  10  fé- 
vrier 1793  :  Approbation  du  jugement  et  de  l'exécution  ;  Barcelonnettc,  25  février  : 
Mêmes  félicitations;  pleurs  sur  Lepclleticr.  (Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton 
18,  dossier  Basses- Alpes.) 

5.  Sisteron  :  rerue  le  12  avril  1793  :  «  La  majeure  partie  des  curés  de  cam- 
pagne, ajoute^  cette  adresse,  inllucnt  plus  eflicacement  au  maintien  du  gouverne- 
ment républicain  que  toutes  les  administrations,  et  sans  eux  l'anarcliie  serait  au 
comble.  On  vole,  on  incendie,  on  assassine,  etc.  »  (Archives  nationales,  même 
dossier.) 

4.  Voyez  la  note  LIX  aux  Appendices. 

nÉVOI..    DC  51    MAI.  H  —  15 


226      PART.  II,  CUÂP.  XIII.  MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

Marat,  périsse  sa  mémoire.  Vengeance  à  la  justice  et  à  l'hu- 
manité outragée,  etc.'  ! 

Aussi  l'indignation  fut-elle  profonde  après  le  51  mai. 
Les  citoyens  de  Digne,  dans  une  adresse,  disaient  que  la 
journée  du  2  juin  avait  été  «  un  jour  de  triomphe  pour 
le  crime,  et  de  deuil  pour  la  vertu  :»  ;  ils  protestaient 
contre  l'arrestation  des  Girondins  :  «  C'est,  disaient- 
ils,  en  vous  environnant  de  scélérats  et  de  brigands, 
que  Marat  et  les  infâmes  membres  de  la  Montagne,  ces 
anarchistes,  furieux,  ces  désorganisateurs  impitoyables, 
qui  ne  parlent  de  propriétés  que  pour  les  violer;  d'hu- 
manité, que  pour  exercer  leur  barbarie;  de  peuple,  que 
pour  l'asservir;  de  liberté,  que  pour  l'étouffer;  de  pa- 
trie, que  pour  la  déchirer  et  la  détruire,  sont  parvenus 
à  vous  arracher,  par  la  terreur,  des  arrêts  de  mort 
contre  ceux  de  nos  représentants  dont  les  lumières  pou- 
vaient éclairer  leurs  forfaits,  dont  la  raison  confondait 
leur  audace,  dont  les  opinions  courageuses  arrêtaient 
les  effets  de  leurs  sentiments  pervers.  » 

Ils  réclamaient  donc  : 

1°  La  liberté  des  magistrats  intègres  que  la  Convention 
nationale  a  été  obligée  de  mettre  en  arrestation  ; 

2°  Le  décret  d'accusation  et  la  punition  prompte  du  mons- 
trueux Marat  et  de  ses  vils  complices  ; 

3°  La  translation  de  la  Convention  dans  une  autre  ville  de 
la  République  ^ 

Les  autorités  constituées  de  Barcelonnette  faisaient 
sur  le  môme  ton  la  même  demande  \ 

1.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  18,  dossier  Basses-Alpes,  adresse  de 
Sisleron,  rerue  le  12  avriL 

2.  Julien,  Rapport,  p.  99.  Cette  adresse,  résumée  par  Julien,  est  aux  Archives 
d'Évrcux. 

3.  Ibid.,  p.  100. 


IV.   BASSES-ALPES,  IIAUTES-ALPES  ET  DROME.  2^1 

L'administration  du  département  n'était  pas  restée 
en  arrière.  Elle  convoqua  les  assemblées  primaires.  Les 
députés  nommés,  réunis  à  Digne,  y  établirent  un  comité 
général  de  salut  public,  et  ce  comité,  craignant  un  mou- 
vement des  troupes  qui  gardaient  les  Alpes,  adressa  la 
proclamation  suivante  aux  soldats  du  5"  bataillon  de  ce 
département,  qui  en  faisaient  partie: 

14  juillet  1795,  l'an  II  de  la  République. 

Les  membres  composant  le  Comité  général  de  salut  public, 
établi  à  Digne  par  les  députés  de  toutes  les  assemblées 
primaires  du  département  des  Basses-Alpes,  à  leurs 
frères  les  citoyens  soldats  du  5*  bataillon  du  même 
département,  salut  et  gloire. 

Frères  et  amis, 

Il  vient  de  se  répandre  un  bruit.  On  assure  que  trois 
bataillons  ont  été  requis,  par  les  vils  émissaires  du  scélérat 
Marat  et  consorts,  de  se  porter  sur  Valence,  afui  de  s'opposer 
à  la  marche  des  braves  Marseillais  qui  volent  à  la  défense  de 
la  souveraineté  nationale  indignement  outragée. 

Serait-il  possible  que  vous  méconnussiez  assez  l'abomi- 
nable système  de  la  Montagne  de  la  Convention  et  le  détes- 
table esprit  de  ses  chefs,  pour  vous  prêter  à  servir  leurs  vues 
qui  ne  tendent  évidemment  qu'à  livrer  la  République  à  la 
guerre  civile? 

Pourriez-vous  regarder  encore  comme  les  plus  dignes  repré- 
sentants du  peuple  des  mandataires  infidèles  qui  ont  la  bas- 
sesse et  la  lâcheté  de  se  laisser  dicter  des  lois  par  une  poignée 
de  factieux  et  de  brij^ands  sortis  des  boues  de  Paris?  qui 
n'ont  pas  craint  de  consacrer  eux-mêmes  l'outrage  fait  à  la 
représentation  nationale,  en  faisant  incarcérer  sans  motifs 
trente-deux  de  leurs  collègues,  aux  vertus,  aux  lumières 
desquels  toute  la  France  rend  hommage...? 

Oui,  frères  et  amis,  tous  les  départemende  la  France  eu- 


228       PART.  Il,  CHAP.  XIII.  MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

tière  se  lèvent,  sont  déjà  levés  pour  sauver  la  République  des 
bords  de  l'abîme  où  l'a  amenée  une  secte  parricide  et  san- 
guinaire par  les  perfides  appas  de  la  licence  et  de  l'anarchie. 
Tous  les  citoyens  des  Basses-Alpes  sont  animés  des  mêmes 
sentiments  généreux  qui  se  manifestent  d'un  bout  de  la 
France  à  l'autre. 

Et  ils  annonçaient  qu'une  force  armée  allait  être  orga- 
nisée pour  prendre  part  au  mouvement  général*. 

Les  Hautes-Alpes  ne  s'étaient  pas  moins  fortement 
prononcées  contre  les  anarchistes,  comme  on  le  voit  par 
deux  adresses  antérieures  de  quelques  jours  à  la  Révolu- 
tion^  Dans  ces  dispositions  d'esprit,  les  administrateurs 
du  département  n'avaient  pu  recevoir  qu'avec  une  vive 
émotion  les  nouvelles  que  leurs  députés,  tous  du  parti 
modéré,  leur  avaient  fait  parvenir  sur  la  révolution  ac- 
complie. Dubois-Crancé  et  Nioche,  commissaires  de  la 
Convention  près  l'armée  des  Alpes,  avaient  fait  passer  à 
l'Assemblée  une  lettre  de  Serres,  un  de  ces  députés, 
comme  un  échantillon  de  sa  perfidie  ;  il  y  disait  : 

Il  existe  une  chaîne  de  gens  affidés  qui  arrêtent  les  lettres 
à  leur  sortie  de  Paris  ou  à  leur  arrivée  dans  cette  ville. 
J'ignore  si  la  mienne  vous  parviendra.  Nous  courons  ici  les 
plus  grands  dangers.  On  cherche  tous  les  moyens  de  porter  le 
peuple  aux  excès.  Nous  saurons  mourir  à  notre  poste,  mais 
j'espère  que  le  département  des  Ilautes-Alpes  ne  laissera  pas 
impunis  les  outrages  foits  à  la  représentation  nationale  dans 
les  journées  des  51  mai,  l*"'  et  2  juin''. 

Cette  lettre  était-elle  arrivée  au  département?  On  en 
pourrait  douter,  puisque  ce  sont  les  commissaires  de 

1.  Bibliothèque  lie  Carpenlras,  collection  Tmo/,  n"  59. 

2.  Voyez  la  note  LX  aux  Appendices. 

ô.  Séance  du  21  juillet,  Mouileur  du  23,  t.  XVII,  p.  193.  Thuriot,  après  avoir 
lu  celte  lettre,  demanda  el  obtint  que  Serres  fût  mis  en  arrestation. 


IV.  BASSES-ALPES,  HAUTES-ALPES  ET  DROME.  -229 

l'armée  des  Alpes  qui  l'envoyèrent  à  la  Convention.  Mais 
le  département  en  avait  reçu  une  autre  signée  de  Serres 
et  de  tous  les  députés  des  Hautes-Alpes,  lettre  où 
Serres  faisait  un  des  récits  les  plus  complets  de  la  révo- 
lution dont  il  avait  été  le  témoin  ;  et  c'est  à  ce  titre  que 
nous  l'avons  donnée  plus  haut  comme  un  des  documents 
les  plus  précieux  sur  ces  journées.  Cette  pièce,  grâce  aux 
précautions  extraordinaires  prises  par  l'auteur,  comme 
il  le  dit,  était  arrivée  à  Gap  par  la  voie  de  Lyon,  et  c'est 
probablement  elle  qui  entraîna  les  résolutions  du  dépar- 
tement. Il  entra  franchement  dans  la  coalition.  Le 
14  juin  ^  les  administrateurs  du  département  réunirent 
avec  eux  les  autorités  constituées  de  Gap,  les  députés 
des  districts  et  des  communes  du  ressort,  et  l'on  s'en- 
couragea à  suivre  l'exemple  de  Marseille,  de  Bordeaux, 
de  Lyon,  de  Grenoble.  On  décréta  la  convocation  des  as- 
semblées primaires,  qui  auraient  à  envoyer  deux  députés 
près  de  l'administration  supérieure,  et  on  délibéra  sur 
une  adresse  où,  après  avoir  rendu  hommage  aux  pa- 
triotes des  temps  passés,  on  concluait  que,  «  les  mêmes 
circonstances  n'existant  plus,  les  citoyens  ne  doivent 
plus  se  laisser  abuser  par  le  mot  de  modérantisme  »  : 

Aujourd'hui,  ajoutaient-ils,  ce  mot  est  vide  de  sens  et  ne  sau- 
rait avoir  de  signification,  puisqu'il  n'y  a  plus  de  révolution 
nouvelle  à  faire,  ni  d'autorité  à  renverser. 

(c  Le  mot  de  modérantisme  est  vide  de  sens  !  »  s'écrie 
Julien^  —  Plus  de  révolution  nouvelle  à  faire,  dirons- 
nous,  ni  d'autorité  à  renverser! 


i.  Le  mot  de  juillet,  dans  le  Rapport  de  Julien,  p.  17,  est  un  lapsus  ou  une 
faute  d'impression. 
2.  Ibid.,  p.  18. 


250       PART.  II,  ClIAP.  XIII.   MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

On  sentait  le  besoin  d'union  dans  ce  mouvement  gé- 
néral, et  le  \d  juin  on  y  voulut  pourvoir  : 

L'assemblée  des  autorités  constituées  des  Ilautes-Alpes, 
Considérant  combien  il  importe  que  l'uniformité  et  l'har- 
monie se  rencontrent  dans  la  conduite  à  tenir  par  tous  les 
départements  de  la  République,  pour  maintenir  l'unité  et 
l'indivisibiUté  de  la  République  et  la  liberté  de  la  Convention 
nationale,  a  arrêté  qu'il  sera  fait  une  députation  aux  dépar- 
tements de  l'Isère,  de  la  Drôrae,  de  Rhône-et-Loire,  Basses- 
Alpes,  et  aux  comités  généraux  des  sections  de  ces  départe- 
ments pour  les  assurer  des  sentiments  d'union  et  de  fraternité 
dont  les  citoyens  des  Ilautes-Alpes  sont  animés  et  qu'ils 
espèrent  cimenter  de  plus  en  plus  avec  leurs  frères  des  autres 
départements,  prendre  auprès  d'eux  tous  les  renseignements 
sur  les  mesures  qu'exige  l'arrestation  des  membres  de  la 
Convention  nationale,  etc. 

Suivent  les  noms  des  commissaires  désignés  pour 
l'Isère  et  la  Drôme,  pour  les  Bouches-du-Rhône  et  les 
Basses-Alpes  ^ 

Les  deux  citoyens  délégués  pour  les  déparlements  de 
l'Isère  et  de  la  Drôme  étaient  chargés  de  porter  à  Gre- 
noble la  lettre  de  Serres  et  des  autres  députés  des 
Ilautes-Alpes,  et  c'était  en  effet  le  manifeste  le  plus 
propre  à  déterminer  les  résolutions  des  gens  de  cœur. 

«  L'administration  delà  Drôme,  dit  Julien,  ne  parais- 
sait point  encore  dans  les  secrets  des  complots  lors- 
qu'elle reçut  l'adresse  de  la  Convention  nationale  sur  les 
événements  du  51  mai;  car  elle  s'empressa  de  la  publier 
et  de  répandre  un  écrit  qui,  dans  ces  circonstances,  disait- 

1 .  Arcliivcs  fie  risore,  Registre  des  iléliljéralions  du  conseil  général  du  départe- 
ment, 1"  Ô07.  Les  délégués  des  Hautes-Alpes  lurent  reçus  au  conseil  de  l'Isère  le 
21  Juin. 


IV.  BASSES-ALPES,  HAUTES-ALPES  ET  DROME.  251 

elle,  tendait  à  resserrer  les  précieux  liens  de  la  fraternité 
entre  les  citoyens  de  Paris  et  ceux  de  la  République  une 
et  indivisible*.  » 

Valence  en  effet,  aux  premières  nouvelles  (le  7  juin), 
avait  exprimé  un  vœu  pour  la  paix,  vœu  qui  pouvait  pa- 
raître un  acquiescement  à  la  révolution  accomplie;  mais 
quand  les  événements  furent  mieux  connus  %  on  se  ravisa, 
et  le  18  juin  les  sections  de  la  ville  furent  invitées  à  se 
réunir  le  20  pour  en  délibérer \  Dans  cette  assemblée, 
le  président  prononça  le  serment  «  de  soutenir  et 
défendre  jusqu'à  la  mort  la  liberté,  l'égalité,  la  Répu- 
blique une  et  indivisible,  la  siireté  des  personnes  et 
des  propriétés,  et  de  résister  à  la  tyrannie  et  à  l'op- 
pression »,  et  ce  serment  fut  répété  par  tous. 

L'assemblée  se  constitua  en  permanence  ;  on  discuta 
sur  les  événements  qui  venaient  de  s'accomplir,  et  l'on 
chargea  le  comité  de  présenter  une  déclaration  de  prin- 
cipes. 

La  séance,  suspendue  le  20,  à  huit  heures  du  soir, 
fut  reprise  le  lendemain  à  la  même  heure,  et  les  résolu- 
tions suivantes  furent  proposées  : 

1°  Ils  jurent  à  la  face  du  Ciel  qu'ils  veulent  la  liberté, 
l'égalité,  la  République  une  et  indivisible,  que  les  per- 
sonnes et  les  propriétés  soient  respectées  et  l'anarchie 
terrassée  ; 

2°  Ils  reconnaissent  que  la  Convention  a  cessé  d'être 
libre  depuis  le  51  mai  1795  ; 


1.  Rapport,  p.  63. 

2.  Le  22  juin  la  commune  de  Grillon  paraît  n'en  rien  savoir  encore!  Voyez  la 
note  LXI  aux  Appendices. 

3.  Le  procès-verjjal  de  la  séance  du  18  juin,  imprimé  en  placard,  fut  transmis 
par  Payan  au  Comité  de  salut  public.  (Archives  nationales,  AF  ii,  carton  45, 
dossier  154,  n"  81.) 


252      PART.  II,  CIIAP.  XIII.   MARSEILLE,  TOULOxN,  AVIGNON. 

5"  Ils  vouent  à  l'exécration  publique  les  auteurs  et 
complices  des  attentats  commis  contre  la  représenta- 
tion nationale,  quel  que  soit  le  caractère  dont  ils  fussent 
revêtus  ; 

4°  Ils  sont  prêts  à  joindre  la  force  de  leurs  armes  à 
celles  de  tous  les  Français; 

5"  Ils  font  un  appel  à  toutes  les  sections  de  la  Répu- 
blique et  à  tous  les  bons  citoyens. 

Ces  résolutions  furent  adoptées  à  l'unanimité'. 


V 

Lutte  armée  de  Marseille  et  de  Toulon  contre  les  troupes  de  la  Convention. 

Ce  fut  sous  ces  auspices  favorables  et  avec  cet  espoir 
de  concours  de  tous  les  départements  environnants  que 
la  troupe  de  Marseille  se  mit  en  route  le  22  juin.  Mais 
les  cboses  ne  tardèrent  point  à  prendre  un  aspect  in- 
quiétant. Les  Jacobins,  en  effet,  avaient  des  affdiés  par- 
tout. Quarante-deux  sociétés  populaires  des  départements 
de  la  Drôme,  du  Gard,  de  l'Ardèche  et  des  Boucbes-du- 
Rhône  se  concertèrent,  et  ce  fut  à  Valence  qu'elles  tinrent 
leurs  assises,  les  24,  25  et  2G  juin.  Après  un  jour  con- 
sacré à  la  vérification  des  pouvoirs,  l'assemblée  prit,  le 
25,  l'arrêté  suivant  : 

Art.  1'^''.  L'assemblée  déclare  que  la  Convention  nationale 
est  le  centre  de  l'unité  et  le  seul  point  de  ralliement  de  tous 
les  Français. 

Art.  2.  Elle  déclare  que  les  membres  composant  actuelle- 
ment la  Convention  nationale  méritent  la  confiance  du  peuple. 

i.  Bibliothèque  de  Carpentras,  collection  Tissol,  n"  39. 


V.  LUTTE  ARMEK  DE  MARSEILLE  ET  DE  TOULON.  233 

Aht.  0.  Elle  déclare  qu'elle  déteste  et  voue  à  la  ven- 
geance publique  tous  les  individus,  corps,  communes  ou 
sections  qui  voudraient  usurper  une  autorité  attentatoire  à 
la  souveraineté  du  peuple,  sous  quelque  dénomination  que  ce 
puisse  être. 

AuT.  4.  Elle  déclare  qu'elle  voue  à  l'exécration  publique 
tout  provocateur  au  meurtre,  au  pillage,  au  fédéralisme,  à 
l'anarcbie,  à  la  guerre  civile  et  à  tout  gouvernement  des- 
tructif de  l'unité  et  de  l'indivisibilité  de  la  République. 

Art.  5.  Elle  déclare  attendre  avec  impatience  l'époque 
heureuse  du  10  août  pour  porter,  de  concert  avec  les  fédérés 
des  autres  départements,  le  baiser  de  fraternité  aux  Parisiens 
républicains  et  présenter  à  l'Assemblée  conventionnelle  l'hom- 
mage mérité  de  sa  reconnaissance  ^ 

Le  procès- verbal  ajoute  : 

Un  membre  a  soumis  à  la  discussion  si  la  Convention  na- 
tionale était  libre  dans  ses  séances  des  31  mai,  1"  et  2  juin. 

L'assemblée  a  unanimement  passé  à  l'ordre  du  jour,  motivé 
sur  ce  que  la  Convention  nationale  a  solennellement  pro- 
clamé sa  liberté,  et  qu'elle  a  d'ailleurs  décrété  que  les  sec- 
tions de  Paris  ont  bien  mérité  de  la  patrie. 

Que  répondre  à  cela?  Il  fut  donc  décidé  : 

1°  Qu'il  serait  fait  une  adresse  à  la  Convention  et  une 
adresse  au  peuple  français  ; 

2°  Que  l'administration  de  la  Drôme,  qui  avait,  dès  le 
7  de  ce  mois,  manifesté  un  vœu  pur  et  civique,  serait  invitée 
de  rapporter  ou  modifier  la  disposition  de  son  deuxième 
arrêté  du  18,  dicté  par  le  même  amour  du  bien  public, 
mais  dont  l'entière  exécution,  dans  les  circonstances  actuelles, 
entraînerait  des  inconvénients  et  des  dangers  sans  nombre. 

1.  Procès-verbal  de  l'assemblée  de  quarante-deux  sociétés  populaires  des  dé- 
partements de  la  Drôme,  du  Gard,  de  VA7(lcche  et  des  Bouches-du-Rh6iie, 
tenue  à  Valence  les  24,  25  et  26  juin  1795. 


25 i       PART.  II,  CUAP.  XIII.  MARSEILLE,  TOLLON,  AVIGNON. 

Dans  la  séance  du  soir  on  rédigea  l'adresse  à  la  Con- 
venlion,  et  le  26,  l'adresse  aux  sociétés  populaires*. 

Le  conseil  général  du  déparlement  ne  tint  pas  long- 
temps devant  cette  manifestation.  11  recevait  de  Bordeaux 
et  de  Marseille  l'invitation  de  se  joindre  au  mouvement 
qui  se  prononçait  dans  ces  deux  villes.  C'était  le  moment 
de  prendre  un  parti.  Le  conseil  s'adjoignit  les  délégués 
des  sept  districts  de  son  ressort  pour  en  délibérer,  et  il 
répondit  aux  propositions  par  un  refus.  L'extrait  du 
procès-verbal  de  ses  séances,  imprimé  en  placard,  en 
donnait  les  motifs  ^  : 

On  vous  dit  que  Paris  voudrait  dicter  des  lois  à  toute  la 
République  ;  que  la  Convention  n'y  est  pas  libre.  Ah!  citoyens, 
si  Bordeaux  ou  Marseille  avaient  le  bonheur  de  la  posséder, 
leurs  habitants  diraient  comme  ceux  de  Paris  :  Quoi  !  frères 
et  amis,  nous  qui  avons  tout  fait  pour  la  liberté  et  l'égalité, 
nous  qui  avons  conquis  le  château  des  Tuileries,...  serions- 
nous  soupçonnés  de  servir  une  faction  désorganisatrice  ? 

On  parlait  de  forces  départementales  :  —  «  Et  nous 
aussi  nous  en  avons  une,  mais  pour  défendre  Paris  me- 
nacé par  Dumouricz  «  : 

Voulez-vous  faire  un  usage  utile  de  la  force  armée?... 
Que  vos  bataillons  fassent  demi-tour  à  droite  ;  ils  verront  une 
armée  navale  voguer  vers  la  Méditerranée,  prête  à  dé- 
barquer peut-être  dans  vos  ports....  Non,  frères,...  vous 
n'aurez  rien  à  crai-ndre  des  fiers  Dromains. 

Ne  lisez  pas  Romains. 

\.  Le  procès-verbal  fut  imprime  par  délibération  du  conseil  général  de  la 
Drôme,  26  juin  1793.  (Carpcntras,  collection  Tissot,  n°  59,  i"  427.)  On  en 
trouve  un  exemplaire  aux  Archives  de  l'Eure. 

2.  Extrait  du  procès-verbal  des  séances  du  département  de  la  Drôme  en  per- 
manence, auquel  étaient  réunis  les  députés  des  sept  districts  de  son  ressort,  le 
."5  juillet  1793.  (Collection  Tissot,  n"  39,  f"  430.)  La  pièce  se  retrouve  aussi  aux 
Archives  de  l'Eure. 


V.  LUTTE  ARMÉE  DE  MARSEILLE  ET  DE  TOULON.  235 

Dès  ce  moment,  le  département  de  la  Drôme  ne  cher- 
cha j)liis  qu'à  prévenir  la  guerre  où  Marseille  avait  cru 
l'enrôler*,  et  la  Convention  était  certaine  d'y  trouver  un 
appui,  après  avoir  pu  craindre  d'y  rencontrer  un  ob- 
stacle. La  Convention  avait  même  réussi  à  s'assurer  une 
position  plus  avancée  encore  contre  les  Marseillais.  On  a 
vu  comment  Avignon  était  disposé  à  entrer  dans  la  lutte 
à  la  suite  de  Marseille.  Des  patriotes  du  lieu,  établis  à 
Paris,  suggérèrent  le  moyen  de  rompre  cet  accord  : 
c'était  de  détacher  des  Bouches-du-Rhône  la  ville  des 
papes  et  d'en  faire  le  chef-lieu  d'un  nouveau  département  : 
la  fontaine  de  Vaucluse  lui  donnerait  son  nom.  La  chose 
se  fit  ainsi.  Le  lendemain  du  vote  de  la  Constitution, 
le  25  juin,  le  département  de  Vaucluse  fut  érigé  par 
décret  de  la  Convention  nationale.  Agricol  Moureau,  l'un 
des  plus  fougueux  Jacobins  du  Midi,  résidant  à  Paris, 
le  manda  le  26  à  ses  amis  d'Avignon  ;  et  le  2  juillet  parut 
une  proclamation  de  la  municipalité  invitant  tous  les 
citoyens  à  l'union,  à  la  concorde  et  à  l'oubli  total  de 
tous  les  ressentiments. 

La  proclamation  était  précédée  de  la  lettre  d'xVgricol 
Moureau  : 

Hier  à  trois  heures,  malgré  les  cris  de  la  Plaine,  la  Con- 
vention nationale  a  décrété  un  quatre-vingt-septième  dépar- 
tement, composé  des  districts  de  Yaucluse,  Orange,  Apt  et 
Louvèze  [Vaison].  Le  département  siégera  à  Avignon*. 


1.  Voyez  l'extrait  du  procès-verbal  du  conseil  général  du  7  juillet.  On  y  arrêta 
le  désarmement  des  suspects,  l'application  du  décret  du  26  juin  relatif  aux  insti- 
gateurs des  troubles  fend^int  à  armer  les  sections  du  peuple  les  unes  contre  les 
autres;  et  l'extrait  du  procès-verbal  du  6  au  soir,  où  sont  exposées  les  raisons 
qui  font  prendre  cet  arrête.  (Archives  nationales,  AF  ii,  carton  45  [Comité  de 
salut  public],  dosfier  154,  n°=  101  et  102.) 

2.  Collection  Tis-sol,  à  Carpcntras,  n"  59. 


•25G       PART.  II,  CIIAP.  XIII.   MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

Et  il  disait  la  grande  part  que  les  Montagnards  avaient 
eue  à  ce  décret  ^ 

Quand  la  petite  armée  de  Marseille  apprit  qu'elle 
pourrait  bien  ne  pas  être  accueillie  dans  Avignon  comme 
on  l'avait  espéré,  elle  le  manda  au  département  des  Bou- 
ohes-du-Rhône,  et  le  département,  sans  perdre  une  heure 
(2  juillet),  écrivit  aux  administrateurs  du  district  de 
Vaucluse  (on  ne  connaissait  encore  le  district  et  la  ville 
d'Avignon  qu'en  cette  qualité)  :  il  leur  communiquait 
l'avis  reçu  que  des  factieux  voulaient  s'opposer  à  l'en- 
trée des  troupes  marseillaises.  La  réponse  ne  se  fit  pas 
attendre,  et  elle  fut  imprimée,  à  la  suite  de  la  lettre 
du  département  des  Bouches-du-Rhône,  sur  le  même 
placard  (4  juillet)  : 

Vous  appelez  factieux  les  citoyens  d'Avignon  qui  refii 
sent,  etc. 

Ils  ne  reconnaissent  pas  l'autorité  des  sections  de  Mar- 
seille.... 

En  vous  séparant  de  la  Convention,  vous  vous  êtes  séparés 
de  nous. 

Nous  adoptons  les  principes  de  l'arrêté  du  département  de 
la  Drôme,  le  2  de  ce  mois^. 

C'était  un  acte  d'adhésion  îi  la  révolution  du  31  mai. 
La  veille  en  effet,  5  juillet,  le  comité  de  sûreté  géné- 
rale d'Avignon  avait  accepté  le  dernier  arrêté  du  dépar- 


1.  On  le  peut  voir  dans  le  débat  qui  cul  lieu  à  la  Convention  le  25  juin.  Eu 
vain  quelques  députés,  notamment  Durand-Maillane,  demandèrent  que  l'on  con- 
sultât les  administrés.  — «  Il  faut  soustraire  Avignon  à  la  dictature  de  Marseille.  » 
Sur  cette  réplique  de  Billaud-Varennes,  le  décret  lut  rendu  sans  plus  de  retard. 
[Moniteur  du  27,  t.  XVI,  p.  7  ii.)  —  Voyez  ce  décret,  Moniteur  du  29,  ibid., 
p.  757. 

2.  Lettre  des  administrateurs  du  di'partcment  des  Bouches-du-Rliônc  aux 
administrateurs  du  district  de  Vaucluse,  et  réponse  de  ceux-ci.  (Collection 
Tissol,  n"  59,  f"  4i3.) 


V.  LUTTE  ARMÉE  DE  MARSEILLE  ET  DE  TOULON.  257 

tement  de  la  Drôme  qui,  repoussant  les  propositions 
de  Bordeaux,  prêchait  la  conciliation,  c'est-à-dire  l'ac- 
ceplation  du  fait  accompli  ;  et  les  commissaires  de  la 
Drôme  avaient  été  priés  de  vouloir  bien  être  porteurs  de 
cette  manifestation  à  l'armée  sortie  de  Marseille,  ainsi 
qu'aux  trente-deux  sections  de  cette  ville  :  les  membres 
du  comité  se  flattaient  que  leurs  frères  les  Marseillais  ne 
manqueraient  pas  de  s'y  rallier*. 

Les  Marseillais  ne  s'arrêtèrent  pourtant  pas  en  chemin 
et  ils  entrèrent  dans  Avignon.  Ce  n'était  plus  en  amis. 
Les  commissaires  civils  du  département  des  Bouches-du- 
Rhône,  attachés  à  l'armée,  y  faisaient  afficher,  le  8  juil- 
let, le  placard  suivant  : 

Les  Commissaires  civils  du  déparlement  des  Bouches-du- 
Rhône  aux  citoyens  d'Avignon. 

11  est  enjoint  à  tous  les  citoyens  de  la  ville  d'Avignon 
indistinctement  d'apporter,  dans  l'espace  de  deux  heures,  les 
armes  offensives  et  défensives  qui  sont  en  leur  pouvoir. 

Ce  terme  expiré,  les  réfractaires  devaient  être  décla- 
rés traîtres  à  la  patrie  et  punis  comme  tels^ 

En  même  temps  que  les  troupes  de  Marseille  s'avan- 
çaient vers  Avignon,  les  troupes  du  Gard  allaient  occu- 
per le  Pont-Saint-Esprit  :  c'était  là  que  les  unes  et  les 
autres  devaient  se  rejoindre.  Les  Nîmois  venaient  d'y 
arriver;  les  Marseillais,  maîtres  d'Avignon,  s'y  rendaient 
à  leur  tour,  et  déjà  ils  avaient  gagné  Orange.  Ils  n'allè- 
rent pas  plus  loin.  Carteaux,  détaché,  par  Dubois-Crancé, 
de  l'armée  des  Alpes,  et  accompagné  par  le  représentant 


i.  Collection  Tissol,  n"  39,  f"  457. 

2.  Avignon,  8  juillet  1793.  (Collection  Tissol,  ibid.,  f»  444.) 


258       PART.  II,  CIIAP.  XIII.   MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

Albilte,  les  avait  devancés  auprès  des  Nîmois  au  Ponl- 
Saint-Espiit.  Les  commissaires  pacificateurs  de  la  Drôme, 
envoyés  vers  les  deux  corps  alliés  de  Nîmes  et  de  Mar- 
seille, avaient,  là  aussi,  rempli  leur  office.  Les  commis- 
saires du  Gard,  qui  ne  s'attendaient  pas  à  se  trouver  en 
présence  de  Carteaux,  demandèrent,  avant  d'accepter  la 
bataille,  à  consulter  leurs  commettants,  et,  n'ayant  point 
obtenu  de  délai,  ils  cédèrent  aux  instances  des  commis- 
saires de  la  Drôme:  ils  se  retirèrent*.  Ce  n'étaient  donc 
plus  leurs  alliés  du  Gard,  c'était  l'armée  de  Carteaux  que 
les  Marseillais  allaient  rencontrer  au  delà  d'Orange.  Ils 
se  replièrent  sur  Avignon.  Ils  y  furent  suivis  de  près. 
Le  24  juillet,  Carteaux  somma  la  ville  de  se  rendre^  Ce 
fut  là  que  fit  ses  premières  armes  un  lieutenant  d'artil- 
lerie destiné  à  une  haute  fortune,  Napoléon  Bonaparte. 
Entré  sans  coup  férir  à  Villeneuve,  il  mit  en  batterie  ses 
deux  pièces  de  4  et  démonta  l'artillerie  du  fort^  La 
ville  ouvrit  ses  portes  lorsque  Carteaux  désespérait  de 
les  forcer  (27  juillel). 

L'entrée  de  Carteaux  dans  Avignon  y  fut  suivie  d'une 
violente  réaction  contre  les  Marseillais.  Les  Marseillais 
avaient  traité  la  ville  en  maîtres,  et  durant  leur  séjour 
la  résistance  des  habitants  s'était  manifestée  par  des 
meurtres  : 

1.  Procès-verbal  des  commissaires  pacificateurs  envoyés  par  les  départements 
et  gardes  nalioualcs  de  la  Drôme,  de  l'Isère  et  de  l'Ardcclie,  auprès  des  armées 
du  Gard  et  des  Bouclies-du-Rliône,  en  suite  des  délibérations  des  8,  H  et  12 
juillet  179j.  (Collection  Tissot,  à  la  Bibliothèque  de  Carpeiitras,  n"  59, 
f"  448.)  Cf.  la  Lettre  des  commissaires  de  la  Convention  à  l'armée  des  Alpes, 
datée  de  Grenoble,  16  juillet,  et  lue  par  Thuriot  à  la  Convention  dans  la  séance 
du  21,  et  celle  d'Albille,  en  date  du  l'ont-Saint-Esprit,  17  juillet,  séance  du  22. 
{Moniteur  des  23  et  24,  t.  XVII,  p.  192  et  205.) 

2.  Bibliotliè(iue  de  Carpentras,  collection  Tissot,  n"  59,  f"  459,  et  une  re- 
lation du  25,  1°  460. 

5.  V.  de  Baumefort,  Tribunal  révolutionnaire  d'Orange,  p.  8-10;  Derriat- 
Saint-Prix,  t.  I,  p.  588,  et  les  auteurs  qu'il  cite. 


V.  LUTTE  ARMÉE  DE  MARSEILLE  ET  DE  TOULON.  259 

Les  crimes  qui  ont  été  commis  contre  nos  braves  frères 
de  Marseille  ont  excité  votre  indignation,  dit  une  proclama- 
tion du  16,  nos  frères  ont  été  lâchement  assassinés*. 

Et  la  proclamation  tachait  de  prévenir  les  représailles 
en  recommandant  d'attendre  la  vengeance  des  lois. 

Après  l'entrée  de  Carteaux,  les  «  frères  de  Marseille  » 
ne  sont  plus  que  les  «  bourreaux  de  Marseille  »,  et  des 
mesures  sont  prises  contre  ceux  qui  les  avaient  trop  bien 
accueillis^ 

Avignon  livré,  la  troupe  de  Marseille  se  dispersa,  en 
proie  à  la  panique  :  Villeneuve-Tourette  courut  à  Aix 
pour  rallier  les  fuyards;  il  les  ramena,  il  y  joignit 
six  à  huit  cents  hommes  envoyés  de  Toulon,  et  reforma 
une  petite  armée  de  six  mille  hommes.  Marseille  ne 
s'était  pas  découragée.  Dans  une  réunion  où  se  trouvaient 
les  corps  administratifs  du  département  des  Bouches-du- 
Rhône,  les  présidents  des  sections  de  Marseille  et  leur 
comité  central,  on  avait  résolu  de  donner  une  direction 
plus  énergique  à  la  résistance.  Le  14  août,  on  créa  un 
comité  de  sûreté  générale.  Le  15,  on  célébrait  solen- 
nellement la  procession  commémorative  du  vœu  de 
Louis  XIII  (le  mouvement  d'abord  républicain  tournait 
au  royalisme)^  Malheureusement  les  Marseillais  étaient 

1.  Bibliothèque  de  Carpentras,  collection  Tissot,  n"  59;  il  y  en  a  une  autre 
tlu  22  juillet,  dans  le  même  sens,  ibid. 

2.  «  Le  conseil  général,  ouï  le  substitut  du  procureur  de  la  comnuuie  : 

«  Considérant  que,  pendant  les  jours  d'alarme  et  de  douleur  que  les  bour- 
reaux de  Marseille  ont  passés  dans  cette  ville,  le  vin  leur  était  prodigué  par  une 
partie  des  habitants,  et  que  ces  monstres  en  trouvaient  au  delà  de  leurs  besoins 
à  un  prix  très  modéré  ;  » 

Ordre  est  donné  de  faire  la  déclaration  des  vins  en  cave,  et  défense  de  vendre 
au  delà  de  7  sous  la  bouteille.  (Extrait  du  Registre  des  délibérations  du  conseil 
général  de  la  commune  d'Avignon,  du  29  juillet  1793.  Collection  Tissot,  n"  59, 
f"  465.) 

5.  Il  n'était  pas  royaliste  à  l'origine.  L'auteur  de  la  Notice  historique  des 
efforts  faits  à  Marseille  et  à  Toulon  pour  la  restauration  de  la  Monarchie, 


240       l'ART.  II,  CIIAP.  XIII.   MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

un  peu  comme  les  Athéniens  :  au  lieu  de  marcher  eux- 
mêmes,  ils  avaient  envoyé  des  mercenaires.  Ces  troupes 
ne  tinrent  pas  contre  les  nouvelles  attaques  de  l'armée 
de  Carteaux  à  Salon,  à  Lambesc  (19  août);  et  Marseille 
se  trouvait  à  découvert.  Dans  cette  extrémité,  quelques 
hommes  eurent  une  pensée  funeste  :  ce  fut  de  demander 
protection  aux  flottes  ennemies,  espagnole  et  anglaise, 
qui  croisaient  dans  ces  parages.  On  faisait  cette  réserve 
que  les  conditions  ne  seraient  pas  incompatibles  avec 
l'honneur  (20  août).  Le  22,  la  frégate  anglaise  la 
Némésis  vint  au  port  avec  pavillon  parlementaire  :  elle 
amenait  cinquante-neuf  prisonniers,  qui  furent  mis  en 
liberté.  Les  négociations  s'engagèrent.  L'amiral  Hood 
devait  occuper  les  îles  voisines  de  Marseille  pour  y  pro- 
léger les  réfugiés  de  la  ville  en  cas  de  revers;  en  cas  de 
succès,  l'envoyé  de  Marseille  (Abeille,  l'auteur  du  récit 
que  nous  suivons)  s'engageait,  au  nom  de  la  cité,  à  pro- 
clamer Louis  XVII  (23  août)  ;  le  24  arrivaient  des  dé- 
putés de  Toulon,  prêts  à  conclure  un  pacte  bien  plus 
funeste  encore. 

Mais  ces  transactions  coupables  ne  devaient  pas  leur 
porter  bonheur.  Les  avantages  obtenus  par  Carteaux 
avaient  réveillé  la  confiance  des  opposants  dans  Mar- 
seille, et  ces  négociations  avec  l'ennemi  leur  donnaient 
toute  raison  de  se  déclarer.  La  XP  section  pro- 
testa contre  tout  accord  avec  l'étranger.  Elle  se  barri- 
cada dans  son  quartier  :  elle  avait  des  canons,  elle  sou- 
tint la  lutte  contre  le  reste  de  la  ville  tout  un  jour. 
Elle  dut  céder  alors,  et  les  vaincus  eurent  à  quitter  la 
place.  Ils  vinrent  se  joindre,  ils  allaient  servir  d'avant- 

en  juin  et  juillet  1793,  J.  Abeille,  qui  écrit  en  1814,  est  forcé,  quoiqu'il  lui 
en  coûte,  de  le  reconnaître  (p.  4). 


V.  LUTTE  ARMÉE  DE  MARSEILLE  ET  DE  TOULON.  241 

garde  à  l'armée  de  Carteaux*.  Le  jour  même  de  l'arrivée 
des  députés  de  Toulon,  Garteaux  attaquait  les  Marseillais 
retranchés  sur  les  hauteurs  de  Septêmes  ;  il  leur  enlevait 
leur  artillerie,  et  le  lendemain  matin  (25  août)  il  faisait 
son  entrée  dans  la  ville^ 

L'œuvre  de  l'impitoyable  justice  révolutionnaire  allait 
commencer. 

Le  mouvement  de  Toulon  avait  été  aussi,  on  l'a  vu, 
tout  libéral  et  national  à  l'origine  :  on  ne  trahissait  pas 
les  intérêts  de  la  France  en  résistant  au  Comité  de  salut 
public,  complice  des  factieux  de  la  Commune  de  Paris, 
et  à  la  Convention  mutilée  qui  ne  faisait  plus  que  leur 
obéir  ^;  et  la  religion  fut  associée  à  ces  résolutions.  Pour 
laver  la  ville  du  sang  versé,  on  célébra  le  28  juillet  une 
procession  expiatoire.  Mais  la  situation  devenait  critique 
après  les  premiers  revers  des  Marseillais,  et  le  contre- 
coup de  ces  échecs  ne  pouvait  manquer  de  se  faire  sentir 
à  l'intérieur.  La  population  ouvrière  se  rapprochait  des 
hommes  du  club.  Une  émeute  éclata  pour  la  délivrance 
de  deux  condamnés  que  l'on  menait  au  supplice  :  elle 
fut  réprimée;  —  les  derniers  avantages  de  Garteaux 
qui  menaçaient  décidément  Marseille  jetèrent  les  Toulon- 
nais  dans  la  voie  fatale  du  recours  à  l'étranger.  Les 
négociations,  qu'on  voulait  ouvrir  avec  les  Espagnols,  se 
firent  avec  les  Anglais  par  l'intermédiaire  des  commis- 


1.  Voyez  le  rapport  de  Barère  sur  la  section  XI  de  Marseille,  lu  dans  la  séance 
du  16  germinal  an  IL  [Moniteur  du  17  germinal,  G  avril  1794,  t.  XX,  p.  159.) 

2.  Lettre  de  Garteaux  du  25  août,  lue  dans  la  séance  du  31  ;  Moniteur  du 
2  septembre,  t.  XYII,  p.  543. 

3.  La  Convention,  de  son  côlé,  avait  retiré  à  Toulon  la  direction  du  départe- 
ment. L'administration  départementale  l'ut  transférée  à  Grasse.  Les  chefs-lieux 
de  district  en  reçurent  la  nouvelle  le  20  juillet.  (E.  Tisserand,  Histoire  de  la 
Révolution  française  dans  les  Alpes-Maritimes,  p.  174.) 

RtVOL.   DO    51     MAI.  Il  —  16 


242      PART.  II,  CilAP.  XIII.   MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

saires  de  Marseille.  On  se  disait  qu'on  ne  rompait 
qu'avec  la  République.  On  proclama  Louis  XVII  et  la 
Constitution  de  1791.  Les  Espagnols  et  les  Anglais,  assu- 
rait-on, ne  se  présentaient  que  pour  aider  la  France 
contre  les  factieux;  mais  on  devait  leur  livrer  les  forts, 
on  devait  leur  livrer  la  flotte,  sous  la  seule  réserve  que 
les  vaisseaux  désarmés  seraient  rendus  à  la  paix. 

Ces  conditions  n'éveillaient  que  trop  la  défiance,  et  le 
sentiment  national  aurait  peut-être  fait  avorter  le  traité 
au  moment  de  l'exécution,  quand  arriva  Yilleneuve- 
Tourelte,  vaincu  le  24  :  il  n'avait  fait  que  traverser  Mar- 
seille, qu'il  laissait  ouverte  à  Carteaux.  Ce  fut  sous  l'im- 
pression de  cette  nouvelle  que  le  traité  s'acheva;  l'amiral 
Trogoff  en  avait  été  le  complice  dès  le  commencement; 
un  seul  de  ses  capitaines,  le  capitaine  Saint-Julien,  s'était 
embossé  dans  le  port,  décidé  à  résister  jusqu'à  la  fin  ; 
mais  il  fut  abandonné  des  siens  et  se  sauva  à  grand'- 
peine  avec  quelques  matelots  (27  août).  Le  28,  le  port 
et  la  flotte  de  Toulon  étaient  aux  mains  des  Anglais*. 

Nous  n'avons  pas  à  raconter  les  opérations  qui  com- 
mencèrent immédiatement  contre  Toulon  ni  les  péri- 
péties du  siège  qui  contraignit  Anglais  et  Espagnols  à  en 
sortir:  la  phase  du  fédéralisme  est  achevée  pour  Toulon. 
Nous  dirons  ailleurs  le  sort  de  la  ville  malheureuse  et 
coupable,  après  la  retraite  précipitée  de  ceux  à  qui  elle 
s'était  confiée  (20  frimaire,  19  décembre  1793). 


1.  Voyez  les  ouvrages  cités  plus  liaut  de  MM.  Abeille,  Lauvergnc,  P  iis  et 
Gaulliier  de  Brécy. 


YI.  SOUMISSION  DES  DEPARTEMENTS  DU  SUD-EST.         245 

VI 

Soumission  des  départements  voisins  de  Marseille  et  de  Toulon. 

Nous  avons  vu  quelles  avaient  été  les  dispositions  des 
déparlements  voisins  de  Toulon  et  de  Marseille  à  la  nou- 
velle du  51  mai.  On  avait  donc  sujet  de  craindre  qu'ils 
ne  fussent  entraînés  au  mouvement  général  du  Midi, 
et  les  commissaires  du  Pouvoir  exécutif  envoyés  dans  les 
trois  départements  des  Alpes  (Hautes  et  Basses-Alpes, 
Alpes-Maritimes)  leur  adressaient  un  appel  qui  semblait 
presque  désespéré  : 

Citoyens,  l'on  vous  égare;  lisez  et  réfléchissez. 

L'on  vous  dit  que  la  Convention  n'est  pas  libre  et  qu'elle 
délibère  au  milieu  des  bayonneltes;  mais,  citoyens,  si  elle 
n'était  pas  libre,  vous  aurait-elle  envoyé  une  Constitution 
républicaine?  etc. 

GoNORD  aîné,  Go>ord  jeunet 

L'argument,  paraît-il,  à  leurs  yeux  était  sans  réplique. 
La  crainte  d'ailleurs  était  sans  fondement.  Le  département 
des  Alpes-Maritimes,  ]}d.v  \d.  nouveauté  de  son  annexion, 
se  trouvait  le  moins  engagé  dans  les  querelles  de  partis. 
Vainement  Marseille  avait-elle  cherché  à  l'isoler  en  in- 
terceptant les  communications  de  Nice  avec  Paris  \  Le 
département  reçut  l'acte  constitutionnel,  l'adopta  et  fit 
une  circulaire  aux  départements  voisins  pour  les  exhor- 

1.  «Les  commissaires  du  Pouvoir  exécutif  envoyés  dans  les  départements  des 
Hautes  et  Basses-Alpes,  Alpes-Maritimes,  à  leurs  concitoyens  de  ces  mêmes  dé- 
partements. Carpentras,  25  juillet  1795.  »  (Bibliothèque  de  Garpentras,  collection 
Tissot,  n"  39.) 

2.  Lettre  des  administrateurs  à  la  Convention,  eu  date  du  29  juillet  1793 
(Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  18,  dossier  Alpes-Maritimes). 


244       PART.  II,  CIIAP.  XIII.   MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

ter  à  l'accueillir  de  même.  Il  fiL  plus  :  il  adressa  «  aux 
prétendus  membres  du  soi-disant  comilé  général  des 
trente-deux  sections  de  Marseille  »  un  long  manifeste, 
dont  cette  première  phrase  peut  donner  une  idée  : 

Si  vous  clés  si  audacieux  que  de  vouloir  désigner  sous  les 
mots  de  factieux  nos  représentants  à  l'Assemblée  nationale 
qui  nous  ont  donné  la  nouvelle  Constitution  et  tant  de  décrets 
salutaires  depuis  le  1"  juin  dernier,  nous  vous  déclarons 
hautement  que  vous  êtes  les  hommes  les  plus  scélérats  qui 
puissent  exister  sur  la  surface  de  la  terre,  puisque  l'acte 
constitutionnel  exclut  toute  idée  de  faction,  d'anarchie  ou  de 
royalisme,  etc. 

Cette  adresse,  datée  du  9  août,  quand  Marseille, 
arrêtée  dans  son  mouvement  agressif,  ne  songeait 
plus  qu'à  se  défendre,  fut  communiquée  par  Grégoire 
à  la  Convention  lorsque  déjà  cette  résistance  avait  été 
cruellement  réprimée  ;  ce  fut  dans  la  séance  du  14  sep- 
tembre. Mais  à  cette  époque  la  Convention  avait  encoj'e 
à  triompher  de  Toulon,  et  la  manifestation  n'était  pas 
sans  importance  : 

«  La  Convention  nationale,  dit  le  Moniieur,  applaudit 
au  zèle  et  à  l'intrépidité  de  ces  nouveaux  enfants  de  la 
grande  famille  qui,  sur  le  point  du  continent  français 
le  plus  éloigné  de  Paris,  déploient  la  fierté  républicaine; 
et,  sur  la  motion  de  Grégoire,  adoptée  à  l'unanimité, 
elle  décrète  qu'il  sera  fait  mention  honorable  dans  son 
procès-verbal  de  l'administration  du  département  des 
Alpes-Maritimes,  et  qu'extrait  de  la  réponse  aux  révoltés 
de  Marseille  sera  inséré  dans  son  procès-veibal  '.  » 

Pour  les  Basses-Alpes,  dont  on  a  vu  l'attitude  mena- 

1.  Moniieur  du  16  sepleuibre  1703,  t.  XVII,  p.  657. 


VI.  SOUMISSION  DES  DÉPARTEMENTS  DU  SUD-EST.  245 

çanle  et  l'adresse  au  bataillon  qu'elles  avaient  à  l'armée, 
que  devait-on  en  attendre?  Cette  adresse  fut  imprimée 
et  publiée,  mais  quand  déjà  le  mouvement  avait  échoué; 
car  à  la  suite,  et  en  plus  gros  caractères,  était  donnée 
la  réponse  du  troisième  bataillon,  sans  date  (à  une  date 
où  l'on  avait  pu  apprendre  confusément  la  mort  de 
Ma  rat)  : 

Nous  ne  connaissons  pas  Marat,  nous  savons  seulement 
qu'il  a  été  assassiné  par  la  femme  d'un  de  ceux  qui  plongèrent 
le  fer  dans  les  flancs  du  représentant  du  peuple  Léonard 
Bourdon. 

Ils  ajoutaient  qu'ils  avaient  été  requis  par  les  repré- 
sentants du  peuple  pour  s'opposer  aux  Marseillais  : 

Nous  ne  reconnaissons  d'abominable  système  que...  la 
guerre  civile  ';  etc. 

Les  commissaires  envoyés  par  le  Conseil  exécutif 
pour  porter  en  province  l'acte  constitutionnel  nous  font 
connaître  les  dispositions  de  toute  cette  région,  dans  le 
désarroi  où  l'échec  des  Marseillais  l'avait  jetée.  L'un 
d'eux,  Robert,  écrit  de  Nice  le  15  août.  Sur  tout  son 
passage,  de  Marseille  à  Aix,  il  a  trouvé  la  défiance  qui 
précède  une  catastrophe.  Marseille  tenait  encore  et  ce 
n'était  pas  l'heure  de  lui  parler  de  la  Constitution.  La 
ville  est  toujours  attachée  à  la  République,  mais  elle 
persiste  à  méconnaître  les  décrets  de  la  Convention  de- 
puis le  31  mai  : 

Voulant  une  autre  Convention  pour  reviser  tout  ce  qui  a 
été  fait  depuis  cette  époque,  et  que  l'on  nomme  une  commis- 
sion  élue   comme    les   représentants   pour  juger  tous  les 

1.  Bibliothèque  de  Carpentras,  collection  Tissol,  n"  59. 


246       PART.  II,  CHAP.  XIII.  MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

membres  qui  ont  représenté  le  peuple,  pour  qu'on  leur  fasse 
leur  procès  individuel. 

Aix  est  sous  l'influence  de  Marseille,  mais  ne  professe 
pas  comme  elle  les  principes  républicains  ;  elle  tient  à 
l'ancien  régime,  elle  en  attend  le  retour,  espérant  dans 
les  succès  de  la  Vendée. 

Toulon  prépare  une  guerre  de  ce  genre.  On  y  fanatise 
le  peuple  par  des  processions  générales  où  le  peuple 
va  pieds  nus.  On  a  réinstallé  les  confréries,  inauguré 
plusieurs  images  de  la  Vierge  où  l'on  va  faire  des 
neuvaines.  Il  y  a  à  craindre  que  cela  ne  se  propage.  Si  la 
contagion  gagnait  le  Rhône,  tout  le  ci-devant  Languedoc 
serait  perdu  :  «  car  il  ne  faut  qu'une  étincelle  pour 
embraser  tout  ce  pays  qui  est  le  plus  fanatique  de 
France'  ». 

Les  frères  Gonord  ont  une  correspondance  plus  active. 
Le  triomphe  de  la  Convention  dans  les  Basses-Alpes  a 
devancé  la  chute  de  Marseille.  Forcalquier,  Digne, 
Simiane,  Sisteron,  Manosque,  Sault,  ont  accepté  la 
Constitution  avec  joie,  avec  enthousiasme.  Forcalquier  a 
résisté  aux  efforts  de  la  ville  d'Aix;  Manosque  a  été 
évacuée  par  les  Marseillais^  La  commune  de  Sault  s'est 
particulièrement  distinguée,  et  les  commissaires  en  font 
un  éloge  hyperbolique  (29  juillet)  : 

La  commune  de  Sault,  qui  ne  partage  pas  l'égarement  des 
administrations  du  département  des  Basses-Alpes  et  autres, 

4.  Archives  nationales,  F  i*  551,  dossier  Robert.  Ce  commissaire  ignore  abso- 
lument l'orthographe. 

1.  16  août.  Cl.  une  lettre  de  Point,  «  commissaire  des  troupes  de  la  Répu- 
blique »,  du  17  :  «  Vous  me  demandez  des  détails  sur  la  situation  de  Manosijue  : 
les  coquins  n'y  sont  plus.  Notre  approche  de  cette  ville  les  a  tellement  consternés, 
que,  la  veille  de  notre  entrée,  les  soi-disant  Marseillais  et  partisans  n'ont  eu 
d'autres  ressources  que  la  fuite.  »  (Archives  nationales,  F  i"  551.) 


VI,  SOUMISSION  DES  DEPARTEMENTS  DU  SUD-EST.  247 

qui  adhère  de  cœur  et  d'âme  à  la  révolution  des  51  mai 
et  2  juin  dernier,  qui  n'a  jamais  cessé  de  regarder  la  Mon- 
tagne comme  le  palladium  de  la  France,  les  Jacobins 
comme  ses  anges  tutélaires,  les  Parisiens  comme  ses  sau- 
veurs '.... 

Elle  demande  à  se  rattacher  au  district  d'Apt  et  à 
faire  partie  du  département  de  Vaucluse;  et  les  com- 
missaires l'appuient  : 

C'est  le  seul  chef-lieu  de  canton  du  département  des 
Basses-Alpes  qui  n'ait  pas  assemblé  ses  sections  et  qui  n'ait 
pas  obéi  aux  arrêtés  liberticides  des  administrateurs  de  ce 
département  '. 

Ce  beau  zèle  des  frères  Gonord  n'était  pas  absolu- 
ment gratuit.  Ils  avaient  reçu  6000  livres  en  partant; 
ils  s'en  étaient  fait  donner  4000  à  Forcalquier,  et  leur 
mission  avait  duré  deux  mois  :  soit  2500  livres  par 
mois  à  chacun;  or  les  autres  commissaires  ne  recevaient 
que  500  livres.  Le  conseil  des  finances,  un  peu  plus 
tard  (17  vendémiaire  an  III),  leur  fit  restituer  au  Trésor 
les  4000  livres  qu'ils  s'étaient  fait  donner  à  Forcalquier^ 

Nous  ne  parlons  pas  de  la  Corse.  Elle  avait  adhéré  à 
la  République,  juré  haine  à  la  tyrannie  (8  juin  1795)  ', 
mais  les  querelles  de  la  Convention  lui  étaient  fort 
indifférentes.  Elle  avait  son  insurrection  à  elle,  sa  con- 
sulte et  son  chef,  Paoli,  qui  fut  déclaré  traître  (17  juil- 
let) %  Couthon  et  Lacroix  essayaient  bien  à  Paris  de  faire 

1.  Sault,  29  juillet.  Archives  nationales,  F  i'  551,  dossier  Gonord. 

2.  Archives  nationales,  Fp  551,  Sault,  5  août  :  copie  d'une  lettre  écrite  aux 
représentants  du  peuple. 

3.  Archives  nationales,  ibid. 

4.  Archives  nationales,  AF*  n,  40  (registre  du  Comité  de  salut  public),  1"  iliO. 

5.  Sur  l'état  de  la  Corse  en  ce  temps-là  et  la  position  qu'y  avait  prise   le 


248       PART.  Il,  CH\P.  XIII.   MARSEILLE,  TOULON,  AVIGNON. 

croire  qu'il  y  avait  identité  de  vues  entre  Paoli  et  les 
amis  de  Brissot*,  mais  la  Corse  ne  s'en  doutait  guère  : 
le  fédéralisme  était  le  moindre  de  ses  soucis.  Elle  refusa 
la  Constitution  et,  avec  l'aide  des  Anglais,  sut  pendant 
quelque  temps  résister  à  la  RépulJlique^ 


lieutenant  général  Paoli,  voyez  une  adresse  de  la  Société  républicaine  de  Toulon, 
présentée  à  la  Convention  par  Escudicr  dans  la  séance  du  2  avril  1795  {Moniteur 
du  4,  t.  XVI,  p.  55),  et  les  rapports  de  Barère  dans  les  séances  du  23  mai  {Moni- 
teur du  25,  ibicL,  p.  460)  et  du  ["juillet  (Moniteur  du  3,  t.  XVII,  p.  20). 

1.  Séance  du  1"  juillet.  Moniteur  du  3,  t.  XVII,  p.  21. 

2.  Voyez  le  rapport  de  Gossuin,  9  août  1793  [Moniteur  du  12,  t.  XYII,  p.  563). 
Cf.  sur  la  Corse  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  19,  dossier  20,  et  les  let- 
tres de  Delclier,  Lacombe-Saint-Micliel  et  Salicetti,  10  et  11  avril  1793;  D  §  i, 
inventaire,  carton  16,  dossier  28. 


CHAPITRE  XIV 

LYON 


Lyon  avant  le  31  mai. 

La  ville  qui  par  ses  propres  forces  tint  le  plus  long- 
temps en  échec  le  parti  de  la  Montagne,  dominant  à 
Paris,  et  qui  subit  aussi  le  plus  cruellement  les  effets 
de  sa  Yengeance,  c'est  la  deuxième  ville  de  France,  la 
rivale  de  Paris,  Lyon. 

Julien,  dans  son  rapport,  la  signale  comme  «  le  foyer 
de  toutes  les  rébellions  formées  dans  les  différents  points 

de  la   République  » «  En   1790,  continue-t-il,  elle 

avait  des  relations  avec  les  chefs  du  camp  de  Jalès  ;  en 
1791,  avec  la  rébellion  d'Arles  ;  en  1792,  avec  le  com- 
mandant du  château  de  Bannes;  en  1795,  avec  Charrier, 
de  la  Lozère  :  tous  lés  fils  des  conspirations  ont  abouti 
dans  cette  ville,  parce  que  celte  ville  était  devenue  le 
refuge  d'une  caste  d'hommes  qui  ne  savent  vivre  que  du 
malheur  de  leurs  semblables*.  » 

Disons  plutôt  que  la  ville  de  Lyon,  ville  de  grande 
industrie,  s'accommodait  mal  d'un  régime  qui  avait  jeté 

1.  Rapport,  p.  170. 


250  PART.  II,  CIIAP.  XIV.  LYON. 

une  si  grande  perturbation  clans  le  travail;  ville  reli- 
gieuse aussi,  elle  avait  été  vivement  émue  de  tout  ce 
qui  avait  touché  l'Église. 

Une  si  nombreuse  population  ne  pouvait  pas  man- 
quer de  receler  des  hommes  qui  étaient  en  commu- 
nauté de  sentiments  et  de  tendance  avec  les  sans-cu- 
lottes de  Paris,  et  ils  suppléaient  au  nombre  par  l'audace. 
LePiémontais  Chalier,  leur  chef,  investi,  puis  dépouillé 
de  l'écharpe  municipale,  était  revenu  de  Paris  avec  un 
décret  de  l'Assemblée  législative  (15  août  1792)  qui  le 
rétablissait  dans  ses  fonctions*.  Lyon  avait  ressenti 
le  contre-coup  du  10  août  et  aussi  des  journées  de  sep- 
tembre. L'émigration  avait  éclairci  les  rangs  des  familles 
aristocratiques;  la  déportation  avait  atteint  les  prêtres; 
la  terreur  avait  paralysé  la  bourgeoisie  tout  entière  : 
la  victoire  n'était  plus  disputée  aux  Jacobins.  Ils  l'em- 
portèrent dans  les  élections  municipales,  et  Chalier, 
l'aventurier  Chalier,  fut  élu  président  du  tribunal  du 
district  (25  novembre). 

Cependant,  les  violences  des  factieux  dans  la  Conven- 
tion avaient  jeté  l'émoi  dans  le  département  de  Rhône- 
et-Loire  comme  ailleurs.  Yillefranche  s'en  prenait  par- 
ticulièrement à  Marat  : 

Jusqu'à  quand,  dans  votre  sein,  sous  vos  yeux,  le  vil 
instrument  d'une  faction  désastreuse  alimen(era-t-il  des  pro- 

i.  Marie-Josopli  Chalier,  né  à  Suzc  en  I7i7,  avait  étudie  chez  les  Dominicains. 
Il  quitta  les  études  pour  le  commerce,  visiia  en  1775  Gonstantinoplc  et  le  Levant. 
11  était  à  Paris  en  1789,  s'y  lia  avec  Ilohespicrrc,  et,  aifilié  aux  .lacobins,  il  se 
lendit  à  Lyon,  où  il  devint  le  chef  des  patriotes.  C'est  à  ce  litre  qu'il  tut  nommé 
iiotalile,  puis  président  du  tribunal  du  district.  Dès  le  o  février  1793  il  deman- 
dait déjà  la  guillotine  pour  «  le  vcrtucu.x  »  Roland  :  «  11  ne  saurait  échapper, 
disait-il,  au  glaive  des  lois,  et  si  rassemblée  est  sourde  à  notre  voix,  le  peuple 
saura  de  lui-même  abattre  cette  perfide  tête.  »  (Salomonde  La  Chapelle,  llidoire 
judiciaiie  de  Lyon  depuis  1790,  t.  1,  p.  75.) 


I.  L\ON  AVANT  LE  51  MAI.  251 

jets  liberticides  avec  le  fiel  do  la  plus  atroce  calomnie?  Jus- 
qu'à quand  ce  prototype  de  scélératesse  outragera-t-il  tran- 
quillement nos  meilleurs  républicains Jusqu'à  quand  cet 

infernal  suppôt  des  furies \  etc. 

Saint-Bonnet-le-Cliâteau  disait  expressément  que  si 
la  Convention  n'y  avisait  pas,  les  départements  y  sau- 
raient trouver  le  remède  : 

Représentants, 

Vos  discussions  orageuses  et  indécentes  commencent  à 
nous  inquiéter  et  à  nous  indisposer 

Dites  donc  aux  factions  qui  vous  entourent  que  nous  les 
observons  et  que  si  vous  continuez  à  être  troublés  et  exposés, 
bientôt  les  départements  s'uniront  et  feront  paraître  sous  les 
murs  de  Paris  l'étendard  d'une  sainte  insurrection.... 

Une  Constitution  républicaine,.,,  voilà  notre  vœu 

S'il  n'est  pas  rempli,  si  vos  dissensions  ne  cessent  pas, 
c'en  est  fait  de  Paris.... 

Ce  50 décembre  1792,  l'an4  de  laRépublique  universelle ^ 

La  Société  populaire  de  Saint-Chamond  faisait  entendre 
les  mêmes  plaintes  (9  janvier  1795),  et  celle  du  Bois- 
d'Oingt,  se  croyant  tenue  de  dire  à  la  représentation 
nationale  ses  vérités,  s'écriait  dans  une  semblable 
adresse  : 

Vous  souffrez  dans  votre  sein  des  scélcrats,  des  monstres. 
Oui,  vous  souffrez  parmi  vous  les  anthropophages  Robespierre, 


1.  Suit  la  justification  de  Roland.  Plusieurs  pages  sont  couvertes  de  signa- 
ures,  avec  alteslations   particulières  du  maire   et  des  officiers   municipaux  de 

Villcfranche.  (Arcliivcs  nationales,  D  xl  §  4,  carton  25,  dossier  PJtâne-ct-Loire.) 

2.  Deux  pages  de  signatures  avec  celte  note  :  «  Plus  de  2000  citoyens  auraient 
signé  celte  adresse,  mais  à  défaut  de  place  ils  m'ont  chargé  de  souscrire  en  leur 
nom  :  Dcsprez-Bussy,  officier  municipal.  »  (Archives  nationales,  D  x[.  §  4,  car- 
ton 18,  dossier  des  Bouc/ies-du-Rhône,  où  la  pièce  a  élé  rangée  par  erreur.) 


252  PART.  II,  CHAP.  XIV.  LYON. 

Panis,  Danton,  Sergent,  Marat,  Légalité  (Ph.  Egalité)  et  com- 
pagnie. Oh  honte  ! 

Chassez  ces  massacreurs,  ces  héros  du  2  et  3  septembre,  et 
la  patrie  n'est  plus  en  danger Que  ces  cannibales  ne  siè- 
gent plus  dans  le  sanctuaire  des  lois ,  qu'ils  n'auraient 
jamais  dû  souiller.  Prononcez  contre  eux  l'ostracisme*. 

A  Lyon  aussi,  une  sorte  de  réaction  se  produisit.  Un 
modéré,  un  ami  du  maire  Vitet,  le  citoyen  Nivière- 
Chol,  élu  au  conseil  de  la  commune,  avait  accepté 
d'être  maire  à  son  tour;  et  bientôt  la  mort  de  Louis  XYI, 
qui  était  le  triomphe  des  Jacobins,  acheva,  par  contre- 
coup, de  tirer  les  esprits  de  leur  stupeur.  Des  manifes- 
tations eurent  lieu.  La  municipalité  y  vit  une  occasion 
de  frapper  ses  ennemis.  Le  4  février,  le  conseil  général 
de  la  commune  ordonna  des  visites  domiciliaires  :  la 
journée  du  5  fut  consacrée  aux  arrestations.  Mais  il  ne 
suffisait  pas  qu'on  remplît  les  prisons.  Le  club  central 
se  réunit  dans  la  nuit  du  ^5  au  6.  On  y  résolut  de 
s'emparer  de  l'artillerie,  de  braquer  les  canons  au  dé- 
bouché des  principales  rues,  et  de  former  un  tribunal 
populaire.  Les  juges  ne  pouvaient  pas  manquer,  et 
comme  quelqu'un  faisait  observer  qu'un  exécuteur  se- 
rait insuffisant  :  «  Mais,  lui  dit-on,  avec  la  guillotine, 
pour  faire  périr  un  homme,  il  n'y  a  qu'une  ficelle  à 
tirer  »  ;  et  plusieurs  se  présentaient  pour  tirer  la  ficelle. 
Afin  de  se  débarrasser  plus  commodément  des  cadavres, 
il  fut  proposé  d'établir  la  guillotine  sur  le  pont  Morand, 
et  l'on   avait  déjà  trouvé  une  formule  de  jugement, 

i.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carlon  23,  dossier  Rliône-el-Loire.  —  On  y 
trouve  une  adresse  analogue  des  Amis  de  la  liberté,  section  ISrutus,  à  Lyon, 
50  décembre  1792  —  Il  y  a  des  adresses  dans  le  même  sens,  quoique  moins  vio- 
lentes, de  Saint-Etienne  (reçue  le  22  avril),  de  la  commune  d'Anse  (27  avril),  de 
Iloanne  (reçue  le  3  juin).  Même  dossier. 


I.  LYON  AVAM  LE  51  MAI.  255 

empruntée  aux  pratiques  de  l'Abbaye  et  de  la  Force  en 
septembre  :  Faites  jjasser  le  pont  à  Monsieur^  \ 

Mais  le  secret  imposé  par  Chalier  à  ses  complices  fut 
mal  gardé  ;  et  comment  leur  faire  croire  qu'ils  avaient 
besoin  de  secret  ?  Le  maire  Xivière-Chol,  qui  s'était 
opposé,  dans  le  conseil,  aux  arrestations,  fit  battre  la 
générale  sans  prendre  son  avis.  Il  réunit  une  force  im- 
posante de  troupes  de  ligne  et  de  garde  nationale,  et  les 
clubistes  n'osèrent  bouger.  Ils  s'en  vengèrent  en  préten- 
dant que  cette  prise  d'armes  était  sans  raison  et  révélait 
un  complot  contre  la  municipalité.  Xivière-Chol  fut 
appelé  devant  le  conseil  ;  des  dénonciations  arrivèrent  à 
la  Convention  nationale  :  on  en  retrouve  l'écho  dans 
le  rapport  lu  par  Tallien  à  l'Assemblée  sur  les  troubles 
de  Lyon  ("25  février  1795).  La  sédition,  pour  lui,  c'étaient 
les  manifestations  provoquées  par  la  mort  de  Louis  XYI 
et  la  démonstration  armée  du  maire'.  Nivière  déposa 
son  écharpe  (7  février)  ;  mais  il  fut  réélu  :  la  bour- 
geoisie menacée  avait  cette  fois  fait  acte  de  résolution. 
Sur  10746  votants  il  eut  8097  suffrages^  Bien  plus, 
un  jeune  homme  qui  avait  osé  accuser  Chalier  ayant 
été  mis  en  prison  par  les  officiers  municipaux,  la  mul- 
titude le  délivra  et  se  porta  en  masse  sur  le  club  central, 
dont  elle  força  les  portes  et  brisa  les  bancs  (18  février). 
La  nouvelle  de  cette  émeute  parvenait,  avec  renchérisse- 

1.  Histoire  du  siège  de  Lyon,  des  événements  qui  l'ont  précédé  et  des 
désastres  qui  l'ont  suivi  [par  l'abbé  Guillon].  (Paris,  1797,  2  vol.  ia-8°),  t.  I, 
p.  116-120.  Cf.  Histoire  du  siège  de  Lyon,  par  un  oHicier  de  l'état-major  du 
siège,  échappé  du  carnage  et  réfugié  en  Suisse  (Lausanne,  1793  ,  V"  époque; 
Salomon  de  La  Chapelle,  Histoire  judiciaire  de  Lyon  depuis  1790,  t.  I,  p.  77; 
Histoire  des  prisons,  t.  I,  p.  244;  V Histoire  piurlementaire,  t.  XXVII,  p.  415 
et  suiv.,  donne  l'histoire  de  Lyon,  jour  par  jour,  pour  le  mois  de  mai  1795. 

2.  Moniteur  du  27  février  1795,  t.  XY,  p.  556. 

5.  Salomon  de  La  Chapelle,  Histoire  des  tribunaux  révolutionnaires  de 
Lyon  et  de  Feurs,  établis  en  1795,  p.  vu. 


254  PART.  II,  CIIAP.  XIV.   LYON. 

ments,  à  Tallien  au  moment  où  il  terminait  son  rapport, 
et  il  en  donna  communication  en  même  temps  à  la  Con- 
vention nationale*. 

La  Convention  envoya  trois  commissaires,  Rovère, 
Bazire  et  Legendre,  pour  rétablir  l'ordre  dans  la  ville. 

Avant  qu'ils  arrivassent,  de  nouveaux  incidents 
étaient  survenus. 

Nivière  n'ayant  point  accepté  les  fonctions  de  maire 
qui  lui  étaient  rendues,  ses  amis  portèrent  à  sa  place 
un  autre  modéré,  le  médecin  Gilibert.  La  lutte  fut  vive  : 
les  suffrages  se  partagèrent  entre  lui  et  le  jacobin  Ber- 
trand, ami  de  Ghalier.  Il  fallait  un  nouveau  tour  de 
scrutin.  Pour  le  décider  en  faveur  de  Bertrand,  les  par- 
tisans de  ce  dernier,  maîtres  du  tribunal  et  de  la  com- 
mune, jetèrent  Gilibert  en  prison  comme  complice  des 
derniers  troubles.  Le  lendemain,  tout  au  contraire, 
Gilibert  l'emporta  (27  février).  Mais  un  secours  plus 
efticace  arrivait  aux  autres.  Les  trois  délégués  delà  Con- 
vention venaient  d'entrer  dans  Lyon.  Sur  leurs  instan- 
ces, Gilibert  donna  sa  démission,  et  Bertrand,  n'ayant 
plus  de  concurrent,  fut  élu  (8  mars^). 

Les  Jacobins  reprenaient  donc  le  pouvoir  et  ils 
n'avaient  pas  coutume  d'en  user  avec  beaucoup  de  mé- 
nagements. Les  trois  conventionnels  avaient  rouvert 
leur  club;  un  peu  après,  les  représentants  envoyés  à 
l'armée  des  Alpes,  Dubois-Crancé,  Albitte,  Gautbier  et 
Nioclie,  passant  par  Lyon,  intervenaient  à  leur  tour  dans 
les  affaires  de  la  ville   par  des  arrêtés  révolutionnaires 

1.  Moniteur  du  27  février  1793,  t.  XV,  p.  557. 

2.  Histoire  du  siège  de  Lyon,  des  éve'nements  qui  Vont  précédé,  etc.,  t.  I, 
p.  142  ;  Histoire  du  siège  de  Lyon,  i'^"  époque,  à  la  date  ;  Salomon  de  La  Cha- 
pelle, Histoire  des  tribunaux  révolutionnaires  de  Lijon  et  de  Fcurs,  p.  ix. 
et  Histoire  judiciaire  de  Lyon,  t.  I,  p.  87. 


I.  LYON  AVANT  LE  51  MAL  255 

et  des  mesures  qui  donnaient  plus  de  force  au  parti 
dominant  ;  ils  y  laissaient,  en  partant,  un  comité  de 
salut  public  nommé  par  les  corps  administratifs  réunis 
(8  avril').  Ainsi  appuyés,  ces  corps  avaient  arrêté  qu'il 
serait  formé  une  armée  révolutionnaire  de  0400  hom- 
mes; et,  pour  l'entretenir,  ils  avaient  imposé  une  taxe 
de  six  millions  sur  les  riches  (14  mai^).  La  municipalité, 
chargée  de  répartir  et  de  lever  cette  somme,  le  fit  de  la 
manière  la  plus  révoltante.  On  a  sur  cette  matière  et  sur 
tous  les  actes  de  ces  hommes  un  témoignage  qui  n'est 
pas  d'un  ennemi  :  «  Je  ferai,  dit  Julien  dans  son  rap- 
port, l'aveu  que  la  municipalité  de  Lyon  était  à  cette 
époque  très  mal  composée;  je  dirai  même  qu'elle  exer- 
çait des  vexations,  des  dilapidations,  des  actes  arbitrai- 
res, des  proscriptions.  J'irai  plus  loin  encore,  en  ajou- 
tant qu'elle  provoquait  au  meurtre,  au  carnage;  qu'elle 
donnait  des  mandats  impératifs  pour  faire  payer,  dans 
le  falal  délai  de  vingt-quatre  heures,  60  000  livres 
à  des  citoyens  dont  la  fortune  n'allait  pas  à  50  000. 
Après  de  pareils  aveux  de  ma  part,  on  ne  nous  accu- 
sera pas  sans  doute  de  provoquer  ce  que  nous  aurions 
défendu,  si  le  cri  des  malheureuses  victimes  fût  par- 
venu jusqu'à  nous  ^  w 

Ce  témoignage,  il  est  vrai,  ne  fut  pas  reçu  sans  ré- 
plique. Le  rapport  de  Julien,  réprouvé  par  la  Commune 
de  Paris,  vivement  attaqué  par  Robespierre  aux  Jacobins, 


\.  Rapport  de  Dubois-Crancé,  l'""  partie,  p.  5;  cf.  La  Chapelle,  Histoire  des 
tribunaux  révolutionnaires  de  Lyon  et  de  Feurs,  p.  x.  —  On  avait  même 
écrit  à  la  Convention  pour  avoir  un  tribunal  révolutionnaire  (6  mai  1795), 
proposition  qui  lut  repousséc  par  la  Convention  (15  mai,  ibid.,  p.  xi).  Les 
Girondins,  encore  au  pouvoir,  avaient  assez  du  tribunal  révolutionnaire  de  Pai'is. 

2.  La  Chapelle,  ibid.,  p.  si. 

5.  Rapport,  p.  170. 


256  PART.  II,  ClIAP.  XIV.   LYON. 

fut  rétracté  par  lui  et  désavoué  solennellement  par  la 
Convention  (50  du  l"mois,  21  octobre  i795)\  Julien 
dut  faire  aux  patriotes  lyonnais  eux-mêmes  son  amende 
honorable  :  «  Je  vous  ai  innocemment  calomniés,  écrit-il 
aux  anciens  membres  de  la  municipalité  lyonnaise  ;  je 
m'empresse  de  réparer  une  erreur  causée  par  quelques 
lettres  de  vos  détracteurs ^  »  Pour  réparer  le  dom- 
mage de  cette  publication,  la  Convention  fit  joindre 
au  rapport  des  observations  rectificatives  avec  la  let- 
tre dont  j'ai  cité  le  début.  Mais  les  premières  alléga- 
tions de  Julien  survivent  à  ce  démenti  imposé,  et  elles 
trouvent  surabondamment  ailleurs  leur  preuve  irréfu- 
table. La  prison  attendait  ceux  qui  ne  payaient  pas.  Les 
caves  de  l'hôtel  de  ville  se  remplissaient  de  récalcitrants 
ou  de  suspects;  des  placards  incendiaires  se  succédaient 
sur  les  murailles.  On  menaçait  les  riches  :  or,  quand  les 
riches  sont  menacés,  ceux  qui  possèdent,  même  au 
plus  humble  titre,  ne  peuvent  pas  être  bien  assurés  de 
leur  avoir.  Le  mécontentement  alla  grossissant  dans  la 
population  de  la  grande  ville,  et  une  réaction  générale 
éclatai 

Un  décret  de  la  Convention  avait  autorisé  les  sections 
à  se  réunir.  Ce  décret,  qui  favorisait  les  manifestations 
populaires,  convenait  peu  à  qui  avait  la  dictature.  Au- 
tant il  fut  bien  accueilli  des  Lyonnais,  autant  il  déplut 
au  maire  Bertrand  et  à  la  minorité  qui  était  maîtresse 
de  l'hôtel  de  ville.  Quand  les  sections  qui  s'étaient  as- 
semblées vinrent  apporter  au  maire  les  procès-verbaux 

1.  Voyez  ci-dessus,  t.  I,  p.  322. 

2.  4°  jour  de  la  5°  décade  du  1"  mois  de  la  2"  année  de  la  République   une 
et  indivisible,  —  plus  simplement  15  octobre  1793. 

3.  Ilisloire  du  siège  de  Lyon,  des  cvénemeitls,  etc.,  t.  I,  p.  177  et  suiv.; 
Histoire  du  siège  de  Lyon,  i"  époque,  à  la  date. 


I.  LYON  AVANT  LE  51  MAI.  257 

de  leurs  séances  :  «  Vous  voulez  du  sang,  leur  dit-il, 
vous  en  aurez  ^  » 

Le  bruit  d'une  lutte  imminente  parvint  aux  représen- 
tants attachés  à  l'armée  des  Alpes,  le  26  mai.  Dès  le  '27, 
Gauthier  et  Nioche  arrivaient  à  Lyon.  En  même  temps, 
Kellermann  recevait  de  Dubois-Crancé  l'ordre  de  les 
appuyer  au  besoin.  Us  se  rendirent  au  comité  de  salut 
public  de  la  ville  ;  et  le  lendemain  (28)  ^  ils  écrivaient 
à  Paris  qu'ils  avaient  l'espoir  de  tout  apaiser.  Illusion  ! 
Ce  même  jour,  vers  midi,  une  députation  des  sections 
vint  se  plaindre  à  eux  des  vexations  de  la  municipalité, 
dénonçant  Chalier  comme  le  principal  auteur  des  vio- 
lences. Vers  les  onze  heures  du  soir,  les  sections  leur 
demandèrent  formellement  la  suspension  des  autorités 
municipales.  Nioche  éluda  leurs  instances,  il  parcourut 
la  ville  et  il  dit  dans  son  rapport  qu'il  la  trouva  calme. 
Mais  il  avoue  qu'à  peine  au  lit  il  en  fut  tiré  par  la 
nouvelle  que  les  sections  s'armaient  '.  Selon  d'autres 
récils,  elles  s'étaient,  jusque-là,  bornées  à  se  mettre  en 
permanence.  Les  clubistes  les  plus  exaltés  s'étaient  réu- 
nis à  part,  au  nombre  de  quatre  cents,  dans  l'église 
métropolitaine,  et  plusieurs,  se  répandant  dans  les  sec- 
tions, avaient  osé  sommer  les  présidents  et  secrétaires 
de  se  retirer  sous  peine  de  mort.  Chalier  avait  dit,  le 
27,  au  club  central,  qu'il  fallait  faire  un  faisceau  des 
présidents  et  secrétaires  des  sections,  leur  trancher  la 

1.  Histoire  du  siège  de  Lyon,  \'^  épc^ue,  p.  lo. 

2.  Le  28  mai  il  y  eut  un  rassemblement  à  propos  du  beurre  que  Ton  fondait 
pour  l'armée  des  Alpes  :  —  les  femmes  disaient  rjue  c'élait  le  fait  d'un  accapa- 
reur; que  les  soldats  ne  mangeaient  pas  de  beurre.  Le  commissaire  du  Conseil 
exécutif,  Gonchon,  qui  l'annonce  à  son  ministre,  dit  qu'il  n'a  pu  empêcher  que 
le  beurre  ne  fût  distribué  et  vendu  à  dix  sous  la  livre.  (Archives  nationales, 
F  1^551,  dossier  Gonchon.) 

5.  Rapport  fait  à  la  Convention  par  P.-C.  Niocue,  sur  les  malheureux 
événements  arrivés  à  Lrjon  le  29  mai  1793. 

RÉVOL.   DU    51    MAI.  Il —  J7 


258  PART.  II,  CIIAP.  XIV.  LYON. 

tête  et  se  laver  les  mains  dans  leur  sang'.  Mais  la  mu- 
nicipalité disposait  d'autres  moyens  pour  frapper  ceux 
dont  elle  se  défiait.  Pendant  la  nuit  (le  représentant 
Nioche  n'en  dit  rien),  plus  de  cent  pères  de  famille  fu- 
rent arrêtés  chez  eux  et  jetés  en  prison  \ 

Le  29  au  matin,  les  présidents  de  section  conférè- 
rent ensemble  \  Ils  résolurent  de  se  former  en  comité 
des  sections  réunies  et  de  se  transporter  à  l'Arsenal, 
sous  la  protection  d'une  partie  des  troupes  section- 
naires.  En  même  temps  les  autres  allaient  se  réunir  en 
nombre  devant  l'hôtel  de  ville.  Le  représentant  Gau- 
thier essaya  de  prévenir  la  lutte,  offrant  même,  pour 
plus  de  garantie,  de  se  rendre  personnellement  à  l'Ar- 
senal. Mais  presque  aussitôt  on  recevait  la  nouvelle 
qu'un  bataillon  des  sections,  dont  les  armes  n'étaient 
pas  chargées,  avait  été  surpris  et  mitraille  par  les 
ordres  du  maire  Bertrand.  La  rupture  était  faite.  Les 
sections  déclarèrent  la  municipalité  dissoute;  la  muni- 
cipalité, de  son  côté,  ordonna  aux  sections  de  déposer 
les  armes  sous  peine  de  mort.  Les  armes  ne  furent  pas 
déposées.  Après  un  combat  disputé,  l'hôtel  de  ville, 
défendu  par  l'artillerie,  fut  enlevé  par  la  garde  natio- 
nale, et  les  deux  représentants  Gauthier  et  Nioche  durent 
se  résigner  à  son  triomphe.  On  établit  une  adminis- 
tration nouvelle;  et  les  officiers  municipaux,  ainsi  que 
Chalier  et  trois  membres  de  son  tribunal  (Gaillard, 
juge;  Hidens,  commissaire  national;  Dodieu,  directeur 
du  jury),  furent  mis  en  arrestation  \ 

1.  La  Chapelle,  Histoire  judiciaire  de  Lyon,  t.  I,  p.  05. 

2.  Uisloirc  du  siè'ge  de  Lyon,  2"  époque,  p.  27  ;  La  Chapelle,  Histoire  des 
tribunaux  i ciolulionnaires  de  Lyon  et  de  Fours,  p.  xv. 

5.  Ce  matin  même,  à  six  heures,  Clialier  avait  mis  eu  éveil  le  maire  Bertrautl. 
Voyez  sa  lettre  :  La  Chapelle,  II {■■sloire  judiciaire  de  Lyon,  t.  I,  p.  90. 
4.  Histoire  du  sidge  de  Lyon,  2*  époque,  p.  26-50;  Lu  Chapelle,  Histoire 


II.  LYON  APRÈS  LE  51  MAI.  259 

On  était  dans  la  joie  de  la  victoire,  quand  on  reçut  la 
nouvelle  des  événements  du  31  mai  à  Paris. 


II 

Lyon  après  le  51  mai. 

C'était  une  redoutable  contre-partie  de  la  journée  du 
29  à  Lyon.  La  députation  qu'on  devait  envoyer  à  la 
Convention,  pour  en  rendre  compte,  n'avait  plus  rien  à 
y  faire;  et  Lyon  se  mit  en  rapport  avec  les  départements 
qui,  moins  préoccupés  de  leurs  affaires  intérieures, 
ayant  observé  avec  plus  d'attention  l'orage  prêt  à  éclater 
dans  Paris,  avaient  tenté  de  le  prévenir  :  l'Ain  et  le  Jura, 
l'Isère,  les  Bouclies-du-Rhône,  le  Gard,  la  Gironde.  Il 
leur  envoya  des  députés  et  en  reçut  d'eux  ^  Le  girondin 
Biroteau  était  venu  enflammer  la  ville  par  le  récit  des 
événements  de  Paris  et  l'entraîner  à  la  lutte. 

A  l'exemple  de  ce  que  nous  avons  vu  dans  plusieurs 
de  ces  départements,  une  assemblée  départementale, 
composée  de  députés  de  chaque  commune,  se  réiinil  à 
Lyon  sous  la  présidence  de  Gilibert,  et  décida  qu'on  ne 
reconnaîtrait  plus  les  décrets  de  la  Convention  jusqu'à 
ce  qu'elle  eût  retrouvé  son  intégralité  (l^""  et  5  juillet)  ^ 

Cette  attitude  d'une  ville  dont  le  parti  montagnard, 

des  tribunaux  révolutionnaires  de  Lyon  et  de  Feurs,  p.  xv-xix,  et  Histoire 
judiciaire  de  Lrjon,  t.  I,  p.  98-118.  Voyez  les  interrogatoires  de  Dodieu  et  de 
Hidcns,  ibid.,  p.  151-141;  de  Clialier,  p.  145;  llidens  se  pendit  aux  fenêtres  de 
son  cachot,  ibid-,  p.  142:  et  la  note  LXII  aux  Appendices. 

1.  Voyez  la  note  LXIII  aux  .\ppendices. 

2.  Histoire  du  siège  de  Lxjon,  p.  50-55;  La  Chapelle,  Histoire  des  tribu- 
naux re'votutionnaires  de  Lyon  et  de  Feurs,  p.  xxv  et  xxvi.  —  Le  15  juillet 
on  y  décida  la  levée  d'une  force  dépaitementalc,  et  le  14  on  invita  tous  les 
citoyens  à  s'y  enrôler  pour  la  défense  de  la  liberté  et  le  triomphe  de  la  Répu- 
blique, ibid.,  p.  XXVI,  xxvn.  Un  arrêté  du  19  fixa  le  contingent  de  Lyon  à 
7200  hommes  et  celui  des  autres  districts  du  département  à  2  400  hommes  [ibid.). 


260  PART.  II,  CUAP.  XIV.   LYON. 

victorieux  à  Paris,  se  croyait  encore  maître  la  veille, 
inquiéta  vivement  le  Comité  de  salut  public.  On  ne 
voulut  rien  brusquer.  On  recourut  au  mirage  de  cette 
Constitution  (on  la  faisait,  on  la  fit  en  liuit  jours)  qui 
allait  rendre  la  France  à  elle-même.  On  feignit  d'ailleurs 
d'accueillir  les  plaintes  des  Lyonnais,  et,  pour  mieux  y 
faire  droit,  on  décida  que  les  membres  de  la  munici- 
palité vaincue  seraient  traduits  devant  le  tribunal  révo- 
lutionnaire de  Paris.  C'était  un  moyen  trop  transparent 
de  les  arracher  à  leurs  juges  pour  les  rendre  à  leurs 
pareils.  Les  Lyonnais  décidèrent  qu'ils  comparaîtraient 
chez  eux  devant  un  jury;  et  c'est  par  ce  tribunal,  pro- 
cédant selon  toutes  les  formes  de  la  justice,  que  Chalier 
et  un  de  ses  complices  furent  condamnés  à  mort 
(16  juillet)*. 

Le  comité  put  voir  dès  lors  que  la  lutte  était  inévi- 
table, et  Lyon,  à  la  tête  du  Midi,  avec  l'appui  qu'il 
trouvait  dans  l'Est  et  dans  l'Ouest,  pouvait  bien  mieux 
que  la  ville  de  Caen  demander  à  Paris  satisfaction  de 
l'attentat  commis  contre  la  représentation  nationale. 
Il  n'était  pas  sûr  de  s'y  heurter  de  front;  mieux  valait 


i.  Procès  lie  Clialior,  suivi  de  sa  défense  par  le  citoyen  Moulin  (Bibliothèque 
nationale,  Lb*^  5172).  —  Histoire  du  siège  de  Lyon,  des  événements,  etc., 
t.  I,  p.  225  et  suiv.;  Histoire  du  sièr/e  de  Lyon,  2"  époque,  p.  50-58;  La  Cha- 
pelle, Histoire  judiciaire  de  Lyon,  t.  I,  p.  145-147.  —  Il  avait  reçu  avant  de 
mourir  les  secours  d'un  prêtre  constitutionnel.  Voyez  son  testament  à  la  date  du 
50  mai,  ibid.,  p.  199;  et  les  détails  affreux  de  son  exécution,  ibid.,  p.  158,  et 
Histoire  des  tribunaux  révolutionnaires  de  Lyon  et  de  Fcurs ,  p.  22-25 
(interrogatoires  de  Ripet  et,  de  Bernard,  l'exécuteur  et  son  aide).  —  Réhabilita- 
tion de  Chalier  -par  les  représentants,  réintégrant,  après  la  prise  de  Lyon, 
les  anciens  membres  du  tribunal  dans  leurs  fondions,  1(3  octobre  1795 
{ibid,  p.  168).  —  A  Paris  on  n'avait  pas  attendu  jusque-là.  Une  médaille  re- 
produisant ses  traits  fut  frappée  en  son  honneur  avec  cet  exergue  :  «Joseph  Cha- 
lier mourut  pour  la  patrie  à  Lyon,  1795.  »  Voy.  Miliin,  Histoire  métallique  de 
la  Révolution  française,  ou  Recueil  des  pièces  et  )nonnaics  qui  ont  été  frap- 
pées depuis  la  convocation  des  États  Généraux  jusqu'aux  p)-emières  cam- 
pagnes de  l'armée  d'Italie.  Paris,  1806,  in-4'',  planche  XXII,  n"  81. 


II.   LYON  APRES  LE  51  MAT.  261 

user  de  ménagements  d'abord,   pour  l'affaiblir  et  lui 
ôter  ses  auxiliaires. 

Dubois-Crancé,  qui  était  resté  avec  Albitte  près  de 
l'armée  des  Alpes,  était  le  mieux  placé  et  le  mieux  pré- 
paré pour  agir  ^  La  situation  pourtant  n'était  pas  sans 
péril.  Grenoble  était  mal  disposée;  on  avait  reçu  la  nou- 
velle que  les  bataillons  de  Marseille  et  d'Aix  avaient 
occupé  Tarascon  ;  que  ceux  de  Nîmes  étaient  au  Pont- 
Saint-Esprit  et  que  l'armée  des  Alpes,  assez  pauvrement 
pourvue  alors,  avait  à  tenir  tète  aux  Piémontais  qui 
devaient  attaquer  par  le  mont  Genis,  le  mont  Saint- 
Bernard  et  le  Faucigny.  Dubois-Crancé  affecta  d'abord 
de  ne  pas  s'apercevoir  des  dispositions  des  Lyonnais. 
Il  tâcha  de  leur  retirer  le  plus  possible  les  armes  dont 
il  prévoyait  qu'ils  ne  tarderaient  pas  à  faire  usage, 
Kellermann  écrivit  à  la  municipalité  lyonnaise  de  ti- 
rer de  l'Arsenal  vingt-quatre  pièces  de  16  et  de  24 
et  des  munitions  de  guerre  dont  il  avait  besoin  pour 
la  défense  de  la  frontière,  rendant  l'administration 
responsable  des  événements  en  cas  de  refus  ou  de 
retard;  et  la  municipalité  les  donna,  quoique  plu- 
sieurs eussent  bien  senti  et  remontré  qu'on  ne  voulait 
que  désarmer  la  ville.  Alors  on  s'attaqua  aux  plus  pro- 
ches alliés  de  Lyon;  et,  tandis  que  le  Comité  de  salut 
public  faisait  marcher  des  troupes  contre  le  Jura,   les 


1.  M.  Pons  a  publié,  au  nombre  de  ses  pièces  justificatives,  la  copie  textuelle 
d'une  «  lettre  écrite  par  Danton,  président  de  la  Convention  nationale,  à  Dubois- 
Crancé,  le  21  juillet  an  II  de  la  République  française,  et  trouvée  à  Grenoble 
dans  un  portefeuille  qu'il  a  perdu  ».  Il  lui  recommande  d'employer  tous  les 
moyens  pour  réduire  Lyon  : 

«  Dussions-nous  même  abandonner  le  JIonl-Blanc  au  tyran  sarde,  peu  nous 
importe;  les  Savoisiens  fussent-ils  encbaîués  deux  par  deux,  point  de  considéra- 
tion, pas  de  demi-mesures;  il  est  tem].s  que  nous  régnions.  »  d'ons,  p.  245-24G.) 

La  pièce  est-elle  authentique?  Il  serait  bon  de  le  démontrer. 


262  PART.  II,  CilAP.  XIV.   LYON. 

représentants  près  de  l'armée  des  Alpes  envoyèrent  le 
général  Carteaiix  prendre  position  sur  le  Rhône,  pour 
tenir  séparées  les  troupes  de  Nîmes  et  de  Marseille 
et  les  empêcher  de  se  joindre  aux  Lyonnais.  La  réduc- 
tion du  Jura,  on  le  verra  plus  loin,  fut  facile;  et  l'on  a 
vu  comment  Garteaux  réussit  dans  sa  mission  au  Midi. 
Dès  ce  moment  les  Lyonnais  restaient  seuls,  et  la  lutte 
cessait  d'être  égale*.  La  Convention,  par  un  décret  du 
12  juillet,  avait  déclaré  Lyon  en  état  de  révolte  contre 
l'autorité  légitime,  cassé  les  autorités  lyonnaises,  or- 
donné aux  habitants  de  quitter  la  ville  dans  les  trois 
jours,  sous  peine  de  confiscation  de  leurs  biens,  et  con- 
fié à  deux  représentants  l'exécution  de  ces  mesures 
draconiennes  ^ 

La  ville  de  Lyon,  devant  cet  arrêt,  demeura  ferme 
sans  provocation.  Elle  venait  d'apprendre  les  échecs  de 
ses  alliés  du  Midi;  si  elle  en  fut  émue,  elle  ne  s'en 
montra  pas  ébranlée.  Le  24  juillet,  le  conseil  général 
du  département  et  les  délégués  qui  s'y  étaient  réunis 
firent  une  profession  de  foi  très  nette.  Dans  cette  pièce 
ils  déclarent  : 

Qu'ils  n'ont  jamais  entendu  établir  le  fédéralisme;  qu'ils 
veulent  l'unité  et  l'indivisibilité  de  la  République,  qu'ils  re- 
gardent la  Convention  comme  le  seul  point  central  et  le 
ralliement  de  tous  les  républicains  ;  que  les  décrets  émanés 
d'elle  concernant  l'intérêt  général  de  la  République  doivent 
être  exécutés. 

Mais  aussi  : 

Que,  voulant  maintenir  dans  le  département  l'ordre  public, 
le  régime  des  lois,  le  respect  des  personnes  et  des  propriétés, 

1.  Ilisloirc  du  siège  de  Lyon,  l''"  époque,  p.  59-43. 

2.  Moniteur  du  14  juillet,  t.  XVII,  p.  111. 


II.  LYON  APRES  LE  51  MAI.  2C3 

la  vraie  liberté,  ils  résisteront  de  toute  leur  force  à  l'opprcs 
sion,  quelque  forme  qu'elle  prenne. 

Et  le  2G  juillet  : 

Que,  le  département  ayant  été  calomnié  sur  les  principes 
qui  ont  dirigé  ses  commissaires  et  étant  sous  le  poids  de  dé- 
crets surpris  à  la  Convention  sur  de  faux  rapports,  il  restera, 
conformément  à  la  loi,  en  état  de  résistance  à  l'oppression 
jusqu'au  rapport  des  décrets  rendus  contre  le  département 
et  la  ville  de  Lyon  ^ 

Il  fut  décidé  que  cette  déclaration  serait  adressée  à  la 
Convention,  et  l'on  désigna  une  dépiitation  pour  la  lui 
porter. 

Si  quelque  chose  eût  pu  faciliter  leur  mission,  c'était 
assurément  un  rapport  que  le  Conseil  exécutif  recevait 
en  ce  même  temps  de  l'un  de  ses  commissaires.  Cet 
agent,  nommé  Melletier,  lui  montrait  la  situation  sous 
le  meilleur  jour  (20  juillet).  Les  causes  du  mal,  selon 
lui,  étaient  les  vexations  et  les  actes  de  l'ancienne  mu- 
nicipalité. (Julien  n'avait  donc  pas  eu  tort  de  le  dire.) 
La  masse  générale  des  citoyens  du  département  était 
bonne  :  nul  signe  de  contre-révolution  : 

Il  est  vrai,  ajoutait-il,  que  l'on  y  est  égaré  sur  la  situation 
de  Paris  et  de  la  Convention.  Je  n'ai  rien  négligé  pour  éclai- 
rer les  esprits  et  je  n'ai  porté  que  des  paroles  de  paix....  Le 
décret  du  12  a  irrité  les  esprits.  Tous  les  citoyens  sont 
debout  et  tous  veulent  la  paix  et  l'union.  Dans  ce  moment, 
presque  tous  les  magasins  sont  fermés  et  on  se  met  en  état 
de  défensive  contre  les  forces  que  M.  Dubois  de  Crancé  paraît 
diriger  contre  cette  ville.  Les  intérêts  respectifs  de  Lyon 
avec  le  reste  de  la  République  sont  trop  importants  pour  ne 
pas  prendre  des  mesures  concilialoires.  J'assure  au  Comité 

1.  La  Chapelle,  Histoire  des  Iribunaux  rcvol.  de  Lyon  el  de  Fêtas,  ]p.  xx\iii. 


264  PART.  II,  CIIAP.  XIV.   LYO.V. 

de  salut  public  que  ce  département  n'épousera  pas  la  que- 
relle de  Biroteau,  et  je  lui  propose  de  suspendre  provisoire- 
ment les  décrets  rendus  par  la  Convention  depuis  le  29  mai, 
d'appeler  à  Paris  des  députés  de  ce  département  pour  conférer 
avec  le  Comité  de  salut  public,  sans  compromettre  la  dignité 
ni  les  intérêts  de  qui  que  ce  soit,  et  d'envoyer  un  courrier  à 
M.  Dubois  de  Crancé  pour  l'inviter  à  suspendre  toutes  les 
mesures  hostiles  dirigées  et  préparées  contre  Lyon  ^ 

Suspendre  la  marche  de  Dubois -Crancé,  bien! 
Mais  suspendre  les  décrets  rendus  depuis  le  51  mai! 
c'était  demander  à  la  Révolution  de  se  démentir  elle- 
même.  Il  insiste  encore,  forçant  un  peu  la  note,  dans 
une  lettre  du  28  juillet  : 

Oui,  la  masse  des  citoyens  est  bonne  et  l'on  ne  veut  ici 
véritablement  que  la  République  une  et  indivisible  ;  il  est 
vrai  qu'ils  ont  été  égarés  et  séduits.  C'est  Biroteau  qui  les  a 
induits  dans  la  plus  grossière  erreur.  Ils  reconnaissent  et 
avouent  leur  erreur.  La  Convention  ne  peut  donc  les  traiter 
que  comme  des  enfants   égarés  et  non  comme  des  enfants 

criminels Les    députés    D'erbes   (Derbez)^    et  Sauterrat 

(Sautayra)  sont  mis  en  liberté,  il  a  été  agité  si  Biroteau  ne 
devait  pas  être  mis  en  état  d'arrestation  pour  avoir  induit 
les  citoyens  en  erreur.  Il  ne  paraît  pas  du  tout.  Les  députés 
de  Marseille  et  du  Calvados  ont  quitté  Lyon  fort  mécontents 
et  en  traitant  les  habitants  d'êtres  pusillanimes"' — 

La  ville  de  Lyon  d'ailleurs  avait  fait  un  pas  de  plus 
vers  la  paix.  Le  50  juillet,  elle  avait  accepté  la  Consti- 


1.  Archives  nationales,  F  i"  550,  dossier  Mclleller. 

2.  Cf.  la  Icllrc  des  représentants  Rouyer  et  IJrunel,  Lyon,  25  juillet  1793,  lue 
dans  la  séance  du  27,  Moniteur  du  50,  t.  XVII,  p.  200. 

3.  Archives  nationales,  F  i'  550.  Voyez  dans  le  même  dossier  le  Précis  sitc- 
cinci  du  rapport  du  citoyen  Mellelicr,  commissaire  du  Conseil  executif, 
pour  l'acceptation  de  l'acte  constitutionnel  dans  les  dcparlcmcnls  du  Rhône 
et  de  la  Loire;  rapport  daté  du  20  au  50  juillet. 


11.   LYON  APRÈS  LE  .Il  MAI.  265 

liition,  —  à  l'unanimilé,  dit  Melletier*;  — et  il  ajoute 
que  «  les  représentants  Robespierre  jeune  et  Ricord, 
se  dirigeant  vers  le  Midi,  ont  passé  la  veille  par  Lyon, 
et  y  ont  été  reçus  avec  respect  ». 

Il  n'en  fut  pas  de  même  des  délégués  que  Lyon  avait 
envoyés  à  Paris,  porteurs  de  son  adresse. 

La  Convention  n'avait  plus  rien  à  ménager.  Rever- 
chon,  Albitte  et  Dubois-Crancé  s'étaient  transportés  à 
Mâcon,  OLi  ils  s'occupaient  à  réunir  tout  ce  qu'il  fallait 
pour  s'imposer  de  force,  et  les  députés  qu'on  leur  en- 
voya n'en  obtinrent  que  cet  ultimatum  :  déposer  les 
armes  et  livrer  la  nouvelle  administration  ^ 

Les  Lyonnais  reçurent  cette  réponse  comme  une 
déclaration  de  guerre  et  se  préparèrent  à  leur  tour^ 
Ils  étaient  maîtres  du  Forez,  d'oii  ils  pouvaient  tirer  des 
vivres;  ils  occupèrent  Saint-Étienne,  qui  leur  fournit 
des  armes;  Précy  fut  nommé  général;  M.  de  Clienne- 
lette  éleva  des  ouvrages  de  fortification.  Du  moment  que 
la  lutte  commençait,  le  royalisme  se  relevait  contre  la 
République.  Dubois-Crancé  avait  réuni  10  000  bommes 
d'infanterie,  5000  de  cavalerie  et  120  pièces  de  canon  : 
c'était  peu  contre  une  ville  comme  Lyon,  qui  comptait 


1.  Lettre  du  30  juillet,  Arcliivcs  nationales,  même  dossier. 

2.  Voyez  Histoire  du  siège  de  Lyon  [Lausanne,  1795),  p.  44;  Histoire  parle- 
mentaire, t.  XXVin,  p.  498. 

5.  Saladin,  dans  son  Rapport  au  nom  de  la  Commission  des  Vingt  et  un, 
contre  Billaud-Yarennes,  Collot  d'IIerbois,  etc.,  a  donné,  au  nombre  des  pièces 
(ui),  la  Copie  d'une  lettre  anonyme  écrite  à  Robespierre  d'une  chaumière, 
au  midi  de  Ville-AffrancJiie,  20  messidor,  où  on  lit  (p.  222)  : 

«  Lyon,  conimc  tu  sais,  fut  agité  ainsi  qu'une  partie  de  la  République  à 
l'épofjue  du  51  mai  et  des  1*''  et  2  juin,  et  son  erreur  n'aurait  pas  duré  plus 
que  celle  des  autres  départements,  si  les  partisans  secrets  de  Danton  et  de 
Hébert  n'eussent  attisé  le  feu  :  car  tous  les  contes  bleus  d'émigrés,  de  prêtres 
réfractaires,  de  cocardes  blancbes,  de  guinées  de  l'ilt,  lu  n'ignores  pas  qu'ils 
étaient  absolument  faux.  »  —  Il  se  déclare  ami  de  Robespierre,  mais  lui  dénonce 
(lollot  d'IIerbois. 


2C6  PART.  II,  CIIÂP.  XIV.    LYON. 

40  000  hommes  capables  de  porter  les  armes;  mais 
tous  ne  les  portaient  pas,  et  cette  nombreuse  popu- 
lation pouvait  devenir  un  embarras  en  temps  de  siège. 
D'autre  part,  Dubois-Crancé  suppléait  au  nombre  de 
ses  troupes  régulières  en  appelant  des  volontaires  de 
tous  les  pays  d'alentour.  La  riche  ville  était  une 
proie  offerte  à  la  cupidité  de  tout  ce  qui  pouvait  céder 
à  ce  sentiment  dans  les  montagnes  de  l'Auvergne  et 
du  Yivarais,  comme  dans  le  Bugey  et  dans  la  région 
des  Alpes.  Plus  près  même  de  Lyon,  Dubois-Crancé 
trouvait  des  auxiliaires  :  les  habitants  de  la  Guillo- 
tière  l'aidèrent  à  établir  ses  batteries  à  la  Part-Dieu; 
et  il  comptait  sur  d'autres  aides  dans  la  ville  môme 
à  un  moment  donné'. 

Dubois-Crancé  et  Gauthier,  en  arrivant  devant  Lyon, 
avaient  sommé  la  place'.  Les  Lyonnais  leur  répon- 
dirent : 

Toutes  les  sections  se  sont  assemblées  ;  votre  lettre  leur  a 
été  communiquée;  les  corps  constitués,  le  Comité  général 
de  surveillance  et  de  salut  public  ont  suspendu  leurs  fonc- 
tions. Ce  ne  sont  plus  les  délégués  du  peuple  de  Lyon,  c'est 
le  peuple  tout  entier  qui  vous  répond 

Nous  ne  disons  pas  :  La  loi  nous  opprime,  nous  résistons 
(pensée  que  leur  prêtaient  les  deux  représentants  dans  leur 
proclamation)  ;  mais,  jugés  sur  les  rapports  de  nos  ennemis 
sans  qu'on  ait  voulu  nous  entendre,  sans  qu'on  ait  daigné 
nous  répondre,  jugés  contre  l'évidence  des  faits,  nous  disons 

\.  Histoire  du  siège  de  Lyon,  Tt"  époque,  p.  40-53. 

2.  Voyez  leur  proclamalion  datée  de  la  Pape,  14  août,  lue  à  la  Convention  par 
Barère  dans  la  séance  du  18  (Moniteur  du  19  août  1795,  t.  XVII,  p.  427-428). 
liarère  donne  d'abord  la  sommation  de  Kellormann  du  10  août,  et  le  rapport 
dos  premiers  engagements  de  tirailleurs  du  9  au  15.  11  cilc  également  la  lettre 
d'un  citoyen  l'àris,  commissaire  des  guerres,  qui,  entrant  à  Lyon,  s'est  vu 
embrassé  comme  un  ami  et  s'étonne  qu'on  y  crie  vive  la  République,  tout  en 
tirant  sur  des  républicains.  —  H  y  a  toujours  eu  républicains  et  républicains. 


II.  LYON  APRES  LE  31  MAI.  2G7 

ce  que  nous  aurions  dit  autrefois  au  gouvernement  qui  nous 
eût  opprimés  :  «  Nous  ne  porterons  jamais  d'indignes  fers  et 
nous  résisterons  jusqu'à  ce  que  nous  ayons  obtenu  justice  ou 
que  la  liberté  soit  ensevelie  avec  nous  sous  les  ruines  de 
notre  ville  ». 

Ils  protestaient  contre  l'accusation  de  royalisme,  de 
fédéralisme,  de  connivence  avec  l'étranger  : 

Ceux  qui  servent  les  ennemis  delà  patrie,  ceux  qui  servent 
Pitt,  sont  ceux  qui  veulent  détruire  une  ville  dont  le  mi- 
nistère anglais  paierait  chèrement  la  ruine. 

Et  ils  concluaient  fièrement  : 

Au  reste,  citoyens,  nous  retournons  à  nos  postes,  et  le 
peuple  ne  correspondra  plus  avec  vous  que  par  l'organe  de 
ses  adrainisirateurs,  40  000  hommes  sont  sous  les  armes.  Ils 
ont  juré  de  défendre  jusqu'à  la  mort  les  droits  de  l'homme, 
leur  liberté,  leurs  propriétés  et  la  sûreté  des  citoyens  qu'ils 
ont  investis  de  leur  confiance. 

A  cette  lettre  en  était  jointe  une  autre  du  peuple  do 
Lyon  aux  représentants  pour  la  certifier  (17  août)  : 

Nos  commissaires,  disaient-ils,  sont  les  membres  de  nos 
corps  administratifs  et  nous  déposons  de  nouveau  dans  leurs 
mains  la  plénitude  de  notre  confiance. 

Si  vous  avez  à  faire  des  propositions,  le  peuple  de  Lyon 
vous  somme  de  les  leur  adresser.  On  y  délibérera.  Voilà  son 
dernier  mot. 

Suivaient  119  pages  de  signatures*. 

Je  n'ai  point  à  raconter  le  siège  de  Lyon%  ni  à  juger 

1.  Les  seclions  de  la  ville  de  Lyon  aux  citoyens  did)ois-Crancé  et  Gau- 
thier, représentants  du  peicple  près  l'arme'e  des  Alpes  {\1  Aoni  1793).  (Biblio- 
tlièque  nationale,  Le^^  32.) 

2.  La  garnison  de  Valcncicnnes,  après  la  capitulation  de  la  ville  (28  juillet), 
avait  été  envoyée  contre  Lyon  (Séance  du  18  août  1795,  Moniteur  du  19,  t.  XVII, 
p.  428).  Cl'.  Beaulieu,  Essais,  etc.,  t.  V,  p.  251,  note. 


2G8  PART.  II,  CIIAP.  XIV.  LYON. 

le  débat  engagé  plus  tard  entre  Dubois-Crancé,  qui  le 
mena  jusqu'à  la  veille  de  la  capitulation  de  la  place, 
et  les  représenlanls  plus  jacobins  Coutlion,  Maignet, 
Javoqne,  Châleaiineiif-Randon,  qui,  envoyés  en  Auver- 
gne pour  le  seconder,  arrivèrent  à  point  pour  recueillir 
le  fruit  de  ses  travaux*.  Dubois-Crancé  avait  suivi  les 
règles  de  l'art  des  sièges  :  il  avait  d'abord  pris  position 
sur  la  rive  gauche  du  Rhône,  réuni,  non  sans  mal,  ses 
approvisionnements,  puis  bombardé  la  ville,  en  atten- 
dant le  moment  d'attaquer  aussi  par  la  rive  droite,  avec 
les  forces  qu'il  avait  envoyé  requérir  en  Auvergne  et 
qu'on  lui  promettait  depuis  longtemps^  11  avait  enfin 
porté  l'armée  à  55000,  occupé  les  deux  rives,  enlevé 
les  redoutes  qui  protégeaient  les  approches  de  la 
place.  Il  n'y  avait  plus  qu'à  y  entrer.  Mais  tout  cela 
était  bien  méthodique;  et  suivre  une  pareille  marche, 
n'élait-ce  pas  méconnaître  la  puissance  des  moyens 
révolutionnaires?  On  sut  bien  le  lui  apprendre;  le  mot 
d'ordre  était  donné  à  Paris.  On  l'accusait  de  vouloir 
ménager  les  Lyonnais.  La  Convention  le  rappela  \ 


1.  Voyez  le  Compte  rendu  et  la  Réponse  de  Dubois-Craxcé  aux-  inculpations 
(le  ses  collègues  Codthon  et  Maio.net,  1"^%  2«  et  'ù"  parties  (Bibliothèque  nationale, 
Le^^  47  et  48);  le  Prcynier  rapport  de  Coutho.n  sur  Connnune-Af franchie, 
novembre  17'J3  (ibid.,  45),  et  le  Compte  rendu  ci  la  Convention  nationale  de 
la  mission  des  citoyens  Couthox,  Ciiâteauneuf-IUndon,  Maignet,  servant  de 
développement  à  celui  de  Coutiion,  par  Mjig.net  {iOid.,  46).  «  Qu'importe,  dit 
Maignet,  qu'un  ait  tiré  14000  boulets  et  50000  bombes  pendant  le  siège?  C'est 
moins   au  nombre  qu'à  l'clTet  produit  qu'il  l'allait  s'attacher.  » 

'2.  Il  cite  à  ce  propos  une  lettre  de  Châteauncuf-Randon,  datée  de  Monl- 
brison.  Cliâteauneuf  lui  annonçait  que  le  l'uy-de-Dôme  se  levait  en  masse,  mais 
que  la  plupart  de  ces  montagnards  retournaient  déjà  dans  leur  pays.  Pour  accé- 
lérer la  besogne,  il  demandait  force  pièces  de  36  et  de  48.  Dubois-Crancé  lui 
répondit  qu'il  n'en  existait  pas  dans  les  arsenaux  de  la  République,  mais  qu'arrivé 
devant  Samte-Foy  (la  clef  de  la  position  de  ce  cùlé  de  Lyon)  on  lui  fournirait 
des  pièces  de  16  et  de  24  qui  lui  feraient  boa  usage.  {Réponse,  clc,  1'''=  partie, 
P-^56.) 

5.  Le  Comité  de  salut  public,  trois  jours  après  la  prise  de  Lyon,  lança  même 


II.   LYON  APRES  LE  51  MAL  2G9 

En  même  temps  elle  confirmait  dans  toute  leur 
rigueur  ses  décrets  contre  la  ville  rebelle.  Quiconque 
avait  porté  les  armes  durant  le  siège  était  assimilé  aux 
émigrés,  c'est-à-dire  voué  à  la  mort*. 

Les  Lyonnais  ayant  dû  se  replier  du  Forez,  et  la  rive 
droite  étant  occupée  comme  la  rive  gauche,  le  manque 
de  vivres  rendait  la  soumission  imminente.  La  ville  se 
décida  à  négocier  avec  les  représentants.  Il  y  avait 
toutefois  parmi  les  combattants  des  hommes  qui,  n'ayant 
rien  à  attendre  de  la  capitulation,  étaient  résolus  à  ne 
pas  s'abandonner  à  la  merci  des  vainqueurs.  Ceux-là 
sortirent  avec  Précy  par  le  pont  Morand,  qui  restait  en 
leur  pouvoir,  et  avec  eux  aussi  des  femmes,  des  enfants, 
qui  ne  voulaient  pas  les  quitter;  résolution  fatale  : 
car  un  pareil  cortège  embarrassait  la  marche  de  cette 
troupe.  Ils  furent  poursuivis  dans  leur  retraite,  signa- 
lés, assaillis  dans  les  défilés  qu'ils  avaient  à  passer. 
Un  très  petit  nombre,  avec  Précy,  réussirent  à  gagner 
la  frontière'.  Quant  à  la  masse  des  habitants,  qui  ne 
pouvaient  plus  songer  à  se  défendre,  ils  continuèrent 
les  négociations  commencées  ;  mais,  avant  qu'elles 
eussent  abouti,  les  avant-postes,  mal  gardés,  furent 
surpris  par  les  troupes  républicaines.  Les  représentants 
alors  déclarèrent  qu'il  n'y  avait  plus  lieu  de  traiter, 
puisque  la  place  était  à  eux,  et  ils  y  entrèrent  sans 
conditions  ''. 

La  ville  ne  fut  pas  livrée  au  pillage,  comme  l'eussent 


un  manilat  d'arrêt  contre  lui;  21=  jour  du  1°''  mois  de  la  2=  année  (12  octobre 
1795).  Voyez  Saladin,  Rapport  de  la  Commission  des  Vingt  et  un;  Pièces, 
n°  63,  p.  258. 

1.  Histoire  du  siège  de  Lyon  (Lausanne,  1795),  p.  71. 

2.  Ibid.,  p.  75-77. 

3.  Ibid.,  p.  79. 


270  PART.  II,  CIIAP.  XIV.   LYON. 

voulu  les  volontaires  du  voisinage,  allirés  et  retenus 
par  cet  appât*.  Mais,  nous  le  verrons  ailleurs,  elle 
ne  gagna  guère  au  traitement  plus  méthodique  qui  lui 
fut  réservé. 


1.  Elle  n'en  fut  pas  absolument  exempte.  Les  commissaires  du  Conseil  exé- 
cutif dressèrent  «  procès-verbal  des  objets  qu'ils  ont  aidé  le  curé  de  Saint-Irénce 
à  sauver  de  sa  paroisse,  9  octobre  1793  ».  (Archives  nationales,  F  i'  550.) 


CHAPITRE  XV 

AUVERGNE. 

I 

Puy-de-Dôme. 

Dans  le  mouvement  de  résistance  à  la  révolution  du 
31  mai,  les  grandes  villes  tinrent  généralement  le  pre- 
mier rang  et  exercèrent  leur  influence  autour  d'elles. 
Nous  l'avons  vu  pour  Caen,  Rennes,  Bordeaux,  Tou- 
louse, Nîmes  et  Marseille.  Il  en  devait  être,  à  plus  forte 
raison,  ainsi  de  Lyon.  Mais  cette  grande  ville,  livrée 
aux  mains  des  Montagnards,  après  avoir  tenté  une  pre- 
mière fois  de  secouer  leur  joug  (février  1795),  n'avait 
pu,  comme  plusieurs  autres,  suivre  les  événements  qui 
se  préparaient  à  Paris,  et,  quand  elle  eut  fait  sa  contre- 
révolution,  le  29  mai,  elle  se  trouva  partagée  entre  la 
pensée  de  s'unir  aux  autres  pour  la  défense  de  la  Con- 
vention et  le  soin  de  se  réorganiser  à  l'intérieur.  Cela 
explique  pourquoi  elle  n'eut  pas  l'initiative  du  mouve- 
ment qu'en  raison  de  sa  position  et  de  son  importance 
elle  semblait  appelée  à  diriger. 

Ce  mouvement,  du  reste,  éclatait  partout  de  lui- 
même  aux  environs  :  non  seulement  au  Midi,  dans  la 
Drôme,  dans  l'Ardèclie,  où  nous  l'avons  vu,  mais  à 
l'Est,  au  Nord  et  à  l'Ouest. 


272  PART.  II,  CHAP.  XV.   AUVERGNE. 

A  l'ouest  de  Lyon,  dans  les  montagnes  de  l'Auvergne, 
les  tendances  fédéralistes  avaient  été  d'abord  assez  pro- 
noncées. La  querelle  des  Girondins  avec  les  Jacobins, 
dès  le  début  de  la  Convention,  intéressait  tous  les 
départements  :  c'était  la  cause  de  la  province  qui  ne 
voulait  pas  se  laisser  dominer  par  le  parti  inféodé  à  la 
Commune  de  Paris.  Le  département  du  Puy-de-Dôme 
n'attendit  pas  le  31  mai  pour  manifester  ses  sentiments. 
A  Riom,  une  délibération  du  conseil  de  la  commune, 
inscrite  dans  ses  registres  à  la  date  du  2G  de  ce  mois, 
portait  : 

Les  dissensions,  les  querelles  privées  qui  s'élèvent  chaque 
jour  dans  le  sein  de  la  Convention,  la  mésintelligence  qui 
règne  parmi  ses  membres,  scandalisent  depuis  trop  longtemps 
toutes  les  communes  de  France.  Elles  sentent  tous  les  maux 
d'une  anarchie  que  ces  divisions  funestes  ont  enfantée  et 
qu'une  Constitution  et  des  lois  peuvent  seules  faire  cesser'. 

Et  l'on  décidait  que  l'on  ferait  parvenir  à  la  Con- 
vention l'expression  de  ce  mécontentement  dans  une 
adresse.  Le  conseil  général  du  département  écrivait  à 
son  tour,  vers  la  même  époque  : 

La  liberté  n'est  plus  qu'un  mot;  une  licence  effrénée  a 
pris  sa  place,  les  lois  sont  sans  force,  les  autorités  sans  pou- 
voirs; l'anarchie,  l'arbitraire  règne  partout. 

Citoyens  représentants,  songez-y  :  cet  état  est  trop  violent, 
il  ne  peut  durer.  Hâtez- vous  de  mettre  fin  à  nos  maux  ;  la 
source  en  est  dans  votre  sein,  c'est  dans  votre  sein  que  doit 
s'en  trouver  le  remède. 

Nous  n'épousons  aucun  de  vos  partis — 


1.  Fr.  Mègc,  le  Puy-de-Dôme  en  1795,  p.  04.  —  C'est  un  livre  comme 
celui  (le  M.  Vivie  pour  la  Giromlc,  comme  on  en  devrait  luire  pour  chaque 
déparlcmcnl. 


I.   rUY-DE-DOME.  275 

Mais  il  indiquait  assez  de  quel  côté  il  n'était  pas  : 

Que  les  factieux  des  tribunes,  que  ces  hommes  avides  de 
sang  et  de  pillage  n'entreprennent  pas  de  vous  séparer. 
Vous  formez  tous  sans  exception  un  dépôt  sacre  au  milieu  de 
nos  frères  de  Paris.  Ils  nous  répondent  de  vous  tous  sans 
exception'. 

La  ville  de  Clermont  avait  fait  aussi  son  adresse,  le 
26  mai,  et  désigné  des  commissaires  pour  la  porter  à 
la  Convention ^  Ils  arrivèrent  à  Paris  la  veille  même  de 
la  révolution  du  51  mai.  Ils  s'acquittèrent  néanmoins 
de  leur  mission,  le  4  juin  : 

Il  est  temps,  disaient- ils,  qu'une  Constitution,  solennel- 
lement discutée  par  vous  et  librement  acceptée  par  le  peuple, 
fasse  cesser  l'esprit  d'anarchie  qui,  formé  dans  votre  sein, 
s'est  propagé  dans  toutes  les  sections  de  la  République.  Plus 
de  désunion,  citoyens,  plus  de  passions,  plus  d'intérêts  privés  : 
donnez-nous  promptement  une  Constitution  digne  d'un  peuple 
qui  veut  être  libre  ". 

Une  Constitution  !  C'est  ce  que  les  Montagnards  vou- 
laient faire,  et  ils  ne  parlaient  plus  que  d'union  depuis 
que  les  Girondins  étaient  proscrits  :  les  agents  de  dis- 
corde, les  égoïstes,  c'étaient  Yergniaud,  Brissot  et  les 
autres.  La  pétition  fut  prise  pour  un  manifeste  contre 
les  Girondins  et  reçue  avec  applaudissements.  Coutlion, 
qui  était  de  Clermont  ^  avait  intérêt  à  faire  prendre  ses 
compatriotes  pour  de  vrais  Montagnards.  Il  fit  déclarer 


i.  Mège,  le  Puy-de-Dôme  en  1793,  n°  23,  p.  467.  —  Le  conseil  général  ilii 
département  avait  décidé,  le  13  mai,  la  levée  d'une  force  départementale  de 
4000  hommes  «  contre  l'ennemi  du  dehors  et  du  dedans  ».  (Archives  nalio- 
nalcs,  AF  u,  carton  43,  dossier  154,  n"  14.) 

2.  Mègc,  ibid.,  p.  64. 

5.  Mège,  ibid.,  p.  66. 

4.  Né  à  Orcet,  près  de  Clermont-Fcrrand. 

nÉvoL.  DU  51  MAI.  u  —  18 


274  PART.  II,  ClIAP.  XY.  AUVERGNE. 

que  Cicrmont  avait  bien  mérité  de  la  patrie  (4  juin)  \ 
Le  même  jour,  pour  mieux  faire  accepter  ce  décret, 
Moneslier  écrivait  à  ses  concitoyens  : 

Frères  et  amis, 

La  liberté  avait  déjà  triomphé  en  plusieurs  occasions. 
L'égalité  vient  enfin  de  triompher  à  son  tour,  et  c'est  encore 
au  bon  peuple  de  Paris  que  nous  en  avons  l'obligation.  La 
lutte  va  donc  cesser  entre  le  Marais  et  la  Montagne,  et  la  loi 
va  se  prononcer  définitivement  sur  le  Marais. 

Il  recommande  de  se  méfier  des  fausses  nouvelles, 
journaux  ou  lettres  particulières  : 

Les  faits  sont  simples,  et  les  principes  sont  clairs.  Tous 
les  faits  sont  expliqués  par  un  seul  :  non  seulement  tout  le 
peuple  de  Paris,  armé  et  non  armé,  a  été  debout,  mais  encore 
tout  le  peuple  de  ce  département  et  de  quelques  munici- 
palités des  départements  voisins.  Et  cependant  il  n'y  a  pas 
eu  une  goutte  de  sang  répandu,  un  pavé  arraché,  une  bou- 
tique fermée,  un  citoyen  maltraité  ou  menacé.  Toute  cette 
grande  insurrection  a  été  parfaitement  organisée  et  sagement 
exécutée.  Le  peuple  savait  très  bien  qu'il  était  debout  pour 
faire  cesser  nos  divisions  en  donnant  l'avantage  à  la  grande 
majorité  de  la  Convention  qui  veut  décidément  son  bonheur — 

Il  est  constant  qu'il  n'en  savait  pas  le  premier  mot! 

Quant  aux  principes,  ne  vous  laissez  pas  tronqier  par  ces 
prétendus  modérés  se  disant  toujours  amis  des  lois  et  des 
principes.  Ces  gens,  pires  que  les  aristocrates  coalisés  avec 
les  royalistes,  ne  connaissent  pas  les  époques  révolution- 
naires  lisse  trompent  grossièrement,  ces  hommes  qui  disent 

que  la  Convention  nationale  est  dégradée,  que  la  représen- 
tation nationale  est  entamée  par  des  mandats  d'arrêt  et  la 
mise  en  jugement  de  nos  collègues 

1.  Moniteur  du  G  juin,  t.  XVI,  p.  503. 


I.  PUY-DK-DOME.  275 

Si  ces  mêmes  amis  des  lois  m'objectaient  encore  que  nous 
n'avons  pas  été  libres,  voici  ma  réponse  :  Je  crois  être  libre 
lorsque  j'ai  le  droit  de  dire  oui  ou  non  ;  or  tout  représentant 
qui  ne  sait  pas  trahir  sa  conscience  conserve  ce  droit  pré- 
cieux, même  en  présence  d'un  assassin 

Que  répondre  à  cela  ?  La  majorité  de  la  Convention 
ne  pouvait  en  effet  répudier  l'attentat  qu'en  faisant 
l'aveu  de  sa  lâcheté.  —  Et  le  représentant  finit  sa  lettre 
en  disant  que  depuis  la  journée  du  o  l'assemblée,  ren- 
due libre,  a  fait  plus  de  besogne  pour  le  bien  du  peuple 
qu'elle  n'en  avait  fait  en  trois  mois*. 

Les  lettres  n'arrivaient  pas  vile  alors  au  fond  de 
l'Auvergne.  Les  habitants  du  canton  de  Pontaumur  ne 
savaient  probablement  rien  encore  de  la  révolution  de 
Paris  quand,  le  Li  juin,  ils  adressaient  à  la  Convention 
cette  catilinaire  : 

Jusques  à  quand  souffrirez-vous  que  le  vaisseau  de  la  révo- 
lution française  erre  sur  une  mer  orageuse  d'anarchie  ;  sans 
mâts  et  sans  gouvernail,  il  est  à  la  merci  des  royalistes  et  des 
intrigants^,  etc.,  etc. 

Et  le  5  juin,  la  ville  de  Clermont  ne  paraissait  pas 
être  mieux  informée.  Ce  jour-Là  on  en  était  encore  aux 
mesures  destinées  à  prévenir  la  révolution.  Les  admi- 
nistrateurs du  Puy-de-Dôme  prirent  une  délibération 
qui  adhérait  à  l'arrêté  de  la  Côte-d'Or  daté  du  3U  mai, 
et  promettait  «  attachement  au  gouvernement  répu- 
blicain, soutien  de  la  liberté  et  de  l'égalité,  soumis- 
sion aux  lois,  respect  pour  les  personnes  et  les  pro- 


1.  Mc'ge,  n"  22,  p.  i05-4G6,  d'après  la  copie  d'oi-iginaux  conservés  aiilrefois 
à  la  municipalité  de  Clermont. 

2.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  22,  dossier  Piuj-de-Dôme. 


276  PART.  II,  CHAP.  XV.  AUVERGNE, 

priélés,  mort  aux  tyrans  et  insurrection  contre  toute 
autorité  despotique  ou  dictatoriale  et  contre  toute  su- 
prématie de  commune  ».  —  On  visait  la  Commune  de 
Paris.  Des  commissaires  étaient  nommés  pour  s'en- 
tendre sur  ces  bases  avec  le  Cantal,  la  Ilautc-Loire, 
l'Allier  et  la  Corrèze.  Ceux  de  la  Côte-d'Or,  en  appor- 
tant leur  arrêté,  disaient  que  le  Puy-de-Dôme  était  le 
cinquante-troisième  département  dont  l'adhésion  lui 
était  acquise  ^  Au  retour  des  citoyens  envoyés  à  Paris 
par  le  Puy-de-Dôme,  quand  on  sut  par  des  témoins 
oculaires  de  quelle  sorte  la  Convention  avait  été  oppri- 
mée le  2  juin  et  sous  quelle  pression  elle  avait  proscrit 
les  principaux  de  la  Gironde,  on  fit  une  manifestation 
plus  éclatante.  Une  adresse,  rédigée  le  20  juin  par  les 
administrateurs  du  département,  portait  : 

Citoyens, 

Vous  êtes  asservis,  les  derniers  événements  ne  permettent 
plus  d'en  douter.  Une  faction  liberticide  vous  dicte  des  lois  : 
elle  vous  a  commandé  de  violer  la  représenlalion  nationale, 
et  vous  l'avez  violée;  elle  vous  a  demandé  plusieurs  de  vos 
membres,  et  vous  les  lui  avez  livres.  Tant  d'audace  d'un  côté, 
tant  de  faiblesse  de  l'autre,  font  craindre  que  vous  ne  puis- 
siez plus  sauver  la  patrie. 

Nous  ne  nous  rappellerons  pas  les  outrages  sanglants  que 
la  nation  a  reçus  en  vous,  j)our  ne  pas  trop  cntlammer  l'in- 
dignation publique;  mais  nous  devons  vous  dire  que  le 
peuple  veut,  à  quelque  prix  que  ce  soit,  conserver  sa  liberté. 

Déjà  un  orage  terrible  commence  à  se  lever  sur  l'horizon 
de  la  République.  En  vain  tenterait-on  de  le  dissiper  par  la 
terreur   et  la  violence.    Celte  mesure   ne    convient    qu'aux 


1.  Lettre  du  commissaire-tlu  Conseil  exécutif  Lebrelon,  ù  la  date  du  11  juin. 
(Archives  nationales,  Fi''  551,  dossier  Lebrelon.) 


II.  CANTAL  ET  HAUTE-LOIRE.  277 

tyrans  et  elle  n'a  jamais  servi  qu'à  précipiter  leur  chute.  La 
Constitution  et  la  Constitution  seule  peut  le  détourner. 

Cessez  de  crier  au  fédéralisme,  à  la  coalition.  Le  fédéra- 
lisme est  une  folie  à  laquelle  personne  ne  croira,  et  la  coa 
lition  de  tous  les  amis  de  l'ordre  est  l'unique  remède  contre 
'anarchie  lorsqu'elle  a  gagné  le  cœur  de  la  République. 

Et  ils  réclamaient  de  nouveau  une  Constitution  fon- 
dée sur  ces  principes  : 

l"  Liberté,  égalité: 

2°  Unité,  indivisibilité  de  la  République. 

Cela  n'était  pas  contesté  ;  mais,  de  plus  : 

3"  Unité,  indivisibilité  de  la  représentation  nationale; 

4°  Inviolabilité  des  représentants  du  peuple  jusqu'à  un 
décret  d'accusation  contre  eux; 

5"  Entière  liberté  des  opinions  ; 

6°  Résistance  à  l'oppression,  à  toute  autorité  despotique, 
dictatoriale,  à  toute  espèce  de  suprématie'. 

Un  seul  administrateur  protesta  contre  cette  adresse 
et  la  dénonça  bassement  à  Couthon^  La  pièce  n'avait 
pas  été  envoyée  à  la  Convention  :  on  pouvait  savoir  com- 
ment elle  y  aurait  été  accueillie;  mais  elle  fut  imprimée, 
répandue  dans  tout  le  déparlement  et  transmise  tout 
spécialement  à  Lyon  et  à  Bordeaux. 

II 

Canl.il  et  Ilautc-Loiro. 

Le  Cantal  et  la  Haute-Loire  avaient  fait  aussi,  et  de 
bonne  heure,  leur  protestation  contre  les  troubles  et 

1.  Mège,  p.  70. 

2.  Wid.,  p.  72,   et  les    doux  lettres   de  Noyer  Dubouy  à   Coullion,   20  et 
25  juin  ;  ibicL,  note  21,  p.  468471. 


278  PART.  II,  CIIÂP.  XV.  AUVERGiNE. 

les  violences  d'où  devait  sortir  la  révolution  du  51  mai. 
Dès  le  50  décembre  le  Cantal  avait  demandé,  comme 
plusieurs  autres  déparlements,  la  création  d'une  force 
armée  pour  concourir,  avec  les  Parisiens,  à  la  défense 
de  la  Convention*. 

La  Société  des  Amis  de  la  liberté  et  de  téfjalité  de 
Saint-Flour  s'exprimait,  vers  la  même  époque,  dans 
les  termes  les  plus  durs  : 

La  confiance  des  départements  est  indignement  trahie.  Des 
factieux  dégoûtant  de  crimes,  etc. 

Représentants,  la  patrie  est  dans  le  plus  grand  danger  ;  votre 
marche  n'a  rien  de  prononcé.  N'aurez-vous  jamais  le  courage 
de  juger  ceux  de  vos  membres  que  l'opinion  publique  vous 
dénonce  sans  cesse  comme  auteurs  de  tous  les  troubles  et 
provocateurs  de  tous  les  crimes? 

Représentants,  si  vos  opinions  ne  sont  pas  libres,  parlez; 
des  millions  de  bras  voleront  à  votre  secours.  Si  vous  êtes 
libres,  respectez  et  faites  respecter  votre  auguste  caractère^. 

On  a  vu  le  débat  que  suscita,  le  il  janvier,  à  la  Con- 
vention l'arrêté  du  département  du  Cantal  pour  l'orga- 
nisation d'une  force  armée,  arrêté  pris  en  conséquence 
du  vœu  exprimé  par  cette  société,  et  dénoncé  par  Cou- 
thon  à  l'Assemblée  ^  L'adresse  de  la  Haute-Loire,  conçue 
dans  le  même  sens,  et  l'arrêté  qu'elle  avait  pris  aussi 
pour  lever  une  force  départementale  avaient  produit 
grand  effet  dans  les  départements  et  provoqué,  peu  de 
jours  auparavant  (5  janvier),  une  discussion  non  moins 
vive  dans  la  Convention  \  Nous  en  avons   également 


1.  On  la  trouve  ilans  les  Archives  de  l'Eure. 

'2.  Reçu  le  10  janvier  1793.  Archives  nationales,  D  xr.  §  4,  carton  19,  dossier 
Cantal. 

5.  Voyez  ci-dessus,  t.  I,p.  75. 

4.  Voyez  ci-dessus,  t.I,  p.  05,  66. —  Les  .archives  de  l'Kure  conservent  un  autre 


IL   CA>'TâL  et  HAUTE-LOIRE.  279 

parlé  dans  les  antécédents  du  51  mai.  La  Société  jaco- 
bine du  Puy  avait  été  jusqu'à  rompre  ouvertement  avec 
la  société  mère  par  cette  lettre  adressée  à  toutes  les  so- 
ciétés affiliées  : 

Du  Tuy,  le  dernier  décemlire  1792,  l'an  L''  de  la  République. 

La  Société  des  Amis  de  l'égalité  séant  au  Puy  à  toutes  les 
Sociétés  patriotiques  des  départements,  salut. 

Frères  et  amis, 

Voici  nos  étrennes  à  l'humanité,  à  l'amour  des  lois,  à  la 
liberté  de  la  représentation  nationale,  à  l'unité  de  la  Répu- 
blique, mais  surtout  à  I'Egalité.  Nous  rompons  entièrement 
avec  les  Jacobins  de  Paris. 

Cinq  cents  patriotes  de  notre  département  vont  partir  pour 
cette  ville,  résolus  de  réduire  les  factieux  qui  l'agitent  et 
d'assurer  la  liberté  de  la  Convention.  Que  feront-ils,  s'ils  ne 
sont  accompagnés  que  de  nos  frères  des  Bouches-du-Rhônc, 
du  Finistère  et  de  quelques  départements?  Que  ne  feront-ils 
pas,  si  tous  les  départements  les  secondent? 

Les  membres  du  comité  de  correspondance  : 

P.  L0BEYRA.C  fils.  Motet,  Rousson,  Brun,  Imbert,  Ribeyron'. 

Depuis,  les  deux  départements  avaient  eu  plus  d'une 
occasion  de  manifester  les  mêmes  sentiments.  On  en 
trouve  particulièrement  un  exemple  dans  une  séance  de 
la  Société  des  Amis  de  la  liberté,  etc.,  de  Saint-Flour, 
dont  le  procès-verbal  fut  alors  imprimé  par  extraits^  et 
mérite  d'être  en  partie  reproduit. 

arrêté  de  la  Haute-Loire  en  date  du  2G  janvier,  contenant  un  serment  contre  les 
dictateurs,  etc. 

1.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  21,   dossier  Ilaide-Loire,  et  Biblio- 
thèque nationale,  Lb***  1004. 

2.  Extrait  des  procès-verbaux  de  la  Société  de  Saint-Flour,  22  et  25  avril 
1793.  (Uibliothèque  nationale,  Lb*»  1078.) 


280  PART.  II,  CIIÂP.    XV.  AUVERGNE. 

Les  deux  représentants  Faiire  et  Lacoste,  envoyés 
pour  la  levée  des  500  000  hommes,  étaient  venus  visiter 
la  société  (22  avril  1795).  On  les  reçut  avec  honneur, 
mais  l'occasion  parut  bonne  de  faire  savoir,  par  eux,  à 
la  Convention  ce  qu'on  était  à  Saint-Flour  et  ce  qu'on 
pensait  des  procédés  de  l'Assemblée;  c'est  par  quoi 
débuta  le  président  : 

Amour  de  la  patrie,  enthousiasme  pour  la  liberté,  confiance 
en  nos  représentants,  dévouement  absolu  à  la  chose  publique, 
tels  sont  les  sentiments  qui  nous  animent; 

Souveraineté  du  peuple,  unité  et  indivisibilité  de  la  Répu- 
blique, voilà  nos  opinions  bien  prononcées. 

Mais  il  se  plaignait  de  l'excès  des  charges,  il  deman- 
dait un  terme  aux  révolutions  : 

Un  mouvement  trop  prolongé  détruit  et  décompose  au  lieu 
de  vivifier. 

Et  enfin,  ce  qui  était  le  refrain  de  toutes  les  adresses  : 
l'union  de  tous  et  la  Constitution  ! 

Pourquoi  sommes-nous  forcés  de  vous  parler  de  factions  et 
de  partis?  11  ne  doit  exister  qu'une  faction,  celle  de  la  liberté 
et  de  l'égalité ,  celle  de  vingt-quatre  millions  d'hommes 
constitués  en  république  représentative  une  et  indivisible. 

A  cette  demande  de  la  suppression  des  partis  les 
deux  représenlants  répondirent  par  un  programme 
franchement  jacobin.  Faure,  le  premier,  déclare  que 
tout  le  mal  est  dans  l'ancien  régime  :  les  prêtres,  les 
nobles,  les  gens  de  plume\  voilà  l'ennemi.  C'est  aux 
sociétés  populaires  qu'appartient  la  surveillance  et  il 

i.  C'est  bien  plume  et  non  plaine  que  porte  le  texte,  il  attaque  les  écrivains  : 
«  Celte  plume  voracc  qui  se  nourrissait  des  sueurs  du  laborieux  cultivateur.» 


If.  CANTAL  ET  HAUTE-LOIRE.  281 

faut  surveiller  surtout  les  modérés.  Lacoste  précise.  Il 
dit  quel  est  le  but  de  la  missiou  des  quatre-vingt-deux 
représentants  délégués  par  la  (Convention  dans  les  dé- 
partements. A  l'en  croire,  ce  ne  serait  autre  chose  que 
ce  qui  lit  l'objet  de  la  pétition  du  15  avril,  manifestation 
de  la  Commune  de  Paris  contre  les  chefs  de  la  majorité 
de  la  Convention.  Il  signale  comme  ennemis  «  les  Ver- 
gniaud,  les  Guadet,  les  Gensonné,  les  Barbaroux,  les 
Brissot,  les  Louvet,  les  Rebecqui,  et  surtout  le  traître 
Roland  »  ;  et  il  exalte  Robespierre,  Marat  et  d'Orléans 
(Philippe  Egalité).  Il  insiste  particulièrement  sur  Marat 
et  lui  fait  une  sorte  de  réclame  : 

Son  journal,  dit-il,  se  vend  avec  profusion;  il  n'est  pas 
un  Parisien,  pas  un  seul  patriote,  qui  n'en  achète  chaque  jour 
un  exemplaire.  Cet  homme  vraiment  l'ami  du  peuple  a  prédit 
avec  justesse  tous  les  événements  de  la  Révolution  ;  il  peut 
être  fou  et  exalté,  mais  la  plupart  de  ses  vues  sont  excellentes, 
et,  parce  qu'il  est  poursuivi  par  la  calomnie,  le  croiriez-vous 
coupable?  non,  citoyens,  il  ne  l'est  pas. 

Il  va  jusqu'à  défendre  les  journées  de  septembre*  !  et 
il  les  renouvellerait  volontiers  : 

Pour  que  la  liberté  soit  consolidée,  il  faut  que  le  peuple 
se  lève  et  qu'il  écrase  tous  ses  ennemis;  qu'il  écrase  surtout 
les  modérés  et  les  Feuillants,  ces  ennemis  dangereux  qui 
conservent  dans  leur  cœur  des  sentiments  inciviques,  quoi- 
qu'ils feignent  de  prêcher  le  respect  de  la  loi,  des  personnes 
et  des  propriétés  ^ 

1.  «  Citoypns,  vous  avez  vu  fréqiicmmout  les  Buzot,  les  liiubaroux,  les  Guadet, 
les  Brissot  et  autres  chefs  de  factieux,  solliciter  un  décret  pour  la  poursuite  des 
auteurs  de  ces  journées  de  septembre  qui  n'étaient  que  la  suite  d'une  grande 
révolution.  Ces  journées  auraient  dû  être  ensevelies  dans  les  ténèbres  de  l'oubli.  » 
—  C'est  Roland  qui  a  surtout  voulu  les  exploiter  contre  les  Montagnards,  Roland, 
l'ami  de  I)umouriez,  etc. 

2.  On  parle  de  Constitution;  mais  ce  sont  les  Girondins  qui  la  rédigent;  c'est 


282  PART.  H,  CUAP.  XV.  AUVERGNE. 

Et  voici  ce  qu'il  compte  faire  pour  la  bonne  ville  de 
Saint-Flour  : 

Ne  pouvant  demeurer  plus  longtemps  dans  celte  ville, 
muni  des  pouvoirs  les  plus  grands  et  les  plus  étendus,  j'éta- 
blirai avant  mon  départ  une  commission  composée  de  six 
membres  les  plus  épurés,  de  six  véritables  sans-culottes,  je 
leur  déléguerai  une  partie  des  pouvoirs  dont  je  suis  revêtu. 
Cette  commission,  chargée  de  surveiller  les  autorités  consti- 
tuées et  d'épurer  leur  compte ,  dressera  une  liste  des  gens 
suspects,  avec  des  notes;  cette  liste  me  parviendra,  et  bientôt 
ces  hommes  dangereux  seront  déportés,  leurs  perfides  tètes 
rouleront  sur  des  guillotines,  et  leurs  biens  seront  confisqués 
au  profit  de  la  nation. 

C'était  trop  fort  !  Il  se  croyait  dans  un  club  de  Paris. 
Un  des  membres  de  la  société,  le  citoyen  Yaissier,  le 
rappela  au  sentiment  de  la  réalité  : 

Citoyens  commissaires,  dit-il,  dans  ce  département  l'esprit 
public  est  bon.  Ce  qui  afflige  les  bons  citoyens,  ce  sont  ces 
dénonciations  vagues,  ces  dissensions,  ces  troubles  qui  régnent 
dans  le  sein  de  la  Convention.  Il  est  temps  de  faire  cesser 
celte  anarchie  et,  au  lieu  de  s'accuser,  de  se  soupçonner,  les 
législateurs  doivent  travailler  sans  retard  à  nous  donner  une 
Constitution  fondée  sur  les  bases  impérissables  des  droits  du 
peuple,  autour  de  laquelle  les  Français  puissent  se  rallier. 

La  réponse  était  vive,  la  réplique  fut  brutale  : 

Le  député  commissaire  s'est  levé  et  a  dit  : 
Citoyens ,  l'opinion   publique    est  corrompue   dans    cette 
enceinte  et  dans  cette  ville.  Je  le  savais  avant  d'y  arriver.  Les 


Condorcot  qui  en  est  le  rapporteur  :  «  Vous  connaissez  l'ignorance  de  Condorcet; 
mais  ce  que  vous  ne  savez  pas  »,  etc.  Il  y  avait,  disait-il,  inséré  deux  chapitres 
qui  ctablissaicnl,  connue  dans  le  syslème  anglais,  deux  chambres  et  un  roi.  — 
Système  de  Basile  :  Calomniez,  etc. 


II.   CANTAL  ET  IIAU TE-LOIRE.  285 

sentiments  dangereux  du  préopinant  ne  me  surprennent  pas, 
je  sais  qu'il  est  en  relation  avec  un  député  appelant  ;  il  doit 
être  nanti  de  plusieurs  lettres  de  ce  député.  Je  le  somme, 
au  nom  de  la  patrie,  de  les  déposer  sur  le  bureau;  il  y  en 
aurait  assez  pour  faire  guillotiner  son  auteur. 

Cette  menace  ne  ferma  point  la  bouche  à  l'interlo- 
culciir  : 

Citoyen  commissaire,  a  répondu  le  citoyen  Vaissier,  je  suis 
surpris  et  de  ce  que  vous  avancez  et  de  ce  que  vous  exigez. 
Je  suis  homme,  et  par  conséquent  je  sais  penser,  juger  et  me 
conduire  par  moi-même. 

Il  ajouta  qu'il  était  en  relation  avec  des  députés  de  la 
Montagne  comme  avec  ceux  de  la  Plaine,  et  qu'il  pou- 
vait défier  tout  soupçon. 

Dans  la  séance  suivante,  '25  avril,  le  citoyen  Goyon, 
interpellant  le  représentant  sur  ce  qu'il  avait  dit  de  la 
faction  où  il  rangeait  Pétion,  Guadet,  etc.,  déclara  que 
ces  hommes  n'étaient  connus  à  Saint-Flour,  «  sous  un 
mauvais  côté,  que  par  une  foule  de  dénonciations  sans 
preuves  »  : 

Nous  pourrions  peut-être  les  juger,  ces  hommes  si  dan- 
gereux, en  lisant  attentivement  les  journalistes  ;  mais  tu  nous 
as  privés  de  celte  ressource,  en  nous  assurant  qu'il  ne  fallait 
plus  compter  sur  la  véracité  des  journaux.  Marat,  Carra  et  le 
Moniteur  ont  seuls  échappé  à  la  sévérité  de  ton  jugement. 
Je  lis  avec  exactitude /<?  Moniteur;  et,  faut- il  t'avouer  mon 
ignorance?  je  n'y  trouve  rien  contre  les  hommes  que  tu  nous 
dénonces. 

Et  après  une  série  de  réfutations  : 

Qu'on  ne  nous  parle  plus  de  Marat  :  hi  Convention  a  pro- 
noncé sur  le  sort  de  ce  tigre.  Déposez  toute  haine,  enchaînez 


284  PART.  II,  ClIAP.  XV.   AUVERGNE. 

les  passions,  envisagez  les  maux  que  vous  causez  à  la  patrie, 
sachez  faire  des  lois  et  imposer  à  nos  armées  cette  confiance 
d'où  naît  la  victoire.  J'ai  dit;  prends  la  parole  et  réponds. 

Lacoste,  peu  habitué  sans  doute  à  de  pareilles  ré- 
pliques, revint  sur  ce  qu'il  avait  dit  la  veille  de  son  atta- 
chement à  Marat,  à  Robespierre,  à  Egalité.  Il  excusa 
Marat  : 

Marat  est  un  fou  qui,  renferme  volontairement  l'espace 
de  18  mois  dans  un  souterrain  pour  échapper  aux  satellites 
du  despotisme,  n'a  plus  que  des  idées  souterraines;  cependant 
il  faut  convenir  que  souvent  ses  idées  ont  été  utiles  à  la  chose 
publique.  Ne  croyez  pas,  citoyens,  que  Marat  soit  soutenu  par 
la  Montagne;  s'il  l'avait  été,  ses  ennemis  n'auraient  jamais 
pu  le  contraindre  par  un  décret  d'accusation  à  rentrer  dans 
sa  cave. 

—  On  sait  comment  il  en  sortit.  —  Le  représentant 
défend  Egalité,  il  exalte  Robespierre^  «  cet  homme  pur 
comme  la  lumière  du  soleil,  nommé,  à  si  juste  titre, 
l'Incorruptible  ».  Il  revient  à  la  charge  contre  les  Bris- 
solins,  contre  l'infâme  Roland  : 

Tous  vous  plaignez  de  nos  dissensions.  lié  !  comment  voulez- 
vous  que  nous  soyons  unis?  L'élcs-vous,  dites-moi,  avec  les 
aiistocrates  de  Saint-Flour,  et  croyez-vous  qu'il  soit  possible 
que  la  Montagne  descende  dans  la  Plaine  ou  que  la  Plaine 
puisse  grimper  sur  la  Montagne?  Vous  demandez  sans  cesse 
une  Constitution  ;  mais  pensez-vous  sérieusement  qu'il  soit 
possible  d'en  f;iire  une  au  milieu  des  orages? 

Et  ne  dominant  plus  ses  instincts  sanguinaires  : 

Citoyens,  il  est  infiniment  jdus  urgent  de  songer  à  nos 
armées  et  de  sauver  la  République  en  détruisant  prompte- 
ment  les  Girondins,  les  modérés  et  les  Feuillants.  Je  sais 
qu'une  faction  désorganisatricc  a  voulu  nous  faire  envisager 


II.   CANTAL  ET  IIALTE-LOIRE.  285 

comme  une  minorité  turbulente.  Citoyens,  voulez-vous  jugor 
où  est  la  majorité  ?  Elle  est  sur  cette  Montagne  qui  a  pu,  sans 
s'affaiblir,  envoyer  aux  départements  et  aux  armées  cent 
cinquante  de  ses  membres  :  elle  est  du  côté  de  ceux  qui 
votèrent  la  mort  du  tyron  :  elle  est  où  sont  ceux  qui,  pé- 
nétrés de  l'amour  sacré  de  la  patrie,  vous  répètent,  comme 
moi,  que  l'union  est  maintenant  un  crime.  Oui,  citoyens, 
voici  le  moment,  il  faut  en  profiter,  et  écraser  sans  miséri- 
corde les  modérés,  les  Brissotius,  les  Rollandistes  et  les  Feuil- 
lants. 

Il  finit  en  les  payant  d'une  monnaie  qui  n'a  pas  cesse 
d'avoir  cours  dans  les  visites  et  les  allocutions  de  celte 
espèce.  Il  savait,  disait-il,  que  le  département  était  un 
des  plus  chargés  de  la  République.  Il  s'occupait  avec 
ses  collègues  des  moyens  de  le  soulager.  Le  département 
aurait  déjà  reçu  les  deux  millions  qui  lui  sont  affectés, 
sans  la  négligence  de  ses  administrateurs.  Les  subsis- 
tances étaient  assurées  ;  les  impositions  seraient  allégées 
par  un  système  calculé  pour  faire  lont  peser  sur  le 
riche.  Il  ajoutait  cet  avertissement  : 

J'ai  nommé  une  commission  secrète  qui  surveillera  toutes 
les  autres  commissions,  et  qui  pourra,  en  m'en  prévenant 
immédiatement  après,  arrêter  tous  les  gens  suspects  de  mo- 
dérantisme  ou  de  feuillantisme. 

Et  il  invitait  la  société  à  y  aider.  —  Goyon,  assez 
inquiet  pour  lui-même,  lui  demanda  si,  pour  avoir 
demandé  une  Constitution,  il  devait  dorénavant  se  l'c- 
garder  comme  aristocrate  et  comme  suspect,  s'étant  cru, 
jusque-là,  bon  et  loyal  républicain.  Lacoste  le  rassura  ; 
mais  il  avait  entendu  dans  la  ville  tant  d'autres  per- 
sonnes tenir  le  môme  langage,  qu'il  avait  voulu  parler 
pour  elles  : 


286  PART.  II,  CIIAP.  XV.  AUVERGNE. 

Du  reste,  ajouta-t-il,  je  vous  ai  déjà  dit  que  j'avais  crée 
une  commission  semblable  à  celle  que  j'ai  établie  au  Puy,  à 
Issengeaux,  à  Brioude;  elle  purgera  votre  ville,  qui  a  besoin 
d'être  éclairée. 

Ce  langage  menaçant  et  méprisant  manqua  son  effet. 
Le  citoyen  Vayron  dit  : 

Citoyens  représentants ,  la  société  entière  avait  arrêté 
qu'elle  ferait  une  adresse  à  la  Convention  pour  la  prier  de 
s'occuper  promptement  d'une  Constitution.  La  société,  très 
éloignée  de  croire  que  ce  soit  là  un  moyen  de  diviser  le  peuple, 
pense  que  c'est  au  contraire  le  seul  qui  puisse  plus  effica- 
cement le  rallier  et  le  soustraire  à  l'intrigue  et  à  l'ambition. 

En  vain  nous  dites-vous  que  nous  avons  l'ancienne  Consti- 
tution ;  mais  une  Constitution  ne  consiste  pas  dans  quelques 
lois  ;  elle  consiste  dans  la  fixation  et  la  séparation  de  tous 
les  pouvoirs.  Il  faut  plus  que  des  lois,  il  faut  un  prince  ;  et 
je  m'explique,  il  faut  un  gouvernement.  La  Convention  na- 
tionale semble  tout  avoir  accumulé  dans  ce  moment,  et  les 
hommes  qui  calculent  frémissent  de  terreur. 

Lacoste,  n'espérant  pas  vaincre  ces  dures  tètes,  se 
leva  et  dit  : 

Citoyen  Yayron,  ce  n'est  ni  vous  ni  le  citoyen  Vaissier  que 
j'inculpe;  je  rends  justice  à  vos  principes,  mais  je  suis  fatigué 
et  je  ne  vous  répondrai  plus. 

Pileuse  défaite  ! 

Après  quelques  mots  du  président,  la  société,  par 
honneur  pour  la  Convention  nationale,  décida  que  deux 
de  ses  membres  accompagneraient  les  députés-commis- 
saires jusqu'au  prochain  district. 

Les  représentants  se  retirèrent,  mal  contents  de  leur 
équipée,  et  la  société  croyant,  non  sans  raison,  qu'ils 
seraient  fort  mauvais  interprètes  des  sentiments  dont  on 


m.  LES  REPRÉSENTANTS  DU  PEUPLE  EN  AUVERGNE.        287 

les  avait  priés  de  porter  l'expression  à  la  Convention 
nationale,  rédigea  elle-même  une  adresse  qu'elle  fit 
imprimer  également  pour  la  répandre  au  moins  dans 
la  contrée  \ 

On  a  vu  la  part  que  les  départements  de  l'Auvergne 
avaient  prise  à  la  lutte  contre  les  insurgés  de  la  Lozère. 
Dans  la  séance  du  7  juin,  une  députation  du  Cantal 
venait  encore  offrir  à  la  Convention  tous  les  bras  du 
pays  pour  achever  d'étouffer  cette  révolte^;  mais  à  cette 
offre  était  jointe  une  adresse  où  les  citoyens  d'Aurillac 
invitaient  la  Convention  à  l'union"  :  ceux  qui  l'avaient 
écrite  ignoraient  évidemment  les  faits  accomplis  le 
2  juin.  Quand  on  les  connut,  loin  de  reculer,  l'adminis- 
tration du  département  fit  entendre  un  langage  tout  au- 
trement énergique.  Dans  une  adresse  à  la  Convention, 
(c  elle  témoigna  sa  surprise  de  ce  que,  au  lieu  de  lois 
bienfaisantes,  on  ne  proposait,  dans  l'Assemblée,  que 
dos  lois  de  sang  ».  Elle  ajoutait  «  qu'on  avait  envoyé  dans 
les  départements  quatre-vingt-deux  despotes  ;  que  l'on 
violait  les  propriétés  ;  qu'une  poignée  de  factieux  don- 
nait des  lois  à  la  Convention  »,  et,  pour  conclusion,  qu'il 
fallait  consulter  le  peuple  \ 

m 

Les  représentants  du  peuple  en  Auvergne. 

Ces  manifestations  et  l'accord  des  départements  voi- 
sins dans  la  même  pensée  pouvaient  donner  de  sérieuses 

1.  Voyez  la  note  LXIV  aux  Appcmiiccs. 

2.  Les  commissaires  du  Conseil  exécutif  parlaient  déjà,  le  5  mai,  du  superbe 
bataillon  qui  allait  partir  de  Clerniont  pour  la  Vendée.  (Archives  nationales,  F  i»  55L ) 

5.  Moniteur  du  8,  t.  XYU,  p.  579. 
4.  Julien,  Rapport,  p.  50. 


288  PART.  Il,  CIIAP.  XV.  AUVERGNE. 

inquiétudes  à  Dubois-Crancé,  qui  avait  reçu  la  mission 
de  réduire  Lyon.  L'Auvergne  avait  concouru  à  répri- 
mer le  mouvement  royaliste  de  la  Lozère*;  mais  cette 
révolte  ne  pouvait-elle  pas  se  réveiller  quand  la  résis- 
tance de  Lyon  prenait,  à  son  tour,  une  couleur  royaliste? 
Et  les  Lyonnais,  maîtres  de  tout  le  département  de  Rhône- 
et-Loire,  secondés  si  résolument  par  les  habitants  de 
Montbrison,  ne  pouvaient-ils,  par  les  relations  qu'ils 
entretenaient  dans  le  Puy-de-Dôme  et  la  Haute-Loire, 
rendre  courage  à  la  Lozère  et  former,  plus  vraimoit 
qu'on  ne  le  disait  ailleurs,  une  nouvelle  Vendée,  une 
Vendée  du  Midi?  C'est  une  appréhension  dont  le  com- 
missaire Lebreton,  si  rassuré  qu'il  eût  paru  sur  la  si- 
tuation du  Puy-de-Dôme,  fit  part  à  son  ministre  quand 
il  vit  deux  commissaires  de  Lyon,  allant  à  Bordeaux  et 
à  Marseille,  passer  à  Clermont  et  communiquer  secrète- 
ment avec  quelques  personnes  ^  C'est  une  crainte  que 
Duhois-Crancéeut  lui-même  au  commencement  du  siège 
de  Lyon,  et  il  prétend  que,  s'il  ne  poussa  pas  d'abord 
plus  vivement  ses  opérations,  ce  fut  de  peur  qu'en  ôtant 
à  la  population  armée  toute  espérance  de  se  défendre 
avec  succès  dans  la  ville,  il  ne  la  rejetât  dans  la  mon- 
tagne, où  la  guerre  aurait  pu  prendre  ce  caractère  et 
cette  redoutable  extension. 

1.  M.  Mège  a  donné  les  délibérations  du  Puy-dc-Dùme  et  plusieurs  j)i<''ces  rela- 
tives à  cet  armement;  notes  17-20,  p.  450-458. 

2.  «  Je  vous  préviens,  citoyen  ministre,  qu'il  est  passé  ici  le  4  deux  commis- 
saires de  la  ville  de  Lyon  allnnt  à  Bordeaux  et  de  Bordeaux  à  Marseille,  dont  la 
mission  me  semble  évidonnnciit  le  Icdéralisme  entre  ces  trois  cités.  Us  n'ont  vu 
aucun  corps  administratif  à  Clermont,  ils  n'ont  communiqué  ni  plan  ni  îidre.-scs, 
mais  ils  ont  à  peu  près  révélé  l'objet  de  la  mission  très  jiressée  dont  ils  sont 
chargés  à  quelqu'un  qui  a  conversé  avec  eux  à  la  poste  et  en  qui  je  crois.  Cler- 
mont aurait  assez  de  penchant  pour  ce  système:  c'est  la  crainte  du  pillage  et  de 
l'anarchie  qui  l'y  porte  ;  car  il  y  a  peu  de  départements  où  le  culte  de  la  loi 
puisse  s'établir  plus  facilement.  L'ancien  régime  est  généralement  délesté  dans 
ce  chef-lieu.  »  (Archives  nationales,  F  i"  551  :  sans  date.) 


m.   LES  REPRÉSENTANTS  DU  PEUPLE  EN  AUVERGNE.        289 

Vendée  ou  non,  l'union  de  ces  déparlements  avec  les 
Lyonnais  n'en  eûl  pas  moins  été  un  danger  capital,  et 
la  Convention  s'en  était  préoccupée  dès  le  commence- 
ment. Elle  avait  des  appuis  en  Auvergne  dans  les  so- 
ciétés populaires  affiliées  aux  Jacobins  et  animées  d'un 
tout  autre  esprit  que  les  administrations  départemen- 
tales. Les  sociétés  populaires  de  Clermont  et  d'Ambcrt 
avaient  protesté  contre  l'adresse  du  département*.  La 
Société  d'Ambert  annonçait  à  la  Convention  qu'elle 
l'avait  fait  brûler  sur  la  place  publique.  Le  commis- 
saire que  le  ministre  de  l'Intérieur  avait  dans  le  Puy- 
de-Dôme  lui  avait  écrit  dès  le  22  juin,  le  surlendemain 
du  jour  où  on  la  rédigea  : 

Vous  pouvez  regarder,  citoyen  ministre,  comme  non  avenue 
l'adhésion  du  département  du  Puy-de-Dôme  à  l'arrclé  de  la 
Côte-d'Or.  La  réflexion  a  ramené  le  directoire  à  son  niveau,  qui 
est  la  modération,  la  soumission  à  la  loi  et  à  l'esprit  de  la  loi". 

Dans  la  Haute-Loire,  les  corps  constitués  de  la  ville 
du  Puy  arrêtaient,  le  29  juin,  qu'une  adresse  serait  en- 
voyée :  1°  à  tous  les  départements,  pour  les  détourner  de 
diriger  une  force  armée  sur  Paris;  2"  à  la  Convention, 
pour  la  presser  de  soumettre,  sans  délai,  la  Constitution 
à  l'acceptation  du  peuple''. 

1.  Voyez  V Exposé  (les  principes  et  de  la  conduilc  de  la  Sociclê  populaire 
de  Clermonl-Frrrand ,  dcparlement  du  Puij-dc-Dôiue,  rclalivenieni  à  l'adresse 
envoyée  par  les  administrateurs  du  drpartemcid  dans  toutes  les  communes 
et  Sociétés  populaires  de  son  [sic]  arrondissement,  à  l'effet  d'obtenir  leur 
adhésion,  cl  l'Adresse  des  citoyens  libres  de  la  ville  de  Clermont  à  la  Con- 
vention nationale,  23  et  '24  juin  179Ô  (Mège,  note  2i3,  p.  475-478).  —  Le 
.")  juillet,  la  Société  des  Jacobins  de  Clermont-Feirand  envoy:iit  aux  sociétés 
afiiiiées  et  aux  commuues  du  département  une  adresse  pour  les  presser  d'accepter 
Il  Constitution  [ibid.,  n"  51,  p.  490;.  —  L'acceptation  eut  lieu  en  grande  solen- 
nité le  10  août,  à  Iliom,  à  Clermont.  (Voyez  les  arrêtés  et  le  programme  de  la 
fête,  ibid.,  n-»  52  et  53,  p.  491-502.) 

2.  Archives  nationales,  Fi'531,doss.  Lebreton,  cl  la  noie  LXV  aux  .Appendices. 
5.  Arcliivcs  nationales,  .\F  ii,  carton  45,  dossier  154,  n"  99. 

UtVOL.    DU    51    MAI.  II  —  19 


290  PART.  II,  CHAP.  XV.  AUVERGNE. 

Tout  le  pays  n'était  point,  dès  lors,  rallié  ;  mais,  in- 
dépendamment des  sociétés  jacobines,  la  Convention 
avait  encore  pour  elle  l'influence  que  gardaient  en  Au- 
vergne plusieurs  de  ses  membres  les  plus  montagnards  : 
Couthon,  de  Clermont;  Maignet,  d'Ambert,  et  Carrier, 
d'Aurillac^  Carrier  allait  avoir  une  autre  destination. 
Couthon  et  Maignet  furent  chargés  d'une  mission  dans 
le  Puy-de-Dôme  avec  Châteauneuf-Randon,  qui  s'était 
signalé  dans  la  répression  des  troubles  de  la  Lozère 
(21  août  1793)'.  Partis  de  Paris  le  25  août,  ils  cher- 
chaient à  se  renseigner  en  chemin  :  à  Nevers,  où  ils  in- 
terrogèrent en  vain  Fouché,  alors  en  mission  dans  la 
Nièvre;  à  Moulins,  où  l'on  était  dans  la  même  ignorance 
des  événements  ;  et  ils  arrivèrent  le  vendredi  29  au  soir 
à  Clermont-Ferrand.  Il  était  temps,  selon  leurs  rapports^: 
la  résolution  y  avait  été  prise,  par  des  «  malveillants  », 
de  ne  pas  combattre  «  les  bons  frères  »  de  Lyon.  Le  sa- 
medi 50,  les  représentants  se  rendirent  à  la  Société  po- 
pulaire, qui  reprit  confiance  en  les  voyant.  Le  lendemain, 
dimanche,  ils  réunirent  le  peuple,  et  entreprirent  de 
l'éclairer  sur  les  intentions  des  Lyonnais.  Les  Lyonnais, 
selon  eux,  voulaient  aller  bien  plus  loin  que  ne  le  sup- 
posait Dubois-Crancé.  Ils  ne  travaillaient,  par  leurs 
émissaires,  à  tenir  le  peuple  du  Puy-de-Dôme  en  repos, 
que  pour  se  ménager  un  moyen  sûr  d'arriver,  par  le 
Puy-de-Dôme,  à  Limoges,  de  Limoges  à  Bordeaux,  de 
Bordeaux  à  la  Rochelle ,  de  la  Rochelle  en  Vendée, 
réunir  les  deux  armées  royalistes  et  accomplir  la  contre- 
révolution  au  cœur  de  la  République,  tandis  que  Pitt 

1.  Carrier  est  né  à  Yolet,  près  (rAurillac. 

2,  Mcgc,  /.  /.,  p.  76  el  siiiv. 

5,  Voyez  le  Rapport  de  Maignet  cl  le  Premier  rapport  de  Coulhon,  cités 
plus  haut. 


m.  LES  REPRESENTAIS  DU  PEUPLE  EN  AUVERGNE.        2111 

et  Coboiirg  l'opéreraient  dans  le  Nord  et  le  Midi  !  C'est 
dans  la  nuit  suivante  qu'arriva  la  nouvelle  de  l'échec  et 
de  la  prise  du  général,  sur  lequel  comptait  Dubois- 
Crancé  pour  agir  par  la  rive  droite  du  Rhône.  Nicolas 
(tel  est  son  nom)  s'était  logé  dans  Saint-An  thème  sans 
se  défier  des  Muscadins  de  Montbrison.  Les  Muscadins 
firent  une  marche  de  nuit;  la  troupe  préposée  à  la  garde 
de  la  ville  fut  enveloppée  et  enfermée  au  poste,  et  le 
général  pris  au  lit.  «  Aussitôt,  dit  Couthon,  le  tocsin 
sonna,  la  générale  battit,  le  canon  d'alarme  porta  sa 
voix  de  tonnerre  jusqu'aux  extrémités  du  département.  » 
Dans  les  vingt-quatre  heures  tout  le  monde  fut  debout, 
et,  si  on  l'eût  voulu,  on  aurait  armé  200  000  hommes  '. 
11  faut  dire  cependant  que  les  choses  n'allèrent  pas 
si  vite.  Le  mouvement  fut  loin  d'être  aussi  général.  Ceux 
des  pays  vignobles  vinrent  les  premiers  :  on  leur  avait 
fait  espérer  que  tout  serait  fini  avant  la  vendange;  ceux 
de  la  plaine  se  firent  prier  davantage;  mais  les  plus 
réfractaires  furent  ceux  de  la  montagne.  En  plusieurs 
villages  les  jeunes  gens  soumis  au  recrutement,  et  non 
appelés,  refusèrent  même  de  quitter  leurs  foyers,  sous 
ce  prétexte  qu'ils  ne  devaient  partir  qu'armés  et  équi- 
pés^; et  de  ceux  qui  partirent,  un  très  grand  nombre 
désertèrent.  Dubois-Crancé  prétend  que  toute  cette  levée 
en  masse,  qu'on  lui  avait  promise,  se  fondit  dès  l'ar- 
rivée à  Montbrison^  C'est  trop  dire,  et  Couthon  s'élève 
contre  cette  calomnie  à  l'égard  de  ses  compatriotes.  Il 
y  en  avait  encore  devant  Lyon,  lorsque  le  représentant 
vint  au  camp  et  brusqua,  par  ses  résolutions  éner- 

1.  Premier  rapport  de  Couthon,  sur  Commune-AriVandiic  (Lvon). 

2.  Jlùge,  l.  L,  p.  156. 

3.  Rapport,  p.  50. 


292  PART.  II,  CHAP.  XV.  AUVERGNE. 

giques,  la  prise  de  la  ville;  mais  il  n'y  en  avait  plus 
guère,  et  Coutlion  lui-même  est  signalé  comme  ayant 
provoqué,  par  des  arrêtés  d'exemption  rendus  pour 
plaire  à  son  département,  ces  désertions  que  Dubois- 
Crancé  ne  fut  pas  le  seul  à  constater.  Coutlion  du  reste 
avait  été  forcé  de  revenir  sur  plusieurs  de  ces  mesures 
dont  il  n'avait  pas  suffisamment  calculé  les  effets'. 

Le  concours  prêté  par  les  départements  de  l'Auvergne 
contre  l'insurrection  de  la  Lozère,  avant  le  51  mai,  et 
contre  Lyon  depuis,  pouvait  donc  faire  oublier  leur  atti- 
tude en  présence  de  cette  révolution  jacobine  qui  avait 
soulevé  les  trois  quarts  de  la  France.  Et  puis,  comment 
la  Convention  aurait-elle  pu,  même  sans  la  garantie  de 
Couthon,  de  Maignet  et  de  Carrier,  tenir  rancune  à 
l'Auvergne?  C'étaient .  des  montagnards.  Pouvait-on 
avouer  qu'on  les  avait  contre  soi?  Aussi  Julien,  dans  son 
rapport,  a-t-il  pour  eux  des  ménagements  extrêmes  : 

«  Les  habitants  du  Puy-de-Dôme  étaient  montagnanh, 
dit-il,  soulignant  le  mot  avec  complaisance;  ils  crai- 
gnirent pour  la  liberté  et  se  prononcèrent  d'abord  con- 
tre les  journées  du  51  mai  et  suivantes.  Quelques  jours 
d'intervalle  suflirent  pourvoir  et  connaître  la  [vérité].  Ils 
étaient  descendus  un  moment  dans  la  plaine,  croyant 
y  voir  l'humanité  souffrante  ;  ils  n'aperçurent  que  des 
hommes  dont  les  passions  exaspérées  étaient  dans  le 
cas  d'occasionner  un  embrasement  général;  ils  aban- 
donnèrent aussitôt  le  terrain  aride  de  la  plaine  pour 
reprendre  le  chemin  de  la  montagne,  où  ils  ont  juré  de 
vivre  libres  ou  mourir".  » 

1.  Sur  la  part  de  l'Auvergne  à  la  lutte  contre  Lyon,  voyez  les  pièces  publiées 
parM.  Mègc,  n"'  58-50,  p.  517-539  et  suiv.,  et  notamment  les  arrêtés  des  repré- 
sentants, n"51,  p.  540-610,  et  leurs  lettres  à  la  Convention,  n"  53,  p.  616-627. 

2.  happort,  p.  104. 


m.  LES  REPRÉSENTANTS  DU  PEUPLE  EN  AUVERGNE.   295 

Ceux  du  Cantal,  non  moins  montagnards,  ne  s'étaient 
guère  montrés  plus  favorables  aux  Montagnards  de 
l'Assemblée.  Ils  avaient  pris,  pour  la  levée  d'une  force 
départementale,  un  arrêté  qui  fut  dénoncé  le  H  jan- 
vier 1795  par  Coutlion  et  défendu  par  Buzol'  :  nous  en 
avons  parlé.  Ils  n'avaient  pas  mieux  accueilli  la  nouvelle 
du  51  mai,  et  avaient  rédigé  une  adresse  à  la  Conven- 
tion ;  mais  on  dit  qu'elle  avait  été  combattue,  rejetée, 
brûlée  même.  Les  représentants  de  la  Convention  La- 
coste, Milbaud,  Carrier  et  Cliabanon  avaient  prévalu  sur 
Altaroche  et  les  autres  administrateurs  du  départe- 
ment* :  «  Ils  ont  instruit  le  peuple,  dit  Julien,  et  les 
braves  montagnards  du  Cantal  ont  montré  qu'ils  étaient 

toujours  dignes  d'habiter  la  montagne Cette  sainte 

montagne,  autrefois  opprimée  par  la  nombreuse  noblesse 
dont  elle  était  couverte,  n'a  cessé  de  souffler,  dans  le 
Midi,  le  vent  impétueux  de  la  liberté,  vous  ne  devez  lui 
rien  laisser  qui  puisse  entacher  son  horizon.  Les  habi- 
tants en  respirent  l'air  le  plus  pur,  vous  devez  en  éloi- 
gner tout  air  infect,  tel  qu'il  s'en  élève  souvent  du  milieu 
d'un  marais  fangeux^  ».  —  xVvis  à  ceux  qui  étaient  sus- 
pects de  respirer  cet  air  dans  la  Convention  \ 


1.  Moniteur  du  13  janvier  1795,  t.  XV,  p.  115-115. 

2.  Altaroche  et  deux  autres  administrateurs,  dénoncés  par  Carrier  comme  les 
principaux  auteurs  de  cet  acte,  dans  la  séance  du  1')  juillet,  furent,  sur  sa  propo- 
sition, mandés  à  la  barre.  [Moniteur  du  14,  t.  XVll,  p.  122.) 

5.  .Julien,  Rapport,  p.  50. 

4.  Aurillac  avait  communique  son  adresse  à  Toulouse.  (Archives  de  la  Ilauto- 
Garonnc,  registre  des  Jacobins.) 


CHAPITRE    XVI 

LA     SAVOIE     ET     LE     DAUPHIN  É 

I 

Mont-Blanc. 

Le  Daiiphiné,  la  Savoie  étaient  bien  aussi  des  pays  de 
montagne;  et  les  Montagnards  de  Paris  n'auraient  pas 
pu  se  vanter  de  les  avoir  instinctivement  pour  eux. 

Le  département  du  Mont-Blanc,  nouvellement  formé  de 
la  Savoie,  ne  réclamait  que  deux  choses  :  la  paix  au 
dedans  et  la  sécurité  au  dehors.  La  paix  au  dedans,  et 
l'on  tenait  pour  ennemis  publics  les  émigrés  et  les 
prêtres  ou  religieux  réfractaires  :  le  département 
s'associa  à  toutes  les  mesures  prises  contre  eux*,  mais 
on  ne  souffrait  pas  davantage  l'anarchie,  et  le  conseil 
général  reçut  avec  faveur  les  députés  de  Marseille  qui 
venaient  exposer  les  mesures  à  prendre  contre  les  in- 
trigues et  les  complots  des  ennemis  de  l'intérieur.  La 
sécurité  au  dehors  :  il  fallait  à  la  frontière  des  munitions 
et  des  armes.  On  lit  une  adresse  à  l'Assemblée  nationale 
pour  en  obtenir;  et  l'on  envoya  une  députation  aux 
commissaires  du  gouvernement  en  signe  de  confiance*. 

1.  Arcliives  de  la  Savoie.  Registre  des  délibérations  du  conseil  général  du 
département,  8  et  10  avril,  21  mai  1793. 

2.  Ibid.,  22  et  25  mai. 


I.   MONT-BLANC.  295 

La  paix,  l'union,  c'est  ce  que  réclamaient  aussi 
de  leur  nouvelle  patrie  les  habitants  de  Moutiers-en- 
Tarentaise  dans  un  français  qui  avait  besoin  d'être  un 
peu  dégrossi  (50  mai   1795)  : 

De  l'union,  citoyens  législateurs,  de  l'union,  une  bonne 
Constitution,  et  nous  aurons  enfin  une  patrie  et  un  gouverne- 
ment républicains. 

Portion  de  la  nation  française,  les  descendants  des  Cen- 
trons avaient  bien  droit  d'entrer  dans  l'association  politique 
de  cette  section  du  genre  humain. 

...  Ils  furent  toujours  Fiançais,  et  tels  les  présenta  la  ligne 
de  démarcation  tracée  par  la  nature  sur  l'échafaudage  du 
globe. 

...  Mais  ils  sont  loin  de  se  glorifier  d'être  les  co-stipula- 
teurs  du  nouveau  contrat  social  qui  lie  déjà  le  cœur  de  tout 
bon  Français,  si  vos  travaux  n'assurent  leur  nouvelle  exis- 
tence ^... 

Par  horreur  pour  les  factions  dont  la  querelle  reten- 
tissait jusque  dans  ces  montagnes,  le  Mont-Blanc  les 
aurait  volontiers  supprimées  toutes.  Le  6  juin,  alors 
qu'on  ne  pouvait  connaître  à  Chambéry  que  les  troubles 
précurseurs  du  51  mai,  on  vota  un  projet  d'arrêté,  pré- 
senté la  veille  par  le  procureur  général  syndic.  Consi- 
dérant les  divisions  de  l'Assemblée  nationale,  et  l'achar- 
nement des  partis  qui  s'accusaient  mutuellement  de 
perdre  la  République,  on  voulait  mettre  un  terme  à 
cette  sorte  de  guerre  civile  et  en  garantir  les  popula- 
tions. En  conséquence  on  invitait  les  citoyens  h  ne  pas 
donner  plus  longtemps  ce  spectacle  d'une  division 
fatale;  et  voici  quelle  en  était  la  sanction  : 

Toutes  personnes   qui  s'entretiendraient  dans  les   cafés, 

1.  Archives  nationales,  D  xl§  4,  carlon  2'2,   pièce  placée  par  erreur  dans  le 
dossier  de  la  Vendée. 


206         PART.  H,  CIIAP.  XYI.  LA  SAVOIE  ET  LE  DAUPllLNÉ. 

auberges  et  autres  lieux  publics,  sans  exception,  sur  un  parti 
quelconque  :  de  la  Montagne,  de  la  Plaine,  du  Marais  et 
autres,  seront  regardées  comme  perturbatrices  du  repos  public 
et  traduites  en  conséquence  au  tribunal  révolutionnaire  à  Paris. 
Les  aubergistes,  cafetiers,  etc.,  qui  ne  dénonceraient  pas 
ces  infractions,  dont  ils  auraient  eu  connaissance,  seront 
considérés  comme  complices  et  traduits  de  même  au  tribunal 
révolutionnaire. 

C'était  procéder  sommairement.  Plusieurs  membres 
Tirent  des  objections  longuement  développées  contre  ces 
articles.  Le  procureur  général  syndic  dit  qu'il  en  avait 
omis  un,  c'est  que  l'arrêté  serait  soumis  à  l'approbation 
de  la  Convention.  —  On  vota  l'ordre  du  jour. 

C'est  le  15  juin  que  l'on  apprit  la  révolution 
du  51  mai,  et  cette  journée  fut  marquée  par  des  péri- 
péties bien  diverses  dans  le  conseil.  Le  matin,  un 
membre  propose  des  mesures  de  vigueur  et  aussi  de 
prudence,  et  réclame  la  convocation  des  corps  adminis- 
tratifs et  judiciaires;  mais  déjà  le  procureur  général 
syndic,  que  l'on  a  vu  si  vif,  parle  de  faire  une  adresse 
à  la  Convention,  qui  était  comme  une  adhésion  au  fait 
accompli;  à  midi,  on  lit  les  arrêtés  de  l'Ain  et  du  Jura 
contre  le  51  mai  :  un  membre  est  d'avis  de  prendre  des 
mesures  analogues,  et  l'on  décide  que  les  corps  adminis- 
tratifs se  joindront  au  conseil  général  poui'  en  délibérer 
le  17;  le  soir,  il  est  question  d'appeler  aussi  les  dépu- 
tations  des  districts  :  toutefois  on  semble  s'effrayer 
un  peu  de  l'arrêté  du  (3,  et,  sur  la  pi'oposition  d'un 
membre,  il  est  suspendu.  Le  procureur  général  syndic 
voulait  aller  plus  loin  :  il  revint  sur  son  projet  d'adresse 
et  requit  le  conseil  de  faire  acte  d'adhésion  à  la  Conven- 
tion; mais  on  passa  à  l'ordre  dn  jour. 


1.  MONT-BLANC.  '297 

Ainsi  le  conseil,  lont  en  marquant  le  pas,  si  je  puis 
(lire,  avait  au  moins  résisté  à  l'influence  que  le  procu- 
reur général  syndic  voulait  exercer  sur  lui  pour  l'en- 
traîner dans  le  sens  de  la  révolution.  Rien  d'autre 
jusqu'au  26  juin.  Ce  jour-là  les  citoyens  Mathuson  et 
Pécollet,  députés  par  l'administration  de  Rlione-el-Loire 
à  celle  du  Mont-Blanc,  obtinrent  de  lui  faire  «  des  com- 
munications  amicales  »  en  assemblée  extraordinaire. 

Après  lecture  de  leurs  pouvoirs,  l'un  d'eux  dit  : 

Citoyens,  il  y  aurait  de  rirabécillité  ou  de  la  mauvaise  foi 
à  se  dissimuler  que  la  Convention  n'est  pas  libre.  La  journée 
du  51  mai  et  celles  des  1"  et  2  juin  en  sont  la  preuve  funeste. 
Cinq  mille  factieux,  soudoyés  dans  Paris  par  Pitt  et  Cobourg, 
oppriment  la  volonté  des  représentants  du  peuple.  Il  s'agit  de 
les  rendre  libres.  Trente-deux  de  ses  membres'  ont  été  mis 
en  état  d'arrestation.  L'intégrité  de  la  représentation  natio- 
nale a  été  violée. 

H  fallait  réparer  cet  outrage  : 

L'auteur,  dit  le  procès-verbal,  entre  ensuite  dans  le  détail 
des  mesures  que  le  département  de  Rhone-et-Loire,  de  con- 
cert avec  quelques  autres,  a  jugé  propres  à  parvenir  à  ce  but. 
Elles  consistent  principalement  à  diriger  vers  Paris  une  force 
départementale  qui,  soutenue  de  l'énergie  des  bons  citoyens 
de  cette  vaste  cité,  soit  capable  d'en  imposer  aux  factieux, 
d'anéantir  leurs  complots  liberticides  et  de  rendre  à  la  Con- 
vention nationale  la  liberté ,  l'intégrité  et  la  confiance  de 
l'opinion  qu'elle  a  perdues  avec  elle. 

Il  ajoute  que  ces  mesures,  quelque  bonnes  qu'elles  pa- 
raissent en  elles-mêmes,  pourraient  cependant  ne  pas  convenir 
à  ce  département  :  «  Républicains  du  Mont-Blanc,  a-t-il  dit, 
vous  êtes   nouveau-nés   à  la  liberté;  à  peine  avez-vous  la 

1.  Yingl-iieuf  membres  seulement  et  doux  minislrcs;  mais  le  nombre  île 
I rente-deux  était  comme  consacré. 


298         PART.  II,  CUAP.  XYI.  LA  SAVOIE  ET  LE  DAUPIILNÉ. 

connaissance  des  événements  et  des  grands  ressorts  de  la 
Révolution.  Votre  situation  physique  et  politique  ne  vous  per- 
met sans  doute  pas  de  nous  imiter  et  de  nous  suivre,  nous 
qui  sommes  dans  l'adolescence  de  la  liberté. 

Il  ne  les  pressait  donc  pas  de  délibérer  à  cette  séance: 

Nous  vous  disons  voilà  ce  que  nous  avons  fait,...  c'est  à 
vous  de  voir  le  parti  qu'il  vous  convient  de  prendre. 

El  il  protestait  de  son  amour  pour  la  liberté,  l'éga- 
lité, la  République  une  et  indivisible. 

Cette  invitation  ne  pouvait  pas  manquer  d'être  com- 
battue par  le  magistrat  dont  on  a  vu  plus  haut  la 
nouvelle  attitude  : 

Le  procureur  général  syndic,  dit  le  procès-verbal,  a  ré- 
pondu. Il  s'est  attaché  à  prouver  que  la  Convention  nationale 
n'avait  jamais  cessé  d'élre  libre  ;  que  la  constitution  qu'elle 
vient  de  donner,  que  tous  ses  décrets  sont  les  oracles  de  la 
sagesse  du  génie  républicain.  Malgré  les  bayonnettes  et  les 
canons  qui  ont  investi  le  temple  de  la  liberté  dans  la  journée 
du  51  mai,  malgré  l'ascendant  d'un  peuple  immense  qui  a 
provoqué,  les  armes  à  la  main,  le  décret  d'arrestation  des 
trente-deux,  il  n'a  rien  vu  là  qui  ait  pu  influencer  les  délibé- 
rations et  gêner  les  suffrages  des  représentants  du  peuple*. 

Soutenir  le  contraire  est  une  erreur  funeste  à  la 

liberté,  etc.,  menant  au  fédéralisme,  à  l'anarchie 

Il  a  terminé  en  invitant  l'assemblée  à  prêter  un  serment 
solennel  d'adhésion  entière  et  formelle  aux  décrets  de  la 
Convention  nationale. 

On  fit  ensuite  lecture  de  quelques  écrits  propres  à 
éclairer  l'assemblée,  et  plusieurs  orateurs  parlèrent  en 
sens  divers;  mais  voici  un  coup  de  théâtre  : 

1.  Ce  résumé  a  bien  l'air  d'une  crilicjue. 


I.  MOM-BLANC.  299 

Au  milieu  de  l'hésitation  des  esprits  et  du  choc  des  opi- 
nions contraires,  avant  que  rassemblée  ait  adopté  aucune 
résolution,  le  citoyen  maire  a  pris  la  parole. 

Après  avoir  invoqué  l'Être  suprême  et  la  voix  de  la 
conscience,  s' exallant  jusqu'à  perdre  le  sentiment  de  la 
réalité  : 

Je  jure  donc,  dit-il,  en  mon  nom,  an  nom  du  conseil  de  la 
commune  qui  ne  me  désavouera  pas,  je  jure  d'être  lidèle  à  la 
nation,  h  la  République  française,  de  maintenir  la  liberté, 
l'égalité,  de  mourir  en  les  défendant.  Je  jure  d'employer  tous 
mes  efforts  à  maintenir  la  Révolution,  une  et  indivisible,  la 
sûreté  des  personnes  et  des  propriétés,  d'obéir  exactement  à 
la  loi,  d'exécuter  et  faire  exécuter  de  tout  mon  pouvoir  ce 
que  les  autorités  légitimes  ordonneront  ou  requerront  par 
la  loi. 

Ce  serment,  qui,  sur  la  question  posée,  ne  voulait 
absolument  rien  dire,  rallia  tous  les  esprits  : 

A  l'instant,  continue  le  procès -verbal,  tous  les  membres 
de  l'assemblée,  par  un  mouvement  rapide  et  simultané,  se 
sont  levés  et  ont  prononcé  le  même  serment,  au  milieu  des 
cris  de  joie  et  des  applaudissements  vifs  et  prolongés  des 
citoyens  en  foule  qui  remplissaient  les  tribunes. 

Après  cette  déclaration  authentique  et  solennelle  de  ses 
sentiments,  l'assemblée  ayant  témoigné  le  désir  de  se  séparer, 
le  président  a  levé  la  séance'. 

La  scène  du  26  juin  eut  un  épilogue.  Dans  la  séance 
du  27  on  annonça  l'arrestation  des  députés  de  l'admi- 
nistration de  Lyon.  Grande  stupeur!  qu'est-ce  que  cela 
veut  dire?  Le  procureur  général  expose  ce  qu'il  en  sait  : 

Le  citoyen  Noël,  dit-il,  adjoint  à  l'état-major  de   l'armée 

1.  Arcliives  de  la  Savoie,  Délibérations  du  conseil  général  du  département, 
i'  registre,  f"'  62-63. 


300         PART.  Il,  CilAl'.  XVI.  LA  SAVOIE  ET  LE  DAUPIIINÉ. 

des  Alpes,  s'est  présenté  hier  sur  le  tard  dans  mon  bureau  ;  il 
m'a  annoncé  qu'il  était  porteur  des  réquisitions  des  repré- 
sentants du  peuple  français  au  commandant  de  la  place  pour 
faire  arrêter  les  commissaires  du  département  de  Rhône- 
ct-Loire.  C'est  sans  doute  en  vertu  de  cet  ordre  que  leur  arres- 
tation a  été  exécutée. 

Un  membre  demande  qu'il  soit  député  un  commis- 
saire extraordinaire  au  département  de  Rliône-et-Loire 
pour  l'informer  de  cet  événement  et  lui  marquer  le  vif 
intérêt  qu'y  prend  l'administration.  Puis  deux  membres 
sont  nommés  pour  s'enquérir  de  l'incident.  Ils  re- 
viennent quelques  instants  après  faire  leur  rapport. 
Les  commissaires  de  Rhône-et-Loire  ont  été  arrêtés  en 
route  à  Rumilly,  sur  un  ordre  des  représentants,  ainsi 
conçu  : 

Ayant  appris  que  deux  prétendus  commissaires  du  dépar- 
tement de  Rhône-et-Loire  se  sont  introduits  dans  le  dépar- 
tement du  Mont-Blanc,  nous  chargeons  le  citoyen  Noël  de 
requérir  le  commanilant  de  la  force  armée  à  Cliambéry  de 
les  faire  mettre  en  état  d'arrestation  et  de  suite  conduire  à 
Grenoble. 

Le  rapporteur  ajouta  que  le  procureur  général  syndic 
avait  coopéré  à  cette  arrestation,  et  ce  dernier  ne  le 
nia  point. 

Ainsi  le  fait  n'était  que  trop  vrai.  Le  rapporteur 
s'écria  que  le  département  du  Mont-Rlanc  était  compro- 
mis vis-à-vis  du  département  de  Rhône-et-Loire;  qu'on 
ne  pourrait  croire  que  le  procureur  général  syndic  eût 
agi  sans  l'aveu  du  conseil.  On  arrêta  que  les  déclara- 
tions et  les  aveux  seraient  consignés  au  procès-verbal  ; 
et  le  conseil,  voulant  prouver  qu'il  était  étranger  à  l'ar- 
restation, que  ses  sentiments  étaient  purs,  sa  conduite 


I.  MONT-BLANC.  301 

franche  et  loyale,  ordonna  qu'extrait  du  procès-verbal 
serait  envoyé  à  Lyon  \ 

Mais  les  deux  commissaires  ne  furent  pas  relâchés, 
et  le  Mont-Blanc  s'en  tint  là.  Quelques  villes  allèrent 
plus  loin  ;  le  district  d'Annecy  applaudit  à  la  révolution 
du  51  mai  comme  à  une  nouvelle  délivrance  : 

Représentants  de  la  République,  pour  la  troisième  fois  la 
tyrannie  vient  d'être  renversée,  et  le  peuple  français  est 
encore  libre.  Quoique  éloignés  du  centre  des  lumières  et  des 
secousses,  nous  avions  senti  la  nécessité  d'un  nouveau  com- 
bat ;  c'est  le  sentiment  que  nous  vous  exprimions  dans  notre 
précédente  adresse.  Aujourd'hui  nous  vous  félicitons  sur  le 
succès  de  la  journée  du  31  mai,  qui  a  détruit  une  faction  qui 
ne  cherchait  qu'à  étouffer  la  liberté  dans  sa  naissance  ;  mais, 
en  vous  manifestant  notre  reconnaissance  et  notre  adhésion 
aux  grands  moyens  que  vous  avez  employés  pour  notre  bon- 
heur, nous  vous  conjurons,  au  nom  sacré  de  la  patrie,  de  ne 
cesser  le  combat  que  lorsque  toutes  les  tètes  de  l'hydre  seront 
abattues.  Alors  elle  ne  souillera  plus  de  sa  bave  infecte  ce  grand 
ouvrage  dont  vous  vous  occupez;  il  sortira  pur  de  vos  mains  : 
et  les  hommes  de  tous  les  âges,  en  jouissant  de  vos  travaux, 
consacreront  votre  mémoire  dans  les  fastes  du  monde. 

Nous  ne  vous  parlons  pas  de  dissensions,  parce  que  nous 
nous  persuadons  qu'elles  sont  toutes  finies;  elles  ne  pouvaient 
exister  que  pendant  que  le  vice  luttait  avec  la  vertu  :  celle-ci 
a  triomphé,  une  bonne  Constitution  va  paraître ^ 

Et  la  commune  d'Annecy  à  son  tour  : 

Représentants  du  peuple  français,  vous  eûtes  le  courage 
de  proclamer  la  République,  et  la  mort  du  tyran  fut  un  second 
hommage  rendu  à  la  souveraineté  du  peuple.  Alors  les  aris- 
tocrates, les  royalistes,  les  fédéralistes,  les  anarchistes....  Mais 

1.  Archives  de  la  Savoie,  Délibérations  du  conseil  du  dépaiiemcnt,  i'  registre, 
f  •  Go-G9. 

2.  Lu  dans  la  séance  du  20  juin;  Moniteur  du  22,  t.  XVI,  p.  700. 


502         PART.  II,  CIUP.  XVI.  LA  SAVOIE  ET  LE  DAUPIILNÉ. 

le  peuple  do  Paris....  Aussitôt  la  Convention  en  masse  reprend 
son  attitude  fière  et  imposante  et  la  République  française  une 
et  indivisible  est  encore  une  fois  sauvée  le  51  mai  1793. 

0  journée  à  jamais  mémorable  !  nous  allons  te  graver  en 
caractères  ineffaçables  sur  la  cime  du  Mont-Blanc*.... 

Yoilà  comment  on  écrit  l'histoire!  Les  inscriptions 
consacrent  souvent,  et  d'une  manière  plus  authentique, 
quelque  chose  d'autre  que  les  faits  dont  elles  veulent 
garder  la  mémoire  à  la  postérité  ! 


II 

Isère. 


A  Grenoble  le  mouvement  du  fédéralisme  fut  d'abord 
vif,  mais  vite  réprimé. 

La  ville  était  toute  à  la  liévolution.  Le  conseil  çéné- 
rai  du  département  s'était  déclaré  en  permanence,  et 
dès  le  15  février  avait  décidé  qu'il  tiendrait,  le  mercredi 
de  chaque  semaine,  une  séance  publique.  Le  16,  lorsqu'à 
l'occasion  du  21  janvier  les  commissaires  de  la  Conven- 
tion firent  leur  proclamation  \  le  conseil  arrêta  qu'elle 
serait  publiée,  affichée,  et  lue  au  prône  par  les  curés, 
vicaires  et  desservants.  Mais  le  département  était  hostile 
à  l'anarchie  et  voyait  avec  inquiétude  les  divisions  qui 
se  produisaient  dans  la  Convention  nationale.  Dès  le 
10  mars  le  conseil  lui  envoya  une  adresse  où  l'on  re- 


1.  Lu  dans  la  séance  du  25  juin  ;  Monilew  du  26,  t.  XVI,  p.  727. 

2.  «  Lî  souveraineté  du  l'cu])lc  franijais  vient  de  se  manifester  par  un  grand 
acte  de  justice.  Le  trône  et  le  tyran  ne  souilleront  plus  le  territoire  de  la  liberté 
et  de  l'égalité.  Des  lois  sages  et  qui  seront  religieuseiuont  observées  banniront 
l'anarchie  que  des  agitateurs  sanguinaires  entrclicnnent  parmi  nous  »,  etc. 


II.  ISÈRE.  305 

Irouvo,  au  milieu  des  doclamalioiis  du  temps,  le  senti- 
ment commun  à  toute  la  France  : 

...Un  roi  serait-il  un  dieu,  pour  rpie  sa  mort  justement  pro- 
noncée fût  accompagnée  de  signes  si  éclatants  et  si  terribles? 
Hommes  du  14  juillet.... 
Hommes  du  10  août.... 
Héros  français,  vainqueurs  de  Jemmapes  — 
Non,  la  liberté  anéantira  ses  contradicteurs*,  etc. 

Le  8  avril,  autre  manifestation  à  propos  de  la  trahi- 
son de  Dumouriez". 

Le  18  avril,  c'est  la  Société  républicaine  de  Vienne  qui 
donne  aux  représentants  une  leçon  d'histoire  ancienne 
comparée  : 

Chez  les  anciens  Perses,  un  officier  de  la  couronne  était 
chargé  de  dire  tous  les  matins  au  roi  en  s'év-eillant  :  «Sire, 
levez-vous  et  songez  à  remplir  les  fonctions  pour  lesquelles 
Orosmade  (dieu  des  Perses)  {sic)  vous  a  placé  sur  le  trône  ». 

Eh  bien,  législateurs,  vous  qui  devez  être  plus  sages  que 
les  rois,  ne  pourriez-vous  pas  changer  votre  président  de 
vous  dire  à  l'ouverture  de  chaque  séance  : 

«  Les  personnalités  dégradent  la  dignité  de  vos  séances. 
La  patrie  en  danger  n'attend  pas  son  salut  de  vos  débats 
particuliers,  elle  vous  prescrit  impérieusement  force,  union, 
énergie.  Citoyens,  songez  à  répondre  à  son  attente.  » 

Tel  est,  législateurs,  le  vœu  général  de  tous  les  Français  et 
en  particulier  celui  des  citoyens  composant  la  Société  répu- 
blicaine devienne,  département  de  l'Isère^. 

Cependant  le  conseil  de  l'Isère  sentait  que  la  lutte 

1.  Voyez  la  note  LXVI  aux  Appendices. 

2.  Lecture  publique  ilu  décret  rendu  contre  lui;  discours  et  serment  devant 
l'arbre  de  la  liberté,  aux  accents  de  la  Marseillaise.  (Arcliivcs  de  l'Isère,  Délibé- 
rations du  conseil  du  département,  à  la  date.) 

3.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  20,  dossier  Ish-e,  et  la  note  LXYII  aux 
Appendices. 


504         PART.  II,  CIIAl'.  XVI.  LA  SAVOIE  ET  LE  DALT'IIINÉ. 

des  partis  dans  la  Convention  allait  amener  des  cata- 
strophes. Le  22  mai,  il  fit  une  nouvelle  adresse  qui 
pressait  les  représentants  de  s'occuper  de  la  Constitu- 
tion. Le  50,  à  la  nouvelle  du  mouvement  qui  avait 
éclaté  la  veille  à  Lyon,  il  y  envoyait  deux  députés  pour 
rétablir  le  calme  el  faire  relâcher  les  représentants  du 
peuple,  si  leur  liberté  se  trouvait  en  péril.  Mais  la 
situation  de  Paris  était  ce  qui  causait  le  plus  d'inquié- 
tude. Le  7  juin,  avant  que  l'on  sût  encore  la  révolution 
consommée  le  *2,  un  membre  posa  la  question.  Il  re- 
présenta que  le  sort  de  la  République  pouvait  dépendre 
du  parti  auquel  s'arrêteraient  les  divers  départements; 
et,  pour  être  éclairé  sur  l'état  de  la  Convention,  il  pro- 
posait de  s'adresser  aux  membres  que  le  département  y 
comptait.  La  discussion  fut  remise  au  lendemain.  Le 
lendemain  on  en  savait  plus  qu'on  n'aurait  voulu  : 
une  lettre  de  Lyon  faisait  connaître  le  dénouement  de 
la  crise  à  Paris. 

Le  mouvement  causé  par  cette  nouvelle  fut  consi- 
dérable à  Grenoble.  «  11  nous  fut  impossible  d'arrêter 
ce  torrent  »,  dit  Dubois-Crancé^  Le  conseil  se  déclara 
en  permanence,  et,  pour  agir  avec  plus  d'autorité,  il 
décida  que  les  corps  administratifs  seraient  appelés  à 
délibérer  avec  lui.  Le  même  jour,  à  quatre  heures  du 
soir,  les  corps  administratifs  se  rendirent  à  l'appel  qui 
leur  était  fait.  Le  président  proposa  et  prononça  celte 
formule  de  serment  : 

Nous  jurons  tous  de  maintenir  la  liberté  et  l'égalité,  la 
stabilité  et  rinviolabilité  de  la  Convention  nationale,  l'unité 


1.  Compte  rendu  à  la  Convciilion  nationale  de  la  mission  des  représen- 
tants du  peuple  Dubois-Crancé  et  Gauthier,  depuis  le  o  mai  jusqu'au 
\'l  octobre  [vieux  style),  l'an  second  de  la  Uépubliqiie  française. 


II.  ISERE.  505 

cl  l'indivisibilité  de  la  République  et  de  résister  à  toute 
tyrannie,  à  tous  les  genres  d'oppression,  et  de  mourir  plutôt 
que  de  violer  ce  serment. 

Tous  jurèrent  après  lui  et  l'on  fît  un  arrêté  qui  con- 
voquait pour  le  jeudi  20,  à  Grenoble,  les  députés  des 
assemblées  primaires  *  : 

L'assemblée,  justement  alarmée  des  funestes  ésénemenls 
qui  se  sont  succédé  à  Paris  et  dont  le  résultat  a  été  de  mettre 
en  arrestation  un  grand  nombre  de  députés  à  la  Convention, 
sur  des  réquisitions  faites  à  main  armée. 

Considérant  que  les  mouvements  séditieux  qui  ont  produit 
cûs  arrestations  tendaient  à  avilir  et  à  subjuguer  la  représen- 
tation nationale  et  à  mettre  la  République  sous  un  joug  plus 
cruel  que  celui  qui  vient  d'être  brisé;...  que,  dans  un  danger 
aussi  imminent,  il  ne  reste  d'autres  ressources  que  l'appel 
au  peuple,  a  arrêté  et  arrête  ce  qui  suit 

L'assemblée  (car  ce  n'est  plus' seulement  le  conseil 
général  du  département)  s'occupa  sans  retard  des 
mesures  que  la  situation  commandait. 

L'union  des  déparlements,  dont  on  avait  déjà  senti 
le  besoin,  devenait  d'une  nécessité  plus  pressante. 
Le  9,  le  citoyen  Yacbon,  envoyé  de  Lyon,  rendit  compte 
des  événements  du  29  mai.  Le  parti  vainqueur  avait 
montré  autant  de  modération  que  de  courage,  et  le  dé- 
légué le  prouvait  par  les  pièces  qu'il  déposait  sur  le  bu- 
reau^  Par  décision  du  conseil,  le  président  exprima  au 
citoyen  Yachon,  et  en  sa  personne,  aux  trente-quatre 

1.  Archives  de  l'Isère,  Registre  du  conseil  cénéral  du  département,  à  la  date, 
f''  268-269. 

2.  C'étaient  :  1°  sn  commission  ;  2°  le  procès-verltal  des  commissaires  dos 
sections,  réunis  les  20  et  50  mai,  contenant  le  détail  des  événements:  5°  la 
copie  d'une  lettre  écrite  par  Dubois-Crancé  et  Albitte  à  Gauthier  et  à  Nioche.  le 
51  mai,  et  la  réponse  par  les  sections  de  Lyon;  4"  adresse  des  mêmes  sections 
aux  habitants  du  département. 

hévol.  du  51  MAI.  ir  —  20 


500         PART.  II,  CIIAP.  XVI.  LA  SAVOIE  ET  LE  DAUPIIINÉ. 

sections  de  Lyon,  le  vif  intérêt  que  le  département  de 
l'Isère  avait  pris  aux  tristes  événements  de  cette  ville, 
ainsi  que  son  désir  de  resserrer  entre  les  deux  départe- 
ments les  liens  d'amitié,  et  il  lui  donna  l'accolade  fra- 
ternelle. Le  10,  on  lut  l'adresse  des  Nantais  à  tous  les 
départements  de  la  République,  tendant  à  éclairer  le 
peuple  sur  ses  droits.  On  l'approuva  et  on  la  fit  impri- 
mer à  2000  exemplaires.  On  lut  aussi  une  lettre  écrite, 
le  5  juin,  aux  administrateurs  du  déparlement  par  deux 
députés  de  l'Isère,  sur  les  divers  événements  de  Paris 
dont  ils  avaient  pu  être  les  témoins  dans  la  Convention  : 
la  tentative  du  10  mars,  la  commission  des  Douze  éta- 
blie, supprimée,  la  révolution  des  51  mai,  l*"""  et  2  juin  : 

La  journée  d'hier  fut  tranquille,  disaient  les  députés,  la 
Convention  présente  le  spectacle  d'un  corps  politique  mutilé; 
la  stupeur  de  l'avenir  paraît  avoir  anéanti  tout  courage.  On  a 
des  soupçons,  sans  doute  faux,  sur  des  projets  présumés  de 
la  Commune.  On  craint  qu'elle  ne  cherche  à  sortir  du  niveau 
des  autres  communes  de  la  Piépublique,  nous  n'en  avons 
aucune  preuve  *  ! 

Les  démarches  des  conseils  départementaux  étaient 
partout  bien  surveillées,  et  à  Grenoble  plus  qu'en  beau- 
coup d'autres  lieux,  à  cause  du  voisinage  de  la  frontière. 
Les  pouvoirs  des  représentants  envoyés  pour  la  levée  des 
500000  hommes  étaient  expirés.  La  Convention,  en  les 
leur  étant,  les  faisait  passer  aux  représentants  délégués 
près  des  armées.  C'est  à  ce  titre  que,  dans  la  séance  du 
10  <iu  soir,  Gauthier  et  Albitte  vinrent  les  produire. 


1.  Registre  du  conseil  général  de  l'Isère,  à  la  date.  —  Dubois-Crancé  dans 
son  Co7nple  rendu,  et  Julien  dans  son  Rapport  (p.  141),  parlent  de  cette  lettre 
de  Servonat  et  Baiidran,  qui  fut  (ils  le  constatent)  imprimée  et  répandue  par 
ordre  du  département. 


II.  ISÈRE.  507 

L'assemblée  n'en  décida  pas  moins,  le  lendemain,  qu'une 
adresse  serait  faite  aux  citoyetis  du  département  sur  les 
circonstances  actuelles  et  sur  les  mesures  prises,  le 
8  précédent,  par  les  autorités  constituées  en  vue  de  la  si- 
tuation ;  mais,  d'autre  part,  la  présence  des  commissaires 
relevait  le  courage  de  leurs  partisans,  et  le  12  une  péti- 
tion de  plusieurs  citoyens  réclama  de  l'assemblée  qu'elle 
suspendît  son  arrêté  du  8  sur  la  convocation  des  assem- 
blées primaires  et  la  réunion  de  leurs  députés  à 
Grenoble.  L'assemblée  renouvela  son  serment,  c'était 
une  première  réponse;  et,  n'étant  pas  en  nombre,  elle 
remit  la  délibération  au  lendemain.  Le  15,  la  pétition 
fut  repoussée  et  l'assemblée  s'entretint  dans  ses  précé- 
dentes dispositions  en  lisant  diverses  pièces  envoyées 
par  le  citoyen  Genevois,  député  à  la  Convention*,  et 
d'autres  encore  :  le  discours  de  Lanjuinais,  la  délibéra- 
tion de  la  commune  de  Lyon  du  9;  puis,  en  raison  du 
péril,  elle  arrêta  qu'il  y  aurait  tous  les  jours  séance 
publique.  On  fit  plus,  on  invita  les  représentants  eux- 
mêmes  et  les  généraux,  commandant  en  chef  ou  divi- 
sionnaires, à  se  rendre  à  la  séance  du  lendemain  pour 
se  lier  à  leur  tour  par  le  serment  que  l'assemblée  avait 
prêté  solennellement  le  8  de  ce  mois.  Les  représentants 
répondirent  à  cette  invitation  en  écrivant  au  président 
et  aux  membres  de  l'assemblée  qu'ils  avaient  reçu  des 
nouvelles  importantes  et  qu'ils  se  transporteraient  ce 
même  jour,  14,  dans  le  lieu  de  leurs  séances,  pour  dé- 
libérer avec  eux  sur  des  mesures  de  salut  public  et 
d'intérêt  général. 

i.  Compte  rendu  à  nos  commettants  (par  les  députés  de  risère),  Paris, 
7  juin  1795,  avec  celte  note  de  Genevois  :  «  Des  faits  très  graves  ont  été  omis 
ou  atténués  dans  ce  compte  rendu  ».  Registre  des  délibérations  du  conseil  géné- 
ral de  l'Isère,  à  la  date  du  15  juin. 


508         PART.  II,  CHAP.  XVI.  LA  SAVOIE  ET  LE  DAUPIILNÉ. 

La  séance  commença  sous  des  auspices  favorables 
aux  représentants.  On  venait  de  recevoir  le  bulletin  de 
la  Haute-Loire  annonçant  la  défaite  des  révoltés  de  la 
Lozère  et  la  prise  de  Charrier.  Dubois-Crancé,  survenant, 
exposa  la  nécessité  de  rester  unis.  Il  raconta  les  événe- 
ments de  Lyon.  La  représentation  nationale  y  avait  été 
violée  (un  peu  moins  qu'à  Paris  sans  doute)  dans  la 
personne  de  Gauthier  et  de  Nioche.  Robert  Lindet  était 
envoyé,  par  un  arrêté  du  3,  pour  se  réunir  à  eux  et 
prendre,  de  concert,  les  mesures  propres  à  rétablir  la 
tranquillité  publique  à  Lyon.  11  invitait  l'assemblée  à 
les  seconder  dans  cette  tâche.  —  On  en  délibérera. 

Le  jour  suivant,  15  juin,  l'assemblée  arrêta  que,  vu 
la  gravité  des  circonstances,  elle  se  constituait  en  assem- 
blée provisoire  et  permanente  de  salut  public;  une 
députation  fut  nommée  pour  en  instruire  les  représen- 
tants. —  Les  représentants  l'évitèrent,  en  faisant  dire 
qu'ils  n'étaient  pas  chez  eux. 

Le  16,  on  ne  se  réunit  pas  :  c'était  le  jour  où  se  fai- 
saient les  élections  des  assemblées  primaires.  Le  17,  on 
arrêta  que  les  séances  se  tiendraient  tous  les  jours  à 
5  heures.  On  reçut  les  adhésions  données  par  la  deuxième 
et  la  quatrième  section  de  Grenoble  aux  résolutions 
qui  avaient  été  prises.  On  envoya  Orcelet  et  Alexandre 
Royerà  Lyon,  pour  conférer  avec  les  administrateurs  de 
cette  ville  sur  les  propositions  faites  par  les  représen- 
tants. On  rédigea  une  adresse  aux  bataillons  de  l'armée 
réunie  dans  l'Isère,  adresse  dont  on  vota  l'impression  et 
l'envoi  au  général  en  chef  pour  qu'elle  fût  distribuée 
dans  tous  les  corps  '. 

i.  Voyez  la  noie  LXVIII  aux  Appendices. 


II.  ISERE.  309 

Le  18,  on  reçut  plusieurs  pièces  relatives  aux  événe- 
ments de  Pai'is,  une  lettre  de  Pétion,  etc.  On  arrêta 
qu'elles  seraient  remises  aux  députés  des  assemblées 
primaires  de  l'Isère  lors  de  leur  réunion,  ainsi  que  les 
pièces  arrivées  des  différents  départements.  Un  membre 
fit  un  discours  sur  les  événements  des  51  mai,  1"  et 
2  juin  :  on  arrêta  aussi  qu'il  serait  imprimé. 

Ce  même  jour  avait  paru  une  pièce  d'un  tout  autre 
caractère.  C'était  une  lettre  du  représentant  Julien,  qui 
fut  placardée  dans  Grenoble.  Les  membres  de  l'assem- 
blée écrivirent  aux  représentants  pour  savoir  si  c'était 
de  leur  aveu  qu'elle  avait  été  affichée.  La  réponse  ne  se 
fit  pas  attendre  : 

Nous  avons  reçu,  citoyens,  deux  lettres  signées  Dumo- 
lard,  etc.,  se  disant  membres  d'un  comité  de  salut  public  du 
département  de  l'Isère,  qui  nous  font  une  demande  sans  doute 
officielle.  Psous  requérons  lesdits  signataires  de  nous  déclarer 
en  vertu  de  quelle  loi  existe  cette  autorité  et  pourquoi,  si 
elle  ne  méconnaît  pas  nos  pouvoirs,  elle  se  permet  de  nous 
interroger. 

Signé  :  Albitte,  Dubois-Crancé,  Gauthier. 

L'incident  était  significatif.  Les  représentants  se  sen- 
taient forts  pour  traiter  ainsi  l'assemblée.  C'est  qu'ils 
avaient  sous  la  main  l'armée  des  Alpes  et  ils  trouvaient 
de  plus  un  appui  dans  une  partie  de  la  population. 

La  Convention,  le  26  juin,  avait  reçu  «  des  citoyens 
réunis  à  la  séance  des  Amis  de  la  République  de  Vienne, 
département  de  l'Isère  »,  cette  adresse  : 

Adhésion  entière  à  votre  décret  du  5  juin. 

Paix,  fraternité  et  gratitude  aux  braves  Parisiens  qui  l'ont 
provoqué.  Haine  implacable  à  tous  les  stupidcs  égoïstes,  à 
tous  les  êtres  altérés  de  la  substance  du  peuple,  qui,  sous 


510         PART.  Il,  CIIÀP.  XVI,   LA  SAVOIE  ET  LE  DAUPIIINÉ. 

prétexte  d'anarchie,  d'injustice,  d'immoralité,  sonnent  le 
tocsin  dans  les  départements  pour  soustraire  leur  sordide 
avarice  à  l'emprunt  forcé. 

Indignation  profonde  contre  les  vrais  factieux  qui,  sous 
prétexte  de  délivrer  la  Convention  nationale,  voudraient  porter 
le  fer  et  la  flamme  dans  la  ville  qui  a  le  plus  contribué  à  une 
révolution  qu'ils  abhorrent  ; 

La  destitution  de  toutes  les  autorités  constituées  qui,  sous 
prétexte  de  rétablir  la  représentation  nationale,  provoquent 
la  rébellion  contre  les  décrets  de  la  Convention,  refusent  de 
reconnaître  ses  commissaires,  les  qualifient  de  satrapes  et 
d'épitliètes  odieuses,  et  se  permettent  d'attenter  à  leur  liberté  ; 

Mort  à  tous  les  provocateurs  de  la  guerre  civile,  obéissance 
h  la  loi,  respect  pour  les  personnes  et  les  propriétés:  l'invio- 
labilité de  la  représentation  nationale,  l'expulsion  des  man- 
dataires infidèles  qui  voudraient  l'avilir  ou  la  diviser,  l'unité 
et  l'indivisibilité  de  la  République,  la  liberté,  l'égalité  ou  la 
mort  : 

Telle  est,  législateurs,  l'analyse  de  nos  sentiments ^ 

Pour  prévenir  ces  divisions  qui  se  manifestaient 
autour  d'elle,  l'assemblée  résolut  de  faire  une  adresse 
à  son  tour  aux  citoyens  de  Grenoble  : 

Des  agitateurs  sèment  parmi  vous  le  trouble  et  la  dis- 
corde; ils  cherchent  à  diviser  les  patriotes  et  à  priver  les 
administrateurs  de  la  confiance  du  peuple ,  en  répandant 
contre  eux  les  calomnies  les  plus  noires  — 

Grenoble  a  été  le  berceau  de  la  liberté. 

Restons  unis,  citoyens,  serrons-nous  autour  de  l'arbre  de 
la  liberté,  et  nous  déjouerons  les  intrigues  et  les  complots 
des  méchants, 

11  fut  arrêté  en  outre  que  le  conseil  se  rendrait 
auprès  des  députés  des  assemblées  primaires,  afin  de 

1.  Monileur  du  28  juin,  l.  XVI,  p.  750, 


II.  ISÈRE.  311 

travailler  de  concert  avec  eux  au  salut  du  peuple*;  mais 
les  représentants  ripostèrent  par  une  autre  démarche. 
Le  22  juin,  ils  annoncèrent  que  le  lendemain  ils 
feraient  prêter  un  serment  sur  la  place  de  la  Liberté. 

Ils  firent  plus.  Le  24  juin,  les  opposants  de  Grenoble 
s'étant  réunis  dans  l'église  Saint-Louis,  les  représen- 
tants dont  ils  servaient  les  vues  se  chargèrent  de  faire 
connaître  leurs  résolutions  au  conseil  général  du  dépar- 
tement par  cette  lettre  qui  leur  donnait  une  consécra- 
tion redoutable  : 

Citoyens, 

Les  mouvements  d'insurrection  contre  la  Convention  na- 
tionale qui  se  sont  manifestés  en  plusieurs  départements  ont 
porté  le  trouble  dans  l'âme  de  beaucoup  de  citoyens.  Ils  se 
sont  assemblés  liier  à  l'église  Saint-Louis,  et  le  résultat  de 
la  délibération  a  été  de  nous  présenter  une  pétition  signée  de 
cinq  cents  citoyens 

On  y  dénonçait  la  coalition  qui  se  formait  avec  Lyon  : 
et  la  lettre  se  terminait  par  cette  phrase  menaçante  : 

Ils  requièrent  de  faire  traduire  au  tribunal  révolutionnaire 
tout  citoyen  qui  aura  aidé  ou  favorisé  un  complot  contre 
la  liberté  et  la  sûreté  de  la  République,  etc. 

Signé:  Albitte,  Dubois-Crangé,  GADTHIER^ 


En  même  temps  les  représentants  faisaient  apposer 
les  scellés  sur  les  portes  du  lieu  des  séances  et  sur  les 
papiers  du  comité  de  salut  public  du  département  de 
l'Isère. 


1.  Voyez  la  note  LXIX  aux  Appendices. 

2.  Arcliives  de  l'Isère,  même  registre,  f"  375. 


512        PART.  Il,  CUAP.  XVI.    LA  SAVOIE  ET  LE  DAUrilLNÉ. 

Les  administrateurs  du  département  en  étaient  réduits 
à  chercher  des  excuses  : 

Nous  sommes  surpris,  écrivaient-ils  humblement  le  2(3 
juin,  que  des  impressions  défavorables  sur  nos  principes 
aient  trouvé  place  dans  vos  cœurs — 

Et  ils  expliquaient  pourquoi  deux  de  leurs  collègues 
avaient  été  envoyés  à  Lyon  :  c'était  pour  conférer  avec 
les  autorités  de  celte  ville  sur  les  propositions  des 
représentants  du  peuple.  Mais  ces  excuses  ne  couvrirent 
point  les  deux  délégués  (Orcelet  et  Royer-Deloche) .  Par 
un  arrêté  du  27,  les  représentants  les  renvoyèrent 
devant  le  tribunal  révolutionnaire  de  Paris,  avec  des 
considérants  qui  étaient  une  menace  pour  tous  les 
autres  : 

Considérant  qu'il  y  a  preuve  écrite  que  dans  plusieurs  dé- 
partements il  y  a  eu  coalition  dans  le  but  d'établir  le  fédéra- 
lisme'  

Cette  menace  produisit  son  effet.  Plusieurs  démis- 
sions suivirent.  Le  conseil  ne  laissa  pas  que  d'inter- 
venir en  favenr  des  deux  membres  frappés.  Il  décida 
qu'une  adresse  serait  faite  aux  représentants  du  peuple 
pour  leur  témoigner  le  regret  que  l'administration  res- 
sentait do  la  suspension  de  plusieurs  de  ses  membres 
(28  juin)  :  «  Ces  administrateurs,  y  disait-il,  ont  con- 
stamment mérité  l'estime  de  leurs  collègues  »  ;  et  le 
2  juillet  on  arrêta  qu'il  serait  fait  une  autre  adresse  à 
la  Convention  nationale  et  au  peuple  français  pour  y 

1 .  Registre  des  délibérations  du  conseil  général  de  l'Isère,  aux  dates  indiquées. 
—  On  ne  voit  cependant  pas  qu'ils  aient  comparu  devant  le  tribunal  rcvolution- 
>'''ire  de  Paris. 


II.  ISÈRE.  513 

montrer  les  sentiments  de  l'administration  du  départe- 
ment : 

Nous  ne  voulons  que  la  République  une  et  indivisible. 

Nous  maintiendrons  de  tout  notre  pouvoir  la  liberté  et 
l'égalité,  la  sûreté  des  personnes  et  des  propriétés. 

Nous  ne  désirons  rien  tant  qu'une  Constitution  populaire. 

Nous  jurons  une  guerre  éternelle  à  l'aristocratie,  à  l'a- 
narcbie  et  au  fédéralisme. 

Nous  respectons  la  Convention  nationale;  nous  avons  été  et 
sommes  toujours  soumis  à  ses  décrets  et  nous  les  ferons 
exécuter'. 

En  moins  de  trente  jours  le  mouvement  qui  s'était 
annoncé  si  menaçant,  avait  échoué.  Et  Grenoble  méri- 
tait ce  témoignage  d'un  agent  du  Pouvoir  exécutif  : 

«  Esprit  excellent".  » 


i.  lUgistre  des  déliljéralions  du  conseirgénéral  de  l'Isère,  ;i  la  date,  f"  427. 

2.  Ardiives  iiatinnales,  F  i"  550  (La  Giraiidièrc).  Aussi  Julien  traite-t-il 
l'assemblée  des  délégués  avec  une  remarquable  indulgence  :  «  Sages  avec  pré- 
caution, dit-il,  ses  membres  n'ont  jamais  méconnu  le  point  central  de  l'unité 
républicaine.  l'eut-êtrc  que,  comme  tant  d'autres,  ils  eussent  élevé  par  la  suite 
une  autorité  rivale  de  celle  de  la  loi;  mais  peut-être  n'ont-ils  vu  que  l'intércl 
de  la  chose  publique.  Ils  ont  éloigné  d'eux  toute  insinuation  étrangère;  la 
paix  et  la  tranquillité  ont  été  conservées,  et  l'administration  du  déparlement 
n'est  coupable  que  d'avoir  répandu  la  lettre  de  Servonat  et  Daudran.  »  [liappoil, 
p.  142.) 


CHAPITRE   XVII 

LA    BRESSE     ET     LA     FRANCHE-COMTÉ 


Ain. 


«  Quelle  formidable  coalition  n'eussent-ils  pas  formée, 
et  combien  elle  eût  élé  dangereuse,  s'écrie  Julien  en 
quittant  l'Isère,  si  elle  eût  imité  le  Jura  ^  !  >■>  —  Disons 
l'Ain  et  le  Jura,  car  ces  deux  départemenis  marchèrent 
de  môme  accord. 

Le  département  de  VAin  était,  au  début  de  la  Répu- 
blique, contraire  à  toute  faction.  Le  18  avril  on  proposa 
dans  le  conseil  général  d'approuver  l'arrestation  de 
Marat,  et  la  proposition  était  appuyée  par  le  procureur 
général  syndic  ;  mais  elle  fut  écartée  par  l'ordre  du 
jour,  pour  la  raison  qu'il  ne  fallait  pas  supposer  de 
partis  dans  la  Convention  ^ 

Le  département  était  disposé  à  prendre  des  mesures 
plus  générales  contre  ceux  qui  troubleraient  l'ordre,  non 
seulement  à  Paris,  mais  en  province.  Il  avait  acclamé, 

1.  Julien,  Rapport,  p.  142. 

2.  Archives  de  l'Ain,  Registre  du  conseil  général  du  département,  n"  70,  à 
la  date. 


I.   AIN.  315 

lui  aussi,  la  fameuse  proposition  de  rilérault  (15  mai)  '. 
Il  se  montrait  d'ailleurs  fort  indépendant  à  l'égard  des 
représentants  du  peuple,  commissaires  de  la  Conven- 
tion, et  décidé  à  ne  point  les  laisser  dépasser  leurs  droits. 
Merlino  et  Amar  avaient  reçu  mandai  pour  le  recrute- 
ment, et  leurs  pouvoirs  étaient  expirés.  Comme  s'ils  en 
pouvaient  user  toujours  tant  qu'ils  étaient  sur  les  lieux, 
ils  avaient  donné  des  ordres  touchant  les  arrestations. 
Le  département  cassa  leur  arrêté,  et,  sur  la  réclamation 
des  deux  commissaires,  écrivit  à  la  Convention,  pour 
justifier  sa  conduite  :  «  Les  représentants,  disait-il, 
avaient  été  délégués  pour  l'opération  du  recrutement  ; 
ils  étaient  sans  pouvoirs  depuis  que  la  Convention  avait 
envoyé  des  commissaires  nouveaux  auprès  des  départe- 
ments et  des  armées  »  (19  mai'). 

Le  département  était  bien  moins  disposé  encore  à 
souffrir  les  empiétements  de  la  Commune  de  Paris  sur 
la  représentation  nationale  et  à  laisser  la  Convention  en 
proie  aux  anarchistes  parisiens.  L'arrêté  du  Jura  (24  mai) 
en  vue  de  réunir  les  suppléants  à  Bourges  lui  ayant  été 
communiqué,  le  conseil  en  délibéra  et  prit  le  27  mai 
la  résolution  suivante  : 


i.  Le  18  mai,  le  département  prit,  en  consé(|uencc,  un  arrête  pour  l'organisa- 
tion de  la  Ibrce  armée,  et  rédigea  une  adresse  pour  en  exposer  l'objet  :  —  les 
prêtres,  les  nobles,  les  fanatiques  sont  particulièrement  les  ennemis  qu'on 
signale.  C'était  le  contre-coup  de  l'insurrection  de  la  Vendée.  (Archives  de  l'Ain, 
Registre  des  délibérations  du  conseil  général  du  département,  à  la  date.) 

2.  IbiiL,  à  la  date.  —  Deux  membres  furent  même  envoyés  à  Paris  pour  ré- 
clamer la  mise  en  liberté  de  leurs  concitoyens.  Ils  parlèrent  à  k  barre  de  la 
Convention  le  29  mai,  non  sans  provoquer  des  murmures;  mais  ils  furent  admis 
aux  honneurs  de  la  séance  [Moniteur  du  51  mai,  t.  XYI,  p.  511].  —  Blancq-De- 
sisles,  officier  municipal  et  par  la  suite  maire,  puis  aduiinistratcur  du  départe- 
ment et  finalement  emprisonné  après  le  9  thermidor,  comme  partisan  de  Robes- 
pierre, se  fait  honneur  dans  sa  défense  d'avoir  pris  la  cause  des  deux  représen- 
tants et  d'avoir  toujours  combattu  le  fédéralisme.  ((7e  rcvolutioimairc  de 
Blancq-Desisles  deiniis  1789.) 


316     PART.  II,  CHAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRANCHE-COMTÉ. 

L'assemblée,  considérant  que  depuis  longtemps  la  Con- 
vention nationale  ne  jouit  pas  de  la  plénitude  de  sa  liberté, 
qu'elle  est  circonvenue  par  des  malveillants  et  des  factieux, 
outragée  par  des  tribunes  insolentes  et  soldées  qui  arrêtent 
le  cours  de  ses  délibérations  ; 

Que  la  Constiiution  qui  doit  faire  le  bonheur  général  est 
retardée  journellement  par  des  incidents  amenés  et  préparés 
à  dessein;  qu'il  est  notoire  que  la  vie  même  d'un  grand 
nombre  de  députés  est  chaque  jour  audacieusement  me- 
nacée ; 

Que  le  désordre  et  l'anarchie  sont  à  leur  comble  et  laissent 
la  perspective  alarmante  de  la  dissolution  prochaine  de  la 
Convention  nationale; 

Qu'il  est  de  la  prudence  et  même  du  devoir  de  tous  les 
bons  citoyens,  et  surtout  des  corps  administratifs,  de  concerter 
les  moyens  de  salut; 

Que  les  mesures  prises  par  le  département  du  Jura  sont 
les  seules  qui  puissent  être  mises  en  usage  ; 

Arrête  unanimement  qu'elle  adopte  les  principes  qui  ont 
déterminé  les  mesures  prises  par  le  département  du  Jura 
dans  son  arrêté  du  24  mai  ; 

Qu'il  y  a  lieu  :  i^De  requérir  les  députes  supplémentaires 
de  se  rendre  à  Bourges;  —  [même  mission  et  même  limita- 
tion de  pouvoirs  que  dans  le  Jura]  ; 

2"  De  lever  une  force  d'élite  pour  se  rendre  à  Bourges  et 
protéger  les  députés  suppléants  ; 

5"  De  faire  connaître  aux  autres  départements  les  dispo- 
sitions ci-dessus  et  de  recueillir  à  ce  sujet  leurs  vœux'. 


i.  Ardiives  de  l'Ain,  Registro  des  délibérntioiis  du  conseil  du  département, 
à  la  date.  —  o  L'adniinistriition  fait  voir,  dit  Julien,  dans  l'analyse  qu'il  l':iit 
de  cette  pièce,  la  Constitution  retardée  par  des  incidents  préparcs  à  dessein  : 
elle  dit  que  la  vie  d'un  grand  nombre  de  membres  est  audacieusement  men  i- 
cée,  sans  que  leurs  collègues  ni  les  citoyens  de  Paris  songent  à  réprimer  de 
pareils  attentats;  elle  avoue  que  les  corps  constitués  doivent  concerter  entre 
eux  les  moyens  de  salut  public  les  plus  analogues  aux  circonstances,  et  ils  n'en 
trouvent  pas  de  plus  efficaces  que  de  requérir  les  députés  suppléants  des  repré- 
sentants du  peuple  de  se  rendre  à  Bourges  pour  s'y  constituer  en  assemblée 


II.  AIN.  317 

L'arrèlé  fut  imprimé  et  l'on  décida  de  le  faire  com- 
muniquer au  département  de  Saône-et-Loire  par  une  dé- 
piitation  spéciale*. 

Le  29  on  s'occupa  de  la  force  départementale  destinée 
à  servir  d'escorte  aux  délégués  :  elle  fut  réduite  à  15(1 
hommes.  Le  1"  juin,  nouvel  arrêté  motivé  par  l'arrivée 
de  nouveaux  commissaires  du  Jura.  Les  commissaires 
annonçaient  que  le  Jura  avait  député  aux  déparlements 
de  la  Côle-d'Or,  de  Saône-et-Loire  et  du  Doubs,  et  que 
ces  trois  administrations,  bien  que  convaincues  du  péril 
qui  menaçait  la  République,  étaient  d'avis  de  se  borner  à 
une  adresse  collective.  L'Ain  considéra  cette  résolution 
comme  un  acte  de  faiblesse  et  persévéra  dans  sa  décision , 
sans  rejeter  d'ailleurs  ce  projet  d'une  adresse  com- 
mune \ 

Tout  cela  avant  que  l'on  connût  la  révolution  du 
51  mai.  Le  6  juin  seulement  on  reçut  les  pièces  annon- 
çant les  nouveaux  troubles  qui  avaient  éclaté  à  Paris, 
l'arrestation  de  22  députés,  proscrits  depuis  longtemps 
à  raison  de  leurs  votes,  et  de  10  autres  représentants 
membres  d'une  commission  (des  Douze). 

La  résolution  ne  se  fit  pas  attendre  : 

Ouï  le  procureur  général  syndic,  l'assemblée  considérant 
que  de  tous  les  dangers  dont  la  France  est  menacée  le  plus 
alarmant  est  celui  de  l'anéantissement  de  la  représentation 
nationale  ; 

Que  la  représentation  nationale  ne  peut  subsister  qu'avec 
la  liberté  et  l'inviolabilité  des  députés  qui  la  composent  ; 

nationale  provisoire;  ils  arrêtent  la  levée  d"une  l'orce  armée  d'élite  pour  accom- 
pagner et  protéger  ces  suppléants.  »  [Rapport,  p.  8.) 

1.  Iluchet  et  Jourdan  furent  nommés  commissaire?.  —  En  marge  du  procès- 
verbal  (p.  207),  on  trouve  une  réclamation  postérieure  de  Iluchet  :  il  prétend 
qu'il  a  été  envoyé  à  Mùcon  seulement  pour  les  blés. 

2,  Voyez  la  note  LXX  aux  Appendices. 


518    PART.  II,  CHAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRANCHE-COMTÉ. 

Que  l'une  et  l'autre  ont  été  violées;... 

Arrête  à  l'unanimité  :  1°  De  demander  à  la  Convention 
nationale  la  réintégration  des  vingt -neuf  représentants  du 
peuple,  mis  en  état  d'arrestation  ; 

2"  Que,  vu  les  inconvénients  du  moindre  retard,  le  vœu 
de  l'assemblée  sera  porté  à  la  Convention  par  trois  députés 
qui  seront  nommés  au  scrutin*. 

Le  môme  jour  on  avait  arrêté  que  des  commissaires 
(un  par  district)  se  réuniraient  au  département  pour 
délibérer  avec  lui.  Ils  y  vinrent  le  15,  et  l'on  nomma  un 
comité  de  cinq  membres  pour  veiller  à  la  chose  publique. 
Le  19,  on  prit  un  arrêté  pour  la  convocation  des  délé- 
gués des  communes  en  assemblée  générale,  et  l'arrêté 
était  précédé  d'un  exposé  de  motifs  :  «  La  Convention 
avait  été  violée  »,  etc.;  suivait  l'histoire  du  51  mai.  On 
invitait  donc  les  communes  à  nommer,  le  29,  en  assem- 
blées primaires,  des  députés  qui  se  réuniraient  le  50 
au  chef-lieu  du  département". 

Mais  les  circonstances  étaient  urgentes.  Le  23  au  soir, 
un  courrier  apporta  la  nouvelle  que  le  Jura  était  menacé. 
Le  24,  le  conseil  se  réunit  : 

Le  conseil  arrête^  qu'il  sera  député  deux  de  ses  membres 
pour  lui  faire  part  de  la  situation  du  département  du  Jura, 

1.  De  ce  nombre  furent  Lesciiyer  et  Baleydicr. 

2.  Archives  de  l'Ain,  Registre  des  délibérations  du  conseil  du  département, 
aux  dates.  «  Le  19  juin,  dit  Julien  résumant  cette  séance,  ces  administrateurs 
prennent  plus  d'audace;  dans  le  préambule  d'un  arrêté  mécliamnient  rcdig;é,  ils 
représentent  les  sabres,  les  canons,  les  armes  de  toute  espèce,  fondant  sur  les 
représentants  du  peuple,  les  conàgnant  pour  ainsi  dire  dans  leur  prison,  arra- 
chant des  décrets  par  la  force  et  la  violence.  Ils  pensent  néanmoins  qu'ils  n'ont 
pas  le  pouvoir  de  faire  ce  qu'ils  font,  et  ils  veulent  que  le  peuple  envoie  auprès 
d'eus  des  députés  pour  se  concerter  sur  les  grandes  mesures  à  prendre  ;  ils 
ne  lui  laissent  pas  mCme  la  liberté  que  le  souvci'ain  conserve  par  essence;  car 
ils  font  passer  à  chaque  commune  un  modèle  du  procès-verbal  de  l'assemblée 
qu'elle  doit  tenir.  »  (lîappoi-t,  p.  10.) 

3.  Ces  arrêtés  ne  sont  pas  biffés  au  registre;  mais  la  note  marginale  en  est 
effacée  de  manière  à  être  illisible. 


IL  AIN.  519 

comme  pouvant  intéresser  la  liberté,  l'égalité,  l'unité  et  l'in- 
divisibilité de  la  République; 

Il  arrête  que  deux  commissaires  seront  envoyés  près  le 
département  du  Jura,  pour  prendre  des  renseignements  sur 
l'état  du  département  et  concilier  les  esprits  autant  qu'il  sera 
possible'. 

L'idée  de  résistance  a  déjà  un  peu  faibli.  Autre  sym- 
ptôme de  même  nature.  Le  conseil  juge  utile  de  prendre 
l'avis  du  peuple  réuni  dans  ses  deux  sections'.  Mais  le 
vote  du  peuple  est  énergique.  Il  demande  de  marcher 
sur-le-champ  au  secours  du  Jura;  qu'on  délivre  des 
munitions,  une  solde,  qu'on  assure  des  logements  sur 
la  route. 

Le  conseil  ne  pouvait  pas  reculer  : 

L'assemblée,  considérant  qu'il  n'est  ni  dans  les  principes 
des  précédents  arrêtés  du  département,  ni  dans  la  possibilité 
de  mettre  obstacle  au  vœu  émis  par  le  peuple,  comme  faisant 
partie  du  souverain 

Suit  l'arrêté  conforme.  Toutefois  on  invitait  la  force 
armée  à  se  porter  surtout  comme  médiatrice  : 

Que  la  vraie  gloire  du  citoyen  est  de  prévenir  l'effusion 
du  sang  et  la  guerre  civile. 

Mais,  s'ils  se  trouvaient  dans  le  cas  de  résister  à  l'op- 
pression, ils  n'ont  pas  juré  en  vain  de  vivre  libre  ou  mourir. 

Les  sections  demandaient  deux  canons  :  on  leur  en 
accorda  un. 

La  guerre  pouvait  donc  commencer.  Le  conseil  géné- 
ral du  département  (20  juin)  fit  une  adresse  au  district 


1.  Archives  de  l'Ain,  même  registre,  aux  dates.  Voyez  aussi  la  note  LXXI  aux 
Appendices. 

2.  24  juin  au  soir.  La  mention  est  biffée  en  marge. 


520     PART.  II,  CIIAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRANCHE-COMTÉ. 

pour  expliquer  les  motifs  de  ses  résolutions  et  en  marquer 
la  mesure  :  des  troupes  étaient  envoyées  ;  mais  des  re- 
commandations toutes  pacifiques  leur  étaient  faites. 

Cependant  cette  attitude  pouvait  compromettre  le 
département.  Lyon  offrit  des  secours.  On  ne  les  re- 
fusa point  précisément  ;  mais  n'était-ce  pas  aller  trop 
avant  que  de  les  accepter?  On  résolut  d'écrire  à  la 
commune  et  aux  administrateurs  de  Lyon  en  ce  sens  : 

Les  sentiments  et  principes  de  ces  lettres  seraient  que  le 
département  de  l'Ain  restera  constamment  attaché  à  l'unité  et 
à  l'indivisibilité  de  la  République;  mais  que,  s'il  se  diri- 
geait contre  lui  une  véritable  oppression,  il  croirait  devoir  y 
résister;... 

Que  le  département  de  l'Ain,  sans  rejeter  l'offre  de  secours 
à  lui  faite  par  ledit  député  de  la  part  de  la  commune  de 
Lyon,  croit  n'eu  avoir  plus  besoin  dans  les  circonstances 
actuelles. 

On  devait  ajouter  qu'il  n'y  avait  rien  à  craindre, 
«  parce  qu'il  paraît  que  les  troubles  du  Jura  touchent  à 
leur  fin  et  que  les  voies  de  conciliation  vont  aboutir  ». 
Et  l'on  recommandait  au  délégué,  porteur  de  la  lettre, 
de  ne  pas  perdre  de  vue  les  principes  de  l'unité  de  la 
République  *. 

Il  y  avait  péril  pourtant.  La  force  armée  qui  menaçait 
le  Jura  pouvait  se  tourner  contre  l'Ain.  Le  conseil  fit,  le 
27  juin,  une  adresse  à  ses  concitoyens,  adresse  qui  pro- 
clame encore  le  droit  et  annonce  la  résolution  de  la  ré- 
sistances et  le  28,  sur  l'observation  que  les  4000  livres 
de  subside  à  la  troupe  envoyée  dans  le  Jura  sont  à  la 


1.  Archives  de  l'Ain,  Registre  des  déiiljéralions  du  conseil  du  département, 
aux  dates. 

2.  Voyez  la  note  LXXII  aux  Appendices. 


I.  AIN.  521 

veille  d'être  épuisées,  on  vota  un  nouveau  crédit,  do 
5000  livres*. 

Le  2  juillet,  on  est  encore  dans  les  mêmes  sentiments. 
Plusieurs  officiers  de  la  garde  nationale  et  un  adminis- 
trateur du  Jura  étant  venus  exprimer  la  vive  joie  de  ce 
département  à  la  nouvelle  des  arrêtés  de  l'Ain  : 

Le  président  lui  a  répondu,  au  nom  de  l'assemblée,  qu'un 
même  esprit  dirigeait  les  frères  des  deux  départements,  que 
ce  n'était  que  par  leur  réunion  et  leur  attachement  qu'ils 
pouvaient  soutenir  la  cause  de  la  liberté  et  de  l'égalité,  de 
l'unité  et  de  l'indivisibilité  de  la  République,  sans  faire  usage 
des  armes  ^ 

Le  4  juillet,  un  autre  membre  (quatre  lignes  de  con- 
sidérants sont  biffées  à  ne  pouvoir  être  lues)  propose  de 
faire  une  adresse  à  l'Assemblée  pour  lui  demander  le 
rappel  de  tous  les  commissaires.  Et  cela  fut  arrêté  ainsi''. 

Mais  déjà  les  esprits  étaient  bien  ébranlés.  La  Con- 
vention nationale  venait  d'envoyer  aux  départements  la 
Constitution  votée  le  24  juin,  la  soumettant  à  l'accepta- 
tion des  assemblées  primaires.  Puisque  le  peuple  allait 
se  réunir  pour  se  prononcer  librement,  à  quoi  bon  les 
mesures  extraordinaires  et  le  recours  aux  armes?  C'est 
une  réflexion  que  l'on  fit  en  maint  département,  excel- 
lent prétexte  au  recul.  Ce  fut  aussi  l'objet  d'une  propo- 
sition faite  dans  le  conseil  par  un  membre  le  5  juillet, 
et  la  motion  fut  appuyée.  Seulement  on  remit  au  lende- 
main pour  en  délibérer  ;  et  dès  ce  jour-là  le  conseil  fit 
une  adresse  à  ses  concitoyens,  adresse  où,  tout  en  expo- 

i.  Crédit  qu'on  clierclia  encore  à  dissimuler  à  demi  par  la  radiation  de  la 
manchette  qui  l'indique  au  registre. 

2.  La  manchette  est  biffée,  —  et  en  marge  un  des  signataires  dit  que  c'est 
par  erreur  qu'il  se  trouve  avoir  signé,  qu'il  n'était  pas  au  commencement  de  la 
séance. 

3.  Même  registre,  f°  419. 

KÉVOL.    DD   51    MAI.  '  II —  21 


522     PART.  II,  CIIAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRANCIIE-COMTÉ. 

sant  les  principes  de  sa  conduite  et  en  invitant  les  com- 
munes à  envoyer  leurs  députés  au  département,  il  affir- 
mait plus  énergiquement  le  besoin  d'un  gouvernement 
central  :  «  Le  salut  public,  disait-il,  exige  un  centre 
d'unité  ))  ;  et  il  déclarait  que  jamais  il  n'avait  voulu 
rompre  avec  l'Assemblée  nationale*. 

Cependant  les  districts  commençaient  à  s'inquiéter. 
Celui  de  Saint-Rambert  rejeta  le  29  juin  la  délibération 
du  département  comme  attentatoire  à  la  souveraineté  du 
peuple",  et,  le  8  juillet,  rappela  ses  députés.  Nantua  se 
retira  aussi  ;  Gex  et  Trévoux  paraissent  ne  pas  s'être 
laissé  entraîner.  Un  factum  violent,  sous  le  titre  iVÂvis 
aux  citoyens,  protestait  aussi  contre  l'arrêté  du  19  juin 
et  faisait  l'apologie  du  51  mai,  invitant  le  peuple  à  se 
méfier  des  plumassiers  et  des  robinocrates  \  Le  dépar- 
tement lui-même  sentait  le  besoin  de  se  justifier  :  un 
administrateur  avait  été  chargé,  le  8  juillet,  d'exposer  la 
conduite  tenue  par  l'administration  depuis  le  27  mai. 
On  en  remit  la  discussion  au  lendemain  (9  juillet),  el 
ce  même  jour,  lorsqu'un  envoyé  de  la  Gironde  vint  de- 
mander qu'on  lui  fît  connaître  les  mesures  de  salut 
public  prises  par  le  département  de  l'Ain,  on  se  trou- 
vait fort  embarrassé  de  répondre.  Le  12  juillet,  on 
décida  qu'il  serait  fait  une  adresse  à  la  Convention  : 
c'était  pour  se  soumettre.  Le  15,  on  proposa  de  mettre 
les  administrateurs  du  département  de  l'Ain  sous  la 
sauvegarde  de  tous  les  bons  citoyens.  C'était  avouer 
qu'ils  étaient  attaquables,  aveu  sans  profit  et  plein  de 
péril.  On  passa  à  l'ordre  du  jour\ 

i.  Arcliives  de  l'Ain,  même  regislro,  à  la  date. 

"2.  Ai-chives  nationales,  1)  xl  §  4,  carton  18,  dossier  Ain. 

7>.  Ibid.,  el  la  note  LXXIII  aux  Appendices. 

4.  Archives  de  l'Ain,  même  registre,  aux  dates. 


I.   AIN.  .-,25 

Le  14  juillet  on  proclama  la  Constitution. 

L'exposé  de  la  conduite  du  département,  dont  un 
administrateur  avait  été  chargé,  le  8  juillet,  était  une 
amende  honorable.  Après  l'avoir  adopté,  on  l'envoya  à 
Paris,  avec  une  lettre  au  président  de  la  Convention  et 
une  lettre  au  Comité  de  salut  public  (16  juillet).  On  y 
disait  au  président  de  la  Convention  : 

Nous  vous  prions,  citoyen  président,  do  mettre  sous  les 
yeux  de  la  Convention  le  compte  rendu  dont  vous  trouverez 
deux  exemplaires  ci-joints,  c'est  le  tableau  fidèle  de  notre 
conduite  et  de  nos  sentiments. 

Et  au  Comité  de  salut  public  : 

Vous  y  verrez  des  administrateurs  aussi  fidèles  à  l'unité  et  à 
l'indivisibihté  de  la  République  qu'à  l'égalité  et  à  la  liberté'. 

On  en  donna  un  autre  gage  encore.  Le  18  juillet, 
deux  citoyens  furent  désignés  pour  se  rendre  à  Lyon.  Ils 
devaient  se  joindre  à  d'autres  députés  du  Doubs  et  du 
Jura  pour  engager  le  département  de  Rhône-et-Loire  à 
reconnaître  la  Convention  nationale  et  à  soumettre  l'acte 
constitutionnel  à  l'acceptation  du  peuple  de  son  ressort. 
Le  23  juillet,  on  publia  la  proclamation  des  représentants 
du  peuple  près  le  département  de  Saône-et-Loire  contre 
Lyon.  Il  n'y  avait  plus  qu'à  faire  une  rétractation  en 
règle;  on  n'y  manqua  point.  Le  décret  du  26  juin,  rendu 
sur  la  proposition  du  Comité  de  salut  public,  frappait  les 
administrations  rebelles".  Le  conseil  général  de  l'Ain 
ne  voulut  pas  qu'on  le  lui  appliquât,  et  le  25  juillet  il 
prit  la  délibération  suivante  : 

Vu  la  loi  du  26  juin  dernier,  le  conseil,  considérant  que, 

1.  Archives  (le  l'Ain,  mùme  registre,  à  la  date. 

2.  Moniteur  du  29  juin,  t.  XVI,  p.  757. 


524     PART.  II,  ClIAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRANCHE-COMTÉ. 

sur  la  première  notion  de  ladite  loi  donnée  par  les  journaux, 
avant  qu'elle  lui  fût  parvenue  officiellement,  il  s'était  per- 
suadé qu'elle  ne  pouvait  le  regarder,  d'autant  qu'il  n'avait 
jamais  cessé  de  reconnaître  la  Convention  nationale  ac- 
tuelle, etc.  '; 

Considérant  néanmoins  qu'il  importe  au  rétablissement  de 
l'unité  et  de  la  paix  dans  toute  la  République  que  chaque 
administration,  dirigée  par  les  mêmes  principes,  en  fasse  la 
déclaration  solennelle  pour  lever  tous  les  doutes  et  dissiper 
toutes  les  préventions  qu'on  aurait  pu  et  qu'on  pourrait  in- 
spirer aux  bons  citoyens; 

Ouï  le  procureur  général  syndic  : 

Arrête,  à  l'unanimité,  qu'il  rétracte,  conformément  à  la 
susdite  loi  du  26  juin  dernier,  tous  arrêtés,  adresses,  lettres, 
comptes  rendus  et  autres  actes  émanés  du  conseil  d'adminis- 
tration du  déparlement  de  l'Ain  ou  d'aucun  de  ses  membres 
depuis  le  26  mai  dernier,  relativement  aux  objets  de  ladite 
loi,  qui  pourraient  laisser  le  moindre  doute  sur  la  sincérité 
des  sentiments  exprimés  dans  le  présent  arrêté. 

Le  conseil  déclare  de  nouveau  qu'il  a  toujours  reconnu  et 
reconnaît  la  Convention  actuelle  comme  seul  centre  d'unité 
et  la  nouvelle  Constitution,  acceptée  à  l'unanimité  dans  le 
département  de  l'Ain,  comme  le  premier  moyen  de  salut  pu- 
blic, qui  a  été  constamment  l'objet  de  ses  vœux  ; 

Arrête,  en  conformité  de  la  susdite  loi,  qu'expédition  du 
présent  arrêté  sera  adressée  au  Comité  de  salut  public  de  la 
Convention  nationale  et  en  outre  à  chacun  des  neuf  districts 
du  département'. 

Beaucoup  d'altérations  eurent  lieu  dans  le  registre  où 
les  actes  du  département  sont  recueillis  ;  suppression 
d'indications  en  marge,  radiation  de  plusieurs  lignes 


1.  «  Consitlorant  encore  que  l'on  a  enregistré  et  fait  exécuter  les  décrets; 
—  qu'il  n'y  a  aucun  rassemblement  armé  dans  le  département  de  l'Ain;  —  que 
la  Conslilulion  a  été  acceptée  »,  etc. 

2.  Archives  de  l'Ain,  nicmc  registre,  à  la  date. 


II.  JURA.  525 

rendues  absolument  illisibles,  énorme  pàlé  d'encre  sur 
la  date  d'une  délibération  dont  on  félicite  le  conseil  et 
qu'il  importait  de  ne  pas  rappeler,  sans  compter  les 
dénégations  individuelles.  Mais  on  ne  pouvait  effacer 
l'impression  que  la  conduite  du  département,  malgré  sa 
rétractation,  avait  produite,  et  l'agent  Soulet,  envoyé  de 
Paris,  le  25  juillet,  pour  porter  l'acte  constitutionnel 
dans  les  départements  des  Hautes  et  Basses-Alpes,  du 
Mont-Blanc  et  du  Var,  notant  ce  qu'il  a  observé  sur  la 
route,  a  deux  mots  pour  caractériser  l'Ain  :  «  Aristo- 
cratie et  fanatisme*  ». 


II 

Juin. 


Le  département  du  Jura  n'avait  pas  attendu  la  révo- 
lution du  51  mai  pour  prendre  des  mesures  contre  la 
violation  possible  de  la  Convention  nationale".  Une  ville 
importante,  il  est  vrai,  la  ville  de  Dole,  s'était  donnée 
entièrement  aux  Jacobins.  Ce  n'était  pas  aux  Monta- 
gnards qu'elle  faisait  un  crime  des  «  débats  scanda- 
leux «  de  la  Convention.  C'était  au  conseil  exécutif,  c'est- 
à-dire  surtout  à  Roland,  qu'elle  rapportait  le  désordre 
public  et  la  guerre  de  Vendée".  Mais  la  masse  du  dépar- 
tement était  d'autre  opinion. 

1.  Archives  nationales,  F  i'  551,  dossier  Soulet. 

2.  On  a  sur  le  Jura  une  Histoire  de  la  révolution  dans  le  Jma,  par 
M.  Antoine  Sommier  (Paris,  1846,  1  vol.  in-S").  Il  n'y  faut  pas  chercher  de 
pièces  d'archives.  C'est  surtout  un  livre  d'appréciations,  et  voici  celle  de  l'auteur 
sur  la  révolution  du  51  mai  :  «  Qu'était-ce,  après  tout,  que  ce  coup  d'Élat  du 
2  juin'?  Sur  700  députés,  il  en  enleva  '22  à  la  Convention.  La  Convenlioa  n'en 
était  pas  moins  entière  ».  (P.  190.) 

3.  Voyez  la  note  LXXIY  aux  Appendices. 


526     PART.  II,  CIIAP.  XVII.  LA.  BRESSE  ET  LA  FRANCHE-COMTÉ. 

Dès  le  2i  mai,  les  administrateurs  du  Jura  délibé- 
rèrent que  les  suppléants  de  leur  ressort  seraient  requis 
de  se  rendre  à  Bourges,  sous  l'escorte  d'une  compagnie 
de  grenadiers ^  Une  adresse  aux  citoyens  du  Jura,  aux 
départements  et  à  tous  les  citoyens  de  la  République 
accompagnait  cet  arrêté.  On  s'y  plaignait  du  manque  de 
Constitution;  on  en  montrait  les  conséquences  :  d'une 
part  tiédeur,  abandon  ;  de  l'autre  anarchie.  Il  fallait 
donc  agir  : 

Assez  de  plaintes,  de  menaces,  de  projets ^  de  sentiments 
forts  ont  éclaté;  il  faut  enfin  sauver  la  patrie. 

Le  département  du  Jura,  au  nom  de  la  tranquillité  et  du 
salut  public,  requiert  les  députés  suppléants  de  son  ressort 
de  se  rendre,  sans  délai,  dans  la  ville  de  Bourges,  lieu  central 
de  la  République,  pour  se  constituer  en  assemblée  nationale 
dans  le  cas  où  la  Convention  nationale  viendrait  à  être  dis- 
soute, de  quelque  part  que  ce  fût;  et  dans  cette  circonstance, 
qu'il  est  horrible  mais  nécessaire  de  prévoir,  ils  convoqueront 
sur-le-champ  les  assemblées  primaires  par  cantons,  pour 
choisir,  selon  le  mode  présenté  par  le  comité  de  constitution, 
de  nouveaux  députés;  et,  jusqu'au  jour  de  leur  réunion,  les 
députés  suppléants  exerceront  les  fonctions  du  corps  législatif 
seulement. 

Cent  grenadiers  d'élite  les  accompagneront  et  veilleront  à 
la  sûreté  de  la  représentation  nationale  provisoire. 

Et  l'adresse  se  terminait  par  cet  appel  : 

La  Constitution  est  achevée,  sauf  la  solution  de  quelques 
questions.  Sections,  citoyens  de  Paris,  prêtez  force  à  la  Con- 
vention nationale,  sauvez  la  République,  ou  vous  n'êtes  que 
des  traîtres.  Vous  refusez  des  couronnes  civiques  pour  agiter 
des  poignards  prêts  à  vous  percer  vous-mêmes. 

Convention  nationale,  osez  faire  la  Constitution,  foudroyer 

1.  Voyez  la  noie  LXXV  aux  Appendices. 


II.  JURA.  527 

les  traîtres,  les  perturbateurs,  punir  une  minorité  liberticide, 
et  la  Constitution  sera  faite. 

Départements,  citoyens  français,  nous  avons  fait  notre  tâche 
civique.  Faites  la  vôtre.  Vivre  libre  ou  mourir.  Yivc  la  Répu- 
blique, une  et  indivisible!  Périsse  l'anarchie*! 

De  la  délibération  ils  passèrent  à  l'action  :  le  51  mai, 
ils  organisèrent  une  garde  armée  qu'ils  destinaient  à 
protéger  la  Convention,  et,  le  2  juin,  ils  constituèrent 
un  comité  de  salut  public^ 

C'était  le  jour  où  l'Assemblée  était  envahie,  où  elle 
était  décimée!  A  la  nouvelle  de  celte  révolution,  ils  dé- 
clarèrent que  la  Convention  n'existait  plus  ;  que  les 
décrets  rendus  depuis  le  51  mai  ne  pourraient  avoir 
force  de  loi  ;  que  le  triomphe  éphémère  d'une  faction 
n'est  que  l'interrègne  de  la  liberté^  :  et  ils  publièrent 
un  bulletin  qu'ils  firent  afficher  pour  faire  appel  à  tous. 

Dans  un  premier  placard,  du  7  juin  1795,  ils  rap- 
pelaient sommairement  les  événements  qui  avaient 
préparé  la  révolution  à  Paris,  les  mesures  que  le  dé- 
partement avait  prises  pour  la  conjurer  et,  à  cette  heure 
qu'elle  était  accomplie,  pour  l'enrayer.  Les  factieux  de 
Paris  ont  porté  atteinte  à  la  représentation  nationale.  Le 
comité  de  salut  public  du  Jura  veut  maintenir  l'unité 
et  l'indivisibilité  de  la  République.  Dans  un  autre  pla- 
card du  9  juin  ils  faisaient  connaître  au  public  les  pé- 
ripéties de  la   révolution,  par    la    reproduction  d'une 

1.  Archives  de  l'Ain,  Registre  du  conseil  général  du  déparlement,  où  cette 
adresse  est  reproduite,  à  la  date,  p.  199-200,  et  la  note  LXWI  aux  Api>endices. 

2.  Julien,  liapport,  p.  142, 143,  et  décret  du  27  juillet,  art.  1  ;  Moniteur  du 
30,  t.  XVII,  p.  258.  —  Dumas,  dans  son  attaque  aux  Jacobins  conti-e  le  représen- 
tant Uassal,  dont  nous  parlerons  plus  tard,  prétend  que,  dès  le  mois  d'avril,  le 
Jura  était  en  rapport  avec  Lyon.  (Séance  du  6  germinal.  Moniteur  du  10, 
t.  XX,  p.  77.) 

3.  Un  exemplaire  de  celte  délibération  dos  7  et  8  juin  se  trouve  aux  Archives 
de  l'Eure. 


328     PART.  Il,  CIIAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRANCHE-COMTÉ. 

lettre  d'un  député  qui  les  racontait  jour  par  jour,  heure 
par  heure*.  En  même  temps  les  administrateurs  du 
département  du  Jura  convoquaient  les  assemhlées  pri- 
maires; ils  envoyaient  les  suppléants  à  Bourges  et  des 
commissaires  jusqu'à  Quimper,  car  ils  sentaient  qu'il 
y  avait  là  une  question  de  vie  et  de  mort  pour  la  li- 
berté en  France  ;  et  après  cela,  que  dire  de  Julien  qui 
les  accuse  non  pas  d'avoir  voulu  se  fédcraliser,  mais 
d'avoir  eu  la  pensée  au  contraire  de  se  séparer  de  la 
nation  pour  former  un  onzième  canton  suisse  ^  !  S'ils 
avaient  eu  cette  intention,  ce  n'est  pas  dans  le  Finistère 
qu'ils  seraient  allés  chercher  un  appui.  Ils  voulaient 
s'unir  aux  autres  départements  pour  le  salut  commun  ; 
c'était  l'objet  des  mesures  qu'ils  avaient  prises  à  la 
première  nouvelle  des  événements  de  Paris"'. 

Les  commissaires  que  la  Convention  envoya  en  toute 
hâte  dans  le  Jura,  Bassal  et  Garnier  de  l'Aube,  trou- 
vèrent le  comité  de  salut  public  du  département  tout 
installé,  avec  six  mille  hommes  à  sa  disposition.  Il  leur 
fallut  entendre  de  la  part  de  ces  hommes  «  les  ana- 
thèmes  les  plus  horribles  contre  la  Convention,  Paris  et 
les  patriotes  *  ».  On  leur  laissa  la  faculté  de  partir,  et 
ils  ne  tardèrent  pas  à  user  de  la  permission,  car  ils 
ne  se  jugeaient  pas  en  sûreté  à  Lons-le-Saunier.  Ce  fut 
sans  doute  à  la  suite  de  cette  équipée  que  le  départe- 
ment publia  cet  autre  bulletin  (5  juillet)  : 

Le  Jura  respire  enfin,...  mais  les  volcans  de  la  montagne 

1.  Voyez  la  note  LXXVII  aux  Appendices. 

2.  lîapporf,  p.  142. 

3.  Les  habitant?  de  Loiis-le-Saunicr  résidant  à  Paris,  et  aillés  des  Jacobins, 
on  le  peut  croire,  viennent  dénoncer  la  plupart  de  ces  faits  à  la  Convention 
dans  la  séance  du  15  juin.  [Monileur  du  10,  t.  XVI,  p.  644.) 

4.  Julien,  Rapport,  p.  145. 


II.  JURA.  529 

ne  sont  pas  tous  élomts  ;  ils  peuvent  être  lancés,  ils  le  seront 
sans  doute  sur  les  départements  dont  l'énergie  oppose  de  la 
résistance  à  l'oppression  ;  le  Jura  comptera  parmi  ces  dépar- 
tements. 

La  résistance  à  l'oppression  fut  toujours  le  crime  le  plus 
irrémissible  aux  yeux  de  ceux  à  qui  l'intérêt  ou  l'extrava- 
gance persuade  qu'ils  ont  le  droit  d'oppression 

Eh  quoi  !  ce  serait  un  crime  de  voir  ce  qui  se  passe,  de 
juger  ce  qui  se  fait,  d'exercer  ses  droits  politiques  en  refusant 
d'obéir  au  caprice  de  l'arbitraire  pour  fléchir  sous  l'empire 
de  la  loi!  Non,  citoyens,  ce  droit  est  notre  propriété,...  nous 
en  userons  avec  vous 

On  relève  un  mot  de  Garnier  à  Bassal  :  «  C'est  vous 
qui  êtes  le  véritable  proconsul  et  je  ne  suis  que  votre 
suivant.  » 

Ainsi  il  y  a  un  proconsul'  ! 

Bassal,  accusé  plus  tard  aux  Jacobins  (6  germinal 
an  II,  20  mars  1794)  par  Dumas  et  par  des  sans-cu- 
lottes du  pays,  a  raconté  lui-même,  en  se  défendant,  les 
circonstances  de  la  première  mission  dont  Julien  nous 
a  dit  le  résultat  tout  négatif.  Dès  son  arrivée  à  Dijon 
(deuxième  quinzaine  de  juin  1793)  il  avait  appris  que 
le  Jura  avait  quinze  mille  hommes  armés.  Le  Jura 
toutefois  n'avait  pas  rejeté  toute  négociation  :  on  espé- 
rait donc  qu'il  céderait  sans  combat,  et  Bassal  reçut  le 
conseil  d'attendre.  Il  se  disait  d'ailleurs  que,  si,  enga- 
geant la  lutte  avec  des  forces  insuffisantes,  il  essuyait 
un  échec,  le  contre-coup  en  serait  funeste  :  le  Doubs,  le 
Mont-Terrible,  pourraient  être  entraînés.  Il  fit  des  ou- 
vertures; et  le  Comité  de  salut  public,  informé  du  pé- 
ril, ne  désapprouva  point  sa  tactique  :  on  n'avait  pas  de 

1.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carlou  21,  dossiei'  Jura. 


550     PART.  II,  CIIAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRANCHE-COMTÉ. 

troupes  à  lui  donner.  Dans  une  pareille  situation,  ne 
se  trouvant  point  en  sûreté  dans  le  Jura^  il  vint  à  Be- 
sançon; mais  là  le  danger  n'était  pas  moindre  :  la  ré- 
gion montagneuse  du  Douhs  était  prête  à  se  révolter. 
Bassal  crut  qu'il  fallait  gagner  du  temps,  dissimuler. 
Deux  commissaires  de  l'administration  du  Doubs  lui 
avaient  écrit  que  les  membres  de  l'assemblée  départe- 
mentale étaient  prêts  à  se  rétracter,  si  l'on  pouvait  être 
sûr  de  ses  bonnes  dispositions.  l\  répondit  à  celte  dé- 
marche par  une  lettre  qui  fut  accueillie  comme  un  gage 
de  paix  dans  le  département,  et  que  les  Jacobins,  à 
Paris,  ne  manquèrent  pas  d'incriminer  comme  un  acte 
de  trahison  ou  du  moins  de  faiblesse'. 

La  Convention  n'avait  pas  coutume  de  traiter  avec 
des  rebelles.  Sur  la  proposition  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, elle  rendit  ce  décret  (27  juillet)  : 

Art.  1 .  Les  membres  du  comité  de  salut  public  nommés  le 
2  juin  dernier  à  Lons-lc-Saulnicr,  chef-lieu  du  département 
du  Jura,  seront  tenus  de  se  séparer  immédiatement  après  la 
notification  du  présent  décret,  et  de  cesser  toutes  fonctions, 
sous  peine  de  mort. 

Le  décret,  dans  les  articles  suivants ,  annulait  les 
actes  de  ce  comité  antérieurs  à  la  notification  (2);  décla- 
rait criminels  les  actes  postérieurs  (5)  ;  mettait  en  liberté 
ceux  qu'il  avait  emprisonnés  (4);  suspendait  les  pour- 
suites commencées  (5);  rétablissait  la  Société  populaire 
de  Lons-le-Saunier  dans  le  local  d'où  elle  avait  été 
chassée  (6);  ordonnait  une  enquête  sur  le  bris  de  la 
porte,  l'enlèvement  des  meubles,  etc.  (7)  ;  annulait  les 
commissions  de  gendarmes  données  par  le  département 

1.  Séance  des  Jacobins  du  6  germinal  an  II  (2G  mars  179i).  {MoniLcur  du  10, 
t.  XX,  p.  77-79.) 


II.  JIRA.  551 

depuis  le  :24  mai;  réintégrait  dans  leurs  fonctions  les 
juges  de  paix  destitués  depuis  le  1""  juin,  et  se  termi- 
nait par  cet  article  : 

Art.  9.  Beaucets  [Boiiverel],  président,  Joannot,  membre  du 
directoire  du  département,  Saillard,  vice-président,  et  Faivre, 
procureur  syndic  du  district  de  Lons-le-Saulnier,  seront  tra- 
duits à  la  ])arre.Les  autorités  constituées  et  celles  des  dépar- 
tements environnants  qui  refuseraient  de  donner  secours 
pour  l'exécution  du  présent  décret  seront  déclarées  rebelles 
à  la  patrie  et  traitées  comme  telles.  Les  procureurs  syndics 
et  les  cinq  autres  districts  du  département  seront  mandés  à 
la  barre  pour  y  rendre  compte  des  mesures  qu'ils  ont  prises 
pour  s'opposer  aux  actes  liberticides  du  conseil  général  du 
département  ou  des  motifs  qui  les  ont  déterminés  à  y  adhérer^ 

Nous  avons,  sur  cette  période  critique  du  départe- 
ment du  Jura ,  des  détails  consignés,  jour  par  jour, 
dans  des  lettres  de  commissaires  du  Conseil  exécutif'. 
L'un  d'eux,  Adant,  écrivait,  le  25  juillet,  que  la  Consti- 
tution était  acceptée  dans  le  Doubs,  la  Haute-Saône  et  le 
Jura  ;  mais,  disait-il,  «  c'est  dans  le  Jura  que  la  tranquil- 
lité sera  le  plus  difficile  à  rétablir  »  :  les  administra- 
teurs y  exerçaient  une  influence  despotique,  les  sociétés 
populaires  étaient  dissoutes  partout,  excepté  h  Dole  : 

A  Dôle,  écrit-il  en  son  nom  et  au  nom  de  Saunier,  son  col- 
lègue, nous  nous  sommes  crus  dans  le  faubourg  Saint-Antoine. 
On  y  brûle  du  saint  amour  de  la  patrie. 

Dôle  même  n'était  pas  sans  tache  : 

Quant  à  l'administration  du  district,  elle  est  gangrenée. 
Le  directoire  répand  les  bulletins  incendiaires  de  Lons-le- 
Saulnier. 

1.  Moniteur  du  50  juillet  1793,  t.  XVII,  p.  258-259. 

2.  Archives  nationales,  F  i'  550  et  551. 


552    PART.  II,  CHAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRANCHE-COMTÉ. 

Et  ils  en  envoient  plusieurs  comme  échantillons. 

L'acte  conslitutionncl  une  fois  accepté,  il  faudra  rétablir 
les  sociétés  populaires  à  Salins,  à  Arbois  : 

Benjamin  est  sans  force  et  Jud;i  sans  vertu'. 

Le  comité  de  salut  public  de  Lons-le-Saunier  se  sou- 
ciait peu  de  laisser  rôder  dans  le  département,  sous 
prétexte  d'enquête  agricole  ou  autre,  ces  commissaires, 
vrais  explorateurs  du  genre  de  ceux  que  Garât  avait  à 
Paris.  11  avait  fait  un  arrêté  (21  juillet)  qui  les  traitait 
en  suspects.  Les  deux  commissaires  y  répondirent  fière- 
ment par  ce  placard  : 

«  Lettre  des  citoyens  Adant  et  Saunier,  commissaires  du 
Pouvoir  exécutif  près  les  départements  du  Jura,  du 
Doubs  et  de  la  Haute-Saône,  en  réponse  à  V arrêté  illégal 
du  comité  de  salut  public  de  Lons-le-Saulnicr. 

«  Dôle,  25  juillet. 

«  Messieurs,...» 
Avec  cette  note  : 

On  n'appelle  citoyens  que  ceux  qui  aiment  les  lois  d'un 
pays  libre  et  qui  chérissent  la  liberté  ^. 

Et  la  suite  est  un  tissu  d'injures,  à  propos  de  cet 
arrêté  du  21  juillet  qui  les  mettait  en  suspicion,  regar- 
dant leurs  pouvoirs  comme  de  simples  passeports. 

Un  autre  commissaire,  Grandmaison,  dans  des  lettres 
ou  rapports,  soit  au  ministre  de  l'Intérieur,  soit  àFran- 
queville,  un  des  chefs  importants  du  ministère,  générale- 
ment écrits  à  Dôle,  nous  donne  aussi  des  détails  curieux 
sur  l'état  du  pays^  Dôle  est  sûre;  mais  hors  de  là  que 

1.  Lettre  de  la  Pu  de  juillet  1793.  Archives  nationiiles,  F  i'  550,  dossier  i(/a«/. 

2.  Arcliives  nationales,  même  dossier. 

5.  Archives  nationales,  F  i'  551,  dossier  Grandmaison. 


II.  JURA.  353 

(le  misères!  11  a,  dit-il,  couru  pieds  nus  un  mois  entier 
pour  se  soustraire  aux  brigands  de  Lons-le-Saunier 
(lettre  du  i  août)  : 

Le  passeport  du  citoyen  ministre,  visé  par  le  Comité  de 
salut  public,  est  un  brevet  de  Bastille  dans  le  département 
du  Jura  (l*"''  août). 

On  a  vu  V ixiTèté  tibertkide,  comme  il  dit,  du  comité 
de  Lons-le-Saunier  contre  les  commissaires  du  Conseil 
exécutif.  Quant  au  décret  du  27  juillet,  si  menaçant 
pour  le  comité  de  salut  public  du  Jura,  le  courrier  qui 
le  portait  a  failli  être  massacré  par  le  peuple  de  Lons- 
le-Saunier.  Le  district  de  Dole  seul  a  reçu  ce  décret  et 
l'a  mis  à  exécution  (2  août). 

Grandmaison  avait  pourtant  espéré  l'exécuter,  pour 
sa  part,  d'une  manière  éclatante.  Âdant  avait  écrit  le 
25  juillet  : 

Bouvret,  président  du  département,  a  donné  sa  démis- 
sion et  il  est  parti  en  qualité  de  commissaire  pour  porter  son 
vœu  d'accepter  la  Constitution;  c'est  cet  homme  que  le  mi- 
nistre devrait  tâcher  de  prendre,  et  rien  n'est  plus  facile  '. 

C'est  cet  homme  que  Grandmaison  voulait  prendre  : 
car  il  n'était  pas  encore  parti.  Notre  commissaire,  se 
trouvant  dans  la  nuit  du  2  au  5  août  à  Tassenières, 
apprit  qu'il  y  avait  passé  la  veille  pour  aller  à  sa  cam- 
pagne. Quelle  belle  occasion  de  mettre  la  main  sur  lui 
au  retour  !  Il  court  à  Dole,  prend  deux  gendarmes,  re- 
vient à  Tassenières,  et  vers  les  sept  heures  du  soir 
il  rencontre  en  effet  Bouveret  dans  sa  voiture  avec 
son  beau-frère.  Il  les  arrête.  Mais  voici  bien  une  autre 

1.  Archives  nationales,  F  i*  551,  dossier  Grandmaison. 


534     PART.  II,  ClIAP.  XVU.  LA  BRESSE  ET  LA  FRANCHE-COMTÉ. 

affaire  !  Yers  les  dix  heures  du  soir  arrivent,  prévenus 
sans  doute,  une  quarantaine  de  brigands',  une  lutte  s'en- 
gage, lutte  inégale  où  le  commissaire  faillit  justifier  le 
dicton  : 

Car  tel  est  pris  qui  croyait  prendre. 

Il  ne  trouva  son  salut  que  dans  la  fuite,  laissant 
ses  effets  et  450  livres;  —  il  envoya  une  note  de  850  li- 
vres au  ministre*.  Et  le  ministre  qui  croyait  recevoir 
Bouveret  ! 

Cependant  Bassal  espérait  encore  parvenir  à  la  con- 
ciliation. Tout  en  faisant  venir  à  Dole  le  bataillon  de  la 
Drôme,  afin  d'avoir,  au  besoin,  quelque  force  sous  la 
main,  il  avait  écrit  au  directoire  du  département  de 
mettre  en  liberté  les  citoyens  détenus  à  Lons-le-Sau- 
nier,  et  il  parlementait  pour  le  reste.  Le  département 
avait  donné  une  première  satisfaction  à  la  Convention 
en  acceptant  l'acte  constitutionnel  ;  deux  députés  de 
Besançon  ,  après  avoir  vu  Bassal ,  étaient  partis  pour 
Lons-le-Saunier  en  médiateurs  (lettre  du  0  août)  :  mais 
le  comité  de  salut  public  de  Lons-le-Saunier  tenait  tou- 
jours, et  un  rapport  de  Grandmaison  au  ministre  ne 
témoignait  pas  grande  confiance  dans  les  dispositions 
de  ses  membres".  Toutefois  le  département  du  Jura 
donna  à  la  Convention  un  gage  de  son  désir  de  la  paix  : 
il  prononça  la  dissolution  de  son  comité  de  salut  pu- 
blic. Bassal,  dès  qu'il  eut  cet  arrêté,  partit  pour  Paris 
(9  août),  voulant  faire  prendre  cette  démarche  cji  con- 
sidération et  amener  la  Convention  ta  rapporter  le  décret 

i.  400  livres  pour  ses  edcls,  450  livres  pour  assignats  perdus.  On  lui  accorda 
pour  le  tout  une  indemuité  de  400  livres,  5°  jour  du  2"  mois  de  la  2"  année 
(26  oclobre  179ô).  (Archives  nationales,  F  i^  551,  dossier  Grandmaison.) 

2.  Voyez  la  note  LXXVIII  aux  Appendices. 


IL  JURA.  335 

du  "21  juillet.  Grandmaison  devenait  le  principal  per- 
sonnage à  Dole  en  son  absence.  Il  fit  un  superbe  discours 
à  la  proclamation  solennelle  de  la  Constitution  le 
10  août.  Dans  son  enthousiasme  pour  lui-même  il  écrit 
(11  août)  : 

Vous  eussiez  cru,  citoyen  ministre,  être  à  Sparte  ou  à 
Lacédémone\ 

Les  adjurations  ne  manquaient  point  au  départe- 
ment peu  docile,  et  il  lui  en  venait  même  de  Paris.  Les 
commissaires  des  assemblées  primaires,  envoyés  à  la 
Convention,  écrivaient  «  à  leurs  concitoyens  et  frères 
d'armes  »  (10  août  1795)  : 

Frères  et  concitoyens, 

On  vous  trompait  et  nous  aussi;  entendez  la  vérité,  nous 
sommes  dignes  d'en  être  les  organes. 

Nous  avons  vu  et  nous  voyons  encore  Paris  ;  notre  cœur  est 
pénétré  de  reconnaissance  pour  ses  habitants  ;  nous  n'y  ren- 
controns partout  que  des  frères,  etc. 

Suit  l'éloge  de  la  Commune  de  Paiis  : 

Les  magistrats  du  peuple  veillent  sans  cesse  sur  cette 
immense  famille,  et  chaque  enfant  bénit  le  régime  paternel 
sous  lequel  il  a  le  bonheur  de  vivre  ; 

1.  Il  oublinit  aussi  qu'à  Sparte  ou  à  Laccdémone  on  parlait  peu.  —  Ces  com- 
missaires du  Conseil  exécutif  savaient  toujours  bien,  daus  l'accoinplissement  de 
leur  mission,  ne  pas  trop  négliger  leurs  petites  affaires.  Un  deux,  nommé 
Itevillain.  forcé  de  revenir  pour  cause  de  santé,  après  avoir  dit  que  les  habi- 
tants étaient  bons  républicains,  qu'ils  avaient  horreur  du  royalisme,  qu'on 
pouvait  seulement  leur  reprocher  quelques  erreurs  de  circonstance,  et  que,  pour 
y  remédier,  il  avait  répandu  la  Constitution  à  profusion,  disait  encore  :  «  J'y  ai 
ajouté  un  ouvrage  et  une  affiche,  dont  je  suis  l'auteur.  »  Et  en  note  :  a  Cet  ouvrage 
a  pour  titre  :  Base  du  plan  général  sur  l'Instruction  publique,  et  l'alfiche  : 
L'erreur  est  ton  bourreau,  Lis.  Ces  deux  productions  patriotiques  ayant  été 
jugées  très  favorablement  par  des  patriotes  très  ardents  et  très  éclairés  »,  etc. 
(Archives  nationales,  F  i»  Soi,  dossier  Grandmaison.) 


536     PART.  II,  CHAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRAACIIE-COMTE. 

el  l'éloge  de  la  Convention  : 

Quel  sanctuaire  respectable,  quelle  majesté,  quel  calme, 
quelle  sagesse  dans  la  discussion'  ! 

Cependant  Bassal  avait  des  motifs  à  faire  valoir  an- 
près  de  la  Convention  pour  l'amener  à  rapporter  son 
décret  en  ce  qu'il  avait  de  rigoureux.  La  situation 
était  inquiétante  dans  la  région  de  l'Est",  et  il  en  parla 
avec  l'autorité  d'un  témoin.  Il  représenta  aux  Comités 
qu'un  acte  spécial  contre  le  Jura  pourrait  aggraver 
et  étendre  l'insurrection  ;  que  mieux  vaudrait  un  dé- 
cret rendu  en  termes  généraux  contre  les  administra- 
tions rebelles.  Le  Comité  de  sûreté  générale  goûta  ces 
observations  ;  mais  le  Comité  de  salut  public  les  re- 
poussa. Bassal  fut  renvoyé  dans  les  départements  qu'il 
venait  de  visiter;  seulement  on  prenait  soin  de  lui 
adjoindre  un  montagnard  plus  éprouvé,  Bernard  de 
Saintes  \ 

Les  événements  prenaient  alors  plus  de  gravité  :  la 
montagne  du  Doubs  se  soulevait.  Les  lignes  de  Wissem- 
bourg  étaient  menacées.  Bassal  écrivit  à  la  Convention 
pour  lui  demander  que  Prost,  qui  dès  le  mois  d'avril 
avait  été  envoyé  avec  Léonard  Bourdon  dans  la  Côte- 
d'Or  et  le  Jura,  et  qui  était  désiré  par  les  patriotes  du 
pays,  lui  fût  adjoint,  ce  qui  eut  lieu  le  27  septembre;  et 
il  déclare  qu'à  partir  de  ce  moment  il  ne  fit  plus  rien 
dans  le  Jura^. 


1.  Archives  nationales,  V  i»  550. 

2.  Il  y  put  dire,  ce  qu'il  répéta  plus  lard  (6  germinal  an  II),  dans  sa  justifi- 
cation devant  les  Jacobins  :  «  Le  Moiit-Tcrrible  éprouve  alors  des  secousses 
violentes;  l'ennemi  est  aux  portes,  et  ces  l'anatiques  armés  se  soulèvent  »,  etc. 
[Moniteur  du  10  germinal  (50  mars  1794),  t.  XX,  p.  79.) 

3.  Séance  du  17  août  1795,  Moniteur  du  19,  t.  XYII,  p.  420. 

4.  Moniteur  du  28  septembre,  t.  XYII,  p.  700. 


UI.   DOUBS.  537 

En  réponse  à  ce  qu'on  disait  aux  Jacobins  de  ses 
bons  rapports  avec  les  fédéralistes,  il  pouvait  néanmoins 
alléguer  2800  arrestations  ordonnées  par  lui,  et  pas 
une  dont  un  patriote  eût  été  victime*. 


III 

D  0  u  b  s. 

Le  Doubs  avait  adhéré  aux  premières  résolutions  de 
l'Ain  et  du  Jura  et  les  soutint  avec  force. 

La  vieille  capitale  delà  Franche-Comté  s'était  indignée 
de  l'anarchie  qui  prenait  possession  de  Paris  et  voulait 
s'étendre  à  la  France.  Les  administrateurs  du  départe- 
ment et  du  district  de  Besançon,  les  sections  et  le  club 
même,  quoique  affilié  aux  Jacobins,  ne  craignaient  pas 
de  faire  honte  à  la  Convention  nationale  des  agitations 
qui  préludaient  à  la  chute  des  Girondins.  Les  commis- 
saires des  sections  lui  écrivaient  le  6  mai  : 

Citoyens  représentants,  vous  vous  livrez  à  des  débats  scan- 
daleux, au  lieu  de  nous  donner  des  lois  qui  peuvent  seules 
consolider  la  liberté.  Vous  vous  livrez  à  des  personnalités 
révoltantes.  Il  est  plus  que  temps  que  vous  oubliiez  vos  haines 
pour  ne  penser  qu'au  salut  du  peuple. 

Et  le  district  dans  une  adresse  du  21  mai  : 

Législateurs,  les  troubles  qui  agitent  la  France  seraient 
bientôt  dissipés,  si  nous  pouvions  faire  taii'e  partout  les  pas- 
sions et  les  haines  en  citant  pour  exemple  la  conduite  de  nos 
représentants.  Mais  les  passions  siègent  au  sein  de  la  Con- 
vention, etc. 

1.  Voyez  sa  juslification  (Séance  des  Jacobins  du  6  germinal  an  II).  Moniteur 
du  iO,  t.  XX,  p.  77-79,  et  la  note  LXXIX  aux  Appendices. 

hévol.  du  51  MAI.  II  —  22 


Ô58     PART.  II,  CHAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRANCHE-COMTÉ. 

Le  lendemain  le  département  donnait  à  ses  remon- 
trances un  accent  plus  sévère  encore  : 

Envoyés  par  le  peuple  pour  lui  donner  une  bonne  Consti- 
tution, vous  perdez  le  temps  en  querelles  scandaleuses.  Vos 
divisions  autorisent  les  troubles  et  en  sont  peut-être  l'unique 
cause.  La  nation,  qui  vous  a  investis  de  sa  toute-puissance, 
vous  imputera  tous  les  maux  que  l'anarchie  peut  lui  faire 
souffrir  encore,  tout  le  sang  qu'elle  peut  lui  coûter.  Elle  ne 
verra  plus  en  vous  que  des  mandataires  infidèles'. 

On  ne  s'en  tint  pas  à  ces  adresses  :  on  décida  qu'un 
lies  orateurs  les  plus  accrédités  des  Jacobins  du  pays, 
Briot,  irait  les  porter  à  la  Convention.  Il  arriva  pour 
être  témoin  de  la  révolution  du  51  mai,  et  il  put  voir 
par  lui-même  ce  que  Seguin,  évoque  constitutionnel  et' 
l'un  des  représentants  du  Doubs  à  cette  assemblée,  écri- 
vait à  Bouvenot,  président  du  département  :  que  la 
Convention  décimée  ne  volait  plus  que  sous  les  poi- 
gnards de  la  plus  vile  populace'. 

Nous  venons  de  dire  quels  avaient  été  les  résolu- 
tions et  les  actes  du  Jura.  Ses  délégués  vinrent  à  Besan- 
<;on  et  y  furent  reçus  avec  sympathie. 

Le  Doubs  songeait  moins  à  supplanter  la  Convention 
qu'à  la  délivrer,  et  le  10  juin  douze  commissaires  furent 
nommés  par  les  conseils  généraux  du  département,  du 
district  et  de  la  commune  de  Besançon  pour  exami- 
ner les  propositions  du  département  frère  et  voisin;  la 
commission  fut  d'avis  d'envoyer  une  force  armée  pour 
protéger  la  représentation  nationale  et  d'établirdes  points 

1.  Jules  Fauzay  :  Uisloiie  de  la  pcrsrnition  révolutionnaire  dans  le  dc- 
jiarlcment  du  Doubs,  de  1789  à  1801,  d'après  les  documents  inédits,  t.  IV, 
p.  2.^7,  258;  élude  coinplcte  sur  ce;  (icpartenieiil.  J'aurai  à  y  renvoyer  bien 
>ouvrnl(lans  Y  Histoire  des  tribunaux  révolutionnaires  en  province. 

->.  Ibid.,  p.  '2o8. 


m.  DUUliS.  539 

de  corresponJance  avec  les  autres  départements,  dans 
la  Sarthc,  la  Haute-Marne,  le  Lot,  la  Drôme  et  le  Cher; 
en  même  temps  deux  adresses  devaient  rappeler  à  la 
Convention  et  aux  Parisiens  quels  étaient  leurs  devoirs 
(14  juin). 

Les  autorités  de  Besançon  ne  jugèrent  pas  à  propos 
d'agir  seules  dans  une  circonstance  si  grave.  Elles  convo- 
quèrent pour  le  16  juin  une  réunion  générale  de  tous 
les  corps  administratifs  et  judiciaires  du  département. 
Près  de  trois  cents  membres  y  prirent  part,  et  c'étaient 
les  hommes  les  plus  considérables  de  toutes  les  nuances 
du  parti  républicain.  «  Rien  ne  fut  négligé  lors  de  cette 
assemblée  pour  la  modérantiser  »,  s'écrie  Julien  dans 
son  rapport;  ^  l'ex-législateur  Bouvenot,  président  du 
département,  commença  par  faire  lire  des  arrêtés  des 
départements  du  Calvados,  de  Saint-Brieuc,  e(c.*  ».  On  y 
déclara  à  l'unanimité  que  le  mouvement  du  51  mai 
était  un  attentat  à  la  représentation  nationale;  que  les 
décrets  rendus  en  ce  jour  et  les  jours  suivants  pour 
supprimer  la  commission  des  Douze  et  mettre  en  arres- 
tation vingt -neuf  députés  étaient  nuls.  L'assemblée 
décida  en  outre  qu'elle  se  concerterait  avec  tous  les  dé- 
partements ;  qu'on  enverrait  à  Paris,  pour  protéger  la 
Convention ,  une  garde  de  quatre  cents  hommes  au 
moins  pris  dans  le  département,  et  que  l'on  rédigerait 
deux  adresses  :  l'une  à  la  Convention,  l'autre  c*iux  Pari- 
siens, sur  les  événements  du  51  mai  ^ 

L'adresse  à  la  Convention  exprimait,  avec  l'emphase 
de  l'époque,  ces    sentiments  énergiques  que   la   con- 


1.  Julien,  Rapport,  p.  62. 

'2.  Sauzny,  ouvrage  cité,  p.  261. 


5i0     PART.  If,  CHAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRANCHE-COMTÉ. 

science  du  droit  nourrissait  encore  dans  des  âmes  nou- 
vellement ouvertes  à  la  liberté  : 

L'étendard  sanglant  d'une  faction  a  remplacé  les  fais- 
ceaux de  la  République.  Une  partie  d'entre  vous,  dominée 
par  la  violence  ou  la  terreur,  ou  égarée  par  des  passions 
furieuses,  ne  connaît  plus  ses  devoirs  ou  est  incapable  de  les 
remplir.  Nous  venons  vous  dire  avec  franchise  ce  que  nous 
pensons  des  triomphes  du  parti  qui  veut  nous  ôter  la  liberté, 
parce  que  nous  ne  la  tenons  pas  de  ses  mains  sanglantes. 

La  représentation  nationale  a  été  violée;  nous  vous  deman- 
dons vengeance  de  cet  outrage,  et  nous  vous  annonçons  que, 
si  vous  n'avez  pas  assez  de  liberté  ou  d'énergie  pour  le  punir, 
nous  ne  quitterons  les  armes  qu'après  vous  avoir  rendus  à 
votre  dignité.  Représentants  d'un  peuple  libre,  l'anarchie 
vous  outrage,  elle  vous  avilit;  et  vous  baisez  sa  main  sanglante 
et  vous  la  remerciez  de  ce  que  le  hasard  n'a  pas  permis  que 
ses  crimes  fussent  consommés  ou  de  ce  qu'il  ne  s'est  pas 
trouvé  des  hommes  assez  ivres  de  fureur  pour  vous  faire 
tomber  sous  les  poignards.  Vingt-neuf  d'entre  vous  ont  mérité 
par  leur  courage  et  les  services  qu'ils  ont  rendus  à  la  chose 
publique  la  reconnaissance  des  bons  citoyens  et  la  haine  des 
factieux.  Nous  voulons  la  liberté  de  ces  vingt-neuf  repré- 
sentants, et  les  lâches  qui  les  oppriment  en  répondent  sur 
leur  tête. 

Déclarez  franchement  que  vous  voulez,  que  vous  pouvez 
sauver  la  patrie;  sinon,  appelez,  pour  vous  remplacer,  des 
hommes  moins  épuisés  que  vous  par  les  crises  de  la  liberté 
et  plus  capables  de  résister  aux  intrigues  qui  agitent  Paris.  Il 
est  temps  que  nous  ayons  des  lois.  Comment  les  établirez- 
vous  sur  un  sol  toujours  soulevé  par  le  volcan  de  l'anar- 
chie et  sur  les  bases  incertaines  de  l'opinion  publique,  qui 
s'échauffe  et  se  corrompt  au  gré  d'un  parti  qui  la  violente? 
Faites  que  le  peuple  estime  votre  conduite,  si  vous  voulez 
qu'il  respecte  votre  ouvrage'. 

1.  S.uizay,  ouvrage  cite,  p.  262. 


III.  DOUBS.  341 

Des  délégués  étaient  chargés  de  porter  à  Paris  cette 
adresse.  Ils  devaient  voir  d'abord  les  représentants  dn 
département  à  la  Convention.  Deux,  Quirot  et  Seguin, 
étaient  favorables  aux  Girondins;  mais  les  autres 
avaient  pris  rang  parmi  les  Montagnards  et  ils  les  dé- 
tournèrent de  lire  leur  requête.  Dans  leur  rapport  au 
département  le  28  juin,  les  délégués  confirmèrent  les 
impressions  qu'on  y  avait  sur  la  récente  révolution,  ses 
causes,  ses  effets,  son  caractère  ;  mais  ils  ajoutaient  : 

Les  dôpai'tements  viennent  se  rétracter  des  arrêtés  qu'ils 
ont  pris  contre  le  51  mai.  En  présence  du  décret  du  26  juin 
et  des  mesures  vigoureuses  qu'il  porte  contre  les  adminis- 
trations qui  auront  pris  des  arrêtés  sur  les  journées  du 
31  mai,  nous  avons  pensé  qu'il  était  prudent  de  ne  pas  nous 
présenter  à  la  barre  et  de  ne  pas  compromettre  le  dépar- 
tement en  y  présentant  son  arrêtée 

A  la  date  de  cette  lettre,  la  Convention  avait  déjà 
nommé  les  commissaires  chargés  d'aller  dans  cette  ré- 
gion afin  de  contenir  la  réaction  qui  s'y  manifestait  : 
c'étaient,  nous  l'avons  dit,  Garnier  de  l'Aube  et  Bassal, 
et  leur  mission  s'étendait  à  la  Côte-d'Or,  au  Doubs,  au 
Jura  et  à  l'Ain.  Garnier  de  l'Aube  ne  fit  que  passer  dans 
le  Doubs  ;  Bassal  y  demeura  davantage.  Sa  lâche  y  fut 
plus  facile  que  dans  le  Jura.  La  population,  en  général, 
n'était  point  préparée  à  prendre  parti  entre  les  Giron- 
dins et  les  Montagnards;  et  les  Jacobins  du  pays,  qui 
s'étaient  laissés  aller  au  mouvement  en  faveur  de  la  Con- 
vention violée,  s'empressèrent  de  se  rallier  au  triomphe 
de  leurs  frères  de  Paris.  Dans  presque  toutes  les  com- 
munes, les  délégués  à  l'assemblée  centrale  furent  désa- 

1.  Sauzay,  ouvrage  cité,  p.  263. 


342     PART.  II,  CIIAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRAKCIIE-COMTÉ. 

voués.  Les  clubs,   les  districts  même  envoyèrent  à  la 
Convention  des  adresses  pacifiques.  Dès  le  26  juin,  on 
lisait  dans  la  Convention  celle  de  la  Société    populaire 
d'Ornans  qui  adhérait  à   tous  ses  décrets,  recomman- 
dant Lien  la  modération,  sans  préjudice  de  la  fermeté, 
envers  les  départements  qui  s'étaient  laissé  séduire,  mais 
ne  ménageant  d'ailleurs  ni  les  administrations  (<  gan- 
grenées w  dont  elle  réclamait  la  suspension,  ni  les  dé- 
putés conspirateurs  (elle  croyait  à  la  conspiration!)  dont 
elle  demandait  le  renvoi  au  tribunal  révolutionnaire  \ 
Le   chef-lieu  dn  déparlement    se    montra  ferme;  et 
Thuriot  était  l'interprète  d'une  fausse  nouvelle  quand 
il  disait  à  la  Convention  dans  la  séance  du  20  juillet  : 
«  Nous  apprenons  à  l'instant  que  le  département   du 
i/oubs  vient  de  rapporter  tous  ses  arrêtés  liberticides"». 
Il  n'y  avait  de  vrai  que  des  défections  particulières, 
savoir  le  5  juillet  le  tribunal  criminel   du  Doubs,  et  le 
district  d'Ornans,  le  10  juillet  ledistrictdeSaint-Ilippo- 
lyte.  Le  conseil  général  du  département  résista  d'abord, 
et  par  trois  fois,  à  la  pression  des  Jacobins.  11  répondit 
qu'il    était  resté  fidèle  à  la  Convention  en  prenant  sa 
cause  contre  les  outrages  et  les  violences  de  la  populace 
de  Paris  ;  qu'il  n'avait  adopté  aucune  mesure   illégale  ; 
qu'il  avait  même  fait  effort  pour  ramener  les  départe- 
ments insurgés.  11  n'écouta  pas   plus  la  Société  popu- 
laire qui   le  menaçait,  s'il  ne  rétractait  ses  arrêtés,  de 
lui  retirer   toute  connance  et   de  s'adresser  à  la  Con- 
vention. Mais  il  y  avait  dans  la  population  de  Besançon, 
comme  dans  toute  grande  ville,  un  fond  révolutionnaire 
([u'il  ne  s'agissait  que  de  remuer.  La  Vcdctle,  organe 

1.  Monileur  du  26  juin  1795,  t.  XVI,  p.  750. 

2.  Moniteur  du  22  juillet,  t.  XVii,  p.  187. 


IV.  UAUTE-SAONE.  3i5 

des  Jacobins,  fit  appel  à  riiisuiTeclion.  Le  peuple,  disait- 
elle,  était  entouré  d'ennemis,  prêtres,  nobles,  fonction- 
naires de  l'ancien  régime,  parents  d'émigrés,  etc.  Tant 
qu'ils  seraient  là,  il  ne  fallait  parler  ni  de  modéra- 
tion ni  d'indulgence.  Une  émeute  éclata  le  J5  août, 
provoquée  par  un  idlimatum  des  meneurs,  et  secondée 
par  la  famine.  Les  administrateurs  durent  céder^;  et 
Julien  se  trouva  autorisé  à  dire,  dans  son  rapport  sur  les 
administrations  rebelles,  que  les  autorités  du  déparle- 
ment, en  tenant  si  longtemps,  n'avaient  pas  répondu 
au  sentiment  du  pays  :  «  Non,  s'écrie-t-il  dans  l'enivre- 
ment du  triompbe,  ils  régnent  ces  petits  despotes,  dans 
l'intérieur  de  leurs  immenses  bureaux  ;  mais  l'opinion 
publique  les  attend  à  la  porte;  là  elle  les  place  sur  son 
char  feuillantisé  dans  la  bouche  de  la  Renommée- —  » 
La  vengeance  des  Jacobins  devait  les  placer  ailleurs 
encore. 

IV 

Haute-Saône. 

Dans  la  Haute-Saône  le  conseil  général  du  départe- 
ment et  les  sociétés  populaires  avaient  d'abord  protesté 
contre  les  divisions  Hberticides  de  la  Convention  :  le 
conseil,  sur  un  ton  assez  calme  (26  décembre  1792); 
les  sociétés  populaires  avec  plus  de  vivacité,  selon  leur 
nature.  «  Le  vaisseau  de  la  Révolution  est  lancé,  il  faul 
qu'il  aborde  ou  qu'il  se  brise  »,  écrivait  la  Société  pa- 
triotique de  Vesoul^.  Et  les  trois  corps  administratifs  de 

1.  Voyez  Sauzay,  ouvrage  cite,  p.  208-270. 

2.  Julien,  Rapport,  p.  63. 

5.  Archives  nationales,  D  -\l  §  4,  carton  25,  Aosiict  Haule-Saônc. 


5i4  PART.  II,  CHAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRANCHE-COMTÉ. 

celte  ville,  à  la  suite  de  la  pétition  du  15  avril  et  de 
l'arrêté  du  18  par  lequel  la  Commune  de  Paris  se  dé- 
clarait en  révolution  : 

Par  quelle  fatalité  délibère-t-on  parmi  vous  quand  il  faut 
agir — 

La  Commune  de  Paris  a  osé  se  déclarer  en  révolution,... 
disposer  à  son  gré  du  trésor  public 

Que  signifie  cette  espèce  de  manifeste  ?  A-t-il  été  dicté  par 
le  roi  de  France?  Y  a-t-il  donc  des  Cobourgs  à  Paris?  Les 
sections  insurgées  provoqueraient-elles  les  départements  et 
se  feraient-elles  illusion  jusqu'au  point  de  croire  qu'ils  ne 
peuvent  pas  s'insurger  eux-mêmes,  si  l'anarchie  parisienne 
poussait  l'audace  jusqu'à  vouloir  maîtriser  les  représentants 
de  la  nation  et  devenir  la  Rome  des  Français  ? 

Tous  les  départements  de  la  République  feront  sans  doute 
savoir  à  cette  commune,  et  à  toutes  autres  qui  comme  elles 
seront  honorées  par  le  séjour  de  la  représentation  nationale, 
qu'ils  ne  souffriront  jamais  qu'elle  soit  outragée  ou  avilie'. 

La  Société  républicaine  de  Jussey  aurait  voulu  «  anéan- 
tir les  distinctions  odieuses  de  montagne,  de  plaine,  de 
marais,  de  côté  droit,  de  côté  gauche,  qui  tendent  à  di- 
viser la  Hépublique  et  à  fédéraliser  les  départements  » 
(3  mai).  —  «  L'union,  plus  de  personnalités,  achevez  la 
Constitution  )^  dit  Luxcuil  (fin  de  mai);  el PontaiUier, 
à  l'occasion  des  scènes  du  27  :  «  Il  est  temps  que  l'a- 
narchie soit  terrassée  ».  Les  pétitionnaires  demandent 
que  les  tribunes  insolentes,  vendues  sans  doute,  soient 
réprimées,  et  somment  les  représentants,  s'ils  sont  im- 
puissants, de  le  dire  et  de  convoquer  les  assemblées 
primaires  (2juin)^ 

1.  27  avril  1795.  Archives  nationales,  AF  ii,  carton  45,  Jossier  154,  n"  8. 

2.  Arcliivcs  nationales,  D  xl  §  4,  carton  25,  dossier  llaule-Saôite. 


IV.  IIÂUTE-SAONE.  545 

La  Société  républicaine  de  Champlitle,  dans  une 
adresse  reçue  le  20  juin,  mais  évidemmenl  antérieure 
au  51  mai,  tient  aussi  (sans  préjudice  de  la  rhéto- 
rique du  temps)  un  langage  de  paysan  du  Danube  : 

Représentants  de  tous  les  départements,  nous  vous  devons 
la  vérité,  nous  allons  vous  la  dire. 

Un  crêpe  funèbre  couvre  la  France  entière,  nous  en  accu- 
sons vos  haines  et  vos  partis. 

Depuis  six  mois  qu'avez-vous  fait  pour  la  Piépubliquc? 
Rien. 

Une  ville  immense,  il  est  vrai,  mais  seule  au  milieu  de  la 
France,  vous  opprime.  Vous  subissez  le  joug,  et  nous  sommes 
esclaves  par  votre  pusillanimité. 

Est-ce  là  ce  que  nous  attendions  des  pouvoirs  illimités  que 
nous  vous  avons  transmis?  Eh  !  quoi  !  des  petites  passions, 
toujours  des  petites  passions,  encore  des  petites  passions, 
lorsque  la  patrie  vous  appelle  ! 

Expliquez-vous  :  pouvez-vous,  voulez-vous  sauver  l'Etat? 
prononcez  ce  mot,  et  les  assemblées  primaires  sont  là  pour 
délibérer.  Si  Paris  vous  accable  de  son  poids,  de  son  des- 
potisme, allez  au  scrutin  pour  le  quitter,  marchez  vers  le 
centre  de  l'empire,  ayez  le  courage  de  le  vouloir,  et  les  bons 
citoyens  vont  se  lever  pour  vous  arracher  à  la  tyrannie.  Allez 
et  bivaquez,  s'il  est  besoin,  au  milieu  d'une  foret,  méditez  sous 
des  tentes  et  délibérez  sous  un  hangar;  qu'importe  le  lieu  de 
vos  séances,  pourvu  que  vous  nous  donniez  de  bonnes  lois? 

Et  elle  leur  assignait  un  terme  : 

Législateurs,  nous  vous  donnons  encore  un  mois  pour 
vous  juger.  Vous  devez  une  Constitution  à  la  République  :  exé- 
cutez votre  mandat,  ou  retirez-vous  — 

Ce  n'est  pas  la  France  qui  se  sépare  de  Paris,  c'est 
Paris  qui  se  sépare  de   la  France,  qui  se  fédéralise, 


Ô46     PART.  II,  ClIAP.  XVII.  LA  BRESSE  ET  LA  FRANCHE-COMTE. 

comme  on  disait,  qui  a  besoin  qu'on  le  rappelle  à  ses 
devoirs  envers  la  nation  : 

Détruisez  sans  pitié  ce  fédéralisme  impérieux  des  sections  de 
Paris  qui  menace  incessamment  l'unité  de  la  République,  qui 

l'oppresse  en  tout  sens  de  ses  clameurs,  de  ses  caprices,  de 
ses  absurdes  pétitions.  Nationalisez  celte  ville  immense  qui 
écrase  l'égalité;  qu'elle  apprenne  enfin  à  obéira  la  volonté 
souveraine  du  peuple,  à  se  niveler  avec  les  départements,  à 
vouloir  la  liberté,  non  pour  elle  seule,  mais  pour  nous  tous  qui 
sommes  aussi  le  peuple  français.  Dites-lui,  législateurs,  que 
nous  ne  délibérons  jamais  lorsqu'il  faut  verser  notre  sang 
pour  la  patrie,  et  que  nous  ne  pressurons  pas  le  trésor 
public  pour  exciter  notre  zèle.  Dites-lui  que  dans  les  trois 
petits  départements  de  la  ci-devant  Francbe-Comté  nous  avons 
sur  les  frontières  soixante-dix  mille  hommes  qui  abattent  plus 
de  bastilles  en  un  jour  que  les  sections  ne  commettent  d'actes 
arbitraires  dans  leurs  arrondissements.  Dites  enfin  à  la  ville 
de  Paris  que  nous  payons  l'impôt,  que  nous  ne  voulons  point 
de  rois,  que  nous  voulons  une  Constitution  et  que  nous  ne 
connaissons  de  frères  et  d'amis  que  ceux  qui  veulent  un 
gouvernement  et  des  lois. 

[Une  grande  page  de  signatures  '.) 

A  la  suite  du  51  mai,  la  division  s'accentua;  les  deux 
partis  luttèrent  d'influence  au  sein  de  l'assemblée  même 
oi!i  furent  convoquées,  par  dépulalions,  les  autorités 
constituées  (12,  15  et  14  juin).  On  y  proposa  de  déclarer 
que  la  Convention  n'était  pas  libre  ;  le  procureur  géné- 
ral syndic  voulait  même  qu'on  cessât  d'exécuter  les 
décrets  rendus  depuis  le  22  janvier  (depuis  la  mort  du 
roi  !)  :  propositions  qui  furent  rejetées  à  une  petite  majo- 
rité. Le  parti  qui  venait  de  l'emporter,  sentant  au  fond 

i.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  23,  dossier  IlaïUe-Saône. 


XVII.   HAUTE-SAONE.  547 

sa  faiblesse,  fit  prévaloir  d'abord  cet  avis  :  que  ce  qu'on 
aurait  résolu  serait  soumis  à  la  sanction  de  la  Conven- 
tion :  ce  qui  ôtait  à  l'assemblée  tout  caractère  d'opposi- 
tion à  l'ordre  nouveau.  Mais  une  autre  majorité  se  forma 
pour  consulter  les  communes  sur  celte  résolution,  et 
une  nouvelle  réunion  eut  lieu  le  18*.  Julien  prétend 
qu'on  fit  appel  aux  tribunes  soudoyées,  «  que  la  plupart 
des  membres  furent  obligés  de  se  retirer,  voyant  que 
sous  peu  il  ne  serait  plus  possible  de  s'entendre  »; 
il  ajoute  «  que  sur  une  adresse  prétendue  des  citoyens 
de  Vesoul  on  rapporta  la  dernière  partie  de  cet  arrêté 
qui  entravait  les  intrigants  »  —  celle  qui  subordonnait 
l'ensemble  des  mesures  arrêtées  à  l'approbation  de 
l'Assemblée  nationale  ;  —  et  ce  fut  alors,  selon  lui,  qu'on 
vota  la  force  départementale  et  l'envoi  des  commissaires 
à  Bourges.  «  Le  procureur  général  syndic,  continue-t-il, 
et  le  président  du  département,  sans  s'être  démasqués, 
semblent  être  les  grands  agitateurs  qui  remuaient  cette 
assemblée.  Ils  n'eurent  pas  lieu  d'être  satisfaits  des 
administrations  de  district  qui  accablèrent  celle  du 
département  d'un  mépris  silencieux,  et  celui-ci,  ajoute- 
t-il  dédaigneusement,  eut  le  temps  de  spéculer  sur  les 
choses  et  les  événements  et  sut  en  profiter".  » 


1.  Voyez  la  noie  LXXX  aux  Appendices. 

2.  Julien,  Rapport,  p.  177. 


CHAPITRE    XVIII 

LA    BOURGOGNE 

I 

Côte-d'Or. 

La  Bourgogne  pouvait  former  une  avant-garde  re- 
doutable aux  insurgés  du  Rhône  comme  aux  fédérés 
de  l'Auvergne,  de  la  Bresse  et  de  la  Franche-Comté.  Di- 
jon était  d'ailleurs  un  centre  par  lui-même;  et  l'admi- 
nistration de  la  Côte-d'Or,  se  sentant  appuyée  par  toutes 
les  villes  du  département^  n'avait  guère  ménagé  la 
Convention,  qui  s'amoindrissait  de  jour  en  jour  par  sa 
faiblesse  devant  les  insultes  des  tribunes.  Le  8  mai, 
le  conseil  général  écrivait,  au  nom  du  département  et 
des  districts  : 

Des  esclaves  ne  savent  que  baisser  la  tête  et  flagorner;  des 
républicains  savent  dire  la  vérité.  Qu'avez -vous  fait  depuis 
huit  mois?  Des  dissensions  intestines,  des  animosités  de  par- 
tis, des  querelles  particulières,  des  débats  aussi  allligeants 
que  scandaleux,  voilà  le  fruit  que  nous  avons  recueilli  de 
vos  travaux.  Quoi  !  etc. 

Les  armées  de  la  République  ont  bien  mérité  de  la  patrie. 
Vous  l'avez  déclaré  par  un  décret,  et  la  France  a  applaudi. 

1.  Note  LXXXI  aux  Aj)i)enclices. 


I.  COTE-D'OR.  549 

Mais  vous,  citoyens,  si  un  acte  quelconque  vous  déférait  ce 
même  honneur:  la  France...  ah  !  croyez-nous,  ne  l'interrogez 
pas. 

Une  Constitution  peut  seule  nous  sauver,  occupez-vous 
donc  enfin  sans  relâche  du  soin  de  nous  la  présenter  ;  vos 
commettants  vous  l'ordonnent,  vos  commettants  sont  le  peu- 
ple français'. 

Après  avoir  donné  tous  les  gages  qu'on  pouvait  atten- 
dre d'un  département  républicain  pour  le  maintien  de 
l'ordre  établi  %  après  avoir  adhéré  aux  propositions  de 
l'Hérault  sur  la  formation  d'une  armée  intérieure  di- 
rigée contre  les  départements  rebelles,  —  c'est-à-dire  la 
Lozère  ou  la  Vendée,  —  le  conseil  général  de  la  Côte-d'Or 
s'était  occupé  aussi  des  troubles  de  Paris,  et  le  29  mai, 
au  milieu  de  l'agitation  qui  troublait  la  Convention  et 
des  mouvements  qui  la  menaçaient  du  dehors,  voyant  que 
les  adresses  partielles  n'avaient  servi  à  rien,  il  avait  in- 
vité tous  les  départements  à  porter  à  la  barre  de  l'As- 
semblée une  adresse  collective,  qui  s'imposerait  aux 
représentants  comme  l'expression  incontestable  des 
sentiments  de  la  France.  L'arrêté  portait  que  tous  les 
citoyens  devaient  se  tenir  prêts  à  marcher  pour  assurer 
l'inviolabilité  de  la  représentation  nationale  et  l'exécu- 
tion de  ses  décrets  ;  que  les  corps  constitués  useraient 
de  tous  leurs  moyens  pour  résister  à  toute  autorité  des- 
potique, dictatoriale,  à  combattre  toute  suprématie  de 
commune^  :  c'était  assez  désigner  Paris.  Celte  pièce, 
qui  eut  un  si  grand  retentissement  dans  les  départe- 
ments, ne  se  trouve  pas  dans  les  registres  du  conseil 

i.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  19,  dossier  Côie-d'Or. 
'2.  Voir  la  note  LXXXH  aux  Appcntliccs. 

5.  On  relrouvc  la  substance  du  principal  article  dans  la  délibération  du  con- 
seil général  de  la  Vienne.  Voir  ci-dessus,  p.  .'7,  et  la  note  XII  aux  Appendices. 


550  PART.  Il,  ClIAP.  XVIII.  LA  BOURGOG.NE. 

général  de  la  Côte-d'Or.  Elle  est  citée  en  maint  autre  dé- 
parlement par  allusion  et  non  dans  son  texte \  Mais  on 
peut  s'en  faire  une  idée  par  l'énergique  adresse  que  les 
citoyens  de  Dijon  avaient  envoyée  le  23  mai  à  la  Con- 
vention nationale,  adresse  que  nous  avons  citée  parmi 
les  principaux  témoignages  des  dispositions  de  la  France 
entière  à  la  veille  de  la  chute  des  Girondins  ^ 

Ce  projet  connu  à  Paris,  au  moment  où  la  révolution 
venait  de  s'accomplir,  y  excita  un  vif  émoi.  On  voyait 
déjà  tous  les  départements  venant  revendiquer  leur 
place  dans  la  capitale  de  la  France,  et  probablement  se 
partager  l'empire,  ou  peu  s'en  faut  :  «  Il  paraît,  dit  Ju- 
lien, que  l'on  voulait  réunir  dans  Paris  une  masse  d'ad- 
ministrateurs qui  de  là  eussent  pu  se  porter  sur  un 
point  convenu  et  attenter  à  la  liberté,  et  surtout  à  l'in- 
divisibilité de  la  République  \  » 

Le  Comité  de  salut  public  s'empressa  d'envoyer  à 
Dijon  un  de  ses  membres,  Piobert  Lindet,  porteur 
d'un  arrêté  qui  lui  donnait  une  mission  de  confiance. 
Il  venait  s'enquérir  des  besoins,  recevoir  les  plain- 
tes, etc.;  manière  habile  d'aller  au-devant  du  mouve- 
ment que  les  décrets  des  51  mai  et  2  juin  pouvaient 
provoquer.  Le  département  s'occupa  cependant,  le 
7  juin,  de  l'organisation  de  sa  force  armée,  qui  mainte- 
nant pouvait  avoir  une  autre  destination.  Le  S,  on  lut 
les  dépêches  qu'on  venait  de  recevoir  du  dépai'tement 
du  Jura,  et  le  9  on  se  mit  en  mesure  de  prendre  avec 
autorité  des  résolutions  plus  graves  ^  : 

1.  Julien  (Rapport,  p.  57)  ])aruil  la  coiifoudie  avec  celle  <lu  10  juin. 

2.  Voyez  ci-dessus,  t.  I,  p.  176. 
5.  Rapport,  p.  57. 

4.  Archives  de  la  Côte-d'Or,  Ilefiistrc  du  conseil  général  du  département,  aux 
dates  indiquées. 


I.  COTE-D'OR.  551 

Le  conseil  général  du  département,  délibérant  sur  les 
moyens  de  préserver  la  République  des  dangers  qui  la  mena- 
cent, a  décidé  d'appeler  un  plus  grand  nombre  à  délibérer 
avec  lui 

Il  aurait  voulu  un  représentant  par  commune,  mais, 
en  raison  des  difficultés  de  la  chose,  il  se  réduisit  aux 
termes  de  cet  arrêté  : 

Il  sera  formé  à  Dijon  un  conseil  général  de  salut  public  pour 
aviser  aux  moyens  de  préserver  la  République  des  maux  dont 
elle  est  menacée  et  de  maintenir  l'unité  et  l'indivisibilité  de 
la  République  ainsi  que  le  règne  de  la  liberté  et  de  l'égalité. 

L'article  2  réglait  la  composition  de  ce  conseil'.  L'ar- 
ticle 6  portait: 

Le  présent  arrêté  sera  adressé  à  la  Convention  nationale,  au 
Comité  de  salut  public,  au  Conseil  exécutif  et  à  tous  les  dé- 
partements. 

Si  ce  n'était  pas  encore  l'insiirrection,  c'était  le  pre- 
mier coup  de  tocsin  ;  mais  l'arrêté  trouva  des  résistancei 
dans  le  pays  même.  La  commune  de  Dijon,  qui  était 
jacobine,  écrivit  à  la  Commune  de  Paris  qu'elle  le  regar- 
dait comme  illégal  et  n'y  obéirait  pas".  De  plus  Philip- 
peaux  le  dénonça  dans  la  Convention,  et  la  vivacité  de 
son  attaque  émut  l'administration  de  la  Côte-d'Or;  on 
le  peut  voir  dans  une  délibération  qui  eut  lieu  le  10  juin, 
la  veille  du  jour  où  l'assemblée  convoquée  devait  se 


1.  Deux  uicmbres  de  cliaque  district,  un  de  chaque  clief-liou  de  canton,  un 
juge  du  tribunal  criminel,  un  de  chaque  tribunal  de  district. 

2.  Lettre  lue  le  10  juin.  Moniteur  du  22,  t.  XVI,  p.  094.  Le  20  août,  le 
commissaire  (ji'andmaison  écrivit  de  Ilôle  au  ministre  de  l'Intérieur  :  «  Le  dé- 
partement (l'administration  départementale)  de  la  Côte-d'Or  irait  fort  mal,  sans 
le  courage  de  la  municipalité,  qui  le  fait  marcher  à  la  hauteur  de  ses  fonc- 
tions. »  (.\rchives  nationales,  F  i'  551,  dossier  Grandmaison.) 


352  PART.  II,  CIIAP.  XVIII.  LA  BOURGOGNE. 

réunir,  délibération  dont  le  procès-verbal  fut  envoyé  à 
la  Convention  et  qui  cherchait  à  ôter  à  l'arrêté  du 
29  mai  toute  sa  portée  : 

L'assemblée  administrative  de  la  Côte-d'Or,  considérant 
qu'elle  avait  été  profondément  affectée  de  voir  que  toutes  les 
adresses  partiellement  envoyées  à  la  Convention  de  tous  les 
points  de  la  République  n'avaient  pu  produire  la  réunion 
(l'union)  des  représentants  du  peuple,  si  désirable  et  si  utile 
au  salut  de  la  chose  publique; 

Que  l'assemblée  avait  pensé  que  des  adresses  des  adminis- 
trations de  tous  les  départements,  présentées  simultanément  à 
la  barre  de  la  Convention,  auraient  sans  doute  plus  de  succès 
et  préviendraient  des  événements  qui  pouvaient  ajouter  aux 
troubles  qui  agitaient  la  République  ; 

Que,  dans  cette  vue,  l'assemblée  avait  pris  le  29  mai  un 
arrêté  qui,  loin  d'avoir  été  enseveli  dans  ses  archives,  avait 
été  communiqué,  dans  une  séance  publique  et  nombreuse,  au 
citoyen  Lindet,  représentant  du  peuple,  lors  de  son  passage 
en  cette  ville  ; 

Considérant  que  néanmoins  l'administration  a  été  dénoncée 
pour  cet  objet  par  Phelippeaux,  député,  et  que  sa  conduite  a 
été  présentée  comme  l'effet  d'un  complot,  lié  en  quelque 
sorte  aux  troubles  de  la  Vendée  qui  menaçaient  le  départe- 
ment de  la  Sarthe  : 

Considérant  que,  dans  ce  moment,  la  calomnie  s'attache  à 
noircir  les  intentions  les  plus  pures  et  qu'elle  est  le  moyen  le 
plus  efficacement  employé  par  les  ennemis  de  la  patrie  pour 
diviser  les  citoyens;  que,  la  dénonciation  étant  publique, 
l'assemblée  administrative  doit  à  ses  administrés  et  à  elle- 
même  de  répandre  le  plus  grand  jour  sur  sa  conduite  : 

Forte  de  ses  principes  et  de  sa  conscience,  l'assemblée  a 
arrêté,  après  avoir  entendu  le  procureur  général  syndic, 
qu'extrait  de  la  délibération  du  29  mai  dernier  sera  envoyé  à 
la  Convention  nationale,  au  Comité  de  salut  public,  à  la  dépu- 
tation  de  la  Côte-d'Or  et  au  député  Phelippeaux,  avec  le  pré- 


I.  COTE-D'OR.  353 

sent  arrêté,  et  que  le  tout  sern  imprimé,  affiché  et  envoyé 
aux  districts  et  municipalités  el  aux  sociétés  populaires  du 
département. 

L'assemblée  se  réunit  le  17;  mais  son  premier  acte 
fut  une  adresse  qui,  tout  en  donnant  à  la  Convention  des 
avis,  était  de  nature  à  dissiper  ses  craintes  (18  juin)  : 

Adresse  des  citoyens  administrateurs  du  département  de  la  Côte-d'Or,  à  lui 
joints  deux  membres  du  conseil  général  de  chaque  commune  chef-lieu  de 
canton,  un  de  chaque  tribunal  de  district,  deux  du  tribunal  criminel, 

A  la  Convention  nationale. 

Représentants, 
Les  administrateurs  du  département  de  la  Côte-d'Or  n'ont 
pas  été  insensibles  à  la  nouvelle  crise  qui  agite  la  France. 
Mal  instruits  sur  les  événements,  étrangers  à  toute  espèce  de 
parti,  fermes  dans  leurs  principes  mais  peu  confiants  dans 
leurs  forces,  ils  ont  invoqué  les  lumières  de  leurs  concitoyens, 
ils  ont  appelé  l'opinion  publique  à  leur  aide  — 

Suivent  quelques  détails  sur  la  formation  de  leur 
assemblée. 

Représentants,  nous  n'avons  pas  d'arrêtés  à  prendre,  nous 
avons  voulu  nous  consoler,  nous  instruire,  nous  fortifier 
dans  la  concorde  qui  nous  a  sauvés  jusqu'alors;  cette  réunion 
est  une  véritable  assemblée  de  famille. 

A  peine  notre  séance  est-elle  ouverte  que  ces  cris  se  font 
entendre  :  La  République  une,  indivisible,  démocratique  ; 
le  règne  absolu  de  la  liberté  et  de  V égalité,  la  mort  aux 
tyrans  de  toute  espèce. 

Tels  sont  nos  sentiments....  Nous  adhérons  au  décret  de 
la  Convention,  nous  la  reconnaissons  telle  quelle  est, 
nous  nous  y  tiendrons  toujours  fermement  attachés. 

Entendez  maintenant  nos  vœux. 

Et  ces  vœux  sont  une  assez  vive  remontrance  : 
Représentants,  la  République  n'est  qu'une  chimère   sans 

RKVOL.  DD  ")!   MAI.  II — 23 


r.54  PART.  II,  CilAP.  XVIII.  LA  BOURGOGNE. 

une  Constitution.  Hâtez- vous  de  l'achever;  que  ce  code  soit  un 
monument  éternel  qui  atteste  nos  efforts,  nos  vertus,  notre 
triomphe. 

C'est  vers  cette  arche  sainte  que  tous  les  citoyens  élèvent 
d'avance  leurs  bras,  elle  est  l'objet  de  leurs  vœux,  comme  elle 
sera  le  point  de  leur  union. 

Il  y  a  des  menaces  de  guerre  civile  en  divers  lieux  ; 
il  faut  éteindre  le  feu  qui  s'allume  : 

L'arrestation  de  plusieurs  députés  est  le  motif  ou  le  prétexte 
de  tous  les  mouvements  qui  nous  alarment.  Pourquoi  n'est- 
elle  pas  légale?...'  Tout  citoyen  doit  être  interrogé  dans  les 
vingt-quatre  heures,  lorsqu'il  est  arrêté,  et,  s'il  est  présumé 
coupable,  il  doit  être  livré  aux  tribunaux. 

Ces  détenus  auraient-ils  moins  de  droit  à  la  justice  parce 
qu'ils  sont  représentants  du  souverain?  C'est  un  tribunal  na- 
tional qui  doit  prononcer  sur  leur  sort. 

Organisez-le  sans  retard,  formez-le  de  jurés  nommés  par  le 
peuple,  de  juges  pris  au  sort  dans  les  départements  ;  que, 
revêtus  du  grand  caractère  de  la  justice  nationale,  ils  soient 
hors  de  l'atteinte  du  plus  léger  soupçon  de  corruptibilité. 
Indiquez  pour  leurs  séances  un  lieu  que  nul  parti  ne  puisse 
craindre,  et  qu'ils  terminent  enfin  une  affaire  qui  prend  cha- 
que jour  une  teinte  plus  sinistre. 

Tels  sont  nos  vœux,  représentants;  vous  estimerez  notre 
modération,  vous  apprécierez  notre  délicatesse  ;  elle  sera  sans 
doute  de  quelque  poids  dans  la  balance  qui  doit  peser  la 
conduite  de  nos  frères  qu'un  excès  de  sensibilité  a  pu  porter 
trop  loin. 

Vous  le  savez,  les  citoyens  de  la  Côte-d'Or  ne  craignent  pas 
la  guerre  ;  ils  savent  vaincre  leurs  ennemis,  mais  ils  aiment 
la  paix;  ils  chérissent  surtout  leurs  frères,  et  leur  bonheur  est 
essentiellement  lié  à  celui  des  Française 


1.  Pas  dfi  lacune  :  les  poiiils  sont  dans  Tadrosse. 

2.  Signe  Benoist,  présidciil  du  département,  et  trois  pages  et  demie  de  signa- 


I.  COTE-DOR.  555 

'    En  même  temps  était  adoptée  une  adresse  au  peuple 
français  : 

Français  nos  frères,  quelles  agitations  étonnantes  mena- 
cent aujourd'hui  la  liberté  du  monde?  Nous  ne  voyons  que 
des  frères  prêts  à  s'entr'égorger,...  une  patrie  dont  les  en- 
fants sont  prêts  à  déchirer  le  sein,  le  premier  peuple  de  l'uni- 
vers prêt  à  se  déshonorer!  Quelques-uns  d'entre  vous  font 
partir  leurs  suppléants  pour  Bourges;  d'autres  convoquent  les 
assemblées  primaires  ;  d'autres  arrêtent  les  caisses  publiques; 
enlin  il  en  est  qui  veulent  marcher  sur  Paris,  etc. 

Et,  après  leur  avoir  fait  la  leçon  sur  tous  ces  points, 
on  terminait  par  cette  objurgation  plus  que  pathétique  : 

Mais,  s'il  était  vrai  que  votre  enthousiasme  fût  tel,  que  les 
paroles  fraternelles  de  vos  amis  de  la  Côte-d'Or  ne  pussent  le 
calmer,  eh  bien!  ils  iront  au-devant  de  vous,  ils  vous  présen- 
teront leurs  corps  découverts  et  sans  armes  :  «  Frappez,  vous 
diront-ils,  frappez-nous,  consommez  votre  sacrifice;  vous  voulez 
immoler  la  patrie,  immolez-nous  d'abord.  Nous  avons  voulu 
la  voir  heureuse  ;  vous  voulez  l'inonder  de  sang?  versez  le 
nôtre;  s'il  peut  apaiser  votre  fureur,  nous  aurons  bien  mérité 
de  la  patrie,  nous  l'aurons  peut-être  sauvée  et  nous  aurons 
assez  vécu.  » 

Le  19  on  nomma  les  délégués  chargés  de  porter  les 
deux  adresses  à  la  Convention.  Ils  y  parurent  le  21  juin; 
ils  lurent  ces  pièces  devant  l'Assemblée  et  reçurent  les 
félicitations  du  président,  et  la  scène  se  termina  par 
ce  décret  : 

La  Convention  décrète  que  le  département  de  la  Cùte-d'Or 
a  continué  de  bien  mériter  de  la  patrie;  elle  ordonne  l'impres- 
sion de  cette  adresse  avec  la  réponse,  l'insertion  au  Bulletin, 

turcs.  Arcliivcs  tir;  la  Cùtc-d'Or.  —  Celle  adresse,  non  plus  que  la  suivante,  n'est 
pas  au  registre  du  conseil  générai  du  déparlcment  ;  maison  en  a  l'imprimé. 


556  PART.  II,  CIIAP.  XVIII.  LA  BOURGOGNE. 

l'envoi  aux  départements,  aux  armées  et  aux  sociétés  popu- 
laires par  des  courriers  extraordinaires  ^ 

Les  adresses  faites  et  expédiées,  il  n'y  avait  plus  de 
raison  pour  que  l'assemblée  extraordinaire  se  continuât. 
Les  députés  adjoints  au  conseil  général  furent  congédiés 
avec  des  remerciements  (1 9  juin)  %  mais  les  départements 
avec  lesquels  le  département  de  la  Côte-d'Or  s'était  mis 
en  relation  étaient  en  armes  et  se  voyaient  menacés.  Le 
représentant  Bassal  avait  même  voulu  diriger  contre  le 
Jura  une  partie  du  contingent  de  la  Côte-d'Or.  Le  con- 
seil ne  le  souffrit  pas;  il  écrivit  à  ce  propos  deux  lettres 
à  Bassal;  il  écrivit  aussi  au  département  du  Jura  tant 
pour  le  rassurer  sur  ce  point,  que  pour  le  presser  de  se 
réconcilier  avec  la  Convention  ^  Il  prit  aussi  occasion 
de  l'adresse  à  ses  administrés  pour  leur  faire  l'exposé  de 
l'incident  :  tout  s'était  terminé  parle  renvoi  des  troupes 
et  par  une  conférence  de  Bassal  avec  les  commissaires 
du  Jura  en  vue  d'une  entière  pacification.  Le  conseil,  à  la 
fin  de  l'adresse,  s'applaudit  d'être  arrivé  à  ce  résultat. 

—  Cela  lui  vaut  aussi  un  bill  d'absolution  de  Julien  *. 
Pour  donner  un  témoignage  public  et  perpétuel  de 

son  adhésion  au  fait  accompli,  le  conseil  décida,  le 
4  juillet,  qu'au  sommet  de  l'édifice  oii  siégeait  l'adminis- 
tration on  élèverait  un  drapeau  avec  cette  inscription^: 

LIBERTÉ,   ÉGALITÉ 
RÉPUBLIQUE    UiNE,    INDIVISIBLE,   DÉMOCRATIQUE '. 

1.  Séance   flu  21  juin,    Moniteur  du  23.   On   y   trouve  les  deux   adresses 
lextuellement  reproduites,  quoique  avec  de  légères  modifications  (t.  XVI,  p.  707). 

—  Il  y  en  a  un  exemplaire  aux  Archives  de  l'Eure. 

2.  Archives  de  la  Côte-d'Or,  Registre  du  conseil  général  du  département,  à 
la  date. 

3.  Note  LXXXIII  aux  Appendices. 

4.  Uapport,  p.  37. 

5.  En  exposant  à  tous  les  vents  ce  drapeau  avec  sa  légende,  les  Dijonnais 


I.  COTE-D'OR.  357 

Désormais  la  Côte-d'Or  était  disposée  à  tout  accepter. 
Le  9  germinal,  à  l'occasion  de  la  condamnation  du  Père 
Duchesne  et  des  anarchistes ,  le  conseil ,  résumant 
toutes  ses  adhésions  antérieures,  envoyait  à  la  Conven- 
tion cette  adresse  : 

Une  époque  à  jamais  mcmorable,  la  fondation  de  la  Répu- 
blique française,  illustra  le  commencement  de  votre  carrière. 
Quelques  mois  après,  le  tyran  détrôné  expia  sur  un  échafaud 
ses  crimes  et  sa  perfidie — 

Cependant  les  amis  de  la  royauté,  étourdis  de  la  chute  inat- 
tendue de  Capet,  concentraient  leur  rage,  gardaient  un  morne 
silence  et  préparaient  dans  Tombre  un  coup  mortel  au  nou- 
veau gouvernement;  ils  avaient  conçu,  de  concert  avec  les 
royalistes  de  l'intérieur  et  la  cour  de  Londres,  le  projet  de 
rompre  l'unité  et  l'indivisibilité  de  la  République  en  fédéra- 
lisant  les  départements.  Brissot,  etc. 

C'en  était  fait  de  la  liberté  sans  toi,  ô  Montagne  sacrée  !  la 
foudre  qui  partit  de  ton  sommet  écrasa  les  représentants 
infidèles  S...  tu  sauvas  la  liberté  et  méritas  bien  de  la  patrie. 

Après  avoir  terrassé  l'hydre  du  fédéralisme,  vous  sentîtes, 
législateurs,  la  nécessité  d'imprimer  à  la  Révolution  un  mou- 
vement rapide  —  [le  gouvernement- révolutionnaire,  les  re- 
présentants du  peuple  envoyés  dans  les  départements]. 

Pitt,  prévoyant  toute  l'influence  de  ce  gouvernement,  di- 
rigea aussitôt  un  système  de  dilfamation  contre  les  meilleurs 
patriotes  —  [avilissement  de  la  Conv  niion];  les  factieux, 
après  avoir  excité  des  in(|uiéludes  sur  les  subsistances  et  em- 
pêché leur  arrivée,  auraient  profilé  du  moment  de  fermenta- 

ii'auraient-ils  pas  dû  craindre  qu'un  pli  malencontreux,  supprimant  au  mot 
sacramentel  indivisible  quelque  syllabe  in  ou  di,  ..divisible,  in. .visible,  ne  provo- 
quât une  de  ces  plaisanieries  réput(''es  crime  coulre-révolutionnaire  et  digne  de 
mort?  —  entraînant  peme  de  mort.  Ils  auraient  pu  se  rappeler  ce  que  l'on  a  ra- 
conté de  l'entrée  de  Charles  lu  Téméraire  à  Dijon,  lorsque  les  iiabiiants.  pnur 
lui  faire  honneur,  déployèrent  leur  étendard  avec  la  devise  qu'ils  tenaient  du 
duc  Philippe  le-IIardi  :  moult  me  tarde,  et  qu'il  y  lut  :  moult  tarde  :  := 
MOUTARDE.  —  La  famcuse  moutarde  de  Dijon! 
1.  Les  points  sont  dans  le  texte. 


558  PART.  II,  CIIAP.  XVIII.  LA  BOURGOGNE. 

tion  et  de  désespoir  où  le  peuple  eût  été  plongé,  pour  armer 
les  détenus  qui  devaient  égorger  les  Jacobins  et  la  Conven- 
tion. Grâce  à  vos  soins  vigilants,  cette  nouvelle  conjuration 
vient  d'être  découverte  et  déjouée.  Déjà  les  principaux  auteurs 
[Hébert,  etc.]  viennent  de  subir  la  peine  due  à  leurs  forfaits. 
Continuez,  représentants,  à  rechercher  les  fils  d'une  conju- 
ration aussi  étendue  ;  que  la  terreur  soit  à  l'ordre  du  jour. 
Démasquez  les  faux  patriotes,  périssent  tous  les  traîtres,  les 
intrigants  et  les  corrupteurs.  Recevez  notre  adhésion  aux 
journées  des  31  mai,  1"  et  2  juin  et  au  gouvernement  révolu- 
tionnaire. Recevez  nos  félicitations  sur  les  mesures  spéciales, 
sur  les  mesures  vigoureuses  que  vous  avez  déployées  dans 
les  grandes  crises  et  surtout  dans  la  dernière.  Restez  à  votre 
poste  jusqu'à  la  paix;  vive  la  République  une,  indivisible  et 
démocratique'. 

Quelques  jours  plus  tard,  aux  félicitations  sur  la  con- 
damnation des  anarchisles  ils  auraient  pu  joindre  leurs 
félicitations  sur  le  supplice  des  modérés,  les  compli- 
menter en  une  fois  et  de  l'exécution  d'Hébert  et  de 
l'exécution  de  Danton.  Danton  aura  sa  place  dans  une 
nouvelle  adresse,  du  19  prairial,  à  l'occasion  de  la  fête 
de  l'Être  suprême  %  et  Robespierre  à  son  tour,  le  prin- 
cipal auteur  de  ces  exécutions  tant  vantées,  fera  l'objet 
d'une  adresse  spéciale  quand  il  tombera  le 9  thermidor: 

Un  monstre  a  osé  concevoir  l'exécrable  dessein  de  don- 
ner à  une  nation  libre  des  chaînes  trempées  dans  le  sang  de 
ses  représentants.  Leurs  cadavres  entassés  devaient  former  la 
montagne  du  haut  de  laquelle  ce  Cromwell  nouveau  allait 
lancer  la  foudre  sur  les  Français  dignes  de  ce  nom  qui  ne 
savent  pas  recevoir  des  fers,  etc.,  etc."'. 

1.  Archives  de  la  Côtc-d'Or,  L  4,  cole  2. 
ti.  Ibid.,  cote  3. 
5.  Ibid.,  cole  4. 


II.  SAONE-ET-LOIRE.  559 

TI 

Saône-el-Loirc. 

Quand  Dijon  se  traçait  à  l'égard  de  la  Révolution 
du  51  mai  la  ligne  de  conduite  que  l'on  a  vue,  le  reste 
de  la  Bourgogne  ne  pouvait  guère  s'en  écarter. 

Le  département  de  Saône-et-Loire  partageait  l'esprit 
patriotique  de  la  Gôte-d'Or.  L'administration,  la  Société 
populaire,  avaient  été  vivement  émues  de  la  trahison  de 
Dumouriez'.  On  n'était  pas  moins  inquiet  des  périls  in- 
térieurs. Le  19  avril,  les  administrateurs  du  départe- 
ment écrivaient  aux  administrateurs  du  district  : 

L'anarchie,  citoyens  collègues,  menace  la  République.  Les 
pouvoirs  publics  touchent  au  moment  d'une  dissolution  gé 
nérale.  Réunissons-nous  en  faisceau,  pressons-nous  comme 
une  phalange,  apprenons  au  peuple  que  nous  sommes  là  '. 

On  le  lui  apprit  d'abord  par  des  rigueurs  contre  les 
suspects,  puis  en  organisant  un  bataillon  pour  marcher 
au  secours  «  des  départements  occidentaux  »  :  il  s'agis- 
sait de  la  Vendée,  visée  par  le  département  de  l'Hérault 
dans  un  projet  que  nous  avons  rencontré  ailleurs  et  sur 
lequel  le  conseil  général  de  Saône-et-Loire  délibéra 
également  le  6  mai.  Il  ne  le  mit  pas  seulement  en  dis- 
cussion, il  le  mit  en  pratique,  et  le  9  mai  on  organisa 

1.  Le  département,  pour  mieux  s'éclairer  sur  la  situation,  envoya  deux  de 
ses  membres  à  Lille  et  à  Yalencicnnes;  la  Société  populaire  résolut  d'organiser 
une  troupe  de  800  hommes,  «  prête  à  voler  au  secours  de  P.iris  »,  que  l'on 
croyait  menacé  par  l'armée  du  rebelle  Dumouricz  (8  avril).  —  Archives  du  dé- 
partement de  Saône-et-Loire,  Registre  concernant  les  arrêtés  généraux  du 
directoire  du  département,  à  la  date. 

2.  Archives  de  Saône-et-Loire,  Registre  du  conseil  général  du  département,  à 
la  date. 


560  PART.  II,  CIIAP.  XVIII.  LA  BOURGOGNE. 

un  comité  de  salut  public,  chargé  de  prendre  toutes 
les  mesures  nécessaires  à  la  défense  de  la  République 
et  au  triomphe  de  la  liberté. 

Mais  le  principal  objet  de  l'inquiétude  publique  était 
la  représentation  nationale  toujours  menacée  par  la 
Commune  de  Paris.  Il  en  était  ainsi  partout,  notamment 
dans  les  départements  voisins,  nous  l'avons  vu;  et,  le 
29  mai,  deux  députés  du  Jura,  deux  de  l'Ain  et  le  pré- 
sident du  département  du  Mont-Blanc  vinrent  en  confé- 
rer avec  le  conseil  général  de  Saône-el-Loire  \  Avant  de 
prendre  une  décision  formelle,  on  convoqua,  selon  l'u- 
sage, les  corps  administratifs,  et  dans  une  nouvelle 
séance,  tenue  le  même  jour,  à  trois  heures,  les  délégués 
relurent  leur  exposé.  On  remit,  vu  la  gravité  de  la  ques- 
tion, la  délibération  au  lendemain;  et  le  50,  après  un 
long  débat,  on  prit  un  arrêté  pour  la  réunion  des  sup- 
pléants à  Bourges  ^ 

On  en  était  là,  quand  une  dépêche  arrivée  par 
courrier,  le  5  juin,  fit  savoir  combien  ces  appréhensions 
étaient  légitimes.  L'insurrection  du  51  mai  avait  éclaté, 
réussi.  A  cette  annonce  le  conseil  leva  la  séance.  — 
N'avait-il  rien  à  faire?  Le  G  on  entend  le  rapport  de  deux 
citoyens,  Guyot  et  Simonot,  de  retour  de  leur  mission  à 
Lyon  :  ils  ont,  disent-ils,  trouvé  la  ville  dans  la  plus 
grande  tranquillité;  le  département  remercie  des  offres 


1,  Un  des  députés  du  Jura  dit  :  «  L'étal  de  non -liberté  où  se  trouve  la  Con- 
vention nationale,  et  l'audace  des  anarchistes  jettent  l'alarme  dans  les  cœurs  de 
tous  les  citoyens  ».  Il  y  avait  urgence  à  prendre  des  mesures,  à  se  concerter,  et 
il  donna  lecture  de  l'arrêté  de  son  département.  —  Un  député  de  l'Ain  déclara 
que  son  di'partcment  avait  adopte  à  l'unanimité  cette  mesure,  et  le  président 
du  Mont-Blanc  lut  une  lettre  par  laquelle  il  engageait  ses  commellanls  à  suivre 
la  même  marche.  (Archives  de  Saône-et-Loire.  Délibérations  du  conseil  du  dé- 
partement, à  la  date.) 

2.  Voyez  la  note  LXXXIV  aux  Appendices. 


II.  SAONE-ET-LOIRE.  561 

de  secours  qui  lui  sont  faites.  Le  7,  sur  l'observation 
du  président  qu'il  n'y  a  rien  d'important  à  discuter 
dans  le  conseil,  la  séance  est  levée;  le  8,  le  9,  le  10, 
affaires  particulières  ;  le  11,  rien  d'urgent,  séance  levée. 
Le  15  enfin  la  question  fut  reprise,  et  l'on  résolut  de 
faire  une  adresse  à  la  Convention. 

Cette  adresse  à  la  Convention,  adoptée  le  14,  tout  en 
pressant  l'achèvement  d'une  Constitution,  acceptait  le 
fait  accompli  ! 

Nous  voulons  la  République  une  et  indivisible.  Nos  espé- 
rances sont  dans  la  Convention.  Notre  amour  est  pour  le  parti 
qui  fera  le  bonheur  public.  Vous  venez  d'annoncer  au  peuple 
que  vous  alliez  vous  livrer  aux  travaux  qui  puissent  le  lui 
assurer.  Nous  croyons  à  votre  promesse.  C'est  dans  cette 
espérance  que  nous  adhérons  avec  la  fierté  de  francs  républi- 
cains aux  sentiments  qui  vous  animent,  aux  résolutions 
solennelles  que  vous  venez  de  prendre,  aux  assurances  que 
vous  avez  données  de  mettre  fin  à  des  dissensions  qui  ont  fait 
jusqu'à  présent  le  malheur  du  peuple  français'. 

Ainsi  les  Girondins  avaient  été  un  obstacle  !  —  En 
outre,  pour  rassurer  la  population  de  Saône-et-Loire, 
placée  entre  l'insurrection  de  Paris  et  celle  de  Lyon,  on 
fit,  sur  la  proposition  du  procureur  j^énéral  svndic.  cet 
autre  manifeste  à  son  adresse  : 

Citoyens, 

La  discorde  depuis  quelque  temps  semble  régner  dans  la 
République.  Des  malveillants  ont  réussi  à  semer  les  troubles 
et  la  division  ;  des  partis  se  prononcent,  et  tout  fait  craindre 
que  l'anarchie  ne  s'établisse  pour  relâcher  les  liens  sociaux 
et  politiques —   Rallions-nous  aux   principes,  ne  formons 

1.  Archives  de  Saône-et-Loire,  Registre  du  conseil  général  du  département,  à 
la  date. 


362  PART.  II,  CIIAP.  XVIII.  LA.  BOURGOGNE. 

qu'une  seule  opinion,  attachons-nous  à  la  majorité  de  la  Con- 
vention, qui  veut  le  bien  du  peuple'  — 

Les  deux  adresses  étaient  parties  quand  arriva  (17  juin) 
une  lettre  du  représentant  Mazuyer,  député  du  départe- 
ment à  la  Convention,  ami  des  proscrits  et  bien  près 
de  leur  être  associé.  Sa  lettre  était  accompagnée  de 
plusieurs  exemplaires  d'un  écrit  intitulé  Compte  rendu 
à  nos  commettants  :  l'un  des  exemplaires  était  signé  de 
son  nom.  Il  venait  bien  à  point!  «  Lecture  faite  de 
cet  écrit,  dit  le  procès-verbal  de  la  séance,  le  conseil, 
considérant  qu'il  renferme  des  principes  aussi  faux 
qu'exagérés  »,  arrêta  qu'il  serait  envoyé  au  Comité  de 
salut  public  de  l'Assemblée  nationale,  en  l'invitant  à 
dire  les  mesures  à  prendre  en  pareilles  circonstances  : 
—  le  Comité  de  salut  public  s'en  chargea  lui-même  et 
fit  décréter  d'accusaticn  Mazuyer. 

Il  y  eut  pourtant  encore  une  réunion  du  conseil, 
le  18,  sur  ces  affaires  brûlantes.  Il  s'agissait  de  savoir 
si  l'assemblée  rapporterait  ou  non  son  fameux  arrêté 
du  50,  contenant  adhésion  à  ceux  du  Jura  et  de  l'Ain. 

Un  membre,  avant  la  discussion,  s'eiiquit  si  l'on 
publierait  les  noms  de  ceux  qui  auraient  adopté  ou 
rejeté  la  résolution.  —  Ils  seront  publiés.  —  Cela 
devait  faire  réfléchir.  La  discussion  s'engageant,  un 
autre  membre  demanda  s'il  ne  conviendrait  pas  de 
biffer  l'arrêté  du  registre:  c'était  plus  radical.  Le  sort 
de  la  pièce  n'en  était  pas  moins  résolu.  Le  président 
consulta  l'assemblée  et,  après  avoir  procédé  à  l'appel 
nominal,  constata  que  l'arrêté  était  révoqué  à  l'una- 
nimité^ 

1.  Archives  de  Saône-et-Loirc,  Registre  du  conseil  du  département,  à  la  date. 

2.  Même  registre,  à  la  date. 


II.  SAONE-KT-LOIRE.  565 

11  ne  suffisait  pas  de  le  rapporter.  Eùt-il  été  biffé  sur 
le  registre,  il  en  restait  dans  l'opinion  publique  une 
trace  qu'il  était  prudent  de  faire  disparaître.  C'est  pour- 
quoi le  rapport  qui  en  proposait  l'abrogation  en  pro- 
duisait l'excuse  dans  l'exposé  des  circonstances  qui 
l'avaient  fait  prendre  et  de  la  pensée  que  l'on  avait  eue 
en  le  prenant\ 

Tout  était  fini,  quand  des  députés  du  district  de 
Louhans  vinrent  apporter  une  adresse  au  nom  de  leurs 
autorités  constituées.  Le  district  de  Loubans  avait 
d'abord  réclamé  contre  les  actes  du  31  mai;  il  avait 
déclaré  que  la  nation  ne  pouvait  pas  voir  plus  long- 
temps sa  députation  affaiblie  :  les  députés  détenus, 
disait-il,  avaient  aussi  à  travailler  aux  lois  qui  devaient 
assurer  le  bonbeur  de  tous  (style  de  l'époque)".  C'était 
demander  peu,  et  il  fit  bien  moins  encore.  Son  adresse 
était  tournée  contre  le  mouvement  fédéraliste.  Le  pré- 
sident répondit  aux  députés  (et  il  était  alors  à  même  de 
le  faire)  que  le  département  recevait  avec  autant  de  sa- 
tisfaction que  de  reconnaissance  le  témoignage  de  leur 
zèle;  qu'il  avait  pris  des  mesures  conformes  à  leurs 
vœux.  Mais  les  départements  de  l'Ain  et  du  Jura,  dont 
on  avait  reçu  les  députés,  et  que  l'on  abandonnait  main- 
tenant, après  avoir  accueilli  leurs  projets,  ne  conve- 
nait-il pas  de  leur  envoyer  des  députés  aussi  et  de  leur 
expliquer  ce  changement  de  conduite?  La  cbose  fut  ju- 
gée inutile,  puisqu'on  leur  envoyait  les  imprimés. 

Cependant  le  département  ne  voulait  point  paraître 
se  désintéresser  absolument  d'une  question  qui  était 
encore  presque  partout  pendante.  Le  26  juin  il  prit  un 

1.  Voyez  la  note  LXXXV  aux  Appendices. 

2.  Julien,  Rapport,  p.  178. 


564  PART.  II,  CHAP.  XVIII.  LA  BOURGOGNE. 

arrêté  portant  que  chaque  district  choisirait  dans  son 
sein  un  memhre  pour  se  rendre  à  Mâcon,  au  plus  tard 
le  2  juillet,  afin  de  se  réunir  au  conseil  du  département 
et  de  concourir  aux  mesures  réclamées  par  les  cir- 
constances. Le  3  juillet,  le  conseil  étant  ainsi  renforcé, 
un  membre  du  comité  local  de  salut  public  rendit 
compte  des  renseignements  qu'il  avait  recueillis  sur 
Lyon.  Il  y  avait  eu,  disait-il,  deux  révolutions  dans 
Lyon  :  la  première,  toute  de  résistance  à  l'oppression, 
avait  abouti  à  la  défaite  des  Jacobins  le  29  mai;  la 
seconde,  causée  par  un  récit  du  51  mai  qu'il  qualifiait 
d'infidèle,  était  dirigée  contre  la  Convention.  <c  La  masse 
du  peuple,  ajoutait-il,  peut  être  égarée,  mais  elle  est 
de  bonne  foi.  »  Un  autre  membre  annonça  que  cinq 
départements  du  MiJi  refusaient  d'adhérer  au  fédéra- 
lisme (c'était,  dans  le  nouvel  état  des  esprits,  une  bonne 
nouvelle),  et  que  Dubois-Crancé  avait  fait  arrêter  cinq 
administrateurs  de  l'Isère. 

Les  choses  étant  ainsi  changées,  les  représentants 
en  mission  pouvaient  espérer  que  le  département  irait 
jusqu'à  se  tourner  contre  ceux  dont  il  servait  naguère  la 
cause.  Un  d'eux,  louant  le  zèle  que  montrait  le  conseil, 
exprima  le  désir  d'être  admis  à  ses  délibérations  : 
on  allait  discuter  les  mesures  h  prendre  à  l'égard  des 
départements  qui  avaient  fait  scission  avec  la  Convention 
nationale.  Mais  le  conseil  de  Saône-et-Loire  était  loin 
de  vouloir  s'engager  dans  une  lutte  ouverte  contre  ses 
alliés  de  la  veille.  Le  procureur  général  syndic  exprima 
l'assurance  que  des  remontrances  fraternelles  les  ra- 
mèneraient, tandis  que  des  mesures  qu'ils  pourraient 
regarder  comme  hostiles  n'auraient  d'autre  effet  que  de 
les  exaspérer  davantage.  Après  divers  débats,  on  ajourna 


II.  SAONE-ET-LOIRE.  565 

la  question  de  la  levée  d'une  force  armée  jusqu'après 
le  14  juillet  :  c'était  le  jour  choisi  pour  la  proclamation 
de  la  Constitution.  Or  on  croyait  que  cette  proclamation 
allait  faire  tomber  les  armes  des  mains  de  tout  le 
monde;  et  l'on  décida  la  rédaction  d'une  adresse  à  tous 
les  citoyens  de  la  République.  Elle  débutait  par  des 
réflexions  de  haute  philosophie: 

Citoyens, 

A  considérer  de  sang-froid  les  événements  qui  nous  agitent 
depuis  quatre  années,  h  voir  l'insouciance  de  quelques 
citoyens  pour  la  liberté,  les  efforts  de  plusieurs  autres  pour 
effectuer  des  projets  liberticides,  ne  serions-nous  pas  tentés 
de  croire  que  l'homme,  même  en  naissant  libre,  ne  pourrait 
dans  l'état  social  jouir  avec  la  plénitude  de  ce  précieux  don 
de  la  nature?... 

L'adresse  reconnaissait  qu'il  y  avait  des  divisions  : 

Le  bien  public  en  est  le  prétexte,  il  est  temps  d'en  éloigner 
les  causes. 

Ne  nous  ensevelissons  pas  nous-mêmes  sous  les  ruines 
d'une  liberté  naissante.  Attachons-nous  au  point  de  rallie- 
ment,... à  la  Convention  nationale. 

La  Constitution  est  achevée,  il  faut  l'accepter  unani- 
mement. 

Cette  Constitution  qui  ne  sortit  pas  de  l'arche  sainte 
allait  ici,  comme  en  maint  autre  endroit,  servir  au 
dénouement  de  la  crise.  Le  procureur  général  syndic 
s'écriait  : 

Elle  est  enfin  arrivée,  cette  Constitution  si  désirée,  etc. 
On  la  proclama,  on  la  fêta,  on  la  vota,  on  la  refêta. 


366  PART.  II,  CIIÂP.  XVIII.  LA  BOURGOGNE. 

Le  14  juillet  la  Convention  ne  connaissait  plus  un  seul 

adversaire  dans  le  département'. 


III 

Yonne. 

Le  département  de  V  Yonne  avait  envoyé  Lepelletier  à 
la  Convention  nationale.  Le  21  janvier  fut  pour  lui  un 
jour  de  deuil  en  raison  de  la  mort  non  du  roi,  mais 
de  celui  qui  avait  péri  pour  l'avoir  condamné\  Un  autre 
attentat  fut  commis  le  9  avril  qui  appela  d'autres 
représailles.  L'arbre  de  la  Liberté  avait  été  mutilée  Le 
conseil  du  département  en  référa  aux  représentants 
délégués  à  Auxerre,  qui  trouvèrent  l'occasion  excellente 
pour  prendre  des  mesures  plus  rigoureuses  contre  les 
prêtres  : 

Nous  Louis  TuRREAU  et  Ant.  Garnier,  commissaires  de  la 

i.  Le  24  juin,  Saint-André  annonçait  à  la  Conveution  :  «  Le  département  de 
Saônc-el-Loirc,  qui  avait  pris  le  30  mai  un  arrêté  par  lequel  il  ordonnait  aux 
suppléants  de  se  rendie  à  Bourges,  a  reconnu  qu'il  avait  été  trompé  par  des 
correspondances  infidèles,  et  il  s'est  empressé  de  rétracter  son  arrêté  ».  (Moni- 
teur du  27  juin,  t.  XVI,  p.  758.)  —  Le  département  faillit  à  son  tour  être  menacé 
par  les  adversaires  de  la  Convention.  Le  22  juillet,  comme  on  parlait  du  dessein 
des  Lyonnais  de  marcher  sur  Mâcon  et  Clialon-sur-Saônc,  Fouclic,  délégué  dans 
ces  contrées  avec  le  titre  de  commissaire  de  la  Convention  nationale,  prenait 
un  arrêté  pour  mettre  le  département  de  Saone-el-Loire  à  l'abri  du  péril.  (Arclii- 
vcs  nationales,  AF  ii,  95,  n"  14.) 

2.  «  Un  attentat  horrible  a  été  commis,  l'inviolabilité  nationale  a  été  méconnue. 
Le  fer  d'un  lâche  assassin  s'est  levé,  et  le  citoyen  que  la  confiance  du  départe- 
ment de  l'Yonne  venait  d'élever  au  poste  de  représentant  du  peuple  est  tombé 
sous  le  coutelas  d'un  monstre  sacrilige.  Lepelletier....  »  —  L'administration  dé- 
partementale arrête  que,  le  lundi  4  février  prochain,  dans  la  nef  de  Saint- 
Etienne  d'Auxerre,  la  mémoire  de  Michel  Lepelletier  sera  célébrée....  (Archi- 
ves de  l'Yonne,  administration  départementale;  conseil  général,  délibérations; 
registre  n°  7.) 

3.  «  Un  grand  attentat  a  été  commis.  Des  ennemis  de  la  République,  trop 
lâches  pour  se  montrer,  ont  osé  lever  une  main  sacrilège  sur  l'arbre  de  la  Li- 
berté.... »  (Archives  de  l'Yonne,  Délibérations  du  conseil  du  département,  à  la 
date.) 


m.  YONNE.  567 

Convention  nationale,  frappés  des  délits  qui  nous  sont  dé- 
noncés et  de  la  nécessité  d'arrêter  le  mal  dans  sa  source  ; 
convaincus  surtout  que  ce  n'est  que  par  des  mesures  grandes 
et  généreuses  que  l'on  parviendra  à  imposer  à  nos  ennemis 
intérieurs,  et  particulièrement  à  ces  hordes  séditieuses  de 
prêtres  fanatiques,  qui  partout  s'agitent,  qui  partout  déchi- 
rent le  sein  de  la  patrie  et  se  plaisent  à  répandre  au  milieu 
d'elle  les  nouvelles  les  plus  alarmantes;...  que  l'attentat 
national  qui  a  été  commis  n'est  encore  que  le  résultat  de 
leurs  perfides  et  ténébreuses  machinations  ;  qu'il  est  temps 
enfin  que  la  liberté  et  la  sûreté  nationales  soient  assurées  et 
que  la  République  en  ait  pour  otages  et  pour  garants  tous 
ceux  qui  voudraient  y  porter  atteinte  ; 

Nous  avons  arrêté  comme  mesure  de  sûreté  générale  : 

1°  Tout  prêtre  ou  ci-devant  moine,  soit  régulier,  soit  sécu- 
lier, qui  n'est  pas  attaché  au  culte  salarié,  sera  mis,  à  la  dili- 
gence des  corps  administratifs,  eu  état  de  réclusion  ; 

2°  Les  corps  administratifs  réunis  en  formeront  la  liste; 
ils  intimeront  aux  prêtres  l'ordre  de  rester  en  état  d'arres- 
tation, jusqu'au  moment  où  la  municipalité  leur  aura  déclaré 
la  maison  de  réclusion  où  ils  doivent  se  rendre  ; 

5"  Les  corps  administratifs  prononceront  sur-le-champ  la 
déportation  de  tous  les  prêtres  qui  leur  seront  dénoncés. 

Quelques  mesures  étaient  prescrites  à  l'éganl  des 
lettres  suspectes. 

En  mai,  d'autres  dispositions  furent  prises  contre  les 
anarchistes  :  ce  que  l'on  n'entendait  pas  de  ceux  qui 
excitaient  alors  de  si  vives  alarmes  dans  le  reste  de  la 
France.  L'anarchie  triompha  dans  Paris  et  mutila,  le 
31  mai,  la  Convention,  sans  que  le  conseil  du  départe- 
ment de  l'Yonne  en  parût  ému.  Il  enregistra  les  décrets, 
et  l'on  ne  trouve  dans  le  registre  de  ses  actes  nulle 
trace  de  délibération  sur  un  si  grand  événement.  Les 
séances  se  succèdent  du  4  juin,  jour  de  l'arrivée  des 


368  PART.  Il,  CHAP.  XVIII.  LA  BOURGOGNE. 

décrets,  au  21,  sans  qu'il  y  paraisse  que  rien  se  soit 
passé  à  Paris.  Mais  il  n'en  avait  pas  été  ainsi  dans 
tout  le  département.  La  commune  d'Avallon  rédigea 
le  10  juin  une  adresse  à  la  Convention,  qu'elle  fit 
imprimer  et  communiqua,  par  une  lettre  également 
imprimée,  aux  corps  administratifs  et  aux  sociétés 
populaires  :  elle  provoquait  la  réunion  d'une  force 
imposante  à  Paris  pour  le  14  juillet,  —  le  jour  de  la 
fédération,  plus  que  suspect  alors.  Le  conseil  du  dépar- 
tement donne  cette  fois  signe  de  vie.  Après  avoir  visé 
les  deux  pièces  imprimées  et  une  lettre  adressée  par  les 
administrateurs  du  district  au  département  : 

Le  conseil  général  du  département,  considérant  : 

1"  Qu'il  est  du  devoir  des  corps  administratifs  de  prévenir 
et  de  dénoncer  tous  les  projets  liberticides  qui  tendraient  à 
détruire  l'unité  et  l'indivisibilité  de  la  République  ; 

2"  Que  l'adresse  du  10  juin  renferme  tous  les  poisons  du 
fédéralisme; 

5°  Que  les  pétitionnaires  y  élèvent  des  doutes,  non  seule- 
ment sur  la  liberté  des  représentants,  mais  encore  sur  la 
solidité  de  leurs  décrets  ; 

4"  Que,  sous  l'insidieux  déguisement  d'un  conseil  à  la 
représentation  nationale,  ils  font  la  provocation  la  plus  for- 
melle pour  réunir  une  force  imposante  qui  se  réunirait  à 
Paris  le  14  juillet; 

5"  Qu'on  n'y  voit  pas  la  simple  expression  d'un  vœu  ou 
d'une  opinion,  puisque  la  lettre  d'envoi  contient  les  exhorta- 
tions les  plus  perfides  pour  mettre  en  action  les  complots  les 
plus  délirants; 

6"  Que  celte  lettre  fait  absolument  tomber  le  masque  et 
détruit  l'assertion  donnée  par  celle  du  district  du  19  de  ce 
mois; 

7"  Que,  si  les  signataires  de  cette  adresse  et  de  la  lettre 
d'envoi  ont  fait  une  faute,  les  autorités  constituées  qui  ont 


m.  YONNE.  569 

protégé  la  rédaction  de  ces  actes  anarchistes  sont  bien  plus 
répréhensibles; 

8°  Qu'il  serait  peut-être  dangereux  de  laisser  plus  long- 
temps dans  leurs  mains  le  dépôt  d'une  autorité  dont  elles 
paraissent  avoir  abusé; 

9°  Que  les  principes  connus  du  département  contrastent 
trop  avec  ceux  de  l'adresse  du  10  juin  pour  qu'il  puisse 
garder  un  silence  qui  serait  d'autant  plus  coupable  qu'il 
laisserait  croire  aux  administrés  que  le  département  partage 
des  erreurs  qu'il  se  fait  un  devoir  sacré  d'abjurer  : 

Arrête  à  l'unanimité  que  l'adresse  des  citoyens  d'Avallon 
du  10  juin,...  que  la  lettre  d'envoi  du  même  jour,  10,  et  celle 
du  district  d'Avallon  du  19  seront,  à  la  diligence  du  procu- 
reur général  syndic,  dénoncés  à  la  Convention  nationale, 
comme  contenant  des  principes  attentatoires  à  l'unité  et  à 
l'indivisibilité  de  la  République; 

Arrête  aussi  que  le  conseil  général  delà  commune  d'Avallon, 
dans  la  personne  du  maire  et  [du]  procureur  de  la  commune, 
se  rendra  à  la  séance  de  mardi  prochain  du  matin,  et  qu'il 
sera  tenu  de  rapporter  les  registres  et  minutes  sur  lesquels 
se  trouvent  inscrits  l'adresse  et  la  lettre  du  10  juin  et  tous 
les  procès-verbaux  des  délibérations  qui  ont  pu  les  précéder; 

Arrête  enfin  qu'expédition  du  présent  sera  adressée  à  la 
Convention  nationale,  comme  une  nouvelle  preuve  des  prin- 
cipes que  professe  le  département  '. 

Avallon  pouvait  difficilement  se  maintenir  sous  le 
poids  d'un  pareil  anathème.  Son  administration  se 
soumit,  toute  la  Bourgogne  en  avait  fait  alors  autant"'. 
La  ville  prit,  les  21  et  '22  juin,  un  arrêté  qui  révoquait 
celui  du  10;  et  le  maire,  accompagné  du  procureur  de 
la  commune,   en  fit  le  dépôt  sur  le  bureau  du  conseil 

1.  Archives  de  l'Yonno,  Délibérations  du  conseil  du  dépnrtcmcnt,  à  la  date. 

2.  La  Commune  de  Paris  et  la  Convention  avaient  reçu  les  adresses  appro- 
batives  d'Aiixerre,  le  15  juin;  de  Seurre,  de  Saint-Florentin,  \e  11.  (Moniieiii- 
des  17  et  24  juin,  t.  XVI,  p.  G50,  710  et  715.) 

RÉVOL.  DU  51   MAI.  Il  —  2i 


570  PART,  11,  CllAP.  XVIII.  LA  BOURGOGNE. 

départemenlal.  Le  conseil,  qui  avait  dénoncé  à  la  Con- 
vention nationale  la  rébellion,  ne  pouvait  pas  moins 
faire  que  de  lui  transmettre  ce  désaveu  et  de  plaider 
les  circonstances  atténuantes  en  faveur  des  autorités  et 
des  citoyens  repentants.  C'est  ce  qu'il  décida,  en  effet, 
dans  la  séance  du  28  juin,  par  un  arrêté  longuement 
motivé*. 

La  conclusion  fut  la  destitution  et  l'arrestation  des 
autorités  constituées  d'Avallon,  prononcées  par  les 
représentants  le  29"  jour  du  premier  mois  de  l'an  II 
(20  octobre  1795),  avec  an  sursis  pour  quelques-uns; 
sursis  qui  prit  fin  le  9  frimaire  (29  novembre)  et  fut 
suivi  d'un  ordre  de  réclusion.  Ils  durent  se  trouver 
heureux  que  l'affaire  n'eût  pas  eu  d'autre  suite  ^ 


1.  Voyez  la  note  LXXXVI  aux  Appendices. 

'2.  Arcliives  de  l'Yonne,  administration  départementale,  Registre  n"  14,  à  la 
date.  —  Auxerre,  comme  on  le  devine,  élait  on  ne  peut  mieux  notée  à  Paris.  Une 
lettre  de  Fourcade,  qui  lut  envoyé  comme  commissaire  dans  l'Yonne  le  7  juin,  rend 
hommage  à  son  patriotisme.  Il  parle  de  l'inlluence  que  les  prêtres  pourraient 
avoir  pour  propager  l'instruction.  Mais,  dit-il,  leurs  sermons  sont  conmie  au 
temps  passé.  —  Que  le  ministre  de  l'Intérieur  leur  écrive.  (Arcliives  nationales, 
F  i«  550. 


CHAPITRE  XIX 

LA    CHAMPAGNE 

I 

Aube. 

La  Cliampagne  comme  la  Bourgogne  avait  d'abord 
paru  disposée  à  combattre  la  révolution  du  51  mai. 
Julien,  dans  son  rapport,  en  accuse  particulièrement  les 
administrations  de  l'Aube  et  de  la  Marne  :  «  S'il  n'ont 
pas  pris  part  à  la  coalition,  dit-il,  c'est  qu'à  Châlons  ils 
ont  été  contenus  par  les  mesures  des  Sociétés  populaires, 
et  qu'à  Troyes  ils  ont  manqué  d'audace  ^  »  —  manqué 
d'audace  dans  le  pays  de  Danton  ! 

La  ville  de  Troyes  s'était  figuré  que  l'avènement  de 
la  République  allait  être  une  ère  de  paix  et  d'union. 
Dans  une  adresse  qui  fut  reçue  le  l*"'"  octobre  179!2,  la 
Société  des  Amis  de  la  République  écrivait  : 

Nous  nous  flattons  que  la  France  ne  verra  pas  à  la  Con- 
ntion  national 
de  côté  droit. 


vention  nationale  cette  scandaleuse  distinction  de  côté  gauche 


La  Convention  nationale  avait  toujours  deux  côtés; 
on  ne  s'en  apercevait  que  trop,  et  la  Société  populaire  de 


1.  Rapport,  p.  21  et  157. 


372  PART.  ]I,  CHAP.  XIX.   LA  CHAMPAGNE. 

Bar-sur-Seine  adressait  des  menaces  aux  représenlanls 
qui  entretenaient  la  discorde,  aux  sectionnaires  qui 
venaient  à  la  barre  dicter  les  décrets  (4  janvier  1795)  : 

Chassez  ignominieusement  de  votre  présence  ces  intrigants, 
ces  factieux  ! 

La  Société  patriotique  de  Nogent-sur-Seine,  au  mois 
d'avril,  conjurait  aussi  la  Convention  de  mettre  un 
terme  à  ces  divisions  funestes.  Quant  au  conseil  général 
de  l'Aube,  il  avait  montré  un  calme  et  une  placidité 
extrêmes  dans  les  remontrances  qu'il  fit  comme  les 
autres  à  la  Convention.  A  la  veille  de  l'insurrection 
parisienne,  le  21  mai,  les  conseils  du  département,  du 
district  et  de  la  commune  de  Troyes  lui  écrivaient  : 

Otie  l'auguste  sanctuaire  des  lois  ne  soit  plus  trans- 
formé en  une  tumultueuse  arène  où   les  passions  s'accusent 

des  mêmes  crimes,  se  soupçonnent  des  mêmes  complots 

Que  vos  déliljcralions,  majestueuses  comme  la  loi,  calmes 
comme  le  courage,  fières  comme  la  liberté,  cessent  d'être 
souillées  par  d'impudentes  clameurs;  que,  témoins  respec- 
tueux de  vos  intéressants  débats,  ceux  qui  assistent  à  vos 
séances  cessent  d'y  prétendre  à  une  coupable  influence  et  de 
se  croire  l'organe  de  la  République  entière,  qui  les  désavoue. . . . 

C'est  le  cri  de  la  France'  — 

La  Société  des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  de 
Troyes  avait  elle-même  adliéré  à  cette  adresse,  et  quel- 

i.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  18,  diissier  Aube.  Les  signatures  des 
membres  sont  suivies  des  adhésions  du  triljiuial  criminel  et  de  la  Société  des 
Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  de  Troyes.  Cette  adresse,  que  l'on  trouve  trans- 
crite sur  le  Journal  des  délibérations  du  conseil  général  permanent  de  l'Aube 
(Archives  de  l'Aube,  L  12),  est  citée  en  partie  par  M.  A.  Babeau  (Histoire  de 
Iroycs  pendant  la  Révolution,  t.  II,  p.  ôO).  —  Le  conseil  prit  soin  d'écrire 
aux  députés  du  département,  pour  qu'on  en  fit  une  lecture  publique,  et  au  prési- 
dent de  la  Convention.  (Archives  de  l'Aube,  L  513,  n°»  196'J  et  1970.  Ce  registre, 
qui  porte  le  titre  :  «  I5ien  pui!lic,  0'-  volume  de  correspondance,  commencé  le 
'24  juillet  1793  et  Uni  le  7  octobre  1793  »,  commence  en  réalité  le  1"  mai.) 


I.  AUBE.  573 

ques  aiilres  sociétés  populaires  s'étaient  aussi  déclarées 
contre  les  factieux  :  témoin,  la  Société  patriotique  de 
Nogent-sur-Seine,  qui  disait  à  la  Convention  nationale  : 

Obligés  de  lutter  tour  à  tour  contre  les  ennemis  du  dehors 
et  du  dedans,  notre  courage  sera  invincible  tant  qu'il  nous 
restera  des  forces,  mais  ne  les  atténuez  pas  par  votre  désu- 
nion liberticide.  Le  déluge,  image  affreuse  de  l'anarchie, 
divisa  l'Iiorizon  en  plaines  et  en  monlagnes.  Que  la  main 
de  la  philosophie  promène  sur  la  représentation  nationale  le 
niveau  de  l'égalité,  etc.*. 

Et  la  Société  républicaine  do  Maraye  (district  d'Ervy), 
dans  une  adresse  reçue  le  22  juin,  très  attardée  sans 
doute  : 

Le  bon  sens  compose  notre  apanage —  Nous  abhorrons  les 
anarchistes  et  les  désorganisateurs  qui  se  plaisent  à  accumuler 
les  renversements  et  les  ruines.  Législateurs,  nous  n'avons 
pas  brisé  le  joug  du  despotisme  royal  et  vu  tomber  la  tête  du 
tyran  pour  courber  de  nouveau  le  front  sous  une  domination 
particulière. 

Mandataires  du  peuple,  de  grands  dangers  menacent  la 
patrie — 

Que  ces  tribunes  insolentes  ou  égarées  qui  vous  avilissent 
et  tuent  la  liberté  cessent  d'être  le  tyran  de  la  représentation 
nationale. 

Comportez-vous  de  manière  à  montrer  à  l'univers  que  nous 
ne  voulons  être  libres  que  pour  devenir  meilleurs^. 

Mais  Ârcis-sur-Àube  écrivait  dès  le  4  juin  : 

Le  vaisseau  de  la  République  était  battu  par  les  vents,  les 
orages  s'amoncelaient,  l'abime  était  sous  nos  pieds,  et 
Paris,...    devenu  le  jouet  de    vils  conspirateurs,  paraissait 

1.  Adresse  reçue  le  23  avril.  (Arcliivcs  nationales,  D  xl  §  4,  carlon  18,  dos 
sier  Aube.) 

2.  Archives  nationales,  même  dossier. 


574  PART.  II,  CIIAP.  XIX.   LA  CHAMPAGNE. 

dans  un  état  d'inertie  qui  nous  effrayait.  Enfin  l'esprit  vivi- 
fiant du  républicanisme,  qui  circulait  lentement  dans  les 
départements  à  travers  le  sang  impur  qui  en  arrêtait  le  cours, 
a  agité  le  centre  de  la  République,  et  une  insurrection  majes- 
tueuse, qui  en  a  été  le  fruit,  vient  de  ranimer  nos  espé- 
rances. 

Et  les  pétitionnaires  pressaient  l'achèvement,  l'ex- 
tension même  do  l'œuvre  commencée  : 

Que  la  vengeance  nationale  s'appesantisse  sur  ces  tètes  cou- 
pables; que  les  vingt-deux  membres  de  la  Convention  déjà 
dénoncés,  que  les  douze  de  la  Commission  extraordinaire, 
que  Rolland,  Clavières,  Le  Rrun  et  le  sanguinaire  Isnard 
paraissent  devant  le  tribunal  révolutionnaire  et  payent  de 
leurs  têtes  leurs  forfaits.  Nous  vous  demandons  surtout  que 
le  tartufe  Rabaut,  député  de  notre  département,  reconnaisse 
que  nous  avons  droit  de  lui  demander  compte \  etc. 

Le  département,  comme  on  pouvait  s'y  attendre 
d'après  son  adresse  du  21  mai,  montra  moins  d'enthou- 
siasme. Un  de  ses  représentants  figurait  à  double 
litre  au  nombre  des  trente  et  un,  ou,  comme  on  disait, 
des  trente-deux  :  il  était  des  vingt-deux  incriminés 
par  les  sections  de  Paris  et  il  était  de  la  commission 
des  Douze  :  Rabaut-Saint-Etienne,  le  «  tartufe  Rabaut  w 
comme  disaient  ceux  d'Arcis.  Le  directoire  du  départe- 
ment en  prit  occasion  d'écrire  le  10  juin  à  la  Conven- 
tion nationale  : 

Législateurs,  de  graves  circonstances,  l'intérêt  de  la  Repu- 
Ijlique  entière,  ont  sans  doute  déterminé  la  Convention  natio- 
nale à  l'arrestation  [de]  quelques-uns  de  ses  membres  ;  mais 

1.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  IS,  ilossier  Aube.  — Perrièie,  dans 
son  rapport  à  Garât,  du  10  juiii,  dit  qu'il  a  vu  cette  adresse  alficliéc  sur  les 
murs  de  Paris.  (Schmidt,  t.  Il,  p.  16.) 


I.  AUBE.  575 

la  représentation  est  incomplète,  l'équilibre  des  suffrages  est 
rompu.  Il  ne  nous  appartient  pas  de  préjuger  d'aussi  puis- 
sants motifs,  mais  la  France  entière  attend  la  vérité. 

Un  député  du  département  de  l'Aube  est  du  nombre  des 
accusés,  nous  demandons  avec  instance  que  la  plus  prompte 
lumière  découvre  à  ses  commettants  ou  ses  forfaits  ou  son 
innocence. 

Législateurs,  vous  n'avez  envisagé  que  le  salut  de  la  patrie 
dans  les  grandes  mesures  que  vous  avez  prises  ;  vous  n'hési- 
terez pas  à  en  faire  connaître  les  motifs,  vous  presserez  Is 
rapport  du  Comité  de  salut  public  et  vous  n'ajournerez  pas 
la  justice*. 

^'était-ce  pas  trop  s'aventurer?  Huit  jours  après,  sous 
prétexte  de  faire  connaître  au  Comité  de  salut  public 
l'état  moral  et  politique  du  département,  les  administra- 
teurs écrivirent  une  lettre  où,  expliquant  la  cause  des  in- 
quiétudes qu'ils  avaient  exprimées,  ils  s'efforçaient  d'en 
effacer  toute  impression  fâcheuse  : 

Quant  à  nous  administrateurs,  disaient-ils,  pénétrés  de  nos 
devoirs,    ne   pouvant  oublier  que  nous  n'avons  nous-mêmes 

1.  Archives  de  l'Aube,  L  ôlô,  n"  '2029.  —  Celte  lettre  a  pu  servir  d'inspira- 
tion à  l'adresse  commençant  par  ces  mots:  1/  est  donc  vrai  que  trcnle-cleu.r 
reprcsenlants  du  peuple,  et  finissant  par  ceux-ci  :  Législateurs,  u'ajournez 
pas  la  justice,  adresse  que  M.  A.  Dabeau  (Histoire  de  Troues  pendant  la 
Re'volution,  t.  II,  p.  52)  a  empruntée  aux  pièces  justificatives  de  Vllistoire  du 
Terrorisme  exerce'  à  Troyes  par  Alexandre  Rousselin  et  son  eomilc  révolu- 
tionnaire pendant  la  tyrannie  de  l'ancien  Comité  de  salut  public  (Troyes, 
an  III*^  de  la  République,  p.  84);  elle  y  est  donnée  sous  ce  titre  :  Adresse  volée 
à  la  Convention  nationale  par  les  trois  corps  administratifs  réunis  de  la 
ville  de  Troyes,  le  \ijuin  1795.  avec  celle  noie  : 

«  Celte  adresse,  pleine  de  civisme  et  d'humanité,  fut  présentée  par  Loyez 
à  l'adhésion  de  la  Société  populaire.  .4  force  de  déclamation  sur  le  lédéralisme, 
Sergent  parvint  à  l'y  faire  rejeter.  Depuis,  sur  les  conseils  de  David  (de  l'Aube) 
et  par  les  soins  des  nonunés  Chaperon  et  Carette,  elle  fut,  dans  un  libelle  sans 
date  et  sans  nom  d'imprimeur,  colportée  comme  un  chef  d'accusation  contre 
la  commune  de  Troyes.  »  —  Elle  ne  se  trouve  d'ailleurs  ni  aux  .Archives  natio- 
niiles,  dans  les  cartons  du  Comité  des  pétitions,  ni  aux  Archives  de  l'Aube,  soit 
dans  le  Journal  des  délibérations  du  conseil  irénéral  permanent  (L  \1],  soit  dans 
le  registre  de  correspondances  où  est  l'autre  (L  ôl~i).  Le  texte  que  nous  donnons 
doit  être  seul  authentique. 


576  PART.  II,  CIIAP.  XIX.   LA  CIIAMPAGiNE. 

aucun  droit  de  nous  croire  les  organes  de  nos  administrés, 
nous  nous  sommes  bornés  à  des  vœux  ardents  pour  le  bon- 
heur public,  et  nous  aurions  rejeté  tout  ce  qui  nous  aurait 
semblé  devoir  tendre  au  fédéralisme  et  à  rompre  l'unité  et 
l'indivisibilité  de  la  République,  que  nous  avons  juré  de 
maintenir  et  de  défendre  \ 

Evidemment  les  départements  coalisés  n'avaient  rien 
à  espérer,  ni  les  maîtres  de  la  Convention  rien  à  craindre 
de  la  capitale  de  la  Champagne.  Le  département  de 
l'Aube  avait  pourtant,  par  une  adresse  chaleureuse,  fait 
appel  aux  volontaires,  et,  par  un  arrêté  du  12  mai,  pres- 
crit la  formation  d'un  bataillon;  mais  c'était,  selon  la 
proposiliondel'Hérault,  contre  l'ennemi  intérieur,  c'était 
contre  les  Vendéens.  Le  11  juin  on  avait  réuni,  sinon  un 
bataillon,  au  moins  deux  compagnies,  et  le  13  on  les  avait 
fait  partir  pour  Orléans,  après  une  messe  célébrée  par 
le  «  citoyen  évoque'  ».  Lorsque  la  Convention,  par  un 
décret  du  24,  prescrivit  de  nouvelles  levées  et  que  Fou- 
ché  fut  envoyé  à  ïroyes  pour  y  présider,  il  y  reçut  le 
meilleur  accueil  (28  juin).  Il  apportait  en  même  temps 
la  Constitution.  La  garde  nationale  fut  réunie,  et  i'ex- 
oratorion  commissaire,  accompagné  des  administra- 
teurs, fit  un  discours  pour  provoquer  aux  nouveaux 
enrôlements;  une  marche  militaire  à  travers  la  ville 
compléta  la  cérémonie".  Le  haut  personnage  en  fut  si 
pleinement  satisfait  qu'il  écrivit  à  la  Convention  : 

Les  journées  du  51  mai  et  2  juin  ont  rallumé  ici  le  patrio- 
tisme. L'acte  constitutionnel  a  été  lu  dans  toutes  les  sections  au 
milieu  des  plus  vifs  applaudissements;  elles  ont  arrêté  une 

1.  Archives  de  l'Aube,  L  515,  n°  208G,  et  la  noie  LXXXVII  aux  Appendices. 

2.  Ibid.,  L  12,  à  la  date. 

5.  Ibid.,  L12,  à  la  date  du  28  juin.  On  fit  un  arrêté  en  douze  articles  pour 
ce  nouvel  emôlcment. 


I.  AUBE.  577 

adresse  à  la  Convention.  La  Société  des  Amis  de  la  liberté 
vient  de  prendre  le  nom  d'Amis  de  la  Constitution.  En  moins 
de  neuf  jours  j'improviserai  ici  un  bataillon  de  braves  répu- 
blicains*. 

Eut-il  son  bataillon?  La  Convention  du  moins  eut  son 
adresse.  Le  jour  oh  la  lettre  de  Fouché  était  lue  à  la  Con- 
vention, le  conseil  de  l'Aube  écrivait  ('2  juillet)  : 

Législateurs, 

Les  plaintes  sévères,  les  cris  douloureux  même  qui  reten- 
tissaient naguère  dans  toule  la  République  se  cbangent  en 
un  instant  en  un  concert  de  louanges  et  d'hommages.  Le 
peuple  inquiet,  menacé  de  déchirements  cruels,  déposait  ses 
alarmes  dans  le  sein  de  ses  représentants  et  vous  demandait, 
pour  prix  de  tous  ses  sacrifices,  le  bienfait  d'une  Constitu- 
tion. Aujourd'hui  le  peuple  reconnaissant  renaît  à  l'espoir  et 
reprend  son  courage  en  contemplant  ces  lignes  hardies  et 
sublimes  où  vous  avez  déclaré  ses  droits,  consacré  sa  souve- 
raineté, fondé  son  bonheur  et  préparé  la  liberté  du  monde. 

Ilàtez-vous,  législateurs  !  que  le  pacte  social  que  vous  avez 
si  dignement  tracé  reçoive  bientôt  sa  sanction  souveraine  et 
sacrée,  qui  doit  le  rendre  impérissable.  Que  le  peuple  assem- 
blé l'adopte,  le  consacre  et  le  révère!  Que  les  cruels  ennemis 
dont  le  dernier  crimxC  des  rois  nous  entoure  fuient  ou  se 
prosternent  à  l'aspect  des  tables  immortelles  où  nos  lois  vont 
èlre  gravées,  et  que,  se  montrant  dignes  de  nous  imiter  un 
jour,  ils  reçoivent  la  paix  des  mains  pures  et  triomphantes 
delà  République  française '\ 

Dans  la  séance  du  24  juin,  on  avait  lu  déjà  à  la  Con- 
vention une  adresse  du  district  de  Nogent-sur-Seine.  11 
félicitait  l'Assemblée  des  grandes  mesures  de  salut  public 

1.  LcUrc  lue  clans  la  séance  du  2  juillet.  Moniteur  du  5,  t.  XVII,  p.  25. 

2.  Archives  do  l'Aube,  Loi,  Délibéralicns  du  conseil  général  du  département 
(lin  2  juillet  1793  au  5  brumaire  an  II),  à  la  date. 


378        PART.  II,  CHAP.  XIX.  LA  CHAMPAGNE. 

qu'elle  avait  prise  le  2  de  ce  mois  ;  il  déclarait  ne  vouloir 
reconnaître  d'autres  lois  que  celles  qui  émaneraient 
d'elle;  il  demandait  prompte  justice  à  l'égard  des  dé- 
putés mis  en  état  d'arrestation,  et  toutefois  il  y  mettait 
encore  quelque  réserve  : 

Que  leurs  têtes  tombent  sous  le  glaive  de  la  loi,  s'ils  sont 
coupables,  mais  qu'ils  reprennent  promptement  leurs  hono- 
rables fonctions,  s'ils  sont  innocents*. 

L'alternative  n'était  pas  de  nature  à  plaire  aux  vain- 
queurs. 

Le  président  Révérât  et  le  secrétaire  général  Gonthier 
furent  désignés  pour  porter  eux-mêmes  cette  adresse  à 
la  Convention,  et,  le  10  juillet,  Révérât  faisait  connaître 
à  ses  collègues  le  résultat  de  sa  mission  par  cetle  lettre  : 

Chers  collègues. 

Nous  avons  été  admis  hier  à  la  barre.  J'ai  débité  ma  petite 
marchandise  et  j'ai  été  payé  en  monnaie  courante  :  mention 
lionorable,  insertion  au  Bulletin  avec  la  réponse  du  président, 
et  les  honneurs  de  la  séance,  dont  nous  n'avons  voulu 
jouir  qu'un  instant,  parce  que  nous  voulions  voir  le  citoyen 
Robin,  que  nous  avons  trouvé  heureusement  dans  son  bureau^. 

Qui  l'aurait  pu  croire?...  Tandis  que  le  département 
accomplissait  cette  évolution,  un  de  ses  représentants, 
Garnier  de  l'Aube,  en  dénonçait  comme  suspects  les  ad- 
ministrateurs. Révérât  le  sut  en  fréquentant  les  minis- 
tères; il  ne  s'en  inquiéta  point,  ayant  Fouclié  pour  lui 
et  pouvant  opposer  à  la  dénonciation  le  témoignage  que 
la  Convention  avait  fait  insérer  au  Rulletin;    mais  il 


1.  Monileiir  du  26  juin  1793,  t.  XVI,  p.  730. 

2.  Arcliivcs  de  l'Aube,  L  1401. 


II.    MARNE.  57t> 

signale    la    manœuvre   an    département   et    lui   écrit 
(t>2  juillet)  : 

Je  suis  indigné  contre  Garnier  ;  jires  (j'irai)  ce  matin  au 
Comité  de  salut  public  et  je  le  dévoileras  comme  un  calom- 
niateur. Je  présume  que  je  n'aures  pas  de  peine  ;  car  je  suis 
assuré  que  le  déparlement  de  l'Aube  est  bien  noté.  J'ai  vu 
les  ministres,  ils  m'ont  tous  dit  que  le  département  étant  en 
mesure  avec  la  Convention  nationale,  on  ne  pouvait  lui  rien 
refuser;  ils  ont  eu  même  la  bonté  de  me  montrer  le  registre 
où  sont  bien  ou  mal  notés  les  départements. 

Les  départements  si  bien  ralliés  trouvaient,  dans 
cette  détresse  générale,  le  trésor  même  très  complaisant  : 

J'avais  pensé,  continue-t-il,  que  vous  aviez  déjà  reçu  vos 
cent  mille  écus,  mais  je  \erres  à  ce  sujet  le  Comité  des 
décrets  et  les  ministres  pour  que  le  tout  vous  soit  expédié 
promptement'. 

Décidément  l'Aube  était  bien  parmi  les  bons. 


II 

Marne. 


La  Marne  avait  témoigné  d'abord  son  antipathie  pour 
les  factieux.  Entre  toutes  ces  adresses,  qui  semblent 
autant  d'amplifications  de  réthorique,  sorties  de  la 
même  école,  celle  de  la  ville  de  Châlons-sur-Marne  du 
1:2  mai  se  distingue  par  les  recherches  du  style  : 

Citoyens  législateurs, 

Les  enfants  de  la  terre  sacrée  de  la  liberté  vous  ont  à 
l'envi  investis  de  toute  la  plénitude  de  leurs  pouvoirs 

1.  Archiveà  de  l'Aube,  L  1401.  Notons  ce  fait.  Il  était  allé  la  veille  à  la  Con- 
vention, et  le  président  l'avait  invité  à  se  présenter  le  lendemain  :  il  n'y  avait 
pas,  dit-il,  vingt  députés  à  la  séance. 


580  PART.  II,  ClIAP.  XIX.  LA  CHAMPAGNE. 

Mais  de  nombreux  malveillants  s'efforcent  d'entraver  votre 
marche;  sous  le  masque  imposteur  du  patriotisme,  ils  cher- 
chent à  vous  avilir  sans  cesse  :  ils  n'y  réussiront  pas 

La  nature  a  repris  chez  nous  ses  droits  imprescriptibles  : 
le  colosse  hideux  du  despotisme  a  disparu  de  la  terre  de  la 
liberté,  et  il  ne  sera  pas  dit  que  des  êtres  dégradés,  de  vils 
esclaves,...  nous  mettront  au  hasard  de  perdre  le  fruit  de 
quatre  années  de  sueurs,  de  larmes  et  de  sang. 

Mais  aussi,  hàtez-vous  donc  de  répondre  à  la  juste  attente 
du  peuple,  votre  souverain,  qui  vous  demande  une  Consti- 
tution. 

Affligés  de  vos  dissensions  interminables,  il  n'est  pas  de 
départements,  pas  de  municipalilés  peut-être,  qui  ne  se  soient 
empressés  de  déposer  dans  votre  sein  leurs  justes  sujets 
d'alarmes  sur  les  dangers  que  font  courir  à  la  chose  publique 
vos  animosités  scandaleuses. 

Châlons  veut  en  faire  autant  ;  et  c'est  dans  ces  divisions 
que  son  conseil  trouve  la  cause  de  tous  les  maux,  chèreté 
des  subsistances,  défiance  générale,  trahison  même  de 
Dumouriez  : 

Il  semble  que,  dès  l'instant  de  votre  entrée  dans  le  sanc- 
tuaire auguste  des  lois,  un  génie  malfaisant  a  allumé  parmi 
vous  ce  fatal  flambeau  de  discorde.... 

Non,  la  postérité  ne  pourra  croire  que  parmi  vous,  légis- 
lateurs, il  se  soit  trouvé  des  représentants  assez  criminels 
pour  avoir  voulu  faire  de  l'enceinte  et  de  l'asile  sacré  des 
lois  une  arène  sanglante  où,  comme  de  lâches  gladiateurs  ou 
de  vils  spadassins,  on  les  a  vus  menacer  la  représentation 
nationale,  indignée  de  cet  attentat.... 

Et  qu'est-ce  donc  que  cette  insolente  audace  des  habitués 
des  tribunes?...  Vous  n'avez  donc  pas  le  sentiment  de  toute 
votre  force?  auriez-vous  oublié  que  vous  avez  en  main  la 
massue  nationale?...  Quoi!  une  misérable  poignée  de  factieux, 
d'anarchistes,  de  vils  séditieux  à  gage  vous  intimider! 


II.  M4RNE.  581 

Législateurs,  osez  entendre  une  vérité  terrible,  affligeante.... 
Tous  les  maux  qui  déchirent  en  ce  moment  notre  commune 

patrie  ont  ou  leur  source  ou  des  appuis  parmi  vous C'est 

du  sein  même  de  la  Convention  qu'est  sortie  cette  fatale  pomme 
de  discorde  qui  jette  partout  la  défiance 

Représentants,  ce  n'est  pas  pour  vos  intérêts  personnels, 
ce  n'est  pas  pour  éterniser  vos  passions  et  perdre  votre  temps 
en  déclamations  haineuses,  que  la  nation  vous  a  confié 
l'exercice  de  ses  pouvoirs.  Vous  avez  juré,  et  toute  la  France 
avec  vous,  l'unité  et  l'indivisibilité  de  la  République  ;  don- 
nez-nous enfin  une  Constitution  digne  d'un  peuple  qui,  le  pre- 
mier, a  donné  l'exemple  à  l'Europe  étonnée  de  sa  régénération 
à  la  liberté'. 

Hélas!  on  touchait  à  l'avènement  du  plus  dur  despo- 
tisme. A  la  nouvelle  des  funestes  journées ,  le  conseil 
général  du  département  voulut  aviser.  Le  10  juin  il  se 
constitua  en  permanence  et  convoqua  une  assemblée  de 
délégués  de  différents  districts^  Au  jour  fixé,  le  15, 
cette  assemblée  se  réunit,  et,  pour  ne  laisser  aucun  doute 
sur  ses  sentiments,  elle  se  lia  par  un  serment  et  une 
déclaration  de  principes  :  Unité  et  indivisibilité  de  la 
République,  unité  et  indivisibilité  de  la  représentation 
nationale,  inviolabilité  des  représentants,  liberté  des 
opinions,  respect  des  personnes  et  des  propriétés,  haine 


i.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  21,  dossier  Marne.  Il  y  en  a  deux 
exemplaires  signés  des  mêmes  noms.  —  Cf.  Barbât,  Hisloire  de  la  ville  de 
Châlons-mr-Marne  (1855-1860),  t.  I,  p.  443. 

La  Société  des  Amis  de  la  liberté  et  tic  l'égalité  de  Gueux,  écrivant  le  9  juin, 
semble  ignorer  encore  les  événements  du  51  mai.  Elle  se  plaint  des  discordes 
de  la  Convention  :  «  Cependant,  il  en  est  temps  encore.  Faites  rentrer  dans  ce 
gouffre  tous  les  monsties  cpii  en  sont  sortis  pour  dévorer  la  France.  Que  la 
sagesse  de  vos  décrets  réduise  au  silence  toute  cette  tourbe  de  factieux,  d'anar- 
cliistes,  qni  ont  fixé  trop  longtemps  vos  regards  aux  dépens  de  la  France  inter- 
dite.... La  Constitution!  »  (Arcliivcs  nationales,  1)  xl  §  4,  carton  21,  dossier 
Marne.) 

2.  Note  LXXXVIII  aux  Appendices. 


582  PART.  II,  CllÂP.  XIX.   LA  CHAMPAGNE. 

du  fédéralisme.  On  décida  l'impression  immédiate  du 
procès-verbal  de  la  séance  et  la  rédaction  d'une  adresse 
à  la  Convention;  et  on  la  rédigea'.  Ce  n'était  plus  la 
déclamation  banale  du  12  mai.  Point  de  vaincs  menaces, 
pas  d'injures;  mais  des  vérités  et  des  résolutions. 
Après  un  court  préambule,  on  y  disait  : 

Républicains,  nous  sommes  dignes  de  parler  le  langage  de 
l'austère  vérité  et  vous  êtes  dignes  de  l'entendre. 

Vous  avez  renversé  le  trône,  et  aboli  pour  jamais  la  royauté: 
mais,  représentants,  vous  n'avez  pas  étouffé  la  tyrannie;  elle 
s'est  reperpétuée  sous  mille  formes  ;  sa  tête  altière  a  osé 
s'élever  jusque  clans  le  temple  sacré  de  la  liberté;  elle  a  osé  y 
dicter  des  lois,  tantôt  sous  le  nom  de  Tribunes,  tantôt  sous  le 
nom  de  Sections,  tantôt  sous  celui  de  Commune,  elle  les  a 
dictées  les  armes  à  la  main. 

Cet  état  d'oppression  ne  peut  plus  durer.  Dites  au  peuple  : 
«  Nous  ne  sommes  plus  libres  »,  et  le  peuple  saura  vous 
rendre  libres. 

Et  comment  pourriez-vous  nous  dire  :  «  Nous  sommes 
libres  »,  tandis  que  vos  décrets  vous  ont  été  arrachés  par  la 
violence,  tandis  que  vos  représentants,  sans  accusation  déter- 
minée, sont  mis  en  arrestation,  tandis  qu'on  leur  refuse  ce 
qu'obtiennent  les  plus  grands  scélérats,  la  faculté  de  se 
défendre?  Comment  direz-vous  :  «  Nous  sommes  libres  »,  tandis 
que  la  Représentation  nationale  a  été  violée,  avilie,  tandis 
que  le  fer  a  été  suspendu  sur  vos  têtes,  tandis  qu'un  chef 
insolent,  qui  a  osé  tourner  ses  armes  contre  vous,  vit  encore? 

—  L'adresse  montre  aussi  dans  les  divisions  de  l'As- 
semblée (ce  n'était  que  trop  visible)  la  cause  de  tous  les 

1.  S(';ince  du  lô  juin.  Arcliivcs  de  la  Marne,  Uegislres  des  délibcralions  du 
conseil  général  du  déi)artonicnt,  ù"  registre,  1°  11.  —  Dans  la  séance  du  IG,  un 
membre  proposa  d'ajouter  à  la  l'onnuie  du  serment  «  la  haine  de  la  royauté  et 
de  tout  autre  pouvoir  usurpateur,  lyrannique  et  attentatoire  à  la  souveraineté 
du  peuple  »  ;  —  ce  qui  fui  adopté  avec  le  même  enthousiasme.  Ibid.,  f"  14. 


II.  MARNE.  383 

maux,  et  elle  dit  ce  qu'il  faut  faire  pour  sauver  la  Répu- 
blique : 

Rendre  à  leurs  fonctions  les  députés  détenus  ;  —  Main- 
tenir l'inviolabilité  des  représentants  du  peuple;  — 
Ordonner  à  la  Commune  de  Paris  de  rappeler  ses  com- 
missaires, et  au  Conseil  exécutif  ses  agents;  — Punir 
ceux  qui  ont  violenté  la  Convention  le  2  juin  ;  —  Répri- 
mer les  communes  qui  prétendent  avoir  l'initiative  sur 
les  autres  (c'était  assez  nommer  Paris)  ;  —  Obliger  les 
tribunes  au  respect;  —  P'aire  observer  le  décret  qui 
interdit  la  lecture  des  pétitions  à  la  barre:  —  Faire 
imprimer  le  rapport  de  la  commission  des  Douze;  — 
Rendre  au  peuple  la  nomination  des  juges  du  tribunal 
révolutionnaire,  et  éloigner  ce  tribunal  à  trente  lieues 
au  moins  de  Paris;  —  Que  la  liberté  de  la  presse  soit 
indéfinie;  —  Et,  si  les  factieux  menacent  encore  les 
délibérations  de  la  Convention,  en  transférer  le  siège 
au  centre  de  la  République  ^ 

Avec  cette  adresse  à  la  Convention,  on  en  fit  une  autre 
aux  communes  du  ressort  pour  leur  exposer  les  motifs 
de  ces  résolutions  : 

Profondement  affligés  des  maux  qui  déchirent  la  Répu- 
blique, les  administrateurs  ont  cru  qu'ils  ne  pouvaient,  sans 
trahir  leurs  obligations,  rester  tranquilles  spectateurs  de  ces 
calamités,  etc. 

Ce  n'était  pas  sans  raison.  Toutes  les  communes,  en 
effet,  ne  se  montraient  pas  disposées  k  suivre  l'impul- 


1.  Même  registre,  f"  15,  et  Barbât,  /.  /.,  p.  447.  Une  note  dit  que  M.  Moignon, 
qui  avait  ou  grande  paît  à  la  rédaction  de  celte  adresse,  lut  dénonce  au 
Comité  de  salut  puljlic,  arrêté  dans  la  salle  même  de  la  Convention  le  il  juillet 
et  enfermé  au  Luxembourg;  mais  il  y  fut  oublié  jus(]u"après  le  9  thermidor, 
et  recouvra  sa  liberté  le  50  de  ce  mois.  ilOid.,  p.  44S.) 


384  PART.  II,  CIIAP.  XIX.   LA  CHAMPAGNE 

sion  du  département.  Dans  cette  même  séance  du  16, 
l'assemblée  départementale  avait  reçu  l'extrait  d'une 
délibération  de  Sainle-Menehould,  datée  du  15,  qui 
«  improuvait  la  profession  de  foi  du  conseil  général  du 
département  du  15  de  ce  mois,  quant  au  principe  de 
l'inviolabilité  des  représentants  consacré  dans  ladile 
profession,  principe  qu'elle  regardait  comme  tendant 
à  détruire  la  République  »;  —  et  la  ville  rappelait  ses 
commissaires.  L'assemblée  expliqua  ce  qu'elle  avait  en- 
tendu par  l'inviolabilité  des  représentants  :  c'était  la 
liberté  de  leurs  opinions,  consacrée  par  la  Constitution 
de  1790,  et  elle  cassa  la  délibération  de  la  commune 
de  Sainte-Menehould  ^  ;  mais  il  était  trop  clair  que  cette 
commune  adhérait  aux  exécutions  du  2  juin.  D'autres 
adhésions  avaient  précédé.  La  ville  de  Sézanne,  qui  déjà 
en  octobre  avait  réclamé  contre  le  projet  d'une  force 
armée  tirée  des  quatre-vingt-trois  départements  %  rédigea 
une  protestation  d'attachement  «  à  la  Convention  natio- 
nale, à  la  République  une  et  indivisible  et  à  la  ville 
de  Paris,  qui,  par  son  dernier  mouvement,  venait  de 

1.  «  L'assemblée,  après  avoir  enteii<lu  le  procureur  général  syndic,  consi- 
dérant que  l'article  7  de  la  5°  section  de  la  Constitution  des  années  1789,  1790, 
et  1791  (non  abrogé)  porte  que  les  représentants  de  la  nation  sont  inviolables, 
iju'ils  ne  pourront  être  recherchés,  accusés,  ni  juges  en  aucun  temps,  pour  ce 
qu'ils  auront  dit,  écrit  ou  lait  dans  l'exercice  de  leurs  fonctions  ;  —  que  le 
déparlement  n'a  pas  entendu  donner  un  autre  sens  à  cet  article;  qu'il  a  au  con- 
traire expliqué  ce  qu'il  entendait  jiar  ce  mot  inviolabilité  des  représentants, 
c'est-à-dire  une  entière  liberté  dans  la  manifestation  de  leurs  opinions;... 
—  qu'il  a  encore  de  nouveau,  dans  une  adresse  qu'il  a  présentée  à  la  Conven- 
tion nationale,  demandé  que  les  députés  contre  lesquels  il  y  avait  un  décret 
d'accusation  fussent  jugés  par  le  tribunal  criminel  extraordinaire,  lorsque  les 
juges  et  les  jurés  en  auraient  été  choisis  par  le  peuple;  —  que  la  religion  du 
conseil  général  de  la  coninmne  a  sans  doute  été  surprise;...  —  qu'il  est  du 
devoir  du  conseil  du  département  de  maintenir  la  pureté  des  principes  qui  font 
la  base  du  gouvernement  actuel;  —  arrête  que  la  délibération  du  conseil  géné- 
ral de  la  commune  de  Sainte-Manehould,  en  date  du  13  de  ce  mois,  sera  déclarée 
nulle  et  comme  non  avenue.  »  (Même  registre,  f"  17.) 

2.  Séance  du  51  octobre,  Monileur  du  1<'''  novembre,  t.  XIV,  p.  555. 


H.   MARNE.  585 

cimenter  la  liberté  publique  »,  et  elle  chargea  une  dépu- 
tation  de  la  présenter  à  la  Convention  et  à  la  Commune, 
qui  la  reçurent  avec  applaudissements'. 

Dans  la  séance  du  20,  à  la  Convention,  Drouet,  député 
de  la  Marne,  rendit  à  son  pays  ce  témoignage,  «  que  les 
administrateurs  du  département  avaient  bien  pris  des 
arrêtés  liberticides  et  arboré  l'étendard  de  la  guerre 
civile;  mais  que  les  citoyens,  toujours  patriotes,  avaient 
improuvé  leur  conduite  »  ;  et  «  il  a  fallu,  ajoute-t-il,  que 
quelques  sans-culottes  les  prissent  sous  leur  sauvegarde 
pour  les  empêcher  de  subir  sur-le-champ  le  sort  qu'ils 
méritaient  ». 

Sur  sa  proposition,  la  Convention  décréta  que  le  dé- 
partement de  la  Marne  avait  bien  mérité  de  la  patrie  ^ 

Le  conseil  général  de  la  Marne  (faut-il  le  dire?)  était 
sur  le  point  de  mériter  la  même  approbation.  En  effet, 
cette  vigoureuse  adresse  du  16  n'avait  pas  encore  été 
envoyée,  elle  21  on  délibéra  si  on  l'enverrait ^  Il  était 
trop  clair  qu'on  ne  l'enverrait  pas  : 

Le  conseil  général,  après  avoir  entendu  le  suppléant  du 
procureur  général  syndic,  a  unanimement  arrêté  : 

l^Que,  les  circonstances  n'étant  plus  aujourd'hui  les  mêmes 
que  le  jour  oii  l'adresse  a  été  votée,  et  la  Constitution  étant 
entièrement  décrétée,  ladite  adresse  n'avait  plus  de  but  et  ne 
serait  par  conséquent  pas  envoyée  à  la  Convention  nationale; 

2°  Qu'il  serait  fait  à  tous  les  départements  de  la  Répu- 
blique une  adresse  fraternelle  pour  les  engager  à  se  serrer 
plus  que  jamais  autour  de  la  Convention  nationale  comme  le 
point  de  ralliement  de  tous  les  vrais  amis  de  la  Patrie  et  à 

1.  Séance  du  13  juin  à  la  Convention,  et  du  15  au  Conseil  général  révolu- 
tionnaire de  Paris.  Moniteur  du  10  et  du  18  juin,  t.  XVI,  p.  044  et  057. 
—  L'adresse  est  aux  Archives  de  lEure. 

2.  Séance  du  20  juin,  Moniteur  du  22,  t.  XYII,  p.  700. 

0.  M.  Barbât,  en  vantant  justement  l'adresse,  a  omis  ce  détail. 

BÉVOL.  DU  31   MAI.  II  —  25 


386  PART,  n,  CHAP.  XIX.  LA  CHAMPAGNE. 

maintenir  de  toutes  leurs  forces  et  avec  toute  l'autorité  qui 
leur  est  confiée  l'unité  et  l'indivisibilité  de  la  République. 

Et  le  procès-verbal  donne  la  teneur  de  celle  nou- 
velle adresse  : 

Nous  avions  juré  l'unité  et  l'indivisibilité  de  la  République; 
tous  nous  avions  juré  de  contribuer  de  la  môme  manière  et 
de  tous  nos  moyens  à  sauver  la  patrie,  et,  tout  à  coup,  nous 
nous  désunissons.  Pourquoi  ces  mesures  diverses  ?...  Nous 
sauvons  la  République  en  resserrant  les  liens  qui  nous  ont 
unis,  nous  la  précipitons  vers  sa  ruine  en  les  rompant.  Tendre 
au  même  but  par  les  mêmes  moyens,  c'est  vouloir  l'unité; 
bors  de  là  nous  ne  voyons  plus  que  fédéralisme. 

Jamais  on  n'a  eu  plus  d'ennemis  à  combattre!  Il  faut 
craindre  que  la  division  aussi  ne  se  mette  dans  les  ar- 
mées. —  «  Que  ferions-nous  alors?  :» 

Nos  divisions  viennent  du  parti  que  nous  avons  pris  pour 
ou  contre  les  députés  mis  en  arrestation.  Nous  ne  vous  di- 
rons pas  qu'ils  sont  coupables  ;  mais  nous  ne  vous  dirons 
pas  non  plus  qu'ils  sont  innocents.  Écartés,  comme  nous 
le  sommes,  du  théâtre  de  toutes  les  intrigues,  de  toutes  les 
perfidies,  de  tous  les  complots,  nous  ne  pouvons  les  juger 
avec  discernement.  Le  crime  est  constant,  lorsqu'il  laisse 
après  lui  des  traces  matérielles;  mais  les  preuves  morales 
doivent  aussi  être  comptées  pour  quelque  chose,  et  c'est  sur 
le  fondement  de  celles-ci  que  le  peuple  de  Paris  s'est  insurgé. 

Sont-ils  neutres  aussi  sur  le  fait  de  la  Révolution? 
—  Qu'on  en  juge  : 

Vous  connaissez  déjà  le  résultat  de  ce  grand  mouvement 
révolutionnaire.  La  Constitution  a  été  achevée  parce  qu'on 
a  rencontré  moins  d'entraves  pour  l'amener  à  sa  fm.  Mais, 
quelle  que  soit  notre  manière  de  voir  les  événements,  au 
nom  de  la  patrie,  ajournons  nos  querelles,  ayons-en  le  cou- 


II.  MARNE.  387 

rage,  puisque  nous  sommes  forts.  Frères  et  amis,  pour  nous 
sauver,  il  faut  de  l'ensemble  dans  nos  moyens,  il  faut  de 
l'ensemble  pour  maintenir  l'unité  de  la  République,  son  indi- 
visibilité et  celle  de  la  Convention  nationale. 

—  On  allait  en  retrancher  comme  proscrits  ou  comme 
protestataires  plus  d'une  centaine  de  membres!... 

Que  nos  forces  militaires  soient  toutes  dirigées  vers  l'ennemi 
commun.  Vous  savez  qu'il  est  sur  la  frontière  ou  dans  la 
Vendée.  Toute  autre  direction  tendrait  au  fédéralisme,  nous 
environnerait  de  fratricides  et  nous  ramènerait  à  l'esclavage — 

Voilà  les  observations,  etc.^ 

Mais  tout  cela  n'effaçait  pas  l'impression  de  la  pre- 
mière démarche.  Le  conseil  se  débat  péniblement  contre 
ce  qu'il  appelle  les  gens  mal  intentionnés  et  leurs  ca- 
lomnies. Le  24  juin  il  fait  une  nouvelle  adresse  à  tous 
les  citoyens  du  département  pour  justifier  ses  actes  : 

Citoyens, 
La   calomnie  nous  poursuit;  nous  l'avons  méprisée,  elle 
s'est  enhardie  par  notre  silence,  etc. 

Les  événements,  ajoutaient-ils,  avaient  jeté  le  trouble 
dans  les  esprits.  On  disait  que  la  représentation  na- 
tionale était  violée  par  l'arrestation  des  trente -deux. 
Les  citoyens  voulaient  être  éclairés  ;  ils  ont  fait  appel  à 
leurs  administrateurs.  —  Suit  l'histoire  de  l'adresse 
rédigée,  adoptée,  mais  non  envoyée  comme  n'ayant  plus 
d'objet  : 

Voilà,  citoyens,  toute  notre  conduite — 

Heureusement  une  occasion  se  présentait  de  montrer 

1.  M(Mne  registre,  f"  19.  —  Les  représentants  qui  étaient  à  Chàlons  approu- 
vèrent le  serment  du  13  après  l'explication  du  21.  [lOid,  ï"  20.) 


588  PART.  II,  CIIAP.  XIX.  LA  CHAMPAGNE. 

leur  zèle.  La  Constitution  avait  été  envoyée  le  9  juillet. 
Les  assemblées  primaires  furent  convoquées  au  14  juil- 
let pour  l'accepter;  mais  en  attendant,  dès  son  arrivée, 
une  salve  d'artillerie  la  proclama,  et  le  10  août  rien  ne 
manqua  au  programme  de  la  fête  :  —  Discours,  chants 
patriotiques,  danses,  enthousiasme^-  et  illuminations  '. 

ni 

Ilaule-Murnc. 

La  Haute-Marne  avait  bien  mieux  mérité  encore.  — 
Plusieurs  de  ses  villes  avaient  fait  de  chaudes  déclara- 
tions contre  l'anarchie.  La  Société  républicaine  de  C//(î- 
teau-Tliierry  ^resfia'il  l'Assemblée  de  faire  la  Constitution. 
Les  citoyens  de  Corgirnon  (district  de  Langres)  la  récla- 
maient de  même  à  hauts  cris  : 

Mais,  législateurs,  disaient- ils,  cette  Constitution  peut-elle 
sortir  d'une  Convention  maintenant  aux  prises  avec  le  monstre 
de  l'anarchie?  Ah  !  voyez  les  larmes  de  la  France  entière, 
déplorant  le  sort  malheureux  qui  lui  est  préparé,  et  cessez 
d'alimenter  dans  votre  sein  l'anarchie  par  vos  bizarres  dis- 
putes. Si  vous  n'étouffez  ce  monstre^,  etc. 

Malheureusement  tout  le  monde  n'entendait  pas  la 
chose  de  la  même  sorte.  Le  comité  de  la  commune  de 
Chaumont,  par  exemple,  tenait  un  langage  que  chacun 
des  deux  partis  aurait  pu  prendre  pour  soi  : 

Toute  la  France  vous  met  sous  les  yeux  les  fonctions  sacrées 
(jue  vous  avez  à  remplir  et  vos  assemblées  sont  continuelle- 

1 .  Munie  registre,  f"'  52  à  54  ;  le  piocùs-verbal  qui  décrit  la  fête  est  suivi 
lie  deux  pages  de  signatures. 

2.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  22,  dossier  Haute-Marne. 


m.  HAUTE-MARNE.  589 

ment  déchirées  par  la  férocité  des  intrigants  et  des  hypo- 
crites   Mettez  donc  fin  à  vos  querelles,  plus  désastreuses 

que  la  perte  de  plusieurs  batailles;  que  la  majorité  toujours 
sage  fasse  taire  cette  minorité  insolente  et  masquée  qui 
entrave  sans  cesse  vos  opérations.  Bannissez  à  jamais  de  vos 
séances  cette  partie  soudoyée  des  tribunes,  section  honteuse 
du  souverain,  qui  souille  de  son  haleine  impure  la  majesté 
nationale. 

Ils  sont  donc  Girondins?  Mais  voyons  la  suite  : 

C'est  vers  cette  montagne  sainte  que  s'élèvent  nos  regards 
inquiets.  Ils  vous  demandent  en  termes  énergiques  cette 
Constitution  sublime  qui  doit  couronner  vos  travaux  et 
anéantir  nos  ennemis.  Laissez  coasser  dans  les  marais  fan- 
geux de  l'anarchie  ces  lâches  mandataires,  couverts  du  man- 
teau du  patriotisme.  Mais  vous,  sages  de  la  terre,  etc. 

Une  ^Constitution ,  une  Constitution ,  une  instruction  pu- 
blique, source  des  bonnes  mœurs. 

Pour  nous,  citoyens  représentants,  fermes  à  notre  poste, 
nous  jurons  la  souveraineté  du  peuple,  etc. 

Et  que  peuvent  contre^nous  ces  conspirateurs  liberticides, 
ces  vils  esclaves?  Nous  précipiter  dans  le  tombeau?  c'est  nous 
lancer  plus  promptement  dans  l'immortalité. 

La  Montagne  invoquée,  comme  on  l'a  vu,  pouvait  donc 
se  flatter  de  trouver  là  des  amis.  C'est  la  ville  de 
Chaumont,  il  est  vrai,  qui  parlait  ainsi;  et  le  conseil  du 
département,  que  faisait-il?  Sur  ce  point,  silence.  Les 
procès-verbaux  de  ses  délibérations  n'existent  plus,  et 
les  registres  du  directoire  qui  pourraient  y  suppléer 
dans  une  certaine  mesure  (car  on  y  trouve  deux  mani- 
festations politiques  :  l'une,  du  17  octobre  1792,  pour 
applaudir  aux  succès  de  nos  armées  et  provoquer  à  de 
nouveaux  sacrifices;  l'autre,  du  6  février  1795,  pour 
honorer  la  mort  de  Lepelletier),  ces  registres  ont  une 


590  PART.  II,  CHAP.  XIX.  LA  CHAMPAGNE. 

lacune  du  18  février  au  15  juillet  1793,  c'est-à-dire 
pour  toute  la  période  du  fédéralisme  en  action  *  ;  mais 
on  sait  par  un  témoignage,  porté  à  la  tribune  dans  la 
séance  du  11  juin,  que  le  conseil  du  département,  invité 
par  deux  délégués  d'un  autre  département  à  entrer 
dans  la  coalition,  avait  passé  à  l'ordre  du  jour'.  Enfin, 
dans  le  même  temps,  le  10  juin,  les  «  citoyens  libres  » 
de  la  ville  de  Langres  écrivaient  à  la  Convention  : 

Citoyens  législateurs,  vous  venez  de  démasquer  les  intri- 
gants, les  traîtres,  les  conspirateurs 

Et  à  la  môme  date  : 

Incorruptibles  Montagnards,  concourez  à  sauver  avec  nous 
la  République^,  etc. 

Inutile  d'en  dire  davantage. 


i.  Le  registre  qui  va  du  17  octobre  1792  au  18  février  1795  porte  le 
n°  5:  celui  qui  va  du  15  juillet  1795  à  la  fin  de  ventôse  an  II  (mars  1794),  le 
n"  7  ;  il  y  a  un  registre,  coté  6,  qui  semble  combler  la  lacune  :  il  ne  lait  que 
la  dissinuiler  extérieurement,  car  il  commence  au  1''''  germinal  (21  mars  1794) 
et  devrait  porter  le  n"  8.  (Archives  du  département  de  la  Haute-Marne.) 

2.  Déclaration  de  Houx.  Séance  du  11  juin,  Moniteur  du  12,  t.  XVI,  p.  GIO. 

5.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  22,  dossier  Haute-Marne. 


CHAPITRE    XX 

RÉGION      DU      CENTRE 

I 

Indre 

Le  centre  de  la  France  demeura  presque  seul  à  peu 
près  insensible  à  cette  grande  manifestation  antijaco- 
bine, que  nous  avons  trouvée  si  vive  dans  toute  cette 
large  zone  de  l'ouest,  du  sud  et  de  l'est,  et  même  un  peu 
du  nord  : 

ce  Après  nous  être  si  longtemps  promenés  au  milieu 
des  décombres  de  l'anarchie  fumante  de  carnage,  dit 
Julien,  passons  dans  le  département  de  Vhidre,  qui  ne 
s'est  pas  prononcé  »;  et  il  se  promet  de  respirer  un  peu  : 
«  Dans  cette  lutte  d'opinions  et  de  partis,  continue-t-il, 
il  est  resté  dans  la  neutralité  la  plus  parfaite.  On  a 
essayé  de  donner  des  torts  à  son  silence  ;  on  a  jeté  au 
hasard  quelques  calomnies,  qui  n'ont  pas  eu  d'effet  et 
qui  même  ont  été  détruites  par  un  réquisitoire  ap})rouvé 
du  procureur  général  syndic  du  '21  juin,  et  où  l'on 
repousse  les  insinuations  et  les  invitations  perfides  qui 
pourraient  contribuer  aux  malheurs  de  la  patrie  »,  — 
phrase  peu  claire  dont  le  vrai  sens  est  donné  par  le  texte 


59-2  PART.  II,  CHAP.  XX.  RÉGION  DU  CENTRE. 

même  du  réquisitoire  transcrit  sur  le  registre  des  déli- 
bérations du  conseil  général  de  l'Jndre  (21  juin)  : 

Citoyens  administrateurs, 

La  coalition  de  résistance  aux  décrets  de  l'assemblée  Con- 
ventionale  qui  vous  est  proposée  par  quelques  départements 
ne  tend  qu'à  l'anarchie,  à  la  dissolution  de  la  République 
et  à  disséminer  sur  tous  les  points  de  son  territoire  les  hor- 
reurs de  la  dévastation  qu'entraînerait  après  elle  la  guerre 
civile  ou  rébellionnaire  qui  doit  en  être  la  suite. 

Citoyens,  vous  repousserez  ces  invitations,  ces  insinuations 
perfides,  vous  ne  voudrez  jamais  manquer  à  la  confiance  de 
vos  commettants  et  contribuer  aux  malheurs  de  la  patrie. 

Je  requiers  que  vous  renvoyiez  à  la  Convention  toutes  les 
lettres  d'invitation  et  les  arrêtés  de  ces  départements  égarés 
dans  leui's  vues  du  bien  public,  et  que  par  une  adresse  vous 
émettiez  votre  vœu  d'union  indissoluble  à  la  Convention,  de 
soumission  et  de  respect  à  ses  décrets.  Ce  21  juin,  l'an  II  de 
la  République.  Signé  :  C.-L.  Gauthier,  procureur  général 
syndic;  Cumat-Guérinet,  secrétaire  général*. 

Et  Julien  constate  que  les  administrateurs  envoyèrent 
en  effet  à  la  Convention  nationale  «  toutes  lettres  et 
arrêtés  des  départements  égarés  ». 
-  Que  pouvait-on  demander  davantage? 

ce  Cependant,  ajoute  notre  rapporteur,  la  Société 
populaire  d'Argenton  les  a  inculpés  sur  leur  apathie 
dangereuse,  leur  a  reproché  de  s'entourer  d'une  force 
armée  »  ;  et  il  conclut  :  «  La  conduite  du  département 
de  l'Indre  doit  être  examinée,  quoique  le  procureur 
général  syndic  vous  dise  qu'il  faut  de  l'énergie  pour  être 
républicain  comme  pour  être  contre-révolutionnaire*  ». 

1.  Extrait  du  second  registre  des  délibéralions  du  conseil  général  de  l'Indre 
{Archives  de  l'Indre,  L,  22). 

2.  ia\m\,  Rapport,  p.  140. 


II.  NIEVRE.  595 

Mais  aucune  pièce  à  sa  charge  ne  se  trouve  dans  les 
cartons  du  Comité  des  pétitions,  ni  dans  ceux  du  Comité 
de  salut  public. 

II 

Nièvre. 

La  Nièvre^  le  9  décembre,  à  une  époque  où  déjà  la 
Bretagne,  la  Normandie  et  les  déparlements  de  mainte 
autre  province  exprimaient  vivement  leurs  inquié- 
tudes, envoyait  par  son  conseil  général  «  l'adhésion  la 
plus  formelle  aux  décrets  de  la  Convention'  ».  Cependant, 
au  mois  de  janvier,  le  département  commence  à  se 
plaindre  des  troubles  qui  agitent  l'Assemblée  ^  A-t-il 
persévéré?  La  présence  de  Collot-d'Herbois  et  de  La- 
planche  en  avril  comprima  peut-être  les  murmures, 
mais  elle  ne  suffit  point  pour  assurer  la  supériorité  aux 
Jacobins,  ku  sein  même  de  la  société,  à  Nevers,  ils  ren- 
contrèrent des  contradicteurs.  Les  Jacobins  ne  voyaient 
pas  volontiers  le  soin  de  faire  la  Constitution  dévolu  aux 
Girondins,  et,  plutôt  que  de  la  tenir  de  leurs  mains,  ils 
en  auraient  volontiers  suspendu  le  travail  :  sans  avouer 
cette  pensée,  c'était  la  conclusion  où  arrivait  un  des 
principaux  membres  de  leur  société  à  Nevers,  Damours, 
président  du  tribunal  du   district.    Mais  un  autre  le 

1.  Archives  de  la  iNièvre,  Délibérations  du  conseil  générai  du  département, 
registre  707,  f°  15.  Le  registre  n°  707  va  du  6  décembre  1792  au  16  février 
1795.  Le  registre  708  devrait  commencer  le  18  février.  Il  ne  commence  que  le 
18  mars.  L'indication  du  mois  de  février  est  effacée  sur  le  parchemin  de  la 
couverture  (on  la  retrouverait  peut-être  au  dos,  sous  la  bande  de  parchemin 
portant  le  n"  78  et  collée  précisément  au-dessous  du  mot  commencé)  ;  et  plusieurs 
feuillets  paraissent  avoir  été  enlevés  au  commencement  ;  néanmoins  le  premier 
feuillet  porte  le  n'  1,  mais  la  pagination  semble  être  plus  rccenle. 

2.  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  22,  dossier  Nièvre. 


394  PART.  II,  CIIAP.  XX.  RÉGION  DU  CENTRE. 

réfuta  et  montra^aii  contraire  que  la  cause  du  mal  était 
dans  l'anarchie  et  le  vrai  remède  dans  la  Constitution; 
ne  craignant  pas  d'aller  chercher  ses  autorités  dans  Mar- 
seille, «  la  ville  patriote  par  excellence  >>  (elle  venait 
de  réprimer  les  anarchistes),  et  dans  les  paroles  d'un  de 
ses  «  sans-culottes  :»,  défenseur  de  l'ordre,  un  «  garçon 
menuisier  »  qui  avait  dit  aux  représentants  du  peuple, 
commissaires  de  la  Convention  :  «  Citoyens  commis- 
ce  saires,  nous  aimons  la  Convention  et  les  lois,  nous 
<■(  n'aimons  pas  vos  querelles  particulières;  il  n'y  a  pour 
«  nous  ni  montagne  ni  plaine,  il  n'y  a  que  la  Convention 
c(  une  et  indivisihle.  Nous  voulons  le  honheur  de  notre 
«  pays.  J'aime  mieux,  moi,  en  mon  particulier;  travail- 
fc  1er  pour  le  riche  qui  me  fait  vivre,  et  me  met  à  por- 
cc  tée  de  m'enrichir,  que  de  le  piller.  Si  vous  voulez 
«  l'ordre  et  la  paix,  vous  serez  bien  reçus,  sinon  L .  .-nous 
«  le  camp  ;  car  nous  sommes  las  d'être  tiraillés  en  tous 
ce  sens  par  des  flagorneurs  qui  nous  ruinent^  » 

La  Nièvre  avait-elle  songé,  comme  d'autres  départe- 
ments, à  protéger  la  Convention  dans  l'accomplissement 
de  son  œuvre?  Il  n'y  en  a  pas  trace.  Le  31  mai,  elle 
n'était  occupée  que  d'une  levée  de  troupes  contre  la 
Vendée  ;  mais  cette  troupe  aurait  pu  prendre  un  autre 
chemin  :  une  manifestation  le  donne  à  croire.  Avant 
de  partir,  les  gendarmes  nationaux  qui  étaient  à  Nevers 
furent  reçus  par  le  conseil  ;  ils  y  firent  une  charge  à  fond 
contre  les  anarchistes  dont  on  venait  d'apprendre  la 
victoire,  et  leur  discours  fut,  par  décision   spéciale, 

1.  Discours  prononcé  à  la  Sociclé  des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'é</alilé 
de  Nevers,  le  VI  mai  1795,  l'an  II  de  la  l'téjniblirjne,  sur  la  nécessité  d'aroir 
nne  prompte  Constitution,  d'apri's  l'état  de  la  situation  civile  et  politique 
dans  larjnelle  se  trouve  la  France,  par  le  ciloyen  Liébaud,  avec  celte  épigraphe  • 
Vitam  impcndere  vero.  (Aixliives  de  la  iNièvrc.) 


II.  NIÈVME.  395 

inséré  au  procès-verbal  de  la  séance*.  Une  déclaration  de 
ces  sentiments,  plus  régulière  et  plus  expresse,  fut  faite 
le  11  par  le  procureur  général  syndic  Ballard.  Après 
avoir  retracé  le  tableau  de  la  France,  menacée  au  de- 
dans comme  au  debors,  il  posait  en  principe  le  main- 
tien de  l'unité  et  de  l'indivisibilité  de  la  représentation 
nationale  (ce  n'est  pas  ce  qui  résultait  du  2  juin), 
et  demandait  que  l'on  rédigeât  deux  adresses  :  l'une 
à  la  Convention  pour  démontrer  qu'étant  le  seul  point 
de  ralliement  de  tous  les  véritables  républicains,  elle 
devait  être  une  et  indivisible  comme  la  République; 
l'autre  aux  Parisiens  pour  les  inviter  à  se  disculper  des 
accusations  dont  ils  étaient  l'objet'.  Il  demandait  en 
outre  que  l'on  créât  dans  le  conseil  un  comité  de  sûreté 
générale  pour  veiller  à  la  tranquillité  publique  et  pro- 
poser les  mesures  propres  «  à  déjouer  les  complots  des 
aristocrates  et  des  anarcbistes  et  à  faire  régner  la  loi 
dans  le  département  )) . 

Ses  propositions  furent  adoptées.  Ballard  lui-même 
fut  cbargé  de  l'adresse  à  la  Convention  et  le  président 
ToUet  de  l'adresse  aux  Parisiens.  Le  15,  on  nomma  la 
commission  de  sûreté  générale,  et  Ballard,  pour  lui 
marquer  sa  voie,  lut  un  réquisitoire  sur  les  mesures  à 
prendre  en  vue  de  la  situation  actuelle  de  la  République. 
Le  15,  on  tint  une  réunion  plus  solennelle  pour  la  lecture 
et  la  discussion  des  adresses  :  les  autorités  administra- 
tives et  judiciaires  et  la  Société  populaire  avaient  été 
invitées  à  s'y  faire  représenter.  On  lut  les  projets  et  les 
contre-projets,  car  chacun  avait  été  admis  à  émettre 
ses  idées;  et,   après  une  discussion   fort   animée  où 

1 .  Voyez  la  note  LXXXIX  aux  Appendices. 

2.  Voyez  la  iiole  XC  aux  Appendices. 


396  PART.  II,  CUAP.  XX.  RÉGION  DU  CENTRE. 

Damours,  que  l'on  a  vu  déjà,  fit  une  vive  opposition, 
l'adresse  de  Ballard  à  la  Convention  et  celle  de  Tollet 
aux  Parisiens  furent  adoptées. 

Qu'en  advint-il?  nous  le  verrons;  mais  déjà  le  senti- 
ment exprimé  par  Ballard  gagnait  les  petites  communes. 
Celle  de  Champailement  (19  mai)  avait  pressé  la  Con- 
vention de  mettre  fin  à  ses  querelles.  Celle  de  Moulins- 
Engilbcrt  le  11  juin  (connaissait-elle  les  événements  du 
51  mai?},  prenant  le  ton  de  la  menace,  disait  : 

11  est  temps  que  les  haines  disparaissent,  que  les  noms  de 
la  Montagne  et  de  la  Plaine  rentrent  dans  le  néant. 

—  Une  Constitution  ! 

Si  vous  ne  vous  sentez  pas  le  courage  de  rappeler  au  res- 
pect dû  à  la  Représentation  nationale  ces  tribunes  dont  les 
cris  tumultueux  et  souvent  indécents  troublent  vos  délibéra- 
tions, parlez  !  Le  peuple  vous  donnera  des  successeurs  *  ! 

Que  se  passa-t-il  dans  la  Nièvre  jusqu'en  juillet?  Rien 
d'important  qui  ait  laissé  trace  au  registre  des  délibé- 
rations du  département.  Seulement,  le  18  juin,  la  Société 
populaire  de  Nevers  avait  député  au  conseil  pour  lui 
témoigner  le  désir  de  marcher  toujours  d'accord  avec 
l'administration,  et  il  y  avait  eu  force  accolades ^  Mais 
vers  le  même  temps  la  même  société  et  avec  elle  le  tri- 
bunal du  district,  dont  nous  connaissons  le  président, 
le  district  et  les  juges  de  paix  de  Nevers,  écrivaient  à  la 
Convention  une  lettre  qui  fut  lue  dans  la  séance  du  20 
et  qui  portait  : 

Législateurs,  fidèles  à  nos  serments,  nous  demeurons  tou- 
jours unis  à  la  Convention  nationale  et,  loin  de   calomnier 


1.  Ardiives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  '22,  dossier  NièiTC. 

2.  Archives  de  la  NièvrCj  même  registre,  à  la  date. 


II.  NIEVHE.  597 

nos  frères  de  Paris,  guidés  par  une  reconnaissance  si  juste- 
ment méritée,  nous  sommes  prêts  à  verser  pour  eux  jusqu'à 
la  dernière  goutte  de  notre  sang'.... 

Et  dans  la  même  séance  on  lisait  cette  adresse  des 
administrateurs  du  district  de  Clamecy  : 

Quel  prodige  vient  de  s'opérer  au  milieu  de  vous!  Les 
orages  qui  troublaient  vos  séances  sont  dissipés,  d'odieuses 
personnalités  ne  cachent  plus  le  peuple  à  vos  yeux;  la  Consti- 
tution occupe  tous  vos  moments-  Ils  sont  bien  perfides  ou 
bien  aveugles  ceux  qui  refusent  à  la  ville  révolutionnaire  que 
vous  habitez  le  tribut  de  reconnaissance  que  lui  doit  la  Répu- 
blique'! 

Quand  la  Constitution  tut  votée  (celte  Constitution  que 
l'on  réclamait  partout,  sans  trop  se  soucier,  à  ce  qu'il 
semble,  de  ce  qu'elle  pourrait  être),  les  Montagnards  se 
sentirent  plus  autorisés  à  parler  en  province,  et,  le 
6  juillet,  le  procureur  de  la  commune  vint  an  conseil 
du  département  (Ballard  y  était)  pour  demander  qu'on 
la  proclamât  «  à  l'exemple  des  sections  de  Paris^  ». 

La  Convention  (qui  avait  beaucoup  à  faire)  se  trouvait 
alors  en  mesure  d'agir  dans  la  Nièvre.  Ses  meneurs 
savaient  qu'il  faut  frapper  l'ennemi  à  la  tète.  Le  (3  juillet 
un  décret  mit  en  arrestation  et  manda  à  la  barre  le 
procureur  général  syndic  Ballard.  Le  représentant  Fores- 

1.  Moniteur  du  28  juin  1795,  t.  XVI,  p.  749. 

2.  Ibid.,  p.  751. 

3.  «  6  juillet  :  Une  députation  de  la  commune  de  cette  ville  introduite,  le 
procureur  de  la  commune  prononce  le  discours  le  plus  énergique  sur  la  Consti- 
tution que  viennent  de  donner  les  représentants  du  peuple;  que  désormais  tous 
les  Français  ne  devaient  former  qu'une  même  famille,  et  qu'ils  devaient  à  l'envi 
suivre  l'exemple  des  sections  de  Paris  qui  s'étaient  empressées  d'accepter  avec 
enthousiasme  la  Constitution  républicaine,  et  il  a  fini  par  inviter,  au  nom  de  la 
conmiune,  l'administration  de  se  réunir  aux  autorités  constituées  pour  la  pro- 
clamation de  la  Constitution.  »  —  Nulle  décision  n'est  indiquée,  ni  ce  jour  ni  le 
surlendemain  8  juillet.  (Archives  de  la  Nièvre,  Délibérations  du  conseil  du 
département,  aux  dates.) 


398  PART.  Il,  CHAP.  XX.  RÉGION  DU  CENTRE. 

tier,  qui  était  alors   en  mission  à  Vichy,  eut   l'ordre 
(l'aller  à  Nevers  pour  mettre  ce  décret  à  exécution. 

Quand  il  y  arriva  le  11,  le  décret  était  exécuté  :  dans 
la  séance  extraordinaire  convoquée  pour  le  recevoir,  il 
en  reçut  toute  assurance.  Ballard,  à  la  nouvelle  de  la 
décision  qui  le  frappait,  s'était  empressé  d'y  obéir,  sans 
même  attendre  qu'elle  lui  fût  officiellement  notifiée. 
Forestier  n'eut  donc  devant  lui  que  l'administration 
elle-même,  et  ce  fut  elle  qui  se  trouva  sur  la  sellette. 
On  apprend  par  ses  réponses  ce  que  les  précédents 
procès-verbaux  ne  disaient  pas  sur  le  réquisitoire,  et  sur 
les  deux  adresses  si  vivement  débattues,  mais  adoptées  : 
ces  pièces  avaient  été  retirées,  ce  qui  explique  suffisam- 
ment pourquoi  elles  n'ont  pas  été  transcrites  au  regis- 
tre\  Mais  que  contenaient-elles;  que  disait  le  réquisi- 
toire de  Ballard  qui  avait  fait  tant  de  bruit?  Heureu- 
sement son  adversaire  Damours  était  là,  et  il  s'empressa 
de  satisfaire  la  curiosité  du  représentant  inquisiteur. 
Sa  déclaration  fut  mise  au  procès -verbal,  et  c'est  par 
elle  que  l'on  connaît  en  substance  les  documents  qui 
n'y  avaient  pas  été  insérés. 

Le  réquisitoire  de  Ballard  blâmait  hautement  la  con- 
duite des  commissaires  de  la  Convention  dans  les  dépar- 
tements. Il  disait  «  qu'au  lieu  d'y  venir  comme  des 
anges  de  paix,  ils  s'y  étaient  comportés  comme  des 
proconsuls;  qu'ils  avaient  porté  la  désolation  dans  les 
familles,  destitué  les  hommes  qui  avaient  la  confiance 
du  peuple  et  substitué  l'anarchie  et  l'arbitraire  à  la 
loi  »,  etc.  Il  disait  encore  «  que  les  lois  révolutionnaires 
étaient  des  lois  de  sang  »,  qu'elles  faisaient  obstacle  au 

1.  Voyez  la  note  XCI  aux  Appendices. 


II.  NIEVRE.  599 

progrès  de  la  révolution.  Il  ajoutait  «  que  la  Constitu- 
tion devait  être  suspendue  jusqu'au  retour  des  mem- 
bres incarcérés  »  ;  que  leur  incarcération  était  l'œuvre 
des  factieux  qui  avaient  soulevé  Paris  contre  la  Conven- 
tion ;  que  la  Convention  avait  agi  en  cela  par  force; 
(c  qu'elle  n'était  plus  libre  et  qu'elle  habitait  main- 
tenant un  sol  étranger,  profané  par  des  désorganisa- 
teurs  ;  que  la  Commune  de  Paris  faisait  la  loi  à  la  Con- 
vention nationale  ». 

Après  la  lecture  du  réquisitoire,  continuait  Da- 
mours,  on  lit  celle  des  adresses  :  «  l'une  dans  les 
principes  avoués  de  toute  la  France  »,  rédigée  par  le 
citoyen  Guiilier,  vice-président,  qui  félicitait  Paris  et  la 
Convention  sur  les  fameuses  journées  des  50,  51  mai  et 
jours  suivants^;  la  seconde,  rédigée  par  le  procureur 
général  dans  des  principes  diamétralement  opposés  et 
«  improbative  de  la  Convention  et  des  Parisiens  »  ;  la 
troisième,  du  président  aux  quarante-huit  sections  de 
Paris,  qui  condamnait  l'insurrection  parisienne.  Enfin, 
ajoutait- il,  «  ces  deux  dernières  ne  peuvent  être  re- 
gardées que  comme  des  ramifications  du  fameux  réqui- 
sitoire de  Ballard  ». 

L'honnête  homme,  ne  se  bornant  pas  là,  dépeignait 
l'inquiétude  que  donnait  à  la  Société  populaire  cette  lé- 
gion de  1100  hommes,  qui  se  trouvait  toujours  dans  le 
département,  et  surtout  cette  gendarmerie  nationale  qui 
était  seule  en  ville  et  «  semblait  fondue  dans  l'adminis- 
tration ».  Il  la  soupçonnait  fort  de  ne  rester  que  pour 
se  joindre  à  la  force  départementale  des  départements 
fédéralisés'. 

1.  Il  venait  d'être  nommé  juré  au  tribunal  révolutionnaire. 

2.  Archives  de  la  Nièvre,  Délibérations  du  conseil  du  département,  à  la  date. 


400  PART.  II,  CHAP.  XX.  RÉGION  DU  CENTRE. 

Voilà  bien  des  suspects  !  Forestier  prononça  quelques 
destitutions.  Il  aurait  volontiers  frappé  sur  Ballard; 
mais  la  Convention  se  l'était  réservé,  et  il  ne  paraît  pas 
du  reste  avoir  perdu  à  cette  poursuite  autre  chose 
que  sa  place  :  «  Vous  avez,  dit  Julien,  précédemment 
jugé  un  intrigant  du  déparlement  de  la  Nièvre.  Ballard, 
procureur  général  syndic,  a  été  destitué  de  ses  fonctions 
et  le  département  a  continué  de  marcher  vers  les  grands 
principes  de  la  République  une  et  indivisible^  » 

Le  14  juillet,  les  deux  cantons  de  Nevers  acceptaient 
à  l'unanimité  la  Constitution;  le  29,  Fouché  venait 
prendre  possession  de  son  proconsulat  ;  le  10  août,  il  pré- 
sidait à  la  fête  où  l'on  consacra  par  un  serment  solennel 
l'unité  et  l'indivisibilité  de  la  République^  —  C'est 
dans  un  autre  appareil  et  avec  des  moyens  plus  terribles 
qu'il  devait  un  peu  plus  tard  l'imposer  à  Lyon. 


III 

Allier. 


Le  département  de  l'Allier  n'a  pas  gardé  les  registres 
des  délibérations  de  son  conseil  avant  le  2  vendémiaire 
an  V  (25  septembre  1796)^;  les  conseils  généraux  des 
districts  n'ont  guère  tenu  registre  que  des  affaires  par- 
ticulières courantes,  et  celui  de  Moulins  n'a,  pour  la 
période  qui  nous   occupe,  rien   de  plus  important.  Il 


i.  Rapport,  p.  161.  —  Voyez  aussi  le  Rapport  de  Julien  sur  l'arrestation  du 
citoyen  Ballard.   (Bibliothrque  nationale,  Le  ^569.) 

2.  Archivas  de  la  Mèvre,  Délibérations  du  conseil  du  département,  aux  dates. 

ô.  Archives  de  l'Allier  :  séances,  délibérations  et  arrêtés  du  conseil  du  départe- 
ment de  l'Ailier,  Ld,  n"  1. 


III.  ALLIER.  401 

y  avait  aussi  une  autre  assemblée  délibérante  à  Mou- 
lins :  la  Société  des  Amis  de  la  Constitution  ,  affiliée 
aux  Jacobins  de  Paris,  le  19  mars  1791  ;  malheureu- 
sement son  registre  présente  aussi  d'énormes  lacunes 
pour  l'année  1792  et  les  neuf  premiers  mois  de  1795  : 
elle  n'y  a  inscrit  que  deux  séances,  mais  elles  ne  sont  pas 
sans  intérêt  pour  nous.  L'une,  du  30  décembre  1792, 
où  l'on  a  lu  l'adresse  de  Qiiimper  sur  la  garde  départe- 
mentale (nulle  observation),  et  une  lettre  de  la  ville  de 
Saintes  qui  invite  la  Convention  de  faire  tomber  deux 
têtes,  celle  de  Marat  et  celle  de  Louis  Capet  :  cette 
fois  un  membre  fait  observer  que  c'est  donner  bien  de 
l'importance  à  Marat  que  de  le  mettre  sur  une  même 
ligne  avec  ce  parjure,  ce  traître,  etc.,  observation  qui 
est  approuvée.  Dans  la  seconde  séance,  6  janvier  1795, 
on  constate  l'arrivée  d'une  lettre  de  la  Société  du  Puy, 
rompant  tout  lien  avec  la  Société  mère  de  Paris,  et  invi- 
tant la  Convention  à  employer  la  force  armée  contre  les 
factieux,  à  quitter  Paris  au  besoin  :  même  silence  que 
pour  l'adresse  de  Quimper,  et  on  peut  l'interpréter  dans 
le  même  sens*. 

La  Société  de  Moulins  ne  partageait  en  effet  d'aucune 
sorte  les  sentiments  de  Quimper  et  du  Puy  pour  ceux 
que  les  lettres  de  ces  deux  villes  appelaient  factieux. 
A  la  première  nouvelle  de  l'arrestation  d'Hébert,  elle 
lui  adressait  l'expression  de  la  profonde  indignation 
dont  elle  était  pénétrée  pour  l'attentat  commis  sur  sa 
personne;  et  par  une  autre  lettre  elle  en  voulut  donner 
un  témoignage  public.  Elle  assurait  la  Commune,  dont 
Hébert  était  l'un  des  agents,  «  qu'elle  connaissait  les 

\.  Bibliothèque  de  la  ville  de  Moulins,  registre  345,  f"  50. 
BÉvoL.  DU  51  MAI.  ir  —  20 


402       PART.  II,  CHAP.  XX.  RÉGION  DU  CENTRE. 

projets  dos  contre-révolutionnaires  perfides  dont  tous  les 
efforts  tendaient  à  pervertir  l'opinion  des  départements 
sur  le  courageux  civisme  et  l'énergie  républicaine  de  la 
ville  de  Paris  ».  Elle  déclarait  que  les  représentants  de 
la  ville  de  Paris  jouissaient  de  toute  sa  confiance  et  qu'ils 
avaient  bien  mérité  de  la  Patrie. 

Ces  deux  lettres  furent  lues  et,  on  le  peut  croire, 
acclamées,  le  4  juin,  dans  la  séance  du  conseil  général 
de  la  Commune  de  Paris*. 

La  Société  de  Moulins  s'associait  donc  aux  manifes- 
tations les  plus  révolutionnaires  de  cette  commune. 
Elle  aurait  souscrit  à  la  pétition  des  sections  de  Paris 
contre  les  Vingt-Deux.  Elle  fit  même,  le  27  ou  28  mai, 
imprimer  une  adresse  où  elle  pressait  la  Convention  de 
les  mettre  en  jugement  ;  et,  pour  lui  donner  plus  d'au- 
torité, elle  tenta  d'y  associer  le  district  de  Moulins^ 
Mais  le  district  cette  fois  sortit  de  son  mutisme  en 
matière  politique,  et  il  mentionne  dans  son  registre, 
avec  la  démarche  de  la  Société  jacobine,  son  refus  lon- 
guement et  fortement  motivé  d'y  adhérera  II  se  propo- 
sait, au  retour  de  quelques  administrateurs  occupés 
ailleurs,  de  rédiger  lui-même  une  adresse  pour  inviter 
la  Convention  à  l'ajournement  de  ses  qu(;relles,  à  l'u- 
nion de  tous  ses  membres ,  en  vue  du  bien  public 
(29  mai).  —  Les  événements  marchèrent  plus  vile. 
Quelques  jours  plus  tard,  on  apprenait  la  révolution 
consommée  le  2  juin. 

Le  district  de  Moulins  venait  de  m.anifester  son  opi- 
nion. Celui  de  Donjon,  à  la  nouvelle  de  la  révolution, 


1.  Monilcui- du  7  juin  179"),  t.  XVI,  p.  503. 

'2.  L'adresse  inipriinéc  se  trouve  aux  Archives  du  déparlement  de  la  Meurtlie. 

5.  Voyez  la  note  XCII  aux  Appendices. 


m.  ALLIER.  403 

convoqua  les  citoyens  dos  communes  de  son  ressort  et 
pressa  l'administration  départementale  de  s'unir  aux 
autres  départements  pour  la  résistance.  Celui  de  (jannal 
fit  aussi  une  adresse  contre  le  51  mai  au  conseil  du 
département'.  Il  était  trop  tard.  A  la  première  nou- 
velle de  ces  journées,  le  conseil  du  département  avait 
accepté  les  faits  accomplis.  «  Dès  le  4  juin,  dit  Julien, 
le  département  de  l'Allier  émit  son  vœu,  conformément 
aux  mesures  que  vous  aviez  prises  le  2  du  même  mois; 
et  dans  le  choc  d'opinions  diverses  qui  commençaient 
à  se  faire  sentir,  pour  mieux  resserrer  les  liens  de 
l'union  et  de  la  fraternité,  il  ordonna  dans  son  arron- 
dissement une  fête  civique". 

Brissot  avait  donc  été  bien  mal  avisé,  quand,  fuyant 
devant  la  proscription,  il  prit  son  chemin  par  Moulins. 
Il  y  fut  arrêté  le  10  juin,  et  le  conseil  du  département 
trouva  dans  cet  incident  l'occasion  de  donner  à  Paris 
un  gage  irrécusable  de  ses  dispositions  politiques.  Il  en 
informa  la  Convention  le  jour  même,  n'attendant  qu'un 
signal  de  sa  part  pour  lui  livrer  le  fugitif';  et,  le  district 
de  Gannat  ayant  reproché  au  déparlement  cette  arres- 
tation d'un  représentant  du  peuple,  la  Société  populaire 
demanda  la  suspension  de  ces  administrateurs  brisso- 
tins  et  l'envoi  de  Brissot  à  Paris. 

On  a  par  un  agent,  Diannyère,  que  le  ministre  de 
l'Intérieur  avait  envoyé,  dès  le  18  mai.  dans  l'Allier*, 

1.  Noie  XCin  aux  Appemllces. 

2.  Rapport,  p.  15.  —  J'ai  dit  que  les  registres  manquent.  Il  n'est  pas  k 
croire  que  Julien  ait  confomlu  cette  manifestation  du  département,  4  juin,  avec 
la  lettre  de  la  Société  populaire  de  Moulins,  lue  ce  niènie  jour  à  la  Commune, 
et  qui  était  par  conséquent  antérieure  à  la  connaissance  de  la  Révolution. 

5.  Séance  du  15  juin.  Moniteur  du  14,  t.  XVI,  p.  655.  —  Brissot  écrivait  eu 
même  temps  à  la  Convention,  cl  lui  expliquait  sa  fuite  en  des  termes  qui  n'étaient 
pas  destinés  à  la  toucher.  (Ibid.) 

4.  Lettre  de  l'agent  Diannyère.  Moulins,  19  juin  :  «  Brissot  est  gardé  dans  une 


404  PART.  II,  CHÂP.  XX.  RÉGION  DU  CENTRE. 

quelques  détails  sur  cette  détention  de  Brissot  qui  ne 
dura  guère,  car,  dès  le  17,  le  Comité  de  salut  public  se 
le  fit  envoyer^  Quant  au  district  de  Gannat,  la  Conven- 
tion fit  plus  que  d'en  destituer  les  administrateurs.  Eilc 
transféra,  par  un  décret  du  23  ou  24  juin,  le  siège  du 
district  à  Saint -Pourçain.  Mais  Gannat  protesta  :  la 
démarche  dont  on  lui  faisait  un  crime  n'était  qu'un 
projet  non  réalisé,  et  le  6  juillet,  comme  Forestier, 
accompagné  du  procureur  général  syndic,  venait  procé- 
der à  cette  opération,  il  reçut  communication  d'un  autre 
décret  du  3  qui  rétablissait  toute  chose  en  l'état  \ 

La  Convention  pouvait  user  d'indulgence  dans  l'Allier. 
Tout  désormais  était  soumis,  la  Constitution  acceptée, 
proclamée  même  avant  d'être  acceptée,  selon  les  pres- 
criptions très  prudentes  du  décret  du  27  juin.  Le  district 
de  Moulins  ne  faisait  que  les  appliquer  lorsque,  dans 
l'arrêté  qu'il  fit  à  ce  propos  le  6  juillet,  il  dit  : 

Art.  0.  Que  toutes  les  municipalités  seront  tenues  de  faire 
proclamer,  sur-le-champ  et  au  moment  delà  réception,  l'acte 
constitutionnel,  le  décret  et  l'adresse,  et  qu'elles  sont  invi- 
tées à  donner  à  cet  acte  important  la  plus  grande  solennité^. 


auberge  située  dans  la  place  d'armes,  près  de  la  municipalité  et  du  corps  de 
garde;  il  a  deux  sentinelles,  l'une  à  la  porte  de  sa  chambre,  l'autre  au  bas  de 
l'escalier;  on  n'entre  chez  lui  qu'avec  la  permission  de  la  municipalité;  on  lui 
prête  des  livres  et  les  journaux;  le  peuple  ne  s'est  jamais  attroupé  devant  sa 
maison . 

«  Hier,  18  juin,  le  conseil  du  département  de  l'Allier  a  reçu  du  district  de 
Gannat  une  lettre  qui  lui  ro])i'othe  d'avoir  arrêté  un  représentant  du  peuple....  » 

—  La  déuiiirche  a  été  improuvée.  I/ageul  signale  les  relations  de  Brissot  avec 
Garmat  par  l'intermédiaire  d'un  administrateur  de  l'Allier  :  «  La  Société  popu- 
laire a  demandé  que  les  adminiï-trateurs  de  Gannat  fussent  suspendus,  el  Drissot 
envoyé  à  Paris.  »  (Archives  nationales,  Y  i"  àôO,  lioss^icv  Dianiiijhe.) 

i.  Séance  du  il  juin,  Moniteur  du  19,  t.  XVI,  p.  071. 

2.  Arcliivcs  de  l'Allier,  Le  52,  Registre  du  du-ectoirc  du  district  de  Gannat. 
f"  90  el  90. 

3.  Archives  de  l'Allier,  Registre  des  délibérations  du  district  de  Moulins,  f"  88. 


III.  ALLIER.  405 

La  réunion  des  assemblées  primaires,  pour  l'accep- 
tation, était  ajournée  au  dimanche  14. 

L'agent  cité  plus  haut,  Dianuyère,  a  fait  un  tableau 
curieux  du  département  qu'il  était  chargé  d'éclairer  et 
d'observer.  La  population  ne  se  montrait  probablement 
pas  très  communicative  avec  cet  étranger.  Il  en  prend 
occasion  d'écrire  : 

Les  habitants  de  ce  département  se  tiennent  toujours  à 
l'écart,  ne  parlent  que  lorsque  les  événements  ont  prononcé 
et  n'agissent  autant  qu'ils  peuvent  que  pour  ménager  tous 
les  partis,  toutes  les  opinions  '. 

Un  incident  curieux  peut  faire  croire  que  la  ville 
n'avait  pas,  pour  la  dernière  révolution,  les  sentiments 
de  la  pluralité  de  ses  administrateurs.  Ces  derniers, 
pour  préserver  leurs  administrés  de  la  contagion  des 
fédéralistes,  eurent  la  pensée  de  célébrer  une  fête  civique 
oii  tous  les  citoyens  se  promettraient  «  union,  paix,  fra- 
ternité et  indivisibilité  ».  —  C'est  sans  nul  doute  la 


1.  27  noût  1795.  Archives  nationales,  F  i"  550.  A  la  date  du  12  juin  on  trouve 
celte  correspondance  du  commissaire  avec  sou  ministre  : 

«  Citoyen  Ministre, 

«  Le  31  mai  je  vous  ai  envoyé  le  plan  que  je  désirais  suivre  dans  mes  tra- 
vaux; je  vous  ai  demandé  plusieurs  lois  qui  m'étaient  nécessaiies^...  et  je  n'ai 
reçu  aucune  réponse. 

«  Citoyen  Mmislrc,  lorsqu'un  homme  ignore  si  son  plan  de  travail  est 
approuvé,...  il  est  difficile  qu'il  n'ait  pas  quelques  inquiétudes;  il  est  dans 
l'ordre  qu'il  en  tasse  paît  à  celui  qui  peut  les  dissiper. 

«  Moulins,  12  juin  1795,  l'an  II  de  la  République  française. 

«    Dl.VNNYÈRE.    » 

Réponse.  (C'est  la  minute  dictée  par  le  ministre  à  la  lecture  de  la  lettre.) 

«  Je  vous  envoyé,  mon  cher  commissaire,  les  ouvrages  que  vous  me  demandez 
pour  la  Société  d'Agriculture  de  Moulins.  Ofliez-les-Iui  de  ma  paît,  et  asMiroz-la 
que  personne  ne  prend  plus  de  purl  que  moi  à  ses  progrès  Je  suis  content  de 
vos  obs'Tvations.  Continuez  et  surtout  présentez-moi  les  objets  avec  de  grands 
détails  el  une  scrupuleuse  exactitude.  » 


406  PART.  II,  CHAP.  XX.  RÉGION  DU  CENTRE. 

fête  dont  Julien  nous  parlait  Lout  à  l'heure.  —  l.a 
Société  populaire  eut  quelque  doute  sur  le  bon  effet  de 
celte  cérémonie.  Un  membre  fil  celle  observation,  que 
la  ville  était  divisée  en  deux  partis  :  ceux  qui  aimaient 
el  ceux  qui  n'aimaient  pas  la  Révolution.  Tout  bien  pesé, 
il  parut  bon  d'aller  individuellement,  et  non  en  corps, 
à  la  fête.  Une  section  de  la  ville  décida  même  qu'elle 
n'irait  pas.  La  fêle  eut  lieu  le  16  juin.  Elle  ne  réussit 
pas.  A  la  Société  populaire  on  l'appela,  avec  applaudisse- 
ments des  membres  et  des  tribunes,  la  fête  des  dupes; 
et  Diannyère  ne  dissimule  pas  le  mauvais  succès  de  cette 
invention  : 

D'abord,  dit-il,  la  promesse  est  le  serment  que  tous  les 
Français  ont  prêté;  et  réitérer  un  serment,  c'est  accoutumer 
les  hommes  avec  l'idée  que  l'on  peut  l'avoir  oublié,  c'est  lui 
ôter  ce  qu'il  avait  de  sacré  ! 

Bonne  réflexion,  trop  souvent  négligée. 

Enfin,  une  réunion  manquée  rend  une  véritable  réunion 
beaucoup  plus  difficile;  elle  exaspère  les  esprits,  elle  attise 
les  haines  particulières.  Une  de  mes  prochaines  lettres  vous 
le  prouvera  par  les  faits.  Je  l'avais  prévu  ;  je  l'avais  prédit  à 
quelques  membres  du  département;  mais  il  n'était  plus 
temps,  l'arrêté  était  publié'. 

Une  autre  fête  fut  célébrée  un  peu  plus  tard,  comme 
presque  partout  en  France  :  la  fêle  de  la  Constitution 
acceptée,  cette  fois,  le  jour  anniversaire  du  10  août  : 

L'évêque  constitutionnel  a  dit  la  messe;  on  a  chanté  un 
Te  Deum.  Personne,  ajoute  Diannyère,  ou  du  moins  presque 
personne  n'a  réclamé  contre  la  messe  et  le  Te  Deum  ;  n'a  pensé 
ou  du  moins  n'a  dit  hautement  qu'ils  étaient  anticonstitu- 

1.  Moulins,  IS  juin  171)3,  Tau  II  de  la  Uépubliquc  Française.  (Arcliivcs  natio- 
nales, 1'  1'  550.) 


IV.  CREUSE.  407 

tionnels.  Ainsi,  vous  voyez  que  les  vrais  principes  de  liberté 
n'ont  pas  encore  fait  de  grands  progrès  dans  la  ville  de  Mou- 
lins '. 


IV 

Creuse. 


La  Creuse  comme  l'Allier  avait  fermé  l'oreille  à  toutes 
les  sollicitations  des  fédéralistes,  et  Bourganeuf  était 
honorablement  signalé  par  Julien  comme  ayant  arrêté 
plusieurs  courriers  du  Calvados  et  de  la  Gironde  ^Dian- 
nyère.  qui  vint  un  peu  plus  tard  dans  le  département  ^, 
affirme  du  reste  qu'on  n'avait  rien  ni  à  en  espérer  ni 
à  en  craindre.  On  le  peut  croire  d'après  la  description 
qu'il  en  fait.  11  dit,  dans  une  lettre  du  50  du  l'""  mois 
de  Tan  II  (21  octobre  1795)  : 

Depuis  le  commencement  de  la  Révolution,  les  départe- 
ments, pour  la  plupart,  ont  fait  parler  d'eux 

Le  département  de  la  Creuse  n'a  rien  proposé,  n'a  rien  re- 
fusé, ne  s'est  opposé  à  rien,  a  fait,  autant  qu'il  l'a  pu,  tout 
ce  qu'on  lui  a  demandé.  Quelles  sont  les  causes  de  cette  con- 
duite singulière?... 

1.  11  août  1795,  même  dossier. — 11  parle,  dans  une  autre  letlrc  (12  juillell795), 
de  l'hôpital  de  Moulins,  desservi  p;u'  des  religieuses,  qu'il  riiialifie  de  papistes; 
«  car  elles  ne  vont  pas  à  la  messe  »  (du  curé  constitutionnel).  Elles  sont  entière- 
ment attachées  à  leurs  fonctions;  —  il  est  d'avis  qu'on  les  garde.  —  Voilà  un 
agent  qui^  en  un  autre  temps  qu'en  l'an  de  grâce  1793,  aurait  bien  pu  se  l'aire 
destituer. 

2.  Rapport,  p.  60. 

5.  Il  écrit  le  20  du  1"^''  mois  an  II  (11  octobre  1795),  au  ministre  de  l'Intérieur  : 
...  «  Les  pouvoirs  et  les  instructions  que  votre  prédécesseur  m'avait  donnés, 
ne  m'autorisaient  qu'à  tout  examiner,  tout  voir,  tout  entendre,  et  qu'à  lui  faire 
part  de  ce  qu'il  y  avait  d'important. 

«  Voire  lettre,  sous  plusieurs  rapports,  change  mes  fonctions.  Elle  me  charge 
de  maintenir  de  tout  mon  pouvoir  les  principes  révolutionnaires,  de  vivifier  et 
éclairer  l'esprit  public.  »  —  Il  demande  qu'on  lui  envoie  les  lois  révolution- 
naires. (Archives  nationales,  F  r'"  550.) 


408  PART.  II,  CIIAP.  XX.  RÉGION  DU  CENTRE. 

Les  habitants  de  la  Creuse,  placés  presque  au  centre  de  la 
République,  sur  un  sol  ingrat,  hérissé  de  rochers  et  de 
montagnes  arides,  sans  villes  populeuses,  sans  manufactures 
de  première  nécessité,  sans  rivière  navigable  et  presque 
sans  grande  route,  n'ont  que  le  temps  de  gratter  la  terre, 
d'amasser  une  faible  récolte  et  de  songer  à  se  procurer  des 
vivres. 

Pour  vivifier  et  éclairer  leur  esprit  public,  il  faut  donc 
commencer  par  les  assurer  qu'ils  ne  mourront  pas  de  faim — 

Et  dans  une  autre  du  dl  du  2^  mois  (1*'  novembre 
1793)  : 

Les  gens  riches  et  la  plupart  des  gens  aisés  sont  aristo- 
crates; la  masse  des  habitants  déteste  l'ancien  régime,   la 
noblesse,  la  royauté,  et  n'aime  pas  les  prêtres.  —  La  masse 
des  habitants  est  ignorante.   —  La  masse  des  habitants  n'a 
jamais  voulu  et  ne  voudra  jamais  rompre  l'unité  de  la  Répu- 
blique, renoncer  à  son  indivisibilité.  —  La  masse  des  habi- 
tants est  peu  révolutionnaire,  elle  ne  désirera  jamais  que  l'on 
prenne  des  mesures  sévères  contre  les  modérés,  les  feuillants, 
les  ennemis  tranquilles  de  la  Révolution;  elle  croira  difficile- 
ment que  tous  ceux  qui  ne  sont  pas  ouvertement  pour  nous, 
qui  n'ont  pas  toujours  été  bons  citoyens,  sont  contre  nous, 
sont  mauvais  citoyens;  mais,  loin  de  s'opposer  aux  mesures 
que  la  loi  prendra,  ou  que  les  autorités  constituées  prendront 
d'après  les  intentions  de  la  loi,  elle  ne  murmurera  même  pas  ^ 


Corrcze . 

La  Corrcze  nous  rapproche  de  la  région  où  Bordeaux 
étendait  son  influence. 

1.  Archives  nationales,  même  dossier. 


V.  CORRÈZE.  409 

La  Corrèze  comme  la  Haute-Yienne,  sa  voisine,  mani- 
festa de  bonne  henre  son  étonnement  attristé  des  trou- 
bles qui  agitaient  la  Convention  et  sa  résolution  de  la 
défendre.  Le  29  décembre  1792  les  habitants  de  la  ville 
de  Tulle  écrivent  à  la  Convention  qu'ils  sont  «  sincère- 
ment affligés  de  ne  point  trouver  un  Sénat  inflexible, 
émule  de  celui  de  Rome  »  : 

Etait-il  donc  besoin  d'appeler  dans  son  sein  tant  de  philo- 
sophes français  et  étrangers,  pour  ne  les  voir  s'occuper  que 
de  leurs  propres  débats  et  de  leurs  systèmes  particuliers,  pour 
ne  les  voir  figurer  dans  les  journaux  que  par  des  personna- 
lités indécentes?  Voudraient-ils  nous  convaincre  que  la  philo- 
sophie n'est  bonne  qu'en  spéculation?... 

Et  ils  ne  s'attaquaient  pas  seulement  aux  philoso- 
phes : 

Pourriez-vous  aussi,  législateurs,  ne  point  rappeler  à  leurs 
devoirs  ceux  de  vos  collègues  qui  s'occupent  de  faire  des 
journaux,  au  lieu  de  travailler  à  remplir  leur  mission?  Tous 
les  jours  nous  voyons  dans  les  papiers  publics  des  prospectus 
de  journaux  rédigés  par  des  députés  à  la  Convention.  Ce  sont 
des  législateurs  que  nous  y  avons  envoyés  et  non  des  follicu- 
laires. Est-ce  l'avidité  du  gain  qui  leur  fait  entreprendre  ces 
sortes  d'ouvrages?  Et  comment  croirions-nous  inaccessibles  à 
l'or  des  despotes,  des  hommes  qui  en  mendient  dans  les  ate- 
liers des  imprimeurs?  Trouvent-ils  qu'ils  ne  sont  pas  assez 
payés  par  la  nation?...*  Qu'ils  comparent  leur  salaire  avec 
celui  des  autres  fonctionnaires  de  la  République. 

Ils  leur  mettaient  le  marché  à  la  main  : 

...  Si  vous  ne  vous  sentez  pas  assez  de  courage  pour  braver 
la  fureur  des  tyrans,  les  intrigues  des  agitateurs,  revenez;... 
les  assemblées  primaires  sont  prêtes  à  vous  remplacer. 

1.  Pas  de  lacune. 


410  PART.  Il,  CHAP.  XX.   RÉGION  DU  CENTRE, 

Il  est  des    hommes  qui  sauront   réduire   les  factieux 

Parlez,  législateurs.  Si  vous  n'êtes  point  libres,  nous  volerons 
à  votre  secours,  et  nous  saurons  vous  défendre  contre  leurs 
entreprises  illégales,  nous  saurons  vous  conduire  dans  des 
lieux  où  vous  pourrez  travailler  en  sûreté  ' 

Le  9  janvier  1795  le  conseil  général  du  département, 
à  son  tour,  prenait  cet  arrêté,  qu'il  faisait  afficher  dans 
ses  communes  et  envoyait  dans  les  départements  : 

Le  Conseil  général  du  département  de  la  Corrèze,  instruit 
que  des  factieux  égarent  le  peuple  de  Paris;  qu'à  leur  insti- 
gation, une  Société,  jadis  célèbre  par  son  patriotisme,  s'est 
déclarée  contre-révolutionnaire,  en  arrêtant  que  la  minorité 
de  la  Convention  nationale  serait  invitée  à  résister  aux  déci- 
sions de  la  majorité,  etc. 

Arrête  : 

Art.  1".  Il  sera  fait  une  adresse  à  la  Convention,  pour  lui 
demander  d'organiser  promptcment  l'insurrection  des  quatre- 
vingt-quatre  départements  contre  toute  faction  désorganisa- 
trice  qui  oserait  attenter  à  la  souveraineté  nationale. 

Art.  2.  Il  sera  demandé  à  la  Convention  nationale,  par  la 
même  adresse,  de  déterminer  les  mesures  convenables  pour 
soustraire  la  fortune  publique  aux  entreprises  des  factieux. 

Art.  5.  Il  sera  ouvert,  sur-le-champ,  dans  chaque  muni- 
cipalité du  département*  un  registre  pour  recevoir  l'inscrip- 
tion des  citoyens  qui  voudront  concourir  à  la  formation  d'une 
force  armée  pour  la  garde  de  la  Convention  nationale. 

Art.  4.  Toutes  les  gardes  nationales  du  département  de- 
meurent en  état  de  réquisition  permanente. 

Art.  5.  Le  présent  arrêté  sera  envoyé  à  la  Convention 
nationale,  elc.^ 

1.  Archives  nationales,  D  xi,  §  4,  carton  19,  dossier  Corrèze. 

2.  Extrait  du  Registre  des  délibérations  du  conseil  général  d'administration  du 
déparlcincnl  de  la  Corrèze,  séance  ))ul)li(|ue  du  î)  janvier  1790,  l'an  II  de  la 
République  française.  —  Le  placard  se  trouve  aux  Archives  du  département  de 


V.  CORRÈZE.  4M 

Quant  à  l'adresse  à  la  Convention,  elle  était  bien  ce 
qu'on  avait  voulu  qu'elle  fût  : 

Représentants, 

Une  faction  désorganisalrice  domine  à  Paris.... 

Mandataires  du  peuple,  prenez  enfin  l'attitude  qui  vous 
convient;  sortez  de  cette  faiblesse  qui  bumilie  vos  commet- 
tants et  fait  la  force  de  vos  ennemis.  Organisez  promptement 
l'insurrection  de  la  France  entière  contre  les  factieux.  Indi- 
quez le  lieu  où  vos  suppléants  devront  se  rassembler  au 
besoin  pour  sauver  la  liberté  ;  que  la  force  armée  des  départe- 
ments soit  appelée  dans  Paris  ;  qu'elle  entoure  la  Convention 
nationale  de  son  respect  et  de  ses  baïonnettes,  et  soyez 
assurés  qu'alors  les  hurlements  de  la  terrasse  des  feuillants, 
les  vociférations  des  stipendiés  des  tribunes  et  les  pétitions 
d'une  commune  séditieuse  ne  viendront  plus  influencer  vos 
délibérations  et  vous  faire  rapporter  vos  décrets.  Soyez  assurés 
qu'alors  Catilina  prendra  la  fuite  avec  tous  les  Capets  — 

Représentants,  le  département  de  la  Corrèze  n'attend  que 
le  signal  ;  sa  force  armée  est  prête  ;  ou  vous  serez  libres  dans 
Paris,  ou  cette  ville  cessera  d'être  honorée  de  votre  présence  ^ 

Enfin,  le  22  janvier,  le  département  se  déclarait  en 
permanence  pour  protéger  les  représentants  contre  les 
anarchistes  ^ 


Seinc-eL-Oise,  dans  un  dossier  portant  ce  titre  :  Objets  relatifs  aux  éve'nemeiits 
du  21  juin  1702;  on  dirait  mieux  du  2  juin  1795. 
La  lettre  qui  en  accompagnait  l'envoi  était  ainsi  conçue  : 

8  Tulle,  9  janvier  1795. 
«  Citoyens  et  Collègues, 

«  Presque  tous  les  départements  viennent  de  prendre  des  mesures  vigoureuses, 
pour  déjouer  les  projets  liberticides  des  malveillants  de  Paris. 

«  Nous  vous  soumettons  avec  confiance  le  moyen  que  le  conseil  général  du 
département  de  la  Corrèze  a  cru  devoir  adopter.  » 

—  Il  y  en  a  aussi  un  exemplaire  aux  Archives  de  Seine-et-Oise. 

i.  Adresse  du  conseil  du  département  de  la  Corrèze,  du  9  [janvier]  de  l'an 
1795.  —  Archives  de  Seine-et-Oise,  même  dossier, 

2.  La  pièce  se  trouve  dans  les  Archives  de  l'Eure. 


412  PART.  II,  CIIAP.  XX,  RÉGION  DU  CENTRE. 

A  peu  près  à  la  même  date  (20  janvier),  la  Société 
des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  d'Ussel  adressait 
à  la  Convention  cette  mercuriale  qni  atteignait  du  même 
coup  le  principal  auleurdu  mal,  la  Commune  de  Paris  : 

Les  lois  les  plus  salutaires  restent  sans  exécution,  vos  per- 
sonnes sacrées  sont  en  péril,  la  dignité  nationale  s'avilit,  une 
faction  scélérate  assiège  le  lieu  de  vos  séances 

Vous  rappelez  sans  cesse  par  vos  décrets,  sages  législa- 
teurs, les  peuples  du  globe  à  leur  indépendance  naturelle,  et 
la  Commune  de  Paris  ramène  sur  la  France  le  joug  insuppor- 
table de  notre  ancienne  servitude. 

Frappez  d'un  décret  de  mort  la  tète  ambitieuse  qui  s'ef- 
force d'établir  les  fondements  d'une  nouvelle  dynastie  sur  les 
ruines  de  la  République  naissante,...  la  Commune  de  Paris 
qui,  comme  une  autre  Rome,  aspire  à  la  domination  univer- 
selle. Législateurs,  la  pairie  vous  regarde,  notre  sang  est  à 
elle.  Parlez,  nous  partons,  les  ennemis  de  la  liberté  vont  dis- 
paraître*  

Les  femmes  même  faisaient  de  la  rbétorique  sur  ce 
thème-là  :  témoin  cette  adresse  des  citoyennes  libres  de 
la  ville  de  Tulle  (reçue  le  8  mai)  : 

Un  vaisseau  a  mis  à  la  voile Il  porte  le  trésor  le  plus 

heureux  de  l'espèce  humaine.,,. 

Les  vents  soufflent 

Le  pilote  éperdu  appelle  les  matelots..,.  L'équipage  est 
sourd  à  sa  voix,,..  Le  démon  de  la  haine  a  soufflé  son  venin 
dans  tous  les  cœurs 

Citoyens  législateurs,  ce  vaisseau  est  la  République  fran- 
çaise. 

Soyez  unis,  la  Patrie  vous  en  conjure*,... 

Voilà  bien  des  encouragements!  Mais  la  Corrèze  avait 

i.  Arcliives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  19,  dossier  Corrèze. 
2.  Nombreuses  sisnalures.  —  Même  dossier. 


V.  CORREZE.  415 

parmi  ses  représentants  un  montagnard,  Brival,  qui 
s'empressa  d'écrire  à  ses  concitoyens  pour  leur  présenter 
les  fameuses  journées  à  sa  manière  : 

Citoyens,  ne  vous  laissez  pas  séduire  par  les  récits  infi- 
dèles  

Le  peuple  de  Paris,  indigné  depuis  longtemps  de  la  perfidie 
d'une  faction  libeiticide,  s'est  levé  pour  la  quatrième  fois;  il 
a  repris  la  massue  d'Hercule  pour  nettoyer  les  étables  d'Au- 
gias.  Oui,  il  s'est  levé,  non  avec  la  hache  et  les  poignards 
des  assassins,  mais  avec...  la  noblesse  et  la  dignité  des  répu- 
blicains qui  veulent  vivre  et  mourir  libres Ce  peuple  juste 

et  humain  sait  que  ce  n'est  point  avec  la  torche  des  furies 
qu'on  éclaire  les  esprits — 

Après  cet  exorde  étourdissant  et  tout  ce  fracas  d'ima- 
ges qui  s'entre-choquent,  il  dit  que  l'Assemblée  était 
libre  les  51  mai  et  2  juin.  Et  voici  comment  il  le 
prouve  : 

Dire  que  l'Assemblée  n'était  pas  libre  lorsqu'elle  s'est 
déterminée  à  détruire  le  tribunal  inquisitorial  des  Douze; 
qu'elle  n'était  pas  libre  lorsqu'elle  a  décrété  l'accusation  de 
trente-deux  de  ses  membres,...  c'est  dire  que  celui  qui  arrête 
un  voyageur  pour  lui  enlever  la  fortune  ou  la  vie  n'est  pas 
libre,  parce  que  ce  voyageur  présente  des  armes  pour  se  dé- 
fendre. 

Le  voyageur  sans  armes,  détroussé  par  des  brigands 
armés,  est  bien  moins  libre  encore!  —  La  défense  de  la 
Révolution  devait  tourner  à  l'apologie  de  Paris  : 

On  calomnie  les  Parisiens. 

Depuis  la  régénération  de   la  France,  Paris   s'est  montré 

grand   et   majestueux Manquer  l'occasion   de  sauver   la 

République,  c'est  la  perdre  pour  jamais.  Paris  l'a  saisie.... 

...  Paris  a  toujours  reconnu  qu'il  n'était  qu'un  membre 


414  PART.  II,  CIIAP.  XX.   REGION  DU  CENTRE. 

du  corps  politique,  et  que  l'ensemble  de  ce  corps  résidait 
dans  les  départements  réunis.  Si  quelquefois  il  a  agi  sans 
les  consulter,  la  nécessité  et  le  salut  de  la  République  lui  en 
ont  fait  une  loi  ;  s'il  n'eût  pas  saisi  l'instant  pour  briser  vos 
fers,...  vous  auriez  été  encliaînés  de  nouveau. 

Il  est  presque  muet  d'ailleurs  sur  les  événements  des 
deux  journées.  En  fait  de  détails,  voici  les  seuls  qu'il 
donne  : 

Pourquoi  ne  vous  a-t-on  pas  dit  que  l'Assemblée  entière 
était  sortie  de  la  salle,  qu'elle  avait  parcouru  librement  le 
Carrousel  et  les  Tuileries,  et  que  partout  on  n'entendait  que 
les  cris  d'un  peuple  immense  et  de  cent  mille  hommes  armés 
qui  répétaient  sans  cesse  :  «  Vive  la  République!  Vivent  les 
Députés  patriotes!  » 

Les  Parisiens  veulent  fraterniser  avec  les  départe- 
ments; et  il  écarte  toute  idée  de  lutte  : 

Ne  craignez  pas  de  choc  entre  eux  et  les  Bordelais,  les 
Marseillais  et  les  Brestois.  Qu'ils  viennent  tous,  les  guerriers 
de  la  République,  qu'ils  viennent!  Paris  n'en  acquerra  qu'une 
nouvelle  force  *. 

Assurément,  il  ne  parlait  ainsi  que  pour  persuader  aux 
Corréziens  de  rester  chez  eux. 

C'est  ce  qu'ils  firent,  et,  loin  de  céder  à  l'entraîne- 
ment général,  ils  travaillèrent,  dès  ce  moment,  à  le 
c(uiiprimcr.  On  s'était  monti'é  jusque-là  dévoué  à  la 
Convention  dans  la  Corrèze.  On  se  dit  qu'en  continuant 
de  la  défendre,  on  lui  restait  fidèle.  Trente  à  trente- 
deux  membres  avaient  été  proscrits  :  mais,  après  tout, 
n'était-ce  pas  la  Convention  qui  avait  voté  les  décrets 
de  proscription?  Lavaugayon,  délégué  de  Bordeaux,  pour 

1.  Voyez  la  pièce  cnl'icvc  diinsVIlisloire  jiarlemcnlaire,  t.  XXVIII,  p.  G0-G7. 


V.  CORRKZR.  415 

rallier  à  la  défense  des  députés  ainsi  frappés  les  départe- 
ments du  voisinage,  dit  dans  son  rapport  : 

Le  district  de  Tulle  a  répondu  à  notre  circulaire  par  une 
improbation  formelle;  le  département  a  gardé  le  silence; 
mais  nous  avons  su  qu'il  avait  donné  son  adhésion  aux  jour- 
nées liberticides. 

Nous  avons  dit,  en  effet,  comment  les  délégués  de  la 
Ilaute-Vienne,  recommandant  les  propositions  de  la 
Côte-d'Or,  y  avaient  été  accueillis.  On  ne  s'en  tint  pas 
là.  Dans  la  séance  du  16  jnin,  la  Convention  reçut  un 
délégué  de  la  Corrèze  qui,  priant  l'Assemblée  «  de 
porter  son  attention  sur  la  manufacture  de  Tulle,  sus- 
ceptible d'un  très  haut  degré  d'activité  «,  déposait  sur 
le  bureau  un  arrêté  de  son  département,  par  lequel 
il  rejetait  les  propositions  de  la  Côte-d'Or  et  de  la  Haute- 
Vienne'.  —  Quel  argument  en  faveur  de  la  manufacture 
de  Tulle!  —  Et  une  adresse  de  la  ville  d'Uzerche  reçue 
le  19  juin,  tout  en  protestant  contre  les  factions,  contre 
les  arrestations  mêmes  des  députés,  acceptait  les  faits 
accomplis  : 

La  Constitution,  la  Constitution!  Voilà  le  cri  de  tous  les 
Français.  Plus  de  factions,  elles  nous  tuent.... 

Représentants,  l'arrestation  de  plusieurs  de  vos  membres 
éclairés  et  courageux  a  indigné  beaucoup  de  Français.  Voulez- 
vous  vous  justifier?  Faites  une  bonne  Constitution. 

Représentants,  la  majorité  de  la  nation  est  révolutionnaire, 
mais  elle  n'est  ni  désorganisatrice,  ni  anti-sociale.  Elle  a  vu 
avec  une  espèce  de  plaisir  l'établissement  du  Comité  de  salut 
public.  Elle  croyoit  que  le  Comité  accueilleroit  la  Constitu- 
tion. Jusqu'à  présent,  il  ne  s'est  occupé  que  d'arrestations 
inutiles  sur  des  motifs  ignorés.  S'il  continue,  il  perdra  notre 

1.  Moniteur  du  18  juin  1795,  t.  XVI,  p.  GGl. 


416  PART.  II,  CIIAP.  XX.   REGION  DU  CENTRE. 

confiance;  s'il  fait  faire  la  Constitution,  on  chantera  son  apo- 
théose'. 

Il  était  facile  de  les  satisfaire.  A  leur  tour,  les  citoyens 
libres  d'Usselréunis  à  la  Société  populaire  de  cette  ville, 
rendant  grâce  pour  la  Constitution  qu'ils  venaient  de 
recevoir  et  d'accepter,  écrivaient  (14  juillet)  : 

Nous  jurons...  de  démasquer  les  intrigants,  de  poursuivre 
les  anarchistes  comme  les  royalistes  ;  nous  abjurons  le  fédé- 
ralisme et  toute  coalition  qui  tendrait  à  usurper  la  représen- 
tation nationale^ 

Comme  la  Haute-Yienne,  le  département  s'était  dé- 
claré contre  le  mouvement  de  Bordeaux  et  contre  les 
armements  dirigés  sur  Paris.  On  lit  dans  son  manifeste 
adressé  au  conseil  général  de  la  Gironde  et  répandu 
dans  tous  les  dé[)artements  (17  juillet)  : 

Eh  quoi!  Yous  avez,  dès  le  berceau  de  la  Révolution, 
conduit  vos  administrés  d'une  manière  exemplaire  et  vous 
souffrez  que  Chambon  et  Lindon  [Lidon],  échappés  de  la 
maison  où  ils  avoieiit  été  consignés,  se  soient  retirés  parmi 
vous?  Vous  soutfrez  que,  jadis  représentants  du  pcu|)lc  dé- 
putés par  notre  département,  maintenant  agitateurs  et  vrai- 
semblablement traîtres  à  la  patrie,  ils  prêchent  sur  votre 
territoire  la  révolte  et  le  déchirement  de  la  République  et 
portent  à  tous  vos  conciliabules  la  torche  de  la  guerre  civile 
pour  aller  brûler  Paris  et  la  Convention  nationale! 

lia  !  citoyens  frères,  déchirez  le  bandeau  de  l'erreur,  ab- 
jurez quelques  affections  particulières 

Et  comparant  la  Convention  avant  et  après  le  31  mai  : 

Dites-nous  si  vous  préfère»  une  Convention  avilie,  paralysée, 
réduite  par  ses  passions  et  ses  intrigues  à  l'impossibilité  de 

\.  Arcliives  nationales,  D  xi.  §  4,  carlon  19,  dossier  CojTèze. 
2.  Ibid. 


V.  CORREZE.  417 

sauver  la  République,  à  une  Convention  qui  vient  de  donner 
à  la  France  une  Constitution  que  tous  les  bons  citoyens  s'em- 
pressent d'accepter.  Le  10  août  n'est  pas  éloigné;  le  vœu  du 
souverain  vous  apprendra  la  vérité,  vous  devez  l'attendre,  ou 
convenir  que  vous  êtes  décidés  à  sacrifier  la  patrie  entière  à 
trente-deux  hommes. 

Tous  désirez  qu'ils  obtiennent  justice,  et  nous  aussi  ;  mais, 
sous  prétexte  de  le  réclamer,  n'armez  pas  les  citoyens  contre 
les  citoyens,  ne  portez  pas  le  feu  au  cœur  de  la  République, 
ou  nous  vous  regardons  comme  des  incendiaires. 

Ils  rappellent  les  forces  dont  ils  disposent  :  huit  cent 
quatre-vingts  hommes  armés,  quatre  mille  en  réquisi- 
tion permanente  : 

Si  vous  partez  pour  Paris,  vous  les  trouverez  à  votre  passage 
et  nous  à  leur  tête. 

Maintenant  partez,...  mais  écoutez*.... 

C'est  donc  à  bon  droit  que  Julien,  dans  son  rapport, 
constatait  que  la  Corrèze  n'était  pas  entrée  dans  la  coali- 
tion" ;  et  en  septembre  l'agent  Soulet  transmettait  à  son 
ministre  celte  note,  qu'il  tenait  «  d'un  homme  instruit 
et  excellent  républicain  »,  sur  les  principales  villes  du 
département  : 

Tulle.  —  Toujours  amie  de  la  R.évolution,  à  quelques 
nristocrates  près,  que  les  bons  patriotes  ont  soin  de  faire  ren- 
fermer. 

Brives.  —  L'esprit  public  affaibli  par  attachement  à  leur 
concitoyen  Lidon  (Girondin)  ;  —  mais  ramené. 

Userche.  —  Envoie    chaque  dimanche  de  vrais  républi- 

\.  Les  points  sont  dans  le  texte.  Nétant  pas  allé  à  Tulle,  j'ai  tiré  cette  adresse 
des  registres  du  conseil  général  des  Haules-Pyrénées,  qui  en  avait  reçu  commu- 
nication. Je  l'ai  trouvée  aussi  dans  les  Archives  de  l'Eure. 

2.  Rapport,  p.  58. 

RÉVOI..  DU  51    MAI.  II  —  27 


/tlS  PART.  II,  CIIAP.  XX.    RÉCION  DU  CENTRE. 

cains  prêcher  dans  les  paroisses  ;  fait  mettre  en  arrestation 
les  suspects. 

Signé  :  Cledat  Lavigerie,  membre  de  la  Société  populaire 
et  du  Comité  de  salut  public.  —  Userche, 
29  septembre  1 795  ' . 


VI 

dier. 


Le  département  le  plus  central,  c'était  le  Clier,  et 
celte  position  faillit  lui  imposer  un  rôle  dont  il  ne  se 
souciait  en  aucune  sorte.  De  tous  les  points  de  la  France 
les  yeux  étaient  tournés  vers  Bourges.  A  Caen,  à  Bor- 
deaux, à  Nîmes,  à  Marseille,  à  Grenoble,  dans  le  Jura, 
on  ne  parlait  que  d'y  envoyer  les  suppléants.  Mais 
Bourges,  ainsi  désignée  pour  être  la  capitale  du  fédéra- 
lisme, était  la  ville  la  moins  fédéraliste  de  la  Bépu- 
blique.  A  aucune  époque  le  département  ne  s'était 
permis  d'intervenir  par  un  murmure,  par  une  plainte, 
dans  les  querelles  de  la  Convention.  Le  registre  de  ses 
délibérations  le  prouve",  et  Torné,  son  évoque,  put  en 
prendre  l'Assemblée  à  témoin.  Si,  le  ^1  avril,  le  conseil 
créa  un  comité  de  salut  public,  ce  n'était  qu'une  mesure 
de  sûreté  générale.  Si  dans  les  séances  des  4,  5,  6,  0 
et  12  mai  il  discuta  et  fit  un  arrêté  relatif  à  l'organi- 
sation d'une  force  départementale,  c'était  pour  la  mettre 
à  la  disposition  du  ministre  de  la  Guerre". 

1.  Arcliives  nationales,  F  i*  551,  dossier  Soulet. 

'2.  Le  dossier  du  Cher  dans  les  cartons  du  Comité  des  pétitions  aux  Arcliives 
nationales  porte  :  néant. 

5.  Archives  du  Cher,  L  82,  Registre  dos  délibéralions  du  conseil  général  du 
dcparleineiit,  aux  dates,  et  Archives  nationales,  AF  n,  dossier  154,  n"  12. 


Yî.  riIRR.  419 

Il  avait  donc  laissé  passer,  sans  qu'il  parût  s'en 
préoccuper  davantage,  les  propos  tenus  à  la  Convention 
ou  les  projets  émis  par  plusieurs  départements  do 
transférer  éventuellement  l'Assemblée  hors  de  Paris, 
de  convoquer  les  suppléants  en  un  point  central  (et 
quelques-uns  désignaient  déjà  Bourges).  Mais  quand  la 
révolution  du  ol  mai  provoqua  une  application  immé- 
diate de  ce  dessein  *,  quand  le  conseil  du  l.oiret  transmit 
à  celui  du  Cher,  comme  il  y  était  invité,  la  délibération 
du  conseil  de  la  (gronde  sur  ce  sujet,  alors  il  s'émut'. 
Si  les  suppléants  arrivaient  en  effet  à  Bourges  avec  une 
escorte  de  cavalerie  et  de  fantassins,  comme  plusieurs 
l'avaient  proposé!  Si  la  ville  de  Bourges  allait  devenir 
le  lieu  de  réunion,  non  seulement  de  la  Convention  nou- 


1.  La  rcvolulion  du  51  nini  ne  paraît  pas  au  premier  moment  avoir  beaucoup 
inquiété  le  conseil.  On  lit  dans  le  registre  de  ses  délibérations  : 

u  Séance  extraordinaire  du  mercredi  h  juin.  —  Lecinre  a  été  faile  des  dépè- 
clies  apporti'es  par  un  courrier  extraordinaire  dans  un  patjuot  contenant  des 
exemplaires  d'une  proclamalion  de  la  Convenlion  nationale,  du  1"'  de  ce  mois, 
relative  à  l'insurrection  qui  s'est  nianil'estée  à  Paris  le  31  mai  dernier,  et  du 

signalement  de  14  garçons  du  village  de  (réfractaires)  »;  et  l'on   prit  cet 

arrêté  où  les  deux  choses  reparaissent  connue  au  même  titre  : 

«  Arrêté  :  Que  la  proclamation  sera  envoyée  aux  districts  et  municipalités,  et 
que  le  signalement  des  14  garçons  sera  i  n  cessa  n  une  ni  envoyé  au  commandant 
de  la  gendarmerie  et  aux  administrateurs  des  districts.  » 

(,\rcliives  du  Cher,  L  87,  Procès-verbal  des  séances  du  conseil  du  département 
du  Cher  réuni  en  surveillance  permanente.) 

2.  «  10  juin  :  Lecture  d'une  dépêche  apportée  par  un  courrier  extraordinaire 
d'Orléans,  contenant  une  lettre  du  département  du  Loiret,  avec  copie  d'une 
adresse  du  département  de  la  Gironde  à  la  Convenlion  nationale,  au  sujet  des 
détails  de  la  séance  du  5  de  ce  mois,  et  d'une  lettre  du  même  département  à 
celui  du  Loiret,  par  laquelle  il  le  charge  d'envoyer  copie  de  son  adresse  aux 
départements  voisins.  » 

Avec  celte  dépêche  on  avait  reçu  et  on  lut  en  séance  «  une  Lettre  datée  de 
Paris,  par  laquelle  le  citoyen  Bonnaire,  administrateur  du  département  du  Cher, 
doime  avis  qu'il  parait  exister  des  projets  liberlicides  qui  tendraient  à  rassem- 
bler à  Bourges  les  suppléants  des  membres  de  la  Convention  nationale,  dispo- 
sition infiniment  dangereuse,  qu'il  est  urgent  que  le  département  cherche  à 
prévenir  par  une  déclaration  .solennelle  de  ses  principes  d'union  et  d'atlachc- 
ment  aux  représentants  actuels  du  peuple.  »  (Archives  du  Cher,  L  87,  Procès- 
verbal  des  séances  du  conseil  du  département,  à  la  date.) 


420  PART.  Il,  CH.VP.  XX.  REGION  DU  CENTRE. 

velle,  mais  des  forces  départementales  armées  contre 
Paris!  11  était  urgent  d'aviser,  et  séance  tenante,  le 
10  juin,  le  conseil  prit  la  délibération  suivante  : 

Le  Conseil,  considérant  qu'en  rapprochant  les  arrêtés  de 
certains  départements,  sur  le  projet  d'établir  à  Bourges  une 
Convention  de  suppléants,  de  l'extrême  agitation  de  la  ville 
de  Bordeaux  au  moment  où  lui  a  été  connue  la  séance  de  la 
Convention  nationale  du  5  juin  courant,  et  des  mesures 
extrêmes  que  proposaient  au  conseil  du  département  de  la 
Gironde  les  députations  qui  se  pressaient  autour  de  lui,  il  y 
a  lieu  de  craindre  que  la  ville  de  Bourges  ne  soit  exposée  à 
devenir  le  théâtre  du  schisme  politique  avec  la  représentation 
nationale  et  des  grands  troubles  qui  en  seraient  la  suite  néces- 
saire ; 

Considérant  que,  pour  prévenir  d'aussi  grands  maux,  il 
importe  que  le  Conseil  se  prononce  énergiquement  sur  ce 
sinistre  projet;  que  pour  cela  il  professe  hautement  ses  prin- 
cipes ;  qu'il  publie  sa  ferme  disposition  de  rester  fidèle  aux 
vrais  représentants  de  la  nation,  et  qu'il  présente,  sans  délai, 
à  la  Convention  nationale,  dans  une  adresse,  l'hommage  de 
cette  doctrine  et  de  ces  sentiments  ; 

Arrête  ce  qui  suit  : 

1°  Que  le  Conseil  du  département  du  Cher  ne  reconnaîtra 
jamais  d'autre  Convention  nationale  que  celle  qui  est  actuelle- 
ment siégeante  à  Paris,  tant  qu'elle  n'aura  pas  elle-même 
prononcé  sa  dissolution  par  un  décret  librement  émis; 

2"  Que  jusqu'à  cette  dissolution  il  ne  reconnaîtra  que 
les  décrets  qui  seront  émanés  de  cette  Convention,  ni  ne  se 
croira  tenu  de  se  soumettre  à  d'autres; 

3"  Que,  quelque  conformité  qu'il  y  ait  eu  \  avant  les 
décrets  rendus,  entre  les  opinions  du  Conseil  et  celles  d'une 
partie  de  l'Assemblée  qui,  par  l'événement,  a  été  reconnue 
n'en  être  que  la  minorité,  il  les  a  subordonnés  religieusc- 

1.  Le  Moniteur  dit  :  «  qu'il  ait  pu  y  avoir  ». 


VI.  CHER.  i2i 

ment,  [et]  en  pareil  cas  il  les  subordonnera  toujours  de 
même  aux  opinions  de  la  majorité,  quand  elles  seront  expri- 
mées par  des  décrets,  sans  égard  à  des  protestations  (|ui 
pourraient  être  faites  par  la  minorité  ou  par  quelques-uns  de 
ses  membres  ; 

En  conséquence,  le  Conseil  déclare  qu'il  est,  qu'il  sera 
toujours  en  opposition  avec  tout  ce  que  la  conduite  de  la  ville 
de  Bordeaux,  du  département  entier  de  la  Gironde  et  des 
départements  qui  pourraient  faire  avec  lui  cause  commune, 
peut  et  pourra  avoir  de  contraire  aux  principes  ci-dessus; 

Arrête,  en  outre,  que  la  dépêche  du  département  du  Loiret 
et  celle  du  département  de  la  Gironde,  y  annexée,  seront 
transmises  à  la  Convention,  en  lui  présentant  une  adresse  dont 
le  citoyen  Torné,  président,  est  prié  de  faire  le  projet,  et  dans 
laquelle  le  Conseil,  après  avoir  développé  ses  principes, 
exprimés  au  présent  arrêté,  demandera  instamment  à  la  Con- 
vention ses  ordres  pour  diriger  sa  conduite  dans  les  circon- 
stances difficiles  où  il  pourrait  se  trouver,  et  ses  secours  pour 
rendre  cette  conduite  supérieure  à  tous  les  obstacles  ; 

Arrête  enfin  que  cette  adresse,  à  laquelle  sera  joint  le 
présent  arrêté,  sera  imprimée  et  envoyée  tant  aux  quatre- 
vingt-cinq  départements  de  la  République  qu'aux  districts, 
municipalités  et  sociétés  populaires  de  son  ressort*. 

(Suivent  les  signatures.) 

Le  15  juin,  Torné  hit  au  conseil  son  projet  d'adresse, 
qui  l'ut  très  applaudi,  et  il  reçut,  avec  un  autre  admi- 
nistrateur, mission  de  le  porter  à  la  barre  de  la  Con- 
vention nationale  ". 

Dans  cette  adresse,  le  département  du  Cher  déplorait 
les  deux  factions  qui  s'étaient  formées  au  sein  de 
l'Assemblée,  s'accusant  réciproquement,  ou  «  de  vou- 


1.  Archives  du  Cher,  Registre  des  délihéralioiis  du  conseil  du  département, 
à  la  date. 

2.  Lu  à  la  Convention  le  18  juin,  Monilcur  du  21,  t.  XVI,  p.  683.  _. 


422       PART.  Il,  CHAI'.  XX.  RÉGION  DU  CENTRE. 

loir  ramener  la  royauté  par  les  horreurs  de  la  guerre 
civile  »,  ou  «  de  préparer  le  retour  du  despotisme  par 
les  désordres  de  l'anarchie  ))  : 

Malheureuse  nation  !  serait-ce  ta  destinée  d'être  gouvernée 
par  des  représentants  partagés  entre  deux  factions  également 
criminelles  ! 

Il  se  montrait  donc  impartial;  et  il  se  faisait  un 
titre  d'avoir  toujours  observé  la  plus  grande  réserve  : 

Jamais  ce  corps  administratif  ne  vous  a  fatigués  par  des 
adresses  altières,  insultantes,  ou  par  de  factieuses  déclama- 
tions. Si  tous  avaient  tenu  la  même  conduite,  les  divisions 
bruyantes  de  la  Convention  auraient  été  concentrées  dans 
votre  salle...  et  la  République  aurait  reçu,  sans  secousse,  une 
Constitution  et  des  lois  décrétées  au  sein  d'un  volcan. 

Il  déclarait  que  jamais  il  ne  se  soulèverait  contre  la 
Convention,  et  protestait  contre  le  choix  que  l'on  avait 
fait  de  Bourges  pour  centre  du  fédéralisme  : 

Quels  forfaits  avons -nous  commis  pour  mériter  cette 
horrible  préférence?... 

De  vrais  patriotes  n'y  verront  jamais  que  le  projet  abomi- 
nable de  diviser  la  Convention,...  de  punir  la  ville  de  Paris 
de  sa  calme  insurrection. 

L'impartialité  dont  l'orateur  se  vantait  au  commence- 
ment n'était  pas,  on  le  voit,  sans  quelque  complaisance 
pour  le  vainqueur,  et  il  ajoutait  : 

Si  le  peuple  de  Paris  a  été  intimement  persuadé  de  la 
conspiration  formée  pour  l'anéantissement  de  sa  cité,  l'in- 
surrection n'est  pas  coupable. 

Elle  était  bien  près  d'être  u  le  plus  sacré  des  droits 
et  le  plus  indispensable  des  devoirs  »  : 


VI.  CHKR.  425 

Oscrait-on  porler  le  délire  patriotique  jusqu'à  dire  qu'on 
peut  bien  user  des  droits  de  riiouime  contre  un  tyran,  mais 
qu'il  ne  serait  pas  peimis  de  l'exercer  contre  une  Conven- 
tion tyrannique? 

Néanmoins  l'adresse  n'abandonnait  pas  absolument 
les  proscrits.  Marat  anssi  avait  été  accusé,  et  il  avait  été 
acquitté;  les  représentants  détenus  pourront  de  même 
être  absous  par  des  juges  : 

...  Alors  Paris  reconnaîtra  son  erreur,...  les  deux  partis 
cesseront  d'avilir  par  des  divisions  scandaleuses  le  sanctuaire 
des  lois. 

Une  Constitution  populaire  va  paraître  : 

Envisageons  tous  avec  joie  tant  d'heureux  présages.... 

...  Unité,  indivisibilité  du  corps  législatif,  sera  la  devise 
éternelle  du  département  du  Cher,  comme  l'unité  et  l'indivi- 
sibilité de  la  République  \ 

Cette  adresse  a-t-elle  été  lue  comme  elle  a  été  impri- 
mée? Et  l'évêque  Torné,  le  18  juin,  à  la  barre  de  la 
Convention,  reconnaissant  qu'elle  n'était  plus  dans  le 
ton,  n'en  a-t-il  pas  adouci  les  termes?  Au  moins  se 
trouve-t-elle  singulièrement  transformée  dans  le  compte 
rendu  de  la  séance  au  Moniteur.  Elle  s'y  réduit  à  une 
courte  déclaration  très  sympathique,  servant  de  préface 
à  l'arrêté  dont  l'orateur  donna  lecture  et  qui  s'y  trouve 
reproduit  à  peu  près  textuellement ^ 

Le  département  du  Cher  ne  pouvait  que  s'affermir 
dans  la  position  qu'il  avait  prise.  Le  t^2  juin,  le  procu- 
reur général  syndic   fit  à  son  tour  une   adresse  aux 

1.  Arcliivcs  du  Clier,  texte  de  l'adresse,  imprimé  par  décision  du  conseil  du 
département. 

2.  Séance  du  18  juin,  Monilcur  du  21,  t.  XVI,  p.  G83. 


■4ii4  l'AKT.  11,  CHAI'.  X\.    UEGlOiN  I>U  CENTRE. 

habitants,  pour  leur  faire  connaître  les  résolutions  du 
conseil  ^  Mais  le  fédéralisme  n'était  encore  vaincu  nulle 
part,  et  les  départements  qui  s'apprêtaient  à  la  lutte 
parlaient  toujours  d'envoyer  à  Bourges  les  suppléants; 
les  suppléants,  sans  doute,  avec  leur  escorte!  Les  admi- 
nistrateurs du  district  de  Bourges  écrivirent  à  leur  tour 
à  la  Convention,  pour  la  rassurer  sur  leur  compte  et 
lui  dire  «  qu'ils  ne  permettraient  jamais  que  cette  ville 
devînt  le  siège  d'une  autorité  qui  voudrait  rivaliser  avec 
la  Convention  et  s'élever  au-dessus  d'elle  ». 

Et  la  Convention,  dans  sa  séance  du  26  juin,  leur 
accorda  une  mention  honorable,  qui  fut  insérée  au 
Bulletin^.  —  On  avait  eu  un  roi  de  Bourges  :  on  n'au- 
rait pas  une  Convention  de  Bourges.  Bourges  renonçait 
décidément  à  devenir  la  rivale  de  Paris. 

Si  le  fédéralisme  a  besoin  d'un  centre  pour  se  consti- 
tuer, il  est  dès  lors  frappé  à  mort. 


1.  Archives  du  Cher,  Délibéralions  du  conseil  du  département,  à  la  date. 

2.  Moniteur  du  '29  juin  1793,  t.  XVI,  p.  755.  —  L'acte  constitutionnel  arriva 
le  4  juillet,  et  fut  le  lendemain,  comme  partout  ailleurs,  acclamé  avant  d'èlre 
accepté.  fArchivcs  du  Cher,  Délibérations  du  conseil  du  département,  à  la  date.) 


CONCLUSION 


Le  9  août  1793  la  veille  du  jour  où,  pour  mieux 
célébrer  l'anniversaire  de  la  royauté  renversée,  on  allait 
proclamer  solennellement  la  Constitution  nouvelle, 
Gossuin,  au  nom  de  la  Commission  chargée  de  recueil- 
lir les  procès -verbaux  des  assemblées  primaires  qui 
l'avaient  acceptée,  disait  : 

Citoyens,  une  Constitution  républicaine,  syml)ole  de  la 
vertu  et  du  bonheur,  succède  enfin  à  une  Constitution  mons- 
trueuse, idolâtrée  plus  que  jamais  par  l'aristocratie. 

Il  constatait  que,  sur  quarante-quatre  mille  com- 
munes, une  seule,  celle  de  Saint-Donan  (Côtes-du-Nord), 
avait  demandé  le  fils  de  Louis  XYI  pour  roi.  Il  ne  pouvait 
comprendre  dans  son  recensement,  il  est  vrai,  ni  le  plus 
grand  nombre  des  communes  de  la  Vendée,  ni  celles  des 
départements  frontières  envahis;  mais,  dès  ce  moment, 
il  était  en  mesure  d'affirmer  que  la  Convention  épiiréo 
avait  triomphé  partout  et  que  le  fédéralisme  était  vaincu . 
Excepté  Bordeaux,  où  les  représentants  n'étaient  pas 
encore  rentrés,  Lyon,  qui  restait  isolé,  et  Marseille,  qui 
prolongeait  sa  résistance,  les  départements  s'étaient 
soumis,  et  Gossuin,  interpellant  sur  leurs  griefs  contre 


426  CONCLUSION. 

Paris  leurs  délègues  qui  remplissaient  la  salle  et  les 
tribunes  : 

Avez-vous  vu,  s'écriait-il,  l'habitant  de  cette  grande  cité,  le 
poignard  à  la  main,  exercer  d'injustes  vengeances  et  crier  à 
l'anarchie? 

Tous  d'une  voix  unanime  :  Non  ! 

Avez-vous  vu  la  représentation  nationale  outragée,  cornée, 
environnée  de  despotes? 

—  Non! 

Puis,  fort  de  cette  unanimité  : 

Comment  ce  vain  prétexte,  inventé  pour  fédéraliser  quel- 
ques départements  mal  administrés,  aurait-il  pu  séduire? 
Jamais  législateur  ne  fut  plus  libre  dans  son  opinion.  La 
Constitution  n'est  pas  sortie  du  volcan  qui,  dans  les  premiers 
mois  de  cette  année,  alimentait  ici  la  discorde — 

Et  il  ajoutait  : 

Soyez  notre  organe  auprès  de  nos  frères  ;  assurez-les  tous, 
et  nous  en  prenons  ici  l'engagement  sacré,  qu'avant  notre 
remplacement,  qu'importe  son  époque,  un  code  civil  et  uni- 
forme, une  instruction  nationale  et,  s'il  est  possible,  des  lois 
salutaires  explicatives  des  bases  de  la  Constitution  auront  été 
décrétés,  ce  seront  nos  derniers  travaux  ' — 

Le  code  civil,  tout  un  système  d'enseignement  public 
et  les  lois  organiques  fondamentales  avant  la  dissolution 
de  l'Assemblée!  — qu'importe  son  époque?  —  avis  à 
ceux  qui  avaient  posé  les  armes  dans  la  pensée  que  le 
vote  de  la  Constitution  devait  être  le  signal  du  renou- 
vellement de  la  Convention. 

La   Convention   allait  donc   rester  pour  longtemps 

1.  Séuncc  (lu  9  août,  Moidleur  du  Iti,  t.  XYII,  p.  565. 


CONCLUSION.  427 

encore  ce  que  la  révolution  du  51  mai  l'avail  faite,  une 
assemblée  mutilée,  dégradée,  asservie.  Comment  ce 
grand  mouvement  du  pays  pour  l'affranchir  et  la  venger 
avait-il  été  impuissant?  Comment  une  poignée  de  fac- 
tieux, s'imposant  à  Paris,  avait-elle  triomphé  de  la  na- 
tion entière?  Nous  pouvons  essayer  de  répondre  à  la 
question,  après  cette  longue  revue  de  nos  provinces  si 
profondément  agitées. 

L'échec  du  fédéralisme  eut  deux  grandes  causes  : 
l'une  physique,  l'autre  morale. 

Une  même  pensée  remua  la  France  à  la  nouvelle  de 
la  révolution  du  51  mai:  réprimer  l'insurrection  que 
l'on  n'avait  pas  su  prévenir;  rétablir  dans  la  plénitude 
et  l'intégrité  de  leurs  droits  les  représentants  de  la  sou- 
veraineté du  peuple;  et  cette  pensée  se  traduisit  vite  en 
action.  Les  départements  retrouvèrent  sans  peine  leurs 
affinités  de  la  veille.  Ils  se  groupèrent  naturellement 
dans  les  limites  des  provinces  dont  ils  venaient  d'être 
détachés  ;  ils  se  rallièrent  même  autour  de  certains 
centres  jdus  spécialement  désignés  :  Caen,  Bordeaux, 
Toulouse,  Nîmes,  Marseille,  Lyon,  Dijon.  Et  ce  n'était 
pas  l'esprit  provincial,  c'était  le  sentiment  national  qui 
les  animait  tous.  Ils  cherchèrent  à  former  des  liens 
entre  ces  groupes.  Ils  sentaient  le  besoin  d'un  centre 
commun  ;  et  c'est  pour  cela  qu'ils  tournèrent  les  yeux 
vers  Bourges.  Mais  qu'était-ce  qu'un  foyer  central  où 
l'on  ne  trouvait  pas  seulement  la  moindre  étincelle  du 
feu  qui  éclatait  dans  le  reste  de  la  France? 

Les  forces  départementales  demeurèrent  donc  isolées 
en  présence  d'un  parti  bien  inférieur  en  nombre,  mais 
compact  :  non  que  ce  parti  n'offrît  des  différences  pro- 
fondes et  dans  ses  groupes  et  dans  ses  hommes.  Ouel 


itiS  CONCLUSION. 

cspiil  commun  ciilre  les  Jacobins,  secte  autoritaire, 
toute  prête  à  enrayer  dès  qu'elle  aura  le  pouvoir,  et  les 
Cordeliers,  fougueux  anarchistes,  toujours  emportés  au 
mouvement  de  la  Révolution?  Quel  lien  entre  ces  trois 
hommes  dont  on  parlait  comme  d'un  triumvirat: 
Robespierre,  Marat  et  Danton?  Mais,  rapprochés  par  la 
nécessité  de  la  lutte,  ils  faisaient  concourir  à  la  même 
fin  les  qualités  comme  les  vices  mêmes  de  leur  nature, 
et  ils  avaient  tout  à  la  fois  pour  point  d'appui,  aux  jour- 
nées décisives,  et  pour  instrument  d'action  un  conseil 
d'un  grand  renom  :  la  Commune  de  Paris.  C'est  la  Com- 
mune de  Paris  qui  donnait  le  branle  aux  sections  ;  c'est 
elle  qui,  née  du  14  juillet,  avait,  les  5  et  6  octobre, 
poussé  Paris  sur  Versailles  et  ramené  le  roi  et  l'Assem- 
blée dans  son  domaine  et  on  peut  dire  sous  sa  main  ; 
elle  qui  avait  fait  le  10  août,  qui  avait  fait  ou  laissé 
faire  par  son  Comité  de  surveillance  les  journées  de 
septembre;  qui  en  aurait  voulu  étendre  les  exécutions 
au  reste  de  la  France  et  qui,  n'ayant  pu  soumettre  les 
départements  à  ses  agents  spéciaux  et  à  sa  loi,  s'était 
bien  promis  de  tenir  leurs  représentants  dans  Paris. 
C'est  elle  en  effet  qui,  au  lendemain  delà  proclamation 
de  la  République,  affrontant  la  réprobation  unanime 
attachée  à  ses  massacres  des  prisons,  conçoit  l'auda- 
cieuse pensée  de  s'imposer  à  la  Convention  nationale, 
ayant  dans  la  place,  pour  faire  échec  à  la  majorité,  les 
hommes  de  septembre,  Robespierre,  Danton  et  Marat  ; 
elle  qui,  attaquée,  prend  l'offensive,  usant  tour  à  tour 
ou  simultanément  des  députations  de  sections  à  la 
barre  ou  des  interrupteurs  dans  les  tribunes  ;  qui 
inspire,  qui  apporte  la  pétition  du  15  avril  contre  les 
principaux  Girondins;  qui  se  déclare  en  état  de  révolu- 


CONCLUSION.  /t2a 

tion,  lient  des  conciliabules  et  arrnclie  à  la  Convention 
déjà  presque  envahie  la  suppression  de  la  Commission 
des  Douze  établie  pour  réprimer  ses  complots;  qui 
conspire  alors  tout  à  son  aise  et  à  ciel  ouvert,  inau- 
gure la  révolution  le  51  mai  et  la  consomme  le  2  juin. 
On  a  vu  son  rôle  prépondérant  et  directeur  dans  ces 
journées  et  avec  quelle  habileté,  une  fois  la  Révolution 
accomplie,  elle  parut  s'effacer  derrière  la  Convention  ; 
mais  elle  en  est  d'autant  plus  forte,  car  cette  assemblée 
qu'elle  domine  est  légalement  la  représentation  natio- 
nale de  la  France.  Ses  décrets  sont  la  loi,  ses  membres 
envoyés  en  mission  portent  en  tout  lien  la  délégation  de 
son  autorité;  et  ainsi  c'est  la  puissance  qui  a  fait  la 
Révolution,  c'est-à-dire  la  Commune  de  Paris,  qui  par 
ces  décrets  et  par  ces  commissaires  va  gouverner  la 
France.  Si  les  départements  ne  forment  pas  un  seul 
corps,  s'ils  ne  trouvent  pas  un  centre  oii  la  vraie  re- 
présentation nationale  puisse  se  reformer  et  se  faire 
reconnaître,  ils  sont  perdus  :  l'unité  et  l'indivisibilité 
de  la  République,  tel  est  en  effet  le  principe  réclamé  et 
proclamé  par  tous. 

Ils  le  tentèrent,  ils  n'y  réussirent  pas,  et  c'est  ici  qu'on 
peut  aborder  la  cause  morale  de  leur  défaite. 

Qu'étaient-ce  que  les  deux  partis  qui  se  trouvaient  en 
présence?  Des  hommes  sortis  d'une  même  révolution. 
Tous  procèdent  non  pas  seulement  du  1  i  juillet,  mais 
du  10  août;  tous  se  rallient  à  la  proclamation  de  la 
république,  avec  cette  différence  que  les  uns  ont  fait, 
d'autres  ont  souffert,  d'autres  réprouvent  les  massacres 
de  septembre.  Les  départements,  en  général,  les  réprou- 
vent. C'est  avec  le  mandat  formel  d'en  poursuivre  la 
vengeance  qu'ils  ont  envoyé  leurs  députés  à  Paris.  Ils 


4."0  CONCLUSION. 

réprouvent  les  2  et  5  septembre,  mais  ils  acclament  en 
général  le  21  janvier.  Ils  s'élèvent  contre  les  factieux, 
ils  ap^iuient  la  majorité  de  la  Convention;  mais  qui  sont 
les  factieux,  et  où  est  la  majorité  de  la  Convention?  Est- 
elle avec  les  Girondins,  qui  attaquent  Robespierre  aux 
applaudissements  de  l'Assemblée,  ou  avec  Robespierre, 
qui,  se  défendant  contre  ces  attaques,  est  couvert  par  un 
ordre  du  'jour?  qui  peut  le  dire?  Quand  on  la  croit  fixée, 
elle  se  dérobe.  Elle  s'est  manifestée  pourtant  sur  un 
point  où  l'existence  même  de  l'Assemblée  était  en  péril. 
Elle  redoute  les  insurrections  de  Paris;  elle  en  voit  des 
signes  précurseurs  dans  ces  dépnlations  qui  se  renou- 
vellent sans  cesse  à  la  barre,  interrompant  la  marche 
des  séances,  et  dans  cette  intervention  des  tribunes  qui 
se  mêlent  aux  débats,  couvrant  la  voix  des  orateurs. 
Elle  a  accueilli  avec  faveur  et  renvoyé  à  ses  comités  le 
projet  d'une  force  armée  à  lever  dans  les  départements 
pour  garder  la  représentation  nationale;  et  les  départe- 
ments ne  demandent  qu'à  répondre  à  son  appel  :  ils 
sont  prôls,  elle  n'a  qu'à  décréter.  iMais  le  décret  est 
toujours  à  rendre,  et  la  révolution  sera  consommée 
avant  qu'il  soit  rendu. 

Disons-le  d'ailleurs  :  cette  France  que  nous  venons  de 
parcourir,  c'est  en  général  la  France  officielle  ;  ce  sont 
les  administrateurs  des  départements,  des  districts,  des 
communes.  Julien  ne  réduit  pas  le  sujet  beaucoup  plus 
qu'il  ne  faut  quand,  prenant  les  uns  après  les  autres  les 
départements  insurgés,  il  donne  pour  litre  à  cette  revue  : 
Rapport  sur  les  administrations  rebelles.  Le  peuple  ne 
renie  pas  communément  ses  administrateurs,  et  à  cer- 
tains égards  il  les  suit;  mais  jusqu'où  va  sa  participa- 
tion  à  la  résistance?  Au  moment   critique,  lorsqu'il 


CONCLUSION.  451 

s'agit  de  marcher,  le  zèle  des  volontaires  s'évanouit. 
A  Caen  on  les  taxe  à  cinq  hommes  par  compagnie  de 
soixante,  et  les  hommes  font,  pour  la  plupart,  défaut  à 
l'appel.  L'armée  de  la  Normandie  à  Evreux  compte  un 
millier  d'hommes,  je  ne  dis  pas  de  comhattants.  Le 
contingent  de  la  Gironde  devait  être  de  douze  cents 
hommes,  il  se  réduisit  à  quatre  cents.  Bordeaux  avait  à 
fournir  vingt-cinq  cavaliers  ;  combien  y  en  eut-il  dans 
la  petite  troupe  expédiée  contre  Paris  et  qui  ne  dépassa 
pas  Langon?  Nîmes  réunit  aux  alentours  quelques  mil- 
liers d'hommes,  Marseille  environ  six  mille.  C'était  plus 
qu'il  n'en  avait  fallu  au  Kl  août  pour  prendre  les  Tui- 
leries; ce  n'était  pas  assez  pour  les  reprendre.  A  l'ouest, 
au  sud-ouest  et  au  sud -est  on  justifiait  donc  à  l'onvi 
la  nioralilf'  du  fabuliste: 

Xo  faut-il  (jiit^  (léhl^'i-er? 

La  cour  on  conseillers  foisonne: 

Est-il  besoin  d'exécuter? 

L'on  ne  rencontre  plus  personne. 

Aux  premiers  coups  de  canon,  à  Pacy-sur-Eure,  la 
troupe  de  (îaen  s'enfuit  devant  un  ennemi  qui  se  sauve; 
celle  de  Nîmes  se  retire  sans  combat,  abandonnant,  au 
Pont-Saint-Esprit,  le  point  de  jonction  des  forces  levées 
sur  les  deux  rives  du  Rhône  ;  celle  des  Marseillais  quitte 
Avignon,  où  elle  pouvait  résister,  et  tient  à  peine  sous 
les  murs  de  Marseille,  dont  les  portes  s'ouvrent  aux 
vainqueurs. 

A  part  Lyon,  où  la  résistance  a  pris  un  autre  carac- 
tère, et  Toulon,  qui,  hélas!  s'est  livré  aux  Anglais, 
voilà  toute  la  lutte  armée  du  fédéralisme.  Quel  spec- 
tacle différent  offre  la  Vendée ,  combattant   pour    ces 


432  CONCLUSION. 

deux  grandes  causes  :  Dieu  et  le  Roi!  Il  ne  fallut  pas 
moins  que  Marceau  et  Kléber  pour  la  vaincre,  et  le 
général  Hoche  pour  la  désarmer. 

Quant   aux  administrations  elles-mêmes,  comment 
auraient-elles   tenu  davantage?  Quel  était   l'objet    du 
débat?    Combattaient-elles   pour    un    principe?   Oui, 
elles  combattaient  pour  un  principe  et  pour  un  grand 
principe   :  la  souveraineté  du  peuple.  La  souveraineté 
du  peuple   résidait  dans  la  Convention  :  elle  avait  été 
atteinte  dans  la  représentation  nationale  violée.  —  Mais 
les  casuistes  intervenaient.  Qui  avait  frappé  les  Giron- 
dins? La  Convention.   Comment  dire  qu'elle  n'existait 
pas!  La  Convention  restait  debout.  Ceux  qui  l'avaient 
décapitée  lui  avaient  refait  une  tête.  Elle  siégeait,  elle 
discutait,  elle  décrétait  comme  un  corps  vraiment  en 
vie.   La  souveraineté   du   peuple  était  même  plus  en 
faveur  que  jamais.  Cette  souveraineté,  en  effet,  a-t-elle 
jamais  été  plus  reconnue,  plus  hautement  proclamée 
que   dans  la   Constitution  du  24  juin   qui   rapportait 
tout  au  peuple,  faisait  tout  par  le  peuple  :  lui  donnant 
tant  à  faire  que,  si  on  l'eût  appliquée,  il  n'aurait  plus  eu 
le  temps  de  rien  faire!  Aussi  n'en  fit-on  point  l'essai. 
Mais  enfin  elle   était  achevée  et  le  peuple  allait,  une 
fois  au  moins,  user  de  sa  pleine  souveraineté  dans  les 
assemblées  primaires  où  il  était  appelé  à  l'accepter  par 
son  libre  suffrage.  La  Constitution  n'avait  pas  demandé 
huit  jours  à  faire;  la  résistance  à  la  révolution  d'où  elle 
sortit  ne  dura  pas  deux  mois. 

La  France  était  donc  vaincue  par  la  Commune  de 
Paris.  Faut-il  s'en  étonner?  Ne  jugeons  pas  nos  pères 
sans  voir  ce  que  firent  leurs  descendants  et  rentrer  en 
nous-mêmes.  Quelle  révolution  faite  à  Paris   ne  s'est 


CONCLUSION.  433 

pas  imposée,  bon  gré  mal  gré,  à  la  France,  même  quand 
elle  entraînait  un  changement  complet  de  régime  et 
menaçait  le  plus  les  intérêts  du  pays?  Qui  est-ce  qui 
en  a  pesé  les  raisons,  mesuré  la  portée,  calculé  les 
conséquences  avant  de  s'y  soumettre?  Qui  est-ce  qui, 
voyant  clairement  où  l'on  allait,  a  tenté  de  ne  pas  s'y 
soumettre?  Et  aujourd'hui,  si  les  partis  les  plus  avancés 
des  Jacobins  (car  il  y  a  toujours  des  Jacobins),  si  les 
anarchistes,  comme  on  disait  en  1793  (ce  n'étaient  pas 
eux  qui  se  donnaient  ce  nom),  si  les  révolutionnaires 
obstinés,  par  les  procédés  dont  ils  ont  la  tradition  dans 
leur  histoire,  la  théorie  dans  leur  programme  et  l'ap- 
plication presque  sous  la  main,  s'emparaient  du  pouvoir, 
que  ferait  la  France,  je  le  demande?  Je  sais  bien  que  le 
cas  est  prévu.  Nous  avons  fait  la  loi  Tréveneuc  (15  février 
1872)  afin  de  remédier  aux  dissolutions  des  assemblées 
opérées  par  violence  :  coups  de  force  ou  coups  d'État. 
Les  conseils  généraux  se  réuniront  ;  ils  nommeront  des 
délégués  qui  se  joindront  aux  députés  échappés  à  la  cala- 
strophe.  Cette  assemblée  provisoire  aura  tous  les  pouvoirs 
jusqu'à  la  reconstitution  de  l'Assemblée  dissoute,  et  si, 
dans  le  mois,  cette  dernière  n'est  pas  reconstituée,  elle 
appellera  le  pays  à  de  nouvelles  élections  générales.  — 
Mais  les  conseils  généraux  ne  peuvent  rien  faire,  s'ils 
ne  comptent  la  pluralité  de  leurs  membres.  Mais  l'as- 
.semblée  des  délégués  sera  nulle,  si  elle  ne  représente  la 
moitié  au  moins  des  départements.  Les  conseils  géné- 
raux dans  cette  crise  redoutable  seront-ils  en  nombre? 
Le  seront-ils  dans  la  moitié  des  départements,  et  l'As- 
semblée  provisoire  pourra-t-elle   être  constituée'?  Je 

1.  Voyez  la  note  XCIV  aux  Appendices. 

KÉVOL.    DD    31    MAI.  II    —    28 


454  CONCLUSION. 

crains  bien   que,  le  cas  échéant,  plus  d'un    rouage  ne 
marche  mal  dans  celte  machine.  J'ai  peur  que  nos  con- 
seils généraux  ne  surpassent  point  en  résolution  leurs 
aînés  de  1795  et  que  la  résistance  prévue,  autorisée, 
commandée  par  la  loi,  ne  soit  plus  impuissante  que  ne 
l'a  été  ce  mouvement  spontané,  légitime  aussi  et  consti- 
tutionnel, mais  mal  concerté,  des  départements  fédérés. 
Les  crises  parlementaires,  il  faut   le  dire,  si  graves 
qu'elles  soient,  sont  rarement  populaires  au  vrai  sens 
du  mot.  Le  peuple  n'est  pas  disposé  à  se  jeter  dans  la 
lutte  pour  si  peu.  Que  lui  importent  les  divisions  du 
Parlement?  Qu'a-t-il  à  voir  dans  tel  ou  tel  groupe  de  la 
gauche?  Question  de  nuance!  Cela  était  bien  plus  vrai 
en  1795.  au  sein  d'une  Assemblée  dont  les   séances, 
après  le  coup  de  force  du  51  mai,  n'avaient  pas  même 
été  interrompues  un  seul  jour.  Et  cependant  tout  l'ave- 
nir de  la  Révolution,  toute  l'existence  de  la  société  en 
dépendait  alors.  Ce  n'était  pas  seulement  la  possession 
du  pouvoir,  c'étaient  les  intérêts  des  particuliers,   la 
sécurité    des  personnes  et   des   biens    qui  étaient   en 
jeu.  Les  conséquences  ne  tardèrent  pas  «à  se  produire. 
D'abord  dans  la  Convention  elle-même  :  mise  hors  la 
loi  des  fugitifs,  mise  en  jugement  des  détenus  ;  mise  en 
prison  de  ceux  qui  avaient  protesté  contre  la  proscrip- 
tion de  leurs  collègues  :  une  centaine  de  représentants 
du  peuple  supprimés.  Tous  les  Girondins  y  passèrent; 
non  seulement  les  vingt  et  un,  guillotinés  le  31  octobre 
J  795,  mais  ceux  qui  s'étaient  soustraits  au  jugement  : 
Lidon  et  Chambon,  députés  de  la  Corrèze,  traqués  dans 
.  leur  propre  pays  :  Lidon,  qui  se  tua  après  avoir  vendu 
chèrement  sa  vie  ;  Chambon,  qui  s'exposa  aux  balles  pour 
n'être  pas  brûlé  vif  dans  son  réduit;   puis  ceux   qui 


CONCLUSION.  i7ro 

périrent  dans  la  Gironde  môme  où  ils  espéraient  trouver 
un  asile  :  Birotcau,  exécuté  à  Bordeaux  le  24  octobre: 
Grangeneuve,  le  51  décembre  1795;  Guadet,  Salles, 
Buzot,  Pétion,  Barbaroux,  qui  réussirent  plus  longtemps 
à  se  cacber,  sans  être  plus  beureux  :  Guadet  et  Salles, 
découverts,  saisis  dans  leur  refuge  à  Saint-Émilion  et 
conduits  à  Bordeaux,  où  ils  furent  guillotinés  le  19  juin 
1794;  Barbaroux,  qui  tenta  de  se  tuer  et  fut  mené  san- 
glant à  l'écbafaud  le  25  juin;  Pétion  et  Buzol,  dont  les 
cadavres  à  demi  dévorés  furent  trouvés  le  lendemain 
dans  un  cbamp.  Mais  on  ne  s'en  tint  pas  aux  dépu- 
tés. Tous  ceux  (|ui  étaient  plus  ou  moins  compromis 
dans  la  résistance  au  31  mai  eurent  à  répondre  de  leurs 
sentiments  ou  de  leurs  actes  soit  devant  le  tribunal 
révolutionnaire  de  Paris,  soit  devant  les  tribunaux  de 
province  jugeant  révolulionnairemenl,  c'est-à-dire  sans 
jurés  et  sans  appel.  Le  nom  de  fédéraliste  fit  plus  que 
le  nom  de  royaliste  pour  grossir  la  liste  des  suspects, 
remplir  les  prisons  et  approvisionner  l'écbafaud. 

Ainsi  la  Terreur  s'établit  en  souveraine.  Elle  va  se 
faire  donner  par  une  Assemblée  bostile,  au  fond,  à 
toutes  ses  tendances  (on  le  verra  plus  tard),  mais 
muette,  asservie,  les  lois  les  plus  odieuses  :  la  loi  du 
17  septembre,  qui  frappe  les  suspects;  la  loi  du  14  fri- 
maire (4  décembre  1795),  qui  institue  le  gouvernement 
révolutionnaire,  c'est-à-dire  le  plus  dur  despotisme;  la 
loi  du  22  prairial  (10  juin  1794),  qui  fait  du  tribunal 
révolutionnaire  le  plus  sanglant  instrument  dont  ja- 
mais despote  ait  fait  usage.  Elle  fera  tomber  toutes  les 
têtes  qui  s'élèvent  encore  au-dessus  de  cette  troupe  bas- 
sement soumise,  de  cette  Plaine  si  justement  nommée 
le  Marais,  jusqu'au  jour  où  les  tyrans,    rassasiés  des 


456  CONCLUSION. 

victimes  sans  défense  que  leur  fournissent  les  prisons, 
conspireront  les  uns  contre  les  autres  et  relèveront  de 
sa  déchéance  cette  Assemblée  dégradée  pour  en  obtenir 
le  moyen  d'écraser  leurs  rivaux  (9  thermidor). 

Ce  fut  un  jour  de  sanglantes  représailles  pour  la 
puissance  qui,  à  partir  du  10  août,  avait  eu  tant  d'ac- 
tion sur  les  destinées  de  la  Révolution,  je  veux  dire  la 
Commune  de  Paris;  car  c'est  bien  la  Commune  de 
Paris  qui  fut  l'ame  de  la  Terreur.  C'est  sur  elle  que 
les  violents  s'appuyaient,  et,  quand  Piobespierre  frappa, 
l'un  après  l'autre,  deux  de  ses  principaux  agents,  Hé- 
bert et  Chaumette,  ce  ne  fut  pas  pour  briser  sa  force, 
ce  fut  pour  se  l'approprier  au  contraire  et  marcher  de 
concert  au  même  but.  Ce  sont  en  effet  des  hommes  à 
lui  qu'il  fit  placer  à  la  tête  de  la  municipalité  pari- 
sienne :  Fleuriot  comme  maire,  Payan  comme  agent 
national;  ce  sont  ses  partisans  qui  composaient  pour  la 
plupart  le  conseil.  Et  lui-même  qu'était-il  au  moment 
où  il  entra  dans  la  Convention?  Un  homme  de  la  Com- 
mune. Il  le  redevint  plus  que  jamais  depuis  qu'il  fut 
maître  du  pouvoir.  C'est  l'esprit  de  la  Commune  qu'il 
fit  revivre  dans  la  loi  du  22  prairial  ;  c'est  la  pratique 
des  journées  de  septembre  qu'il  reprit,  sous  forme  judi- 
ciaire, dans  les  «  conspirations  des  prisons  ».  Si  un 
doute  pouvait  s'élever  sur  l'infiuence  prépondérante  d(î 
la  Commune  de  Paris  durant  la  Terreur,  il  se  dissipe- 
rait le  dernier  jour.  Alors  le  voile  se  déchire.  Quand 
les  collègues  et  anciens  complices  de  Robespierre,  de 
Couthon  et  de  Saint-Just  se  résolvent  à  les  prévenir, 
lorsque  la  Convention,  à  leur  cri,  se  réveille  et  frappe 
le  nouveau  triumvirat,  qui  est-ce  qui  tente  de  sauver  les 
proscrits?  C'est  la  Commune.  C'est  elle  qui  les  enlève  de 


CONCLUSION.  437 

leurs  prisons;  c'est  elle  qui  les  reçoit  ou  les  ramène  à 
l'Hôtel  de  Yille;  c'est  elle  qui  engage  la  lutte  suprême 
où  elle  est  vaincue,  grâce  à  l'impérilie  d'IIanriot.  C'est 
elle  aussi  qui  payera  les  frais  de  la  journée  :  le  10,  avec 
Robespierre,  Gouthon,  Saint-Just  et  le  président  du 
tribunal  révolutionnaire,  le  commandant  de  la  force 
armée  de  Paris,  le  maire  et  l'agent  de  la  Commune  de 
Paris  et  dix  autres  membres  de  la  Commune  ;  le  11,  en 
une  fois,  soixante-dix  membres  de  la  Commune,  et  un 
reliquat  de  douze  le  lendemain  :  tous,  innocents  ou 
coupables,  mis  hors  la  loi  et  conduits,  sans  autre  juge- 
ment, à  l'échafaud,  sur  la  constatation  de  leur  identité, 
Fouquier-Tinville  continuant  impassiblement  son  office. 
Ainsi  la  France,  vaincue  par  la  Commune  de  Paris 
dans  la  lutte  du  fédéralisme,  la  voit  terrassée  à  son 
tour,  et  vouée  à  la  plus  épouvantable  hécatombe.  Mais 
jusque-là  que  de  victimes  !  Je  l'ai  en  partie  montré  dans 
VHistoire  dn  Tribunal  révolutionnaire  de  Paris;  je  le 
ferai  voir  pour  le  reste  si  j'ai  le  temps  d'achever  un 
dernier  livre  dont  le  présent  ouvrage  est  comme  le 
préambule  :  l'Histoire  de  la  justice  révolutionnaire  dans 
les  départements. 


APPENDICES 


(Page  i.) 
Les  républicains  de  Vendée. 

Les  partisans  de  la  République  en  Vendée  tenaient  un  langage  qui  ne 
laissait  point  présager  la  guerre  où  la  Convention  devait  éprouver  lanl 
d'échecs.  La  Société  des  Amis  de  la  liberté  de  Fontenai  demandait 
le  18  janvier  la  mort  de  t(  Louis  Capet  ».  Elle  y  applaudissait  le  15  fé- 
vrier : 

«  Un  monstre  à  plusieurs  tètes  ravajoit  la  France.  Le  coup  terrible  que 
vous  lui  avez  porté  a  abattu  sa  principale  tête  ;  mais  il  n'est  pas  mort  le 
monstre  qui  désole  l'univers  entier,  le  monstre  hideux  dont  nous  avons 
juré  la  perte.  Le  despotisme,  dans  son  agonie,  fait  jouer  encore  tous  les 
ressorts  de  sa  furibonde  tvrannie.  Le  fanatisme  exerce  encore  ses  ravages 
sur  le  sol  sacré  de  la  liberté  ;  il  infecte  nos  campagnes. 

((  Le  salut  de  la  République  est  dans  vos  mains,  législateurs;  ne  calculez 
pas  entre  la  destruction  des  tvrans  et  la  liberté  de  toute  la  terre.  Frappez, 
frappez  à  grands  coups  les  tètes  infâmes  qui,  sans  pitié,  déchirent  le  sein 
de  leur  mère. 

((  Hâtez  l'exécution   de  ces   traîtres  émigrés  dont  la  vie  est  entre  les 
mains  des  tribunaux  ;  faites  tomber  sur  eux  la  hache  vengeresse  ;  faites 
exécuter  deux  de  ces  montres  dans  chaque  chef-lieu  de  département, 
que  la  mort  de  ces  anthropophages  donne  un  exemple  terrible   à  leui'S 
imbéciles  suppôts. 

((  Nous  ne  serons  libres,  législateurs,  qu'après  la  destruction  totale  de 
nos  ennemis  intérieurs.  Délivrez-nous  des  enfants  dénaturés  de  notre 
mère  commune  ;  précipitez-les,  précipitez-les  du  haut  de  la  Roche  Tar- 
péienne.  Rendez-nous  libres  tout  à  fait!  »  (Archives  nationales,  D  xl  §  4, 
carton  23,   dossier   Vendée.) 

Nous  dirons  ailleurs  comment  furent  traités  ces  farouches  républicains 
eux-mêmes   au  milieu  des  colonnes  infernales  lancées  sur  leur  pays. 


440  APPENDICES. 

II 

(Page  10.) 

Rapport  de  Bodson. 

Bodson,  dans  son  rapport  du  1  i  août,  reconnaît  qu'il  n'a  pu  atteindre 
l'objet  le  plus  important.de  sa  mission,  «  qui  était,  dit-il,  de  marcher  à  la 
suite  des  armées  des  Côtes-de-Brest  et  de  la  Rochelle  pour  répandre 
parmi  les  citoyens  égarés,  avec  les  principes  de  la  persuasion,  l'acte 
constitutionnel  ».  Il  l'a  fait  servir  du  moins  à  prendre  des  notes  sur  l'état 
du  pavs  :  notes  peu  satisfaisantes,  il  l'avoue,  mais  «  utiles  pour  prévenir 
l'aggravation  dos  maux  ».  Il  le  déclare  :  les  principes  du  républicanisme 
sont  loin  d'avoir  pénétré  partout  :  «  J'ai  entendu,  dit-il,  nombre  de 
militaires  de  différents  grades  dire  publiquement  que  la  Ri-publique  était 
une  belle  chimère  ».  Le  président  de  la  Société  populaire  de  la  Flèche  a 
exprimé  des  doutes  sur  le  51  mai  :  «  L'avenir  dira  lequel  des  deux  partis 
avait  voulu  de  bonne  foi  servir  la  chose  publique;  jusque-là  il  [ce  président] 
n'aura  pas  d'opinion" déterminée.  » 

—  ((  Une  très  grande  partie  àis  citoyens  des  déparlements  environnant 
la  Vendée,  continue  le  rapport,  sont  fatig  lés  de  la  Révolution,  tels  que 
ceux  de  la  Bretagne,  l'Anjou,  le  Maine,  la  Normandie,  etc.,  etc.  » 

Pas  d'obstacle  de  la  part  des  égoïstes,  des  modérés,  des  royalistes  à 

l'acceptation  de  la  Constitution,   parce  qu'un  grand  nombre  ose  penser 

qu'elle  n'aura  point  son  exécution. 

Une  autre  cause  qui  diminue  l'amour  de  la  Révolution,  ce  sont  les  excès 
des  hommes  chargés  de  missions  importantes  (Archives  nationales,  F  i'  550, 

dossier   Bodson).   —  On  peut  voir  ce  que   l'auteur  du  rapport  en  dit 

dans  le  texte,  ci-dessus,  p.  16. 

III 
(Page  11.) 

Force  départeiuentale  de  Maine-et-Loire 
(18  janvier  1993). 

(I  Une  députalion  de  la  Société  des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  est 
introduite,  et  un  membre  prononce  un  discours  relatif  à  la  force  dépar- 
tementale qu'il  est  instant  d'envoyer  à  Paris  pour  y  protéger  les  repré- 
sentants de  la  nation. 

«  La  proposition  d'envoyer  à  Paris  une  force  départementale  est  adoptée 
à  l'unanimité. 

((  Le  conseil  général  du  département  de  Maine-et-Loire  en  permanence, 
considérant  que  la  Convention  nationale  est  environnée  de  gens  mal  inten- 
tionnés qui,  enhardis  par  l'impunité  des  crimes  dont  ils  se  sont  souillés 
dans  la  journée  du  2  septembre  dernier,  emploient  toutes  les  intrigues- 


PROCLAMATION  DE  LA  COMMUNE  D'ANGERS.  441 

et  les  manœuvres  les  plus  honteuses  pour  semer  et  propager  le  feu  de 
l'anarchie  et  plonger  la  République  dans  les  horreurs  d'une  guerre  civile  ; 

«  Considérant  qu'il  est  temps  de  se  joindre  aux  bons  citoyens  de  l'aris 
pour  arrêter  les  brigandages  dont  cette  ville  est  le  théâtre  par  le  fait  des 
agitateurs,  de  faire  revivre  le  règne  de  la  loi,  d'investir  les  représentants 
du  souverain  de  la  dignité,  de  la  confiance,  de  la  liberté  dont  ils  ont 
besdin  pour  faire  une  sage  et  heureuse  Constitution  ; 

«  Considérant  enfui  que  le  moyen  le  plus  efficace...  est  d'envoyer  une 
force  armée  qui,  réunie  à  nos  frères  des  autres  départements,  écarte  et 
anéantisse  tout  esprit  de  faction  ; 

«  Arrête....  ti  etc.  (Archives  de  Maine-et-Loire,  procès-verbaux  du 
conseil  du  département,  à  la  date.) 

IV 

(Page  15.) 

Proclamation  du  conseil  général  de  la  commune  «l'Angers 
(4  juillet  1993). 

«  Citoyens,  vos  magistrats,  forcés  de  quitter  les  fonctions  que  vous  leur 
aviez  confiées,  peuvent  enfin  reprendre  leurs  places  et  siéger  au  milieu  de 
vous.  Leur  premier  devoir  est  de  vous  instruire  de  leur  retour,  leur  pre- 
mier besoin,  de  pleurer  avec  vous  sur  les  malheurs  qui  ont  affligé  cette 
cité.  Grâce  à  nos  braves  frères  de  l'armée  de  Tours,  ces  malheurs  sont 
déjà  cessés.  A  leur  approche,  le  signe  de  la  conire-révolutiou  a  tombé, 
les  couleurs  nationales  flottent  sur  nos  murs  et  l'amour  de  la  liberté  et  de 
l'égalité,  de  la  République  une  et  indivisible,  s'exhale  en  cris  de  joie  et 
d'allégresse,  avec  d'autant  plus  de  vivacité  qu'il  avait  été  concentré  pen- 
dant plus  de  quinze  jours  dans  nos  cœurs. 

((  ...  Oue  tous  nos  concitoyens  éprouvent  le  doux  effet  de  notre  l'éunion. 
Si  quelques-uns  ont  pu  être  entraînés  dans  des  démarches  inconsidérées 
et  téméraires,...  oublions  les  fautes  qu'ils  ont  commises. 

((  La  Convention  nationale  nous  présente  une  Constitution  qui  va  rallier 
tous  les  Français  ;  sous  peu  de  jours  nous  allons  nous  rassembler  pour 
l'adopter  ;  n'éloignons  pas  les  esprits  les  uns  des  autres,  et  que  notre  seul 
cri  soit  :  Liberté,  Fraternité.  Vive  la  République  une  et  indivisible.  » 
(Archives  municipales  d'Angers  ;  Délibérations  du  conseil  général  de  la 
commune,  à  la  date.) 

V 

{l\^gc    17.) 

Arrêté  du  conseil  général  d'Indre-et-Loire  (lO  janvier). 

((  Le  conseil,  considérant  que  la  Convention  peut  être  gênée  dans  ses 
délibérations  par  les  manœuvres  d'un  parti  qui  semble  menacer  la  Répu- 
blique des  horreurs  de  l'anarchie  ; 


442  APPENDICES. 

«  Qu'il  n'y  a  pas  de  gouvernement  représentatif  là  où  une  minorité  re- 
belle s'opposerait  avec  succès  au  vœu  fortement  prononcé  d'une  saine 
majorité  ; 

((  Que  le  moyen  le  plus  sur  de  conserver  l'unité  et  l'indivisibilité  de  la 
République  est  de  réunir  autour  de  la  Convention  nationale,  centre  unique 
de  tous  les  pouvoirs,  une  force  armée  capable  de  rendre  ses  délibérations 
libres  et  de  les  faire  respecter; 

«  Arrête....  » 

—  Suit  rarrêté  qui  porte  la  force  armée  à  cinq  cents  liommes  et  en 
règle  l'organisation.  (Archives  nationales,  1)  xl  §  4,  carton  'iO,  dossier 
Indrc-el-Loire.) 

VI 

(Page  21.) 

Tentative  du  département  de  l'Orne  auprès  du  département 
d'Indre-et-Loire  (35  juin). 

«  Le  citoyen  Villeneuve,  commissaire  du  département  de  l'Orne,  a  remis 
sur  le  bureau  et  présenté  à  l'enregistrement  une  commission  du  dépar- 
tement qui  l'envoie  près  de  l'armée  de  l'Ouest  pour  prendre  les  renseigne- 
ments les  plus  exacts  sur  sa  position,  sur  celle  des  rebelles.  » 

—  Le  conseil  passe  à  l'ordre  du  jour,  et  cependant  promet  de  faire  par- 
venir journellement  au  département  de  l'Orne  ses  bulletins  imprimés; 
mais  la  démarche  était  suspecte: 

((  Un  membre  a  dit  qu'il  ne  suffirait  pas  de  rejeter  du  teriitoire  de  ce 
déparlement  tout  commissaire  qui  serait  envoyé  pour  essayer,  quoique  vai- 
nement, de  détacher  celte  administration  de  ses  principes  connus  pour 
l'unité  et  l'indivisibilité  de  la  République;  qu'il  fallait  encore  sopposer, 
par  tous  les  moyens  possibles,  au  passage  de  toute  force  armée  levée  par 
les  déparlements  coalisés  pour  saper,  sous  le  nom  de  l'amour  de  l'ordre 
et  des  lois,  les  fondements  de  la  République  naissante. 

((  La  motion  a  été  généralement  appuyée.  » 

—  Sur  l'avis  du  président  et  du  procureur  général  syndic,  il  est  décidé 
((  que  la  force  publique,  légalement  requise,  sera  employée,  s'il  en  est  be- 
soin, pour  repousser  toute  violation  du  territoire  de  ce  déparlement,  de 
la  part  des  troupes  des  dépailements  fédéralisés.  »  (Archives  d'Indre-el- 
Loire,  Registre  des  délibérations  du  conseil  du  département,  'a  la  date). 

YII 

(Pflgc  52.) 

Le  conseil  du  département  du  Loiret  depuis  l'affaire 
de  liéonard  Bourdon. 

Le  conseil  est  muet  sur  les  factieux.  11  ne  sait  plus  faire  de  manifesta- 
lion  que  contre  les  traîtres,  par  exemple  contre  Dumoiu-iez  dont  la  tête  est 


ADRESSE  DE  GIEN-SUR-LOIRE.  443 

mise  à  prix  (300  000  livres  à  qui  le  ramènera  ii  Paris,  A  avril).  Le  9  avril, 
à  la  suite  d'un  discours  où  le  procureur  général  syndic  rappelait  le  procès 
de  ((  l'infàmc  Louis  »,  tonnait  contre  les  Lafayelle,  les  Capel,  les  Dumou- 
riez,  on  établit  un  comité  de  sûreté  générale  contre  les  traîtres  et  les 
conspirateurs.  Le  25,  dans  une  lettre  aux  représentants  délégués  pour 
la  Nièvre  et  le  Loiret,  le  conseil  rejette  bien  loin  l'idée  de  fédéra- 
lisme : 

«  Non,  jamais,  l'idée  de  séiéralisme  n'entrera  dans  nos  ànies  :  car 
ce  n'est  pas  en  vain  que  nous  avons  renouvelé,  il  y  a  peu  de  jours,  à  la 
face  de  la  P'rance  entière,  le  serment  de  défendre  jusqu'au  dernier  soujiir 
la  République  indivisible.   « 

Le  27  avril,  ou  procède  au  désarmement  des  suspects  par  des  visites 
domiciliaires.  Le  4  mai,  le  conseil  ré|iond  à  l'appel  de  la  Convention  en 
arrêtant  que  le  département  fournira  900  hommes  pour  la  défense  des 
départements  envahis.  (Registres  du  conseil  général  du  Loiret,  t.  VH,  aux 
dates.) 

VIII 

(Page  32.) 
Adresse  de  Gien-snr-Loire  (24  mai). 

«  La  Constitution  ! 

((  Elle  est  enfin  commencée....  « 

—  Ils  disent  combien  elle  est  nécessaire  : 

u  Oue  nos  maux  sont  grands,  tous  les  pouvoirs  sont  confondus,  la 
sûreté  des  personnes  et  des  propriétés  méconnue,  les  destitutions  et  les 
remplacements  ar])itraires,  les  lois  (jusque  dans  leur  sanctuaire)  avilies 
et  méprisées  ;  partout  régnent  la  licence  et  l'anarchie;  partout  le  mot 
révolution  semble  justifier  tous  les  excès. 

«  Les  journaux  vous  flattent  et  vous  abusent,  nos  perles  sont  innncnscs. 

«  Républicains,  le  salut  de  la  République  est  entre  vos  mains.  Pro- 
mettez donc  d'abjurer  vos  haines  et  vos  divisions  personnelles  pour  nous 
donner  enfin  une  Constitution.  »  (Archives  nationales,  1)  xl  §  4,  carton  21, 
dossier  Loiret.) 

IX 

(Page  55.) 

Deruière  tentative  du  fédéralisme  dans  le  Loiret. 

La  commission  populaire  de  salut  public  de  la  Gironde,  cherchant  le 
salut  de  la  Convention  dans  une  réunion  des  suppléants  à  Courges,  avait 
fait  un  appel  aux  départements,  et,  dans  la  région  de  la  Loire,  sa  lettre 
devait  être  successivement  communiquée  à  Blois,  à  Orléans,  à  Nevcrs,  puis 


AU  APPENDICES. 

à  Bourges.  Léonard  Bourdon,  chargé  d'une  mission  dans  ces  contrées,  en 
fut  instruit,  et  voici  ce  qu'il  écrit  de  Tours  sur  sa  visite  à  Orléans  (19  juin)  : 

((  Citoyens  nos  collègues, 

((  Il  nous  était  revenu  que  l'administration  du  déparlement  du  Loiret 
avait  adressé  à  celle  du  déparlement  du  Cher  des  dépêches  dictées  par 
un  esprit  contre-révolulionnaire  ;  nous  nous  sommes  rendus,  en  arrivant  à 
Orléans,  au  département  pour  lui  faire  part  de  nos  inquiétudes  à  ce  sujet 
et  examiner  sa  conduite.  11  nous  a  représenté  les  pièces  dont  nous  joignons 
ici  les  copies.  Vous  y  verrez  l'intention  de  faire  partager  par  les  dépar- 
tements voisins  les  passions  de  celui  de  la  Gironde,  au  sujet  des  décrets 
d'arrestation  prononcés  par  la  Convention  nationale  dans  sa  séance  du 
2  juin.  Nous  avons  requis  le  département  du  Loiret  de  nous  représenter 
ses  registres  depuis  la  fin  de  mai.  Nous  n'y  avons  trouvé  aucun  arrêté  qui 
eût  de  la  relation  avec  cette  séance.  Nous  nous  sommes  hornés  à  faire 
sentira  cette  administration  tout  ce  que  sa  conduite  avait  d'incivique  ou 
d'irréfléchi.  Il  nous  était  impossihle  de  faire  plus,  d'après  l'intention  que 
la  Convention  nationale  avait  m;inifestéc  d'ajourner  ce  qui  avait  trait  à  la 
coalition  départementale  projetée  par  quelques  administrateurs  de  Bordeaux. 

((  Salut  et  fraleruité, 

((  Signe  :  Bourdon,  Dameron.   » 

Les  pièces  jointes  sont  une  lettre  de  Bordeaux  au  département  de  Loir- 
cl-Cher  avec  prière  de  la  transmettre  aux  départements  avoisinants,  (\  juin; 
une  lettre  du  département  de  Loir-et-Cher  à  celui  du  Loiret,  8  juin,  et  une 
autre  du  Loiret  à  la  ISièvrc,  8  juin.  (Archives  nationales,  AF  ii,  carton  40, 
dossier  160,  n"  43.) 

X 

(Page  o5.) 

Conseil  général  de  la  Yienne. 

(Séance  du  G  juin  1793.) 

«  D'après  la  lecture  du  hulletin  du  lundi  5  de  ce  mois  qui  annonce  qu'à 
la  séance  du  2  on  a  mis  en  état  d'arrestation  dans  leurs  maisons  plusieurs 
mcmhres  de  la  Convention  nationale,  un  memhre  a  demandé  :  1"  Qu'il  soit 
fait  une  adresse  aux  administrés  du  département ,  dans  laquelle,  après 
leur  avoir  exposé  les  dangers  imminents  de  la  chose  puhlique,  ils  seront 
invités  à  la  paix  et  à  l'union  entre  eux,  à  respecter  les  personnes  et  les 
propriétés,  à  surveiller  et  arrêter  les  agitateurs,  à  s'ahandonner  à  la  con- 
fiance qu'ils  doivent  à  des  adu^inistra leurs  qui  offrent  leurs  tètes  pour 
garantie  de  leur  loyauté; 

«  2°  Que  toutes  les  autorités  constituées,  tant  administratives  que  judiciai- 
res, ainsi  que  les  sociétés  populaires  du  département,  soient  convoquées 
sans  délai,  à  l'effet  de  nommer  et  envoyer  des  commissaires  à  l'assemblée 


CONSEIL  GENERAL  DE  L\  VIENNE.  445 

générale  qui  aura  lieu  dans  la  ville  de  Poitiers  le  ...  de  ce  mois  pour  déli- 
bérer sur  le  parti  à  prendre  dans  les  circonstances  actuelles; 

«  5"  Que  les  autorités  constituées  de  celte  ville  soient  invitées  à  envoyer 
des  commissaires  à  la  séance  de  demain  5  heures  do  relevée,  savoir  quatre 
de  la  part  du  conseil  général  de  la  commune  et  deux  de  la  part  des  autres 
corps  constitués,  tant  administratifs  que  judiciaires,  ainsi  que  de  la  part 
de  la  Société  populaire,  pour  se  concerter  avec  le  conseil  général  du 
département  sur  les  opérations  préparatoires  à  l'assemblée  générale. 

(I  Ces  trois  propositions  mises  aux  voix  ont  été  successivement  adoptées, 
après  (]ue  le  procureur  général  syndic  a  été  entendu.  »  (Archives  de  la 
Vienne,  Délibérations  du  conseil  général  du  département,  à  la  date.) 


XI 

(Page  5G  ) 
Conseil  général  de  la  Vienne. 

(Séance  du  9  juin.) 

«  Le  commissaire  du  département  de  la  Haute-Vienne  a  déposé  sur  le 
bureau  un  arrêté  du  département  de  la  Côtc-d'Or  auquel  a  adhéré  le  dépar- 
tement de  la  Haute- Vienne. 

«  Lecture  faite  de  cet  arrêté  qui  annonce  de  grandes  mesures  à  prendre 
dans  les  circonstances,  le  conseil  général,  considérant  que  les  différents 
commissaires  des  corps  constitués  de  la  ville  de  Poitiers,  qui  avaient  été 
invités  à  se  rendre  à  cette  séance,  n'y  sont  pas  présents  et  que  la  matière 
offerte  à  la  discussion  par  arrêté  du  département  de  la  Côte-d'Or  est  assez 
importante  pour  devoir  être  discutée  dans  une  assemblée  générale,  arrête 
que  les  commissaires  présents  à  la  séance  du  jour  d'hier  seront  convoqués 
à  se  joindre  au  conseil  général  du  département  pour  délibérer  dans  ses 
séances  de  demain,  0  heures  du  matin,  sur  les  grands  sujets  d'intérêt 
public  présentés  dans  l'arrêté  de  la  Cùte-d'Or.  »  (Archives  de  la  Vienne, 
Délibérations  du  conseil  général  du  département,  à  la  date.) 

XII 

(Pag-c  38.) 

.%rrèté  du  conseil  général  de  la  Vienne  (15  juin  1793). 

Art.  1"".  —  11  sera  ouvert  une  correspondance  avec  les  quatre-vingt- 
quatre  autres  départements  de  la  République. 

Art.  2.  —  Cette  correspondance  se  fera  par  commissaires. 

Art.  3.  —  Le  lieu  central  de  la  commission  sera  la  ville  do  Bourges. 

Art.  4.  —  Tous  les  départements  sont  invités  à  y  envoyer  des  commis- 
saires. 


4-46  APPENDICES. 

Art.  5.  Los  seuls  pouvoirs  des  commissaires  seront  de  rédiger  une 
adresse  à  la  Convention  nationale  dont  les  bases  sont  ci-aprcs  déterminées, 
sans  qu'ils  puissent  prendre  aucun  arrêté  ni  y  concourir  sans  une  nouvelle 
délégation. 

Akt.  6.  —  Les  bases  de  l'adresse  seront  les  principes  suivants:  1°  unité 
cl  indivisibilité  de  la  République  ;  i2  "  unité  et  indivisibilité  de  la  repré- 
sentation nationale;  —  o"  inviolabilité  des  représentants  du  peuple,  hors 
le  cas  de  délit?,  et  liberté  entière  de  leurs  opinions;  —  4"  une  prompte 
Constitution  fondée  sur  les  principes  de  la  liberté,  de  l'égalité  et  de  la 
siirelé  des  personnes  et  des  propriétés;  —  b"  jugement  des  représentants 
du  peuple  et  de  tous  autres  prévenus  de  conspiration  par  un  tribunal  na- 
tional, placé  au  centre  de  la  République  et  toujours  à  cinquante  lieues  au 
moins  du  lieu  des  séances  de  la  Convention  ou  du  Corps  législatif,  lequel 
tribunal  sera  formé  par  le  choix  immédiat  du  peuple  ;  —  6°  dans  le  cas 
d'accusation  ou  d'arrestation  de  quelques  représentants  du  peuple,  appel 
de  leurs  suppléants  provisoirement  à  leur  place,  jusqu'au  jugement  des 
premiers;  —  7°  prononciation  sans  délai  de  l'acte  d'accusation,  s'il  y  a 
lieu,  contre  les  trente-deux  députés  mis  en  état  d'arrestation  par  la  Con- 
vention; et  néanmoins  surséance,  jusqu'à  ce,  de  toute  discussion  sur  la 
la  Constitution  de  la  République  ;  —  8"  discussion  préalable  à  l'acte 
d'accusation,  pendant  laquelle  les  représentants  prévenus  seront  entendus 
sur  les  délits  portés  dans  la  dénonciation  ;  —  9"  nul  autre  envoi  ni  rési- 
dence de  commissaires  de  la  Convention  qu'auprès  des  armées  et  dans  les 
départements  insurgés  seulement  ;  —  10"  invitation  à  la  Convention  de 
faire  remplacer  les  commissaires  par  les  suppléants  nommés  dans  leurs 
départements,  et,  en  cas  d'insuffisance,  par  ceux  des  départements  les  plus 
voisins  pour  compléter  la  représentation  nationale;  —  11"  déclaration  à 
la  Convention  que,  les  corps  administratifs  étant  les  associés  du  Pouvoir 
exécutif  et  présentant  une  responsabilité  réelle,  aucune  autorité  intermé- 
diaire par  lui  déléguée  ne  doit  exister  sans  compromettre  la  chose  publi- 
que; —  12°  que  la  Convention  sera  instruite  que  tous  les  citoyens  sont 
prêts  à  marcher  pour  assurer  l'inviolabilité  de  la  représentation  nationale 
et  l'exécution  de  ses  décrets;  que  les  corps  constitués  emploieront  leurs 
moyens  pour  résister  de  tout  leur  pouvoir  à  toute  autorité  despotique 
dictatoriale  et  contre  toute  suprématie  de  commune;  —  15°  qu'il  sera 
demandé  à  la  Convention  que  la  commune  provisoire  du  10  août  et  la 
commune  actuelle  de  Paris  rendent  incessamment  leurs  comptes;  que 
toutes  avances  sur  le  trésor  public  soient  refusées  à  cette  commune  jus- 
qu'à la  reddition  de  ses  comptes;  que  Paris  justifie  à  la  République  du  paye- 
ment de  ses  contributions  en  la  manière  indiquée  par  la  loi  ;  —  14°  que 
cette  commune  est  déclarée  responsable  envers  la  nation  entière  de  toute 
atteinte  qui  a  été  et  qui  pourrait  être  portée  à  la  Représentation  nationale 
tant  qu'elle  sera  dans  son  sein. 

Ap.t.  7.  —  L'adresse  rédigée  par  les  commissaires  sera  de  suite  par 
eux  portée  à  la  Convention  nationale. 

Anr.  8.  —  11  sera  proposé  par  lesdits  commissaires  une  adresse  frater- 


ADRESSE  DU  CONSEIL  DE  LA  HAUTE-VIENNE.  4i7 

iK>lle  aux  citoyens  de  Paris,  laquelle  sera  envoyée  par  la  poste  à  la  imini- 
cipalité  et  aux  48  sections  de  celte  ville.  (Archives  de  la  Vienne,  Conseil 
général  du  déparlement,  à  la  date.) 

—  La  minute  porte  ensuite  qu'il  est  procédé  à  la  nomination  d'un  com- 
missaire et  d'un  suppléant.  Le  commissaire  est  Texier;  le  suppléant  Fradin, 
professeur  de  philosophie.  Ces  deux  nominations  sont  rayées  à  la  minute, 
mais  reproduites  au  registre,  P  142.  Fradin  donna  sa  démission  par  une 
lettre  qui  a  été  conservée. 


xiri 

.      (Page  43.) 
Adresse  du  conseil  de  la  Haute- Ylenne  (19  janvier). 

((  Un  cri  d'indignation  s'élève  dans  toutes  les  parties  de  la  République 
contre  l'affreuse  conspiration  qui  menace  la  souveraineté  nationale.... 

((  On  cherche  à  vous  avilir  pour  parvenir  à  vous  dissoudre.... 

«  Représentants,  vous  ne  déconcerterez  ces  complots  qu'en  déployant 
contre  les  factieux  toute  la  force  et  toute  la  majesté  du  peuple  que  vous 
représentez. 

«  Au  cri  du  danger  qui  vous  environne,  tous  les  citoyens  des  départe- 
ments se  sont  levés,  et  de  tous  les  points  de  l'Empire  leurs  légions  innom- 
brables n'attendent  que  le  signal  de  la  loi  pour  se  presser  autour  de  votre 
enceinte  ;  car  il  faut  enfin  que  vous  soyez  libres,  et  telle  est  la  crise  redou- 
table où  Aous  ont  conduits  les  événements,  que  vous  ne  pouvez  l'être  qu'en 
vous  entourant  d'une  force  départementale  assez  puissante  pour  assurer 
le  succès  de  vos  travaux,  anéantir  les  factions  et  dissiper  les  inquiétudes 
de  vos  commettants,  llàtez-vous  donc  de  Torganiser,  cette  force  tutélaire 
qui  doit  sauver  la  liberté;  tous  les  citoyens  de  notre  département,  impa- 
tients de  concourir  à  sa  formation,  sollicitent  avec  ardeur  l'ordre  de  partir 
pour  vous  défendre.  » 

Après  la  trahison  de  Dumouriez,  la  Société  jacobine  de  Limoges  prit  sa 
revanche  par  cette  adresse  sans  date,  reçue  le  15  avril  : 

«  La  Société  des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité,  justement  indignée 
des  infâmes  trahisons  que  la  République  éprouve  de  toutes  parts,...  vient 
s'unir  à  ses  représentants  pour  sauver  la  patrie....  n 

—  Plus  de  ménagements,  des  mesures  vigoureuses  : 

((  Tous  les  Français  savent  aujourd'hui  que  les  Jacobins  ne  sont  pas  des 
traîtres  et  des  factieux  et  que  le  peuple  de  Paris,  si  indignement  calomnié, 
ne  veut  pas  l'anarchie.  Le  voile  est  déchiré  ;  les  royalistes  et  les  désorga- 
nisateurs  sont  connus,  la  loi  a  prononcé;  il  faut  que  les  tètes  coupables 
tombent  sur  l'échafaud.  «  (Archives  nationales,  D  xl§4,  carton  23,  dossier 
Haule-Vienne.) 


448  APPENDICES. 

XIV 

(l'ag-e  52.) 

Adresse  dn  conseil  g^énéral  de  la  Charente  aux  Parisiens 
(39  mai]. 

((  L'excès  de  nos  maux  est  à  son  comble,  nous  ne  pouvons  iilus  nous  le 
dissimuler;  nos  plus  cruels  ennemis  ne  sont  pas  ceux  qui  nous  combattent 
à  main  armée  ;  les  désorganisateurs,  les  anarchistes  qui  ne  veulent  point 
de  lois  sont  les  traîtres  qui...  nous  préparent  les  fers  de  la  plus  horrible 
servitude.... 

((  11  est  impossible  que  l'état  des  choses  favorise  l'établissement  d'une 
Constitution  sage  et  libre.  Il  faut  donc,  avant  tout,  assurer  l'indépendance 
de  la  Convention  nationale  :  la  garde  départementale  opérerait  cet  effet  et 
serait  un  nouveau  lien  qui  attacherait  tous  les  déparlements  au  centre 
commun.... 

«  Nous  entendons  les  hypocrites  se  récrier  et  dire  qu'on  calomnie  Paris 
et  ses  habitants.... 

((  Nous  ne  l'ignorons  pas,  les  crimes  sur  lesquels  nous  nous  empressons 
de  tirer  le  rideau  ne  sont  pas  l'ouvrage  des  citoyens  de  Paris;  nous  savons 
distinguer  les  hommes  du  14  juillet  et  du  10  août 

((  Braves  et  généreux  Parisiens,  héros  des  14  juillet  et  10  août,  souffrirez- 
vous  que  de  vils  agitateurs,  d'indignes  factieux  détruisent  votre  ouvrage 
et  le  nôtre?...  Non,  non,...  assez  longtemps  vous  avez  seuls  opposé  votre 
courage  et  votre  énergie  aux  trames  infernales  des  ennemis  de  la  chose 
publique.  Il  est  temps  que  vos  frères  des  départements  vous  soulagent  et 
concourent  avec  vous  dans  le  glorieux  emploi  de  rendre  ou  de  conserver 
la  majesté  aux  députés  d'une  nation  qui  veut  la  liberté....  »  (Bibliothèque 
nationale,  Lb'"  5026.) 

XV 

(Page  56.) 
Adresses  de  la  Charente-Inférieure. 

28  décembre  1792  :  La  Société  des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  de 
}(t  Rochelle  se  montre  indépendante  à  l'égard  de  tous  et  même  indulgente 
j)0ur  Marat  : 

((  De  quelles  scènes  scandaleuses  le  lieu  de  vos  séances  est-il  devenu 
le  théâtre?  Le  sanctuaire  de  la  liberté  n'esl-il  donc  plus  qu'une  arène  où 
combattent  de  vils  gladiateurs? 

«  Législateurs,  nous  allons  vous  dire  la  vérité,  car  vous  avez  besoin  de 
l'entendre....  » 


ADRESSES  DE  LA  CHVREME-INFÉRIEURE.  449 

—  Cène  sont  que  divisions  criminelles,  haines  particulières;  accu- 
sations réciproques  : 

«  Roland,  écoute-nous,  nous  ne  voulons  ni  de  congrès  ni  de  toi  pour 
président.  Robespierre,  nous  ne  voulons  ni  dictature,  ni  de  toi  pour  dicta- 
teur. Brissot,  rappelle-toi  Mirabeau,  Lafayetle,  les  Lametb  et  Barnave.  et 
ressouviens-toi  que,  comme  disait  l'un  d'eux,  il  n'y  a  pas  loin  du  Capilole 
à  la  Roche  Tarpéienne. 

((  Pour  loi,  Marat,...  nous  ne  parlagcons  pas  tes  erreurs,  mais  nous 
n'applaudissons  pas  à  ceux  qui  te  déchirent  avec  acharnement.  Leur  fureur 

contre  toi  nous  a  convaincus  que  quelquefois  lu  pouvais  avoir  raison » 

'5  janvier  1795.  —  Les  citoyens  libres  de  la  ville  de  Roche  fort  : 

i(  Il  est  temps  que  la  voix  terrible  du  peuj)!e  se  fasse  entendre  et  qu'il 
écrase  pour  toujours  les  scélérats  qui  se  sont  introduits  dans  le  temple 
auguste  et  saint  des  lois  qu'ils  souillent  de  leur  coupable  présence.  Nous 
vous  avons  essentiellement  députés  pour  discuter  sur  l'intérêt  public... 
et  il  est  malheureusement  parmi  vous  des  factieux  qui  ne  s'occupent  que 
d'intérêts  personnels.... 

«  Nous  avons  abattu  l'hydre  de  la  tyrannie  et  il  renaît  parmi  vous  sous 
une  autre  forme....  Mais  qu'ils  tremblent,  les  nouveaux  tyrans;...  si  la  chute 
du  dernier  despote  a  été  terrible,  la  leur  sera  plus  terrible  encore.  Elle 
s'apprête  avec  tous  les  signes  d'une  vengeance  implacable,  et  ils  sentiront 
que  ce  n'est  pas  impunément  qu'on  se  joue  des  Français.  »  (Deux  grandes 
pages  de  signatures.) 

14  mai.  —  Les  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  de  Saintes. 

«  Elevez-vous  donc  à  la  hauteur  de  vos  grandes  destinées,  dédaignez' 
l'intrigue. 

((  Eh  quoi  !  c'est  lorsque  trois  ou  quatre  déparlements  sont  en  proie  aux 
fureurs  fanatiques  d'une  armée  de  révoltés,...  lorsque  des  gardes  natio- 
nales, des  pères  de  famille  sont  gardés  en  otages  par  ces  brigands  qui 
menacent  d'en  faire  une  horrible  bcycherie,...  vous  perdez  un  temps  pré- 
cieux à  des  discussions  oiseuses,  envenimées  par  des  personnalités.  » 
(Adresses  analogues  de  Marennes,  25  avril,  21  mai  et  2  juin.) 

4  juin.  —  Les  citoyens  de  Saint-Martin  (île  de  Ré)  disent  : 

«  Faites  cesser  vos  éternelles  et  scandaleuses  divisions.  La  route  du  dé- 
sintéressement que  vous  auriez  dû  nous  montrer,  c'est  nous  qui  vous 
l'avons  indiquée,  sans  que  vous  l'ayez  beaucoup  suivie.  Presque  tous  les 
Français  ont  fait  des  dons  immenses  à  leur  chère  patrie.  Et  vous,  qu'avez- 
vous  fait?  bien  peu  de  chose.  Vous  avez,  il  est  vrai,  décrété  la  Républi- 
que; mais,  semblable  au  vieux  Saturne  qui  dévorait  ses  propres  enfants 
quand  ils  naissaient,  vous  cherchez  à  étouffer  dans  son  berceau,  par 
une  honteuse  désunion,  cette  même  République  que  vous  avez  créée.  »  — 
(Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  lit,  dossier  Charente-Inférieure .) 


RÉVOL.   DU   31    MAI.  II  —  2î> 


450  APPENDICES. 

XVI 

(Page  58.) 

Adresse  et  arrêté  du  conseil  général  de  la  Dordogne. 

«  Représentants  du  peuple, 

((  Investis  de  sa  confiance,  vous  exercez  sa  souveraineté,  ne  souffiez  pas 
son  avilissement.... 

((  Vos  délibérations  n'offrent  aux  yeux  du  peuple  étonné  qu'une  lutte  de 
personnalités  qui  lui  fait  méconnaître  ses  législateurs  et  qui  enliardit  la 
horde  des  scélérats  qui  remplissent  les  liibunes  du  lieu  de  vos  séances  à 
vous  insulter  et  à  influencer  vos  délibérations.... 

((  La  loi,  la  loi  seule  est  l'unique  souverain  qui  doit  commander  à  un 
peuple  libre....  Représentants  du  peuple,  donnez-nous  des  lois,  dictez-les 
dans  le  sein  de  la  liberté.  Qu'elles  soient  rendues  sur  le  vœu  de  la  nation 
entière  et  non  par  l'effet  de  l'intrigue  et  de  l'ambilion....  Tel  est  le  cri  uni- 
versel de  nos  administrés  ;  ils  s'arment  pour  voler  à  votre  défense.  L'arrêté 
que  nous  venons  de  prendre  dans  cet  objet,  dont  nous  vous  envoyons  une 
expédition,  vous  prouvera  que  le  département  de  la  Dordogne,  ainsi  que 
tous  ceux  de  la  République,  déteste  les  agitateurs  et  les  intrigants,  quelque 
part  qu'ils  se  trouvent  ;  qu'il  veut  la  liberté  jiour  ses  représentants,  pour 
la  nation,  et  la  République  indivisible.  » 

Suit  l'arrêté  qui  crée  et  organise  la  force  départementale.  (Archives  na- 
tionales, D  XL  §  4,  carton  19,  dossier  Dordogne.) 

Une  lettre  du  procureur  général  syndic  Pipaud  signalait  au  ministre  de 
l'Intérieur  (G  janvier  1795)  une  réunion  tenue  à  la  Société  des  Amis  de  la 
liberté,  où  l'on  avait  déjà  résolu  de  marcher  en  forces  au  secours  de  lu 
Convention  et  de  demander  qu'elle  sorte  de  Paris  si  les  agitations  de  la 
ville  ne  prenaient  fin.  (Archives  nationales,  AF  n,  carton  45,  dossier  154. 
u°l.) 

XVII 

(Page  59.) 

Adresse  de  la  Société  répuitlicaine  de  IVIontIgnac 
(3  juin  1793). 

«  Que  faites-vous?  Injures,  menaces,  dénonciations  à  tort  et  à  travers,  et 
sans  preuves,  telle  est  votre  conduite.  Les  haines  personnelles  ont  pris  la 
place  du  bonheur  public,  vos  assemblées  ressemblent  plutôt  à  une  arène 
de  gladiateurs  '  qu'à  une  assemblée  majestueuse  et  paisible  des  représen- 
tants du  premier  peuple  de  l'univers.  » 

1.  Celte  image  revient  souvent.  C'était  comme  un  écho  de  la  voix  de  Danton 
qui  l'avait  produite  à  la  tribune. 


ADRESSES  DES  VILLES  DE  Li-  GIRONDE.  451 

A  la  nouvelle  de  l'arreslalion  des  dépulés,  elle  veut  croire  que  des  rai- 
sons de  salut  public  ont  dirigé  la  Convention,  mais  elle  ajoute  (14  juin)  ; 

«Les  députés  en  arrestation  doivent  être  frappés  du  décret  d'accusation 
sans  différer  s'ils  sont  coupables,  comme  ils  doivent  élre  rendus  à  leurs 
fonctions  s'ils  sont  innocents  ou  s'ils  ne  sont  pas  convaincus.  » 

Elle  attend  d'ailleurs  avec  calme  ce  jugement,  et  elle  a  invité  le  dépar- 
tement de  la  Gironde  à  respecter  les  décrets  à  son  exemple.  (Arcliives 
nationales,  D  xl  §  4,  carton  19,  dossier  Dordogne.) 


XVIII 

(Page  60.) 
Adresses  des  villes  de  la  Gironde. 

Lesparre  écrivait  à  la  Convention  (adresse  reçue  le  11  janvier  1795)  : 

«  Qu'avez-vous  fait  jusqu'ici?...  Vous  vous  êtes  occupés  de  quelques  in- 
dividus qui  étaient  trop  méprisables  pour  être  dangereux...  et  la  nation 
attend.  » 

Et  les  citoyens  libres  de  Liboiiriie  (20  janvier)  : 

«...  Avez-vous  justifié  les  espérances  de  la  nation?... 

«  Législateurs,  ne  craignez  ni  les  menaces,  ni  les  proscriptions.  La 
nation  ne  réside  pas  dans  Paris.  Les  85  autres  départements  sor.t 
debout,  ils  veulent  que  leurs  représentants  soient  libres  et  respectés;  ils 
veulent  la  république  une  et  indivisible,  mais  avec  elle  ("exécution  en- 
tière des  lois;  ils  ne  veulent  d'aucune  espèce  de  tyrans;  ils  abhorrent 
également  elles  rois  et  les  dictateurs  et  les  triumvirs;  ils  ne  seront  jamais 
les  esclaves  que  de  la  loi  ;  mais  ils  ne  veulent  pour  législateurs  ni  les 
tribunes  de  Paris,  ni  les  traîtres  qui  les  payent  et  les  égarent,  n 

Autre  adresse  dans  le  même  sens,  le  G  avril  : 

((  Des  lois  et  une  bonne  Constitution.  « 

Et  le  28  : 

((  La  tyrannie,  abattue  avec  la  tète  du  perfide  Capet,  s'était  relevée  plus 
audacieuse  et  plus  barbare  encore  à  l'aide  d'un  scélérat  dont  le  nom  re- 
trace tous  les  crimes.  Le  décret  d'accusation  que  vous  avez  porté  contre 
lui  a  terrassé  de  nouveau  le  monstre. 

((  Représentants,  la  patrie  est  perdue  si  vous  ne  renoncez  enfin  à  te 
système  de  mollesse  qui  a  enhardi  tous  les  scélérats  et  tous  les  conspira- 
teurs. ))  —  Ils  signalent  leurs  audacieux  défis  à  la  barre  ! 

«  Et  le  glaive  de  la  loi  ne  frapperait  pas  ces  hommes  atroces! 

«  Guerre  aux  tyrans,  guerre  aux  traîtres,  guerre  aux  anarchistes,  guerre 
aiix  brigands,  tel  est  le  cri  de  la  Gironde.  » 

Adresses  analogues  des  Sociétés  populaires  de  Lancjon  (G  mai),  A'Anduzc 
(7  mai)  : 

«  Le  peuple  friinçais  est  debout,...  craignez  qu'il  ne  soupçonne  en  vous 
des  desseins  perfides....  La  Constitution  ! 


452  APPENDICES. 

«  Prévenez  les  terribles  mesures  que  le  désespoir  pourrait  lui  dicter, 
si  TOUS  ne  faites  bientôt  cesser  l'anarchie  qui  le  désole.  » 

Fin  de  mai  :  Le  conseil  de  la  commune  et  la  Société  populaire  de 
Saint- André  de  Cussac  : 

((  Le  premier  de  vos  devoirs  était  de  nous  donner  une  Constitution,  et 
c'est  la  chose  dont  vous  vous  êtes  occupés  le  moins 

((  Représentants,  une  place  éminente  vous  attend  chez  la  postérité. 
Vous  y  serez  au  premier  rang  des  bienfaiteurs  du  genre  humain  ou  des 
destructeurs  de  l'ordre  social.  Le  choix  est  entre  vos  mains,  c'est  à  vous 
de  le  fixer,  w 

5  juin.  —  La  Société  des  Amis,  etc.,  de  Bazas  : 

((  Il  est  temps  que  vous  rappeliez  la  municipalité  de  Paris  à  la  ligne 
de  démarcation  qu'elle  n'aurait  jamais  dû  quitter.  » 

Les  citoyens  de  la  ville  de  Nérac  (fin  de  mai)  en  appellent  à  l'histoire 
ancienne  : 

«  L'histoire  est  l'école  des  sages.  Elle  nous  apprend  que  les  factions 
d'Amilcar  et  de  Ilannon,  qui  déchiraient  le  sénat  de  Carthage,  perdirent 
celte  fameuse  république.  » 

10  juiii.  —  La  Société  populaire  de  Ranzau  : 

«  Sauvez  la  Patrie,  sinon  avouez  votre  insuffisance  et  convoquez  sans 
relard  les  assemblées  primaires.  »  (Archives  nationales,  D  sl  §  4,  car- 
ton 20,  dossier  Gironde.) 

XIX 

(f'age  69.) 

Bordeaux  au  moment  de  la  Révolution  du  31  mai. 

Un  dossier  du  Comité  de  salut  public  relatif  à  Toulon  (Archives  natio- 
nales, AF  11,  carton  44,  dassier  152)  contient  une  lettre  du  ministre  des 
Affaires  étrangères  Lebrun  au  citoyen  Cambon,  président  du  Comité  du 
salut  public,  à  la  date  du  b  juin.  11  lui  communique  ce  qu'il  a  appris  d'un 
homme  de  confiance  envoyé  au  général  Biron,  1"  sur  les  correspondances 
avec  l'Angleterre,  2"  sur  la  Vendée  et  la  nécessité  d'y  porter  un  grand 
coup.  5"  sur  Bordeaux. 

((  Il  en  résulte,  dit-il,  que  la  ville  de  Bordeaux  et  tout  le  département  de 
la  Gironde  sont  à  surveiller,  et  il  n'y  a  pas  de  temps  à  perdre  après  ce 
qui  vient  de  se  passer  :  «  Ménagez  Bordeaux,  a  dit  le  général,  tenez-y 
11  quelqu'un  en  qui  on  ait  confiance,  qui  cahne,  qui  assure  que  l'on  ne  veut 
((  pas  troubler  leur  repos,  et  vous  contiendrez  cette  ville.  Les  tètes  y 
«  sont  plus  décidées  qu'échauffées.  On  m'y  a  paru  bien  déterminé  à  ne 
(1  pas  se  mêler  des  affaires  de  Paris,  mais  plus  déterminé  encore  à  con- 
«  server  liberté,  propriété  et  opulence.  Leur  confiance  dans  leur  dépu- 
((  tation  paraît  très  grande  et  générale.  Un  jjarti  violent  n'est  le  vœu  de 
«  personne;  mais,  s'il  se  prenait  contre  Bordeaux  quelque  parti  sévère,  il 


LES  JACOBmS  DE  LESPARRE.  455 

«  y  aurait  une  gi'ande  explosion.  Ils  demanderaient  du  secours  à  qui 
«  pourrait  en  donner;  et  on  ne  leur  en  refuserait  pas....  Ils  ne  veulent 
•(  pas  de  roi,  mais  une  république  riche  et  tranquille.  Je  vous  ferai  part  do 
<(  tout  ce  que  je  saurai  et  je  tâcherai  d'être  bien  informé  par  des  gens 
<(  qui,  comme  moi,  veulent  la  République  une  et  indivisible.  Bordeaux 
>(  nest  pas  maintenant  notre  petit  danger.  Avec  delà  sagesse  on  le  con- 
K  servera,  on  en  pourra  tirer  d'immenses  ressources;  des  imprudences 
u  peuvent  avoir  des  suites  désastreuses  et  incalculables.   » 

«  Je  n'ai  fait  que  rapporter  les  propres  expressions  du  général,  laissant 
au  Comité  le  soin  de  les  interpréter,  d'en  étendre  le  sens.  J'ajouterai 
seulement  que  le  général  a  donné  à  entendre  que  la  ville  de  Bordeaux 
j)Ourrait,  en  se  déclarant  indépendante,  demander  d'être  traitée  à  l'instar 
des  villes  anséatiquos  et  se  faire  appuver  par  les  Anglais,  qui  ne  demandent 
pas  mieux.  Ceci  est  de  la  plus  sérieuse  importance  et  l'on  ne  peut  tmp 
se  hâter  de  le  prévenir. 

«  Le  général  Biron  aune  autre  opinion  de  Marseille  ;  il  assure  que  cette 
ville  ne  songe  nullement  à  se  séparer  de  la  République  et  qu'il  n'y  existe 
aucune  espèce  de  complot  contre  la  majorité  de  la  Convention. 

«  Le  Brux.  )) 
XX 

(Page  76.) 
Les  Jacohins  de  Lesparrc  '13  juin). 

«  Courage,  législateurs,  tenez-vous  constamment  à  la  hauteur  de  votre 
honorable  mission.  Souvenez-vous  toujours  que  vous  êtes  les  représen- 
tants de  25  millions  d'hommes  qui  n'attendent  que  de  vous  leur  salut  et 
leur  bonheur.  Que  le  foudre  vengeur  que  la  nation  a  remis  en  vos  mains 
réduise  en  jioudre  les  factieux  qui  vous  calomnient  et  tentent  d'établir 
des  autorités  oppressives  rivales  de  la  vôtre.  » 

—  llàter  la  Constitution....  «  Jusqu'à  cette  époque  si  désirée,  le  salut  de 
la  Patrie  vous  commande  impérieusement  de  rester  fermes  à  votre  poste.  )> 
(Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  50,  dossier  Gironde.) 


XXI 

(Page  80.) 

La  légion  de  la  Gironde  à  Langon. 

La  légion  de  la  Gironde  marqua  son  séjour  à  Langon  par  cette  lettre, 
publiée  en  placard,  adressée  à  ses  concitoyens  dont  elle  cherchait  à 
réveiller  l'ardeur. 


454  APPENDICES. 

Langon,  51  juillet  1793,  l'an  II  de  la  République  française. 

Frères  et  amis, 

L:i  liberté  nous  alloit  être  ravie. ...La  Commission  populaire  fut  établie.. .. 

Eb  quoi  !  citoyens,  nous  resterions  dans  une  honteuse  sécurité,  nous 
ubirions  le  joug  des  imposteurs  et  des  assassins!  Non,  nous  le  jurons 
ous  sur  nos  armes,  en  présence  du  dieu  des  combats.  Secondez-nous, 
citoyens,  et  la  République  sera  sauvée 

Voulez-vous  que  la  tyrannie  disparaisse  de  notre  terre  sacrée  pour 
faire  place  à  la  ])aix  et  au  bonheur?  Montrez  le  spectacle  sublime  d'un 
]ieuple  qui,  au  milieu  de  ses  souffrances,  ne  parle  que  de  sa  liberté; 
demandez  dans  vos  assemblées  primaires  lo  prompt  renouvellement  delà 
Convention;  chargez-nous  de  conduire  à  Paris  les  députés  que  vous  aurez 
élus,  et  nous  jurons  de  nouveau  de  ne  rentrer  dans  nos  fovers  qu'après 
avoir  sauvé  notre  pays.  Cette  mission  est  grande.  Elle  est  digne  de  notre 
courage.  —  Suivent  les  signatures. 

(Archives  nationales,  D  xlii,  carton  4,  dossier  46,  pièce  5.) 


XXII 
(Page  8C.) 

!%'ote  de  police  sur  Bordeaux. 

«  Sections  de  Bordenvx.  — Toutes  avocatisées  et  séduites  par  l'astuce  de 
l'éloquence  et  notamment  celle  n"  15  par  un  avocat  nommé  Bretonneau, 
natif  de  la  Réole,  riche  d'esprit,  scélérat  par  caractère...  [qui]  a  fait  la 
motion  de  mettre  le  feu  aux  quatre  coins  de  Paris. 

«  Peuple  de  Bordeaux.  —  Bon  par  excellence,  supportant  la  misère,... 
provoqué  par  les  accapareurs. 

((  Club  des  Amis  de  la  liberté  et  égalité.  —  Composé  d'intrigants  à  la 
tète  desquels  sont  :  Marandon  (le  greffier  de  la  bourse...);  Duvigneau, 
procureur  au  cy-devant  parlement;  Grangeiieuve,  frère  du  député.  Ces 
trois  ont  fait  la  motion  aux  sections  de  Bordeaux  de  faire  sonner  le  tocsin 
dans  le  département  et  tirer  le  canon  d'alarme,  et  ont  causé  dans  les 
temps  le  fédéralisme  du  département.  Tous  les  trois,  intrigants  et  adula- 
teurs des  aristocrates  à  millions,  et  éloient  dans  la  Commission  de  salut 
public  en  insurrection  contre  la  Convention.  )i 

Suivent  quelques  noms  encore  :  — la  note,  qui  est  de  la  fin  de  juillet  ou 
du  commencement  d'août,  s'arrête  à  Z^crnac/rt.  (Archives  nationales,  F i* 551, 
dossier  Pannelier.) 

Une  autre  note,  postérieure  au  10  août,  qui  reproduit  les  mêmes 
détails,  prétend  qu'il  n'y  a  rien  à  redouter  de  la  ville  et  ajoute  : 

«  Un  décret  essentiel  serait  celui  qui  prononceroit  la  peine  de  mort 


BAUDOT  ET  YSABEAU  A  BORDEAUX.  455 

contre  tout  journaliste  ou  imprimeur  qui  ne  signeroit  pas  ses  ouvrages  ; 
les  départomcnts  sont  infectés  de  papiers  aristocratiques  où  l'on  trompe 
et  intimide  les  citoyens  de  la  meilloure  foi.  Le  despotisme  a  plus  d'émis- 
saires que  la  vérité  n'a  de  véritables  apôtres.  »  (Archives  nationales, 
D  XLU.  carton  4,  dossier  46,  pièce  64.) 


XXIII 

(Page  91.) 

Première  entrée  de  Baudot  et  d'I'sabeaii  à  Bordeaux. 

L'agent  Mouton  écrivait  d'Agen  :  «  A  Bordeaux,  le  royalisme  éclate  avec 
la  plus  honteuse  impudence  ;  on  s'exprime  dans  tous  les  lieux  publics 
comme  si  l'on  était  à  Coblenlz.... 

((  Les  représentants  du  peuple  furent  arrêtés  sous  prétexte  de  les  sous- 
traire à  la  fureur  populaire,  mais  en  effet  pour  les  empêcher  de  commu- 
niquer avec  les  sections  fidèles  aux  bons  principes.  Ils  furent  outragés, 
menacés  ;  une  jeunesse  effrénée  disait  qu'il  fallait  les  mettre  à  la  guil- 
lotine, qu'ils  venaient  pour  mettre  à  exécution  le  décret  contre  les  admi- 
nistrations fédéralistes.  On  me  cherchait  aussi,  on  avait  pris  des  mesures 
pour  me  faire  arrêter  ;  mais  je  trouvai  le  moyen  de  tromper  la  surveil- 
lance de  la  garde  du  quai,  et  un  fédéré  me  sauva.  Je  joignis  les  représen- 
tants du  peuple  à  Sainl-Macaire.  Je  leur  rendis  compte  de  mes  démarches 
et  j'eus  le  plaisir  de  recueillir  le  témoignage  de  leur  approbation.»  (Archives 
nationales,  F  i'  550,  dossier  Mouton.) 


XXIV 

(Page   91.) 

Manifestations  à  la  suite  du  départ  de  Baudot 
et  d'Ysabeau. 

Les  deux  représentants  publièrent  leur  insulte  sous  toutes  les  formes  : 
Proclamation  en  placard  (sans  date)  ;  rapport  (22  août)  ;  lettre  à  la  com- 
mune de  Bordeaux  :  «  Après  avoir  été  rassasiés  d'outrages  o,  etc.  (25  août). 
(Archives  nationales,  D  xui,  carton  4,  dossier  46.  pièces  29,  51  et  52.)  On 
trouve  au  n°  37  un  placard  imprimé  à  Montauban,  28  août,  qui  contient 
une  lettre  d'un  citoyen  de  Bordeaux  au  président  de  la  Société  populaire  de 
Montauban  (la  Réole,  25  août  1795)  où  l'on  raconte  les  infamies  dont 
ils  avaient  été  victimes.  On  les  montre  assaillis  par  une  bande  de  Che- 
valiers du  poignard,  criant  :  Ils  ne  7ious  cchapperonl  pas,...  prenez-les  d'as- 
saut!... frappe  le  premier!...  h  la  guilloiine!  h  la  cjnillotine  !  A  côté  de 
cela  une  lettre  du  conseil  général  de  Bordeaux  à  ses  concitoyens  (23  août) 


456  APPENDICES. 

et  une  autre  au  département  (24  août)  qui  présenlont  les  choses  tout  au- 
trement. (Archives  nationales,  n'"  58-49.) 

—  11  y  eut,  en  faveur  de  la  Commission  populaire  et  des  magistrats 
menacés,  des  manifestations  d'une  autre  sorte.  Par  exemple  cette  affiche  : 

«  Avis  à  mes  concitoyens. 

((  Vos  magistrats  sont  sous  le  couteau  ;  c'est  pour  avoir  répondu  avec 
confiance  qu'ils  s'y  Irouvcnt  placés » 

—  On  signale  l'irrégularité  du  décret  : 

«  Soyez  unis,  soyez  fermes,  et  la  justice  que  vous  attendez  ne  vous  sera 
pas  refusée  ;  vous  n'aurez  pas  même  hesoin  de  recourir  à  cette  maxime  de 
la  nature,  gravée  par  deux  fois  dans  l'acte  constitutionnel,  que  la  résistance 
à  l'oppression  est  le  premier  et  le  plus  saint  des  devoirs. 

((  Signé  :  Jean-Guillaume  Robei'.t,  aine.  » 

Un  exemplaire  en  fut  envoyé  aux  deux  représentants  avec  cette  note 
manuscrite  qui  est  une  dénonciation  : 

«  Elle  a  été  affichée  avec  profusion  le  jour  de  votre  départ,  et  les  libelles 
sont  Lien  accueillis,  surtout  au  déparlement.  » 

Une  autre  affiche  dans  le  même  esprit  (n°  42)  est  suivie  aussi  d'une 
note  manuscrite  de  même  caractère  : 

«  La  municipalité  l'a  envoyée  à  toutes  les  sections;  elle  a  été  imprimée 
chez  les  frères  Lohothiers.  C'est  du  Vormczelle.  »  (Archives  nationales, 
même  dossier.) 

D'autre  part,  les  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  de  Bordeaux  impri- 
maient (28  août)  leur  profession  de  foi,  qui  se  résumait  en  ces  termes  : 
Attachement  à  la  République  une  et  indivisible,  haine  aux  rois,  aversion 
pour  le  fédéralisme,  horreur  pour  l'anarchie  (les  fédéralistes  et  les  anar- 
chistes pouvaient  en  prendre  chacun  leur  part).  —  Leur  adresse  du  .50  août 
était  plus  explicite.  Ils  y  disaient  :  «  Les  vrais  républicains  doivent  toute  la 
liberté  aux  représentants  d'une  nation  libre  »  ;  et  ils  couvraient  tout  par 
l'acceptation  de  la  Constitution  :  «  Ceux  qui  se  sont  ralliés  autour  d'elle  ne 
peuvent  être  des  rebelles  >). 

XXV 

(Page  96.) 
Calomnies  de  Baudot  contre  les  Bordelais. 

Baudot  ne  se  faisait  pas  sci'upule  dans  ses  lettres  do  calomnier  les  Bor- 
delais. Il  écrivait  de  Fontenai-le-Peuple  (15  septembre)  au  Comité  de  salut 
public  : 

«  J'étais  venu  ici  pour  prendre  des  mesures  contre  Bordeaux  ;  les  circon- 
stances ne  permettent  pas  beaucoup  d'assistance;  mais  la  citadelle  de 
Blaye  est  à  nous,  et  avec  cette  place  on  tient  les  contre-révolutionnaires  de 
la  Gironde  en  bride. 


MANIFESTATIONS  DU  GERS.  457 

«  Leur  dessein  est  nianifeslemcnt  délivrer  leur  ville  nux  Anglais  ;  un  des 
complices  de  la  Irahison  nous  a  prévenu  (.Ven  (dans)  l'espérance  d'obtenir 
sa  grâce.  ^Vinlpllen  est  à  Bordeaux,  il  vient  d'y  lever  une  petite  année  sous 
le  titre  de  Société  poprilaire  de  la  jeunesse  bordelaise.  Buzot  et  Grange- 
neuve  V  sont  aussi,  et  fonietiteut  de  concert  avec  la  Commission  popu- 
laire. Trois  mille  liommes  les  mtttront  tous  à  la  raison,  mais  il  les 
fi)ut....  ))  (Archives  nationales,  AF  n,  carton  46,  dossier  100,  n°  208.) 

Son  collègue  Ysabeau  s'était  joint  à  lui  déjà  pour  signer  cette  calomnie 
dans  une  lettre  datée  de  la  Réole,  I"  septembre.  (Archives  nalionales, 
D  XLii,  carliiu  i,  dossier  40,  pièce  50.) 


XXVI 

(Pnge  103.) 

iManifestation.s  du  Gers. 

Toutes  les  agglomérations  du  département   du  Gers,  villes  ou  sociétés 

populaires,  s'étaient  élevées  de  bonne  heure  contre  les  funestes  divisions 

de  la  Convention  nationale. 

Les  citoyens  de  Condom,  dans  une  adresse  reçue  le  5  février,  disent  : 

((  Pourquoi  avez-vous  été  envoyés?  qu'avez-vous  f;ùt,   que  faites-vous 

tous  les  jours...? 

«  Tremblez,  législateurs,  que  le  peuple  ne  finisse  par  vous  soupçonner 
d'intelligence  avec  les  tyrans  qui  projettent  de  l'asservir — 

«  Si  des  misérables  agitateurs  persistent  à  vouloir  entraver  la  marche 
de  vos  opérations,  si  vous  n'avez  pas  le  courage  de  les  rejeter  de  votre 
sein,  osez  les  dénoncer  au  souverain.  » 

La  Société  républicaine  àcFleurance  (reçue  le  19  mars): 
«  Trop  longtemps  vous  avez  gardé  le  silence  sur  ces  hommes  de  boue 
que  l'égarement  ou  de  funestes  préventions  ont  élevés  à  la  dignité  de  nos 
représentants. 

«  Ces  hommes  vous  enchaînent;  et  vous  n'êtes  point  libres.  « 
Et  elle  en   trouve  la  preuve  dans  l'abrogation   du  décret  contre  les 
auteurs  des  massacres  de  septembre. 

La  Société  républicaine  de  Lccloure  réclame  le  vote  de  la  Constitution 
et  la  fin  des  divisions  de  l'assemblée  (25  mai)  : 

((  Si  celle  demande  était  sans  succès,  si  les  factions  qui  vous  déchirent 
ne  se  réunissent  toutes  au  parti  du  peu[ile,  prenez-y  garde  !  les  assemblées 
ju'imaires  peuvent  se  convoquer  en  un  moment  ;  l'indignation,  la  fureur 
peuvent  y  faire  recourir.  « 

La  Société  populaire  àWuch  (25  mai)  : 

«  Il  est  temps  que  le  trône  de  l'anarchie,  fondé  sur  le  charlatanisme 
oratoire  des  faux  patriotes,  s'écroule  à  la  voix  de  la  raison.... 

((  Songez  que  tandis  que  les  anarchistes,  ces  émissaires  desPitt  et  des 
(iobourg,  épuisaient  tous  les  moyens  pour  vous  avilir  aux  yeux  de  l'Europe 


458  APPEiNDICES. 

ptilière,  songez  que  les  mêmes  moyens  de  désorganisation  et  d'avilisse- 
ment étaient  employés  par  de  nouveaux  Verres.  Songez  qu'un  dictateur 
s'apprêtait  à  former  à  Toulouse  un  congrès  de  toutes  les  sociétés  popu- 
laires des  départements  méridionaux.  » 

—  Mais  le  piège  a  été  évité  :  «  Comme  nous,  (les  sociétés  populaires)  de 
riléiault,  de  l'Aude,  du  Tarn,  de  Lot-et-Garonne  et  des  Hautes-Pyrénées 
ont  rejeté  avec  horreur  cette  invasion  de  fédéralisme.  » 

—  Attaquent-ils  les  Girondins?  Non.  ils  dénoncent  ChaLot  comme  «  le 
ressort  principal  de  cette  intrigue  formée  contre  la  liberté  ». 

La  commune  de  Smsa/i,  dans  une  adresse  reçue  bien  tardivement  (le 
(î  juillet),  ne  ménage  pas  les  mots  les  plus  durs  : 

«  Vous  donnez  le  speclaclc  du  combat  des  passions  les  plus  viles,  les 
plus  grossières.,.. 

«  Si  vous  ne  vous  sentez  pas  capables  de  vous  élever  à  la  hauteur  de 
vos  fonctions,...  convoquez  les  assemblées  primaires  et  abandonnez  un 
poste  qui  n'est  pas  le  vôtre.  » 

Joignons  à  ces  adresses  cette  mercuriale  d'un  humble  fonctionnaire, 
le  citoyen  Carde,  juge  de  paix  de  Seissan  (Gers),  à  la  Convention  natio- 
nale (14  janvier  de  l'an  II)  : 

«  En  entrant  à  la  Convention,  vous  fîtes  des  actes  qui  annonçaient  un 
grand  caractère,  qui  nous  donnèrent  les  plus  grandes  espérances;  mais, 
un  moment  après,  vous  retombâtes  dans  votre  nature,  et  depuis,  au  lieu 
d'hommes  républif/»ains,  nous  n'avons  vu  que  de  vieux  esclaves  avec  leurs 
préjugés  et  leurs  passions...  »  (Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  20. 
dossier  Gers.) 


XXVII 

(Page  lOo.) 
Adresses  de  Lot-et-Garonne. 

Le  Lot-et-Garonne  s'attaqua  un  des  premiers  à  l'anarchie.  Le  8  janvier 
le  conseil  général  du  département  écrivait  : 

((  Tous  les  bons  citoyens,  tous  les  amis  de  la  République  s'indigneni 
depuis  longtemps  de  ce  qu'une  horde  de  conjurés  outrage  insolemment 
chaque  jour  la  Majesté  nationale....  Votre  liberté,  législateurs,  est  celle 
du  corps  entier  de  la  République. 

«  Appelez  les  courageuses  cohortes  de  bons  citoyens;  ils  s'empres- 
seront d'accourir  vers  vous  du  fond  de  leurs  départements.  » 

—  Ils  veulent  rester  dans  les  limites  de  leurs  attributions,  ils  ne  pren- 
dront nulle  mesure  partielle  : 

«  Vous  seuls  pouvez  calculer  le  danger,  vous  seuls  aussi  pouvez  deman- 
der les  secours  qui  vous  sont  nécessaires 

«  Mais  si  notre  devoir  nous  prescrit  rigoureusement  d'attendre  votre 
impulsion,  il  exige  aussi  que  nous  préparions  nos  ressources.  » 


ADRESSES  DE  LOT-ET-GARONNE.  459 

—  En  conséquence,  un  registre  sera  ouvert  pour  l'enrôlement  des  vo- 
lontaires qui  marcheront  sur  Paris  à  la  première  réquisilion. 

Les  Républicains  d'Agen  écrivent  le  10  février  : 

"  Législateurs, 

«  Nous  jurons  de  détendre  jusqu'au  dernier  soupir  la  lilierté,  l'unité, 
l'indivisibilité  de  la  République,  la  siîreté  des  personnes  et  des  propriétés. 
Nous  disons  anathème  aux  rois,  aux  tyrans,  anathème  aux  dictateur.-, 
aux  triumvirs,  aux  faux  défenseurs  de  la  République  ;  anathème  à  tous 
ceux  qui,  sous  le  titre  de  chef,  de  général,  de  protecteur,  de  stathouder, 
de  prince  ou  quelque  titre  que  ce  soit,  voudront  usurper  une  supériorité, 
une  prééminence  quelconque  sur  leurs  concitoyens,  et  nous  jurons  de  les 
poursuivre  jusqu'à  la  mort.  »  (L'n  exemplaire  de  cette  adres^se  est  aux 
Archives  de  Seine-et-Oise.) 

Les  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  de  Villeneuve  envoyaient 
(6  mai)  à  toutes  les  sociétés  de  la  République  une  adresse  où  ils  disaient  à 
la  Convention  : 

((  ...  Plus  de  montagne,  plus  de  marais,  plus  de  côté  droit,  plus  de  côté 
gauche,  et  vous  aurez  déjà  beaucoup  fait  pour  le  bonheur  de  tous. 

((  L'uninn  est  le  besoin  le  plus  pressant  des  Français,  n 

—  Ils  donnent  l'exemple  de  l'Angleterre,  et  il  est  prophétique  : 
(I  L'Angleterre  a  hit  des  efforts  pour  établir  la  démocratie 

(i  Enfin,  après  bien  des  mouvements,  des  chocs  et  des  secousses,  il  fallut 
se  reposer  dans  le  gouvernement  que  tous  avaient  proscrit.  Représentants, 
si  les  factions  exercent  plus  longtemps  leur  empire  parmi  vous,  craignez 
que  ce  fragment  de  l'histoire  ne  soit  l'épigraphe  de  celle  de  nos  révolu- 
lions....  1) 

La  même  société  à  Moya.r,  dans  une  adresse  reçue  le  10  mai,  s'afflige 
des  divisions  de  la  Convention,  mais  lui  recommande  de  ne  pas  convo- 
quer les  assemblées  primaires.  S'il  y  a  péril,  qu'elle  l'annonce  : 

((  C'est  alors  que  le  souverain  se  lèvera  et  fera  à  l'instant,  par  sa  voix 
terrible,  rentrer  dans  le  néant  la  partie  de  lui-même  qui  aurait  cru  pouvoir 
profiter  du  moment  de  son  sommeil.   » 

La  Société  républicaine  de  Laiisun  (adresse  reçue  le  4  juin)  : 

((  Citovens,  nous  vous  parlerons  en  hommes  libres.  Des  pétitionnaires 
insensés,  des  dénonciateurs  évidemment  corrompus  vous  ont  déjà  pris 
trop  de  temps  ;  et  cependant  la  guerre  civile  étend  de  plus  en  plus  ses 
ravages.  Le  sang  de  nos  frères  coule  dans  la  Vendée,  il  coule  sur  les 
échafauds.  Nous  ne  voyons  que  du  sang;  l'abolition  de  la  peine  de  mort 
nous  fut  vainement  annoncée.  La  liberté  et  l'égalité  sont  dans  votre 
bouche;  elles  n'existent  point  dans  les  lois.  » 

—  Un  remède...  la  Constitution. 

Les  Amis  de  la  liberté  de  Tournon  (Lot-et-Garonne)  (adresse  reçue  le 
5  juin)  : 

u  L'union,  la  paix  régnent  dans  nos  contrées....  C'est  la  Convention  qui 
compromet  tout  par  ses  divisions.... 


46  L)  APPENDICES. 

Et  voici  le  moyen  de  tout  concilier  qu'ils  imaginent  : 

(I  Représentants,  réunissez-vous  tous  sur  la  montagne,  pour  vous  mettre 
à  la  hauteur  des  circonstances,  pour  calculer  et  prévenir  les  dangers  immi- 
nents de  la  patrie. 

((  Réunissez-vous  tous  dans  la  plaine,  pour  y  méditer,  dans  le  calme, 
des  bonnes  lois,  et  nous  donner  une  Constitution  invariable  et  qui  fixe 
tous  les  esprits. 

«  Réunissez-vous  tous  enfin  et  faites  des  efforts  communs  pour  sauver 
la  chose  publique.  ))  (Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  31,  dossier  Lol- 
nt-Garonne.) 

XXYIII 

(Page  106.) 
L'agent  Tronche  dans  le  Lot-et-Garonne. 

Voici  quelles  dispositions  l'agent  Tronche  relève  jour  par  jour  dans  sa 
tournée  : 

Tonncins,  4  août.  —  La  Constitution  a  été  acceptée  partout,  mais  à 
Bordeaux  on  murmure  contre  les  Parisiens. 

Mcrreins.  10  août.  —  Notre  agenta  été  arrêté  à  cause  des  mots  inission 
importante  écrits  dans  sa  commission  :  —  Qu'c«t-ce?  —  Il  vient  voir  si  la 
Constitution  a  été  acceptée.  —  Mais  on  l'a  annoncé  au  ministre,  et  puis 
c'est  l'affaire  du  conseil  général  du  district,  du  département,  etc.  Sur  ce, 
le  commissaire  demande  un  passeport  plus  explicite.  On  lui  répond  qu'on 
ne  peut  lui  donner  d'autres  pouvoirs. 

Moutauban,  51  août.  —  Affaire  qui  fait  tout  oublier  :  Paré  a  été  nommé 
ministre  de  riutérieur.  L'agent  lui  adresse  ses  félicitations. 

Toulouse,  50  septembre.  —  Il  envoie  le  résumé  de  sa  mission.  Les  prê- 
tres mariés  sont  mal  vus.  Les  grands  propriétaires  sont  dans  la  crainte. 
(Archives  nationales,  F  i'  551,  dossier  Tronche.) 

XXIX 

(Page  107.) 

Adresses  des  Basses-Pyrénées. 

La  commune  de  Pau  (adresse  reçue  le  20  février)  : 
'(  La  révolution  est  finie,...  chassez  tous  les  Tarquins.  » 
La  Société  républicaine  de  /'««(adresse  reçue  le  5 juin)  : 
«  Qu'avez-vous  fait  pour  remplir  notre  attente?   rien,  car   qu'est-ce 
d'avoir  abbatu  un  tyran,   si  vous  n'abbalez  la  tyrannie?  Qu'est-ce  que 
déclarer  la  République  une  et  indivisible,  tandis  que  vous  la  fédéralisez 
par  votre  conduite  ?...  Donnez-nous  donc  promptement  une  bonne  Consti- 
tution; étouffez,  nous  vous  en  conjurons,...  toutes  ces  dissensions,  ces 
animosités  personnelles,  etc.  » 


LE  CONSEIL  GÉNÉRAL  DES  BASSES-PYRÉNÉES.  461 

Les  Amis  de  la  liberté,  etc.,  de  Sauveterre  (adi-esse  reçue  le  -2(3  juin, 
mais  sans  doute  écrite  avant  qu'on  sût  la  révolution)  : 

«  L'éclat  de  la  discorde  qui  règne  dans  le  sein  de  votre  assemblée  est 
parvenu  jusqu'à  nous.  »  (Arch.  nat.,  D  xl  §  4,  carton  18,  dossier  Aveyron. 
où  on  l'a  rangée  par  erreur.)  Voyez  une  adresse  analogue  d"01oron{'29mai). 
[Ibid.,  carton  22,  dossier  Basses-Ptjrénées.) 

La  Société  des  Amis  de  l'égalité  et  de  la  liberté  de  Bayoutie  (10  mai)  se 
montre  peu  favorable  à  la  proposition  fuite  le  15  avril  dans  la  Conven- 
tion :  «  On  vous  a  proposé  de  convoquer  les  assemblées  primaires  et 
d'interroger  le  souverain  lui-même  sur  le  degré  de  confiance  qu'il  veut 
accorder  à  chacun  des  membres  qui  composent  actuellement  la  Conven- 
tion. ))  —  C'est  une  mesure  funeste.  Quand  une  fois  le  Corps  représenta- 
tif est  assemblé,  les  députés  «  ne  le  sont  plus  du  département  qui  les  a 
nommés,  mais  de  la  nation  entière  ».  (Archives  nationales,  ibid.,  dossier 
Basses-Pyrénées.) 

XXX 

(Page  108.) 

Le  conseil  général  des  Basses-Pyrénées. 

On  soumet  au  conseil  les  arrêtés  de  la  Côte-dOr  (30  mai),  de  la  Uautc- 
Vienne  (5  juin)  et  du  Gers  (12  juin)  : 

«  Lecture  en  ayant  été  faite  et  le  conseil  général  ayant  pris  en  consi- 
dération les  dispositions  contenues  dans  lesdits  arrêtés,  oui  le  procureur 
général  syndic,  adhère  au  contenu  desdits  arrêtés  et  à  toutes  les  disposi- 
tions qu'ils  renferment;  arrête  en  conséquence  que  la  commission  à 
envoyer  à  Paris  sera  choisie  au  scrutin  et  à  la  majorité  absolue  des  suf- 
frages. En  conséquence,  le  scrutin  ayant  été  ouvert,  le  citoyen  Lafont  a  été 
nommé  commissaire  pour  remplir  la  mission  portée  dans  les  arrêtés  ci- 
dessus.  I)  (Archives  des  Basses-Pyrénées,  Conseil  général  du  départe- 
ment, 5*  registre  L  i  "''',  {"'  41,  4(3  et  o7.) 

«  Lecture  faite  de  l'arrêté  des  Landes  et  d'autres  départements  : 

«  Le  conseil  général,  après  avoir  tout  pesé  et  considéré  avec  la  plus 
grande  réflexion,  rendant  hommage  aux  intentions  pures,  au  civisme,  qui 
animent  le  conseil  général  du  département  des  Landes,  arrête,  ouï  le 
procureur  général  syndic,  qu'il  n'adopte  point  les  additions  faites  par  le 
conseil  général  des  Landes  aux  propositions  énoncées  dans  l'arrêté  de  celui 
de  la  Côte-d'Or  et  persévère  purement  et  simplement  dans  son  arrêté  pris 
le  13  du  courant  en  présence  des  députés  du  conseil  général  du  départe- 
ment du  Gers, 

((  18  juin.  Le  conseil  général  d'administration,  considérant  que  dans 
les  circonstances  critiques  où  l'unité  de  la  République  parait  menacée  par 
les  divisions  intestines  qui,  de  la  Convention  nationale,  se  propagent  dans 
les  départements,  il  est  essentiel  de  prendre  des  mesmes promptes,  rela- 
tives au  danger  de  la  situation  actuelle  de  l'État;  que,  pour  calmer  l'agita- 


462  APPENDICES. 

tion  des  esprits  et  prévenir  l'explosion  de  mouvements  populaires,  l'admi- 
nistration doit  s'investir  de  la  confiance  générale,  en  appelant  les  députés, 
les  autorités  constituées  et  les  sociétés  des  amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité, 
pour  conférer  sur  les  moyens  d'assurer  la  tranquillité  publique  et  de  pré- 
server la  République  une  et  indivisible  des  malheurs  d'une  guerre  civile; 
«  Arrête....  ))  (l'ai  résumé  l'arrêté  dans  le  texte,  p.  107.)  (Arcbives  des 
Basses-Pyrénées,  Conseil  général  du  département,  f"'  56-57.) 


XXXI 

(Page  109.) 
Adresse  des  llâutes-Pyrénées  (5  juin). 

((  Ouï  le  procureur  général  syndic  en  remplacement  ; 

((  Le  conseil  général  du  département,  qui  compte  parmi  ses  devoirs  les 
plus  sacrés  celui  d'appliquer  et  de  mettre  au  grand  jour  ses  principes...  ; 

«  Déclare  qu'eu  exprimant  son  opinion  dans  un  article  de  l'adresse  à  ia 
(jOnvention  nationale  du  50  du  mois  dernier  sur  le  danger  de  remettre 
dans  des  mains  isolées,  qui  peuvent  en  abuser,  le  pouvoir  suprême  délégué 
par  le  peuple  à  ses  représentants,  il  n'a  voulu  émettre  qu'un  principe  gé  - 
néral,  moins  dans  l'objet  d'en  faire  une  application  particulière  que  pour 
faire  sentir  la  nécessité  de  hâter  l'établissement  du  nouveau  gouvernement. 

«  Les  dangers  de  la  Pairie  sont  grands  ;  de  grandes  mesures  élaieul  aussi 
nécessaires  ;  celle  qui  détermine  l'envoi  des  représentants  du  peuple 
auprès  des  armées  de  la  République  est  sans  doute  une  de  celles  à  laquelle 
la  France  doit  son  saint  ;  mais,  tout  en  convenant  des  effets  salutaires 
qu'elle  a  produits,  quel  est  le  Français  qui  ne  cherche  avidement  dans 
l'avenir  le  moment  oîi  les  représentants  de  la  nation,  maîtres  d'assurer 
loin  des  orages  et  des  factions  les  destinées  de  la  France,  consat'reront 
solennellement  ce  principe  sacré  que  la  puissance  dont  le  dépôt  leur  est 
confié  est  une  et  indivisible!...  »  (Archives  des  Ilautes-Pyréuées,  Conseil 
général  du  département  en  permanence,  à  la  date.) 

La  Société  républicaine  de  Tarhes  avait  fait,  dès  la  fin  de  décembre 
1702,  une  sortie  violente  contre  les  factieux  de  Paris  : 

0  ...  C'est  à  Paris  qu'une  commune  rebelle  osa  s'opposer  à  l'exécution 
des  lois —  C'est  à  Paris,  etc.  »  (Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  22, 
dossier  Hautes-Pyrénées.) 

XXXII 

(Page  115.) 

manifestations  de  la  Ilaute-Garonne. 

Tous  les  partis  semblaient  d'accord  à  condamner  les  agitations  qui  entra- 
vaient l'œuvre  de  la  Convention  dans  les  premiers  mois  de  ses  séances.  Nul 


MANIFESTATIONS  DE  LA  IIAITE-GARONNE.  403 

n'en  prenait  la  responsabilité  pour  les  siens.  Voici  un  extrait  tio  l'adresse 
(les  Jacobins  de  Toulouse  (l''' janvier  1795)  : 

«  Après  vous  avoir  élevés  à  la  sui'rème  dignité  de  représentants  d'une 
nation  libre,  le  peuple  souverain  qui  vous  l'a  conférée  a  le  droit  de  vous 
demander  si  vous  avez  mesuré  constamment  la  hauteur  des  fondions 
augustes  qu'il  vous  a  permis  d'exercer  en  son  nom.... 

«  Pourquoi  faul-il,  législateurs,  que  le  tableau  de  toutes  vos  séances  ne 
puisse  présenter  une  réponse  satisfaisante  à  ces  questions  si  légitimes? 
Par  quelle  fatalité,...  par  quel  prodige  inconcevable  une  poignée  d'obscurs 
agitateurs,  sortis  de  la  poussière,...  ne  font-ils  retentir  l'Europe  entière 
que  des  débats  scandaleux  auxquels  ils  osent  se  livrer  en  votre  présence? 

«  Jusques  à  quand  ces  dénonciations  aussi  méprisables  qu'absurdes...? 

«  Et  quel  instant  vient-on  choisir  pour  aiguiser  les  poignards  de  la 
haine?  C'est  cet  intervalle  trop  prolongé  que  l'on  s'efforce  d'établir  entre  la 
juste  proscription  d'une  tète  coupable  (le  roi)  et  le  coup  qui  doit  la  frapper. 

((  Hàtez-vous,  législateurs,  d'immoler  un  despote  sanguinaire  et  parjure 
à  la  sûreté  intérieure  pour  que  l'on  fasse  la  Constitution. 

((  A-t-on  vu  quelquefois  l'éléphant  ralentir  sa  marche  grave  et  majes- 
tueuse pour  s'occuper  des  vils  reptiles  qui  rampent  à  ses  pieds? 

«  Méprisez  donc,  législateurs,  tous  ces  insectes  malfaisants  qui  vou- 
draient obscurcir  l'aurore  de  la  liberté....  » 

—  Le  plus  grand  nombre  des  adresses,  même  de  sociétés  affiliées  aux 
Jacobins,  sont  sur  ce  point  franchement  aniijacobines. 

La  Société  des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  de  Fronton  (reçue  le 
30  janvier)  : 

«  Représentants, 

((  Nous  vous  avons  promis  de  vous  dire  la  vérité,  et  nous  vous  la  dirons 
toujours.  Écoutez-la  donc,  ceux  d'entre  vous  qui  êtes  dignes  de  l'entendre! 

((  Notre  union  l'ait  toute  notre  force.  Vos  débats  en  sont  le  thermomètre 
et  toutes  les  nations  ont  les  yeux  fixés  sur  vous....  Réfléchissez.  Et  toi, 
Marat,...  toi,  Robespierre,...  et  vous  qui  égorgez  ainsi  le  peuple  en  vous 
disant  sans  cesse  leurs  amis,  que  pensez-vous? 

(t  Nous  savons  que  la  patrie  est  dans  les  plus  grands  dangers  et  que 
c'est  vous  qui  les  lui  préparez.  )) 

Les  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  de  LacjardeUc  (5  mars)  applau- 
dissent à  la  mort  de  Louis  XVI  et  demandent  la  tète  de  Marat. 

Les  administrateurs  du  district  de  Rieux  (reçu  le  9  avril)  : 

«  Vouez  à  l'exécration  ces  vils  intrigants,  ces  infâmes  agitateurs,  d 

La  Société  populaire  et  républicaine  de  Sainl-Marlorij  (IG  mai)  sacrifie 
sans  hésiter  les  Vingt-deux  :  «  Qu'ils  se  retirent  !   » 

La  Société  républicaine  de  Revel  (17  mai)  veut  se  désintéresser  des 
partis.  Après  avoir  applaudi  à  la  chute  du  trône,  à  la  mort  du  roi,  elle 
demande  qu'on  mette  fin  aux  divisions  : 

«  Aussi  nous  ne  tenons  ni  pour  Paul,  ni  pour  Apollo;  mais  nous  tenons 
pour  la  respectable  majorité  de  nos  représentants  ;  nous  tenons  pour  l'unité 


46  i  APPENDICES. 

et  l'indivisibilité  de  la  République  française-,  nous  tenons  pour  l'ordre, 
pour  le  respect  des  lois,  pour  la  garantie  des  personnes  et  des  propriétés 
et  pour  l'inviolabilité  de  la  représentation  nationale  sur  quelque  tête  qu'elle 
repose.   » 

Les  administrateurs  du  district  et  la  Société  populaire  de  Castel- 
naudanj  (25  mai)  : 

((  Trop  longtemps,  sans  doute,  vous  avez  ignoré  les  funestes  effets  des 
scandaleux  débats  qui  vous  agitent.... 

((  Comment  voulez-vous  sauver  la  République,  si  vous  vous  perdez 
vous-mêmes  par  vos  dissensions  intestines? 

«  La  représentation  nationale  est  inviolable  et  sacrée.  Pourquoi  faut-il 
que  nous  soyons  tous  les  jours  témoins  de  l'indécente  conduite  des  tri- 
bunes et  de  leur  impunité?  » 

Ils  veulent  l'égalité  et  signalent  l'inégalité  dans  la  manière  dont  les 
pétitions  sont  accueillies  :  Paris  s'airoge  le  privilège  de  les  apporter  à  la 
barre. 

La  Société  républicaine  de  Carcassonne  (29  mai)  : 

((  Nos  frères  de  Nantes  et  de  Bordeaux  vous  ont  présenté,  en  bons  répu- 
blicains, leurs  principes  et  vos  devoirs.  Jusques  à  quand  serez-vous  sourds 
au  langage  puissant  de  la  raison  et  de  la  vérité?  Nous  sommes  fatigués  de 
vous  voir  sans  cesse  aux  prises  avec  vos  passions  et  vos  baines  particu- 
lières. Abjurez  des  sentiments  aussi  vils  et  aussi  honteux. 

«  Le  peuple  vous  le  commande  :  obéissez  à  sa  voix  suprême,  ou  craignez 
sa  vengeance.')) 

Les  Amis  de  la  République  une  et  indivisible  de  Toulouse  font  une  pro- 
fession de  foi  assez  vague.  Ou  les  a  méconnus  ;  ils  ne  sont  ni  Maratistes. 
ni  Girondins  : 

«  0  patrie,  ô  liberté!...  » 

Ajoutez  trois  pétitions  réclamant  la  fin  des  discordes  à  une  date  où  il 
était  bien  difficile  que  l'on  ne  sut  pas  comment  la  paix  s'était  faite  dans  la 
Convention  :  Société  républicaine  de  Montech  (15  juin);  paroisse  de 
Bresso/s  (18  juin);  Société  des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  de  Casianel 
(25  juin).  (Arcb.  uat.,  D  xl  §  4,  carton  20,  dossier  Haule-Garonne.) 


XXXIII 

(Page  H6.) 
Conseil  général  de  la  Haute-Garonne. 

Les  registres  des  délibérations  du  conseil  général  de  la  Haute  Garonne 
présentent  ainsi  les  cboses  : 

«  50  mai.  11  a  été  lu  une  adresse  de  la  commune  de  Pézenas  (Hérault) 
il  la  Convention  nationale  tendant  à  raUier  tous  les  bons  citoyens  pour 
maintenir  la  lîépublique  une  et  indivisible  et  engager  tous  les  départe- 
ments à  émettre  un  vœu  comme  les  Bordelais.... 


L\  SOCIETE  DES  AMIS  DE  LA  LIBERTE  DE  TOULOUSE.   40.') 

«  Un  membre  a  proposé  <lc  faire  une  adresse  à  la  Convention  nationale 
|iour  lui  exprimer  les  mêmes  sentiments  que  la  comnuine  de  Pézeuas.... 

((  Ouï  le  procureur  général  syndic  provisoire,  il  a  été  délibéré  que 
l'adresse  sera  faite  simplement  au  nom  des  trois  corps  administratifs  de 
Toulouse  et  sans  y  faire  mention  que  c'est  pour  suivre  l'exemple  de  telle 
ou  telle  partie  de  lu  République.    » 

—  Dubarran  dans  son  rapport  dit  :  «  Les  arrestations  de  patriotes  m' 
nudtiplient,  les  individus  suspects  sont  élargis.  »  {Moniteur  du  50  prairial 
an  II,  t.  XX,  p.  745).  Le  conseil  se  borna  à  prendre  des  mesures  pour 
empêcher  les  arrestations  arbitraires  : 

i"  juin.  «  Le  conseil,  considérant  que  si  la  sûreté  générale  exige  que 
les  personnes  suspectes  et  dangereuses  soient  mises  en  état  d'arrestation, 
conformément  aux  arrêtés  des  représentants  du  peuple  délégués  par  la 
Coaventiûu  nationale  dans  les  départements,  l'humanité  et  la  justice  font 
uu  devoir  à  l'administration  de  prendre  des  mesures  afin  que  les  bons 
citoyens  ne  soient  point  confondus  avec  les  coupables....  » 

En  conséquence  il  arrêtait  :  1°  qu'il  y  aurait  un  comité  de  sûreté  géné- 
rale dans  chaque  district;  2"  que  pour  décider  une  arrestation  il  faudrait 
les  deux  tiers  des  voix;  3"  que  l'on  donnerait  connaissance  au  départe- 
ment de  toutes  les  arrestations  ;  4"  que  les  décisions  seniient  motivées 
et  affichées.  (Archives  de  la  Haute-Garonne,  Délibérations  du  conseil  du 
département,  aux  dates,  f"  109  et  suiv.) 


XXXIV 

(Page  118.) 
La  Société  des  .%iuis  de  la  liberté  de  Toulouse. 

Le  registre  des  délibérations  de  la  Société  des  Amis  de  la  liberté  de 
Toulouse  nous  la  fait  suivre  dans  ses  actes  jour  par  jour,  parallèlement  au 
conseil  du  département. 

2  juin  1793.  On  lit  deux  lettres,  l'une  de  Chabot,  de  retour  à  l'aris. 
Uaulrc  de  Loubers,  délégué  de  la  société,  annonçant  la  suppression  de  la 
commission  des  Douze.  —  Applaudissements. 

a  juin.  On  décide  qu'il  sera  fait  deux  adresses  à  la  Convention,  l'une 
pour  inviter  l'Asseinblée  à  se  grouper  autour  de  la  Montagne,  l'autre  pour 
justifier  Chabot  dont  la  conduite  à  Toulouse  était  incriminée. 

1  juin.  Lecture  et  approbation  de  l'adresse  de  la  Convention  aux  dépar- 
tements insurgés. 

S  juin.  On  lit  et  on  critique  l'adresse  des  corps  administratifs  aux  habi- 
tants de  la  Haute-Garonne  :  «  Uu  des  points  de  l'adresse  qui  a  le  plus 
indigné  la  société  est  que  les  municipalités  ne  pouvaient  pas  secouer 
l'oppression  :  ce  qui  est  une  vive  censure  de  ce  qu'a  fait  la  municipalité 
de  Paris,  qui,  cependant,  a  eu  la  satisfaction  d'entendre  de  la  Convention 
qu'elle  a  bien  mérité  de  la  patiie.  » 

KÉVOL.  DU   51   MAI.  u  —  30 


466  APPENDICES. 

[)  juin.  Lettre  île  Loubers  «  qui  reud  compte  de  la  sainte  insurrection 
qui  vient  d'avoir  lieu  à  Paris».  —  Applaudissements.  —  On  vote  une 
adresse  pour  féliciter  les  Parisiens. 

\ù  juin.  Adoption  de  cette  adresse. 

i'ijuin.  On  s'occupe  des  assemblées  primaires  que  le  déparicment  veut 
réunir. 

13  juin.  Arrivée  de  Projcan,  Cbaudron-Rousscau  et  Baudot',  députés 
montagnards  envoyés  aux  armées  des  Pyrénées. 

«  Sur  la  motion  d'un  membre,  il  a  été  délibéré  de  faire  une  adresse  à 
la  Convention  nationale  pour  lui  dénoncer  les  projets  de  fédéralisme  qu'on 
voudrait  établir  dans  les  départements  méridionaux  et  lui  donner  toutes 
les  preuves  que  la  société  peut  avoir;  et  le  comité  de  surveillance  est 
chargé  de  donner  demain  lecture  de  cette  adresse. 

«  Le  représentant  du  peuple  Baudot  a  parlé  pendant  longtemps  sur  les 
menées  atroces  des  départements  qui  voudraient  le  fédéralisme.  Son  dis- 
cours a  élé  très  énergique;  il  a  été  écouté  dans  le  plus  grand  calme  el 
a  élé  couvert  des  plus  vifs  applaudissements  et  souvent  réitérés.  » 

\Ajuin.  Deux  députés,  l'un  de  la  Sociélé  d'Agen,  l'autre  de  la  Société 
d'Aucli,  apportent  des  lettres  de  leurs  sociétés  avec  l'arrêté  du  départe- 
ment de  la  Côte-d'Or,  auquel  elles  ont  adhéré. 

—  Plusieurs  orateurs  s'élèvent  successivement  contre  chacun  d'eux. 

«  Après  une  longue,  nuu'e  et  lumineuse  discussion,  la  Société  popu- 
laire et  des  Sans-Culottes  de  Toulouse  a  délibéré  :  1°  de  passer  à  l'ordre 
du  jour  sur  les  propositions  faites  par  les  sociétés  d'Agen  et  d'Auch; 
'i°  que  l'arrêté  du  département  ou  des  administrateurs  de  la  Côte-d'Or 
serait  dénoncé  à  la  Convention  comme  attentatoire  à  l'unité  et  indivisibi- 
lité de  la  République;  5°  que,  la  société  désirant  resserrer  les  liens  de 
la  fraternité,  elle  ferait  passer  aux  sociétés  toutes  les  pièces  qui  sont  éma- 
nées de  son   sein,  afin  de  leur  manifester  ses  principes.  » 

Ib  juin.  «  Une  lettre  de  la  Société  de  Toulouse  pour  Bordeaux  a  été  lue, 
elle  prononce  fortement  son  vœu  pour  la  saine  (sainte)  montagne  et  pour 
les  vrais  Républicains  de  Paris  qui,  pour  la  troisième  fois,  a  sauvé  la  patrie; 
elle  a  été  couverte  d'applaudissements  vifs  et  unanimes. 

«  Chaudron-RousseauelBaudotontdemandéàêtre membres  de  la  société.» 

—  Ils  sont  vivement  applaudis  et  reçoivent  l'accolade. 

\Gjuin.  Lettre  qui  annonce  l'arrestation  de  Brissot,  les  troubles  de  la 
Corrèze  dissipés,  les  conspirateurs  punis. 

«  Une  lettie  de  la  Société  de  Nîmes  nous  a  fait  part  des  vexations  les 
plus  cruelles  exercées  dans  cette  ville  contre  les  patriotes  et  nous  a 
annoncé  le  projet  qu'ont  formé  les  hommes  d'État  de  cette  ville  d'établir 
une  République  dans  le  Midi.  Un  complot  aussi  affreux  a  été  reçu  avec 
indignation.  » 

1.  Le  rédacteur  écrit  Projean  Chaudron,  Rousseau  et  Beudot  (plus  loin  Boudot), 
joignant  à  Projean,  député  de  la  Haute-Garonne,  une  moitié  de  Chaudron-Rousseau, 
député  de  la  Haute-Marne. 


DELIBERATION  DU  CONSEIL  GENERAL  DE  LA  HAUTE-GARONNE.   467 

—  Nouvelles  :  «  Vœu  bien  prononcé  de  plusieurs  départements  contre 
le  fédéralisme  dont  voudraient  nous  infecter  les  feuillants  et  les  modérés  ». 

—  Démarches  pour  faire  délivrer  les  patriotes  emprisonnés.  «  Les  ci- 
toyens Peletan,  Delga,  Devillers  et  Hébrard  ont  été  nommés  commissaires.  » 

il  juin.  —  Lettre  de  la  Société  de  Montauban  faisant  connaître  ses  sen- 
timents. —  Applaudissements.  —  Adresse  des  citoyens  de  Montauban  à  la 
Convention,  fort  apphiudic. 

Adresse  des  Parisiens  aux  citoyens  des  départements,  fort  applaudie.  — 
Discours  d'un  représentant  du  peuple  sur  les  droits  et  les  devoirs,  fort 
applaudi. 

XXXV 

(Page  m.) 

Délibération  du  conseil  g^énéral  de  la  Haute-Garonne 
sur  le  décret  qui  frappe  son  président. 

((  ...  Ouï  le  procureur  général  syndic  provisoire  : 

((  Arrête  que  ledit  décret  sera  exécuté  en  tout  son  contenu  ;  et  néanmoins, 
considérant  qu'il  [le  président]  est  également  recommandable  par  son  répu- 
blicanisme, par  ses  vertus,  par  son  zèle  et  par  ses  talents,...  qu'il  n'a  été 
destitué  que  pour  avoir  signé  les  extraits  des  arrêtés  pris  en  assemblée 
générale  des  corps  constitués  ; 

((  Considérant  qu'afin  que  la  Convention  soit  à  même  de  juger  si  lesdits 
arrêtés  sont  contraires  aux  principes  que  doit  professer  et  mettre  en  pra- 
tique tout  fonctionnaire  public...  ;  arrête  qu'extraits  de  ces  arrêtés  seront 
envoyés  à  la  Convention  nationale  par  un  courrier  extraordinaire  avec 
une  adresse  expressive  des  sentiments  mérités  du  conseil  du  département 
envers  son  pirésident,  dans  laquelle  il  sera  observé  à  la  Convention  que 
ses  délégués  Lombard-Lachaux,  Mailhe  et  Chabot  ont  approuvé  et  même 
provoqué  la  réunion  desdites  autorités  constituées,  puisqu'il  y  a  été  pro- 
posé et  requis  par  eux  des  arrêtés....  »  (Archives  de  la  Haute-Garonne, 
Délibérations  du  conseil  du  déparlement,  f°  14  v°,  29  juin  1793.) 


XXXVI 

(Page  128.) 

Adresse  explicative  aux  citoyens  sur  les  causes  qui  avaient 
fait  réunir  les  assemblées  primaires. 

«  Toulouse,  ÔO  juin  1793. 
«  Citoyens, 

((  Les  papiers  publics  et  des  témoins  oculaires  ayant  transmis  à  vos 
administrateurs  le   récit  des   événements   qui   eurent  lieu  à  Paris,  les 


408  APPENDICES. 

27,  51  mai,  l"el2  juin  courant,...  ils  crui'ent  devoir  vous  eu  donner  cou- 
nai.ssance  et  vous  inviter  à  venir  les  entourer  de  vos  lumières. 

«  Depuis  que  cette  invitation  vous  a  été  faite,  le  département  a  reçu 
un  arrêté  de  la  Commission  populaire  de  la  Gironde.  »  —  On  a  répondu 
qu'on  était  attaché  à  la  Convention. 

((  Que  vous  reste-t-il  que  de  revenir  vers  vos  commettants...  leur  dire 
les  motifs  de  la  convocation  et  combien  il  importe  à  se  serrer  de  plus  près, 
à  se  méfier  des  propos  exagérés  des  malveillants  »,  etc.  (Archives  de  la 
Haute-Garonne.  Délib.  du  conseil  gén.  du  département,  à  la  date,  f"  18.) 


XXXVII 

(Page  129.) 

Adresse  de  la  section  du  peuple  français  formant  le  dé- 
partement tle  la  Haute -Ciaronne  à  la  Convention  natio- 
nale (1'' juillet  1793). 

«  Citoyens  représentants, 

((  Les  citoyens  du  département  de  la  Haute-Garonne  viennent  d'être 
témoins  de  l'exécution  d'un  de  vos  décrets  qui  a  profondement  excité  leur 
sensibilité  ( —  les  arrestations). 

((  Représentants,  l'exécution  subite  et  paisible  de  ce  décret  est  la  preuve 
la  plus  authentique  du  respect  de  ce  département  pour  la  Convention  natio- 
nale et  renverse  l'absurde  inculpation  des  imposteurs  ambitieux  qui  l'ont 
dépeint  en  étal  de  contre-révolution —  » 

—  11  faut  dire  la  vérité  tout  entière  : 

«  Représentants,  ce  décret  qui,  par  sa  seule  forme  matérielle,  nous 
retrace  tout  ce  que  le  régime  des  despotes  eut  de  plus  inquisitorial,  a  été 
rendu  sur  le  rapport  de  Baudot,  lui  qui  n'ignorait  pas  que  nous  avions 
résolu  de  vous  dénoncer  ses  actes  dictatoriaux....  » 

—  Récrimination  contre  Baudot;  —  justification  des  personnes  arrêtées. 
—  La  réunion  des  corps  administratifs  a  été  formée  dans  l'intérêt  de  In 
chose  publique;  approuvée  par  les  représentants;  —  mesures  utiles  qu'on  y 
a  prises. 

Quatre  députés  des  représentants  du  peuple  auprès  de  l'armée  des 
Pyrénées-Occidentales  étaient  à  Bayonne  (Baudot,  Chaudron -Rousseau, 
Ysabeau  et  Féraud)  :  «  Eux  qui  n'étaient  que  des  délégués  de  nos  représen- 
tants déléguèrent  encore  Baudot  et  Rousseau  et  leur  conférèrent  des  pou- 
voirs qu'ils  n'avaient  ni  reçus  ni  pu  recevoir. 

((  Baudot  et  Bousseau,  qui  s'étaient  délégués  eux-mêmes,  arrivent 
à  Toulouse,  et  le  14  juin  ils  adressent  au  conseil  du  département  une  réqui- 
sition, qui  inhibe  la  réunion  de  toutes  les  autorités  constituées  pour  déli- 
bérer ensemble,  à  moins  que  cette  réunion  ne  soit  comnnndée  un  instant 
dans  les  grandes  fermentations. 


ADRESSE  DE  LA  HALTE-CARONNE  A  LA  CONVENTDDN.       i69 

«  Il  est  vrai  que  les  corps  conslilués  n'eun-nt  aucun  éfiard  à  celle 
réquisition,  parce  que  Baudot  et  Rousseau  étaient  sans  pouvoirs,  qu'ils 
n'en  avaient  que  pour  l'armée.  » 

—  Ils  or.t  été  invités  à  la  séance  du  II  et  respectés  : 

((  Barras  arrivait  do  Paris;  il  avait  vu  de  ses  yeux  tous  les  événements 
du  51  mai  :  il  en  rend  compte  à  ceux  qui  l'avaient  envoyé  ;  l'impression 
de  son  rapport  est  ordonnée,  et  une  pétition  au  nom  d'un  ^a-and  nombre 
de  citoyens  est  piésentée.   » 

—  Baudot  et  Rousseau,  invités  aux  séances  suivantes,  refusent  de  s'y 
rendre  : 

((  Ainsi  donc  le  crime  du  président  du  d'/partement  (Dardignac)  est  d'avoir 
présidé  les  assemblées  des  autorités  constituées  réunies;  celui  du  maire 
(Deray),  d'y  avoir  assisté;  celui  de  Barras,  d'avoir  eu  le  courage  de  dire  ce 
qu'il  a  vu  et  d'avoir  fait  imprimer  son  rapport,  qui  a  été  confirmé  par  celui 
de  Loubers,  député  de  la  société  républicaine  de  cette  ville.  Le  crime  de 
RuffaI,  Arbanère,  Loubet,  Janote,  sera  d'avoir  énoncé  leur  opinion  avec 
toute  la  liberté  des  vrais  républicains;  celui  de  Sévènes,  d'avoir  présenté 
une  pétition  pour  demander  la  continuation  de  cette  réunion  ;  celui  de 
Douziecb,  commandant  la  garde  nationale,  d'avoir  par  quatre  années 
d'efforis,  concouru  puissamment  à  prévenir  les  troubles  et  le  désordre 
des  mal  intenlionnez.  Pour  Arthaud,  nous  ignorons  absolument  ce  dont  on 
peut  l'accuser,  à  moins  que  ce  soit  d'un  excès  constant  de  patriotisme. 

((  Ils  vont  paraître  devant  vous,  Représentants,  ces  vertueux  accusés; 
l'aspect  seul  de  ce  vieillard  vénérable  qui  présidait  le  département  vous 
fera  connaître  la  surprise  qui  vous  a  été  faite,  et  lorsque  vous  les  aurez 
entendus,  vous  frémirez  d'avoir  été  trompés,  d 

—  Ils  insistent  sur  ce  point  :  que  Baudot  et  Rousseau  étaient  sans  j  ou- 
voirspour  le  département;  qu'ils  n'en  avaient  que  pour  l'armée  des  Pyré- 
nées-Occidentales; que  les  réunions  étaient  licites  ;  qu'elles  ont  lieu  partout. 

«  Les  papiers  publics  vieiment  de  nous  instruire  de  quelques-unes  des 
calomnies  contre  les  inculpés. 

((  Citoyens  représentants,  on  vous  a  menti  impudemment  quand  on  vous 
a  dit  qu'ils  avaient  mis  le  déparlement  en  état  de  contre-révolution  et 
s'étaient  déclurés  le  centre  de  la  République  du  Midi.... 

«  Instriiits  par  nous  de  la  vérité  des  faits,...  vous  rapporterez,  nous  n'en 
doutons  pas.  le  décret  du  2 i  juin,  surpris  à  la  religion  de  la  Convention.  » 

—  Ils  réclament  une  indemnité  pour  ceux  qui  ont  été  ainsi  accusés  in- 
justement. 

Celte  adresse  fut  votée  à  l'unanimité  (Archives  de  la  Haute-Garonne, 
Registre  des  délibérations  du  conseil  du  département,  f  '  25- "27). 

Dans  une  autre  adresse  aux  Représentants  du  peuple  français,  les  com- 
missaires des  sections  de  la  Haute-Garonne  exposent  que  l'on  a  calomnié 
le  départeniint. 

K  Nous  réclamons,  ajoutent-ils  : 

"  I"  Que  les  vingt-quatre  membres  de  la  Convention  soient  prompt-- 
inent  jugés; 


470  APPENDICES. 

((  2°  Que  les  auteurs  et  instigateurs  de  la  violence  faite  au  palais  natio- 
nal soient  sévèrement  punis  ; 

'(  5°  Que  la  conduite  tenue  par  Chabot  à  Toulouse  soit  rigoureusement 
examinée. 

((  4°  Nous  réclamons  le  prompt  envoi  de  la  Constitution  par  vous  décré- 
tée, parce  que  nous  la  regardons  comme  le  gage  du  bonheur  du  pays. 
qui  vous  a  envoyés,  et  le  tombeau  des  divisions  qui  agitent  la  Répu- 
blique. ))  —  Voté  à  l'unanimité  (Archives  de  la  Haute-Garonne,  Registre 
des  délibérations  du  conseil  du  département,  f"  29) . 

Dans  une  troisième  adresse,  les  administrateurs  et  les  commissaires  des 
assemblées  primaires  de  la  Ilaute-Garonne  parlent  à  leurs  concitoyens.  Ils 
leur  rappellent  la  cause  de  la  réunion,  c'est-à-dire  la  révolution  du  51  mai. 
La  Convention  était-elle  libre  ou  non?  Sans  cherciier  à  résoudre  la  ques- 
tion, ils  expriment  le  vœu  que  la  Constitution  leur  soit  envoyée.  Ils  signalent 
l'incident  grave  qui  est  survenu  :  l'arrestation  du  président  du  conseil  du 
département,  du  maire  de  Toulouse,  du  commandant  de  la  garde  natio- 
nale, etc.;  ils  attestent  leur  civisme  :  «  Défions-nous,  ajoutent-ils,  de  ceux 
qui  oseraient  dire  ou  insinuer  que  le  peuple  n'a  pas  toujours  le  droit  de  se 
réunir  en  assemljlées  primaires  )). 

XXXVIII 

(Page  132.) 
Adresses  da  Lot. 

L'assemblée  électorale  tenue  à  Lauzerte  exprime  le  vœu  qu'une  force 
armée  protège  la  Convention  :  «  liàtez-vous  de  la  décréter  ». 

La  commune  de  Saint-Vincent,   n  le  1"  de  l'an  1795  »  : 

((  Daignez  écouter  des  citoyens  agricoles  qui,  pour  la  première  fois,  font 
entendre  leur  voix  dans  le  temple  de  la  Liberté. 

«  Éloignez  de  vous  toutes  ces  vaines  personnalités  qui  vous  dérobent 
un  temps  précieux;  montrez  de  l'énergie  contre  les  factieux. 

((  Dites-leur  que  s'ils  parvenaient  à  tromper  les  habitants  de  Paris,  ceux 
des  déparlements  ont  juré  de  punir  tous  les  tyrans  qui,  sous  une  dénomi- 
nation quelconque,  voudraient  leur  ravir  la  liberté.  » 

La  Société  des  Amis  de  la  Ri'publique  séante  à  Gourdon  (reçue  le 
l"""  février)  : 

«  Serrez-vous  en  masse  et  formez  une  majorité  l'cspectable  qui  écrase 
tous  les  mal-intentionnés.  Agissez  aujourd'hui,  aujourd'hui  ;  demain  peut- 
être,  il  ne  sera  plus  temps.  » 

Le  corps  électoral  du  district  de  Cciliors  et  la  Société  républicaine  de 
celte  ville  (50  avril)  : 

«  Vous  voulez  établir  une  république  indivisible,  et  cependant  vous 
souffririez  dans  votre  sein  des  dissensions  qui  la  diviseraient  !  »  (Archives 
nationales,  D  xl  §  4,  carton  21,  dossier  Lot.) 


ADRESSES  DE  L'AUDE.  471 

XXXIX 

(Page  142.) 
Adresses  de  l'Aude. 

La  Société  républic;iiiie  de  Liiiiou.v  (reçu  le  U  février)  : 

«Nos  succès  contre  nos  ennemis  et  nos  divisions  domestiques  conlraste- 
ront-elles  longtemps  aux  yeux  des  nations?  Leur  donnerons-nous  encore 
longtemps  l'étonnant  spectacle  des  plus  sublimes  vertus  et  des  passions 
les  plus  viles?... 

((  Paris...  cette  immense  cité,  fière  de  ses  vertus  et  des  bienfaits  qu'elle  a 
répandus  sur  toutes  les  autres,  ne  doit  s'élever  au  milieu  d'elles  que  pour 
maintenir  les  droits  de  leur  égalité  commune  »,  etc.  (Archives  nationales, 
D  XL  §  i,  carton  15,  dossier  Aude.) 

La  Société  républicaine  des  Amis  de  la  liberté  de  Quillan  (reçu  le  4  mars"!. 
Elle  applaudit  à  la  mort  du  roi  et  regrette  le  retrait  de  Roland  c;i- 
lomnié.  (Ibid.) 

La  Société  républicaine  de  Lésujnan  (18  mars)  : 

((  Faites  trembler  ceux  qui  perpétuent  l'anarchie  au  centre  de  votre 
Sénat,  qui  ne  cessent  de  troubler  la  sûreté  des  personnes  et  des  pro- 
priétés, et  surtout  ces  libellisles  (en)gagés  de  Guillaume,  Egalité,  l'iil,  Burk 
et  Grenville,  ce  soi-disant  ami  du  peuple  qui  no  prêche  que  le  pillage,  et 
la  postérité  bénira  vos  travaux.  »  [IbuL,  carton  21;  rangé  par  erreur 
dans  le  dossier  des  Laudes.) 

XL 

(Page  142.) 
Les  Amis  de  la  République  de  Limonx  (36  avril). 

«  Mandataires  du  peuple,  la  République  est  en  danger  :  Vous  l'avez  dit,... 
et  nous  tommes  debout  pour  la  sauver.  INous  vous  le  disons  à  notre 
tour  :  La  République  est  en  danger,  et  vous,  le  centre  unique  du  mouve- 
ment révolulionnaire,...  vous  voi:s  divisez  avec  scandale.  La  Convention 
nationale  est  changée  en  une  arène  où  l'on  distingue  la  partie  droite  et  la 
partie  gauche.  Chacun  y  parle  de  soi  quand  il  faut  s'oublier  soi-même;  et 
ce  cri  de  l'égoïsme,  moi,  se  fait  entendre,  quand  votre  enceinte  ne  devrai! 
retentir  que  des  mats  sacrés  de  liberté,  de  patrie. 

((  Si  le  peuple  n'était  pas  }ilus  sage,  s'il  se  divisait  en  factions,  législa- 
teurs, que  deviendrait  la  République? 

((  ...  La  perte  de  plusieurs  batailles  serait  moins  funeste  que  vos  divi- 
sions intestines.  Les  sections  de  Paris  indiquent  un  moyen  de  les  faire 
disparaître.  Elles  vous  ont  dt'norcé  vingt-deux  de  ses  membres.  Nous  ne 
les  jugeons  pas.... 


472  APPENDICES. 

«  ...  Que  nous  importent  les  hommes  ?  Nous  voulons  la  RépuMique.  Jamais 
nous  ne  souffrirons  qu'il  y  en  ait  d'assez  grands  pour  devenir  nécessaires. 

«  Mandataires  du  peuple,  prononcez  l'ostracisme  contre  les  vingt-deux 
membres  désignés.  S'ils  aiment  la  patrie,  ils  doivent  eux-mêmes  le  sous- 
crire. Aristide  ne  souscrivit-il  pas  le  sien...  et  il  était  juste?  Qu'ils  se  reti- 
rent, que  leurs  suppléants  les  remplacent.  Que  la  seule  montagne  domine 
au-dessus  de  tous  les  partis Le  jugement  sévère  que  la  Montagne  a  pro- 
voqué contre  le  tyran  est  le  signe  de  ralliement  de  la  République.  » 
(Arcliives  nationales,  D  xl  §  i,  carton  18,  dossier  Aw^/e.) 


XLI 

(Page  142.) 
Adre.sscs  de  C'arcassonne. 

La  Société  des  Amis  de  la  République  de  Carcassonne  (17  mai)  : 

((  Lorsque  tous  les  tyrans  de  l'Europe  conspirent  contre  notre  liberté,... 
vous,  citoyens,  nos  mandataires,...  vous  permettez  au  milieu  de  vous  une 
lutte  indécente  de  soupçons,  de  méfiances,  de  dénonciations.... 

«  Permettez  que  de  vrais  républicains  vous  retracent  vos  devoirs  et  vous 
expriment  leur  vœu. 

Il  ...   Les  factieux  périront,  la  République  restera. 

H  ...  Ayez  donc  le  courage  de  soutenir  le  caractère  divin  que  le  peuple 
vous  a  donné 

Il  Si,  au  lieu  de  sacrifier  vos  séances  à  l'orgueil  de  quelques  individus...» 

—  Et  elle  leur  rappelle  le  pénl  d(  s  Es-pagnols,  de  la  Vendée,  l'état  des 
finances. 

Les  citoyens  de  la  communo  de  Carcassonne  (5 juin); 

((  Si  au  milieu  des  convulsions  qui  vous  agitent,  si  au  milieu  des  passions 
qui  vous  environnent,  l'opinion  publique  pouvait  se  faire  entendre,  si  le 
souverain,  le  peuple,  pouvait  de  sa  voix  toute-puissante  vous  exprimer  son 
indignation  et  sa  volonté,  il  vous  dirait  :  Dépositaires  de  ma  souveraineté, 
vous  ne  remplissez  pas  le  mandat  auguste  que  je  vous  ai  donné. 

((  Citoyens,  l'opinion  publique  n'est  pas  seulement  dans  Paris,...  elle  est 
dans  les  as.^emblées  primaires....  Que  tout  le  peuple  parle....  Il  vous  dita, 
le  peuple  :  Je  suis  fatigué  de  l'anarchie  qui  creuse  le  tombeau  de  la  nation, 
qui  dévore  nos  finances.  Je  ne  veux  ni  montagne  politique  qui  domine,  ni 
juarais  qui  me  corrompe  ;  je  ne  veux  ni  maitre,  ni  dictateur.  Je  veux  des 
lois  répressives  du  meurtre  et  du  brigandage  »  :  —  paix  et  union;  ordre 
à  rétablir  dans  les  finances.  (Archives  nationales,  D  xl  §  -4,  carton  18, 
dossier  Aude.) 


LA  VILLE  DE  NARBONNE.  475 

XLII 

(Page  iU.) 

La  ville  de  IVarbonne. 

L'empressement  des  communes  à  répondre  à  l'iippel  du  département  fut 
grand.  On  en  peut  juger  par  l'exemple  de  Narljonne  : 

Ibjnin.  «  Le  citoyen  maire  a  dit  qu'en  vertu  de  l'article  2  de  l'exhait 
du  procès-verbal  de  la  session  du  conseil  du  département  de  l'Aude  du 
15  juin  courant,  il  convenoit  de  nommer  un  membre  du  conseil  général 
pour  aller  se  joindre  à  ceux  de  tout  le  département  rassemblés  à  Carcas- 
sonne;  que  dans  ce  moment  où  l'anarchie  sembloit  vouloir  nous  redonner 
des  fers,  où  Paris  sembloit  partager  les  sentiments  criminels  des  citoyens 
désorganisateurs,  où  la  République,  attaquée  au  dehors  et  déchirée  au 
dedans,  sembloit  loucher  au  moment  de  son  entière  ruine,  il  convenoit 
d'aller  porter  au  chef-lieu  du  département  le  tribut  de  notre  civisme  et 
de  nos  lumières  pour  tâcher  de  sauver  la  liberté  et  la  patrie.  »  —  Il  est 
nommé  commissaire.  (Archives  municipales  de  Narbonne,  Registre  du 
conseil  général  de  la  commune,  à  la  date.) 

La  Société  républicaine  de  Narbonne  ne  montra  pas  moins  d'ardeur  : 
«  Elle  feignit,  le  16  juin,  d'ignorer  que  la  (Convention  nationale  fût  à  son 
poste;  elle  la  mettait  au  nombre  des  complices  perfides  qui  voulaient 
perdre  le  peuple,  et  elle  demandait  que  des  républicains  qui  n'avaient  rien 
perdu  de  sa  confiance  fussent  rendus  à  leurs  fonctions  :  si  elle  n'obtenait 
justice,  elle  menaçait  d'accomplir  sur  Paris  la  célèbre  prédiction  d'Isnard.  » 
(Julien,  Rapport,  p.  25.) 

XLIII 
(Page  liG.) 

Conseil  général  «le  la  commune  de  ^'arbonne 
24  juin   17931. 

((  Lecture  d'une  lettre  de  Bastoulh,  procureur  général  syndic,  qui  com- 
munique xm  extrait  de  la  délibération  de  l'Assemblée  générale  des  députés 
des  communes,  des  autorités  constituées  et  des  sociétés  populaires....  Pour 
donner  un  plus  grand  poids  à  cette  délibération  importante,  pour  qu'elle 
porte  surtout  l'empreinte  de  la  volonté  fortement  prononcée  du  souverain, 
il  a  été  arrêté  que  ce  jourd'hui,  24  juin,  tous  les  citoyens  seroient  convo- 
qués dans  les  communes  respectives  pour  exprimer  leur  vœu  sur  les 
mesures  qui  ont  été  adoptées  par  l'Assemblée  générale  du  département. 

«  11  est  décidé  en  outre  qu'on  fera  une  proclamation  pour  inviter  les 
citoyens  h  s'assembler  ce  jourd'hui  à  5  heures  du  soir  dans  la  grande  salle 
de  la  maison  commune.  » 


474  APPENDICES. 

Le  maire  est  désigné  pour  veiller  à  la  constitution  de  celte  assemblée . 
(Archives  municipales  de  Narbonne,  Registre  du  conseil  général  de  la 
commune,  à  la  date.) 

XLIY 

(Page  149.) 

Adresse  du  département  de  l'Aude  à  la  Convention 
nationale  [3  juillet  1993). 

((  Citoyens  Législateurs, 

((  Malgré  nos  revers  dans  les  Pyrénées-Orientales,  malgré  l'infâme  tra- 
hison de  nos  généraux,  malgré  le  vaste  complot  qui  avait  été  tramé  et 
audacieusement  conduit  dans  la  Belgique  et  presque  sur  tous  les  points  de 
la  Uépubh'que,  dont  les  ramificalions  embrassaient  toute  la  France,  malgré 
les  désordres  qui  existent  dans  quelques  départements,  vive  la  République 
une  et  indivisible  !  Notre  horreur  pour  la  royauté  et  pour  tout  genre  de 
tyrannie,  sous  quelque  dénomination  qu'on  veuille  l'établir,  notre  amour 
|)0ur  la  liberté,  nos  efforts  coutinuels  pour  assurer  son  triomplie,  bien  loin 
de  se  ralentir,  augnieutoroiit  en  raison  de  l'excès  de  nos  maux.  Comptez 
sur  l'énergie,  sur  le  courage  inébranlable  et  sur  les  secours  solennels  des 
fiers  citoyens  du  département  de  l'Aude.... 

«  Croyez  que  si  les  autels  de  la  liberté  étaient  jamais  renversés  dans  les 
autres  parties  de  la  France,  nous  parviendrions  à  lui  en  élever  un  ou  la 
justice  de  notre  cause,  une  sainte  fureur,  un  rempart  de  nos  corps  les 
mettraient  à  l'abri  des  efforts  des  tyrans  et  où  les  Fran(,ais  Irouvci^aient 
encore  un  asile  favorable  au  culte  de  cette  divinité  tutélaire.  » 

—  Déjà  huit  bataillons  combattent  sur  la  frontière. 

((  Mais,  législateurs,  nos  efforts  et  ceux  de  toute  la  France  seraient  insuf- 
fisants, si  vous  ne  montrez  un  grand  caractère,...  si  vous  ne  portez  un  œil 
attentif  et  vigilant  sur  toutes  les  démarches  des  agenls  de  la  République, 
en  éclairant  la  conduite  sombre  et  tortueuse  de  tous  les  hypocrites  et  de 
tous  les  intrigants....  Nous  avons  droit  de  l'exiger  de  vous,  celte  vertu 
républicaine,  sans  l'exercice  de  laquelle  nous  verrons  se  développer  de 
nouveau  un  système  de  trahison  et  de  perfidie  dont  l'explosion  soudaine 
exposerait  les  Français  à  des  nouveaux  sacrifice-,  à  des  nouveaux  dan- 
gers.... 

«  Législateurs,  nous  avons  été  abusés  jusqu'à  présent,  nous  ne  devons 
j)lus  l'élre;  soyez  bien  convaincus  que  le  département  de  l'Aude  est  tou- 
jours debout,  qu"il  fera  tout  ce  qui  dépendra  de  lui  pour  vous  aider  à 
repousser  et  à  vaincre  les  ennemis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  ;  nos  soldats 
marcheront  avec  allégresse  et  nous  avons  la  conviclion  intime  que  dans 
peu  ils  viendront  déposer  sur  la  statue  de  la  Liberté  la  double  couronne 
d'olivier  et  de  laurier  qu'ils  auront  méritée.  »  (Archives  de  l'Aude,  Re- 
gistre du  conseil  du  département,  à  la  date,  f"  1595.) 


L'AGENT  CAILIIAVA.  475 

XLV 

(Page  149.) 

L'agent  CailhaTa. 

Il  écrit  de  Narbonne,  le  25  juillet  : 
«  Ciloyen  Ministre, 

((  Obtenir  (le  vos  bontés  la  mission  la  plus  flatteuse  pour  un  bommo  qui 
aime  le  travail  et  la  gloire  de  sa  patrie,  m'en  glorifier  devant  la  nation 
entière,  courir  jour  et  nuit  et  à  grands  frais  pour  voler  à  l'extrémité  de  la 
République  faire  bénir  vos  projets  bienfaisants,  me  voir,  tout  au  con- 
traire, privé  de  ma  commission  par  les  magistrats  du  département  que 
j'affectionne  le  plus,  y  être  traité  comme  un  factieux,  comme  un  agitateur, 
y  courir  les  plus  grands  risques,  etc.,  voilà  en  abrégé  Fliistoire  d'un  voyage 
dont  vous  aurez  uu  jour  tous  les  détails....  » 

—  Si  sa  commission  lui  est  rendue  par  le  département  de  l'Aude,  il 
importe  qu'elle  soit  accomplie  avec  éclat  :  «  car  je  prétends,  dit-il,  eu 
faire  un  ouvrage  sinon  bien  fait,  intéressant  )). 

((  Encore  une  réflexion  bien  permise  sans  doute  à  un  littérateur  <{ui  n'a 
jamais  rien  obtenu  de  l'ancien  ou  du  nouveau  régime.  Deux  cents  pistoles 
en  raison  de  cinq  cents  livres  par  mois  et  les  deux  mois  expirent  le 
G  août....))  Il  a  dépensé  beaucoup  plus....  «  Les  assignats  perdent  soixante- 
dix  pour  cent.  Voilà  donc  mes  cent  pistoles  réduites  à  quatre  cents  livres, 
j'en  ai  dépensé  six  cents  pour  venir  plus  vite  me  faire  arrêter.... 

«   CaILHAVA.    Il 

Le  ministre  écrit  au  département  pour  qu'on  le  rétablisse  dans  ses 
fonctions.  (Archives  nationales,  F  i'  550,  dossier  Cciilhava.) 


XLYI 

(Page  158.1 
Adresse  dn  département  de  l'Ilérault    1"'  juin). 

«  Le  département  de  l'Hérault  a  trop  longtemps  peut-èli'e  gardé  le 
silence  sur  les  divisions,  sur  les  querelles  scandaleuses  qui  désolent  le 
sanctuaire  dos  lois 

«  Mais  les  cris  de  nos  administrés  viennent  de  se  faire  entendre;  il  faut 
parler  ou  s'avouer  coupables.  Législateurs!  nous  ne  pouvons  plus  vous  le 
cacher  :  le  Peuple  souverain  frémit  et  s'agite  !  Encore  un  moment,  et  il 
va  briser  comme  l'argile  l'œuvre  même  de  ses  mains,  puisqu'elle  ne 
répond  pas  à  son  espoir.  Travailler  à  lui  donner  des  lois  sages,  déjouer 


-476  APPENDICES. 

les  complols  des  tyrans,  surveiller  les  mal-intentionnés,  réprimer  et  pimn- 
les  agitateurs  et  les  anarchistes,  tel  fut  votre  mandat.  Comment  l'avcz- 
vous  rempli?  La  Constitution  qui  devait  èlre  le  but  unique  de  vos 
délibéntlions,  qui  peut  seule  nous  tirer  du  désordre  où  nous  vivons 
ilepuis  que  vous  êtes  élus,  semble  n'être  pour  vous  qu'un  être  fantastique, 
à  qui  vous  n'accordez  aucune  réalité.  Craignez -vous  de  nous  donner 
cette  Constitution?  Craignez- vous  qu'elle  ne  soit  le  ternie  de  votre  pou- 
voir? >''aurions-nous  écrasé  le  despote  que  pour  en  voir  renaître  un  tas 
de  ses  cendres  »,  etc.  (Archives  du  département  de  l'Hérault,  Conseil  du 
département,  reg.  n"  49,  f°  516.  Cf.  Duval-Jouve,  II,  p.  56.)  —  Le 
texte  original  se  trouve  dans  les  cartons  du  Comité  des  pétitions.  (Archives 
nationales,  D  xl  §  4,  carton  20,  dossier  Hérault.) 

Les  citoyens  de  Montpellier  réclamèrent  aussi  la  Constitution  comme  le 
remède  à  tous  les  maux  : 

((  La  Constitution  ou  la  mort!  La  majorité  de  la  Convention  la  veut,... 
la  nation  la  veut » 

Et  ils  se  déclarent  d'accord  avec  Bordeaux  (suivent  treize  pages  de  si- 
gnatures). —  Le  district  de  Montpellier  appuie  ces  principes.  Voyez  encore 
l'adresse  de  la  commune  de  Pézenas,  28  mai;  l'adresse  du  district  de  Be- 
ziers,  20  mai  [ihtd.],  et  celle  de  la  Société  populaire  de  la  même  ville  aux 
Sociétés  républicaines  de  toute  la  France,  datée  du  12  juin,  évidemment 
avant  qu'on  eût  appris  la  révolution  : 

«  Pesez  les  principes  de  l'adresse  à  la  Convention  dont  nous  vous  en- 
voyons copie,  et  s'ils  sont  conformes  aux  vôtres,  prenez  les  mêmes  mesures 
que  nous,  afin  que,  toute  la  République  réclamant  en  même  temps,  nous 
fassions  cesser  une  lutte  scandaleuse  dont  la  durée  entraînerait  la  guerre 
civile  et  immanquablement  la  perte  de  la  chose  publique.  ^)  (Exemplaire 
imprimé,  conservé  aux  Archives  de  Meurthe-et-Moselle.) 


XLVII 

(Page  m.) 

La  Société  populaire  de  ^lontpelller. 

F>a  Société  populaire  dos  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  de  Montpellier 
avait,  pendant  tout  le  mois  de  mai,  manifesté  beaucoup  de  sollicitude  pour 
les  périls  de  la  Convention.  On  en  peut  suivre  la  trace  de  jour  en  jour 
dans  le  procès-verbal  de  ses  séances. 

2  mai  1  793  :  On  reçoit  «  plusieurs  adresses,  l'une  de  la  Société  popu- 
laire de  Lodève,  l'autre  des  28  sections  de  la  commune  de  Bordeaux, 
toutes  deux  respirant  le  républicanisme  le  plus  pur.  Sur  la  motion  d'un 
membre  il  a  été  délibéré  de  faire  une  adresse  aux  braves  Bordelais,  pour 
les  inviter  à  préparer  des  forces  pour  envoyer  à  Paris,  dans  le  cas  où  nos 
législateurs  fussent  en  danger,  et  d'envoyer  copie  de  cette  adresse  h 
toutes  nos  sociétés  affiliées,  avec  invitation  d'en  faire  part  aux  leurs.  » 


LA  SOCIÉTÉ  POPULAIRE  DE  MOiNTPELLIER.  477 

La  séance  est  terminée  par  la  lecture  de  l'adresse  du  citoyen  Salles, 
député  de  la  lleurthc,  qui  dévoile  «  les  trames  odieuses  du  parti  d'Orléans  ». 

8  mai  :  P.  Sévenne  est  nommé  président,  Vialars,  vice-président. 

y  mai  :  Le  Comité  de  correspondance  écrira  à  la  Société  populaire  de 
Hodez  pour  prendre  des  renseignements  sur  la  conduite  que  tiennent 
les  commissaires  de  la  Convention  nationale  envoyés  dans  le  département 
de  l'Aveyron,  conduite  qui  tend  à  pro[)ajier  les  principes  anarcliiques. 

17  mai  :  Un  député  du  peuple  de  Toulouse  propose  de  réunir  à  Toulouse 
tous  les  commissaires  de  la  Convention  qui  sont  dans  les  départements 
méridionaux.  Cela  provoque  une  manifeslation  contre  les  représentants  en 
mission,  notamment  contre  un  arrêté  de  Chabot,  dont  le  ton  dictatorial 
a  révolté  tous  les  vrais  républicains,  elle  se  résume  dans  im  ordre  du 
jour  fortement  motivé  : 

((  Considérant  que  les  pouvoirs  des  commissaires  nationaux  sont  expiré> 
et  que  c'est  à  ceux  que  la  Convention  nationale  vient  de  nommer  pour  les 
armées  qu'il  appartient  de  suspendre  les  administrateurs;... 

((  Considérant  que  c'est  le  moyen  le  plus  et'licace  de  perdre  la  Répu- 
blique en  donnant  à  des  particuliers  des  pouvoirs  liberticides  ; 

«  Délibère  :  1°  de  passer  à  l'ordre  du  jour  sur  la  mesure  proposée  par 
Toulouse  ; 

((  2°  De  rendre  hommage  au  patriotisme  de  la  Société,  dont  la  religion 
a  été  surprise; 

((  3°  De  dénoncer  le  commissaire  Chabot  comme  ayant  fait  un  arrêté 
dictatorial  et  tyrannique  et  ayant  oublié  que  les  mots  mandons  et  ordon- 
nons, qui  seraient  déplacés  dans  des  représentants  du  peuple,  sont  révol- 
tants dans  la  bouche  d'un  homme  dont  les  pouvoirs  sont  expirés....  n 

19  mai:  Lettre  de  la  Société  populaire  de  Nîmes  qui  communique  une 
lettre  de  la  section  n°  21  de  Marseille,  à  l'effet  de  leur  faire  connaître 
l'esprit  républicain  qui  règne  dans  cette  cité  et  à  les  inviter  à  se  réunir 
pour  opérer  le  bien  que  cet  esprit  peut  faire  et  se  mettre  en  garde  contre 
les  machinations  des  désorganisateurs, 

—  Remerciements  à  Nîmes  et  félicitations  ;i  Marseille  sur  leur  énergie, 
ainsi  qu'à  la  Société  de  Bordeaux  qui  professe  les  mêmes  principes. 

25  mai  :  Danger  que  font  courir  les  divisions  de  la  Convention  ;  adresse 
à  la  Convention  pour  qu'elle  s'occupe  sans  délai  de  la  Constitution. 

Un  amendement  demande  que  l'on  s'élève  contre  l'insolence  des  tri- 
bunes et  l'audace  avec  laquelle  la  municipalité  de  Paris  se  permet  de 
s'opposer  à  l'exécution  des  décrets  des  représentants. 

Des  commissaires  sont  nommés  :  —  l'adresse  sera  remise  au  conseil  du 
département  pour  qu'elle  soit  envoyée  en  même  temps  que  la  sienne  ;i 
Paris. 

27  mai  :  Communication  de  l'adresse  du  conseil  général  delà  commune 
par  le  maire.  Lecture  de  l'adresse  rédigée  au  nom  de  la  Société  par 
Bricugnes.  Elle  est  vivement  approuvée  et  elle  sera  faite  au  nom  des 
citoyens  de  Montpellier,  qui  seront  invités  îi  la  signer. 

Lecture  de  deux   lettres   de  la  Société  de  Toulouse,  d'une  lettre  très 


478  APPENDICES. 

patriote  de  Bordeaux,  et  de  celle  de  la  Société  des  Anti-politiques  d'Aix, 
qui  convient  qu'elle  avait  été  égarée  par  des  agitateurs  et  de  soi-disant 
])atriotes. 

7  juin  :  Lettre  de  Lodève  annonçant  l'arrestation  de  Charrier. 

Frageon  et  Draparnaud  sont  choisis  par  le  département  pour  porter  les 
adresses  à  Paris,  —  choix  vivement  applaudi.  (Archives  du  département 
de  VHcrault,  Société  populaire,  L  !|^,  2°  et  5"  reg.,  aux  dates.) 

A  la  nouvelle  de  la  révolution,  son  activité  redouhle: 

11  juin  :  Mesures  proposées  par  la  Société  populaire  de  Montpellier  : 

1°  Mesures  générales  :  convocation  dos  assemblées  primaires  dans  toute 
la  Répuhlique,  renouvellement  et  épurement  de  la  Convention,  sa  sortie 
de  Paris,  une  force  départementale  pour  protéger  sa  démarche  et  une 
correspondance  active,  même  par  commissaires,  avec  tous  les  départements, 
pour  donner  aux  mesures  à  prendre  l'unité  nécessaire  à  leur  succès. 

2°  Mesures  partielles  :  1"  réclamer  la  liberté  et  la  réintégration  des 
membres  injustement  arrêtés;  2°  déclarer  qu'ils  sont  sous  la  sauvegarde 
du  peuple,  à  qui  ils  appartiennent  ;  5»  décliner  et  méconnaître  le  tribunal 
révolutionnaire  de  Paris,  comme  incompétent  et  asservi  à  la  faction  crimi- 
nelle qui  les  poursuit;  4"  enfin,  rendre  responsables  de  leur  sûreté  les 
membres  de  la  Convention  qui  ont  ordonné  leur  arrestation. 

((  L'assemblée  les  délibère  unanimement  et  arrête  de  plus  qu'un  courrier 
extraordinaire  les  portera  sur-le-champ  à  l'Assemblée  nationale  ;  que,  quant 
aux  mesures  générales,  la  société  pouvait  bien  les  discuter,  mais  que  la 
délibération  en  appartient  exclusivement  aux  sections.  »  —  Il  est  décidé 
que  leur  réunion  sera  demandée  immédiatement  à  la  municipalité. 

La  discussion  ouverte  ensuite,  il  est  reconnu  :  1"  que  l'épuremenl  de  la 
Convention  est  préférable  à  son  renouvellement;  2°  qu'il  convient  de  la 
transporter  hors  de  Paris  et  de  s'assurer  la  liberté  au  moyen  d'une  force 
départementale.  (Soulier,  Recherches  historiques,  etc.,  f°  583.) 


XLVIII 
(Page  167.) 

liCs  corps  administratifs  séant  à  Montpellier 
sV  la  Convention  nationale  (27  juillet). 

«  Représentants  du  peuple, 

«  Les  administrations  de  l'Hérault  se  font  un  devoir  de  vous  adresser  de 
la  manière  la  plus  prompte  toutes  les  pièces  qui  constatent  les  efforts 
qu'elles  n'ont  cessé  de  faire  pour  écarter  le  fléau  de  la  guerre  civile  prête 
à  déchirer  les  départements  méridionaux,  et  éviter  le  plus  grand  des 
malheurs,  celui  de  voir  le  sang  français  versé  par  la  main  des  Français. 

((  Le  premier  moyen  pour  le  département  de  l'Hérault  d'exercer  une 
influence  utile  sur  les  départements  voisins  était  de  conserver  dans  son 


ADRESSE  DU  CONSEIL  GENERAL  DE  L'UERAULT.  479 

sein  la  paix  el  de  pouvoir  se  donner  lui-mcmc  pour  exemple.  La  couduite 
des  adminislrations,  toujours  conforme  aux  principes,  analogue  au  vœu 
manifeste  du  peuple,  a  sans  doute  contribué  au  maintien  de  la  paixinté- 
l'ieure.  » 

Nous  résumons  le  reste  :  Dans  les  assemblées  primaires,  dans  toutes 
les  réunions,  on  s'est  attaclié  à  respecter  les  lois.  C'est  par  la  faute  d'un 
département  intermédiaire  que  l'acte  constitutionnel  a  été  reçu  si  tard  :  dès 
qu'on  l'a  eu,  on  l'a  accepté.  Les  forces  départementales  ont  servi  à  la 
défense  de  Pei-pignan  contre  les  Espagnols.  On  a  travaillé  à  prévenir  la 
guerre  civile  dans  les  Bouches-du-Rliône  ;  c'est  pour  cela  qu'on  a  prié 
Albitte  d'envoyer  les  troupes  de  la  République  a  Perpignan  et  qu'on  a 
député  vers  Marseille  pour  presser  la  ville  de  désarmer.  (Registre  des 
délibérations  du  conseil  de  l'Hérault.  Cette  adresse  est  donnée  en  partie 
par  Duval-Jouve,  II,  p.  88-90.) 


XLIX 

(Page  167.) 

.adresse  tla  conseil  général  de  l'Hérault 
à  la  Convention. 

«  Instruits  que  notre  arrêté  du  14  de  ce  mois  pouvait  être  interprété 
d'une  manière  défavorable  à  nos  vrais  sentiments,  nous  allons  vous  les 
exposer  et  nous  espérons  que,  malgré  l'irrégularité  des  mesures  que  nous 
avons  cru  devoir  prendre,  vous  serez  convaincus  de  la  pureté  de  nos  in- 
tentions. 

«  Nous  n'avons  jamais  cessé  de  reconnaître  l'autorité  de  la  Convention  et 
de  faire  exécuter  les  lois  qu'elle  a  rendues.  Nous  avons  secondé  de  tous 
nos  moyens  les  elforts  des  représentants  du  peuple  et  des  généraux  de 
l'armée  des  Pyrénées-Orientales  pour  repousser  les  ennemis  de  la  Répu- 
blique. Nous  n'avons  levé  de  forces  que  contre  les  Espagnols,  nous  n'avons 
pas  touché  aux  caisses  publiques  ;  nous  avons  désiré  ardemment  l'achè- 
vement et  l'établissement  de  la  Constitution.  Nous  nous  sommes  toujours 
montrés  et  nous  demeurons  toujours  attachés  à  la  liberté  et  à  l'égalité 
sous  la  République  une  et  indivisible.  Par  notre  arrêté  du  14,  nous 
n'avons  pas  prétendu  méconnaître  l'autorité  de  la  Convention  et  résister 
à  sa  volonté  ;  l'une  ou  l'autre  intention  sont  également  opposées  à  nos 
sentiments  et  à  nos  devoirs.  Nous  avons  cru  qu'en  différant  l'exécution 
nous  préviendrions  des  troubles  et  des  malheurs  qui  eussent  pu  être  incal- 
culables dans  un  moment  surtout  où  le  peuple  assemblé  attendait  avec 
impatience  la  proclamation  de  l'acte  constitutionnel  et  où  le  vœu  public  se 
prononçait  contre  l'exécution  du  décret.  La  situatiou  où  nous  nous  trou- 
vions ne  nous  a  guère  permis  de  réfléchir  sur  le  choix  des  formes  que 
nous  devions  donner  à  notre  détermination.  Enfin  nous  avons  pensé  que 
la  Convention  nationale,  mieux  instruite,  renoncerait  à  l'exécution  d'une 


480  APPENDICES. 

mesure  qui  n'offre  plus  que  des  interversions  sans  utilité  pour  la  chose 
publique. 

«Les  événements  du  31  mai  avaient  été  jugés  par  nos  concitoyens  avec 
cette  sensibilité  et  celte  émotion  qui  caractérisent  des  hommes  libres  ;  ils 
les  avaient  jugés  avant  que  le  temps  leur  eût  fait  voir  celte  Constitution 
que  toute  la  France  embrasse  avec  transport,  et  cet  ensemble,  et  cette 
unité  dans  l'action  du  gouvernement  qui  nous  promet  le  triomphe  de  la 
Uépubhque  sur  ses  nombreux  ennemis.  Le  vole  du  |)euple  de  notre  dé- 
partement s'est  exprimé  avec  chaleur,  avec  passion.  L'apparition  de  l'acle 
constitutionnel  a  jeté  un  nouveau  jour  sur  les  troubles  naissants  dans  la 
llépublique.  l-es  députés  de  nos  assemblées  primaires  se  sont  empressés 
eux-mêmes  de  montrer  à  leurs  commettants  les  avantages  qu'offrait  son 
acceptation  et  les  horribles  dangers  de  la  guerre  civile.  Dès  ce  moment, 
leurs  délibérations  ont  pris  une  autre  marche  et  tous  leurs  soins  ont  été 
employés  à  inviter  le  peuple  à  oublier  ses  ressentiments,  à  se  réfugier 
dans  l'asile  de  la  Constitution,  à  faire  tomber  les  armes  des  mains  des 
Marseillais,  à  dessiller  les  yeux  fascinés  de  l'aristocratie  hypocrite. 

((  Cette  conduite  n'est-elle  pas  une  rétractation  manifeste  de  tout  ce  que 
l'exaltation  des  idées  a  pu  dicter  de  répréhensible  aux  députés  des  assem- 
blées primaires  dans  un  moment  d'enthousiasme?  Ilétraclalion  d'autant 
plus  louable  que  la  craiute  n'y  a  eu  aucune  part  et  qu'elle  n'a  pu  être 
motivée  que  par  un  ardent  amour  de  la  patrie.  Nous  ne  vous  parlerons 
pas  des  inconvénients  du  décret  d'arrestation  du  9  juillet  :  des  mesures  de 
sévérité  peuvent-elles  être  utiles  dans  un  département  où  le  sentiment  na- 
turel du  peuple  pour  la  liberté  a  suffi  pour  le  ramener  aux  principes?  » 
(Archives  de  l'Hérault,  registre  cité,  f"  157.) 


L 

(Page  170.) 

Adresses  des  villes  et  Sociétés  du  Gard 
contre  les  factieux. 

2'2  avril.  Uzès  (Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité)  : 

((  Nous  vous  avons  investis  d'un  pouvoir  sans  bornes.... 

«  Avez- vous  élevé  vos  unies  au  niveau  de  vos  fonctions  augustes?... 

«  Que  fai'.es-vous?  Le  prytanée  national  n'est  bientôt  plus  qu'une  arène 
de  gladiateurs. 

«  Représentants,  les  vrais  républicains  ne  se  rangent  sous  aucune  ban- 
nière particulière Nous  laissons  aux  intrigants  ces  épilhètes  ridicules  de 

Montagne,  de  Marais,  de  côté  droit,  de  côté  gauche.  » 

24  avril.  La  commune  de  Vauverl  : 

((  Depuis  longtemps  le  canon  d'alarme  retentit  dans  toutes  les  parties 
de  la  République. 


ADRESSES  DES  VILLES  ET  SOCIÉTÉS  DU  GARD.  481 

«  Représentants,  le  vaisseau  de  l'État  battu  par  la  plus  horrible  tem- 
pête.... Et  vous  qui  êtes  ses  pilotes.... 

«  Vous  osez  faire  plus,  vous  cliaugcz  le  lieu  de  vos  séances  en  une 
arène  ensanglantée  où  chacun  de  vous  joue  le  rôle  de  gladiateur. 

«  Représentants,  nous  vous  eu  conjurons,  au  nom  de  l'humanité  outra- 
gée,... abjurez  ces  haines,  ces  dissentiments  »,  etc. 

25  avril.  Aliiis  (Société  des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité)  : 

((  Il  est  donc  vrai  que  Marat  est  décrété  d'accusation  !  qu'il  subisse  enfin 
la  peine  due  à  ses  forfaits! 

«  Législateurs,  toute  la  nation  française  n'est  point  aux  tribunes  de  la 
salle  de  vos  séances.... 

«  Allons,  poursuivez  l'œuvre  salutaire  que  vous  avez  entreprise.  Livrez 
un  combat  à  mort  à  l'anarchie.  Bravez  les  poignards.  Nous  les  briserons 
dans  le  sein  des  désorganisateurs,  s'ils  n'abjurent  leurs  intentions  hos- 
tiles. Allons,  faites  gronder  le  tonnerre  de  la  loi  ;  que  l'horizon  s'éclair- 
cisse  et  que  la  France  cntin  respire.  » 

28  avril.  Saiiit-Ainbroise  :  La  Société  des  Amis,  etc.  improuvc  la  péti- 
tion des  sections  de  Paris  du  15  avril  et  s'élève  contre  les  divisions  de 
l'Assemblée. 

2  mai.  Sainl-J can-du-Gard  (Société  populaire  des  Amis  de  la  Répu- 
blique). Ne  pas  seulement  réprimer  les  anarchistes,  réprimer  aussi  les 
aristocrates  : 

«  Frappez  les  deux  monstres.  »... 

5  mai.  Boucaivan  :  Désordres  qui  peuvent  naître  des  divisions  de  la 
Convention. 

10  mai.  La  Salle  (Société  populaire  des  Amis,  etc.)  :  mêmes  plaintes. 
Avant  le  15  mai.  Bagnols  (Société  populaire)  :  —  Trêve  aux  querelles, 

—  pas  de  chef,  —  la  loi. 

19  mai.  Sommières  (Société  des  Amis,  etc  )  : 

((  Lorsqu'une  nation  souveraine  vous  a  confié  la  fonction  honorable 
d'assurer  son  bonheur,  a-t-elle  dû  s'attendre  à  vous  voir  méconnaître  celle 
glorieuse  destination'?...  Vous  avez  fait  d'un  sénat  auguste  une  arène  de 
gladiateurs. 

((  Ou'est-ce  que  ces  odieuses  dénominations  de  Girondins,  de  Rollan- 
distes,  de  Brissotins,  d'Orléanistes"?  Qu'est-ce  que  cette  montagne,  cette 
plaine,  ce  marais?...  Ne  vous  y  trompez  pas,  législateurs,  l'indignation  est 
à  son  comble.  La  nation  est  debout.  S'il  y  a  parmi  vous  des  Manlius,  des 
Gracques,  des  Mélius,  des  Catilina,  la  Roche  tarpéienne  est  là,  le  Carrousel 
n'est  pas  loin  de  voire  enceinte*...  »  —  la  Constitution! 

29  mai.  Aigues-Vives  (Société  des  Amis,  etc.)  :  La  Constitution! 
(Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  20,  dossier  Gard.) 

11  y  a  bien  quelques  discordanct  s.  Le  18  mai,  la  Société  populaire  de 
.Nîmes,  qui   était  jacobine,  a]iplaudit  à  la  loi  sur  les  subsistances  et  en 


1.  On  avait  couimencé  par  dresser  l'échutauil  sur  la  place  du  Carrousel. 

L\    RÉVOI,.    DU    31    MAI.  II — 51 


4S2  APPENDICES. 

rend  grâces  aux  Montagnards.  Elle  fait  une  sortie  contre  les  hommes 
impies  et  sacrilèges  qui  calomnient  les  braves  Parisiens  : 

«  Tremblez  !... 

((  Représentants  du  peuple,  vous  dont  les  âmes  sont  pures,  rangez-vous 
tous  du  côté  de  la  Montagne  de  la  Convention  ;  faites  partir  de  là  sur  les 
têtes  coupables  la  foudre  de  la  justice,  de  la  raison  et  de  la  vérité;  anéan- 
tissez pour  toujours  les  tyrans  et  les  traîtres,  et  que  nous  disions  une  fois 
pour  toutes  :  La  pati^ie  est  sauvée  !  » 

—  Il  y  avait  à  Nîmes  deux  sociétés  rivales.  Les  sociétés  populaires  des 
villes  voisines,  craignant  un  conflit,  y  envoyèrent  des  députés,  pour  fer- 
mer une  société  centrale  sous  l'autorisation  des  pouvoirs  publics.  On  trouve, 
à  la  date  du  15  avril,  un  imprimé  qui  est  une  cxhorlation  à  l'union,  avec 
les  noms  des  membres  des  sociétés  d'Uzès,  de  Massillnrgues,  de  Lunel,  de 
Saint-Cosme,  Vauvert,  Aimargues,  Alais,  Clarensac,  Beaucaire,  B.i- 
gnols,  etc.,  etc.  (Archives  nationales,  même  carton  et  même  dosssier.) 


LI 

(Page  171.) 
Les  sections  de  IVîmes. 

Les  sections  à  Nimes  avaient  leurs  réunions  particulières  où  les  dili- 
bérations  communes  étaient  préparées  ou  approuvées.  La  4."  section,  dont 
les  délibérations  forment  un  registre  conservé  au  greffe  de  la  Cour  de 
Nîmes,  approuva  le  22  mai  l'adresse  à  la  Convention,  adresse  fondée  sur 
les  mêmes  motifs  que  celle  de  Bordeaux.  Il  y  fut  décidé  que  deux  dépu- 
tés choisis  par  rassemblée  des  commissaires,  la  porteraient  à  la  Conven- 
tion nationale  et  en  outre  qu'il  serait  établi  un  comité  central  composé  de 
deux  membres  de  chaque  section.  Le  5  juin,  avant  qu'on  sût  encore  le.; 
événements  de  Paris,  autre  délibération  importante  : 

«  La  section  i",  considérant  que  dans  le  moment  où  les  agitateurs  cher- 
chent à  entraver  la  marche  de  la  Convention  nationale,  à  retarder  le 
moment  qui  doit  nous  donner  une  Constitution  qui  ramènera  enfin  le 
règne  des  lois  ; 

K  Considérant  que  les  citoyens  doivent  se  réunir,  opposer  l'obslacle 
puissant  de  leur  patriotisme,  de  leurs  lumières,  aux  fureurs  de  l'anarchie; 

«  Considérant  que  Aix  et  Marseille  viennent  de  se  prononcer  d'une 
manière  énergique  et  éclatante,  et  que  l'intérêt  du  département  du  Gard 
est  de  s'unir  fortement  à  ces  communes,  aujourd'hui  la  terreur  des 
factieux  et  l'espoir  des  vrais  Amis  de  la  liberté...  : 

«  La  section  4<=  arrête,  à  l'unanimité,  qu'il  sera  envoyé  une  députalion 
composée  de  deux  citovens  pour  resserrer  les  liens  de  fraternité  avec 
Aix,  Marseille  et  les  autres  communes  et  se  concerter  avec  elles  sur 
tout  ce  qui  paraîtra  utile  pour  la  chose  publique.  » 


COMITÉ  DK  SALUT  l'IBLIC  DU  GARD.  485 

LU 

(Pa-c  18G.) 

Comité  de  salut  publie  du  Cîard. 

On  a  vu  ses  actes  le  25  et  le  26  juin  1793;  en  voici  la  suite  : 

27  juin  :  On  apprend  que  les  gardes  nationales  d'Alais  ont  été  bien 
reçues  au  Pont-Saint-Esprit.  On  casse  le  Comité  des  six,  établi  dans 
celte  ville  par  les  représentants  Bonnet  et  Fabre  (cf.  Julien,  Rapport, 
p.  95).  On  lit  un  précis  des  événements  de  Paris  par  Rabaut-Saint- 
Eliennc. 

28  an  soir  :  On  a  reçu  les  décrets  de  la  Convention  sur  les  administra- 
teurs de  l'Eure,  les  sociétés  populaires,  etc.  Connue  ils  pourraient  exciter 
du  trouble,  on  en  ajourne  la  publication;  on  décide  qu'il  sera  écrit  aux 
départements  de  Rliôue-et-Loire,  Puy-de-Dôme,  Hérault,  Aude,  Pyrénées- 
Orientales,  Ârdèclie,  Bouches-du-Rliône,  Var,  Hautes-Alpes,  Basses- 
Alpes,  Isère,  Ain,  pour  les  engager  à  accélérer  l'organisation  de  leurs 
fortes  départementales;  on  lit  le  discours  de  Durand,  maire  de  Montpellier, 
qui  est  fort  applaudi. 

29  juin  :  Les  commissaires  de  la  Convention  ou  plutôt  du  Conseil 
exécutif,  cbargés  de  s'occuper  de  l'agriculture,  etc.,  sont  accueillis  avec 
défiance.  Ils  seront  tenus  de  rester  dans  la  ville  de  Nimes  et  de  se 
présenter  une  fois  par  jour  à  la  municipalité  (j'en  ai  parlé  d'après  leurs 
rapports). 

50  juin  :  Deux  commissaires  sont  envoyés  au  Pont-Saint-Esprit  poui' 
prendre  connaissance  de  l'état  de  la  place  et  y  rassembler  des  approvi- 
sionnements; un  autre,  Cardot,  commandant  de  la  garde  nationale 
du  Pont-Saint-Esprit,  est  chargé  du  commandement  de  la  place  ;  deux 
commissaires  sont  envoyés  dans  l'Hérault;  un  autre  à  Arles,  pour  suivre 
les  opérations  militaires.  On  prend  des  dispositions  pour  le  moment  oii 
les  troupes  dos  Bouches-du-Rhôue  et  du  Gard  seront  à  Avignon  ; 
200  hommes  occuperont  le  Pont-Saint-Esprit. 

1"  juillet  :  Mesures  militaires. 

2  juillet  :  Lettres  de  divers  départements,  mesures  militaires  et  finan- 
cières; forces  nouvelles  (1200  hommes)  à  envoyer  de  l'Hérault,  du  Gaiil 
et  des  Bouches-du-Rhône  à  Avignon  pour  y  assurer  le  libre  passage  des 
forces  départementales. 

5  juillet  :  Les  députés  des  sections  de  ^^lues  à  Paris  rendent  compte  de 
leur  voyage.  On  propose  de  déclarer  la  Commune  de  Paiis,  les  tribunaux 
et  tous  les  citoyens  de  cette  ville  responsables  sur  leurs  têtes  :  renvoi  au 
bureau  politique. 

5  juillet  :  Organisation  de  la  force  armée  pour  le  département  du 
Gard  :  infaiiterie,  1062  hommes;  artillerie,  50;  cavalerie,  105. 

8  juillet  :  Arrêté  pour  la  réunion  nouvelle  de  l'Assemblée  représentative 


484  APPENDICES. 

à  l'occasioa  du  projet  de  Coustitution.  (Archives  du  Gard,  Procès-verbal 
du  comité  de  salid  public  du  Gard.) 


LUI 

(P.ge  202.) 

Adresses  de  l'Aveyron. 

La  Société  des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité  de  Rodez  (25  décembre 
1 792)  : 

«  Législateurs, 

«  Votre  début  à  la  Convention  effraya  les  tjrans....  A  votre  approche 
les  meurtriers  du  2  septembre  jetèrent  leurs  poignards,  mais  ils  brûlent 
de  les  reprendre.  L'homme  sanguinaire  qui  s'asseoit  parmi  vous  [Marat] 
relève  sa  tète  hideuse;  il  médite  de  nouveaux  crimes,  et  bientôt  les 
bourreaux  qu'il  commande,  fatigués  d'une  oisiveté  condamnée  par  leur 
chef,  recommenceront  ces  sanglantes  journées.  Hàtez-vous  donc,  législa- 
teurs, de  l'ejeter  de  votre  sein  un  monstre  en  exécration  à  toute  la 
République.  11  est  temps  que  ce  tigre,  sorti  de  son  antre  ténébreux,  expie 
ses  attentats  contre  l'humanité,  qu'il  a  si  indignement  outragée.  Qu'un 
ilécret  d'accusation  lancé  contre  lui  prouve  enfin  à  vos  commettants  que 
vous  êtes  libres » 

Un  i)eu  plus  tard  (25  avril  1795),  ce  sont  les  citoyens  de  Millau  qui 
gourraandent  la  Convention  de  ses  divisions  : 

((  Quelles  mesures  prenez-vous  pour  sauver  la  patrie?...  Lorsque  le 
peuple  français  vous  confia  ses  destinées,  lorsqu'il  vous  investit  de  la 
représentation  nationale,  il  n'attendait  pas  que  vous  aviliriez  un  jour 
cette  dignité  par  vos  scissions  d'autant  plus  criminelles  que  leur  germe 
s'est  déjà  répandu  dans  tous  les  points  de  la  République. 

«  Comptant  parmi  vous  mille  partis,  les  clubs,  les  tribunaux  et  les 
corps  administratifs  se  piquent  de  suivre  cet  exemple  désorganisaleur 

((  Représentants,  cette  conduite  nous  afllige....  » 

—  Et  voici  les  remèdes  qu'ils  proposent  : 

((  1"  Envoyer  nu  tribunal  révolutionnaire  quiconque  provoquera  votre 
dissolution  ; 

((  2°  Exclure  de  votre  sein  et  de  tout  emploi  civil  et  militaire  tous  les 
ci-devant  nobles  et  privilégiés,  ainsi  que  tous  les  ministres  des  cultes 
quelconques  ; 

((  3°  Renouveler  sans  délai  tous  les  élals-inajors  des  années )) 

Et  la  Société  populaire  de  Saini-Lizicr  (15  mai)  : 

«  Nous  avons  la  douleur  profonde  de  voir  la  représentation  naïionale 
en  proie  à  d'horribles  divisions. 

«  Cessez  donc,  citoyens  représentants,  de  donner  à  vos  commettants  un 
exemple  aussi  épouvantable  »,  etc. 


LES  CITOYENS  DE  TOURNON  A  LA  CONVENTION  NATIONALE.    485 

Enfin  la  Société  popuhTire  de  Saint-Affriqiie  (2-4  mai),  rappelant  e\- 
prcsséinrnt  qu'elle  était  affiliée  aux  Jacobins  de  Paris  : 

((  Lorsfju'une  nation  souveraine  délègue  sa  puissance,  elle  se  réserve  le 
droit  sacré  de  rappeler  à  ses  mandataires  les  devoirs  importants  que  leur 
impose  leur  sublime  mission.  Ecoutez  la  vérité.  Vous  vous  plaignez  d(! 
l'avilissement  de  la  Convention  nationale.  Eli  !  vos  scènes  orageuses  ne 
l'avilissent-elles  pas  aux  yeux  des  vrais  amis  de  la  liberté?  La  patrie  est 
en  danger.  Étouffez  les  haines,  proscrivez  les  querelles  »,  etc. 

(.archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  18,  dossier  Aveijron.) 

LIV 

(Page  20:i.) 

Les  oifo^^ens  de  Tournon  si  la  Convention  nationale 
[2  juin   1793). 

((  Nous  aussi,  nous  sommes  pressés  par  une  vérité  que  déjà  beaucoup 
de  communes  vous  ont  exprimée  et  qui  n'est,  sans  doute,  que  le  prélude 
du  vœu  de  la  République  entière. 

«  Depuis  longtemps  nous  gémissons  sur  la  division  qui  règne  dans 
l'Assemblée 

«  Avez-vous  oublié  que  vous  êtes  les  représentants  d'un  grand  peuple... 
lorsque  vous  avez  vu  la  liberté  des  opinions  violée?... 

«  L'avez-vous  oublié,  lorsque  certains  do  vos  collègues  se  sont  permis 
de  déclamer  publiquement  contre  une  loi  répressive  du  meurtre  et 
du  pillage  à  laquelle  tous  les  départements  applaudissaient? 

«...  Lorsque  vous  avez  eu  la  patience  d'écouter  les  diatribes  dégoù 
tantes...  que  se   permet   depuis  quatre  ans  un  homme   pervers   sous  le 
nom  d'Ami  du  peuple.... 

«...  Lorsque  vous  n'avez  pas  réprimé  sévèrement  l'audace  des  tri- 
bunes !... 

«  Législateurs,  sortez  de  cette  apathie.... 

«  Et  si,  contre  .notre  attente,  les  intrigants  et  les  factieux  d'une  ville  qui 
s'honore  d'être  le  berceau  de  la  liberté  qu'ils  cherchent  à  détruire,  conti- 
nuaient leurs  manoeuvres  odieuses,  abandonnez  cette  cité  et  transférez 
vos  séances  dans  un  lieu  où  vous  jouissiez  de  ce  calme  qui  peut  opérer 
de  bonnes  lois....  »  (\rchives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  18,  dossier 
Ar  (lèche.) 

LV 

(Pa-e  209.) 
Adresses  des   Bouehes-da-Rhône. 

Dans  l'exposé  général  des  préliminaires  de  la  révolution  du  51  mai, 
j'ai  eu  l'occasion  d'indiquer  ci-dessus  les  principales  manifestations  de 


4S0  APPENDICES. 

Marseille  contre  les  faclieux  qui  s'acheminaient  vers  la  domination.  Ji; 
me  bornerai  à  indiquer  ici  quelques  autres  protestations,  soit  de  sections 
de  la  ville,  soit  dos  villes  du  département,  contre  les  divisions  qui  prélu- 
daient à  la  catastrophe. 

H  décembre  17U2.  La  Société  des  Antipoliliques  A'Aix: 

«  Vos  discussions  scandaleuses  sont  connues  dans  tout  le  départe- 
ment.... )) 

1(3  décembre.  Pcrtuis  : 

«  Q.ie  signifient  ces  duels  politiques,  ces  combats  singuliers  de  la  haine 
et  de  la  vanilé?...  » 

18  décembre.  La  section  n"17  de  Marseille  ]mç  haine  aux  tyrans.  Ils  ne 
souffriront  pas  de  maîtres,  sous  quelque  dénomination  qu'ils  se  montrent. 

Reçu  le  12  mars  1795.  La  Société  républicaine  de  Maillanne  : 

((  Le  tyran  n'est  plus....  Est-ce  le  terme  de  votre  mission?  Tant  que  la 
licence  et  l'anarchie  subsisteront,  la  liberté  et  l'égalité  seront  com- 
promises. )) 

16  mars.  Le  district  de  Tarascon  : 

((  Mettez  fin  à  ces  déclamations  impuissantes,  à  ces  inculpations 
odieuses.  » 

5  avril  (?).  La  Société  républicaine  de  Roqtievaire  :  —  Elle  demande  le 
jugement  de  Marie-Antcinette  et  repousse  tout  maître,  dictateur,  slatbou- 
der,  etc. 

25  avril.  «  La  petite  municipalité  de  Sm^c/^c,  district  d'Orange  (Bouches- 
du-Rhône),  prend  la  liberté  de  vous  faire  connaître  ses  sentiments  pour 
la  République » 

Elle  adhère  aux  décrets  :  «  Une  seule  chose  nous  peine  (les  malveillants 
qui  décrient  les  assignats):  Voulez-vous,  disent-ils,  connaître  la  situation 
de  la  République?  Considérez  les  assignats.  S'ils  gagnent,  elle  est  bonne  ; 
s'ils  perdent,  elle  est  mauvaise.  »  —  Ne  pas  attendre  qu'ils  fassent  des 
phrases  :  «  Nous  ne  sommes  que  des  laljoureurs,  des  pauvres  campagnards, 
qui  ne  connaissons  que  Dieu,  la  Convention  et  la  terre,  c'est  là  toute  notre 
science,  de  laquelle  nous  sommes  redevables  au  citoyen  Maffren  noire  curé*.» 

12  mai.  Les  citoyens  d'Orange: 

«  Faites  cesser  ces  disputes  scandaleuses.  Rendez  à  la  Représentation 
nationale  sa  dignité.  » 

A  côté  de  ces  adresses  anii-maralistes,  il  en  finit  citer  une  en  sens  con- 
traire, datée  de  la  ville  d'Arles  (S  mai  1795).  C'est  une  adresse  des  Ainis 
de  l'égalité  «  aux  vrais  représentants  du  peuple  ». 

On  y  signale  l'aristocratie  relevant  la  tète,  des  Bouches-du-Rhône  à  la 
Garonne;  on  y  allaque  surtout  les  membres  du  club  de  Nîmes:  «  Ils 
échauffent  les  aristocrates  de  Beaucaire  qui,  singes  parfaits  de  notre  Chif- 
fone,  visent  les  patriotes.  » 

—  Aix  avait  aussi  commencé  à  emprisonner  les  patriotes;  à  Marseille 

1.  La  pétition  a  l'air  crèlre  écrite  par  Mafircn,  secrétaire  grcflicr  de  la  com- 
iiiuiie.  Elle  est  rangée  par  erreur  dans  le  dossier  de  VEure. 


INTERROGATOIRE  DU  REPRÉSENTANT  DU  PEUPLE  ANTIBOUL.     m 

les  arislocrates  se  glissent  dans  les  sections  :  mais  on  peut  compter  sur 
la  sagesse  et  la  fermelé  des  deux  clubs  d'Aix  et  de  Marseille.  A  Salon  aussi 
il  y  a  un  club  central  qui  surveille  ces  menées  : 

((  Des  autorités  constituées  invitent  la  Convention  à  sortir  de  Paris!... 
et  pourquoi?  afin  qu'elle  soit  plus  en  sûreté  et  plus  respectée?  Insensés!  » 

—  Robespierre  même  est  alta(jué  !  Ils  s'en  indignent  : 

((  Au  nom  de  la  Patrie  en  danger,  nous  vous  en  conjurons  pour  la  troisième 
fois,  législateurs,  éloignez  du  milieu  de  vous,  ceux  de  vos  collègues  qui  ont 
trahi  la  cause  de  leurs  commettants » 

Mais  le  plus  grand  nombre  des  adresses  étaient  contrôles  factieux.  Après 
l'adresse  de  la  numicipalité  de  Marseille  du  27  mai,  les  citoyens  de  la  com- 
mune iVApt,  réunis  en  assemblée  de  sections,  écrivaient  à  la  Conven- 
tion nationale  (50  mai)  : 

K  Représentants, 

((  Les  citoyens  d'Apt  viennent  de  briser  leurs  fers.  Ils  étaient  courbés 
sous  le  poids  du  despotisme  anarchique.  Marseille  a  parlé,  nous  sommes 
devenus  libres 

((  Nous  sommes  libres,  législateurs  ;  mais  vous  ne  Pèles  pas Des  tri- 
bunes insolentes  osent  vous  dicter  des  lois.  Une  Société,  autrefois  le  bou- 
levard de  la  liberté,  à  présent  l'apôtre  de  Panarcliie,  entrave  sans  cesse 
votre  marche....  Une  minorité  perverse  veut  dominer  par  la  terreur  la 
saine  partie  du  Corps  constituant.  C'en  est  fait  de  la  liberté,  si  cette  hydre 
à  mille  tètes  n'est  abattue. 

«  Elle  le  sera,  législateui's,  l'impulsion  donnée  par  les  fiers  descendants 
des  Phocéens  va  se  communiquera  toute  la  France Courage,  législa- 
teurs, livrez  au  glaive  de  la  loi  les  profanateurs  de  la  représentation  na- 
tionale, et  si  la  force  publique  parisienne  n'est  pas  a'sez  forte  pour  vous 
protéger,  appelez  celle  des  départements  ou  bien  quittez  ce  foyer  de  désor- 
ganisation et  venez  siéger  au  milieu  de  nos  cités.  Il  n'est  aucun  départe- 
ment qui  ne  vous  reçoive  comme  des  Dieux.  Sachez  vous  exposer  à  une 
dernière  crise;  périssez,  s'il  le  faut.  Cet  attentat  sera  le  dernier  comme  le 
plus  horrible  ;  vous  périrez,  mais  la  République  sera  sauvée.  ;> 

(Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  18,  dossier  Bouches-du-Wtône.) 


LYI 

(l'agc  215.) 

Interrogatoire  subi  m  ^larseille  par  le  représentant 
da  peuple  Antiboul,  du  34  juin  1793. 

Antiboul,  député  du  Var,  et  Dû,  dé[iuté  de  l'Aveyron,  avaient  été  envoyés 
comme  commissaires  de  la  Convention  en  Corse  (50  mai  1795).  Partis  de 
Paris  le  7  juin,  ils  avaient  été  arrétéi  à  Aix,  et  amenés  à  Marseille. 

On  fit  subira  Antiboul  un  interrogatoire  où  il  y  a  quelques  traits  curieux 


488  APPENDICES. 

à  recueillir  sur  la  révolulion  dont  il  avait  été  le  témoin  et  sur  ses  opinions 
personnelles.  Antiboiil  était  un  de  ces  députés  indécis  qui  ne  se  classaient 
pas  d'une  manière  bien  tranchée.  Dans  le  procès  du  roi,  il  s'était  déclaré 
pour  la  culpabilité,  non  comme  juge,  mais  comme  politique;  il  avait 
repoussé  l'appel  au  peuple,  prononcé  la  peine  de  la  détention,  et,  sur  la 
question  de  sursis,  volé  ((  ni  oui  ni  non  ».  A  Marseille,  en  le  voyant 
adjoint  parla  Convention  aux  commissaires  qu'elle  avait  déjà  en  Corse,  on 
était  porté,  vu  la  date  de  son  arrivée,  et  sans  tenir  compte  de  celle  de  sa 
nomination,  à  le  prendre  pour  un  montagnard. 

On  lui  demande  s'il  a  été  à  la  séance  du  25  mai  où  fut  reçue  la  députa- 
tion  de  Marseille,  —  Il  croit  reconnaître  dans  celui  qui  l'interroge  l'ora- 
teur de  la  députation . 

Où  il  siège.  —  Il  n'a  pas  de  place  fixe. 

Ce  qu'il  pense  de  la  commission  des  Douze.  —  Beaucoup  de  bien. 

De  Robespierre.  —  Sa  réputation  est  équivoque....  C'est  un  or- 
gueilleux. 

De  Marat.  —  Tout  le  mal  possible  ;  mais  on  eût  mieux  fait  de  l'enfermer 
que  de  le  décréter  d'accusation  :  procès,  d'où  il  fut  ramené  en 
triomphe. 

Antiboul  reconnaît  que  les  tribunes  influençaient  l'Assemblée  ;  que  la 
Convention  n'était  pas  libre  le  ,51  mai  ;  que  l'obstacle  apporté  à  l'entrée  des 
députés  dans  la  Convention  était  une  violation  de  la  liberté  et  de  la  repré- 
sentation nationale  : 

((  Quand  même,  ajoulc-t-il,  je  serais  entré  lorsqu'on  mit  en  arrestation 
52  députés,  je  n'aurais  pu  émettre  librement  mon  vœu,  et  peut-être 
aurais-je  voté  pour  l'arrestation  quoique  injuste,  pour  éviter  les  plus  grands 
malheurs  à  l'Assemblée. 

((  Croyez-vous  les  52  députés  arrêtés  coupables  envers  la  nation?  —  Je 
ne  le  crois  pas;  —  aucune  preuve  n'a  été  produite  contre  eux.  » 

Il  n'était  pas  à  la  séance  où  l'arrestation  a  été  décrétée,  etc. 

On  l'interroge  encore  sur  ce  point  délicat  : 

«  Un  département  ou  plusieurs  déparlements  seraient-ils,  dans  votre 
opinion,  blâmables  d'inviter  tous  les  amis  de  la  République  à  se  réunir  îi 
un  vœu  commun  pour  refuser  de  reconnaître  la  légalité  des  décrets  con- 
ventionnels qui,  dans  l'état  d'oppression  où  se  trouve  la  Convention,  ne 
sont  que  les  décrets  d'une  faction  désorganisatrice?  —  Dans  l'hypothèse 
supposée  je  réponds  que  non  seulement  un  département  aurait  le  droit 
d'inviter  les  autres  à  la  résistance,  mais  même  un  individu.  »  (Archives 
nationales,  D  ui,  carton  4,  dossier  48.) 

Après  l'occupation  de  Marseille  par  Carleaux,  Antiboul  fut  mis  en  liberté, 
mais  son  interrogatoire  tomba  aux  mains  du  vainqueur. 

Cet  interrogatoire  où  les  fédéralistes  de  Marseille  avaient  cherché  un 
Montagnard  manifesta  aux  Montagnards  un  fédéraliste. 

Antiboul  fut  rappelé,  compris  dans  le  réquisitoire  d'Amar  contre  les 
Girondins  comme  ayant,  avec  Rabaut-Saint-Étienne,  etc.,  incendié  le 
Gard,  11  fut  décrété  d'accusation,  jugé,  condamné  et  exécuté  avec  les  autres. 


LETTRE  DE  BARBAROUX  A  LA  MUNICIPALITÉ  DE  MARSEILLE.     481» 

LYII 
(Page  216.) 

Lettre  de  Barbaron.x  à  la  municipalité  de  Marseille. 

Cacn,  21  juin  1795. 
Frères  et  amis, 

En  abordant  sur  une  terre  libre,  mes  premiers  regards  se  sont  portés 
vers  le  lieu  de  ma  naissance  et  j'ai  fait  cette  adresse  aux  Marseillais.  Non 
que  leur  patriotisme  ait  besoin  d'être  excité,  mais  parce  que  mon  cœur, 
oppressé  par  huit  mois  d'affliction,  avait  lui-même  besoin  de  s'épancher 
dans  le  cœur  de  mes  concitoyens.  Si  vous  jugez  cet  écrit  utile  pour  sou- 
tenir l'esprit  public  dans  les  déjiartemenls  du  Midi,  ne  balancez  pas  à  le 
faire  réimprimer  et  à  le  propager  partout.  Je  ne  puis  d'ici  le  transmetire 
au  delà  de  Paris,  parce  que  là  tout  ce  qui  déplaît  à  une  municipalité 
conspiratrice  est  arrêté.  11  n'en  est  pas  de  même  au  delà  de  la  Loire,  et 
vous  pouvez  le  répandre  sans  obstacle  dans  une  foule  de  départements. 

Je  vous  ai  écrit  il  y  a  peu  de  jours  par  la  voie  de  Nantes  et  de  Bordeaux, 
j'ignore  si  ma  lettre,  recommandée  à  des  administrateurs  républicains,  aura 
passé.  Celle-ci  prendra  la  même  route,  et  deux  administrateurs  de  Nantes 
iront  la  jeter  a  la  poste  de  cette  ville.  Ils  partent  et  je  n'ai  que  le  temps 
de  vous  annoncer  que  toute  la  Bretagne  est  levée,  que  le  rendez-vous  géné- 
ral des  troupes  et  le  point  de  réunion  des  corps  administratifs  des  divers 
déparlements  est  à  Caen.  Ainsi,  les  hommes  du  Nord  et  du  Midi  vont 
s'embrasser  une  deuxième  fois  sur  la  place  du  Carrousel.  Vive,  vive  la 
République  une  et  indivisible!  —J'apprends  à  l'instant  que  150  mem- 
bres de  la  Montagne,  se  disant  la  Convention,  m'ont  décrété  d'accusation.  Le 
motif  du  décret  est,  disent-ils,  la  contre-révolution  que  j'ai  opérée  à  Mar- 
seille. Il  parait  que  cette  contre-révolution,  qui  n'est  que  la  contre-anarchie, 
se  propage  partout  et  que  la  liberté  est  encore  sauvée.  Je  vous  salue, 
magistrats  d'un  peuple  à  qui  j'ai  voué  toutes  mes  forces  et  ma  vie. 

Barbaroux. 

(Archives  nationales,  D  xlii,  carton  6,  dossier  7,  n"  52.)  —  On  trouve 
dans  un  autre  carton  (AF  ii,  carton  45,  dossier  156)  tout  un  dossier  de  la 
correspondance  de  citoyens  de  Marseille  avec  Barbaroux,  laquelle  avait  été 
interceptée  (du  17  au  28  mai).  On  l'imprima  par  ordre  de  la  Convention 
nationale. 


4H0  APPENDICES. 

LYIII 

(Page  224.) 

Arri'><é  pris  par  les  neuf  sections  composant  la  commune 
d'Avignon  assemblées  le  dimanche  2  juin  ITOS,  en  vertu 
de  l'arrêté  du  département  des  Bouches-du-Rliône  du 
2  S   mai  dernier. 

«  La  section  de  la  Liberté,  ci-devant  des  Grands-Carmes,  assemblée 
aujourd'hui  2  juin  1795  en  vertu  de  l'arrêté  du  département  du  22  mai 
dernier  : 

«  Considérant  que  jamais  la  cause  de  l'égalité  ne  fut  dans  un  danger  plus 
imminent  ; 

«  Considérant  qu'une  plus  longue  division  entre  ses  défenseurs  aggrave- 
rait encore  les  dangers  de  la  patrie,  que  c'est  sur  cette  division  fatale  que 
comptent  Cobourg  et  les  fauteurs  de  la  royauté  pour  parvenir  à  leur  but 
criminel  : 

((  Répète  par  acclamation  le  serment  de  maintenir  la  République  une 
et  indivisible  ou  de  mourir; 

«  De  faire  respecter  les  propriétés  et  les  personnes. 

((  Elle  déclare  qu'elle  offrira  un  asile  aux  sans-culottes  de  la  Lozère  et 
de  la  Vendée  et  de  tous  les  autres  lieux  où  ils  pourraient  avoir  été  oppri- 
més, en  attendant  que  la  loi  les  venge d 

—  Ne  pouvant  sans  inconvénient  pour  les  affaii'es  rester  en  perma- 
nence, elle  se  réunira  à  la  Société  populaire. 

n  Elle  déclare  qu'invariable  dans  ses  principes  de  patriotisme  et  de  jus- 
lice,  elle  est  résolue  de  faire  usage  du  premier  droit  du  citoyen,  la  résis- 
tance à  l'oppression.  » 

(Délibération  présentée  aux  huit  autres  sections  et  adoptée  par  elles. 
Bibliothèque  de  Carpentras,  collection  Tissot,  n"  59.) 

LIX 

(Page  225.) 

Pétition  des  Antipolitiques  de  Manosque,  amis  de  la  liberté 
et  de  l'égalité,  contre  le  décret  f|ui  ordonne  la  poursuite 
des  auteurs  des  2  et  3  septembre. 

M  Jusques  à  quand  les  destructeurs  de  la  tyrannie  seront-ils  poursuivis 
parles  aristocrates"?... 

«  Le  décret  qui  ordonne  la  poursuite  des  auteurs  des  journées  des  2  et 
5  septembre  a  révolté  tous  les  départements  méridionaux.  Ils  n'ont  pas 
vu  sans  effroi  que  les  adulateurs  de  la  royauté...  allaient  assouvir  leur 
rage  sur  les  hommes  du  10  août.  Nous  les  aimons,  ces  hommes,  ils  sont 
nos  frères. 


ADRESSES  DES  UAITES-ALPES.  491 

«  Rîippelez-YOïis,  citoyens,  les  npplaudissements  que  vous  prodiguâtes 
quand  vous  apprîtes  dans  vos  départements  que,  le  2  et  le  ô  septembre,  uu 
vil  ramassis  de  jjrigands,  renfermé  dans  les  prisons  de  l'Abbaye,  avait  été 
immolé Dites-uous  pourquoi  vous  voulez  faire  puuir  les  braves  Pari- 
siens et  ne  pas  nous  punir,  nous,  hommes  libres  du  Midi,  qui  avons  aussi 
concouru  à  exterminer  les  suppôts  de  la  royauté?  »  (Archives  nationales. 
h  XL  §4,  carton  18,  dossier  Basses-Alpes.) 


LX 

(Pnge  228.) 

Adresses  des  Ilautes-Alpes. 

Le  déparlement  et  les  conseils  du  district  et  de  la  commune  do  Gap  en 
permanence  (reçu  le  27  mai)  : 

((  ^'ous  vous  demandons  d'S  lois 

«  Il  est  temps  que  l'anarchie  cesse  ;  il  est  temps  que  ce  monstre  impur 
soit  écrasé,  et  vous  seuls  en  avez  le  moyen  ;  mais  pour  opérer  ce  grand 
ceuvre,  nous  vous  le  disons  en  toute  franchise,  il  faut  le  concert  una- 
nime des  membres  de  la  Convention;  il  faut  qu'il  ne  soit  plus  question, 
dans  votre  Assemblée,  de  montagne,  ni  de  marais....  » 

Et  les  citoyens  soldats  de  la  Société  républicaine  de  Br lançon  (2ô 
mai  1795)  : 

((  Anatlième  à  ces  aristocrates  anarchistes,  prédicateurs  intolérants  et 
fanatiques  d'une  religion  politique,  qui  commandent  le  carnage  et  ren- 
dent la  liljcrté  hideuse  en  la  couvrant  de  sang.... 

«  Périssent  les  désorganisateurs  qui  courent  le  midi  de  la  France  pour 
le  détacher  du  >'ord.... 

«  Guerre  aux  hommes  qui,  pour  diviser  Paris  et  les  départemenis,  font 
avilir  journellement  la  représentation  nationale  par  des  tribunes,  de  faux 
Parisiens  soldés,  et  bercent  les  Parisiens  trompés  du  chimérique  espoir 
d'un  gouvernement  municipe  )),  etc.  (Archives  nationales,  D  i.x  §  4,  car- 
ton 18,  dossier  Hautes-Alpes.) 

LXI 

(Page  251.) 
Adresses  de  la  Urùnie. 

f.a  Société  populaire  de  Grillon,  le  22  juin,  ne  paraît  pas  savoir  encore 
ce  qui  s'est  passé  le  2  de  ce  mois  à  Paris  : 

«  ...  Cessez  vos  débats  scandaleux!  plus  d'ambition,  de  haine  parlicu- 
IIltc,  de  division  parmi  vous  ;  réunissez-vous  tous  et  remplissez  les  vœux 
do  vos  commellanis.  Nous  le  savons,  nos  plus  grands  ennemis  siègent 


402  APPENDICES. 

parmi  vous.  Tous  les  jours,  on  voit  deux  partis,  mais  nous  [n']en  jugeons 
aucun.  Vive  la  Convention  nationale,  vive  la  Piépublique!...  Mais  si  vous 
continuez  vos  scènes  scandaleuses  qui  agitent  l'Europe  et  font  rire  les 
aristocrates  et  qui  nous  donnent  la  guerre  civi/lc,  a/lors  nous  vous  juge- 
rons tous Tremblez. 

((  Donnez-nous  une  Constitution  républicaine,  philosophique,  qui  con- 
vienne à  notre  exislance,  qui  faira  le  bonheur  des  Français.  Quant  à  nous, 
nos  dernières  paroles  seront  :  Vivre  la  liberté  et  l'égalité,  vive  la  Conven- 
tion nationale  et  la  République,  guère  aux  tu-ans,  aux  anarchistes,  aux  fac- 
tieux et  aux  intrigants.  Donnez-nous  une  Constitution. 

«  Vive  la  République  une,  indivisible.  Travaillez  à  la  Constitution.  )> 
(Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  50,  pièces  diverses.) 

LXII 

(Page  2Ô9.) 
Le  29  mai   1993  à  Lyon. 

Les  récits  abondent  sur  cette  fameuse  journée  du  29  mai  1795  à  Lyon  : 

Lettre  des  représentants  du  peuple  à  Lijon,  lue  à  la  Convention  dans  la 
séance  du  5  juin  [Moniteur  du  (j,  t.  XVI,  p.  561).  — Extrait  d'une  lettre 
des  administrateurs  composant  te  conseil  du  département  de  Rhàne-el- 
Loire,  à  la  Commune  de  Paris  (Commune  de  Paris,  séance  du  -4  juin, 
ihid.,  p.  567).  — Procès-verbaux  des  conseils  généraux  du  département 
de  Rhône-et-Loire,  des  districts  de  Lyon  et  de  la  campagne  de  Lyon  rela- 
tivement aux  événements  du  29  mai  1795  (Bibl.  de  Carpentras,  coll.  Tis- 
sai, n°  S9,  f"  581). — Procès-verbal  des  commissaires  des  sections  de  la 
ville  de  Lyon,  réunis  en  comité  les  29  e/ôO  mai  1795  [ibid.,  f"  591). 

Lettre  cVun  citoyen  de  Lyon  à  son  ami  sur  les  événements  de  la  jour- 
née du  29  mai  1795  (Bibliothèque  nationale,  Lb*'  5025.  —  Les  Sec- 
tions de  Lyon  au  district  de  Montbrison  [ibid.,  5024). 

Précis  des  événements  arrivés  à  Lyon  le  29  mai  1795  (ibid.,  50G4). 
—  Adresse  du  peuple  de  Lyon  à  la  Republique  française  [ibid.,  5081),  « 
l'armée  des  Alpes  [ibid.,  5082),  à  l'armée  de  Dubois-Crancé  [ibid.,  5085). 

Un  numéro  du  journal  de  Lyon,  4  juin  1795,  sur  les  événements  des  29. 
50  et  51  mai,  se  trouve  au  dossier  Lamourette,  Archives  nationales, 
W  509,  dossier  404  bis. 

Il  y  a  aux  Archives  nationales  tout  un  carton  relatif  aux  événements  de 
Lyon,  AF  n,  45,  dossiers  149-151  : 

Dossier  149  :  Journée  du  29  mai,  pièces,  arrêtés  et  placards,  soit  du 
conseil  de  la  commune,  soit  du  conseil  général  du  dépaitement  sur  les 
événements  qui  ont  précédé  et  suivi  ;  —  Rapports  des  représentants  du 
peuple  Nioche  et  Gauthier  ;  Dubois-Crancé  et  Albitte. 

Dossier  150  :  .\cles,  proclamations,  etc.,  des  autorités  constituées  de 
la  ville  de  Lyon  et  du  département  de  Rhùne-et-Loire  (février-août  1795) 


LETTRE  DU  DÉLÉGUÉ  DE  LYON  A  BORDEAUX.      i93 

(Pièces  délachées,  imprimés  et  placards.)  On  y  trouve  la  lettre  de  Ver- 
gniaud,  Paris,  28  juin  :  «Hommes  qui  vendez  lâchement  vos  consciences», 
etc.,  imprimée  par  ordre  de  la  Commission  populaire,  républicaine  et  de 
salut  public  de  Rhône-et-Loire. 

Dossier  151  :  Notes,  extraits,  numéros  du  Journal  de  Lyon,  papiers 
divers  apparlonant  au  citoyen  A'ilet,  ex-maire  de  Lyon  (1791,  an  111);  — 
parchemin  contenant  la  nomination  de  Précy  comme  lieutenant-colonel 
en  1788,  etc. 

LXIII 

(l'âge  259.) 

Lettre  du  délégué  de  Lyon  à  Bordeaux  (31  juin). 

Elle  est  adressée  au  citoyen  Leroi,  en  son  absence  au  président  de 
la  section  Porlefroc  à  Lyon  : 

((  Je  vous  fais  remettre,  mon  cher  concitoyen,  l'arrêté  de  la  Commission 
populaire  de  Cordeaux. Faites  travailler  là-dessus  votre  sectionet  celles  qui 
ont  le  plus  d'inlluence.  Nous  n'avons  rien  encore  ici  de  Lyon.  C'est  af- 
freux, Lyon  devait  être  le  grenadier  de  la  République  et  je  vois  avec  cha- 
grin que  tous  les  départements  [se]  sont  exprimés,  et  qu'il  se  borne  à  des 
sentiments  de  fraternité.  Agissez,  agissez,  ce  sont  des  faits,  des  actions, 
dont  nous  avons  besoin. 

a  Je  vous  embrasse  en  vrai  frère. 

((    SUBRIX.  )) 

A  la  lettre  sont  joints  :  1°  l'arrêté  de  la  Gironde  du  19  juin  ;  2°  l'extrait 
du  procès-verbal  des  séances  du  conseil  général  de  la  Gironde  du  7  juin  : 
Subrin  y  figure  comme  député  du  conseil  général  de  la  commune  de 
Lyon  près  de  la  commune  et  des  corps  administratifs  de  Bordeaux. 

(Archives  nationales,  D  xlu,  carton  4,  dossier  56,  pièce  15.) 


LXIV 

(Page  287.) 

La  Société  républicaine  de  la  ville  de  Saint-Floiir 
à  la  Convention  nationale. 

«  Représentants, 

«  Nous  ne  craignons  pas  les  tyrans  d'Europe.  Non,  nous  ne  craignons  pas 
les  scélérats  rebelles  à  l'intérieur  :  la  nation  se  lèvera  et  ils  seront  dis- 
sipés. Nos  sérieuses  inquiétudes  naissent  de  vos  divisions,  de  vos  haines, 
de  cette  lutte  scandaleuse  de  partis  qui,  sous  des  noms  ridicules  de  gi- 
rondins, de  brissotins,  de  maratisles,  etc.,  avilissent  la  Convention  aux 
yeux  de  l'Europe. 


494  APPENDICES. 

«  Que  fait  à  la  République  un  Marat  dont  la  sinistre  renommée  n'aurait 
jamais  dû  parvenir  jusqu'à  nous?  Fùt-il  de  bonne  foi,  il  a  rendu  la  liberlé 
odieuse  et  fourni  à  nos  ennemis  mille  prétextes  de  calomnie  contre  la 
nation.  Ceux  qu'il  attaque  avec  le  plus  d'acbarnement  sont  des  hommes 
dont  la  moralité  et  les  lumières  sont  connues  ;  l'on  accumule  contre  eux 
des  allégations  et  pas  une  preuve.  11  était  naturel  que  les  anarchistes, 
ces  vils  suppôts  de  l'aristocratie,  s'attachassent  à  détruire  ceux  qui  ne  se 
laissent  ni  tromper  ni  corrompre  ;  ils  ne  cessent  de  les  appeler  royalistes; 
ils  ont  voulu  prévenir  la  récrimination  ;  mais  celte  tactique  usée  n'eu 
impose  qu'aux  sots. 

(I  Représentants,  la  nation,  impatiente  et  aigrie,  a  les  yeux  fixés  sur  vous, 
remplissez  votre  mandat;  la  guerre  étrangère  et  les  troubles  inlérieurs 
ne  peuvent  être  un  prétexte  d'éloigner  la  Constitution;  il  faut  qu'elle  soil 
I  ure  et  brillante  comme  autrefois  une  loi  célèbre  fut  écrite  à  la  lueur 
des  éclairs  et  au  bruit  du  tonnerre 

((  Représentants,  n'oubliez  pas  que  le  peuple  épuise  son  sang  et  ses  biens 
pour  la  hberlé....  Nos  charrues  sont  conduites  par  des  femmes  :  quan  1 
sortirons-nous  du  désert  où  nous  souffrons,  depuis  quatre  ans,  toutes  les 
calamités  qu'entraînent  l'anarchie  et  la  misère?  ouvrez-nous  la  porte  de 
la  terre  promise,  il  en  est  temps,  ou  secouez  la  poussière  de  vos  souliers  et 
faites  place  à  de  nouveaux  représentants. 

«  Dauiif.,  président  »,  etc. 

Sans  date  (2i  avril),  à  Saint-Flour,  1793.  (Bibl.  nat.,  Lb*o  1079.) 

Joignez  y  une  adresse  de  Vic-sur-Cève  (4  mars)  :  ((  N'avaient-ils  pas 
lieu  de  craindre  que  vos  divisions  trop  longtemps  prolongées  ne  leur  en- 
levassent un  bien  cent  fois  jdus  cher  que  leur  vie?  »  (Archives  nationales, 
I)  XL  §  4,  carton  19,  dossier  Cantal);  une  autre  de  la  Société  républicaine 
de  PauUmjuel  (Haute-Loire)  dans  le  même  sens,  en  date  du  29  avril  ; 
et  une  autre  encore  de  la  Société  populaire  des  Amis  de  la  République  du 
Puy,  reçue  le  50  mai.  (Archives  nationales,  D  xi,  §  4,  carton  "21,  dossier 
IJaiile-Loive.) 


LXV 

(Page  289.) 

Rapport  du  comiiiîs.saire  Le  Breton  sur  les  dispositions 
de  l'Auvergne  (23  juin   11993]. 

11  parle  des  difficultés  que  l'on  a  dans  les  petites  villes  pour  se  rensei- 
gner sans  se  rendre  suspect,  et  dit  la  conduite  qu'il  a  tenue.  Il  s'est 
décidé  à  fréquenter  uniquement  les  hommes  du  parti  dominant  :  c'est  un 
moyen  d'être  instruit  de  leurs  projets,  au  risque,  il  est  vrai,  d'être  mal 
vu  des  autres.  II  était  pourtant  connu  comme  agent  du  gouvernement,  et 


ADRESSE  DU  CONSEIL  GENERAL  DE  L'ISERE.      'i95 

les  instructions  ostensibles  avaient  beau  être  purement  aclminis(nUivo>, 
^on  tilre  éveillait  les  soupçons.  Il  se  vante  d'avoir  su  les  dissiper  : 

((  11  a  été  tenu  une  assemblée  extraordinaire  ou  secrète  où  l'on  a 
arrêté,  sur  un  prétendu  décret  non  révoqué  qui  défend  au  Conseil  exécu- 
tif d'envoyer  des  commissaires  dans  les  départements,  de  me  congédier  on 
de  m'arréter,  et  les  prétextes  ont  été  libellés.  Le  lendemain,  j'ai  été 
Irouver  le  moteur,  qui  est  un  homme  d'esprit,  et,  sans  prendre  connais- 
sance de  ce  qui  s'était  passé  la  veille,  je  l'ai  prié,  au  nom  de  la  patrie, 
de  rae  donner  quelques  renseignements  utiles  à  son  pays  et  qu'il  pou- 
vait me  fournir.  Celte  mesure  a  tout  déconcerlé,  quelque  simple  qu'elle 
soit,  et  je  suis  aujourd'hui  au  point  où  il  liuit  être  pour  remplir  avec 
quelque  succès  vos  vues  sur  l'examen  des  autorités  constituées  et  de  l'es- 
prit public.  )) 

11  ajoute  quelques  délails  significatifs  sur  le  vole  relatif  à  l'arrêté  de  la 
Côte-d'Or  : 

«  L'adhésion  à  l'arrêté  du  département  de  la  Cùle-d'Or  avait  été  unani- 
mement volée.  Les  députés  de  la  Côte-d'Or  en  emportaient  copie,  signée  du 
président  de  l'Assemblée  et  du  secrétaire;  mais  il  n'a  été  ni  transcrit  sur 
les  registres,  ni  même  signé  de  personne,  de  manière  que  les  députés  de 
la  Côte-d'Or  ont  une  copie  en  règle  d'un  arrêté  qui  n'existe  plus  réelle- 
ment. On  n'a  point  nommé  de  députés  pour  inviter  les  déparlemenis 
mentionnés  dans  l'arrêté  à  y  adhérer.  Tout  est  dans  le  même  état 
qu'auparavant.  11  faudrait  des  événements  extraordinaires  pour  que  ce 
déparlement  sortît  de  la  ligne  tracée  par  les  décrets.  » 

Et  en  effet  U  n'en  sortit  pas.  (Archives  nationales,  F  i*  551,  dossier 
Le  Breton.  ) 

LXVI 

(Page  503.) 

Adresse  du  conseil  général  de  l'Isère  (lO  mars  1993). 

«  Ropréscnlanls  du  peuple  français, 

«  La  vérité  ne  reposait  jamais  sur  les  lèvres  des  courtisans  et  fuyait 
l'oreille  des  rois;  nous  sommes  dignes  de  la  dire,  et  la  Convention  natio- 
nale est  digne  de  l'entendre. 

«  La  royauté  n'est  plus  ;  l'orgueil  du  trône  vient  de  disparaître  avec  le 
tyran. 

((  La  voix  nationale  a  p:ononcé,  et  cependant  des  cris  séditieux  trou- 
blent l'harmonie  générale;  on  porte  la  témérité  jusqu'à  dire  :  Point  de 
république.  Des  insurrections  suscitées  "a  la  fois  dans  les  principales  villes 
de  l'empire  se  manifestent  avec  les  synq)tômes  les  plus  effrayants.... 

*(  A  quelle  cause  devons- nous  ce  concours  de  circonstances?  Un  roi 
serait-il  un  Dieu  pour  que  sa  mort,  justement  prononcée,  fût  accompagnée 
par  des  signes  si  éclatants  et  si  terribles?  Non,  mais  une  faction  anihi- 


496  APPENDICES. 

lieuse  aspire  à  réaliser  sa  résurrection;  un  complot  mal  éteint  est  renoué 
et  l'on  ne  secoue  les  torches  enflammées  de  la  discorde  que  pour  nous 
montrer,  au  milieu  de  l'agilalion,  le  sauveur  de  la  patrie  dans  un  nouveau 
tyran. 

((  Quel  est  ce  fantôme  qu'au  sein  de  Paris,  sous  les  yeux  de  la  Con- 
vention nationale,  ou  promène  entouré  des  hochets  de  la  royauté?  C'est 
là  qu'il  faut  frapper,  législateurs.... 

((  Machinateurs  insensés,  intrigants  criminels,  vous  devez  périr  avec 
vos  projets,  et  c'est  sur  vos  têtes  que  s'affermira  la  liberté.  » 

— •  Suivent  les  invocations  : 

((  Hommes  du  14  juillet,  etc. 

((  Français  de  tous  les  départements,  n'auriez-vous  secoué  le  joug  hon- 
teux d'un  homme  que  pour  retomber  dans  une  servitude  plus  vile?... 

((  Non,  la  liberté  anéantira  tous  ses  contradicteurs.... 

((  Parisiens,  témoins  des  attentats  commis  contre  la  majesté  natio- 
nale, rompez  un  lâche  silence,  sortez  d'un  engourdissement  perfide.... 

((  [Représentants  du  peuple],  entourés  de  corrupteurs  et  de  corruption, 
vous  trouverez  notre  langage  austère;  mais  le  peuple  des  départements 
est  le  peuple  de  la  nature,  et  le  cri  d'indignation  du  département  de  l'Isère 
va  devenir  celui  de  tous  les  déparlements....  » 

(Archives  de  l'Isère,  Registre  du  conseil  général  du  département, 
f"  105-107,  7  mars  1793.) 

Il  fut  décidé  que  cette  adresse  serait  imprimée,  envoyée  à  la  Conven- 
tion, aux  départements  et  aux  districts  du  département  pour  les  munici- 
palités. On  la  trouve  aux  Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  20,  avec 
la  date  du  10  mars  1795. 

LXVII 

(Page  503.) 

Les  républicains  de  la  Yille  de  Vienne  (Isère) 
à  la  Convention  nationale  '. 

((  Représentants, 

((  Le  peuple  français  vous  a  transmis  le  pouvoir  souverain  qui  lui  appar- 
tient. Il  vous  a  chargés  de  lui  faire  une  Constitulion  digne  de  lui,  Maisrem- 
))lissez-vous  cette  importante  mission?  ou  plutôt  n'en  abusez-vous  pas?... 
Et  des  scélérats  qui  respirent  au  milieu  do  vous,  loin  de  s'occuper  des  in- 
térêts et  des  droits  du  peuple,  n'atlaquent-ils  pas  avec  audace  les  fonde- 
ments de  la  liberté  et  de  légalité?  Ne  tendent-ils  pas  à  renverser  l'unité 
(■t  l'iiidi visibilité  de  la  République?... 

a  Au  despotisme  et  à  la  tyrannie  d'un  seul,  ne  voyez- vous  pas  succéder 
le  despotisme  et  la  tyr.innie  de  plusieurs?... 

1.  Copie  avec  la  mention  :  Reçu  le  10  juin. 


ADRESSE  AIX  BATAILLONS  DE  L'ARMÉE  DA>S  L'ISÈRE.     497 

((  S'il  est  vrai  que  des  monstres  préparent  une  seconde  septembrisalion, 
appelez  les  hommes  du  Midi  ;  pleins  du  feu  de  leur  climat  et  couverts  de 
fers,  ils  voleront  à  votre  secours,  et  si  cette  sanglante  opération  était  mal- 
heureusement commencée  sur  vous,  écoutez  leur  serment,  ils  vous  jurent 
de  l'achever,...  mais  pour  vous. 

«  Dites  aux  centumvirs'  que  nous  comptons  leurs  forfaits....  Voulez-vuus, 
législateurs,  achever  les  travaux  qui  vous  sont  confiés?  abattez  sans  délai 
ce  corps  constitué,  ou  plutôt  ce  corps  rebelle  qui  tend  à  vous  opprimer. 
qui  menace  la  France  de  sa  suprématie,  qui  vous  force  à  décréter  qu'il 
a  bien  mérité  de  la  pairie  et  à  lui  faire  une  liste  civile  plus  onéreuse  que 
ne  fut  celle  du  tyran  dont  vous  avez  fait  justice.  Abattez  ce  corps  dont  le 
lâche  président  laisse  avec  tranquillité  mettre  à  l'ordre  du  jour  le  mas- 
sacre des  citoyens,  et  surtout  ne  compromettez  plus  la  dignité  de  la  Con- 
vention en  demandant  à  la  municipalité  de  Paris  si  elle  peut  répondre 
de  sa  sijrelé. 

((  Réprimez  ces  individus  méprisables  appelés  aux  tribunes  et  soldés 
pour  dissoudre  la  représentation  nationale.  Mais  si  cet  événement  désas- 
treux pouvait  a\oir  lieu,  que  vos  suppléants  soient  appelés,  qu'une  cité 
étrangère  à  l'intrigue,  inaccessible  aux  conspirateurs,  aux  ennemis  de  la 
liberté,  aux  Catilinas  qui  vous  entourent,  soit  indiquée  d'avance  pour  leur 
rassemblement.... 

«  Nous  terminons  par  ces  mots  :  Représentants,  redoutez  plus  la  haine  et 
les  reproches  de  vos  commettants  et  de  la  postérité  que  le  glaive  des  fac- 
tieux, et  prouvez  enfin  que  vous  vous  occupez  plus  du  peuple  que  de  vous.  » 
Suivent  environ  180  noms  d'après  les  signatures  recueillies  à  l'original 
(recule  10  juin).  (Archives  nationales,  D  xl§4,  carton  20,  dossier  Isère.) 

LXVIII 

(Page   308.) 

Adresse  aux  bataillons  de  l'armée  dans  le  département 
de  risére  (19  jain). 

«  Braves  guerriers, 

«  La  liberté  est  en  jiéril,  des  factieux,  des  intrigants,  des  étrangers,  des 
mercenaires  ont  osé  investir  le  temple  de  nos  lois  de  l'appareil  de  la 
guerre  et  dicter  leurs  volontés  à  nos  représentants. 

«  Soldats,  la  liberté  se  relèvera  triomphante,  que  votre  indignation 
s'exhale,  mais  que  nos  frontières  fixent  votre  sollicitude.  Continuez  h  les 
défendre. 

((  Les  citoyens  vos  frères  sont  debout  à  l'intérieur  et  sauront  bien  y  main- 
tenir l'ordre  et  la  paix,  et  rendre  sa  dignité,  son  inviolabilité,  à  la  repré- 
sentation nationale.  »  (Archives  de  l'Isère,  Délibérations  du  conseil  du  dé- 
partement, 17  juin  1795.) 

i.  La  Coniiiiuuc  de  Paris. 

liÉVOL.     DU    ~>[     MAI.  U Ô2 


498  API'E.NDICtS. 


LXIX 
(Page  511.) 

La  séance  «lu  21  juin  à  Grenoble. 

Il  y  a  un  m  extrait  du  juniès-verbal  de  rassemblée  des  délégués  immé- 
diats de  la  section  du  peujde  français  dans  le  département  de  l'Isère  »,  à  la 
date  du  vendredi  21  juin,  où  l'on  voit  que  deux  délégués  de  l'assemblée 
des  autorités  des  Hautes-Alpes  vinrent  se  mettre  en  rapport  avec  eux, 
avant  de  se  rendre  dans  la  Drôme.  Ils  y  lurent  la  lettre  de  Serres,  député 
des  Hautes-Alpes,  que  nous  avons  citée  plus  haut,  sur  la  révolution  des 
51  mai  et  2  juin  :  «  Elle  prouve,  dit  le  procès-verbal,  que  la  proclamation 
de  la  Convention  sur  les  événements  du  51  est  un  de  ces  actes  arracbés 
par  la  force  des  baïonnettes,  de  la  même  manière  que  le  décret  du  2  juin, 
qui  prononce  l'arrestation  des  représentants  détenus;  [elle]  prouve  enlin 
que  la  Convention,  dans  la  journée  du  7  juin,  a  été  avilie,  outragée, 
constituée  prisonnière  ».  Le  procès-verbal  constate  l'indignation  provoquée 
par  cette  lecture,  et  la  décision  prise  que  la  lettre  serait  imprimée  et" 
envoyée  aux  diverses  autorités.  La  lettre  fut  en  effet  imprimée  à  Grenoble, 
avec  cet  extrait  du  procès-verlial,  et  c'est  une  de  ces  circidnires  qui  se 
trouve  dans  les  Archives  du  <lépartement  de  Seine-et-Oise. 


LXX 

(Page  317.) 

Arrêté  du  département  tle  l'Ain  (1°'  juin; 

(I  Le  département  de  l'Ain, 

((  Considérant  qu'il  a  adopté  à  l'unanimité  la  première  mesure  d'envoyer 
des  suppléants  à  Bourges  comme  un  des  grands  moyens  de  sauver  la 
République;  que  ce  moyen  serait  vraiment  efficace  s'il  était  adopté  par  la 
majorité  des  départements  et  qu'il  ne  peut  l'être  qu'autant  qu'il  leur  sera 
connu;...  » 

—  Il  persiste  dans  sou  premier  arrêté  et  adopte  aussi  le  |irojet  d'a- 
dresse du  Jura  : 

«  En  conséquence,  des  membres  seront  nommés  pour  se  concerter.  » 

La  Société  populaire  de  Bourg  s'associait  à  cette  pensée  de  résistance. 
On  en  peut  juger  par  ce  discours  de  ses  députés  aux  membres  de  la 
municipalité  provisoire  de  Lyon  : 

«  Depuis  longtemps  vos  frères  les  républicains   de  Bourg  gémissaient 

indignés  des  maux  dont  vous  étiez  accablés Vous  vous  êtes    levés  à 

l'exemple  des  fiers  Marseillais,  vous  avez  secoué  le  joug  odieux  sous  lequel 
des  têtes  républicaines  ne  doivent  jamais  plier.  » 


iitM.KV.  -V.iy 

—  Us  s'apprêtaient  à  venir  à  leur  secours  quand  ils  onl  reçu  la  nouvelle 
(le  leur  triomplie  (le  29  mai)  : 

u  Croyez  que  le  reste  de  la  Ré|iublique  marchera  sur  vos  (races  et  que 
la  demi-victoire  remportée  à  Paris  par  les  anarchistes  deviemlia  leur 
tombeau.  )» 

—  Imprimé  ea  placard  a  Lyon  avec  la  réponse  de  la  munici|ialilé 
provisoire  de  Lyon  : 

((  Nous  avons  lini  d'écraser  l'anarchie. 

((  ...  Nous  saurons  poursuivre  le  monstre  sous  ses  déguisements....  c 
(Bibliothèque  de  Carpentras,  collection  Tissot,  n"  59.) 


LXXI 

(i'ngo  51!t.) 
Belley. 

Belley  avait  eu  sa  manifestation  constatée  par  cette  pièce  : 

E.rtrail  des  principales  paroles   contenues  dans  le  discours  fédéraliste 
prononcé  au  temple  de  la  liberté  à  Belley  le  [\juin  1795. 

(Présidence  du  citoyen  Brillât-Savarin.) 

h  jMarseille  a  donné  le  signal  delà  victoire  contre  les  anarchistes; 
Aix,  Nîmes,  Lyon,  balayent  la  poussière  sanglante  dont  les  exécrables 
tyrans  avaient  souillé  leurs  cités  républicaines  ;  Bordeaux  a  la  gloire 
immortelle  de  n'avoir  jamais  souffert  leur  insolent  despotisme....  Brest 
s'est  toujours  prononcé  avec  une  égale  force  contre  les  dévorateurs  de  la 
liberté;  Rouen,  Amiens,  Belley,  le  Calvados,  l'Eure,  la  Manche,  l'Orne, 
l'Ain,  les  départements  du  Midi  comme  ceux  du  Nord,  signalent  une  indi- 
cible émulation  dans  le  grand  combat  de  la  société  contre  la  domination 
du  crime. 

'  Paris  se  lèvera  enlin,  non  dans  le  sens  de  l'anarchie,  mais  pour 
fouler  d'un  pied  vainqueur  cette  horde  impie  qui  menace  depuis  si 
longtemps  avec  fureur  et  avec  impunité  la  représentation  nationale  d'un 
égorgement.... 

«  Un  membre  dit  :  le  but  de  ces  adresses  est  de  consulter  l'opinion 
publique.  Vous  ne  remplirez  donc  pas  les  vues  de  ceux  qui  les  ont 
publiées,  si  vous  ne  manifestiez  que  les  principes  qu'elles  renferment  sont 
les  vôtres.  Soyez  bien  convaincus  que  le  salut  de  la  patrie  ne  peut  être 
effectué  que  par  la  réunion  de  tous  les  bons  citoyens  et  par  leur  concor- 
dance dans  les  mesures  que  les  circonstances  exigent.  Je  demande  donc 
qu'il  soit  écrit  aux  auteurs  de  ces  différentes  adresses  pour  leur  faire 
connaître  que  nous  adhérons  aux  principes  qui  y  ont  clé  développési 

«  Celle  proposition  mise  aux  voix  est  arrêtée  à  l'unanimité.  >,' 


ôflo  .\fi'i:>.d;ces. 

La  résistance  tle  lielley  se  prolongea.  Dans  la  mèine  pièce  on  lit  : 
((  Séance  du  iô  juin  1795.  Présidence  de  Brillai-Savarin.  — On  fait 
lecture  des  nouvelles  de  la  dernière  séance  et  des  adresses:  ]"  de 
Marseille  aux  quatre-vingt-cinq  départements;  2°  du  peuple  de  Lyon 
à  la  République  française;  5"  du  Jura  à  la  Convention;  4"  de  la  Gironde 
à  la  Convention  ;  5"  de  la  Commission  populaire  de  salut  public  [de  Bor- 
deaux] en  date  du  9  juin  1793;  G"  de  l'adresse  des  sections  de  la  ville  de 
Nimes;  7°  de  la  ville  d'Aix. 

«  Un  membre  demande  qu'il  soit  répondu  à  ces  différentes  adresses, 
et  qu'on  y  adhère.  »  Adopté  à  l'unanimité.  (Archives  nationales,  AF  n, 
carton  84,  dossier  H,  n°  7.) 


LXXII 

(Page  520.) 

Adresse  du  conseil  g;énéral  de  l'Ain  à  ses  administrés 
(%7  juin   1993). 

((  Nos  principes,  consacrés  par  tous  nos  arrêtés,  sont  liberté,  égalilé, 
unité  et  indivisibilité  de  la  République. 

(I  La  liberté  comporte  la  résistance  à  l'oppression,  et  des  hommes  libres 
doivent  prévenir  toute  espèce  de  tyrannie.... 

«  Deux  commissaires  de  la  Convention  envoyés  au  Jura  et  à  l'Ain  comme 
conciliateurs,  disait-on,  et  jiorteurs  de  lumières,  se  sont  investis  d'une 
force  armée  et  marchent  au  chef-lieu  du  Jura. 

«  Une  force  armée,  citoyens!  Est-ce  ainsi  que  des  députés  vont  à  leurs 
commettants?... 

((  Les  habitants  du  Jura  se  sont  levés,  non  pour  détruire  le  point  d'unité 
de  la  République,  mais  pour  ne  pas  être  les  victimes  des  préjugés  ou 
des  intentions  de  deux  mandataires  environnés  d'un  appareil  menaçant.... 

((  Ils  ont  offert  et  offrent  encore  de  les  recevoir  s'ils  se  présentent  sans 
armes. 

«  Les  citoyens  de  Bourg  ont  cru  devoir  secours  à  leurs  frères,  ils  sont 
partis.... 

«  Citoyens,  nous  sommes  loin  de  vous  porter  à  une  insurrection,  mais 
nous  vous  devons  avertir.  Soyez  debout  en  hommes  libres,  attendez  dans 
le  calme  les  événements  :  mais  s'ils  ont  une  tendance  à  l'oppression,  sou- 
venez-vous de  votre  serment  de  vivre  libres  ou  de  mourir. 

((  Vos  administrateurs  sont  à  leur  poste  ;  ils  n'ont  pas  juré  en  vain. 

«  P.-S.  Les  arrêtés  que  nous  recevons  chaque  jour  de  tous  les  points 
de  la  République  annoncent  que  déjà  les  deux  tiers  des  déparlements 
prennent  et  proposent  des  mesures  de  salut  public  contre  roppression  et 
l'anarchie.  »  (Archives  de  l'Ain,  Délibéralions  du  conseil  du  déparlement, 
à  la  date.) 


AVIS  AUX  CITOYE^'S.  501 

—  (^elte  délibération  porte  une  douzaine  de  signatures.  Quatre  des  si- 
gnataires disent  en  marge  :  «  J'étais  absent  au  commencement  de  la 
séance;  — j'étais  absent  et  malade  »,  etc. 


LXXIII 

(Page  322.) 

Avis  anx  citoyens. 

On  trouve  sous  ce  titre,  au  dossier  de  l'Ain,  un  imprimé  sans  indication 
d'auteur  qui  avait  été  répandu  pour  combattre  le  mouvement  insurrec- 
tionnel contre  le  51  mai  : 

((  L'arrêté  du  conseil  général  du  département  de  l'Ain  du  19  juin  fait  un 
tableau  effrayant  de  la  situation  de  la  Convention  (journée  du  51  mai,  etc.). 

c(  Tout  citoyen  peut  reconnaître  la  fausseté  du  récit  du  conseil  général 
sur  les  journées  célèbres  des  51  mai,  1"  et  2  juin  par  la  lecture  des 
bulletins  de  l'Assemblée,  du  papier  public  connu  sous  le  nom  de 
Moniteur  universel  et  de  toutes  les  autres  feuilles  publiques  qui  ne  sont 
pas  payées  pour  mentir.... 

((  On  y  verra  que  la  faction  désorganisatrice  dont  parle  l'arrêté  du 
conseil  d'administration  n'est  autre  que  la  grande  majorité  du  peuple  de 
Paris.... 

«  On  y  lira  que  la  force  armée  et  les  concours  n'avaient  d'autre  but 
que  de  faire  respecter  la  Convention,  les  personnes  et  les  propriétés.... 

«  On  y  verra  qu'il  était  indispensable,  pour  sauver  la  France,  la  liberté 
et  la  République,  de  faire  arrêter  les  membres  de  la  Convention  que  l'opi- 
nion publique  désignait  comme  conspirateurs. 

(1  Peuple,...  voici  ce  qu'a  fait  la  Convention....  Elle  a  décrété  un  projet 
de  Constitution  fondé  sur  les  droits  de  l'homme  et  ta  liberté.  Tu  seras  le 

maître  d'accepter  ou   de  refuser  cette  Constitution N'écoute  pas  ceux 

qui  te  disent  que  l'absence  momentanée  de  vingt-neuf  membres  de  la 
Convention  lui  a  ôté  son  caractère  de  représentation  nationale.... 

((  Les  mesures  que  l'administration  du  département  de  l'Ain  a  propo- 
sées aux  communes  tendent  à  créer  xme  représentation  nationale  plus 
puissante  que  la  Convention  elle-même 

((  Peuple,...  apprends  que  l'administration  de  ton  déparlement  est  coalisée 
avec  celles  des  déparlements  de  l'Isère,  du  Jura,  de  Rhône-et-Loire,  oit 
est  Liion,  pour  résister  à  ton  seul  mandataire  :  la  Convention  nationale. 
Tout  porte  à  croire  que  ces  administrations  perfides  veulent  former  entre 
elles  un  État  particulier  dans  lequel  tu  seras  soumis  aux  lois  que  te  dic- 
teraient des  aristocrates ,  des  gens  de  loi  et  les  riches.  Apprends  que 
l'administration  de  l'Ain  a  déjà  séduit  le  peuple  à  Bourg  et  qu'elle  vient 
d'envoyer  dans  le  département  du  Jura  une  force  armée  levée  dans  cette 
ville  pour  aider  l'administration  de  ce  département  à  opprimer  les  patrio- 
tes.,.. Peuple!  méfie-toi  des  gens  de  chicane,  car  ils  veulent  t'enrhaîner. 


502  APPENDICES. 

Ne  te  Inihis  pas  toi-mèine,  et  bienlôt  la  burlesque  conire-révolulion  des 
pluinassiers  et  des  lobinocrates  s'évanouira  comme  un  rèvc  factieux.  » 
(Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  18,  dossier  Ain.) 


LXXIV 

(Page  525.) 
Adresse  de  citoyens  libres  de  DôIe   (16  mai  1793). 

(1   Représentants  du  peuple, 

«  Plusieurs  départements  sont  en  pi'oie  au  fléau  de  la  gueire  civile.  Un 
essaim  de  bi-igands,  soulevés  par  le  fanatisme,  vient  de  sonner  le  tocsin  de 
la  révolte....  Était-ce  donc  pour  vous  dispenser  de  sauver  la  République  que 
vous  avez  banni  du  sénat  français  la  paix,  la  concorde  et  la  douce  harmo- 
nie? que  vous  avez  failli  désespérer  les  patriotes  par  vos  débats  scandaleux? 

«  Législateurs,  prévenez  une  ti'oisième  secousse,  dont  la  violence  pour- 
ait  être  mortelle  à  l'État....  » 

—  La  source  du  mal  est  dans  le  Conseil  exécutif. 

«  Législateurs,  voidez-vous  réparer  autant  qu'il  est  en  vous  des  maux  qui 
sont  en  grande  partie  votre  ouvrage,  fulminez  le  décret  d'accusatiou 
contre  tous  les  membres  du  Conseil  exécutif;  que  les  bureaux  renouvelés 
soient  remplis  d'hommes  révolutionnaires,  le  gouvernail  de  l'Étal  remis  à 
de  fidèles  mains. 

«  Les  riches  égoïstes  ne  doivent  pas  moins  provoquer  la  sévérité  de  vos 
mesures.  « 

—  Arrêter  les  suspects  :  il  n'est  pas  besoin  de  preuves  juridiques  : 

Il  Autrement  ce  serait  exposer  la  patrie  aux  dangers  d'une  explosion 
soudaine  et  terrible;  ce  serait  renvoyer  le  salut  du  peuple  après  la  consom- 
mation. Les  grands  criminels  n'ont  pour  témoins  que  leurs  complices; 
l'opinion  seule  est  sûre  de  les  atteindre.  Que  l'enthousiasme  soit  votre  seule 

passion.  Réunissez-vous  aux  cris  de  la  Vendée >  —  Ils  offrent  leur  sang 

et  un  ])eu  celui  des  autres.  (Archives  nationales,  I)  xl  §  4,  carton  21,  dos- 
sier Jura.) 

LXXV 

(Page  rm.) 

Arrêté  du  département  du  Jura  (24  mai  1993). 

H  Le  conseil  général  du  Jura,  pénétré  de  l'aftliction  qu'éprouvent  tous  les 
vrais  patriotes  en  apprenant  par  chaque  courrier  le  degré  progressif  d'avi- 
lissement et  de  servitude  où  la  Convention  nationale  est  réduite  par  une 
faction  scélérate  ; 

((  Considérant  que  le  mal  est  paivenu  an  point  où  il  est  nécessaire  de 


DIVERSES  ADRESSES  DU  JURA.  505 

prévoir  la  dissolution  totale  de  la  Convention;  que  les  dangers  eminents 
qu'elle  court  ont  <''té  solennelleineni  déclarés  par  son  président,  annoncés 
par  tous  les  journalistes  ; 

((  Considérant  que  les  adresses  énergiques  et  multipliées  contre  le  parti 
désorganisateur  ont  été  jusqu'ici  sans  succès  ; 

'I  A  résolu  d'employer  tous  les  moyens  qui  sont  en  son  pouvoir  pour  main- 
tenir la  République  une  et  indivisible,  pour  contribuer,  en  cas  de  dissolu- 
tion de  l'Assemblée  nationale  par  de  criminels  complots,  à  son  remplace- 
ment provisoire  par  ses  suppléants,  et  dans  ce  cas  à  mettre  en  action  la 
souveraineté  du  peuple  pour  le  chois  des  membres  d'une  nouvelle  Conven- 
tion nationale  ; 

((  Arrête  en  conséquence,  le  procureur  général  syndic  entendu,  que  les 
suppléants  de  son  ressort  sont  requis,  au  nom  du  salut  public,  de  se  rendre 
à  Bourges;  [qu'jils  seront  accompagnés  d'un  détachement  de  cavalerie 
nationale  et  d'une  compagnie  de  grenadiers  ;  qu'il  seia  fait  une  adresse  à 
tous  les  départements  de  la  République  pour  les  engager  à  prendre  la 
même  mesure  pour  sauver  la  patrie,  qui  est  dans  les  plus  eminents  périls.  » 


LXXVI 

(Page  327.) 
Diverses  adresses  du  Jara. 

On  peut  rapprocher  de  l'adresse  du  conseil  général  du  Jura  celles  de 
plusieurs  sociétés  populaires  du  même  département  :  Sainf-Clamlc  (24 
avril),  Salins  (26  avril),  citées  plus  haut  (t.  I,  p.  17i),  Orgelet  (9  mai)  :  son 
adresse  est  donnée  textuellement  au  Moniteur,  en  preuve  du  véritable 
esprit  qui  l'ègne  dans  tous  les  départements  {Moniteur  du  25  mai  1795, 
t.  XVI,  p.  441-442);  l'original  est  aux  Archives  nationales,  D  xl  §  4, 
carton  21,  dossier  Jura. 

Il  y  a,  en  un  autre  sens,  une  adresse  des  Amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité 
de  Lotis-le-Saunier  aux  Parisiens,  portée  à  la  Commime  de  Paris  par 
Léonard  Bourdon,  le  député  montagnard,  adresse  à  laquelle  étaient  jointes 
en  original  deux  lettres  du  député  Vernier,  accusant  la  Commune  de  Paris 
(le  vouloir,  par  sa  suprématie,  rétablir  le  despotisme.  {Commune  de  Pa- 
ris, 21  mai,  Moniteur  du  24  mai.  t.  XYl.  p.  440.)  La  Société  de  Lons-le- 
Saunier,  qui  avait  reçu  et  qui  livrait  ces  lettres,  était  donc  bien  dans  l'es- 
prit de  la  Commune  de  Paris.  Mais  les  autoi'ités  du  district  avaient  des 
sentiments  tout  différents.  On  le  peut  voir  par  un  o  extrait  du  registre  du 
conseil  permanent  »  de  ce  district  envoyé  à  la  Convention.  Une  brochure 
qui  y  était  jointe  contenait  une  adresse  où  on  lisait  : 

{(  Des  citoyens  élus  du  peuple  dès  les  premiers  jours  de  la  Révolu- 
tion,... ces  hommes  fiers  du  nom  de  républicains  ont  dû  gémir  depuis 
huit  mois  de  vos  débats  scandaleux.... 


504  APPENDICES. 

i(  Représentants ,  vons  commencez  à  vous  relever  d'une  chute  humi- 
liante.... Rassurez-vous,  citoyens  représenlanls,  tous  les  dangers  dispa- 
raissent du  moment  que  vous  vous  montrez  digues  de  notre  confiance 

((  Le  soleil  a  aussi  des  scories  qui  semblent  l'obscurcir  et  que  l'activité 
de  son  feu  dévore;  dans  sa  course  rapide,  il  souffre  d'être  voilé  quelquefois, 

mais  il  est  de  son  essence  de  féconder  la  nature  et  d'éclairer  le  monde 

Représentants,  la  nation  vous  fit  à  l'image  du  soleil,  et  comme  lui  vous  con- 
solerez les  hommes,  vous  rajeunirez  la  nature,  vous  embellirez  l'univers. 
((  Écoutez  les  fiers  républicains  de  la  Gironde,  des  Bouches-du-Rhône , 
etc.,  etc.,  etc.  Ils  se  sont  expliqués  pour  nous.  Donnez-nous  une  Consti- 
tution républicaine  et  digne  des  droits  de  l'homme 

«  Imposez  uu  silence  respectueux  à  ces  tribunes  vendues  aux  ennemis 
de  la  liberté  ;  et  si  le  fouet  de  la  censure  n'a  plus  de  prise  sur  elles,  ba- 
layez-les du  souffle  de  votre  toute-puissance!  La  liberté  l'exige Mais  il 

serait  au-dessous  de  la  majesté  nationale  de  quitter  Paris  en  ce  moment, 
parce  qu'une  poignée  de  factieux  y  entravent  vos  délibérations.  C'est  dans 
le  palais  du  dernier  des  tyrans  que  vous  devez  écraser  la  tyrannie....  Vous 
êtes  investis  de  toute  la  force  nationale  et  de  sa  puissance  suprême  :  nous 
n'avons  besoin  que  de  votre  volonté....  Parlez,  et  dès  demain  la  grande  fa- 
mille des  frères,  les  tiers  enfants  de  la  République,  s'empressant  autour 
de  leurs  pères,  les  couvriront  de  leur  amour. 

((  Représentants,  rejetez  loin  de  vous  cette  foule  de  pétitions  triviales.... 
((  Proscrivez  ces  pantomimes  militaires  qui  transforment  en  camp  de 
plaisance  le  sanctuairedes  nations....  Dites  aux  soldats  parisiens  qu'autant 
de  pas  inutiles  ils  font  au  milieu  de  vous,  autant  de  martyrs  de  la  liberté 
tombent  sous  le  fer  de  rebelles  et  d'esclaves.  Qu'ils  aillent  triompher  et 
qu'ils  reviennent  couverts  des  lauriers  de  la  victoire!  C'est  alors  qu'ils  se- 
ront dignes  de  défiler  dans  votre  sein.  Les  Romains,  etc.  —  Mais  qu'ils 
partent  donc  une  fois,  qu'ils  aillent  sauver  la  France,  avant  de  marchander 
avec  elle.  Les  guerriers  dn  Jura  ne  font  pas  capituler  la  patrie  quand  son 
danger  les  appelle..., 

((  Représentants  du  souverain,  armez-vous  de  sa  foudre,  écrasez  sans 
pitié  ces  hommes  de  sang  qui,  dans  leurs  affreux  délires,  ont  voulu  ériger 
l'immoralité  en  principe,  constituer  l'anarchie,  légaliser  le  meurtre  et  le 
brigandage....  Quels  cris  d'horreur  se  font  entendre?  Quoi!  La  maison 
commune  où  naguère  siégeaient  la  sagesse  et  la  paix,  serait-elle  devenue 
l'antre  de  Cacus?... 

«  Vengeance,  vengeance  à  la  nation  outragée....  Qu'on  fasse  dégorger  ces 
vampires  engraissés  de  sang  humain  et  des  sueurs  de  la  France,...  et  de 
suite  que  ces  administrateurs  impies  soient  conduits  à  l'échafaud  ! 

((  Représentants,  craindriez-vous  encore  que  des  mains  sacrilèges....  Ah  ! 
loin  de  nous  un  si  funeste  présage!  JN'ous  n'avons  plus  que  quelques  pères 
de  famille,  des  femmes,  des  enfants,  des  vieillards,..,  mais  tous  sont  prêts 

à  déserter  la  ville  et  les  campagnes Et  Paris  qui  nous  jurait  fraternité 

en  1791,  Paris,  écrasé  sous  ses  décombres,  aurait  bientôt  expié  son  patri- 
cide.  ))  (Archives  nationales,  D  xl  §  4,  carton  21,  dossier  Jura.) 


BULLETIN  DU  DÉPARTEMENT  DU  JURA.        505 

Le  conseil  général  de  la  conmiiine  de  Sirod  (district  de  [Niligny  )  trace 
déjà  le  plan  d'une  nouvelle  Convention  (5  juin  17'.I5)  : 

((  Vous  criez  sans  cesse  que  la  représenlalioa  nationale  est  en  danger. 
Si  le  danger  est  réel,...  il  ne  faut  pas  rester  dans  une  sécurilé  qui  à  chaque 
instant  peut  devenir  funeste  à  la  Patrie. 

((  Si  la  Convention  est  en  danger  d'être  dissoute  par  la  force,  vous  devez 
sans  retard  faire  un  appel  au  peuple  Français  et  lui  demander  une  repré- 
sentation nationale  de  réserve  et  d'attente Ainsi,  convoquez  sur-le-champ 

les  assemblées  primaires  et  qu'elles  nomment  douze  cents  députés  avec 
mission  expresse  de  se  réunir  à  Bourges,  au  premier  moment  que  vous 
annoncerez...  que  vous  n'êtes  pas  libres  à  Paris 

«  Faites  plus  encore  :  appelez  auprès  de  vous  la  moitié  de  ces  nouveaux 
députés  pour  suivre  vos  séances,  pour  surveiller  vos  opérations  et  se  mettre 
au  courant  des  affaires  de  la  llépubliijue. 

n  Voilà  le  peuple  qui  doit  occuper  les  tribunes  nationales  et  juger  v(l^ 
opinions,  plutôt  qu'une  poignée  de  citoyens  égarés  par  le  fanatisme  de  la 
liberté,  et  peut-être  payés  par  les  aristocrates  et  les  tyrans  pour  arrêter 
vos  travaux.... 

((  Au  surplus,  permettez,  citoyens,  qui;  du  sein  de  nos  paisibles  chau- 
mières nous  vous  donnions  les  mêmes  conseils  que  le  sage  Rousseau,  etc. 

((  Ah!  si  vous  saviez  combien  noussommes  joyeux  quand  vous  prononcez 
un  bon  décret  !  Alors  vous  êtes  encore  pour  nous  la  Convention  natio- 
nale.... Mais  que  voulez-vous  que  nous  pensions  de  vous  quaud  vous  per- 
dez des  séances  entières  en  débats  scandaleux,  tandis  que  nous  arrosons 
la  terre  de  nos  sueurs  pour  vous  nourrir,  tandis  que  nos  frères  et  nos  en- 
fants prodiguent  leur  sang  sur  la  frontière  pour  vous  défendre?  Que 
voulez-vous  que  nous  pensions  de  vous  quand  vous  n'ouvrez  la  bouche  que 
pour  insulter  aux  premiers  principes  de  la  raison,  de  la  justice  et  de  la 
morale?  Etes-vous  les  législateurs  de  la  France  ou  les  envoyés  des  tyrans 
étrangers? 

((  Législateurs,  il  est  temps,  et  plus  que  tenqjs,  que  tout  cela  Unisse 

Nous  vous  demandons  de  régler  promptement  le  mode  de  partage  des 

biens  communaux Travaillez  constamment,  et  si  des  tribunes  forcenées 

s'y  opposent,  prenez  la  mesure  que  nous  vous  avons  indiquée  et  que  nous 
réclamons  avec  instance » 

(Archives  nationales,  D  \i  §  4,  carton  21,  dossier  Jura.) 

LXXVII 

(Page  328.) 

Bulletin  dn  département  du  Jura. 

Du  7  juin  179,ï,  l'an  II  de  la  Répidilique  française. 

<(  Lorsque  la  liberté  pour  laquelle  les  patriotes  ont  fait  tant  de  sacri- 
fices, les  ennemis  de  la  République...  mettent  tout  en  œuvre  pour  l'a- 


506  APPENDICES. 

uéantir  el  Iromper  le  peuple,  c'est  un  devoir  pour  les  aduiinistrateurs  de 
l'éclairer. 

«  Depuis  longtemps  la  Conveution  éloit  déchirée.  Des  tribunes  auda- 
cieuses et  soudoyées  outrageoient  la  majesté  nationale  ;  des  sections  de 
Paris  osoient  se  dire  en  insurrection,  elles  prétendoient  dicter  des  lois  à  la 
République.  Le  trésor  national  devenoit  leur  propriété.  —  C'étoit  avec  vos 
contributions  qu'elles  payoient  les  malveillants.  —  Une  troisième  révolution 
se  préparoit  pour  ramener  au  despotisme.  —  La  majorité  de  la  Convention 
l'avoit  aperçu,  et  pour  résister  à  ce  projet  liberticide  elle  avoif  fait  nommer 
une  commission  de  douze  membres  qui  dévoient  rechercher  les  fils  et  les 
auteurs  de  la  conspiration.  Déjà  la  commission  les  avoit  découverts,  elle 
l'avoit  annoncé  peul-èlre  trop  tôt;  il  ne  restoil  aux  conspirateurs  pour 
moyens  que  d'étouffer  la  commission  elle-même....  Mais  abandonnons  pour 
un  moment  te  tableau  auquel  nous  reviendrons.  » 

Le  Bulletin  expose  ce  qu'a  fait  en  ces  circonstances  l'administration 
du  Jura  : 

((  Effrayée  des  conséquences  de  ce  système  destructeur,  l'administration 
du  Jura  pensa  que  des  mesures  uniformes  de  la  part  de  tous  les  départe- 
ments pourroient  le  combattre  avec  succès  et  prévenir  une  désorgani- 
sation totale,  ainsi  que  le  fédéralisme  que  nous  avons  tous  abjuré.  » 

Ils  ont  envoyé  des  commissions  aux  départements  voisins  ;  une  adresse 
à  la  Convention:  ils  ont  mis  sur  pied  une  force  départementale  «  prête  à 
maintenir  la  Convention  entière  et  libre,  mais  qui  ne  partiroit  en  effet  que 
lorsque  les  commissaires  le  demanderoient  »  [arrêté  du  51  mai]. 

«  Mais  les  dangers  alloient  croissant....  L'administration  du  Jura  arrêta 
donc  la  formation  d'un  conseil  général  de  salut  public...  >; 

—  Suit  le  tableau  des  événements  qui  n'ont  que  trop  justifié  ces  mesures 
préventives.  Le  comité  de  salul  public  s'est  décidé  à  faire  une  procla- 
mation [arrêté  du  7  juin]  : 

«  Il  a  considéré  que  l'unité,  l'intégrité  de  la  représentation  nationale 
avoient  été  rompues  par  un  forfait,  que  son  inviolabilité  avoit  été  atta- 
quée, que  la  majesté  du  peuple  avoit  été  outragée  dans  ses  représentants; 
il  s'est  rappelé  que  la  ville  d'Orléans  avoit  été  déclarée  en  rébellion,  parce 
qu'un  représentant  du  peuple,  qui  cependant  y  étoit  sans  caractère  connu, 
y  avoit  été  maltraité,  tandis  qu'au  contraire  les  sections  de  Paris,  enlevant 
de  force  trente  députés,  menaçant  une  partie  des  autres  et  dictant  des 
décrets  au  surplus  de  la  Convention,  avoient  obtenu  celui  d'avoir  bien 
mérité  de  la  pairie. 

((  Il  a  pensé  que  les  décrets  dictés  par  la  force  armée  ne  sont  pas  l'ex- 
pression de  la  volonté  libre  de  la  majorité  des  représentants 

«  Il  a  arrêté  que  les  lois  seront  exécutées;  —  que,  pour  le  maintien  de 
Tordre  et  de  la  loi,  une  partie  de  la  force  armée  sera  mise  en  activité  ;  — 
il  a  émis  un  vœu  pour  la  convocation  des  assemblées  primaires  et  le 
départ  d'une  force  départementale,  vœu  subordonné  à  celui  des  autres 
départements,  à  quelques-uns  desquels  il  le  communique  par  la  voie  de 
commissaires.  » 


BULLETIN  DU  DKPAUTEMEAT  llU  .ILliA.  .">07 

—  Suit  une  tirade  coiilre  les  aristocrates  et  les  anarchistes  qui  corres- 
pondent avec  les  factieux  de  Paris  et  vont  calomnier  les  intentions  du  con- 
seil du  Jura  : 

«  Le  conseil  de  salut  public  veut  au  contraire  maintenir  l'unité,  l'indi- 
visibilité de  la  République,  et  c'est  pour  y  parvenir  qu'il  a  envoyé  des 
commissaires  dans  les  départements  les  plus  éloignés.... 

((  Le  Jura  sans  doute  ne  sera  pas  le  seul  département  (pii  refusera  les 
fers  des  tyrans  de  Paris. 

«  Sirpii'  :  BoivRKET.  président  ;  Béchkt,  secrétaire  général,  n 
(Archives  nationales.  F  i'  551,  dossier  Lclioileij.  n"  \.) 

Du  9juhi  I7!)5. 

(1  Nous  avons  dit  que  les  sections  de  Paris  ont  fait  insurrection  contre  la 
Convention  nationale,  lui  ont  dicté  des  décrets  et  fait  briller  leurs  baïon- 
nettes menaçantes  jusque  dans  le  sanctuaire  de  la  liberté.  Vuici  quelques 
détails  sur  ces  journées  de  deuil  qui  nous  sont  transmis  par  le  départe- 
ment de  l'Am  : 

«Paris,  le  51  mai  1795,  à  2  heures  tlii  matin. 

«  Brave  citoyen,  pleurez  avec  moi  sur  le  sort  de  notre  malheureuse 
patrie.  Je  sors  de  la  Convention  nationale....  Des  hommes  de  sang  et  de 
carnage  ont  égaré  le  peuple  ;  les  tribunes  ne  sont  remplies  que  de  canni- 
bales vociférants,  payés  par  la  Montagne:...  il  est  quatre  heures,  le  tocsin 
sonne  de  toute  part.  » 

Du  2  juin  (récit  de  la  journée  heure  par  heure). 

((  Il  est  onze  heures,  la  générale  bat  dans  la  section  du  Mail  et  de  Jean- 
Jacques-Ronsseau....  Il  est  huit  heures  et  demie  [du  soir],  l'expulsion  et 
la  tradition  des  vingt-deux  membres  et  des  douze  est  résolue.  Ils  sont  en 
arrestation  chez  eux,  le  décréta  été  lancé  sous  le  glaive  des  baïonnettes.... 
Je  ne  sais  comment  Paris  annoncera  cette  action  aux  déparlements  ;  il  la 
colorera  sûrement  en  disant  que  dans  cette  séance  à  jamais  inéinornble, 
les  opinions  ont  été  protégées  et  parfaitement  libres.  Ce  mensonge  serait 
hardi,  car  les  membres  du  côté  droit  étoient  en  prison  dans  la  Convention, 
entourés  de  15  000  baïonnettes  et  de  50  pièces  de  canon.  » 

Puis  vient  l'extrait  d'une  lettre  d'un  député  en  date  du  4  juin.  Ou  y 
parle  de  l'arrestation  des  députés  : 

«  0  tu  ne  te  fais  pas  une  idée  de  cette  scène,  la  foi-,  e,  le  courage, 
l'énergie.  !a  vertu,  le  dévouement  des  martyrs  de  la  liberté  et  des  lois. 
Lanjuinais,  Barbaroux  déconcertoient  leurs  assassins.  Plusieurs  se  sont 
échappés....  Les  députés  extraordinaires  du  Calvados,  qui  venoient  appuyer 
Marseille  et  Bordeaux,  sont  repartis  pour  agir;  le  département  de  l'Orne 
arrête  les  subsistances  de  Paris;  Bordeaux  est  en  marche  et  se  grossira  en 
roulant;  Marseille  accourt  en  postes;  l'ancienne  Bretagne,  l'ancienne  ^or- 
iiiandie  se  lèvent;  de  toute  part,  en   un  mot,  je  vois  fondre  sur  nous  le 


508  APPENDICES. 

torrent  impétueux  des  vengeanres  départemenlales.  11  ne  reste  que  nous 
pour  l'arrêter  dans  sa  course,  pour  modérer  sa  fureur  et  sauver  Paris  de 
Paris  lui-même  et  des  départements.  Le  silence  et  non  le  calme  règne«/ 
ici  dans  ce  moment;  mais  c'est  le  silence  de  la  stupeur  et  des  tombeaux  ou 
le  calme  du  Vésuve.  » 

Le  conseil  du  département  ajoute  dans  la  suite  du  placard  : 
«  C'est  pour  arrêter  de  si  grands  maux  que  le  département  du  Jura  a 
déclaré  dans  ses  délibérations  des  7  et  8  de  ce  mois,  que  l'unité  et  l'inté- 
grité de  la  Représentation  nationale  avoient  été  blessées  et  leur  liberté 
détruite;  qu'il  n'y  avoitplus  que  les  ordres  d'une  faction  là  où  les  opinions 
de  la  majorité  sont  enchaînées.  » 

—  Ces  principes  sont  professés  par  toutes  les  autorités  constituées  : 
«  Nous  réunissons  tous  les  corps  admituslratifs  de  celle  ville,  écrit  le 
département  du  Doubs,  et  deux  membres  de  chaque  district  et  des  com- 
munes chefs-lieux;  fermeté,  courage,  horreur  pour  les  anarehisles.  Nous 
sentons,  disent  les  administrateurs  de  la  llaute-Saôae,  (ju'il  n'y  a  que 
l'union  et  la  fraternité  des  vrais  républicains  qui  puissent  déjouer  le 
projet  de  nos  ennemis  et  que  la  moindre  atteinte  petit  causer  les  périls  de 
la  République . 

((  Signé  :  Bouveret,  président  ;  Bkchet,  secrétaire  général.  » 


LXXVIII 

CPage  r>34.) 

Rapport  de  Grandniaison  sur  le  Jura 
(vers  le  lO  août  1993). 

((  Les  membres  du  comité  de  salut  public  (du  Jura)  sont  de  vrais  camé- 
léons :  tantôt  ils  se  montrent  les  plus  ardenis  défenseurs  de  la  nouvelle  Con- 
stitution ;  bientôt  après,  ce  sont  des  hommes  qui,  par  une  restriction  jésui- 
tique, éludent  les  effets  les  plus  salutaires  de  la  loi.  Ils  se  disent  toujours 
constamment  attachés  à  l'unité  et  à  l'indivisibilité  de  la  République,  et 
néanmoins  la  plupart  de  leurs  actes  tendent  au  fédéralisme.  Us  viennent  de 
publier  le  bulletin  du  5  août,  qui  est  le  chef-d'œuvre  de  la  perfidie.  Vous 
verrez  les  moyens  qu'ils  emploient  pour  fasciner  les  yeux  du  peuple, 
ayant  toujours  grand  soin  d'invoquer  les  grands  mots  de  résistance  à 
l'oppression....  Ils  font  envisager  au  peuple  le  décret  du  27  juillet  comme 
un  acte  tyrannique  et  arbitraire,  parce  qu'il  paralyse  leurs  mesures  liber- 
ticides  en  les  traduisant  à  la  barre....  Coque  vous  ignorez  sans  doute, 
c'est  le  résultat  de  la  mission  de  ces  commissaires  du  Doubs  qui  s'étaient 
établis  médiateurs;  ilssout  arrivés  aujourd'hui  [à  DôleJ  et  ont  apporté  une 
dépêche  où  le  comité  de  salut  public  de  Lons-le-Saunier  témoignait  le 
repentir  de  toute  sa  conduite  passée  et  rétractait  tous  les  bulletins  où  les 
députés  Bassal  et  Garnier  étaient  avilis,  disant  qu'il  désirait  bien  avoir  une 


LA  MlSSlOxN  DE  BAïiSAL.  509 

conréiencc  avec  le  rej)résent;uit  du  peuple,  f.e  citoyen  Bassal  a  répondu 
forl  énergiiiiieiuent  qu'il  désirerait  pacifier  le  Jura,  mais  qu'il  ne  pouvait 
ni  ne  devait  traiter  en  aucune  manière  jusqu'au  moment  où  le  décret  du 
"27  juillet  aurait  été  entièrement  mis  à  exécution.  )) 

Le  comnn'ssaire  ne  croit  pas  que  les  adversaires  de  la  Convention 
soient  à  craindre:  ils  sont  dans  l'impossibilité  de  résister  longtemps; 
déjà  ils  forment  deux  partis  : 

((  La  force  départementale  est  peu  de  chose,  et  dans  Thypotlièse  d'une 
scission  la  victoire  nous  serait  assurée.  —  Le  citoyen  Bassal  réunit  des 
forces  à  Dùle.  Dans  le  cas  de  l'attaque,  il  y  a  déjà  un  bataillon  de  la  Drôme, 
bien  armé  et  discipliné,  ainsi  que  quelques  autres  détachements » 

Et  il  ajoute  : 

((  P.-S.  —  On  m'affirme  à  Tinslant  que  le  traître  Buzot  est  à  Lous-le- 
Saunier,  c'est  un  bruit  qui  s'accrédite.  »  (Archives  nationales,  F  i*  551 , 
dossier  Granchnaison.) 

LXXIX 

(Page  357.) 

La  mission  de  Bassal. 

Il  est  difficile  de  concilier  ce  que  Bassal  dit  aux  Jacobins  le  8  germi- 
nal au  II  ("iS  mars  1  794)  •  de  ces  2800  personnes  arrêtées  par  ses  ordres, 
avec  ce  qu'il  déclare,  le  28  ventùse  an  lll,  devant  la  (Convention,  que, 
pendant  son  séjour  dans  le  Jura,  il  n'a  pas  lancé  un  ordre  d'arrestation; 
et  ici  l'affirmation  s'applique  à  tous,  même  aux  fédéralistes,  surtout  aux 
fédéralistes  qui  étaient  revenus  en  honneur  avec  les  anciens  amis  de  la 
Gironde  ;  il  s'agissait  d'une  proposition  de  Saladin,  tendant  à  révoquer  les 
décrets  rendus  contre  les  administrateurs  du  Jura-.  Évidemment  Bassal 
se  vantait  jadis,  ou  il  s'excusait  un  peu  trop  à  cette  heure.  D'ailleurs  il 
n'était  pas  accusé,  et  Saladin  qui,  en  cette  circonstance,  glorifie  la  résis- 
tance du  Jura,  n'en  rend  pas  moins  hommage  à  la  conduite  patriotique  de 
son  collègue  dans  cette  mission  difficile.  Prost,  successeur  de  Bassal,  eut  à 
sévir  contre  les  violents,  si  l'on  en  juge  par  l'intervention  de  Lacoste,  qui 
fit  suspendre  la  poursuite  sur  les  renseignements  contraires  émanés  de 
Lejeune'',  et  par  la  plainte  de  Dumas  aux  Jacobins  le  21  germinal.  Dumas 
parlait  des  tourments  que  les  fédéralistes  du  Jura  faisaient  éprouver  aux 
patriotes  les  plus  purs  :  huit  des  plus  chauds  patriotes  venaient  d'être 
incarcérés;   les  aristocrates  les  persécutaient  comme  hébertisles  (Hébert 

1.  C'est  la  continuation  du  débat  con)mciicé  le  G.  Monilcnr  du  13  germinal 
(2  avril  1794),  t.  XX,  p.  109. 

2.  Moniteur  i\u  l"germinal  an  III  (21  mars  1795),  t.  XXIV,  p.  G.  Le  décret 
|jorle  :  «  Les  décrets  rendus  les  27  juillet  et  19  août  contre  les  administrateurs 
du  Jura  sont  rapportés  ». 

T).  Séance  du  16  gei  minai  an  II  (5  avril  1794),  MonHciiv  du  18,  t.  XX,  p.  147. 


blO  AlM'IvNDlCES. 

venait  d'clre  Loaduinué  (4  germinal  an  H,  24  mais  1794)  ;  les  l'ers  oi'di- 
naires  n'avaient  pas  été  jugés  assez  lourds  :  ou  en  avait  fabriqué  de  huit 
livres  pesant,  et  il  en  offrait  un  échantillon.  «  Il  demande,  ajoute  le  compte 
rendu,  que  la  discussion  sur  de  semblables  horreurs  soit  mise  à  l'ordre 
du  jour,  afin  que  les  fédéralistes  sachent  qu'ils  seront  poursuivis  dans 
toutes  les  parties  de  la  Itépublique  sous  quelque  dehors  qu'ils  se  présen- 
tent'. )>  —  Ils  le  surent  bien,  et  Dumas  ne  le  leur  laissait  point  oublier  au 
tribunal  révolutionnaire  de  Paris. 


LXXX 

l'ajrc  r>i7. 
Le  département  de  la  llante-$»a6ne. 

Le  legistre  des  délibérations  du  conseil  départemental  de  la  Haute-Saône 
n'existe  plus  aux  Archives  du  département;  mais  j'ai  trouvé  dans  le  registre 
de  la  Société  populaire  de  Jussey  comme  un  écho  de  la  grande  discus- 
sion qui  occupa  trois  séances  dans  ce  conseil,  les  12,  13  et  14  juin.  On 
y  lit  le  16  juin  : 

((  Le  Président  ayant  proposé  à  la  société  d'entendre  ce  qui  s'est  passé 
à  l'Assemblée  tenue  à  A'esoul  par  les  corps  administratifs  du  département, 
réunis  pour  prendre  des  mesures  de  sûreté  générale  relatives  aux  événe- 
ments des  51  mai,  1"'  juin  et  jours  suivarils  passés  à  F^iris,  la  société 
a  demandé,  et  le  citoyen  Dronlein  a  fait  ce  rapport. 

((  La  société  a  paru  fort  satisfaite  de  ce  rajiporl. 

((  La  société  a  arrêté  qu'il  serait  envoyé  à  la  municipalité  de  Jussey  des 
commissaires  pour  inviter  à  assembler  la  commune  ce  jour  même  pour  dé- 
libérer- si  les  citoyensadbéreront  il  l'arrêté  prispar  les  corps  administratifs 
à  Vesoul  le  14  juin  couraut,  ayant  pour  objet  de  sounietire  à  l'approbation 
delà  Convention  nationale  les  arrêtés  pris  à  l'assemblée  de  ces  corps,  avant 
d'en  procurer  l'exécution,  et  si  la  commune  enverra  deux  députés  porter 
son  vœu  au  conseil  du  département.  » 

Les  dispositions  de  la  Société  popuhiire  do  Jussey  étaient  contraires  à 
toute  rupture  avec  la  Convention.  On  lit  dans  la  suite  du  procès -verbal  de 
la  même  séance  :  «  La  société  a  rendu  liommage  au  civisme  qui  a  inspiré 
le  citoyen  Josse  en  écrivant  une  lettre  de  Vesoul  à  la  Société  populaire  de 
Jussey  par  laquelle  il  invite  à  conserver  l'union  avec  Pari<:  on  a  lu  cette 
lettre;  elle  a  été  applaudie  ;). 

1.  Moniteur  ihi  25  gerniiiKil  (14  avili  l/ilii.  l.  XX,  p.  "iOô. 

2.  Ce  qui  suit  a  été  substitué  avec  approbation  à  ces  lignes  (jui  ont  été  ratu- 
rées :  ('  Si  on  enverrait  deux  députés  à  Vesoul  pour  y  porter  l'approbalion  de  tous 
les  citoyens  de  Jussey  aux  mesures  prises  par  les  corps  administratifs  à  Vesoul 
les  12,  15  cl  14  juin  courant. 

«  On  a  nomuié  iiislaii[lané]n)eul  Goliiiel,  l'ilulel.  Lenioiiic  et  Guillemard.  » 


ADIŒSSKS  DIVKRSKS  DH  I.V  CurK-UOl'i.  Ml 

Dans  unL'  M'anco  suivante  (le  H»  an  [lius  lard)  le  citoyen  Garnicr  père, 
(lépulé  à  Vesoul  [lar  la  commune  de  .Inssej ,  donna  lecture  du  discours  qu'il 
avait  prononcé  à  la  réunion  du  département,  et  son  discours  reçut  l'adhé- 
sion delà  société,  qui  en  ordonna  l'insertion  an  procès-verbal,  où  on  le  trouve. 
L'orateur,  y  dit-on,  s'indigne  de  la  manière  indécente  dont  les  tribunes 
manquent  au  respect  des  représentanis  ;  il  blâme  bien  plus  encore  l'insur- 
rection du  51  mai  et  l'arrestation  des  députés  sous  l'empire  de  la  force; 
il  blâme  la  faiblesse  de  la  Convention,  qui  n'a  pas  su  punir  les  agitateurs, 
qui  a  subi  leur  joug;  mais  il  n'entend  pas  impiouveren  lui-même  le  décret 
qui  frappe  les  trente-deux;  il  doaiande  seidement  ((u'ils  soient  jugés  et  au 
plus  vile  :  «  11  importe  à  toute  la  République  que  la  Convention  ne  soit 
pas  privée  arbitrairement  de  quei(jues-uns  de  ses  membres.  C'est  l'objet 
de  la  pétition  de  plusieurs  départements.  )i  —  Mais  cette  pétition  ne  doit  pas 
se  faire  avec  l'appui  de  la  force  armée  dans  la  forme  de  la  pétition  de 
Paris,  sans  quoi  on  se  rendrait  coupable  de  ce  que  l'on  condamne  chez  les 
Parisiens.  Il  ne  faut  pas  dire  que  la  Convention  n'est  pas  libre;  il  ne  faut 
pas  refuser  de  reconnaître  désormais  ses  décrets,  il  ne  faut  pas  lever  des 
forces,  si  elle  ne  l'ordonne  pas  :  car  ce  serait  la  guerre  civile. 

La  révolution  du  51  mai  pouvait  souffrir  une  opposition  de  celle  sorte, 
et  c'est  probablement  cette  conclusion  qui  lit  accueillir  le  discours  dans 
les  procès-verbaux  de  la  Société  populaire  de  Jussey.  La  société  alla  même 
plus  loin;  on  eu  peut  juger  par  cette  mention  de  sou  procès-verbal,  à  la 
date  du  14  juillet  :  «  Lecture  d'une  lettre  adressée  au  président  de  la 
société  par  le  citoyen  Pachc,  maire  de  Paris,  ((ui  annonce  que  la  Commune 
a  reçu  avec  satisfaction  la  profession  de  foi  de  la  société  ».  (Archives  de 
la  Haute-Saône,  'iK  128,  Procès-verbaux  de  la  Société  po[;ulaire  de  Jussey.) 


LXXXI 

l'agc  348.) 
Adresses  diverses  de  !a  Cô<e-d'Or 

La  commune  lYAniay-sw-Arroux  (I"  janvier  1795); 

«  Assez  et  trop  longtemps  nous  avons  gardé  le  silence  sur  les  funestes 
divisions  qui  vous  agitent.... 

M  >ous  taire,  ce  serait  un  crime,  nous  vous  demandons  de  faire  cesser  lo 
scandale,  l'innuoralité,  l'inquidence  ilont  vos  ennemis  cherchent  à  cou- 
vrir vos  travaux. 

«  Depuis  trois  mois...  vous  vous  êtes  occupés  plus  des  personnes  que 
de  la  chose  publique.... 

«  Il  est  incontestable  que  le  peuple  souverain,  en  déléguant  ses  pouvoirs  a 
la  Convention,  s'est  réservé  le  droit  d'approuver  ses  représentants  comme 
il  s'est  imposé  Pobligation  de  les  défendre.  >) 

Ont  protesté  de  la  même  sorte  : 

Les  républicains  de  Bca//?îe  (11  et  "27  avril); 


512  APPENDICES. 

Les  citoyens  de  Monthard  (20  avril)  ; 

Le  conseil  général  de  la  commune  de  Mâcon  (22  avril)  ; 

La  commune  de  Saint-Benigne  (25  avril)  ; 

La  Société  populaire  de  (Jtagny  (21*  avril)  ; 

La  Société  des  vrais  républicains  d7s-s?/r-r?7/t' (29  avril)  : 

«  Déjà  vous  avez  voué  au  mépris  cette  pétition  d'un  petit  nombre 
d'hommes  égarés  qui  se  disaient  les  représentants  d'une  grande  section  de 
la  République  (la  pétition  du  15  avril  des  sections  de  Paris  contre  les 
vingt-deux).  » 

Les  républicains  de  Beuune  (5  mai)  : 

«  En  répondant  à  la  France  du  salut  public,  vous  avez  promis  de  lui 
sacrifier  vos  funestes  divisions.  Elle  vous  somme  aujourd'hui  ou  de  tenir 
vos  promesses,  ou  de  vous  reconnaître  incapables  de  tenir  le  gouvernail 
du  vaisseau  de  l'Etat.  Elle  vous  répète  avec  un  de  vos  membres,  Ana- 
charsis  Clootz  :  «  A  bas  les  personnes,  à  l'ordre  du  jour  les  choses....  » 

((  On  dit  qu'il  y  a  parmi  vous  un  parti  brissotin  et  un  parti  maratiste.... 
(irand  iJieu  !  dans  un  siècle  de  philosophie  nos  petites  passions  nous 
auraient-elles  donc  fait  rétr(»grader  jusqu'au  temps  des  Guelfes  et  des 
Gibelins? 

((  Qu'il  ne  soit  donc  plus  question  parmi  vous  de  Montagne  ni  de 
Marais.  La  Montagne  c'est  toute  la  République.  Celle-là  écrasera  tous  les 
factieux,  tous  les  conspirateurs,  de  quelque  côté  qu'ils  soient.  )^ 

Les  corps  constitués  de  Lnuhans  (adresse  reçue  le  8  mai),  contre  Maral. 

Maçon,  même  date  : 

«  Donnez-vous  le  baiser  fraternel.  )) 

La  Société  populaire  de  Scmur  (9  mai); 

Les  républicains  de  Seurre  (même  date)  : 

«  Jusques  à  quand  de  vaines  personnalités,  jusques  à  quand  des  divi- 
sions scandaleuses  absorberont-elles  un  temps  précieux?  »  etc. 

Parai,  25  mai  : 

((  Nous  vous  invitons  à  ne  plus  scandaliser  la  France  par  de  honteux 
débats;  ils  scandalisent  la  représentation  nationale.  » 


LXXXII 

.Page  340. 

Arrêté  de   l'ass>emblée   administrative    du    département 

de  la  C'ôte-d'Or  fsur  les  mesures  de  sûreté  générale 

{'i  mai  i;»3;. 

«  L'assemblée  administrative  du  département  de  la  Côte-d'Or  : 
«   Considérant  qu'à  la  veille  de  voir  la  France  déchirée  par  les  horreurs 
de  la  guerre  civile,  de  voir  dissoudre  le  corps  politique,  enfoncer  le  poi- 
gnard dans  le  sein  des  citoyens  qui  n'existent  que  par  le  sentiment  de  la 


ADRESSE  DES  ADMINISTRATEURS  DE  LA  CUTE-D'OR.  513 

liberté  et  de  l'égalité,  céder  encore  à  l'indulgence  envers  les  ennemis  de 
la  chose  publique,  ce  serait  Ificheté  et  pusillanimité  ; 

((  Que  la  confiance  dont  le  peuple  environne  ses  mandataires  exige  de 
leur  sollicitude  qu'ils  prennent  toutes  les  mesures  de  sûreté  pour  garantir 
les  départements  des  troubles  désastreux  qui  ont  éclaté  dans  les  départe- 
ments de  la  Vendée,  des  Deux-Sèvres,  de  la  Mayenne,  de  la  Loire-Inférieure 
et  autres  ; 

((  Que  ces  mesures  sont  non  seulement  autorisées,  mais  même  comman- 
dées par  le  décret  du  27  mars  qui  met  les  aristocrates  hors  la  loi  ;  »... 

11  concluait  à  la  nécessité  de  prendre  des  mesures  sévères,  voulant  seu- 
lement en  bannir  l'arbitraire.  On  jugera  si  l'arbitraire  en  était  banni: 

L'article  1" mettait  en  arrestation  :  1°  tous  les  gens  suspects;  2"  tous  les 
prêtres  insermentés,  même  ceux  qui  auraient  prêté  le  serment  de  l'égalité 
depuis  le  25  mars,  etc.  11  y  a  52  articles. 

(Archives  de  la  Côte-d'Or,  Délibérations  du  conseil  général  du  départe- 
ment, à  la  date.) 

LXXXIII 

(Page  556.) 

Adresse   des  administrateurs  du  département   de    la   Cùte- 

d'Or  à  tons  leurs  concitoyens  sur  les  événements  du  Jura 

(28  juin  1993). 

((  Citoyens, 

«  Depuis  longtemps,  la  malveillance  vous  travaille,  la  calomnie  vous 
égare. 

—  On  a  dénigré  leurs  administrateurs  : 

«  Le  département  de  la  Côte-d'Or  vient  de  se  trouver  dans  une  crise 
affreuse. 

«  Déjà  près  de  sept  cents  citoyens  étaient  en  marche,  avec  tout  l'attirail 
de  la  guerre;  et  où  allaient-ils?  où  les  menait-on?  attaquer  des  Français,  des 
frères,  les  valeureux  habitants  du  Jura,  un  pays  qui  compte  à  lui  seul 
tant  de  bataillons  sur  nos  frontières.... 

((  L'administration  du  Jura  conçut,  dans  le  cours  du  mois  de  mai  dernier, 
de  grandes  inquiétudes  sur  la  Convention 

«  Deux  commissaires  se  rendirent  auprès  de  nous.  Vous  savez  le  parti 
que  nous  adoptâmes,  nos  arrêtés  ont  été  publiés. 

((  Les  événements  du  51  mai,  des  l^et  2  juin  se  passèrent Le  dépar- 
tement du  Jura  crut  la  représentation  nationale  détruite,  la  souveraineté 
du  peuple  vifdée.  II  prit  dès  lors  des  arrêtes  que  vous  connaissez  encore. 

((  Vous  savez,  citoyens,  ce  que  nous  avons  fait  à  cette  époque  Les  con- 
jonctures étaient  délicates;  nous  avons  appelé  nos  frères  à  notre  aide,  et 
le  parti  que  nous  avons  adopté  nous  a  valu  la  plus  belle  récompense  que 
puisse  obtenir  le  vrai  citoyen,  l'homme  public.  La  Convention  a  déclaré 
que  le  département  avait  continué  à  bien  mériter  de  la  patrie.  » 

nÉVOL.    DO   51    MAI.  II  —  55 


Mi  APPENDICES. 

—  L'adresse  expose  les  incidents  qui  suivirent  :  Un  annonce  que  1000 
à  loOO  hommes  du  Jura  marchent  sur  Paris.  On  propose  de  leur  opposer 
des  forces  ;  la  proposition  est  rejetéc.  On  nomme  deux  commissaires  ;  ils 
partent.  —  Arrive  alors  le  citoyen  Bassal  avec  pouvoirs  pour  les  dépar- 
tements du  Doubs,  Jura,  Ain  et  Côte-d'Or.  Il  requiert  500  hommes  et 
50  artilleurs,  avec  2  canons,  à  envoyer  à  Auxonne  '.  On  lui  représente  que 
c'est  un  acte  d'agression;  il  paraît  céder,  mais  il  fait  une  nouvelle  réqui- 
sition étant  à  Dole.  Le  24,  deux  réquisitions  encore.  Quelques  troupes  avan- 
cent. Les  administrateurs  du  Jura,  qui  étaient  en  roulérence  avec  les 
commissaires  de  la  Côte-d'Or,  se  croient  attaqués,  ils  déclarent  qu'ils 
résisteront  à  l'oppression.  Le  zèle  des  commissaires  bourguignons  s'accroît 
avec  les  obstacles.  Nouvel  arrêté  du  département  pour  défendre  aux  rece- 
veurs de  fournir  de  l'argent  aux  troupes.  La  conciliation  prévaut.  Les  ad- 
ministrateurs du  Jura  demandent  une  entrevue  avec  les  représentants  du 
peuple.  Bassa],  disposé  à  la  conciliation,  tient  ferme  contre  son  collègue 
Garnier.  On  obtient  le  renvoi  des  troupes.  —  Les  administrateurs  de  la 
Côte-d'Or  s'applaudissent  de  leur  conduite. 

(Archives  delà  Côte-d'Or,  adresse  imprimée.) 


L  XXXIV 
(Page  300.; 

Délibération  du  conseil  général  de  Saône-et-Loîre 
;30  mai  1993). 

30  mai  1795.  Un  membre  propose  de  réunir  les  suppléants  au  chef- 
lieu  de  chaque  département. 

Dumas,  délégué  du  Jura,  combat  lesobjections.  La  mesure  d'ailleurs  n'aura 
d'exécution  qu'autant  qu'elle  sera  adoptée  par  la  majorité  des  départements. 

Le  procureur  général  syndic  réduit  la  question  à  ces  termes  :  Est-il 
possible  de  prévoir  la  dissolution  de  l'Assemblée  nationale  ?  est-il  conve- 
nable de  prendre  des  mesures  pour  prévenir  les  dangers  qui  en  résul- 
teraient nécessairement?  en  est-il  d'autres  que  la  réunion  des  suppléants? 
Il  examine  successivement  ces  différentes  questions  et  termine  par 
appuyer  le  projet  du  département  du  Jura. 

Convient-il  de  réunir  une  force  armée?  Dumas  insiste  sur  la  nécessité 
de  la  mesure.  Le  procureur  gén''ral  syndic  la  trouve  inutile,  dangereuse. 
Les  délégués  des  départements  approuvent  ces  observations  et  disent  qu'ils 
les  communiqueront  à  leurs  départements  ;  un  membre  résume  ainsi  la 
proposition  : 

Dans  le  cas  où  les  suppléants  réunis  à  Bourges  seraient  forcés  par  la  dis- 
solution de  la  Convention  nationale  de  s'organiser  en  corps  législatif,  ils 

1;  La  réquisition  se  trouve  aux  Archives  nationales»  KV  n  95,  ii"5. 


ADRESSE  DU  DEPAIITEMIÎ.NT  DE  SA()NE-ET-I.OIUIv  olo 

sei'out,  s'ils  le  jugent  nécessaire,   envirouiiés  d'une  force  armée  fournie 
par  chaque  département. 

Un  membre  fait  observer  qu'il  est  du  plus  grand  intérêt  que  la  repié- 
senlation  nationale  ne  soit  confiée  qu'à  une  ville  d'un  patriotisme 
éprouvé.  Un  autre  dit  qu'il  faut  ne  pas  douter  du  patriotisme  d'une  ville, 
à  moins  de  preuves  accablantes.  Bourges  est  accej)(ée. 

C'est  à  la  suite  de  ces  débats  que  le  conseil  prit  la  résolution  suivante  : 

«  Le  conseil  du  département  de  Saône-et-Loire,  réuni  aux  administra- 
teurs du  district,  etc.,  délibérant  sur  les  arrêtés  pris  par  les  départements 
de  l'Ain  et  du  Jura,  les  24  et  27  de  ce  mois  : 

«  Considérant  qu'il  est  malheureusement  possible  que  la  Convention 
nationale  vienne  à  être  dissoute  et  que  le  salut  pubHc  exige  de  prévoir  cet 
événement  ; 

«  Considérant  que  si  la  Convention  nationale  cessait  d'exister  un  seul 
instant  sans  être  remplacée  par  d'autres  représentants  du  peuple,  rien  ne 
pourrait  s'opposer  aux  progrès  de  l'anarchie;...  que  le  moindre  des  événe- 
ments serait  une  dictature  qui  frapperait  dans  l'instant  toutes  les  parties 
de  la  République  avec  un  sceptre  de  for  ; 

«  Considérant  que  les  arrêtés  pris  par  les  départements  du  Jura  cl  de 
l'Ain  paraissent  avoir  pourvu  à  de  si  grands  malheurs  et  préviennent  les 
difficultés  qu'éprouverait  la  réunion  des  suppléants,  s'ils  attendaient  la  dis- 
solution de  la  Convention  pour  se  rassembler  ; 

«  Le  procureur  général  syndic  entendu  et  les  opinions  prises, 
«  Arrête  :...  » 

—  Suit  un  arrêté  conforme  pour  la  réunion  de  suppléants  à  Bourges. 

En  cas  de  dissolution  de  la  Convention,  ils  seront,  s'ils  croient  leur 
sûreté  compromise,  environnés  d'une  force  armée  à  la  composition  de 
laquelle  le  département  s'empressera  de  concourir. 


LXXXV 

Tagc  563.) 

Conseil  du  départeineut  de  Saùne-et-Loire  :  Abrogation 
de  l'arrêté  du  30  mai  (18  juin  % 

L'expo.^é  des  motifs  rappelait  l'incident  qui  l'avait  fait  prendre  :  l'arrivée 
des  députés  du  Jura  et  de  l'Ain,  leurs  propositions  soumises  au  conseil. 

Le  rapporteur  continue  : 

((  La  discussion  qui  se  prolongea  pendant  trois  séances  sur  ce  projet 
vous  fit  envisager  la  mesure  proposée  comme  un  moyen  propre  à  em- 
pêcher le  démembrement  de  la  République.  A'ous  n'y  vîtes  pas  un  projet  de 
fédéralisme,  un  plan  de  contre-révolution,  une  occasion  d'exciter  la 
guerre  civile.  Le  plan  vous  parut  sage,  vous  n'en  consentiez  l'exécution 
que  lorsque  la  presque  unanimité  du  département  l'aurait  adoptée  ;  vous  ne 


516  APPENDICES. 

l'envisagiez  (|ue  comme  un  moyeu  de  faire  évanouir  les  projets  contre- 
révolulionnaires,  enfin  vous  commîtes  encore  Terreur  de  ^  ne  le  considériez 
que  comme  une  dernière  ressource,  propre  à  prévenir  les  dangers  qui 
paraissaient  plus  imminents,  d'après  la  loi  du  2  i  mai  «  qui  met  sous  la 
sauvegarde  des  bons  citoyens  la  fortune  puldique.  la  représentation  na- 
tionale et  la  ville  de  Paris  ». 

«  Cependant...  (plusieurs  citoyens)  pourraient  se  persuader  que  vous 
partagez  l'égarement  des  départements  qui  semblent  aujourd'hui  lever 
rélendard  de  la  rébellion,  rompre  l'unité  de  la  République. 

«  Il  est  de  votre  devoir  de  faire  connaître  à  vos  concitoyens  les  senti- 
ments révolutionnaires  qui  vous  ont  toujours  animés. 

((  n  convient  de  leur  déclarer  qu'ayant  les  yeux  ouverts  sur  les  insi- 
nuations dont  la  perfidie  est  aujourd'hui  démontrée,  vous  abjurez  haute- 
ment toute  espèce  d'adhésion  que  vous  auriez  semblé  donner  à  ce  projet 
par  votre  arrêté.  » 

—  ((  La  matière  mise  eu  délibération,  continue  le  procès- verbal,  les 
membres  composant  l'assemblée,  prenant  en  considération  les  motifs  énon- 
cés dans  le  présent  exposé,  désirant  donner  à  leurs  concitoyens  et  à  la 
France  entière  la  preuve  la  plus  authentique  de  leur  attachement  inviolable 
à  la  République  une  et  indivisible  et  de  leurs  constants  efforts  à  contribuer 
au  triomphe  de  la  liberlé,  de  l'égalité,  que  leur  allure,  l'énergie  et  le  cou- 
rage des  représentants  du  peuple-...  ; 

((  Le  procureur  général  syndic  entendu,  les  voix  prises  par  appel 
nominal, 

((  Rapportent  à  l'unanimité  leur  arrêté  du  50  mai  et  arrêtent  que  le 
présent  sera  imprimé,  affiché,  adressé  à  la  Convention  nationale,  aux 
quatre-vingt-cinq  départements,  aux  districts  et  aux  municipalités  du 
ressort,  à  la  municipalité  de  Paris  et  à  toutes  les  sociétés  de  la  Répu- 
blique. )) 

—  La  page  entière  est  couverte  de  signatures.  On  y  trouve  en  outre  une 
adhésion  motivée  du  procureur  général  syndic  Merle,  disant  dans  quel 
esprit  il  avait  proposé  l'arrêté  du  30  mai.  (Archives  de  Saône-et-Loire, 
Délibérations  du  conseil  du  déparlement,  à  la  date.) 

Par  une  adresse  'a  la  Convention,  en  date  du  21  juin,  le  déparlement 
sollicite  une  épuration  au  profit  des  amis  : 

«  Représentants  du  peuple, 

«  Vous  aviez  sagement  décrété  que  plusieurs  fonctionnaires  seraient 
assujettis  à  se  pourvoir  de  certificats  de  civisme.  »... 

—  Ils  sont  donnés  trop  facilement. 

((  Il  est  temps  de  ne  voir  dans  les  emplois  pubhcs  que  des  citoyens 
vraiment  civiques,  amis  de  la  liberté  et  de  l'égalité,  des  citoyens  révolu- 


1.  Ces  mois  sont  écrits  en  marge,  et  on  n'a  pas  corrigé  le  verlie  suivant. 

2.  l'iirase  laissée  incomplète. 


ARRETE  DU  CONSEIL  DE  L'YONNE.  ôlT 

tionnaires  dont  les  seutiments  pour  la  chose  publique  ii'aieiU  jamais  été 
équivoques.  »  [Ibid.) 

—  C'est  toujours  la  même  chose  ! 


LXXXVI 

'Tage  "70. ' 

Arrêté  da  conseil  de  l'Tonne    S8  juin  . 

Sur  le  rapport  des  délibérations  prises  par  les  autorités  constituées  et 
plusieurs  citoyens  de  la  commune  d'Avallon  les  21  et  22  juin  dernier, 
et  déposées  sur  le  bureau  par  le  maire  et  le  procureur  de  la  commune, 
en  exécution  de  l'arrêté  du  20  du  même  mois  : 

Vu  lesditei  délibérations. 

L'administration  du  département,  considérant  que  sur  douze  cents 
citoyens  actifs  qui  composent  la  commune  d'Avallon,  cent  quarante-sept 
seulement  ont  signé  l'adresse  du  10  juin; 

Que  même  il  s'est  élevé  des  débats  dans  cette  minorité  sur  la  rédaction  ; 

Que  les  principes  manifestés  dans  la  délibération  du  22  sont  une  espèce 
de  rétractation  de  ceux  énoncés  dans  l'adresse  ; 

Que  le  maire  et  le  procureur  de  la  commune  ont  même  avoué,  en  pré- 
sence de  l'administration,  que,  s'il  y  avait  dans  l'adresse  dos  principes 
dangereux,  on  ne  pouvait  les  attribuer  qu'à  l'erreur; 

Qu'il  paraît  résulter  de  la  conduite  des  signataires  que  cette  adresse  est 
l'effet  de  suggestions  étrangères  et  que  les  principes  sont  si  peu  d'accord 
avec  les  protestations  de  leur  amour  pour  l'unité  et  l'indivisibilité  de  la 
République,  qu'il  est  à  présumer  que  leur  erreur  n'a  été  que  momentanée; 

Considérant  néanmoins  que  cette  adresse  a  été  répandue  dans  tous  les 
districts  et  sociétés  populaires  delà  République;... 

Que  la  Convention  nationale  est  saisie  de  celte  affaire; 

Arrête  que  les  copies  collationnées  des  délibérations  des  21  et  22  juin 
seront  adressées  au  Comité  de  sûreté  générale,  qui  est  invité  à  prononcer 
le  plus  tôt  possible  sur  une  affaire  qui  intéresse  la  tranquillité  publique. 
(Archives  de  l'Yonne,  Délibérations  du  conseil  du  département,  à  la  date.) 

LXXXVII 

(Page  376.) 

Adresse    du    directoire    de   l'Aube    aux   représentants    du 
peuple  membres  du   Comité  de  salut  public    18  juin  . 

((  Les  événements  du  51  mai  et  jours  suivants  ont  d'abord  frappé  les 
esprits  d'une  grande  inquiétude.  Eloigné  du  centre  du  mouvement,  on 


M  8  APJ'ENDICES. 

pu  un  instant  s'interroger  soi-même  sur  ses  causes  et  s'alarmer  de  ses 
effets,  mais  dans  cette  première  impression  d'éionnement  il  ne  s'est  pas 
élevé  un  seul  murmure  contre  la  Convention  nationale;  tout  s'est  bientôt 
au  contraire  rallié  à  la  confiance  qu'on  leur  [lui]  doit  et  à  ce  grand  prin- 
cipe d'unité  qui  seul  peut  sauver  la  patrie  et  la  garantir  de  tous  les 
malheurs  qui  peuvent  la  menacer.  Tous  les  citoyens,  oubliant  bientôt  et 
les  hommes  et  les  intérêts  privés  et  les  passions  particulières,  n'ont  vu 
dans  la  Convention  que  la  Convention  elle-même,  dans  les  mesures  qu'elle 
a  prises  que  le  salut  de  la  République,  et  dans  ses  intentions  que  l'affer- 
missement delà  liberté.  Quant  îi  nous,  administrateurs,  etc. 

((  ^ous  demandions,  avec  la  France  entière,  une  Constitution,  mais  au- 
jourd'hui que  cette  Constitution  marche  à  grands  pas  et  va  bientôt  mon- 
trer il  l'Europe  étonnée  le  pacte  social  fondé  sur  le  principe  éternel  de  la 
souveraineté  du  peuple  et  sur  les  bases  de  la  plus  parfaite  égalité,  le 
s/stème  démocratique  le  plus  pur  qu'une  grande  population  puisse  per- 
mettre, hardiment  conçu  et  écrit  dans  le  st/le  des  Spartiates,  quel  est  le 
bon  citoyen  qui  pourrait  encore  se  livrer  à  des  craintes  ou  se  permettre 
de  murmurer?  Puisse  bientôt  tous  les  bons  républicains...,  etc.   » 

—  Ils  parlent  ensuite  de  la  levée  contre  la  Vendée,  des  subsistances  qui 
ne  laissent  pas  que  de  donner  des  inquiétudes,  et  de  l'exécution  de  la  loi 
du  2  juin  contre  les  suspects.  Ils  transmettent  leur  arrêté  au  Comité  et  font 
i-emarquer  que,  s'ils  veulent  une  application  sévère  du  décret,  ils  tiennent 
aussi  à  garantir  les  bons  citoyens  contre  des  dénonciations  mal  fondées. 
(Archives  de  l'Aube,  L  515,  n"  2086.)  Et  l'on  trouve  en  effet  dans  cet 
arrêté  (14  juin)  un  considérant  qui  avait  bien  pour  objet  de  tenir  en 
bride  les  dénonciations  provoquées  par  le  décret  révolutionnaire  : 

«  Considérant  que  si  les  autorités  constituées  sont  responsables  de  la 
négligence  qu'elles  apporteraient  à  faire  mettre  en  arrestation  les  personnes 
qui  se  trouvent  comprises  dans  les  dispositions  du  décret  du  2  de  ce  mois, 
elles  seraient  d'un  autre  côté  répréhensibles  si,  en  leur  donnant  de  l'exten- 
sion, elles  s'en  servaient  pour  priver  de  leur  liberté  des  citoyens  paisibles 
sur  des  dénonciations  vagues  et  insuffisantes,  non  appuyées  de  faits,  et  qui 
n'auraient  d'objet  que  de  servir  des  haines  ou  des  vengeances  particu- 
lières.... »  (Archives  de  l'Aube,  L12,  à  la  date.) 

On  a  pu  remarquer  dans  la  pièce  précédente  ce  qui  est  dit  du  bon 
accueil  fait  par  la  Convention  à  l'adresse  du  21  mai.  Les  Girondins  étaient 
encore  les  maîtres,  et  Isnard  présidait.  Le  Moiiiteur,  dans  le  compte  rendu 
de  la  séance  du  25  mai,  parle  d'une  adresse  de  VAude  qui  fut  louée  pour 
son  civisme  ;  c'est  probablement  de  l'Aube  qu'il  faut  lire.  [Moniteur  du 
27  mai,  t   \V1,  p.  475.) 


DÉLIBÉRATION  DU  CONSEIL  GÉNÉRAL  DE  LA  MARNE.        519 
LXXXVIII 

(Page  -.8-1.) 

DéIib4'>ra(îon  et  arrêté  du  conseil  général  de  la  Marne 
(lO  juin  . 

Le  conseil  général,  désirant  prendre  des  mesures  efficaces  pour  détruire 
l'anarchie  et  ramener  le  règne  des  lois  et  sauver  la  République,  persuadé 
que  c'est  de  la  réunion  des  lumières  et  de  la  discussion  approfondie  des 
grands  intérêts  ])ublics  que  sortent  les  déterminations  les  plus  salutaires, 
et  que  la  surveillance  active  des  autorités  peut  seule  déjouer  les  complots 
et  les  tentatives  dos  conspirateurs, 

Arrête,  après  avoir  entendu  le  procureur  général  sjndic,  que  les  mem- 
bres des  conseils  généraux  seront  invités  à  se  tenir  en  permanence  ; 

Qu'ils  seront  pareillement  invités,  ainsi  que  les  conseils  généraux  dos 
communes  de  Chàlons,  Reims,  Yilry,  Sézanne,  Sainte-Manehould  et  Éper- 
nay,  à  députer  chacun  deux  de  leurs  membres  pour  se  réunir,  le  13  de  ce 
mois,  au  conseil  général  et  délibérer  avec  lui  sur  les  moyens  les  plus  effi- 
caces de  salut  public.  (Archives  de  la  Marne,  Délibérations  du  conseil 
général  du  département,  à  la  date,  "t"  registre,  folio  10.) 

LXXXIX 

(Page  595.) 

Les  gendarmes  nationaux  de  la  IVièvre  devant  le  conseil 
général  du  département  'H  juin   1793). 

De  perfides  patriotes,  profanant  tous  les  privilèges,  foulant  aux  pieds  les 
lois,  détruisent  les  germes  heureux  de  la  liberté  et  de  l'égalité  ;  ils  se 
disent  républicains,  mais  ils  n'ont  que  des  vices  et  méprisent  les  vertus, 
seul  caractère  d'un  vrai  républicain. 

C'est  en  vain  qu'ils  veulent  nous  appeler  à  creuser  nous-mêmes  l'abîme 
qu'ils  vous  préparent.  Levez-vous,  citoyens  administrateurs  ;  levons-nous 
tous,  frères  et  républicains  ;  que  l'étendard  de  la  liberté  et  de  l'égalité 
dans  nos  mains  fasse  pâlir  les  anarchistes,  aujourd'hui  nos  plus  cruels  en- 
nemis, et  les  rappelle  à  l'ordre;  que  dis-je,  à  l'ordre?  les  méchants  n'en 
connaissent  pas  ;  hé  bien,  qu'il  leur  fasse  ronger  la  poussière.... 

Déjouons,  chers  camarades,  nos  nouveaux  tyrans. 

0  vous,  braves  citoyens,  nos  seuls  frères  et  amis,  surveillez  continuelle- 
ment ces  lâches  malveillants.... 

C'est  dans  ces  sentiments,  citoyens  administrateurs,  que  sur  la  montagne 
de  l'amour  le  plus  pur  pom*  la  République  nous  jurons  entre  vos  mains  de 
maintenir  l'égahté,  la  liberté,  les  personnes  et  les  propriétés,  de  rester 


520  APPENDICES. 

unis  à  la  Convention  nationale  vnie  et  indivisible,  et  enfin  de  mourir  au 
poste  qui  nous  sera  confié  pour  nHablir  l'ordre  et  la  pais  dans  la  Répu- 
blique, qui  ne  peut  se  soutenir  sans  lois.  (Archives  de  la  Nièvre,  séances 
du  conseil  général  du  département,  à  la  date.) 


XG 

(Page  395.) 

Discours   du  procureur  général  syndic  Ballard  au  conseil 

de  la  Kiévrc  (11  juin). 

L'administration  vous  doit  compte  des  motifs  qui  l'ont  déterminée  à 
réunir  dans  son  sein  tous  les  membres  qui  la  composent. 

Jamais  circonstances  ne  furent  plus  graves  et  plus  impérieuses.  C'est 
au  milieu  de  la  tempête,  c'est  lorsque  le  vaisseau  baltu  de  toutes  parts 
par  les  vagues  et  les  vents  en  sens  contraire  est  sur  le  point  de  faire 
naufrage  que  l'équipage  doit  se  réunir  pour  le  sauver. 

Tel  est  aujourd'hui,  citoyens  administrateurs,  le  tableau  que  présente 
la  France  d'après  tous  les  papiers  publics  :  attaquée  au  dehors  par  tous 
les  tyrans  de  l'Europe  conjurés  contre  sa  liberté;  en  proie  à  la  guerre  ci- 
vile excitée  et  entretenue  au  dedans  par  le  fanatisme  et  l'aristocratie  ; 
luttant  dans  l'intérieur  contre  une  poignée  d'individus  qui  n'ont  que  le 
masque  du  patriotisme  et  qui  sont  soudoyés  par  nos  ennemis  pour 
avilir  la  Convention  nationale  et  désorganiser  ses  autorités  constituées, 
enfin  pour  égarer  le  peuple  en  préchant  l'anarchie  :  il  serait  difficile  d'ima- 
giner des  sujets  plus  sérieux  et  plus  capables  de  fixer  votre  sollicitude  et 
votre  attention. 

Il  n'est  plus  question,  comme  je  vous  l'ai  marqué,  de  calculer  les 
sacrifices  et  l'intérêt  privé,  il  s'agit  aujourd'hui  d'examiner  quels  sont  les 
moyens  qui  peuvent  tendre  à  la  conservation  de  l'unité  et  de  l'indivisi- 
bilité de  la  République  et  à  maintenir,  dans  cette  agitation  des  esprits, 
la  tranquillité  dont  le  département  de  la  Nièvre  a  constamment  joui 
jusqu'à  ce  jour. 

Pour  moi,  je  n'en  vois  pas  d'autre  dans  les  circonstances  actuelles  que 
celui  de  faire  une  adresse  à  la  Convention  nationale  dans  laquelle  vous 
lui  exprimerez  qu'étant  le  seul  point  de  ralliement  de  tous  les  véritables 
républicains,  elle  doit  être  une  et  indivisible  comme  la  République, 
s'occuper  uniquement  à  donner  à  la  France  une  Constitution  répubhcaine; 
je  n'en  vois  pas  d'autre  que  celui  de  faire  une  adresse  aux  Parisiens 
pour  les  engager  à  se  disculper  des  inculpations  qui  leur  sont  faites. 
(Archives  de  la  Nièvre,  Délibérations  du  conseil  du  département,  à  la  date, 
{'"  4748.) 


SÉANCE  PUBLIQUE  DU  CONSEIL  DE  LA  NIÈVRE.  521 

XCI 

(Page  598.) 

Séance  publique  extraordinaire  du  conseil  de  la  Nièvre 
(11  jaillet). 

Le  conseil,  averti  île  l'anivée  du  représentant  Forestier,  qui  avait  été 
envoyé  par  décret  du  G  juillet  dans  la  Nièvre,  en  fait  prévenir  les  habi- 
tants au  son  du  tambour.  Les  corps  constitués  se  sont  rendus  à  la  con- 
vocation. Forestier  est  à  la  séance;  il  dit  que  le  décret  de  la  Convention 
lui  a  été  adressé  à  Moulins,  comme  il  était  à  Vichy  pour  une  question 
touchant  les  eaux  minérales  ;  il  demande  ce  que  le  département  a  fait 
pour  l'exécuter. 

((  L'administration'  a  répondu  par  l'organe  de  son  président  que,  dès 
que  l'administration  a  été  informée  par  les  j)apiers  publics  du  décret  du 
6  dernier  qui  met  en  arrestation  et  traduit  à  la  barre  de  la  Convention  le 
procureur  général  syndic  du  département  de  la  Nièvre,  le  conseil,  dans 
sa  délibération,  a  engagé  le  citoyen  Ballard,  procureur  général  svndic, 
à  se  soumettre  à  l'exécution  du  décret  et  que  le  citoyen  Ballard  répondit 
qu'il  était  tellement  disposé  ù  y  obéir,  qu'il  allait  hâter  son  départ  sans 
attendre  la  notification  officielle  du  décret;  et  que  le  citoyen  Ballard  est 
effectivement  parti  dans  la  nuit  du  mardi  au  mercredi  dernier  pour  se 
rendre  à  la  barre  de  la  Convention  nationale. 

((  En  ce  qui  concerne  l'inculpation  faite  à  l'administration  du  départe- 
ment d'avoir  cherché  à  égarer  l'esprit  public  et  à  diminuer  le  respect 
dû  aux  décrets  de  la  Convention,  il  a  été  répondu  par  le  président  que  le 
citoyen  représentant  du  peuple  verrait  l'esprit  qui  animait  l'administration 
dans  les  divers  arrêtés  qu'elle  avait  pris. 

((  Vérification  faite,  il  n'a  pas  été  trouvé  dans  le  registre  d'autre  arrêté 
relatif  aux  événements  du  51  mai  que  ceux  des  15  et  15  juin  dernier 
dont  il  a  été  fait  lecture  et  dont  le  citoyen  représentant  du  peuple  a  requis 
expédition. 

((  Il  a  ensuite  demandé  à  l'administration  s'il  n'avait  été  fait  aucun 
autre  arrêté,  adresse  ou  réquisitoire.  » 

—  Et  c'est  alors  qu'eut  lieu  l'incident  sur  les  réquisitoires  et  les 
adresses.  (Archives  de  la  Nièvi-e,  Délibérations  du  conseil  du  département, 
à  la  date.) 


1.  Ces  lignes,  barrées  dans  le  registre,  et  que  je  reproduis  de  préférence,  ont 
été  remplacées  par  une  rédaction  nouvelle,  qui  d'ailleurs  en  diffère  peu. 


522  APPENDICES. 

XGII 

(Page  402.) 

I.e  district  de  Moulins, 

Aujourd'hui  29  mai  1795,  les  administrateurs  réunis  au  lieu  ordinaire  de 
leurs  séances,...  se  sont  présentés  les  citoyens  Rouyer,  Sabbrune,  Griveu, 
Clieneau,  Bousset  et  Martin,  lesquels  ont  annoncé  avoir  clé  nommés  com- 
missaires par  la  Société  populaire  de  cette  ville,  à  l'effet  de  demander  à 
l'administration  du  district  son  adhésion  à  l'adresse  faite  par  la  même 
Société  à  la  Convention  nationale  sous  la  date  du  28  mai  présent  mois. 

Les  président,  administrateurs  et  procureur  syndic  composant  le  direc- 
toire du  district,  considérant  que  ladite  adresse  renferme  contre  des  repré- 
sentants de  la  Convention  nationale  les  inculpations  les  plus  graves  et  de 
nature,  si  elles  étaient  prouvées,  à  provoquer  contre  les  accusés  toute  la 
sévérité  des  lois; 

Considérant  que  dans  le  moment  de  crise  où  se  trouve  la  République 
elle  ne  peut  être  sauvée  que  par  l'union  et  l'accord  entre  tous  les  membres 
de  la  Convention  nationale;  que  cette  union  et  cet  accord  sont  devenus  le 
cri  général  de  la  France  tout  entière  ;  que  dès  lors  tout  ce  qui  peut  tendre 
à  entretenir  la  division  parmi  les  législateurs  contrarie  le  vœu  universel 
des  Français  et  éloigne  les  moyens  de  préserver  la  Patrie  des  malheurs  incal- 
culables qui  la  menacent  ; 

Considérant  d'autre  part  que  dévouer  à  l'opprobre,  l'infamie,  l'anathème 
et  la  proscription  des  représentants  du  peuple  ne  peut  être  que  le  résultat 
de  la  conviction  de  leur  crime  ;  que  placés  à  une  aussi  grande  distance  de 
la  Convention  nationale,  lors  n'ayant  connaissance  des  faits  que  par  les 
rapports  peut-être  infidèles  des  folliculaires,  il  est  impossible  d'asseoir 
un  jugement  sain  sur  les  imputations  faites  à  quelques  membres  de  la 
Convention  ;  que  dès  lors  la  prudence  et  la  justice  commandent  que  l'on 
s'abstienne  de  prononcer  sur  une  matière  aussi  sérieuse  et  aussi  délicate  ; 

Considérant  de  plus  que,  quoique  l'adresse  de  la  Société  populaire  de 
cette  ville  contienne  dos  mesures  auxquelles  nous  applaudissons,  néan- 
moins la  partie  relative  aux  membres  de  la  Convention  qualifiés  meneurs 
ne  peut  pas  se  séparer,  et  qu'étant  à  l'impression  elle  ne  peut  recevoir 
aucune  modification  ; 

Considérant  qu'il  est  difficile  de  concevoir  comment  une  minorité  com- 
posée de  vingt-deux  membres  pourrait  entraîner  et  faire  dévier  la  majorité 
de  la  Convention  ;  que  si  elle  recèle  dans  son  sein  des  contre-révolution- 
naires et  des  ennemis  de  la  patrie,  c'est  à  elle  qu'il  appartient  de  les  dé- 
noncer et  d'appeler  sur  leurs  tètes  coupables  le  glaive  des  lois;  que  si  la 
majorité  de  la  Convention  nationale  était  capable  de  se  laisser  influencer 
par  une  si  faible  minorité,  alors  elle  serait  sans  force  et  sans  moyens  pour 
sauver  la  République  ;  que  si  cette  opinion  se  propageait  et  s'accréditait, 


LA  PROTESTATION  DU  DISTRICT  DE  CANNAT.  y'iô 

bientôt  elle  aurait  perd»  la  confiance  publiqiie,  et  il  ne  resterait  plus  de 
point  de  ralliement  auquel  pourraient  se  porter  les  vrais  amis  de  la  patrie, 
et  qu'alors,  tout  tombant  dans  le  cbaos,  la  confusion  et  le  désordre,  la  ruine 
totale  de  la  France  se  trouverait  consommée; 

Considérant  enfin  que,  depuis  plusieurs  jours,  il  a  été  formé  le  projet 
de  proposer  au  conseil  réuni  de  faire  à  la  Convention  une  adresse  qui 
contient  l'expression  des  sentiments  de  l'administration  du  district  et  qui 
aurait  pour  objet  sans  doute,  comme  la  presque  universalité  des  adresses 
qui  lui  ont  été  faites,  de  ramener  les  membres  de  la  Convention  nationale 
à  l'union,  sans  laquelle  la  patrie  ne  peut  être  sauvée,  et  l'apaisement  de 
toutes  querelles  et  divisions  ; 

Après  avoir  consulté  et  entendu  le  procureur  syndic,  il  a  été  unanime- 
ment arrêté  que  le  directoire  ne  pourrait  donner  son  adhc'sion  pure  et  simple 
à  l'adresse  qui  lui  a  été  présentée  au  nom  de  la  Société  populaire  de  celte 
ville,  et  qu'aussitôt  la  réunion  des  membres  du  conseil,  occupés  à  des  opé- 
rations qui  intéressent  la  chose  publique  et  notamment  l'exécution  de  la 
loi  du  4  mai  concernant  les  subsistances,  il  serait  proposé  de  faire  une 
adresse  à  la  Convention  nationale  dans  laquelle  serait  énoncée  l'opinion  de 
l'administration  du  district.  (Archives  de  l'Allier,  Le  G;  district  de  Mou- 
lins, à  la  date.) 

XGIII 

(Pa<;e  40Ô.) 

La  protestation  du  district  de  Gannat. 

Le  district  de  Gannat  avait  fait  une  adresse  au  département  contre 
le  51  mai.  L'adresse  n'est  pas  consignée  dans  le  procès-verbal  de  ses 
délibérations,  mais  on  la  connaît  incidemment.  Dans  la  séance  du  2  juillet 
deux  des  signataires,  Hue  et  La  Chaussée,  craignant  l'application  du  décret 
du  26  juin  et  voulant  satisfaire  à  l'article  1"  de  ce  décret,  se  rétractèrent 
et  firent  insérer  leur  rétractation  au  registre  du  directoire  du  district, 
déclarant  que  leurs  signatures  avaient  été  surprises  à    leur   bonne  foi  : 

((  iSous  n'avons,  disent-ils,  ni  lu  ni  su  le  contenu  de  ladite  adresse;  nous 
ne  l'avons  pu  signer  que  comme  une  pièce  que  l'on  nous  a  dit  intéresser  le 
salut  public  et  qui  était  revêtue  de  plusieurs  signatures,  comme  celles  du 
procureur  syndic  et  d'autres  membres  de  l'administration  et  du  comité  de 
salut  public. 

«  Nous  jurons....  »  ~  et  toutes  sortes  de  protestations  d'attachement  à 
la  République. 

Le  procureur  syndic,  informé  de  cette  inscription,  déclare  en  marge 
que  la  signature  des  réclamants  n'a  pas  été  surprise,  «  que  l'adresse  contre 
laquelle  ils  réclament  leur  a  été  lue,  et  qu'elle  a  été  adoptée,  eux  présents, 
"a  une  séance  publique,  où  ils  figurent  comme  membres  du  comité 
de  salut  public.   16  juillet.  Signé:  Luc.vr.  d 

(Archives  de  l'Allier,  Le,  52;  district  de  Gannat,  f"  92.) 


524  APPENDICES. 

XGIV 

(Page  435.) 

La  loi  du  15  février  1892. 

Pour  obvier  aux  difficultés  que  présente  l'exécution  de  cette  loi,  j'avais 
proposé,  le  30  janvier  1872,  le  contre-projet  suivant  : 

Article  1".  —  Si  l'Assemblée  nationale,  ou  l'une  de  celles  qui  lui  succéde- 
ront, vient  à  être  illégalement  dissoute,  ou  empêchée  de  se  réunir,  une  autre 
se  réunira  immédiatement,  soit  à  Bourges,  soit  à  Poitiers,  soit  en  tout 
autre  lieu  qui  paraîtra  convenable. 

Elle  se  composera  :  1°  des  députés  qui  auront  pu  se  rejoindre  au  lieu 
marqué  ;  2"  des  délégués  des  conseils  généraux  désignés  comme  il  sera 
dit  ci-après. 

Art.  2.  —  Chaque  année,  après  la  constitution  de  leurs  bureaux,  les 
conseils  généraux  nommeront,  au  scrutin,  deux  de  leurs  membres,  chargés, 
à  peine  de  forfaiture,  de  les  représenter,  s'il  y  a  lieu,  dans  l'assemblée 
dont  il  a  été  parlé  ci-dessus,  et  quatre  suppléants. 

Art.  5.   —   L'assemblée   nouvelle  sera  valablement  constituée  quand 

la  moitié  des  départements  y  sera  représentée,  soit  par  les  délégués,  soit 
par  les  députés  qui  auront  pu  s'y  rendre. 

Les  ]jouvoirs  des  délégués  prendront  fin  quand  les  trois  quarts  des 
membres  de  l'Assemblée  nationale  se  trouveront  réunis. 

Art.  A.  —  Jusque-là  l'assemblée  nouvelle  est  spécialement  chargée  de 
])rendre  les  mesures  d'urgence  réclamées  par  les  circonstances. 

Si  dans  le  délai  de  deux  mois  les  trois  quarts  au  moins  des  membres 
de  l'assemblée  régulière  n'ont  pu  se  réunir,  elle  doit  décréter  un  appel  à 
la  nation  pour  des  élections  générales. 

Les  articles  5  et  6,  comme  dans  le  projet. 

—  Le  projet  adopté  alteindra-t-il  mieux  le  but?  Souhaitons  que  l'on 
n'ait  pas  à  le  mettre  à  l'épreuve. 


TABLE 
DES  NOMS   D'HOMMES   ET   J)E  LIEUX 

MENTIONNÉS  DANS  LES  DEUX  VOLUMES  DE  CET  OUVUAOE 


Abbeville,  I,  502. 

Abeille,  II,  240. 

Adant,  II,  551,  352,  355. 

Affrique  (Saint-),  II.  48.i. 

Agen,  II.  105,  119,  459,  460. 

Aigues-Vives,  II,  481. 

Ain,  II,  314,  317,  322,  498,  501,  515 

Aisne,  I,  358,  540. 

Aix,  II.  246,  261,  486. 

Alais,  II,  175,  17i.  183,  481,  483. 

Albi,  II,  157. 

Albitte,  I,  92;  II,  186,  187.  258,  2.54 

261,  265,  506,  509. 
Alençon,  I,  65,  164,  429,  474,  55} 
Allier,  II,  400. 
Alpes  (Basses),  II,  2i4. 
Alpes  (Hautes),  I,  61  :  II.  228,  250 

243,  491,  498. 
Alpes-Maritimes,  II,  225.  245. 
Altaroche,  11,  295. 
Amar,  II,  515. 
Ambert,  U,  289. 
Amboise,  II,  19. 
Ambroise  (Saint-).  II.  481. 
Amiens,  I,  545,  499. 
Andelys   Les).  I,  424. 
André  (Saint-  de Cussac,  II.  452 
Angers,  I,  165,  296;  II,  14.17.  441 


Angoulême,  11,  49,50,51. 
Annecy,  II,  301. 
Annequinj  II,  165,  167. 
Antiboul,  II,  487. 
Antoine,  I,  114. 
Antrain,  I,  544. 
Apt,  II.  487. 
Arbanère,  II,  469. 
Arbois,  II,  552. 
Arcis-sur-Aube,  II,  573. 
Ardèche,  H,  203,  205,  252. 
Ardennes,  I.  61,  356. 
Ardignac  (D'),  II,  126,  469, 
Argentan.  1,  555. 
Argenton.  II,  592. 
Ariége.  II,  150. 
Arles,  H,  208. 
Arnay-sur-Arroux,  11,  511. 
Arras,  I,  298,  350;  11,124. 
Arrau,  I,  65. 
Ars,  I,  474. 
Arthaud,  II,  469. 
Aube,  II,  572,  576,  577,  518. 
Aubry,  I,  9i. 

Auch,  I,  470;  II,  103,  457,  466. 
Aude,  H,  119,  158,  471,  47i. 
Aups,  II,  219. 
Aurillac,  II,  124,  287. 
Auvergne,  I,  455;  II,  271. 
Avallon,  11,568,  369. 


btifi 


TAULK  DZS  NOMS  D'HOMMES  ET  DE  LIULX. 


Aveyron,  H,  105,  197,202,  203,484. 
Avignon,  II,  223,  256,  400. 
Avranches,  I,  .o29,  545. 


B 


Bagnères,  II,  114. 

Bailleul  (député),  I,  10,  52. 

Bajot,  I,  590. 

Ballard,  II,  595,  598,  400,  520,  521. 

Bandol,  I,  174;  II,  219.  ^08. 

Banes,  II,  190. 

Bar-le  Duc,  I,  500. 

Bar  sur-Seine,  II,  372. 

Barbaroux,  I,  9,  20,  54,  37,  47,  54. 

101,  102,  284,   315,  425,  447,  451. 

487,544;  II,  211,215,  489,  .507. 
Barcelonnette,  II,  220. 
Barère,  I,  54,   57,   42,  47,  55,  96, 

191,  245,  275,283,300,485;  II,  52. 
Barety,  I,  485. 

Barras,  I,  90;  II,  116,  117,  151,4li9. 
Bassal,   I,  492;   II,  528,  529,    55i, 

530,  541,  556,  509,  514. 
Bastoulh,  II,  475. 
Baudot,  II,  88,95,99,  118,  119.127, 

151.4.55,458,  460. 
Bayeux,  I,  111,  165,  522,  524,  542. 
Bayle  (Moyse),II,  210. 
Bayle  (Pierre),  II,  221,  222. 
Bazas,  II,  452. 

Bazire,  I,  48,  147,  152,  268:  II.  254. 
Beaucaire,  II,  183. 
Beaumier,  I,  422. 
Beaune,  11,511,  512. 
Beauvais,  I,  537,  474. 
Beauvais  (dépulé),  11,221.  222. 
Belle  (Castor),  II.  171. 
Bellegarde,  II,  148. 
Bellegueule,  I,  499. 
Belley,  II,  499. 
Bénigne  (Saint-),  II.  512. 
Bentabole,  I,  92,  228. 
Bergoeing,  I,  477;  II.  29. 
Bernada.  II,  72.  97. 
Bernard  de  Saintes).  11,  550. 


Bernay,  I,  424,  545. 
Bertrand,  11,97,  194,  254,256,258. 
Besançon,  II,  534,  337,  339. 
Besser  [Beysser],  I,  544. 
Beugniet,  I,  551. 
Beurnonville,  I,  108. 
Béziers,  II,  124,  476. 
Bierre  (Côte-d'Or),  I,  87. 
Bigorre,  II.  114. 

Billaud-Varennes,  1,  67,  280,  335. 
Biron,  I.  444;  II,  55. 
Biroteau,  I,  15,  24,   117,   235;    II, 

259. 
Blanc,  I.  271. 
Blois,  II,  25,  50. 
Blutai,  I,  410. 
Bobin,  II,  40. 
Bodson,  II,  8,  10,  18,  440. 
Boileau,  I,  12,  24,  124. 
Bois  Communs,  II,  52. 
Bois-d'Oingt,  II,  251. 
Boisset,  II,  210. 
Boissy-d'Anglas,  I,  485. 
Bonnet,  II,  145. 
Bonnet-le-Ghâteau  (Saint),  II, 

251. 
Bordas,  II,  45,  44. 
Bordeaux,  I,   154,  502  ;  II,  54,   00, 

05,  70,  75,  78,  86,  88,  95,  97,  113, 

159,  200,  254,  4.52,  454,   455,  470. 
Borel,  I,  485;  11,  194. 
Bottu,  I,  412,  542. 
Boucairan.  II,  481. 
Bouches-du-Rhône,    1,     405;    II, 

181.  212,  252,  2.50,  237,  485. 
Bougon-Longrais,  I,  420.  447. 
Bouin,  I,  554. 
Boulanger,  I,  480. 
Boulogne,  I.  01. 
Bourbotte,  I,  92;  li,  52. 
Bourdon   (de  l'Oise),  I,  194,  250, 

245. 
Bourdon  (Léonard),    I,    10,    198, 

479;  11.51,  55,  5.50,  444. 
Bourg.   II,  498,  501. 
Bourganeuf,  11.407. 


TABLE  liKS  NOMS  D'HOMMES  ET  DE  LIEUX. 


)27 


r.cd. 


IIS, 

II, 


Bourgeois,  I,  470. 
Bourges,  II,  52,  70,    l'iô,  ^hh, 

ils,   i±I,  iTi. 
Bouveret,  II,  Ô51,  554,  350,  TjO 
Boy  aval,  I,  ôhô. 
Boyer-Fonfrède,  I,  0'2,  10 i, 

1")1,   lôG,    IW,  212,  243,   21»,-;; 

70,  72. 
Bray.  I,  175. 
Bréard,  I,  469. 
Bressol,  II,  4G4. 
Brest,  I,  4G7,  511. 
Bretagne,  I.  298,  Ô20,  591.  4U7 
Briançon,  II,  491. 
Brieuc  (Saint-),   I,  098,   407, 
Brillât  Savarin,  II,  400. 
Briot,  II,  5"8. 
Brissot,  I,  15,  114;  II,  403. 
Brival,  H,  48,  413. 
Brives,  I,  168;  II,  417. 
Broussonnet,  II,  168. 
Brunck,  I,  508. 
Brune,  I,  537  ;  II,  99. 
Bruxelles,  I,  107,  110. 
Buzot,  I,  6,  8,   18,  20,   28,   52, 

55,   74,  76,   95,   97,  100,  155, 

200,  205.  421.  425,  4i7.   449, 

557,  .544;  Tl,  05,  295. 


C 


Caen,  I,  408,  421,  445,  446,  449, 
453.  455.  460,  536,  539,  543.  544  ; 
II,  431 . 

Cahors,  II,   132,  178,  470. 

Caignart  de  Mailly,  I,  558,  545. 

Cailhava,  II,  146,  149,  475. 

Calais  (Saint),  I,  432. 

Calvados,  I.  25,  09,  101,  400,  405, 
411,  416,  427,  450,  458,  439,  444, 
450,  401,  495,  518,  519,  521.  525. 
524,  552,  555. 

Cambacérés,  II,  165. 

Cambon,  I,  95,  95,  205,  277,  485  ; 
II,  157,  168. 

Camboulas,  I,  '202. 


49, 
146, 
475. 


Cantal,  I,  75  ;  II,  196,  197,  277,  278, 

287,  295. 
Carabots  {de.  Cacn),  I,  519,  558,  418, 

420. 
Carcassonne,   II,   159,    142,     Ii6, 

147.  464,  472. 
Cardonnel.  II.  183. 
Carnot,  I,  5S2. 
Carra.  II,  20,  27,  28. 
Carrier,  I,  469;  II,  290,  203. 
Cart.  II,  200. 
Carteaux,  II.    188,   191.    225.   237. 

2.38.  240.  241,  202. 
Caseneuve,  I,  4'^5. 
Castanet,  II.  464. 
Gastellane  (De),  II,  195. 
Castelnaudary,  II.  464. 
Castres.  II,  137. 
Caudebec,  I.  111. 
Cavaignac,  I,  400,  402.  469. 
Cette,  I,  172. 
Chabanon,  11,295. 
Chabot,  I,  20,  26,  65,  92,  294,  501  ; 

II,  48,    115,   205.   465,    4S7,    470, 

477. 
Chagny.  II.  512. 
Chaix  dEstanges,  I,  447. 
Chalier,  II,  250.  255,  257,  'J58,  260. 
Chalon-sur-Saône,  II,  566. 
Châlons-sur-Marne,    I,    160;    II, 

379,  .380. 
Chambéry.  II.  295. 
Chambon.  I.  57,  68,  95;  II.  77. 
Chamond  (Saint-),  II,  251. 
Champagne.  II,  570. 
Champallement,  II,  596. 
Champlitte,  II,  545. 
Charente.  II,  49,  55,  448. 
Charente-Inférieure,  II, 56, 57, 448. 
Charpentier.  I.  447. 
Charrier.  I,  .322;  II.  167,  195,  196, 

197,  198,  199,  200,  201,  205. 
Chartres,  I,  101,  550,  495. 
Chasles,  I.  10,  228. 
Château-Chinon,  II,  18 
Château-Gontier,  I,  441,  445,  552. 


528 


TABLE  DES  NOMS  D'HOMMES  ET  DE  LIEUX. 


Ghâteauneuf-Randon,     II,    IGO, 

199,  20S,  290. 
Château-Thierry.  I,  542  ;  II,  ."88. 
Chaudron-Rousseau,    II,  86,  99, 

•]0G,   118,  129,  lôO,  151,  466,  468. 
Chaumette,  I,  21,  39,  58,  97,  216, 

246.  269,  477, 
Chaumont,  I,  160  ;  II,  388. 
Chennelette  (M.  de),  II,  265. 
Cher,  II,  55,  43,  418,  425. 
Cherbourg,  I,  454,  528. 
Chinon,  II,  28. 
Cholet,  II,  15. 
Choudien,  I,  66,  99,  100. 
Clairac,  I,  168. 
Clamecy,  I,  103  ;  JI,  597. 
Claude  (Saint-),  I,  174;  11,505. 
Clavière,  I,  279,  294,  485;  II,  574. 
Clermont  (Auvergne),  I,  475;  II, 

275,  275,  289. 
Clermont  (Oise),  I,  557,  497. 
Clootz,  I,  145. 
Cognac,  I,  98  ;  II,  .50,  .54. 
CoUot   d'Herbois,  I,  47,   90.   191, 

257,  445  ;  II,  595. 
Colmar,  I,  590. 
Condom.  II,  105. 
Confolens,  I,  167. 
Corgirnon,  II,  588. 
Corrèze.  II,  43,  124,  408,  415. 
Corse,  II,  247. 
Coste,  II,  168. 
Côte-d'Or,  I,  454;  II,  57,  45,  548, 

549,   532,  553,  557,  445,  493,  512. 

515. 
Côtes-du-Nord,  I,  400,  407. 
Couchey  (des  Vosges).  II,  105. 
Courbés,  II,  185. 
Coustard,  II,  25. 
Coutances,  I,  425,  527,  528,   529. 
Couthon,  I,  75,  150,  184,  229,  28(), 

480  ;  II,  28,  247,  268,  273,  290,  291, 

292,  295. 
Couturier,  I,  560. 
Creuse,  II,  407,  417. 
Creusé,  II,  55,  56 


Crouset,  I,  479. 
Cussy,  I,  448  ;  II,  92. 
Custine,  I,  508. 

D 

Damours,  II,  593,  396,  399. 
Dampierre,  I,  153. 
Dandenac,  I,  444. 
Danton,   I,  8,  28,  50,  53,  114,  116, 

150,   215,  229,  242,  245,  260,  284, 

405  ;  II,  157,  558. 
Darche.  I.  564,  578. 
Dario,  II,  151. 
Darnaudery,  I,  555. 
Daunou,  I,  551. 
David,  I,  124. 
Dax,  I,  169;  11,101. 
Dejean,  II,  60. 
Delabarre,  I,  542. 
Delahaye,  I,  464. 
Delaunay    d'Angers),!,  158.444. 
Delecloy,  I,  546,  498,  500. 
Delmas,  I,  150. 
Dentzel,  I,  566. 
Deray,  II,  469. 
Derrey,  II,  151. 
Descombels,  II,  124. 
Diannyère,  II,  405,  405,  406,  407. 
Diésur-Loire  (Saint-  ,  I,  84. 
Dieppe,  I,  110,  515. 
Dietrich,  I,  582. 
Digne,  II,  226,  227,  246. 
Dijon,  I,  176;  II,  45,  550,  351,  557. 
Dinan,  I,  544. 
Dobsen,  I,  253,  256. 
Dodieu,  II,  258. 
Dol,  I,  544. 

Dôle,  II,  525.  .551,  555,  502. 
Donan  (Saint-),  11,  425. 
Donjon,  II,  402. 
Dorat-Cubières,  I,  222. 
Dordogne,  H,  58.  61,  450. 
Douai,  i,  5.54. 

Doubs,  I,  400;  II,  350,557,  358,  542. 
Doué,  II,  14. 


TABLE  DES  NOJIS  D'HOMMES  ET  DE  LIEUX.. 


529 


Doulcet  de  Pontécoulant,  I,  155, 

191. 
Douziech,  II,  151. 
Drôme,  II,  27)0,  '27)2,  235,  2Ô8,  4!ll. 
Drouet,  I,  280,  281  ;  II,  58;). 
Dubarran,  II.  121,  465. 
Dubois-Crancé,  II,  180,   187,  191, 

228,  237,  254,  257,  261,  205,  200, 

268,  288,  291,  295,  304,  508,  509. 
Duchastel,  I,  450,  456;  II,  92,  98. 
Ducos,  II,  70,  72,  199. 
DucourneaU;  II,  97,  99. 
Dudon,  II,  97. 
Dufour,  I,  534. 
Dufriche-Valazé,  I,  202. 
Duhem,  I,  471. 

Dumas,  (délégut'  du  Jura),  II,  514. 
Dumas  (du  tribunal    rcvolulionnaire 

de  Paris),  II,  529,  509. 
Dumont,  I,  343,  349,  501,  502. 
Dumouriez,  I,  100, 109,  112;  11,254. 
Duperret,  1,  110,  284,  452. 
Durand,  II,  159,  102,  107,  108. 
Durand-Maillane,  I,  304,  445. 
Duroy,  I,  92,  136,  458  ;  II,  199. 
Dussaulx,  I,  285. 
Dutard,  I,  178  et  suiv.  ;   180,  206  et 

suiv.,  218,  270,  290,  506  et  suiv. 
Duvigneau,,  II,  08,  69,  72,  95. 


Enjubault,  I,  441. 
Eragny-sur-Epte,  I,  358. 
Ernée,  I.  551. 
Esnue-Lavallée.  I,  445. 
Etienne  (Saint-),  II,  205. 
Eure,.   I,   161,  351,   411,    421,   448, 

550. 
Eure-et-Loir,  I,  329,  332,  449,  494. 
Évreux,  I,  422,  447,  450,  542,  545; 

II.  451. 

F 

Fabre  d'Églantine,  I,  48,  521. 
Fabreguette,  II,  107. 

RÉVOL.  DU  51    MAI, 


Faivre,  II,  531. 

Falaise,  I,  453,  524,  554. 

Fargeon,  II,  108. 

Fauchet,  I,  158,  285. 

Faure,  I,  505;  II,  280. 

Faye,  II,  44. 

Féraud,  II,  408. 

Feydel,  M,  184,  185,  190. 

Figeac,  H,  154. 

Finistère,  I,  67,  595,  403,  408,  412, 

450.  448,  467,  468,  493.   512,  538. 
Flèche  (La),  I,  450,  529. 
Fleurance,  II,  105,  457. 
Flotte  d'Argenson(M.de),lI,217. 
Fleur     Saint-),   II,    197,  278,   279, 

282,  495. 
Foix,  II,   1.50. 

Fontenai  (M.  de),  1,  411,  514. 
Fontenai  (Vendée),  I,  474  ;  II,  459. 
Forcalquier,  II,  240. 
Forestier,  II,   597,  598,  400,   404, 

521. 
Fouché,  II,  290,  376,  400. 
Fougères,  I,  544. 
Fourcade,  II,  68,  108,  114. 
Fourcès,  II,  103. 
Fradin.  II,  447. 
Franqueville,  I.  525. 
Fresnay,  1,  430. 


G 


Gaillard,  II,  258. 

Gannat,  II,  405,  404,  525. 

Gap,  II,  229.  491. 

Garât,  I,   178,  235,  251,   258,  405, 

427  ;  II,  5. 
Gard,   II.  166.  170,  174,   179,  185, 

186,  188,  252,  257,  258,  480,  483. 
Gardien,  I,  245. 
Garnier  (de  l'Aube),  II,  528,  529, 

341,  300,  378,  511,  514. 
Garnier  (de  Saintes),  I,  70. 
Garonne  (Haute-).  II,  115,  117,  119, 

402,407,  408. 
Garran,  I,  18;  H,  80. 


530 


TABLE  DES  NOMS  D'HOMMES  ET  DE  LIEUX. 


Garrot,  I.  48-2. 
Gaston.  11.  'iS. 
Gauthier,  I,  481;  11,  180.  187.  2.">i 

257,  258,  26f>,  506,  309. 
Gay-Vernon,  II,  44,  48. 
Genevois,  II,  507. 
Gensonné,  I,  25.  71,  156,  144,  242; 

II,  70. 
Gers,  II,  102.  104,  457. 
Gex,  II,  322. 
Gien-sur -Loire,  II,  52. 
Gilibert,  11.  254.  25U. 
Gillet,  I.  iOO,  402.  401»,  510. 
Girey-Dupré,  II,  92. 
Gironde,  I,  64,  154,  400:  II,  55,  124, 

160,  322,  445,  451. 
Gisors,  I.  425. 
Glaudy,  II,  201,  205. 
Gohier,  I,  484. 
Gommaire,  I,  479. 
Gonchon,  I,  25,  80,  142. 
Gonord,  II,  245,  246,  247. 
Gonthier,  II,  578. 
Gorsas,  I,  425,  450,  325,  544. 
Gossuin,  I,  555,  555  ;    II,  10,  425. 
Goupilleau,  I,  68;  II,  55. 
Gourdon,  II,  470. 
Goyon,  II,  285,  285. 
Grandmaison,  II,  552,  555,  .jOS. 
Grandpré,  II,   148. 
Grangeneuve,    I.  92,    155;   II,  86, 

95. 
Grangeneuve  (le  jeune;,  I,  154. 

Granville,  I,  425,  527,  .545. 

Grégoire,  II,  244. 

Grenoble,  I,  174;  II.  261,  502,  305, 
510,  498. 

Grillon,  11,491. 

Grosse-Durocher.  1,  445. 

Guadet,  1,  15,  16,  22,  59,  67,  118, 
126,  158,  145,  155,  185,  190,  242, 
450,  544  ;  II,  68,  95. 

Guermeur  (Royou.  ilil  ,  I,  469, 47 1 . 

GufFroy,  I,  211,  280. 

Guizot  Gignoux,  II,  179. 

Guyardin,  I,  5S!l. 


Hainaut,  I,  107. 
Hanriot,  I,  259,  278,  285,  289. 
Hazebrouck,  I,  158,  353. 
Hébert,  I,   58,    216,  246,  269,  285, 

480  :   II,  558. 
Hérault,  I,   1.52  ;  II,  144,  1.56.  315. 

475.  479. 
Hérault-Séchelles,  I.  257, 241 ,  285, 

486. 
Heudier,  I,  542. 
Hidens,  II,  258. 
Hilaire  (Saint-),  I,  544. 
Hippolyte  (Saint-),  H,  542. 
Honfleur,  I,  521,  544. 
Hood,  11,240. 
Houchard,  II,  86. 
Hubert,  I,  445,  445. 

T 

Ille-et-Vilaine,   1,    502,  400,  402, 

40},  448,  469,  495,  511. 
Indre,  II,  591,  592. 
Indre-et-Loire,  II,  17,  21,  441. 
Is-sur  Tille.  II,  512. 
Isère,  II,  502,  505,  506,  495,  497. 
Isigny,  1.  521,  419. 
Isnard,  I.  101,  102.  220,  228,  285; 

II,  .547. 
Isoré,  I,  537. 
Ivry-la-Bataille,  I,  415. 


Jalès,  11,  195,   190. 
Janote,  U,  469. 
Javoque.  II,  208. 
Jean-d'Angély  (Saint-),  II,  59. 
Jean-du-Gard  (Saint-),  I,  173:  H, 

481. 
Jean-de-Luz  (Saint),   I,   87;    H* 

155. 
Jegun,  II.  105. 
Joannot,  II,  551. 


ABLE  DES  .NOMS  DIIOMMES  ET  DE  LIEUX. 


Josse,  11.  MO. 

Jourdain,  1,  liô,  445. 

Julian  de  Carentan,  1,  ôlj. 

Julien  de  Toulouse).  I,  '280,  281, 
521.  522,  52.J,  532,  550,  541,  5r)ri, 
558,  589,  591,  400,  429,  450,  458, 
403,  469  ;  II,  15,  25,  52,  55,  48,  49, 
62,  151,  15G,  155,  167,  168,  193, 
195,  201,  207,  229,  250,  249,  255, 
256,  292,  295,  509,  559,  5i5,  547, 
350,  556.  571,  591,  592,  400,  405, 
417, 

Jura,  II,  46,  262,  515,  321,  525,  5':6, 
327,  554,  551,  498,  502,  505,  515. 

Jussey,  II,  5i4,  510. 


Kellermann,  II,  257,  261. 
Kergariou,  I,  468. 
Kersaint,  I,  5,  80. 
Kervelégan,  I,  108. 

L 

Lacombe-Puyguereau,  II,  91 
Lacoste,  II,  58,  280,  281.  284, 

286.  295,  509. 
Lacroix,   I,  18,  54,  145,  149, 

425,445,  479,  485;  II,  44, 165, 
Lafayette,  I,  556. 
Laforêt.  I,  478. 
Lagardelle,  II,  463. 
Lahaye,  I,  118. 
Laigle.  1,  87,  554. 
Lair-Lamothe,  !,  445. 
Lamarque,  I.  92. 
Lamballe.  I,  598,  407. 
Landes.  II,  101,  461. 
Langon.  II.  451. 
Langres.  I,  i74;  II,  124,  590. 
Lanjuinais,  I,  6,  65,   92,   99i 

246,  250,  279.  284,  295,  40:5, 

476,  485;  II,  178,  507. 
Lanot,  II,  48. 
Lanthenas,  I,  285. 


2S>. 


259, 

247. 


240, 
450. 


Laon,  1,  540,  5i4. 

Laplaigne,  II,  105,  104. 

Laplanche.  Il,  595. 

Laporte.  II.   197. 

La  Rivière,  I,  257,  525. 

La  Rouerie,  I,  405. 

Lasource,  I,  7,  15,  22,  40,  50,  152, 

15G,  149,  275. 
Lassalle,  II.  171. 
Lassay,  l,  551. 
La  Tremblay e,  1.  105. 
Lausun,  II,  459. 
Lauth.  I,  587. 
Lauzerte,  II,  470. 
Laval,  I,  441.444,  474,495.551. 
Lavaugayon,  II,  95,  155,  148,  154, 

150,  180,  2O0,  203,  414. 
Laveau,  I,  588,  .507. 
Lavigne,  I,  479. 
Le  Bas,  I,  589. 
Le  Bon,  I.  551 . 
Lebreton.  II,  288,  494. 
Lebrun.  I,  295;  11,574. 
Lecarpentier,  1, 185,  427,  4t)9,  528. 
Lecingue,  I,  .554. 
Leclère,  I,  295. 
Lecointe  Puyraveau,   I.  15.  415 

II,  55. 
Lecointre,  I.  ii8. 
Lectoure,  II,  105,  457. 
Legendre,  I,  16,  42,  155,  187,  198, 

20i,  225,  241,  276,   280,  282,  485; 

II,  254. 
Legrand,  I,  517. 
Lehodey,  I,  545,  .544. 
Lejeune,  II,  54. 
Lemaire,  I,  564. 
Lepelletier  de  Saint-Fargeau, 

I,  409. 
Leroi.  Il,  95.  493. 
Lesage.  1,  496. 
Lesparre,  11,  76,  451,  453. 
Lesterpt  Beauvais,  II,  43,  ;i.  58, 

49. 
Letourneur,  I,  52,  55. 
Levasseur,  I,  5  47,  367,410:  II.  lOH, 


TABLE  DES  iNOMS  D'HOMMES  ET  DE  LIEUX. 


Leyris.  II.  08,  106,  lôO,  149. 
Lézignan,  II,  14-2,  471. 
Lhuillier,  I,  57,  258,  205. 
Ijibourne,  II,  70,  451. 
Lidon,  I,  22,  252;  II,  77,  211. 
Lille,  I,  354,  o55,  474. 
Limoges,  II,  44,  46.  47,  124. 
Limoux,  II,  142,  471. 
Lindet  (Robert),   I,   422;  II,  508, 

7)50. 
Lindet  (Thomas),  I,  422. 
Lisieux,  I,  520,  525,  545. 
Lizier  (Saint-),  II,  484. 
Lô  (Saint-),  I,  61. 
Loches,  II,  18. 
Lodève,  II,  470,  478. 
Loir-et-Cher,  1.   106,   449  ;  II.   24, 

58. 
Loire  (Haute-).  I,  65,  400,  471  :  II, 

197,  278,  508. 
Loire-Inférieure.  I,  07,  590,  400, 

511. 
Loiret,  II,  50,  52,  442,  445. 
Lombard-Lachaux,   11,115,  407. 
Lons-le-Saunier,     II,    328,   530, 

552,  553,  534,  503,  508. 
Lorient,  I,  407. 
Lorraine,  I,  358. 
Lot,  II.  152,  154,  135,  470. 
Lot-et-Garonne,  II,  102,  105,  124, 

449. 
Loubers,  II,  117,  119,405,  466. 
Loubet,  II,  131,  469. 
Louchet,  I,  .543  ;  II,  198. 
Loudun,  I,  62. 
Louhans,  11,  565,  512. 
Louis  XVI,  I,  86. 
Louvet,    I,    17,  27,    28,   47.    136, 

450. 
Louviers,  I,  423. 
Lozeau,  II,  57. 

Lozère,  II,  193,  197,  198,  199.  201. 
Lucia,  II,  155. 
Lure,  I,  83. 
Luxeuil,  II,  344. 
Lyon,  I,  322,  405,  474  ;  II,  40,  178, 


214,  249,  259,  260,  202,  264,  267, 
271,  290.320,492. 

M 

Mâcon,  II,  304,  512. 

Maignet,  II,  208,  290. 

Mailhe,  II,  115,  160,  199,  407. 

Maillard,  I,  481. 

Maine,  I,  430. 

Maine-et-Loire,  I,  298,  405;  H, 
10,  15,  16,  440. 

Mainvielle,  I,  144. 

Mallarmé,  I,  115,  272,  570,  577. 

Malo  (Saint-;,  I,  511. 

Manche,  I,  425,  428,  447,  454,  403, 
529. 

Maniez,  I,  551. 

Manosque,  II,  240,  490. 

Mans  Le),  I,  452,  455,  459,  464, 
550. 

Mantes,  I,  .529. 

Marandon,  II,  95. 

Marat,  I,  10,  02,  69,  90,  90,  119, 
124,  128,  145,  185,  190,  194,  202, 
211,  221,  227,  232,  275,  277,  295, 
471,  478,  486;  II,  213,  225,  220, 
227,281,  284,  314. 

Maraye,  II,  375. 

Marchena,  II,  92,  98. 

Marennes,  I.  107  ;  II,  56,  440. 

MarinO;  I,  199. 

Marly,  I,  495. 

Marne,  II,  579,  585,  519. 

Marne  (Haute-).  II,  588. 

Marseille,  I,  24,  219,  555  ;  II,  158, 
198,  207,  208,  209,  210,  212,  215, 
214,  219,  232,  254,  230,  257,  239, 
240.  242,  243,  2i5,  261,  294,  451, 
480. 

Martin  (Saint-)  (Ile  de  Ré),  II,  440. 

Martory  (Saint-),  I,  171;  II,  465. 

Marvejols,  II,  197. 

Mathieu,  I,  141  ;  II,  61,  78,  SI,  106, 
155. 

Mathuson.  II,  297. 


TABLE  DES  .NOMS  D'HOMMES  ET  DK  LIEUX. 


Maugeret.  Il,  !.')(). 

Maure,  I.  104. 

Mauvezin.  II,  105. 

Mayenne,  I,  404,  405,  450,  450.  441, 

444.  445,  461''. 
Mazuyer,  I,  14'.):  H,  5G-2. 
Meaulle,  I,  508. 
Meaux,  I,  62,  555. 
Meillan,  1,  287  ;  II,  92. 
Melletier,  H,  265.  265. 
Mende,  II,  194,  l'.tT. 
Menehould  (Sainte-).  II,  5Si. 
Merle.  II,  510. 
Merlin.  1,  400,  402,  400,  510. 
Merlino,  II,  515. 
Merreins,  II,  460. 
Metz,  I,  580. 

Meurthe,  I,  505,  505,  504,  505. 
Meuse,  I,  558,  505. 
Milhaud,  I,  589. 
Millau,  II,  167,  295,  4S4. 
Mirande,  I,  4. 

Miré   Maine-et-Loire  ,  I,  UN. 
Mirecourt.  I.  580, 
Mollevault,  1,  450. 
Monestier,  II,  274. 
Monet,  I,  585,  589. 
Monnoidiers.  II,  208. 
Montauban,  II,  153,  467. 
Montant,  I,  19,  522. 
Montbard.  IK  512. 
Mont-Blanc.  II,  501.594. 
Montbrison,  II,  291. 
Monthac,  II,  464. 
Montignac,  II.  450. 
Montmédy,  I,  561. 
Montpellier,  II,  156,  157,  158,  160, 

164,  166,  215,  476,477,  478. 
Morbihan,  I,  400.  509. 
Morlaix,  I.  598.  406,  468,  474,  508, 

509. 
Mortagne,  1.  554. 
Mortain,  1,  544. 
Moselle,  I,  579. 
Moulins,  11,   iOl.  402,  404.  522. 
Moulins-Engilbert,  II.  590. 


Moureau  (Agricol).  II.  255. 
Moutier  (en  Tarentaisel,  II,  295. 
Mouton,  II,  55,  lli.  455,  459. 
Moyaux   Calvados  ,  1,  521. 
Moyax.  II.  459. 
Muzine,  I,  150. 


N 


Nancy,  1, 505, 560, 578,  590, 506,  507. 
Nantes,  I,  70,  165,  596,  398,  407, 

465,  468,  474. 
Nantua,  II,  522. 
Napoléon-Bonaparte,  II,  258. 
Narbonne,  I,  141  :  II,  146,  475. 
Nazaire    Saint-),  1,  174  ;  II.  219. 
Nérac.   Il,  i52. 
Nevers,  II,  400. 
Nièvre,  II,  595,  594,  596,  519,  520, 

.VJl. 
Nîmes,  II,  169,  175,  174,  177,   178, 

179,  182,   185,   18i,   186,  188,  191, 

215,  261,  451,  466,  477,  482. 
Nioche,.  II,  228,  254,  257. 
Nivière-Chol,  II,  252,  255. 
Nogent-le-Rotrou.  I.  474. 
Nogent -sur-Seine.    II,   572,    575, 

577. 
Nord,  I,  5.55. 
Normandie,  1,  409. 


0 


Oise,  I,  .554. 

OUioules,  I,  474. 

Oloron,  I,  170. 

Orange,  II,  486. 

Orbec,  I,  455. 

Orcellet,  II,  308,  512. 

Orgelet,  II,  505. 

Orléans,  II,  51,  52,  55. 

Ornans,  II,  542. 

Orne,   I,   219.    404,  411,   429,  448, 

4.54.  405,  523,   554;  II,  441. 
Osselin,  I.  240. 


554 


TAULE  riFS  NOMS  D'HOMMES  ET  DE  LIEUX. 


P 

Pache,  I,  89,  195,  So'i,  257,  2r..S, 
•275,  505,417;  II,  511. 

Pacy-sur-Eure,  I,  557  :  II.  A7,\ . 

Panis,  I,  471,  476. 

Pannetier,  II,  41.  54,  Sd. 

Paoli,  II,  247. 

Paré,  I,  488. 

Paris,  I,  2,  9,  15,  14.  16,  55,  56,  59, 
57,  05,  72,  78,  95,  115,  116,  129, 
156,  141,  148,  151,  177,  209,  221, 
238,  245,  246,  252,  255,  259,  262, 
267,  275,  276,  278,  281,  289,  296, 
521,  527,  477,  483,  487,  401  :  II, 
202,  360,  428. 

Pas-de-Calais,  I,  68,  550. 

Pau,  II,  460. 

Paulhaguet,  II,  494. 

Payne  (Thomas),  I,  147.  458. 

Pécollet,  II,  297. 

Penière,  I,  141. 

Peray  (Saint-),  II,  205. 

Périers,  I,  527. 

Périgueux,  I,  61  ;  II,  59,  60,  05,  64, 
84. 

Péronne,  I,  502. 

Perpignan,  II,  155. 

Perrière,  I,  511,  515. 

Perrin  Sainte-Emmelie,  I,  427. 
453,  403,  528,  542. 

Pertuis,  II,  486. 

Pétion,  I,  40,  116,  447,  450,  452, 
.544;  II,  12. 

Petiot,  II,  6. 

Pézenas,  I.  98,  172;  II,  165,  464, 
465,  470. 

Philip,  I,  565. 

Philippeaux,  I,  155,  1,50,  464.  465, 
476;  II,  58,  551. 

Pierre  (Saint-)  (ile  crOléion),  I,  87. 

Pierre  de  Trivesy  (Saint),  I.  60. 

Pillon,  I,  548,  415,  499. 

Piorry,  II,  54. 

Pipaud.  II,  60,  450 

Poissy,  I,  447. 


Poitiers,  I,  474  ;  II,  54,  59. 
Pont-à-Mousson,  I,  570. 
Pont  l'Evèque,   I,  524. 
Pont-Saint-Esprit.    II,   187,    i88, 

201,451. 
Pontaillier,  II,  544. 
Pontaumur,  II,  275. 
Pontorson,  I,  .543,  544. 
Possel,  II,  217. 
Pottofeux,  I,  544. 
Poultier,  I,  92, 126. 
Poutard,  II,  65. 
Précy,  II,  265,  269. 
Prière,  I,  554.  535,  536. 
Prieur  (de  la  Côte-d'Or),  I,  411, 

427,  440,  522. 

Prieur  (de  la  Marne),  l,  393.  413, 

428,  469. 
Projean,  II,  466. 
Prost,  II,  556,  509. 
Puisaye,  I,  457,  458,  535. 

Puy  (Le),  1,585,  472;  II,  197,  279, 

289,401,  494. 
Puy-de-Dôme,  190,  197,  272,  275, 

289. 
Pyrénées  (Basses-),  II,  107,  460, 

461. 
Pyrénées  (Hautes),  1, 170  ;  II,  109, 

462. 
Pyrénées-Orientales,  11,151,  155. 


0 


Quentin  (Saint-),  I,  160,339,341, 

5i4. 
Quillan,  II,  142,471. 
Quimper,  I,  164,  595,  467,  511;  II, 


Quirot,  FI,  541. 


R 


Rabaut  (le  jeune),  II,  171. 
Rabaut-Saint-Etienne,  I,  77,155, 

242,  260;  II,   186,574.  485. 
RafFet,  1,252. 


TABLE  DES  NOMS  D'IIOMMES  Kï  DE  LlEl'X. 


Rambert  Saint-),  H,  7)-22. 

Ramel-Nogaret,  I,  200. 

Ranzau,  U,  iô'2. 

Ravault,  IL  54,  O-.'. 

Ravez,  II,  95. 

Real,  I,  97,  Ii2,  475. 

Régnier,  II,  148. 

Rennes,  I,  598,  400,  405,  406,  408, 

445,  449,  467,  508,  509. 
Réole  (La),  IL  76.  88. 
Rethel,  I,  556. 
Révérât,  II,  578. 
Reverchon,  II,  '265. 
Rewbell,  I,  18. 
Rhin  (Bas-),  I,  58'2. 
Rhin  ^Haut-),  I,  589. 
Rhône-et-Loire,  1,405;  II,  297, 500. 
Richard,  I.  492. 
Ricord,  II,  265. 
Rieux,  II,  465. 
Riom,  II,  272. 
RioufFe,  II,  92,  98. 
Rivaud,  II,  44. 
Rivery,  I,  500. 
Robert,  II.  245. 
Robespierre,  I,  9,43,  89,  114,126, 

155,    267,    500,    522,    428,    515; 

II,  357. 
Robespierre   (le  jeune),   I,   142, 

262;  II.  265. 
Rochefort,  I,  61;  II,  56. 
Rochelle  (La),  1, 166;  II,  6,  56,  448. 
Rochemaure,  II,  217. 
Rodez.  1.60;  II,  197,  198,  205,  256, 

284. 
Roland,  I,  15,  17,  27,  55,  71,89;  II, 

50,  284,  574. 
Roland  (M°"=),  I,  26. 
Romme,  1,  411,  427,  446,  522. 
Roque  (La),  II,  219. 
Rouen,  1,409,  411,  517. 
Rouget  de  Lisle,  I.  582. 
Rouhier,  I.   i2. 
Roullet,  II.  69,  75,  79,  97. 
Rousselin,  I,  129. 
Roux,  H.  221. 


Rouyer,  I,  18,  75. 

Rovère,  II,  183,  254. 

Royer.  1.  .^5."). 

Royer  (Alexandre  .    11.  508,  512. 

Royer-Collard,  I,  201. 

Ruault,  I,  ilO. 

Ruel,  II,  465. 

RufFat,  II.  151.  469. 

RufFec.  II,  54. 

Ruhl,  T,  566.  586. 


S 


Sables  d'Olonne  (Les).  II,  2,  7. 
Sabonadière,  II,  184.  185.  190. 
Saillant  (du),  II,  196. 
Saillard,  II,  551. 
Saint-André   (Jean-Bon),    I.  49. 

95,  105,  2-29,  242,   5.55,   548,  593: 

II.  161,  222. 
Saintes,  II.  56,  401. 
Saint-Julien.  II,  242. 
Saint- Just   (député),    I,    544,  .589, 

.557. 
Saint-Prix,  II,  205. 
Saladin,  1,  545,  498  ;  II.  509. 
Salins,  1,  173;  II,  552,  505. 
Salle  (La),  II,  481. 
Salles,  1,92.97,  115,  566.569,447, 

507;  IL  92,  477. 
Salon,  II,  487. 
Sandoz,  I,  481,  485. 
Santerre,  I,  480;  II,  14.  22,96. 
Saône  (Haute-),  II,  545,  508,  510. 
Saône-et-Loire,  IL  523,  359,  564. 

514,  515. 
Sarrebourg,  1,  370. 
Sarthe,  I,  450,  455,  448,  464. 
Saujon,  I,  98. 
Sault,  II,  246. 

Saumur,  I,  406:  II,  14,  28,  35. 
Saunier,  II,  351,  552. 
Sauveterre,  II,  461. 
Schneider  (Euloge),  I.  585,  508. 
Sedan.  1,  5.56;  II,   124. 
Séez,  L  555. 


550 


TABLE  DES  NOMS  D'HOMMES  ET  DE  LIEUX. 


Séguéla,  I,  441. 

Séguin,  II,  ')j8,  341. 

Seine-et-Marne,  I,  555. 

Seine-et-Oise,  I,  3'25,  492. 

Seine-Inférieure,  I,  247,  409,  410. 

Seissan,  II,  458. 

Semur,  I,  474;  II,  512. 

Sergent,  I,  114. 

Serre,  I,  48  i  ;  II,  228,  229,  498. 

Sers,  II,  09,  72,  80,  97. 

Seurre,  II,  512. 

Sévénes,  II,  469,  477. 

Sever  (Saint-),  II,  101,  102. 

Sevestre,  I,  400,  402,  407. 

Sèvres  (Deux-),  II,  1,  2. 

Sézanne,  II,  124,  384. 

Siblot,  I,  88. 

Simiane,  II,  246. 

Sirod,  II,  505. 

Sisteron,  I,  474;  II,  246. 

Soissons,  I,  542. 

Somme,  I,  545,  498,  500. 

Sommières,  II,  481. 

Soubeiran,  II,  171. 

Souillac,  II,  154. 

Soulès,  I,  478. 

Soulet,  II,  525,  417. 

Soulignac,  II,  44. 

Sourdille,  I,  441,  445. 

Stenai,  I,  564. 

Strasbourg,  I,  570,  382,  583,  384, 

.588. 
Subrin,  II,  493. 
Suzette,  II.  486. 


T 


Taillefer,  II,  205. 

Tallien,   I,  17,  42,  90;   II,   17,    26, 

59,  86,  255. 
Tanavel,  I,  65. 
Tarascon,  II,  167,  486. 
Tarn,  II,  119,  135,  1.54. 
Tartas,  II,  102. 
Tassenières,  II,  353. 
Texier,  II,  447. 


Thibaudeau,  II,  55,  56. 
Thibault,  I,  60. 
Thiboult,  I,  518. 
Thirion,  I,  211.242. 
Thiviers  (Dordogne),  I,  84, 
Thuriot,   I,   16,  90,  101,  139,   187, 

250,  259,  280,  302,  406  ;  II,  342. 
Tonneins,  II,  460. 
Torné,  II,  418,  421,  425. 
Torrebren,  II,  105. 
Toulon,  I,  60,   175  ;  II,    207,  213, 

216,  218,  219,  252,  241,   242,  246, 

451,  474. 
Toulouse,  I,  82,  557  ;  II,  115,  119, 

125,  464,  465,  466,  477. 
Tournon,  II,  204,  454,  485. 
Tours,  II,  6,17,  18,  23,28. 
Tréhouard,  I,  469. 
Treilhard,   II,  61,  78,  79,  81,   99. 

106,  135. 
Trévoux,  II,  522. 
Trogoff,  II,  221,  242. 
Tropez  (Saint-),  H,  218,  219. 
Troyes,  II,  571,  572. 
Tulle,  II,  409,  412,  417. 
Turreau  (député),  II,  560. 

u 

Ussel,  11,412,  416. 
Uzerche,  11,415,  417,  418. 
Uzès,  II,  480. 

V 

Vachon,  II,  505. 
Vaissier,  II,  282. 
Valazé,  I,  259. 
Valence,  II,  251. 
Valenciennes,  I,  132,  353. 
Valognes,  I,  425. 
Vannes,  I,  407. 
Var,  I,  95:  11,218. 
Varilhas,  II,  150. 
Varlet,  I,  198,  216,  479. 
Vaucluse,  11,235,336. 


TABLE  DES  NOMS  IVHOMMES  ET  DE  LIEUX. 


557 


Vauvert,  II,  480. 
Vayron,  II,  286. 
Vendée,  I,  106,  40G,  470;  II,  I,  48, 

459. 
Verdun,  I,  501. 
Vergniaud,  I,  il,  15,  12i,  155,  150, 

157,  159,  151,  184,  200,  214,   201, 

247,275,  295;  II,  07. 
Vernon,  I,  410,  425,  557  ;  II,  180. 
Versailles,   I,    269,  525,  520,  492, 

495. 
Vesoul,  I,  175;  II,  545,  547,  510. 
Vézelize,  I,  570. 
Vic-sur-Gère,  II,  494. 
Vienne  (Isère),  I,  65;  II,  505,  500, 

497. 
Vienne  (départeracnt   de  la),  I,  57. 

444,  445. 
Vienne   (Haute-),  II,  57,    42,   48, 

447. 
Vigan  (Le),  II,  171. 
Viger,  I,  146,  210. 
Vigier,  II,  185. 
Villedieu,  I,  545. 


Villefranche,  I(,  250. 
Villeneuve-Tourette,     II,      215, 

259,  242. 
Vincent  (Saint-),  II,  470. 
Vire,   I,   164,   520,  521,   524,    5i3, 

554. 
Vitré,  I,  511. 
Viviers,  II,  204. 
Vosges,  I,  580. 
Vouland,  I,  322. 

w 

WimpfFen,  I,    421,  454,  456,  460, 

520,  555,  54  i. 
Wormeselle,  II,  97,  99. 


Y 


Yonne,  II,  366,  368,  517. 

Yrieix  (Saint-),  I,  167;  II,  45,  47. 

Ysabeau,  I,  88;  II,  86,  88,  95,99, 

455,  457,468. 
Yvetot,  I,  415. 


TABLE    DES   MATIÈRES 


DEUXIÈME   PARTIE 

{Sitile) 
LE      FÉDÉRALISME     EN      179j 


CHAPITRE  VI 
LA  VENDÉE  ET  LE  BASSLN  INFÉRIEUR  DE  LA  LOIRE 

I.  Vendée  et  Deux-Sèvres ....  1 

II.  Maine-et-Loire 10 

III.  Indre-et-Loiie 17 

IV.  Loir-et-Cher 24 

V.  Loiret 30 

CHAPITRE  VII 

LA  RÉGICiN  DE  LA   VIENNE,  DE   LA  CHARENTE   ET  DE   LA   DORDOGNE 

I.  Vienne 34 

II.  Haute-Vienne 42 

III.  Charente 49 

IV.  Charente-Inférieure 50 

V.  Dordogne 58 

CHAPITRE  VIII 
BORDEAUX 

I.  Bordeaux  avant  le  31  mai 05 

II.  Bordeaux  après  le  51  mai.  Commission  populaire  de  salut  puhlic  de 

la  Gironde 70 

in.  Préparatifs  de  la  lutte 73 

IV.  Mission  de  Mathieu  et  de  Trcillwiiil 78 


540  TABLE  DES  MATIERES. 

CHAPITRE  IX 

BOr.DEAL'X    APKKS    LK    DÉPART    DE    MATHIEU    ET    DE    TREILHARD 

I.  Dissolution  de  la  Commission  populaire.  —  Décret  du  6  août.    ...  85 

II.  Mission  d'Ysabeau  et  de  Baudot ^^ 

III.  Les  représentants  chassés.  —  La  jeunesse  bordelaise 91 

IV.  Nouvelle  municipalité;    li  jeunesse  bordelaise  ilissoutc.  —   Rentrée 

triompliLde  des  représentants 90 

CHAPITRE  X 

LA  RÉGION  DE  BORDEAUX 

I.  Landes.  Gers 101 

IL  Lot-et-Garonne 105 

III.  Basses-Pyrénées 107 

IV.  Hautes- Pyrénées 109 

CHAPITRE  XI 

LA  RÉGION   DE    TOULOUSE 

I.  Haute-Garonne H5 

II.  Lot.  Tarn 132 

III.  .\ude 158 

IV.  Ariège 150 

V.  Pyrénées-Orientales 151 

CHAPITRE  XII 

MONTPELLIER    ET    NÎMES 

I.  Hérault 156 

II.  Gard • 169 

III.  L'assemblée  des  conmuines  du  Gard 179 

IV.  Comité  de  salut  public  du  Gard 183 

V.  Défaite  et  soumission   187 

VI.  Lozère 195 

VII.  Avevron 201 

VIII.  Ardèclie 205 

CHAPITRE  XIII 

MARSEILLE,    TOULON,    AVIGNON 

I.  Marseille  au  51  mai 207 

II.  Toulon  au  31  mai 216 

III.  Alpes-Maritimes  ;  Avignon 222 

IV.  Basses-Alpes,  Hautes-Alpes  et  .Drôme 225 


TABLE  DES  M.VIIÈKES.  5il 

V.  Lullc   armée  de  Marseille  et  de  Toulon  conlre  les  tioupos  de  la  (ioii- 

vention 252 

VI.  Soumission  des  départements  voisins  de  Marseille  et  de  Toulon '245 


CHAPITRE  XIY 

LYON 

I.  Lyon  avant  le  31  mai 2i'J 

II.  Lyon  après  le  51  mai 259 

CHAPITRE  XV 

AUVERGNE 

I.  Puy-dc-Dônic 271 

II.  Cantal  et  Haute-Loire 277 

III.  Les  représentants  du  peuple  en  Auvergne 287 

CHAPITRE  XVI 

LA    SAVOIE  ET     LE  DAUPHISÉ 

I.  Mont-Blanc . .     294 

II,  Isère 502 

CHAPITRE  XVII 

LA  BRESSE  ET  L\  FRANCHE- COMTÉ 

I.  Ain 514 

II.  Jura 525 

III.  Doubs 557 

IV.  Haute-Saône. 545 

CHAPITRE  XVIII 

LA    tOL'RGOGNE 

I.  Côte-d'Or 348 

II.  Saône-et-Loire 559 

III.  Yonne .     566 

CHAPITRE  XIX 

LA    CHAMPAG.NE 

I.  Aube 371 

II.  Marne 379 

III.  Haute-Marne 388 


:)4'2  TAbLE  DES  MATIERES. 

CHAPITRE  XX 

RÉGION    DU    CENTRE 

I.  Indre 391 

II.  Nièvre 595 

m.  Allier 400 

IV.  Creuse 407 

V.  Corrèze 408 

YI.  Cher..    418 

CONCLUSION 425 

APPENDICES 459 

TABLE  DES  NOMS  D'HOMMES  ET  DE  LIEL.V 525 


n.N   n:   LV   TABLE  DES   MATIERES 


ERRATA 

Page  15,  ligne  5,  au  lieu  de  Birolteau,  lisei  :  Diioleau. 

Page  23,  ligne  2,  au  lieu  de  Gensonnet,  lisez  :  Gensonné. 

Page  185,  ligne  avant-dernière,  au  lieu  de  Beauvais,  Usa  :  Beaucaire. 


I27()'J.  —  Imprimerie  A.  1.;iIiiiit.  rue  de  riciirus.  !».  à  Paris.